La sidérurgie française 1945-1979. L'histoire d'une faillite. Les solutions qui s'affrontent

Publié par : Economist
Description : La sidérurgie française 1945-1979. L'histoire d'une faillite. Les solutions qui s'affrontent. La politique gouvernementale des prix a-t-elle empêché les sociétés sidérurgiques de dégager des ressources financières suffisantes pour leurs investissements, comme l'affirme depuis 20 ans la Chambre syndicale de la sidérurgie

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Michel Freyssenet
La sidérurgie française
SAVELLI
L'histoire d'une faillite. Les solutions qui s'affrontent.
La faillite de la sidérurgie, le nouveau plan de restructuration, la crise sociale et régio-
nale qui les accompagne, posent quatre grandes questions. Comment des sociétés, parmi
les plus puissantes du pays, peuvent se laisser banalement acculer à la faillite? Comment
pu enrayer ce processus, et comment n'a-t-il pu organiser la diversification industrielle
des régions sidérurgiques? Pourquoi les travailleurs ont-ils été contraints de réagir, une
fois de plus, le dos au mur, au dernier moment, alors que depuis 1966 la question de la
modernisation et de la restructuration des usines sidérurgiques était posée? Est-ce que la
le gouvernement sont susceptibles de remettre sur pied la sidérurgie?
La crise de la sidérurgie est tour à tour expliquée par les erreurs patronales, par la politi-
que gouvernementale des prix, par la CECA, par la confusion des responsabilités entre
cultés rencontrées par les travailleurs dans leurs luttes, les acquis limités sont mis sur le
compte des divisions syndicales, de la « trahison » de telle ou telle organisation, etc.
des contradictions dans lesquelles les sociétés sidérurgiques, les gouvernements et les
travailleurs ont été successivement placés depuis 1945. II montre comment la sidérurgie
française a eu à franchir en peu de temps deux stades de la division capitaliste du tra-
vail : la mécanisation et l'automatisation, exigeant à chaque fois le rassemblement de
capitaux très importants et l'affrontement avec la classe ouvrière. D'un point de vue ca-
pitaliste, ce franchissement a été mal réalisé en raison des luttes des travailleurs et des
contradictions entre sociétés sidérurgiques et surtout entre ces dernières et les Industries
intérêts. Les organisations syndicales, quant à elles, ont pu pendant longtemps esquiver
les problèmes difficiles que posent la modernisation capitaliste, la lutte face à un patro-
nat infériorisé dans la bataille inter-capitaliste et les actions internationales.
La faillite de la sidérurgie contraint de trancher. Le plan actuel entérine le divorce Sidé-
rurgie-Industrie de Transformation, et s'inscrit dans le cadre d'une politique européenne
du gouvernement français, qui ne veut pas dire son nom. Les organisations syndicales
sont amenées à élaborer une nouvelle stratégie qui lie étroitement choix industriels et
revendications sociales.
Ce livre apporte une contribution précieuse au débat en cours parmi les travailleurs. Il
donne également une histoire claire et précise de la sidérurgie française de 1945 à 1979
jamais faite à jour.
Introduction : quatre questions
1. Exporter de l'acier ou des automobiles ? 1945-1953
2. La bataille Sidérurgie - Industries de transformation, 1954-1960
3. L'affrontement avec la classe ouvrière, 1961-1967
5. La sanction pour le patronat. La tentative de «mise au pas» du mouvement ouvrier,
Conclusion
Bibliographie
INTRODUCTION
Quatre questions
La faillite de la sidérurgie, le nouveau plan de restructuration, la crise sociale et régio-
nale qui les accompagne posent quatre grandes questions. Comment des sociétés, parmi
les plus puissantes du pays, peuvent-elles se laisser banalement acculer à la faillite ?
guerre, n'a-t-il pu enrayer ce processus, et comment n'a-t-il pu organiser la diversifica-
tion industrielle des régions sidérurgiques? Pourquoi les travailleurs ont-ils été
contraints de réagir, une fois de plus, le dos au mur, au dernier moment, alors que de-
puis 1966 la question de la modernisation et de la restructuration des usines sidérurgi-
industriels faits et les mesures prises par le gouvernement sont susceptibles de remettre
sur pied la sidérurgie ?
La faillite de la sidérurgie est d'autant plus surprenante que les sociétés françaises ont
investi plus que les autres sidérurgies européennes, si l'on rapporte la somme des inves-
tissements à la tonne produite, ou à la tonne de capacité nouvelle. Les nouvelles direc-
tions d'Usinor et de Sacilor déclarent pourtant qu'il faut arrêter de nombreuses
installations devenues non-compétitives. Les deux sociétés ont accumulé 14.000 mil-
lions de francs de déficit en quatre ans, soit le coût de Solmer à Fos (si l'on tient compte
rait-ce que pour éviter une crise financière sans précédent.
matière d'installations nouvelles, d'objectif de production, et de financement. Depuis
1949, il a prêté 11.880 millions de francs courants à bas taux d'intérêt, soit 17% des
sommes investies par la sidérurgie française. II a facilité de nombreux emprunts obliga-
taires (31% des investissements) et il a de fait garanti dans la période récente les avan-
ces des banques. Il a financé d'importantes infrastructures dont les bénéficiaires
essentiels ont été (ou devaient être) les sociétés sidérurgiques, notamment l'électrifica-
tion prioritaire de la voie ferrée Thionville-Valenciennes, la canalisation de la Moselle,
la mise à grand gabarit du canal Dunkerque-Denain, le port de Dunkerque et Fos. Il a
pris en charge l'essentiel du coût des réductions d'effectif que les sociétés sidérurgiques
ont opéré à quatre reprises depuis 1966. Les incitations financières à la création d'em-
plois nouveaux dans les régions touchées, et l'aide apportée aux municipalités dont les
ressources ont été brutalement réduites par les fermetures d'usines.
çaise, mais il n'a pas réussi à reconvertir industriellement, depuis 15 ans que le pro-
blème est clairement posé, les zones sidérurgiques. Pourtant les déclarations rassurantes
Gaulle à Pompidou, Debré, Giscard d'Estaing, Messmer, Chaban-Delmas, Chirac et
Raymond Barre. Les journaux régionaux ne se sont pas privés récemment de jouer au
jeu de massacre qui consiste à rappeler leurs déclarations successives.
Les explications de cette faillite financière, économique, politique et morale n'ont pas
manqué depuis six mois, au point que certains ont pu écrire que tout avait été dit. Ce-
pendant, les explications avancées sont suffisamment contradictoires, pour inviter à re-
pu produire un tel résultat.
La politique gouvernementale des prix a-t-elle empêché les sociétés sidérurgiques de
dégager des ressources financières suffisantes pour leurs investissements, comme l'af-
firme depuis 20 ans la Chambre syndicale de la sidérurgie? La Communauté européenne
du charbon et de l'acier a-t-elle été au bout du compte préjudiciable à la sidérurgie fran-
çaise? La Commission de Bruxelles contraint-elle les sociétés françaises à des décisions
aboutissant à une « confusion des responsabilités », comme le déclarait récemment M.
Giraud, ministre de l'Industrie, et même à un « climat d'irresponsabilité générale » ?
A-t-on à faire avec le patronat de la sidérurgie à un patronat malthusien, hésitant,
conservateur, techniquement incompétent, devenu incapable de faire son métier de pa-
anciennes familles, représente-t-elle la main mise du capital financier sur la sidérurgie,
qui n'aurait d'autre préoccupation que la rentabilité immédiate des capitaux placés?
activités amont ou aval qu'ils contrôlent pour réclamer plus facilement des prêts à faible
française l'a rendu dépendante des fluctuations de la demande et des prix du marché in-
ternational? La sidérurgie, secteur de base, exigeant de gros investissements, ne pour-
rait-elle plus, par nature, relever du secteur privé ? La non diversification industrielle
des sociétés sidérurgiques françaises les aurait-elle empêchées de valoriser l'acier
qu'elle produisent, et de dégager des bénéfices plus importants? La concurrence des si-
dérurgies des pays en voies d'industrialisation, qui n'hésiteraient pas à vendre à perte, et
anciennes? Au contraire, cet argument ne serait-il avancé que pour masquer les respon-
modernes de Dunkerque, Gandrange et Fos seraient-elles un élément de moindre com-
pétitivité? La crise internationale actuelle aurait-elle mis de toute façon en faillite les
sociétés françaises, même si leur endettement avait été moins fort et leur compétitivité
plus grande, et rend-elle un peu vaine la tentative de rechercher le processus économi-
que, social et politique qui a abouti au plus grand gâchis observé depuis trente cinq ans
Les éléments d'explications évoquées dans ces questions sont présents dans les es-
prits, sans cependant que l'on sache s'ils ont joué effectivement, et si oui, dans quelles
proportions et comment.
Les conditions dans lesquelles les travailleurs ont été amenés à réagir au plan actuel
de restructuration fait également problème. C'est une fois de plus, le dos au mur, qu'ils
ont dû engager la bataille. Sans plan d'action au départ, ils ont réussi par leurs initiatives
à bloquer momentanément la procédure de mise en place des mesures industrielles déci-
dées par le gouvernement et les nouvelles directions de Sacilor et d'Usinor. Ainsi ils ont
donné le temps et les moyens aux organisations syndicales de poser publiquement le
problème du bien-fondé des décisions prises, d'indiquer les autres voies possibles, et de
coordonner leurs luttes avec celles des travailleurs d'Usinor-Dunkerque et de Sol-
mer-Fos. Mais il est clair que se battre dans un contexte de faillite est très difficile. Le
gouvernement a beau jeu d'opposer aux arguments syndicaux, d'une part les déficits
bien concrets qui s'accumulent jour après jour et qui exigent des mesures radicales im-
médiates, et d'autre part la limite de l'effort que la collectivité nationale peut faire pour
sauver la sidérurgie. Il faudrait, dans ces conditions, une escalade dans la lutte très im-
portante, parvenant presque à la crise politique, ou bien encore une contestation par une
partie du patronat français des choix faits, pour que ces choix soient vraiment remis en
cause. La première hypothèse n'est jamais à exclure, mais pour l'instant ne se profile
pas. La deuxième semble peu probable. Les organisations syndicales peuvent espérer
par contre un étalement des réductions d'effectifs, pour faire la jonction avec les créa-
tions d'emplois annoncés, dans certains cas, la réduction du temps de travail et l'amélio-
ration du régime de travail par la 5e équipe. Une reprise de la demande d'acier et une
remontée des prix pourraient sauver, mais pour combien de temps, telle ou telle installa-
tion. Cela pourrait permettre de poursuivre la lutte pour d'autres choix industriels. Il
reste que d'ores et déjà l'orientation industrielle du plan gouvernemental est mise en
oeuvre, ne serait-ce que par le non-investissement sur certaines productions, compro-
mettant toujours plus la possibilité de les conserver.
Pourtant les difficultés de la sidérurgie ne sont pas nouvelles. Elles sont apparues
clairement dès 1962, avec la crise des mines de fer et l'impossibilité dans laquelle les
sociétés sidérurgiques ont déclaré être de réaliser le programme de travaux neufs prévus
au 4e Plan, notamment une usine neuve intégrée de quatre millions de tonnes d'acier par
an en Lorraine, et de nombreuses aciéries à oxygène pur. Depuis, quatre plans de res-
tructuration, accompagnés de réductions d'effectif, ont été imposés aux travailleurs: le
Wendel-Sidélor de 1971, le Plan acier de 1977 et l'actuel Plan de sauvetage. Les travail-
leurs ont même subi un recul à partir du Plan acier. Alors que le principe «pas de licen-
ciement sans reclassement» avait été acquis avec le Plan professionnel un nombre
tés sidérurgiques ont été à la limite de la faillite. En 1972, de Wendel-Sidélor a été dans
l'impossibilité de financer la construction de Solmer à Fos, exigeant une nouvelle et im-
Au fur et à mesure de ces évènements, les analyses des syndicats se sont précisées,
mais elles ne se sont pas traduites par un plan d'action de longue haleine visant à faire
prévaloir une autre politique sidérurgique et à imposer des droits nouveaux, notamment
des droits de contrôle, pour les travailleurs.
