Culture et connaissance : convergence des « sciences », tendances et enjeux

Publié par : Spreadfast

Document sous licence CC : http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/fr/. Pendant quatre siècles, le modèle cartésien de la science a prévalu en Occident. S'il fut à la source de grandes avancées, il semble aujourd'hui atteindre ses limites, alors que la science se heurte à des énigmes et des contradictions dans de nombreux domaines et que l'état actuel du progrès scientifique ne permet pas de répondre aux défis planétaires qui se posent à nous aujourd'hui. Nous étudions dans cet essai les applications concrètes du concept de complexité développé par Edgar Morin, et de la convergence des sciences, conséquence d'un nouveau système de pensée scientifique. Nous montrons ensuite comment la convergence des sciences, si elle surmonte les défis qui se posent à elle, peut être le signal d'une nouvelle ère de progrès scientifique respectueux des hommes et de l'environnement.


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Au cours de l'Histoire, plusieurs paradigmes ont successivement dominé la culture scientifique. Toutefois, depuis le XVIIème siècle et les avancées réalisées par Galilée et les apports philosophiques de Descartes, un modèle occidental dit " cartésien " semble s'être imposé. Dans ce cadre, de nombreuses découvertes plus fascinantes les unes que les autres ont été effectuées, de la théorie de l'évolution à celle de la relativité et à la physique quantique. Toutefois, ce modèle si longtemps efficace se heurte aujourd'hui à ses limites et à ses contradictions, et se pose alors la question de la nécessité d'un nouveau paradigme, un nouveau cadre de pensée qui permette de nouvelles découvertes. En effet, il règne actuellement un malaise et une inquiétude croissants face à l'énormité des défis scientifiques, environnementaux, économiques et sociaux que nous devons relever, et un nouveau modèle s'avère plus que nécessaire. Toutefois, un tel modèle ne se construit pas en un jour et a déjà été conceptualisé par de nombreux penseurs, comme nous le verrons en fin de première partie. Ce nouveau modèle s'exprime dans les faits par la convergence des " sciences ", dont nous donnerons quelques exemples concrets dans la seconde partie. Nous montrerons ensuite en quoi cette convergence des sciences peut représenter une réponse aux nombreux défis environnementaux et sociaux que l'humanité a à relever aujourd'hui, à condition que les différentes sciences relèvent leurs propres défis dans un premier temps.


L'histoire des sciences est faite de découvertes emblématiques, d'expériences légendaires et de personnages quasi-mythiques. Toutefois, l'histoire des sciences, comme l'histoire en général, fut loin d'être linéaire et sans surprise. A plusieurs reprises, un État, une civilisation, un espace géographique a pris de l'avance sur ses " rivaux " et dominé le monde scientifique pendant un temps plus ou moins long. Ainsi, la Chine, l'Inde et le monde islamique ont-ils connu leurs périodes de splendeur et de rayonnement scientifique et culturel, avant de connaître une phase de fermeture ou du moins de retrait de la scène du théâtre des sciences mondiales. Le XVIIème siècle marque le véritable essor de l'Occident en termes de progrès scientifique, avec les révolutions copernicienne et galiléenne, coups de tonnerres dans des univers dogmatiques. De nombreuses découvertes fascinantes ont suivi, avec les travaux de Newton, Descartes, Pascal ou encore Leibniz, alors que la physique et les mathématiques telles que nous les connaissons aujourd'hui prenaient forme au XVIIIème siècle, ouvrant la voie à la modernité au XIXème siècle. En physique, en chimie, en astronomie, en biologie et dans d'autres domaines, les progrès dépassaient l'entendement, qu'il s'agisse de la physique quantique, de la découverte de Neptune ou des travaux de Darwin et Mendel dans les domaines de l'évolution et de la génétique. Alors que les sciences exactes progressaient, les sciences sociales n'étaient quant à elles pas en reste. Smith, Marx, Walras et Keynes, entre autres, bouleversaient notre connaissance de l'économie, pendant que Durkheim et Weber ouvraient la voie à une nouvelle discipline, la sociologie. Pavlov et Freud révolutionnaient la psychologie et amélioraient grandement notre compréhension de l'entendement humain, sujet complexe s'il en est.