Mettre cette impréparation sur le compte des divisions syndicales, ou bien sur le
compte du manque de conscience et de combativité de la masse des travailleurs,
n'avance à rien. Ces explications, qui renvoient à des positions et à des comportements
qui seraient par nature ceux des différents intéressés, font peu de cas des difficultés ob-
jectives et des contradictions auxquelles se heurtent travailleurs et organisations. Le fait
et ces contradictions et que les organisations syndicales CGT et CFDT semblent déci-
dées à les assumer. Il s'agit des choix industriels immédiats que la faillite de la sidérur-
gie contraint à opposer à ceux du gouvernement et du patronat. Ils doivent tout à la fois
être tolérables par le système actuel pour ne pas s'engager dans une impasse revendica-
tive, et en même temps être situés dans une autre perspective économique et politique,
et donner aux travailleurs des pouvoirs de contrôle, d'intervention et d'orientation nou-
veaux. La crise oblige à remettre en cause la stratégie qui consiste d'une part à obtenir le
maximum dans l'immédiat pour les travailleurs en salaire, réduction du temps de travail,
amélioration des conditions de travail, en garantie de l'emploi et en droits syndicaux, et
d'autre part à repousser au lendemain d'élections victorieuses pour la gauche, la lutte
pour une autre logique économique. Face aux revendications, le patronat a toujours op-
posé des arguments d'impossibilité économique. Mais dans un contexte de faillite, cette
impossibilité est plus difficilement contestable. On peut dénoncer les responsabilités,
faillite n'était pas inéluctable, voire qu'elle a été provoquée, on ne fait que s'opposer à
des fantômes : les patrons «faillis». Et avec les nouveaux dirigeants, on est amené à dis-
cuter de la rentabilité de telle ou telle installation.
Pour ne pas tomber dans de telles impasses, les travailleurs et les organisations syn-
dicales sont obligés de prendre à bras le corps les problèmes industriels. Et à moins de
proposer une meilleure administration du capitalisme que celle des patrons «faillis», ils
doivent donc préciser leur conception des rapports sociaux et économiques, pour énon-
cer des mesures industrielles immédiates qui ne soient pas contradictoires à ces perspec-
tives et qui même soient des moyens de les imposer. De nombreuses questions se posent
alors, surtout s'il s'agit d'un secteur entier et fondamental comme la sidérurgie : quel
type de développement industriel doit-on préconiser pour estimer la quantité d'acier né-
cessaire et justifier la position du maintien ou de l'augmentation des capacités de pro-
duction d'acier et des différentes catégories de produits sidérurgiques ? Quelles
conceptions a-t-on des échanges internationaux, des accords entre pays, pour préconiser
tel volume d'exportation et telle réduction d'importation? Comment s'entendre avec les
travailleurs des autres pays pour qu'une modification des échanges ne provoque pas
pour eux comme pour les travailleurs français des difficultés nouvelles? Quel type de
le moyen comme actuellement de réduire toujours plus le pouvoir et l'initiative des tra-
vailleurs dans leur travail, de dévaloriser d'un coup leur savoir faire, parce que des ma-
chines servies ou surveillées par des Ouvriers Spécialisés peuvent les remplacer, les
rejeter, inutiles, sur le marché du travail, et bouleverser la composition de la classe ou-
vrière ; mais qui au contraire, soit une modernisation fondée sur l'initiative collective et
le pouvoir de décision et d'orientation des travailleurs eux-mêmes? Pour l'immédiat,
quelles mesures concrètes, quels pouvoirs nouveaux peuvent être revendiqués dès main-
tenant, allant dans ce sens, tout en permettant de produire des produits vendables,
c'est-à-dire compétitifs dans le contexte toujours capitaliste ? De quelle façon les tra-
vailleurs pourraient décider des changements de production? Quelles mesures de diver-
sification industrielle régionale pourraient être revendiquées dès maintenant qui com-
menceraient à concrétiser ce pouvoir d'orientation des travailleurs concernés, etc.?
On voit que ces questions ne sont pas simples et que personne ne peut prétendre
avoir des réponses assurées. Elles suffisent à elles seules à expliquer les difficultés de la
lutte. Mais le fait nouveau est qu'elles ne peuvent plus être esquivées. Refuser de les en-
visager, c'est soit accepter que pour l'essentiel le plan gouvernemental s'applique, avec
toutes ses conséquences sur la possibilité de reprendre la lutte, soit miser sur un chan-
gement politique rapide, comme si d'ailleurs il allait par lui seul créer les conditions fa-
vorables à un changement des rapports sociaux. Les réticences syndicales à pénétrer sur
le terrain des choix industriels immédiats sont sérieuses et nombreuses : le risque de se
transformer en administrateur du capitalisme, et de provoquer des divisions profondes
parmi les travailleurs, n'est pas fictif... si les choix revendiqués ne sont pas le fruit d'une
longue élaboration démocratique et collective par les travailleurs eux-mêmes, et s'ils ne
sont pas soumis à une critique permanente.
L'objet de ce livre est de tenter de reconstituer comment a été créée l'actuelle situa-
tion de la sidérurgie, c'est-à-dire d'identifier les contradictions dans lesquelles sociétés,
gouvernements et travailleurs ont été successivement placés, depuis 1945, et qu'ils n'ont
pas pu surmonter ou qu'ils ont mal résolues. Chemin faisant, j'essaierai d'apporter des
réponses ou des éléments de réponses aux nombreuses questions énumérées ci-dessus.
Ce livre ne se veut pas (et ne pouvait pas être pour des raisons éditoriales) un livre
érudit, avec appareillage de notes et tableaux statistiques, que j'ai publiés par ailleurs, en
collaboration avec Françoise Imbert (voir la bibliographie). Il présente, à partir des in-
préhension de l'évolution des rapports entre les sociétés sidérurgiques, les travailleurs et
la sidérurgie française de 1945 à 1979 sera à écrire, lorsque les archives s'ouvriront et
que les langues se délieront. Pour l'heure, je dois indiquer mes sources pour situer le
contexte de ce travail et pour ne plus avoir à les mentionner par la suite.
Les données chiffrées sur les productions sidérurgiques, les effectifs, les consomma-
tions de matières premières, les appareils de production, les ventes, les prix, les exporta-
tions et les importations sont issues de la collection des bulletins statistiques et des
rapports annuels d'activité de la Chambre Syndicale de la Sidérurgie Française, des
comptes rendus des Assemblées générales des actionnaires des sociétés, enfin de docu-
ments non publiés que m'ont communiqués l'Association de la Sidérurgie et des Mines
de fer de Lorraine, l'Union Métallurgique et Minière de Longwy, Sacilor et Usinor. Les
données chiffrées sur les sidérurgies étrangères sont tirées pour l'essentiel des bulletins
de l'office statistique des communautés européennes, et d'articles de la presse spéciali-
sée, notamment des Actualités Industrielles Lorraines.
Les informations financières sont issues des rapports annuels des sociétés et du
Groupement des Industries Sidérurgiques (le GIS), et dans certains cas de la presse éco-
nomique. Les données sur les installations et leurs caractéristiques, sur les programmes
de travaux neufs et les arrêts, proviennent de documents des sociétés, de la Chambre
syndicale, et des Actualités Industrielles Lorraines. L'histoire des fusions et des accords
entre sociétés a été reconstituée à partir de la presse économique et des communiqués
Les données sur l'évolution du travail dans la sidérurgie viennent d'enquêtes faites
auprès des travailleurs et d'ouvrages dont on trouvera la liste dans la bibliographie. Les
grèves ont été recensées et le déroulement de certaines d'entre elles analysé à partir de
documents syndicaux, de la presse régionale et d'entretiens avec des militants.
J'ai fait un usage abondant des rapports des commissions sectorielles préparatoires
prises, les projets, les hypothèses de financement des investissements et les revendica-
concernées proviennent des recensements et enquêtes de l'INSEE, du ministère du Tra-
vail et de la DATAR. Enfin j'ai utilisé, sur tous les domaines indiqués ci-dessus, de
nombreux articles et ouvrages dont certains sont cités dans le texte et les autres dans la
bibliographie.
une re-négociation des choix industriels et avant que les mesures sociales soient défini-
tivement fixées. Mon souhait est qu'il puisse éclairer utilement le contexte de cette lutte.
Avril 1979
Exporter de l'acier ou des automobiles ?
1945-1953
1.1. C'est au cours de la période 1945-1954 que se mettent en place certaines condi-
et les travailleurs
Le patronat de la sidérurgie a des doutes sur l'évolution politique et sociale du pays. Il
attend la stabilisation pour investir. Il prend ainsi du retard dans son programme de mo-
dernisation. Il ne croit pas non plus dans le développement d'une importante industrie de
transformation en France. Il n'envisage donc ni la satisfaction prioritaire du marché inté-
rieur, ni une réorientation rapide de sa production vers le type d'aciers et de produits la-
minés que la jeune industrie de transformation prétend avoir bientôt besoin. Il préfère la
poursuite de sa politique traditionnelle d'exportation. Enfin, il est lui-même divisé. Les
sociétés sidérurgiques, de tailles voisines, répugnent à opérer des fusions pour rationali-
ser l'appareil de production et pour se donner les moyens financiers d'un programme de
Pourtant, il a besoin impérieusement de capitaux.
Ses usines en sont à un stade d'organisation capitaliste du travail moins avancé que
celui des usines sidérurgiques anglaises ou allemandes, et que celui des industries de
transformation française les plus dynamiques. Pour les «moderniser», pour créer des
usines nouvelles de laminage continu, il doit rassembler des capitaux comme jamais il
n'a eu à en rassembler. Les solutions industrielles et financières qu'il adoptera pour
concilier ces exigences contradictoires l'empêcheront ensuite de dégager des ressources
suffisantes pour ses investissements futurs.
Les gouvernements successifs ne parviennent pas à imposer au patronat de la sidé-
rurgie de collaborer et de se coordonner avec le patronat des industries de transforma-
tion, dans le cadre d'une politique cohérente et systématique d'industrialisation du pays.
Ils n'ont pas la lucidité et le courage politique de nationaliser la sidérurgie dans l'intérêt
futur du capitalisme français. Dans le cadre d'un dessein plus vaste, ils choisissent la
voie libérale, c'est-à-dire de placer les sociétés françaises dans un marché commun du
charbon de l'acier européen concurrentiel, qui doit conduire les sociétés à fusionner et à
se moderniser.
Les travailleurs retrouvent une organisation du travail peu bouleversée par des « mo-
dernisations », partielles et limitées, des usines anciennes. Si les ouvriers de métier n'ont
pas encore à subir la déqualification de leur travail par la mécanisation généralisée, s'ils
conservent leur pouvoir sur la production et leur autorité dans la classe ouvrière. Si les
jeunes n'ont pas de problèmes pour se faire embaucher, les conditions de travail sont,
durant cette période, particulièrement dures, en raison de la durée du travail qui dépasse
les 60 h. par semaine. Une classe ouvrière de type traditionnel se reconstitue dans la si-
dérurgie, qui va marquer l'histoire sociale des années suivantes.