Comme nous venons de le voir, les quatre derniers siècles furent d'une extrême richesse en termes de découvertes scientifiques. Pourtant, à la lecture des principales avancées, on ne peut qu'être frappé par l'homogénéité de leur origine géographique. En effet, toutes les découvertes citées antérieurement ont été effectuées en Europe Occidentale. Alors que la Chine ou le monde islamique furent pendant des siècles des symboles d'avancement


Plusieurs théories coexistent à ce sujet. Au cours des dernières décennies, l'émergence du mouvement dit de la " world history " a apporté de nouveaux éléments au débat sur l'origine de la suprématie scientifique de l'Occident à partir du XVIIème siècle. Un universitaire américain, Jared Diamond, s'est en particulier penché sur cette vaste question et plus généralement sur les raisons de la puissance de certaines sociétés alors que d'autres sont demeurées à des stades plus rudimentaires. Cette étude est l'objet de l'ouvrage De l'inégalité entre les sociétés 1, dans lequel Diamond met en avant le rôle selon lui prépondérant de l'environnement dans le destin des sociétés. D'après lui, l'Eurasie, de par sa vaste taille et ses faibles barrières montagneuses, aurait permis la présence de nombreuses espèces d'animaux domesticables qui, associées à la disponibilité de plantes à grosses graines, auraient provoqué l'essor de l'agriculture sur ce continent2. Ceci aurait généré une forte expansion démographique, tout en permettant aux habitants de se consacrer à des tâches autres que la recherche de nourriture, comme l'artisanat, la politique ou la culture. Les hommes auraient également eu le temps de maîtriser les métaux pour forger des outils plus solides et plus performants. Le berceau de cette expansion serait le croissant fertile, à partir duquel ces avancées se seraient propagées vers l'Ouest et l'Europe. La présence de bétail aurait garanti peu à peu l'immunité des habitants contre les maladies véhiculées par les bêtes, tout en scellant la perte des futurs colonisés, notamment sur le continent américain où ils moururent en masse de la variole et autres maladies, quand ils n'étaient pas simplement massacrés par les colons et explorateurs. Un argument géographique est invoqué par un autre chercheur, David Cosandey3. Banquier et physicien de formation, celui-ci s'est penché sur la question de l'essor de l'Occident. Sans rejeter les hypothèses plus classiques et le rôle de la culture ou de la religion, Cosandey met en avant d'autres facteurs.


Si nous nous intéressons à présent au mécanisme de construction du paradigme scientifique occidental tel que nous le connaissons aujourd'hui, plusieurs éléments viennent à l'esprit. Tout d'abord, la distinction entre science et philosophie ne se fit pas spontanément. En effet, Descartes, considéré à maints égards comme l'un des fondateurs de la science et de la philosophie moderne, liait étroitement ces deux champs du savoir humain.


Toutefois, la pensée de Descartes est marquée par un dualisme fort entre le corps et l'esprit, entre la res extensa et la res cogitans5. L'âme et le corps, bien que séparés, sont toutefois deux substances qui cohabitent tout au long de l'existence humaine, formant donc une union, tout en restant distinctes l'une de l'autre. Cette distinction est à la base du cloisonnement des sciences modernes en Occident et de la nette séparation entre sciences " exactes " d'un côté, et sciences humaines de l'autre. Ce cloisonnement fut complété par une forte volonté de simplification. Selon Edgar Morin, " la connaissance scientifique fut longtemps et demeure encore souvent conçue comme ayant pour mission de dissiper l'apparente complexité des phénomènes afin de révéler l'ordre simple auquel ils obéissent.6 " Au cours des derniers siècles, alors que les découvertes se faisaient plus nombreuses et plus importantes, la communication entre les différentes sciences est demeurée assez faible. Ainsi, les mathématiques représentaient la base calculatoire des sciences, mais n'ont pas pour autant servi de pont entre une science exacte comme la physique et une science sociale hautement mathématisée comme l'économie. De même, deux des principales sciences d'étude et de compréhension du monde qui nous entoure, la biologie et la physique, n'ont eu que peu de rapports. Comme l'a montré Jean-Michel Cornu dans ProspecTIC7, l'interdisciplinarité n'est pas un procédé aisé. Il existe plusieurs modes de pensée et de conception des sciences et du monde qui nous entoure, et ces modes sont parfois difficilement conciliables. Qu'on adopte une approche réductionniste, globale ou environnementale, les conclusions ne seront pas les mêmes. Loin de s'opposer, ces méthodes sont plutôt complémentaires mais leur cohabitation nécessite un effort conceptuel d'interdisciplinarité qui n'est pas aisé. Toutefois, comme nous allons le voir par la suite, cet effort risque fort d'être nécessaire.



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02/11/2010


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Auteur : Guillaume Narbonne


Tags : HEC, management, Sciences, progrès scientifique, convergence des sciences, complexité, nanotechnologies, biotechnologies, sciences cognitives, information, communication, environnement
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