La CGT, qui est alors pratiquement le syndicat unique parmi les sidérurgistes et qui
est fortement enraciné parmi les ouvriers de métier, prône un puissant développement et
une modernisation rapide de la sidérurgie française au nom de l'intérêt national et dans
le même temps dénonce la CECA comme instrument de la reconstitution de la puis-
sance allemande. Elle pressent par ailleurs les dangers que fait courir la modernisation
en son sein également.
Ces différentes contradictions sont présentées dans ce premier chapitre. Mais, il nous
faut au préalable exposer brièvement comment se présentent alors le «procès de travail»
dans la sidérurgie, la gamme des produits sidérurgiques et leur utilisation, ainsi que la
place de la sidérurgie française dans le monde et la répartition géographique des usines
sur le territoire national.
1.2. Le procès de travail type dans une usine sidérurgique intégrée en France après
la guerre, et les produits sidérurgiques
La filière classique de dénaturation du fer comprend trois stades : la fabrication de la
plus aujourd'hui la seule, et que l'on cherche à se passer du stade de la fonte et du haut
fourneau.
Les réfractaires qui tapissent intérieurement les parois du haut fourneau doivent être
renouvelés périodiquement entre deux « campagnes ». On en profite généralement pour
apporter des améliorations. Durant une campagne, le haut fourneau est à «feu continu».
Après guerre, une usine intégrée comprend généralement une batterie de six à dix hauts
pour un à trois hauts fourneaux et une équipe par haut fourneau. L'équipe est formée
d'un premier fondeur, «le seigneur», c'est un professionnel, un deuxième fondeur et un
troisième fondeur, classés à cette époque Ouvrier Spécialisé (O.S.)., et un à deux dé-
crasseurs classés manoeuvres. Par ailleurs, il y a des travailleurs dont l'activité concerne
généralement plusieurs hauts fourneaux et qui sont placés sous l'autorité du chef fon-
deur : ce sont les gaziers qui assurent le débit et la température du vent dans les tuyères,
les surveillants des eaux de refroidissement des hauts fourneaux, les pontonniers, etc.
La fonte est un produit facile à mouler mais cassant. Elle ne se forge pas. Pour obte-
férentes impuretés qu'elle contient. Au cours de l'affinage, l'addition d'autres matières
(ferraille, spath, ferro-manganèse, etc.) permet d'obtenir différentes sortes d'acier répon-
dant à des exigences particulières.
tenue à l'état liquide et homogénéisée. Dans le haut fourneau, le minerai de fer est à la
La combustion est activée par de l'air chaud sous pression qui pénètre par des tuyères
vers le bas du haut fourneau. Les matières premières sont enfournées en couches alter-
nées par le haut : le gueulard. Leur combustion donne d'une part des gaz qui s'échappent
par le gueulard et qui sont récupérés, et d'autre part la fonte, contenant 94 à 96% de fer,
du carbone et différents éléments, et le laitier, qui est fait de la gangue fondue du mine-
rai. Laitier et fonte se rassemblent dans le creuset et s'écoulent, toutes les quatre ou six
heures, par des trous de coulée différents. On distingue deux grandes catégories de mi-
nerai : le minerai hématite à faible teneur en phosphore et le minerai phosphoreux, tel le
minerai lorrain. Différentes matières sont ajoutées dans le haut fourneau fondants, man-
ganèse, ferraille, etc.
Si la fonte résulte de la fusion de minerai phosphoreux, elle est affinée dans des
convertisseurs Thomas tapissés de réfractaires en dolomie basique. Un violent courant
d'air soufflé par le fond du convertisseur et des additions de chaux permettent la com-
bustion du silicium, du carbone et enfin du phosphore, en 15 à 20 minutes, donc rapi-
basculant le convertisseur, puis on coule l'acier dans les lingotières. Une aciérie Thomas
est après-guerre généralement composée de cinq à six convertisseurs de 15 à 25 tonnes
chacun, fonctionnant en 3x8 avec arrêt un jour par semaine pour l'entretien. Elle néces-
qui surveillent le déroulement des «conversions» et qui décident de toutes les opérations
à effectuer pour obtenir les qualités d'acier voulues. Pour chaque convertisseur, il y a un
machiniste de convertisseur qui commande le basculement du convertisseur et différen-
deuxième au convertisseur » assurent la surveillance et l'entretien permanents des
convertisseurs, notamment de l'épaisseur des fonds. Il faut savoir «arrêter le convertis-
seur une coulée avant la percée». Le fond d'une cornue Thomas doit être refait toutes les
50 à 70 coulées. Le « troisième » et le « quatrième au convertisseur » participent à la
préparation des charges et aux manutentions. Le pyrométreur fait les prises de tempéra-
ture. Enfin il y a de nombreux manoeuvres. L'acier Thomas est un acier de qualité ordi-
naire, du fait de sa forte teneur en azote et d'une composition peu régulière due à la
rapidité de son élaboration. Il est très utilisé pour les produits longs : poutrelles, fers
marchands, etc. Son coût est faible, car il demande peu de personnel et ne nécessite pas
de combustible.
Le procédé Martin a les qualités et les défauts inverses. Il donne des aciers dont les
qualités mécaniques sont élevées, en raison de la précision de la conduite de la fusion
qu'il permet. Mais il est lent : quatre à huit heures selon la capacité des fours. Il de-
mande du combustible et de la main-d'oeuvre (trois fois plus que le procédé Thomas).
Après guerre, une aciérie Martin est généralement composée de deux à six fours de 60 à
100 tonnes. Elle permet l'affinage de tous les types de fonte, en les mélangeant avec de
la ferraille. Dans le four, une flamme provenant de la combustion d'air et de gaz pré-
chauffés se déplace au-dessus du mélange, sous une voûte de forme étudiée. La lenteur
de l'affinage permet une surveillance étroite de son déroulement et l'introduction de cor-
rectifs. Une aciérie Martin fonctionne en « feux continus ». Mais toujours en raison de
la lenteur de l'opération d'affinage, plusieurs travailleurs sont affectés à tous les fours :
marche des fours et les additions nécessaires bien sûr, mais aussi le pyrométreur, le ma-
tionnement et de l'entretien permanent du four.
Le four électrique commence à cette époque à se développer comme troisième
moyen d'affinage, en raison de l'abaissement du coût de l'électricité. Il permet de fondre
de la ferraille, parfois de l'acier Thomas liquide, à l'aide d'un arc électrique, de pratiquer
des alliages et d'obtenir, si on le veut, des aciers fins et spéciaux.
Les lingots sont acheminés vers les laminoirs en fonction des caractéristiques de l'acier
dont ils sont faits, lesquelles correspondent à un type de produit et à une commande d'un
client. Les lingots sont réchauffés dans toute leur masse à une température précise dans
les fours pits. De là, ils sont dégrossis sur un gros laminoir : soit un blooming si l'on
veut obtenir un lingot à section carrée appelé bloom, pour faire ensuite des produits
longs ; soit sur un slabbing, si l'on veut obtenir une section rectangulaire, c'est-à-dire
quer directement les gros profilés (rails, grosses poutrelles, etc.) sur des trains spéciali-
sés, deux cylindres de fonte ou d'acier constituant « un train ». Les autres catégories de
produits passent par un stade intermédiaire : la billette pour les autres produits longs, le
larget pour les produits plats, à l'aide de « trains moyens ». Sur les petits trains ou trains
finisseurs, on obtient les produits sidérurgiques finis.
Il y a deux modes de laminage : le laminage à chaud et le laminage à froid. Le lami-
nage à chaud consiste à écraser le métal, préalablement chauffé, entre deux cylindres
tournant en sens inverse. Le sens de rotation des cylindres est inversé à chaque passe.
Cependant les trains moyens et les petits trains sont souvent à trois cylindres : le métal
passant d'abord entre le cylindre inférieur et le cylindre médian, puis au retour entre le
médian et le cylindre supérieur. Dans ce cas, le sens de rotation des cylindres est inva-
riable. Si l'on fabrique des produits longs, les cylindres sont cannelés pour parvenir suc-
cessivement au profil voulu. Si l'on fabrique des produits plats, les cylindres sont
rapprochés à chaque passe. L'ensemble de ces opérations constitue le laminage à chaud.
Le laminage à froid, comme son nom l'indique, consiste à relaminer certains des pro-
tés métallurgiques. Il existe enfin des opérations de parachèvement qui consistent à
améliorer les qualités de surface des produits. Dans un laminoir, chaque «train» est une
unité de travail. L'équipe comprend alors un premier lamineur, et un deuxième lami-
té, desservant plusieurs trains, les chauffeurs de four, les enfourneurs, les cisailleurs, les
ferrailleurs, les redresseurs, etc.
Dans une usine sidérurgique intégrée, il existe de nombreux ateliers et chantiers an-
nexes : stockage des matières premières, ateliers d'entretien des éléments réfractaires,
forge, ateliers d'outillage, service électrique, etc. Ces annexes rassemblent, à l'époque
que nous considérons, environ la moitié de l'effectif d'une usine. Les ateliers d'entretien,
d'outillage, et de forge ont un fort pourcentage d'ouvriers de métier : premier ouvrier de
dolomie, maçons de convertisseurs, maçons de poches, maçons-fumistes, forge-
ron-outilleur, chaudronnier-outilleur. On commence à y trouver en nombre les nou-
veaux professionnels : électriciens, mécaniciens, etc.
On distingue deux grandes catégories de produits finis : les produits longs et les pro-
duits plats. Les produits longs comprennent les rails, les poutrelles, les palplanches, les
« fers marchands » (ou « laminés-marchands » ou encore « petits fers »), c'est-à-dire les
cornières, les carrés, les ronds pour tubes, les petits profilés, les T, les petites poutrelles,
les ronds à béton et enfin le fil-machine (c'est-à-dire le fil de fer de section plus ou
moins grosse). Les produits plats comprennent les tôles fortes (4,76 mm et plus d'épais-
seur), les tôles moyennes et les tôles minces (moins de 3 mm), les « feuillards » (bande
de tôles minces de moins de 50 cm de large) et les larges-plats (tôles fortes, mais de lar-
geur inférieure à 85 cm). Ces produits, notamment les produits plats, peuvent être revê-
tus : tôles galvanisées, fer blanc, tôles magnétiques, tôles phosphatées, etc.
tion. Leur place dans la production mondiale
usines dont 66 intégrées, c'est-à-dire comportant les trois stades de la dénaturation du
fer : la fonte, l'acier et les laminés. Si certaines installations ont subi des dégradations
durant la guerre, aucune usine n'a été détruite, mise à part celle de Mondeville près de
Caen. La perte de capacité de production est chiffrée à 1 million de tonnes pour une ca-
pacité théorique estimée à 12 millions. Avant la guerre, la France était le quatrième pro-
d'acier ont été exportés.
La sidérurgie française bénéficie du minerai lorrain, abondant et facilement exploita-
ble. Sa teneur faible et sa composition phosphoreuse ne sont pas encore des handicaps
par rapport aux minerais riches de Suède dont l'exploitation est difficile et le transport
mais dont l'exploitation est à peine envisagée. Le minerai lorrain alimente les sidérur-
gies belge, luxembourgeoise et sarroise. Par contre, la sidérurgie française doit importer
de la Ruhr du coke à hauteur de 45% de ses besoins ou du charbon à coke (84%).
Les usines sidérurgiques françaises sont réparties en plusieurs groupes régionaux
d'importances très inégales. En 1938, la sidérurgie lorraine représentait 67% de la pro-
région. Elle se décompose en plusieurs zones. Au sud, la zone de Nancy comprend les
usines de Neuves-Maisons, Pompey et Pont-à-Mousson. Au nord, le «bassin sidérurgi-
que de Lorraine du Nord» est une zone de 60 km de long et de 40 km de large, divisée
de Longwy avec cinq usines intégrées (Mont Saint Martin, Senelle-Maubeuge, Saulnes,
La Chiers, La Providence) et son appendice de Villerupt avec trois usines (Aubrive, Mi-
cheville, Audun-Le Tiche). Ensuite, la vallée de la Moselle avec les usines de Thion-
ville, Rombas, Hagondange, Uckange, et deux petites vallées donnant sur la Moselle, la
vre, Homécourt et Auboué. Le bassin lorrain est prolongé par une série de petites usines
de relaminage dans les Ardennes (Sedan, Vireux Molhain, Blagny, Laval-Dieu, Mes-
sempré, Brevilly, etc.).
La sidérurgie du Nord de la France, qui représentait en 1938 19% de la production
nationale, est basée sur le charbon, avec trois usines intégrées (Denain, Valencien-
nes-Trith-Saint-Léger, Louvroil Maubeuge) et un nombre important de petites et
moyennes usines de transformation réparties dans les vallées de la Sambre (Haumont,
Jeumont, etc.) et de l'Escaut (Anzin, Saint-Amand, etc.).
Les usines du Centre-Midi sont réparties en trois zones le centre (Le Creusot, Gueu-
gnon, Imphy, Montluçon, Cornmentry), la Loire (Saint-Chamond, Firminy,
Moutiers, etc.). Ces usines, basées initialement sur l'exploitation de gisements de char-
bon ou de fer, se sont reconverties dans la production d'aciers spéciaux à partir de
l'énergie électrique et de la ferraille, et d'une main-d'oeuvre très qualifiée.
Enfin, un dernier groupe est constitué par des usines littorales vivant de l'importation
de minerai et de charbon ou de petits gisements locaux : Le Boucau (Côte Basque),
Floirac (Gironde), Basse Indre (Nantes), Hennebont (Bretagne), Mondeville (Caen), Pa-
ris-Outreau (Boulogne), Les Dunes (Dunkerque).
Toutes ces usines datent d'avant 1914, mises à part celles du Nord reconstruites en
duisent que 25% de « produits plats ».
1.4. La division du travail dans la sidérurgie française est en retard sur celle des
industries de transformation et sur celle des sidérurgies américaine, anglaise et al-
lemande
Le travail est encore peu mécanisé. Les deux figures fondamentales des travailleurs de
la sidérurgie française sont encore les ouvriers de métier d'une part et les manoeuvres de
l'autre.
vriers de métier sont nombreux et indispensables par leur savoir et leur expérience de la
fusion et du laminage du métal. Sept à huit ans sont nécessaires pour acquérir le sa-
voir-faire d'un 1er fondeur ou d'un lamineur. Les quelques instruments de mesures et
d'analyse qui existent alors ne suffisent pas et ne peuvent pas remplacer la capacité de
perception, d'appréciation, de synthèse des nombreux paramètres en jeu dans la produc-
tion et finalement de décision des ouvriers de métier. Aucune théorie ne peut encore
établir comment en fonction de tel ou tel programme de fabrication ou de situation par-
ticulière, il faut faire varier l'ordre et les modalités des opérations. Le lamineur doit par
exemple déterminer le nombre de «passes» à effectuer, le degré de serrage des vis rap-
prochant les cylindres à chaque passe, la façon d'introduire le lingot entre les cylindres,
et la rapidité avec laquelle il faut réaliser les différentes passes, en fonction du produit à
obtenir, du type d'acier utilisé, de la chauffe du lingot, de l'état d'usure des cylindres du
train, de leur température, du « cédage » de la cage du train, de la vitesse de rotation des
cylindres, des impératifs de production, du salaire à la tonne laminée, de l'état de fatigue
de son aide, etc. Chaque lamineur a son style, c'est-à-dire une façon à lui de combiner
les différents paramètres intervenant dans la fabrication. De plus, il doit savoir
lui-même introduire l'ébauche de telle sorte qu'il n'y ait ni broutage, ni patinage, ni dété-
rioration du produit ou de l'outil. C'est lui qui «met en état» le train en début de semaine,
qui indique aux ajusteurs comment rectifier les cylindres usés ou détériorés, qui déter-
mine la forme des cannelures des cylindres du train à produits longs, le rapport strict
entre leur forme et leur dimension, etc. Il contrôle la qualité du produit fini. Il forme
l'aide-lamineur, le serreur de vis, le chauffeur de lingot. Il est à la fois un « gros-bras »
et un travailleur de longue expérience et de grand savoir-faire. Dans son livre L'homme
j'ai débuté (1946), il y avait peu de machines qui servaient les trains; le travail était à la
main. Il fallait manipuler de grosses barres, des lingots chauds, bien sûr, à la main.
C'était assez dur (...). Quand il s'agit, dans un métier comme celui-là, de manipuler des
barres lourdes, il faut les manipuler avec adresse. II y a beaucoup d'empirisme dans ce
métier. Même maintenant, il est mal connu. La base même de l'opération de laminage,
la déformation du métal, on ne peut pas dire que ça soit connu clairement. Bien sûr, il y
a des organismes qui font des recherches à caractère scientifique là-dessus, mais ils ont
encore beaucoup de chemin à faire... Je ne sais pas sur quoi ils basent leurs recherches,
mais on ne les voit jamais (...) laminer, ça consiste à écraser le métal pour lui donner
de la longueur, mais aussi lui donner une forme, la section, quelquefois d'ailleurs des
formes assez compliquées qui sont ce que l'on appelle des profilés, la forme d'un rail,
d'une poutrelle. Il faut donc tracer dans les cylindres des cannelures qui ont des formes
bien particulières ; on fait ça un peu par des méthodes empiriques et on y arrive tou-
jours bien quand même ! Peut-être que s'ils arrivent à leurs fins un jour, ils feront
rimentés. Il faut cinq ans pour savoir chauffer correctement un lingot. Un serreur de vis
doit savoir, sur simple indication gestuelle du lamineur, tourner du degré voulu la vis
qui rapproche les deux cylindres du laminoir. L'aide-lamineur qui rattrape la barre
d'acier ou la tôle de l'autre côté du train et la repasse au lamineur par-dessus les cylin-
dres doit savoir coordonner parfaitement ses gestes et ses mouvements avec ceux du
lamineur, saisir correctement le produit, et déployer un effort physique soutenu, tout en
apprenant le métier de lamineur.
très nombreux pour effectuer les manutentions. Certains hauts fourneaux sont encore
chargés à bras !
Avec le début de la mécanisation, sont apparus les machinistes (pontonniers, machi-
nistes de rouleaux, etc.), les ouvriers professionnels de l'entretien électrique et mécani-
que et les premiers ingénieurs de la sidérurgie. Ces catégories de main-d'oeuvre
commencent à être substituées aux précédentes dans les activités les plus aisément mé-
canisables (transport, manutention, chargement, quelques laminoirs), mais elles sont
encore très minoritaires après la guerre. Le stade dominant de la division du travail dans
la sidérurgie n'est pas encore celui de la « mécanisation ».
sique des travailleurs ; par les rectifications et les ajustements constants que doivent ré-
aliser les ouvriers de métier pour parvenir à un produit de la qualité voulue, à partir de
matières premières ou intermédiaires souvent peu homogènes, par la taille des installa-
tions liée à cette organisation du travail ; enfin par le pouvoir que détiennent les ouvriers
de métier, dont le rythme de travail n'est pas imposé par la machine.
a beaucoup progressé durant l'entredeux-guerres et pendant la guerre. La régularisation
de la marche des hauts fourneaux, notamment par le concassage, le criblage et l'homo-
tions, de diminuer la consommation de coke à la tonne produite, et de réduire le nombre
des ouvriers de métier et de manoeuvres. De même l'affinage à l'aciérie d'une fonte de-
venue plus homogène a simplifié la conduite des convertisseurs Thomas ou des fours
Martin. Enfin, la mécanisation a fortement progressé aux laminoirs. Pour le laminage
des billettes, du fil machine et des tôles, les trains sont remplacés par le laminage en
continu entièrement mécanisé, c'est-à-dire par une succession de trains dont l'écarte-
ment des cylindres se réduit progressivement. Ici, les ouvriers de métier disparaissent.
Quelques uns sont utilisés pour le contrôle qualité qui ne se fait pas encore par des mé-
thodes scientifiques. Des engins très puissants, de grande capacité, capables de rempla-
cer un grand nombre de trains «manuels» ou faiblement mécanisés, on été mis au point.
Par exemple pour le laminage en continu des tôles, il existe 32 trains à large bande aux
On n'y compte que deux trains continus à billettes et deux trains continus à fil très pri-
mitifs.
Des ingénieurs ont réussi à établir les écartements précis entre les cylindres de cha-
que train, les rapports mathématiques entre les écartements des cylindres des trains pla-
cés successivement, et l'espacement entre chaque train, qui sont à respecter, pour
parvenir à un produit laminé de dimensions données, compte tenu de la température de
la «brame», de la vitesse de rotation des cylindres, de la vitesse d'introduction entre les
cylindres, etc. Ils ont également analysé les déformations que subissent les cylindres et
les rectifications d'écartement qu'il faut effectuer, etc. Dans le même temps, la précision
des commandes mécaniques s'est améliorée. Les conditions étaient alors réunies pour la
mise au point de trains continus mécanisés, commandés à distance, permettant une divi-
chaque poste de travail est un point de passage obligé pour être capable d'accéder à un
gence et de l'expérience est une condition de la production, se substitue alors une
concentrent les tâches qualifiées, alors que les autres sont réduites à des tâches d'exécu-
tants d'opérations simples établies par les premiers ou imposées par la conception de la
machine. Les machinistes et les opérateurs doivent exécuter un certain nombre de com-
mandes des parties du train continu qui les concernent, en manipulant des manettes et
des pédales, selon un ordre qui leur est indiqué sur une fiche de laminage. Les manuten-
tions sont supprimées et les manoeuvres avec eux. Les fonctions et les tâches que
concentraient les lamineurs dans une même activité sont divisées. Quelques ingénieurs
et techniciens pensent, préparent, conçoivent, organisent, contrôlent, modifient et déci-
dent. Les machinistes exécutent. Par contre, les ouvriers qualifiés de l'entretien élec-
tro-mécanique deviennent toujours plus nombreux. Leur travail, varié, exigeant
connaissances et compétences, né de la division intellectuelle du travail des ouvriers de
métier à travers une forme particulière de mécanisation, devient le nouveau travail qua-
La Commission de modernisation de la sidérurgie de 1946 estime, compte tenu du
niveau de productivité atteint par d'autres sidérurgies, que l'optimum de capacité d'une
usine est de 1 million de tonnes d'acier/an (dorénavant j'écrirai 1 Mt/an en abrégé). Or,
trois usines seulement dépassent de peu 0,5 Mt/an. Si l'on tient compte de certaines fa-
brications particulières (fonte de moulage, aciers et laminés spéciaux), 24 usines suffi-
raient pour produire les 12 Mt dont la sidérurgie française est alors capable, au lieu des
177 existantes. Deux sociétés américaines, qui produisent à elles seules réunies le même
tonnage que la sidérurgie française, emploient 2,5 fois moins de salariés.
Le retard de productivité est également important par rapport à un certain nombre
les années cinquante et soixante. Ce retard est un problème pour ces dernières en raison
des prix de vente de l'acier qui en découle, mais surtout en raison de l'inadaptation des
produits fournis. Dans ces industries, les machines outils spécialisées ont déjà remplacé
les «machines universelles», les presses ont été mises en «ligne», le montage se fait à la
ferts»). Les ouvriers professionnels de ces industries ne représentent plus qu'un faible
pourcentage dans les secteurs de fabrication. Ils ont été remplacés par les O.S.
La production peut se faire et doit se faire en grande série. Mais les machines spécia-
lisées, sous peine de pannes fréquentes et d'usure rapide, exigent des aciers homogènes
et résistants (permettant de plus de réduire la quantité d'acier nécessaire), d'usinabilité
facile, de bonne qualité de surface, de forme standardisée et en quantité en rapport avec
la capacité d'absorption des industries de série.
tenir de tels aciers laminés. Il constitue une entrave au développement de la division du
travail dans les industries de transformation. Deux types de laminés répondent plus par-
ticulièrement à la demande des industries de transformation et se prêtent plus facilement
à une production mécanisée : les produits plats (les tôles de toutes épaisseurs et de tou-
tes largeurs) et le fil machine. Ces laminés standards peuvent par des transformations
simples avoir des utilisations multiples. Et précisément, parce qu'ils ne peuvent varier
que par l'épaisseur, la largeur, la longueur et la nuance d'acier, ils se prêtent plus facile-
ment au laminage en continu. Par contre les produits longs (cornière, carrés, plats, ronds
à tube ; rails, traverses, poutrelles en U, I ou H à ailes larges ou non, parallèles ou non,
palplanches, profilés spéciaux) varient, en plus, par leur profil. Ils ont souvent des usa-
ges spécifiques et sont souvent employés par des artisans et des industries peu mécani-
sées (bâtiment, travaux publics, construction métallique, etc.). Leur fabrication est
beaucoup moins mécanisée.
1.5. D'un point de vue capitaliste, le choix stratégique à faire dans l'immédiat
après-guerre est de rassembler des moyens financiers importants pour réaliser des
unités intégrées mécanisées, de grande capacité et orientées vers la fabrication de
produits plats et de fil machine en acier de qualité
A posteriori, mais aussi en observant ce qu'ont fait d'autres sidérurgies, on peut reconsti-
tuer les choix stratégiques qui étaient à faire pour des sociétés capitalistes. Dans l'im-
médiat après-guerre, la concurrence internationale n'est pas un problème. Les barrières
douanières sont suffisantes. Les pays européens sont préoccupés par leur «reconstruc-
tion». Il faut relancer la production très vite, pour éviter l'importation d'aciers anglais ou
américains, et satisfaire la demande nationale. Par contre, dans un délai plus ou moins
proche, les échanges internationaux se libéraliseront, l'industrie des biens de consomma-
tion risquent de se développer fortement en France ou ailleurs. Il faut donc prendre im-
médiatement des décisions pour réorienter massivement la production vers les produits
plats et le fil machine, en acier de qualité homogène, à l'aide de puissantes installations
de laminage continu. Ces installations et les aciéries et les hauts fourneaux qui doivent
les alimenter exigent des capitaux comme jamais les sociétés sidérurgiques n'ont eu à en
rassembler. Et après la guerre, si leurs réserves ne sont pas nulles, elles ne sont pas suf-
fisantes. Le marché des capitaux est faible, les possibilités d'emprunt sont limitées. Soit
frent en commun. En France, ces choix seront faits tardivement et incomplètement.
1.6. De 1945 à 1948, les sociétés sidérurgiques attendent pour investir la stabilisa-
tion politique et sociale du pays
se trouvent, au fur et à mesure du rétablissement des communications ferroviaires, de
l'approvisionnement en coke et de la reconstitution de la main-d'oeuvre de métier qui
fait défaut. Mais très peu d'investissements sont faits jusqu'à la fin 1948, et ils ne
concernent aucune installation d'avenir. S'il est vrai que les difficultés de trouver des
financements sont réelles, que l'augmentation des prix de vente, fixés par arrêté du gou-
vernement, est toujours décalée par rapport à l'augmentation des prix de revient, que les
subventions gouvernementales devant compenser ces décalages sont versées avec re-
tard, que la marge d'amortissement technique autorisée est insuffisante et que les verse-
ments au titre des dommages de guerre ne seront vraiment effectués qu'à partir de 1948,
ces difficultés ne peuvent expliquer à elles seules quatre années d'attentisme à une pé-
l'Expansion, ce sont les risques de nationalisation, l'instabilité politique, la politisation
des ouvriers aguerris par dix années de lutte intense et les grèves violentes de 1947 et
1948 qui en sont la cause. Le mécontentement est profond parmi les salariés de la sidé-
rurgie en raison de l'inflation, des salaires qui ne suivent pas, des difficultés d'approvi-
sionnement et de la durée du travail. La CGT y est alors très puissante. Aux élections
professionnelles, elle rassemble 70 à 80% des suffrages. 40% des sidérurgistes sont
syndiqués à la CGT. Le pourcentage atteint près de 70% dans la région de Longwy. La
CFTC, petit syndicat d'employés, n'a que quelques adhérents ouvriers. Le départ des
ministres communistes du gouvernement le 5 mai 1947 détermine les dirigeants CGT
appartenant au PC, à pousser à l'action.
La grève commence fin novembre 1947, comme dans d'autres secteurs (bâtiment,
mines, métallurgie, etc.) et durera trois semaines. Elle est un échec. Des dirigeants syn-
dicaux, membres du Parti Communiste, sont arrêtés. Les dissensions au sein de la CGT
entre communistes et socialistes deviennent profondes. Les méthodes de déclenchement
et de conduite de la grève ont aussi provoqué des tensions parmi les travailleurs. Les
minoritaires font scission en décembre et forment la CGT-FO début 1948. Mais Force
Ouvrière ne parviendra pas à prendre une place réelle parmi les travailleurs de la sidé-
rurgie. Les problèmes sociaux n'étant pas réglés, de nouvelles grèves ont lieu en sep-
tembre-octobre 1948 pour un salaire minimum de 13.500 francs anciens par mois,
l'échelle mobile, la révision des « abattements » de salaires par rapport à la région pari-
sienne et une prime de vie chère de 3.000 francs. La CGT veut en faire aussi un mou-
vement de protestation contre « l'emprise américaine sur l'économie française ». Mais,
tirant les leçons des grèves de 1947, les dirigeants en grande majorité communistes ne
veulent pas être isolés et être accusés de contraindre les travailleurs à la grève. C'est
après le refus de la Chambre Syndicale de la Sidérurgie de satisfaire les revendications
et un référendum « à la base » à bulletin secret, que la grève est engagée, avec l'accord
Longwy, une compagnie de CRS, envoyée, officiellement, pour protéger les fours de la
cokerie, déjà éteints en fait, est attaquée par les ouvriers et la population qui parviennent
dérurgistes qui « enlèvent » le directeur de l'usine de Senelle-Maubeuge et le mettent en
accusation sur la place centrale. La grève sera partiellement un succès : les salaires sont
augmentés de 10 à 20% et l'abattement de zone passe de 10 à 5%.
C'est après la détente du climat social, le démarrage du Plan Marshall, la stabilisation
politique en 1948, que les sociétés sidérurgiques commenceront à prendre des décisions
importantes d'investissements, alors que le Plan de modernisation et d'équipement est
adopté depuis le 7 janvier 1947. Deux sociétés font cependant exception et sont plus
confiantes dans l'avenir. Ce sont les deux sociétés du Nord de la France, la « Société des
Forges et Aciéries du Nord et de l'Est» (usines de Valenciennes, Louvroil, Hautmont et
Montataire), et la « Société des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de Denain et Anzin
» (usines de Denain, Anzin et Escaudin). Elles décident de commander le 2 avril 1947
nent le nom d'Usinor. Par contre, ce n'est que début 1949 que quatre sociétés lorraines
constituent une société coopérative, la Sollac, pour faire construire et gérer le deuxième
« train à large bande » prévu par le 1er Plan.
1.7. « Ne pas lâcher la proie pour l'ombre » disent les patrons de la sidérurgie. Les
exportations d'acier sont une réalité. Les exportations de produits manufacturés ne
sont qu'une perspective. II ne faut aucune restriction aux exportations d'acier. Le
patronat de la sidérurgie ne croit pas dans le développement de l'industrie fran-
çaise de transformation
Les choix des investissements dépendent du type de développement capitaliste que l'on
prévoit pour le pays. Le patronat de la sidérurgie, notamment lorrain, a sa conception
propre. Il parviendra à faire écrire dans le rapport de la Commission de modernisation
du 1er Plan, malgré la présence en son sein d'hommes comme Pierre Lefaucheux, PDG
de la Régie Renault et ardent défenseur d'une industrie française de transformation puis-
sante : «L'existence d'une exportation de produits sidérurgiques ne saurait être mise en
cause (...). Sans doute serait-il préférable d'exporter sous forme de produits manufactu-
rés l'excédent de la production sidérurgique non absorbée par les besoins intérieurs.
Mais on peut remarquer tout d'abord que le niveau général de l'activité industrielle d'un
égard la France est et restera longtemps dans une position difficile. II est utopique dans
ces conditions de prévoir un développement disproportionne! de toutes ses industries et
tout particulièrement de celles qui ne peuvent vivre que par la production en grande
série. Il semble donc bien que les espoirs soient faibles de développer les exportations
françaises en dehors du domaine de la production de qualité à haut caractère techni-
que, et pour alimenter celle-là les tonnages nécessaires de produits sidérurgiques res-
tent incomparablement plus faibles que l'exportation possible.
l'économie française, et c'est précisément le secteur sidérurgique parce que la richesse
considérable du sous-sol en minerai de fer compense partiellement la médiocrité des
ressources en combustible et permet un développement de ce secteur dépassant large-
ment le niveau général du reste de l'industrie. L'existence d'une exportation sidérurgi-
que trouve ainsi sa justification dans la géologie même du sol national (...) Enfin
quelles que brillantes que puissent être les perspectives espérées pour l'exportation de
produits manufacturés, il faut bien voir qu'il n'y a là qu'une perspective; le réseau
commercial international de la sidérurgie française par contre, est une réalité tangible
qui, grâce à un important effort, a pu être maintenu à vide depuis 1939. Ce serait en
vérité lâcher la proie pour l'ombre que de sacrifier cette réalité à des espérances aussi
brillantes soient-elles».
La sidérurgie doit, selon la commission, répondre à sa clientèle traditionnelle à l'ex-
portation qui demande notamment des demi-produits et des produits longs. Le patronat
croit si peu au développement des industries de transformation françaises qu'il fait écrire
dans le même rapport cité plus haut : «La capacité unitaire de ces outils (les trains à
large bande) est telle qu'il est indispensable pour les justifier de prévoir une exportation
substantielle de leurs produits. S'il faut renoncer à celle-ci, c'est aux outils qu'il faut
renoncer, ainsi qu'à la mise à disposition du pays de tonnage suffisant de tôles de quali-
té à des prix acceptables».
Le patronat ne réorientera que lentement la production vers les produits plats. L'ex-
portation a pour les sociétés un intérêt immédiat évident qu'elles se gardent de mettre en
avant. Les prix sont beaucoup plus élevés sur les marchés extérieurs. Ils permettent de
fixe autoritairement les marges bénéficiaires jusqu'en 1953. Dès 1949, les sociétés ob-
tiennent la reprise des exportations. Elles représentent 30% de la production en 1950,
exclusion faite de celles de la Sarre alors rattachée à la France. Cette orientation a une
autre conséquence. Ne croyant pas au développement d'une importante industrie de
transformation française, les sociétés ne se préoccupent pas de procéder à une intégra-
tion aval de la production en prenant le contrôle de sociétés transformatrices. Or, l'inté-
gration aval valorise le produit et permet de régulariser le marché en réduisant les
mouvements spéculatifs de stockage et déstockage.
1.8. Les risques sociaux et financiers de la «modernisation». L'utilisation exclusive
tallations nouvelles mécanisées exigent des capitaux importants que les sociétés ne
peuvent rassembler qu'en fusionnant
tionalisation et une modernisation de grande ampleur, et une orientation de la gamme
des produits vers les produits plats, tout en obtenant un consensus politique et social. Le
manque de main-d'oeuvre qui existe à ce moment-là pouvait rendre moins douloureuse
socialement une mécanisation rapide et profonde. La mécanisation, on l'a vu, fait dispa-
vailleurs à la tonne produite.
Les nécessités de la reconstruction nationale, et l'objectif de créer une industrie de sé-
rie, admis à l'époque par toutes les forces politiques, pouvaient faire accepter la dispari-
tion d'une ou plusieurs usines, le regroupement de leur capacité de production sur les
usines les plus modernes, et la création de grandes unités mécanisées. Mais comme
l'écrit alors la Commission de modernisation de la sidérurgie : « C'est là, techniquement,
la formule la plus séduisante, c'est elle qui est rendue nécessaire pour certains outils de
très grande capacité de production. Socialement, financièrement, elle conduit aux plus
graves difficultés ».
Socialement, cette politique aurait effectivement posé des problèmes pour des usines
isolées et constituant la source essentielle de travail dans leur région. Mais il n'en est pas
ainsi en Lorraine, dans le Nord, ou même dans certaines zones du centre. Les usines
sont toutes proches. Dans le bassin sidérurgique de Lorraine du Nord, par exemple
l'usine de Knutange (Société métallurgique de Knutange) touche celle d'Hayange (de
Wendel) et l'usine d'Homécourt (La Marine-Homécourt) dans la vallée de l'Orne. Les
usines de Rombas (Société lorraine des aciéries de Rombas) est peu éloignée de celle
d'Hagondange (Union des consommateurs de produits métallurgiques et industriels
l'UCPMI). Dans l'agglomération de Longwy, les usines de Mont Saint Martin et de Se-
nelle-Maubeuge sont imbriquées et sont à proximité de l'usine de La Chiers et de La
Providence à Rehon.
Mais ces usines proches, ayant des installations pouvant se compléter, si l'on sup-
prime les doubles emplois, appartiennent à des sociétés différentes. Et c'est là la diffi-
culté majeure. Une restructuration profonde de la sidérurgie suppose en effet des fusions
importantes et rapides des sociétés. Or, elles cherchent presque toutes à les éviter. Elles
sont toutes de puissance voisine (0,4 à 0,7 Mt/an), et elles attendent que la concurrence
les départage pour déterminer qui absorbera qui.
Une autre raison aurait justifié des regroupements importants. Les résultats bruts
d'exploitation des sociétés, qui sont de 1946 à 1950 de l'ordre de 7 à 7% de leur chiffre
d'affaires, et leurs réserves qui sont de l'ordre de 10% ne leur permettent pas de financer
la construction d'usines nouvelles, intégrées et mécanisées. Elles doivent impérieuse-
ment se regrouper. Or, elles vont tout faire pour limiter et retarder ces regroupements.
le courage politique d'imposer des fusions ou de nationaliser la sidérurgie, dans l'intérêt
même du capitalisme français.
Un tel problème ne se pose pas alors avec la même acuité dans les autres pays. Les
sidérurgies anglaises et allemandes sont plus mécanisées et ont des capacités supérieu-
res. En tenant compte des destructions, la capacité de la sidérurgie allemande après la
guerre est de 17 Mt. Celle de la sidérurgie anglaise est de 15 Mt. Les sept konzerns al-
lemands, qui produisaient 90% de l'acier et 60% du charbon, sont dissous en une tren-
taine de sociétés après la défaite. Mais ces sociétés maintiendront une coordination entre
elles et commenceront à se regrouper dès l'ouverture du marché commun de l'acier. De
plus, elles restent d'une taille importante par rapport à la taille des sociétés françaises :
August Thyssen Hütte fait 1 Mt. Elles ont surtout des activités diversifiées, leur permet-
tant de valoriser leur métal, et ainsi de tirer des ressources beaucoup plus importantes
pour les investissements futurs. La sidérurgie anglaise est nationalisée en 1949. Déna-
tionalisée en 1953 par les conservateurs revenus au pouvoir, elle reste sous le contrôle
Finsider, créé par Mussolini en 1937, qui continue de contrôler l'essentiel de l'activité
Cornigliano, près de Gênes, est mise en service en 1953. Aux Pays-Bas, toute la produc-
a, après la guerre, une capacité de 8 Mt d'acier. La décartellisation imposée par les Amé-
de fonte et 53% de l'acier. Les sociétés privées qui en résultent sont des sociétés de 4 Mt
de fonte et de 2 Mt d'acier, tailles que les sociétés françaises n'atteindront que douze ans
grandes sociétés sidérurgiques du monde. Enfin, pendant la guerre, des sidérurgies nou-
velles se sont développées soit pour soutenir l'effort de guerre allié (Canada, Afrique du
Sud), soit pour répondre à leurs besoins (Brésil, Suède) qui ne pouvaient plus être satis-
pays, nouveaux producteurs d'acier. Il n'y a donc guère que les sidérurgies de Belgique
et du Luxembourg qui soient dans une situation similaire à celle de la France.
1.9. Le 1er Plan (1947-1952) est surtout dans les opérations concrètes qu'il prévoit,
un compromis entre le volontarisme gouvernemental de 1946, la volonté des socié-
tés sidérurgiques de garder le maximum de liberté, et la pression des représentants
des industries de transformation
Le 1er Plan fixe comme objectif pour 1952 de produire 12,5 Mt d'acier-lingot, dont 4,0
Mt d'acier Martin ou d'acier électrique, tout en améliorant la qualité des produits, en
doublant la productivité (passer de 44 t d'acier par ouvrier et par an à 80), et en réduisant
(passer de 1.100kg à 950 kg). La production de laminés doit atteindre 8,6 Mt dont 2,2
Mt de produits plats, 0,8 Mt de fil machine, 3,0 Mt de fers marchands (barres et profilés
de moins de 80 mm) et de ronds à béton (fers ronds pour armer le béton), 0,7 Mt de
poutrelles et palplanches, et 0,5 Mt de rails et matériels de voie.
Au cours du 1er Plan, des travaux doivent en outre être engagés pour que la capacité
faveur des produits plats et du fil machine les propositions initiales des sociétés. Les
opérations majeures prévues sont deux trains à large bande et plusieurs trains à froid
pour réorienter la production vers les tôles, et l'électrification des laminoirs existants (la
plupart fonctionnent à la vapeur) pour économiser de la main-d'oeuvre.
La préparation des charges des hauts fourneaux par concassage et criblage du mine-
rai et son agglomération à des résidus de coke récupérés, grâce à la construction de 18
ateliers, doit permettre d'abaisser de 150 kg à la tonne de fonte produite la consomma-
tion de coke et améliorer la qualité de la fonte. L'accroissement de la production d'acier
Martin ou électrique doit fournir un pourcentage plus élevé d'acier de qualité. Les socié-
tés pensent cependant que le procédé Thomas s'améliorera beaucoup dans l'avenir et
qu'il ne convient pas d'investir trop sur l'acier Martin ou électrique. La récupération du
gaz libéré par les hauts fourneaux doit permettre d'économiser du combustible et de
produire de l'électricité dans des centrales thermiques. Enfin, des suggestions sont faites
pour fusionner des usines proches. On parle d'engager la construction d'installations
nouvelles pour la production de fonte et d'acier, correspondant à une usine neuve de 3
Mt, et de porter ainsi la capacité française à 15 Mt au cours du 2e Plan.
La Commission constate que la «tendance universelle» est à l'accroissement de la
taille des hauts fourneaux. La préparation des charges régularise la marche des hauts
fourneaux. Elle permet l'augmentation de leur capacité et l'économie de coke, qui
ges pour l'économie de coke augmente donc avec la taille du haut fourneau, qu'elle rend
possible. Un diamètre de creuset de 5,5 m et une production journalière de 500 tonnes
on a construit en 1943 le plus grand haut fourneau de l'époque. Il est de 1.330 t/j de ca-
pacité et de 7,7 m de diamètre de creuset. La moyenne française est alors de 225 t/j.
Onze hauts fourneaux seulement sur 156 dépassent juste les 400 t/j. De plus, 10% d'en-
tre eux seulement sont chargés par bandes transporteuses, 65% le sont par bennes et
monte-charges, 25% sont chargés à bras. Cependant, la Commission écrit : «II ne faut
pas conclure de ce qui précède qu'une condamnation doit être prononcée à l'égard de
tous les fourneaux dont le creuset est inférieur à 5,50 m. La reconstruction d'un haut
fourneau à une dimension plus large peut exiger dans certains cas la modification pro-
fonde d'appareils annexes, notamment du système de chargement. Il est toutefois une
au point de vue main-d'oeuvre, des dépenses exagérées. La Commission a choisi de
placer à 4,5 m. cette limite».
La moitié des hauts fourneaux français sont en-dessous de cette barre. Cependant au-
cune opération importante ne sera prévue par la Commission en la matière, comme la
tructions : 24 au total. Les investissements totaux nécessaires sont estimés en 1946 à
700 millions de francs (nous écrirons dorénavant MF) pour les travaux et à 450 MF
pour préparer le passage à 15 Mt/an au cours du 2e Plan : au total 1.150 MF.
1.10. Le choix de deux trains à large bande de capacité moyenne pour le laminage
en continu des tôles limite les risques financiers et sociaux
une capacité initiale de 1,8 Mt. C'est cette génération de trains dont s'équiperont les au-
tres sidérurgies. La sidérurgie française optera pour deux «trains à large bande» de 0,7
Mt/an de capacité initiale chacun, correspondant à la première génération des trains US
La solution de deux trains, dont les mises en service sont de plus décalées dans le
temps, limite les conséquences sociales, maintient l'équilibre Nord-Lorraine et surtout
est possible financièrement pour les sociétés. Cependant, malgré la dimension limitée et
Fonds de modernisation et d'équipement, contre valeur des « Dons » de l'Aide Marshall,
au taux ramené en 1951 à 4,5% remboursables en vingt ans avec franchise de trois ans)
aucune société n'est en mesure, seule, d'en assurer le financement.
Comme on l'a vu, les deux sociétés du Nord en ont commandé un, le 1er avril 1947,
et fusionnent en 1948 pour former Usinor. Ce regroupement reste cependant insuffisant
pour financer une telle opération. Dès 1954, Usinor est endetté à hauteur de 53% de son
hauts fourneaux seront progressivement agrandis et modernisés. Il est mis en service en
1950, ainsi que le train continu à froid qui lui correspond et qui est installé à Montataire
dans l'Oise. Les sociétés lorraines ne se décideront pas à se regrouper. Quatre d'entre
elles et trois sociétés non lorraines, mais contrôlées par les premières, adoptent fin 1948
la formule de la coopérative, pour financer et gérer le deuxième train à large bande qui
sera installé à Florange, ainsi qu'une aciérie Thomas et Martin et deux trains à froid. Ces
sociétés gardent par ailleurs leur autonomie. La «Société Lorraine de Laminage Conti-
nu», la «Sollac», est fondée par de Wendel (47,5%) et deux sociétés non-lorraines qu'il
contrôle, les forges de Gueugnon (3,5%) et Carnaud-Basse-Indre (3,5%), par les acié-
ries de Rombas (14,5%) et les aciéries de Dilling (21,0%) en Sarre, (sociétés contrôlées
par l'entente industrielle Mar-Mich-Pont qui formera peu après Sidélor), par l'UCPMI
(3,5%) et enfin par les aciéries de Longwy (qui vont constituer bientôt avec Se-
nelle-Maubeuge, LorraineEscaut). Chaque société adhérente fournit sa quote-part de
fonte ou d'acier que Sollac transforme en tôles en les facturant au prix coûtant.
Par ces installations, la sidérurgie française se met à la hauteur des sidérurgies an-
glaise et allemande pour les tôles fines, mais elle ne prend pas de l'avance. Usinor, qui
manque de surface financière, s'endette lourdement. La formule de la coopérative évite
aux sociétés lorraines ce handicap de départ. L'endettement de de Wendel n'est que de
25% de son chiffre d'affaires. Par contre la Sollac ne provoquera pas dans les années
suivantes la restructuration de la sidérurgie lorraine.
1.11. Le «rapiéçage» des usines anciennes est la conséquence logique du regroupe-
ment insuffisant des sociétés
Chaque société n'a pas les moyens, bien sûr, de construire une usine nouvelle pouvant
se substituer à trois ou quatre usines anciennes, mais elle n'a pas non plus les moyens de
rénover et de moderniser toute la série d'installations successives qui composent une
usine, dans la même proportion. Aussi l'intérêt d'une «modernisation» est souvent dimi-
nué par l'insuffisance de capacité des installations amont ou aval. De plus, toutes les so-
ciétés faisant de même, les doubles emplois se créent.
De 1950 à 1953, trois fusions de sociétés sont réalisées. Une seule de ces trois fu-
le projet de Communauté européenne du charbon et de l'acier qui les pousse à se re-
grouper. Quatre sociétés lorraines forment en 1950 Sidélor. En fait, ces sociétés, la Ma-
rine-Homécourt, Pont-à-Mousson, Micheville et les aciéries de Rombas constituent
depuis longtemps une entente industrielle, sans formulation juridique, connue sous le
nom de Mar-Mich-Pont. Ce regroupement a une logique financière, commerciale (ces
usines ne fabriquent que des produits longs et notamment des profilés lourds) et minière
(les mines alimentant certaines des usines s'épuisent alors que celles d'autres ont des ex-
cédents). Par contre le regroupement n'a aucune logique géographique : ce qui ne per-
met pas une sélection des meilleures installations pour former une ou plusieurs unités
plus productives. Les usines (Homécourt, Rombas, Micheville, Auboué) sont situées
dans des parties distinctes du bassin sidérurgique de Lorraine du Nord. Mais chacune
d'elles est contiguë à des usines qui appartiennent à d'autres sociétés. La logique indus-
trielle et géographique aurait voulu que l'usine de Rombas soit couplée avec celle d'Ha-
groupe de Longwy. Mais il n'en a rien été.
En 1951, les deux sociétés des de Wendel, correspondant au partage opéré dans le
patrimoine de la Famille par la frontière du temps de l'annexion de la Lorraine par l'Al-
lemagne, ne forment plus qu'une société : de Wendel S.A.. Elle est coiffée par un hol-
ding : les Petits-Fils de François de Wendel, qui garde la forme de société en comman-
participants et qui donc n'est pas cotée en Bourse. La nouvelle formule juridique permet
un meilleur contrôle des de Wendel sur leur ensemble industriel. En effet auparavant,
une des deux sociétés était une société anonyme, et chaque membre de la Famille y était
actionnaire individuel au même titre que les actionnaires extérieurs. Dans la nouvelle
formule, la Famille constitue un bloc unique.
Enfin, en 1953, se constitue Lorraine-Escaut à partir des Aciéries de Longwy, de Se-
but de la nouvelle société est de prendre position sur les produits laissés libres, une fois
prises les places en matière de production des tôles moyennes et fines par Usinor et Sol-
lac. Il s'agit des produits pour tubes et des tôles fortes. La nouvelle société acquerra au
cours du 2e Plan un train à tôles fortes. Enfin, au moins deux des trois usines sidérurgi-
ques ainsi réunies sont contiguës : Mont Saint Martin et Senelle à Longwy. L'autre usine
est celle de Thionville. Pour les tubes, il s'agit de réaliser une véritable intégration verti-
cale. Lorraine-Escaut comprend trois usines à tubes: Anzin (Nord), Noisy-le-Sec (Ré-
gion Parisienne), Bessèges (Gard), et quatre usines de transformation des Métaux, dont
trois dans les Ardennes.
Dans le domaine des aciers spéciaux, les Aciéries de Firminy, la Marine et Jacobs
Holtzen forment début 1954 la CAFL : la Compagnie des Ateliers et Forges de la Loire.
Malgré leurs insuffisances d'un point de vue capitaliste, les quatre fusions qui ont été
opérées dans la sidérurgie lourde : Usinor, Sidélor, Wendel S.A. et Lorraine-Escaut,
constituent une étape importante. Le capital sidérurgique se différencie en deux ensem-
bles : d'un côté, quatre grandes sociétés de 1,1 à 1,4 Mt/an et de l'autre, une quinzaine de
sociétés de l'ordre de 0,3 à 0,7 Mt/an qui vont tenter de rester indépendantes en se spé-
cialisant.
1.12. Les objectifs de production du 1er Plan sont grosso modo atteints, mais pas
les objectifs de productivité et de restructuration
L'objectif de production d'acier est à peu près atteint : 10,9 Mt au lieu de 12,5 Mt.
L'écart semble dû à la moindre progression du marché intérieur. L'objectif de production
d'acier Martin et électrique est dépassé. La répartition par catégories de produits est à
peu près conforme aux prévisions, avec cependant une sous-estimation pour les produits
Mais les objectifs de productivité et de restructuration n'ont pas été atteints. En 1952,
l'effectif ouvrier est de 138.000 pour les activités sidérurgiques proprement dites. Mais
du personnel productif est maintenant classé parmi les ETAM (employés, techniciens,
1946 à 150.000. Dès lors le nombre de tonnes/an par ouvrier est de 72 au lieu de 80 pré-
vus. La consommation de coke est passée de 1.100 kg à 1.033 kg par tonne de fonte, au
lieu de 950 kg prévus. Ce résultat vient de ce que le programme «préparation des char-
ges et agglomération» a été réalisé tardivement, et très incomplètement pour l'agglomé-
ration «minerai-poussière de coke récupéré». La restructuration sur une base géographie
ne s'est pas faite. La seule fusion de sociétés qui rend possible ce type de restructuration,
Lorraine-Escaut, date de 1953. Les travaux qui doivent permettre de porter la capacité
de production d'acier à 15 Mt en 1955 au cours du 2e Plan n'ont pas été engagés. Enfin
la réalisation du deuxième train à large bande a été tardive. Il n'est mis en service que
fin 1953. Or les deux trains devaient se substituer aux nombreux «trains à main» de tô-
blème social et régional. Les retards dans leur mise en service ont conduits à mécaniser
les petits « trains à main ». La progression de la demande sera telle que ces trains fonc-
tionneront encore après la mise en service de Denain et de Sollac.
Elle progressera cependant moins qu'en République Fédérale Allemande, en Grande-
Bretagne ou en Italie. Ces pays qui étaient crédités respectivement de 17 Mt, 15 Mt et
2,3 Mt de capacité de production en 1947 ont produit en 1952 18,6 Mt, 16,7 Mt et 3,5
Mt d'acier. Ils ont donc accru leur capacité, alors que la France n'utilise pas à plein en
1952 sa capacité de 1947. Le Japon semble être dans la même situation: 7 Mt de pro-
duction pour 8 Mt de capacité. L'évolution de la demande au cours du 1er Plan, semble
donc donner raison au patronat de la sidérurgie, qui continue à douter de la capacité des
industries de transformations françaises de se développer. Ce constat va marquer la pré-
paration du 2e Plan.
Les dépenses faites pour les travaux réalisés durant le 1er Plan s'élève à 837 MF fin
1952, contre 1. 150 MF prévus. La différence tient au non-lancement des travaux pour
porter la capacité de production d'acier à 15 Mt. Le coût des opérations d'avenir (les
usines de Sollac et de Denain, les centrales électriques, les ateliers de préparation des
charges) peut être estimé à 380 MF. C'est donc 457 MF qui ont été utilisés au «rapié-
1.13. La CECA et le retour à la «libre entreprise»
1950 constitue un tournant. Le projet de Communauté Européenne du Charbon et de
l'Acier, la CECA, est lancé. Le traité est signé à Paris le 18 avril 1951. Il est ratifié par
l'Assemblée nationale le 10 avril 1952. Il entre en application le 1er mai 1953 pour
l'acier. On ne peut pas dire que le patronat de la sidérurgie française déborde d'enthou-
siasme. Protégés par des barrières douanières absolues jusqu'alors (les importations sont
de 0,4 Mt en 1952), les sociétés doivent se préparer à la concurrence qui, certes, doit
enfin leur donner, espèrent-elles, la liberté des prix mais qui les contraint à se regrouper.
En vue de l'ouverture des frontières, le patronat de la sidérurgie demande à être mis
dans les mêmes conditions de concurrence que ceux des autres pays de la CECA. Il ob-
tiendra en 1951, la bonification des intérêts des emprunts obligataires pour cinq ans,
ramenant le taux d'intérêt réel à 4,5%, des prêts à long terme pour permettre la consoli-
dation des échéances des crédits à moyen terme contractés pour l'équipement avant la
date de ratification du traité CECA, la révision des coefficients de réévaluation des bi-
lans, l'accélération de l'amortissement, la non soumission à l'impôt du stock indispensa-
ble, la réduction sensible des droits et impôts sur les plus-values en cas de fusions, la
non taxation des revenus provenant des filiales, la possibilité de réduire la taxe incluse
dans le prix des outillages achetés, le droit de constituer le GIS, le Groupement de l'In-
dustrie Sidérurgique, qui dorénavant pourra émettre des emprunts obligataires pour le
compte des sociétés et en sera la caution. Par cette institution, les sociétés sidérurgiques
compensent le handicap que constitue pour emprunter le fait d'être peu concentrées.
Les objectifs économiques de la CECA sont de développer et de rationaliser la pro-
duction de l'acier, pour atteindre les prix les plus bas. Les moyens pour y parvenir sont
l'abolition des barrières douanières internes entre les six pays de la CECA, un égal accès
aux sources de matières premières, l'établissement d'un tarif commun vis à vis des im-
portations en provenance des pays tiers, la publication des prix de « barème » pour ren-
dre plus transparent le marché, la déclaration obligatoire mais confidentielle aux
autorités de la CECA des projets d'investissements, le non octroi de prêts pour des tra-
vaux qui seraient contraires aux objectifs généraux de la Communauté, la demande d'au-
torisation pour réaliser des ententes ou des fusions de sociétés afin d'empêcher la
création de position dominante.
La publication des prix de barème découle de la volonté des promoteurs de la CECA
d'empêcher que des acheteurs, se trouvant dans des conditions comparables, soient trai-
tés différemment. Chaque société fixe ses prix de « barème », départ usine ou sur la
base d'un point de parité (Thionville ou Valenciennes). Elle peut ajouter au prix « ba-
rème » des « extra » de qualité, de dimensions, ou autres. Elle peut également introduire
des majorations ou des diminutions en fonction des quantités demandées. Elle a le droit
enfin d'aligner ses prix sur les «prix rendus client» offerts par un concurrent. En période
de stagnation ou de diminution de la demande et de concurrence vive, les alignements
vers le bas sont la règle. Si bien que les prix barèmes publiés perdent leur signification.
Il en sera ainsi au cours de deux périodes.
1.14. Le 2e Plan (1953-1956) fixe comme objectif une augmentation insuffisante de
la capacité de production d'acier et de produits plats, à la veille d'une expansion
sans précédent
C'est dans la perspective d'un marché ouvert et libre que le 2e Plan de modernisation et
d'équipement est préparé et décidé pour une période de quatre ans: 1953-1956. Le gou-
vernement ayant opté pour la libération des échanges, le retour aux méthodes libérales
de financement des investissements et la responsabilité pleine et entière des entreprises,
le Plan conçu pour la sidérurgie est tout sauf un Plan. Dans son rapport, la Commission
se contente de juxtaposer et de montrer l'écart qu'il y a entre la somme des projets des
sociétés et les estimations faites par la sous-commission des débouchés. Elle ne fait que
constater la non harmonisation des projets entre eux et énonce des recommandations
matière de prix, de fiscalité, de crédit, de prix des transports et de l'énergie, et de régime
d'exportation. La Commission constate que le marché intérieur ne s'est pas développé
autant que certains le prédisaient. Elle estime que pour les quatre ans à venir, il s'agit
moins d'augmenter les capacités de production que d'améliorer la productivité des ins-
tallations existantes. L'augmentation de capacité de production prévue est limitée à 2,0 -
2,5 Mt/an. Ce qui porte la capacité à 14,3 Mt. Or le marché intérieur, au lieu d'augmen-
ter de 33% comme le prévoyait le Plan, va augmenter de 47%. Celui de la CECA de
La sidérurgie française se retrouve aux limites de ces possibilités. La progression de
la capacité prévue de 2,0 à 2,5 Mt/an n'exigeait pas en effet d'usines nouvelles. Seul de
Wendel entreprend la construction d'une ligne de quatre hauts fourneaux, dont deux se-
ront réalisés durant le 2e Plan, mais dont les diamètres de creuset se situent autour de 6
m. La pénurie de métal est accrue par l'absence d'investissements dans le domaine de
pays. On sait maintenant agglomérer d'une manière rentable le minerai concassé et cri-
blé au coke et non plus seulement avec les résidus de coke sous forme de poussière. Il
devient possible de charger un haut fourneau entièrement en aggloméré. Déjà en Suède,
90% du minerai enfourné est aggloméré. En RFA, de nombreuses installations sont en
construction. Mais en France, les sociétés ne sont pas encore convaincues de leur renta-
que coulée. Elle en augmente la qualité, elle facilite la conduite des hauts fourneaux et
elle réduit fortement la consommation de coke. Ce procédé est donc fondamental pour
une sidérurgie vivant d'un minerai à faible teneur et devant importer au prix fort du coke
ou du charbon à coke sidérurgique. L'avantage de la rente de situation que constitue un
bassin ferrifère aux réserves considérables et facilement exploitables, permet, consi-
dère-t-on, de compenser la faible productivité au stade des hauts fourneaux.
Doutant du développement rapide des industries de transformation françaises, les so-
ciétés sidérurgiques sous-estiment fortement ce que sera la demande de produits plats et
surestiment la demande de profilés lourds (poutrelles, palplanches, etc.). On ne prévoit
donc pas de doubler les usines de Denain et Sollac, en programmant immédiatement
deux nouvelles aciéries. Usinor prévoit de remplacer ses neuf anciens fours Martin par
six fours de plus grande capacité et d'installer à Montataire un deuxième train continu à
froid. Ce n'est que la continuation du programme initial. En matière de produits plats, ne
seront réalisés que deux trains mécanisés à tôles fortes, un à Longwy par Lor-
raine-Escaut, l'autre à Dilling en Sarre (dont Pont-à-Mousson est l'actionnaire princi-
pal). Par contre, en matière de fil machine un effort important sera fait : quatre sociétés
se dotent de train continu à fil de 150.000 t/an de capacité, faisant des bottes de 200 à
Knutange, de Neuves-Maisons à Neuves Maisons, et de Sidélor à Rombas.
Pour le reste, on fera de nouveau du «rapiéçage». Cette politique est évidemment in-
abandonner peu après. On est conduit à les rénover une deuxième fois, puis une troi-
sième. Mais l'on ne parvient pas à construire une Renault 30 en changeant progressive-
ment les pièces d'un taxi de la Marne. Il en est de même pour une usine sidérurgique.
On rattrape peut-être ainsi les concurrents pour une ou deux années, mais on ne les de-
l'on n'élève pas par définition la productivité de toute la série d'installations d'une usine
dans la même proportion. On pourra lire jusqu'à récemment dans les rapports de la
Commission de préparation des Plans, qu'il faut supprimer les goulets d'étranglement.
En effet il s'en recrée constamment. La justification de cette politique réside dans un
calcul à courte vue. L'augmentation de capacité est moins coûteuse en rénovant qu'en
faisant du neuf. Le capital à avancer est en effet moins important. Mais la productivité
augmente beaucoup plus lentement. Dès lors, les marges bénéficiaires que l'on peut en
tirer sont plus faibles et par conséquent les ressources pour de nouveaux investisse-
ments. Le «rapiéçage» s'auto-engendre. L'expérience montrera, comme nous le verrons,
que cette politique est à long terme en fait globalement beaucoup plus coûteuse en capi-
tal que celle qui consiste à faire du «neuf». Mais pour les sociétés telles qu'elles sont,
Pour le 2e Plan, le montant des investissements prévus est de 2.200 MF. Ils seront ef-
fectivement de 2.325 MF. Sur ce total, si on exclue les trains neufs, l'aciérie Martin de
Denain et les hauts fourneaux de de Wendel, ainsi que l'entretien normal des installa-
tions «valables», on peut estimer que le « rapiéçage » représente 1.000 MF.
Le patronat obtient lors du 2e Plan des décisions gouvernementales importantes en
matière de transport, notamment l'électrification en priorité de la ligne Valencien-
nes-Thionville pour alimenter à meilleur coût en minerai de fer lorrain les hauts four-
neaux du Nord de la France. La ligne sera ouverte en 1956. Les sociétés livrent aussi
une longue bataille contre la SNCF, les chemins de fer allemands et le port de Stras-
bourg pour obtenir la canalisation de la Moselle, qui doit leur amener le coke allemand à
un prix plus bas et améliorer les ventes de minerai lorrain. Les traités concernant la ca-
nalisation de la Moselle et le rattachement de la Sarre à l'Allemagne seront signés le 27
octobre 1956.
1.15. La reconstitution d'une classe ouvrière de type traditionnel, nombreuse
Ne profitant pas du manque de main-d'oeuvre pour opérer une vaste rationalisation des
usines, les sociétés sont obligées de reconstituer fébrilement leurs effectifs, aussi bien
d'ouvriers de métier que de manoeuvres.
L'organisation du travail restant la même, les directeurs d'usines tentent d'appliquer,
dans leur majorité, l'ancien «mode de gestion» de la main-d'oeuvre qui a fait le renom
tres de la production et leur formation étant longue, il s'agit pour le patronat de les gar-
der précieusement, même lorsque la demande baisse, et de les fixer à l'usine par le
logement lié à l'emploi, par une sorte de garantie morale de la formation et de l'embau-
che des fils, et par divers « avantages ». Il s'agit de les discipliner dans le travail par le
salaire lié à la production de leur équipe ; et, dans la vie hors travail, par les économats,
dins ouvriers aussi qui améliorent l'ordinaire ; par la prise en charge enfin de toute la
vie, en répondant aux nécessités et insatisfactions ouvrières, avant même qu'elles ne de-
viennent demande collective et contestation de l'autorité patronale.
La préoccupation patronale est tout autre pour les manoeuvres. Leur fixation n'est pas
nécessaire. C'est la main-d'oeuvre la moins difficile à recruter. Sa fixation n'est pas sou-
haitable non plus. Il est profitable de s'en libérer en cas de mauvaise conjoncture. Ils
peuplent les «dortoirs» des sociétés, les garnis, les habitations vétustes qu'ils trouvent.
Des bidonvilles réapparaissent.
Mais les temps ont changé. L'ordre social que matérialise l'espace des villes sidérur-
subi des coups et des critiques. La CGT est bien implantée parmi les ouvriers de métier.
Le clergé n'est plus aussi facilement docile. L'école publique est bien implantée. Les
maires sont moins «vassalisés». Le paternalisme a du mal à fonctionner et le recours à la
répression est fréquent. Le développement du nationalisme algérien pousse les travail-
leurs immigrés d'Algérie à s'organiser.
62 heures par semaine en 1950, contre 44 heures en 1938. Pour le seul bassin de Long-
wy (13% de l'effectif ouvrier de la sidérurgie française), on compte officiellement 24
accidents mortels du travail en 1949, 19 en 1950.
et de la Sollac, qui se juxtapose à la classe ouvrière de type traditionnel
comme les manoeuvres disparaissent. Au laminoir, on ne trouve plus le lamineur qui
doit, à partir des caractéristiques de la brame et du produit à obtenir, déterminer seul par
expérience toutes les opérations à effectuer. Tous les paramètres intervenant dans le
permis de mettre au point des «trains» sur lesquels on peut établir la liste des opérations
mécaniques simples, à effectuer successivement pour parvenir au résultat voulu. L'intel-
ligence de la production, qu'avait le lamineur et qu'il devait exercer à tout moment, est
maintenant remplacée par un complexe mécanique qu'il faut conduire, entretenir et gé-
L'équipe de laminage d'autrefois est remplacée par trois catégories de travailleurs
nettement séparées. La première est celle des opérateurs qui conduisent les trains, du
haut de leur salle de commande, en manipulant des manettes et des pédales selon les
séquences données par le programme de laminage conçu et établi par le bureau de fabri-
cation. Ils n'ont pas, comme les lamineurs des usines anciennes, à mettre en oeuvre
constamment leur expérience et leur intelligence, mais à se comporter en exécutants des
consignes élaborées par d'autres. Ils se forment en trois mois. Leur responsabilité est
néanmoins grande. Ils conduisent en effet des machines de grande capacité et très coû-
teuses. Mais leur responsabilité n'est que celle d'accomplir les gestes précis, simples et
en nombre limité qui résultent de la conception de la machine. Si on leur donne parfois
le nom de lamineur, ils n'ont plus rien de commun avec le lamineur traditionnel. Aux
opérateurs, s'ajoutent le grand nombre de machinistes divers, qui ont un travail de même
type, mais plus «simple» encore pontonniers, machinistes de four, etc. La marge d'initia-
tive qui reste à ces opérateurs et machinistes est extrêmement limitée. Dès l'embauche,
les choses sont claires. Le « nouveau » n'est pas parrainé par un autre travailleur qui s'en
fait le garant sur le plan professionnel. Il n'est pas non plus engagé après un examen
professionnel. Il est engagé sur test et examen médical. C'est la première fois qu'il en est
ainsi dans la sidérurgie française. Il s'agit d'avoir des réflexes, une capacité d'attention
soutenue et de la résistance nerveuse.
La deuxième catégorie nouvelle de travailleurs est constituée par les ouvriers d'entre-
fortement leur nombre. Ils doivent être capables d'intervenir vite, efficacement pour li-
miter au maximum l'immobilisation de l'installation. Périodiquement, ils la révisent de
fond en comble. Ils sont formés par les centres d'apprentissage en trois ans et non sous
l'autorité des ouvriers de métier qui n'ont pas à les « dessaler ». Le discours patronal
commence à en faire l'image vivante de l'avenir du travail ouvrier, par opposition aux
ouvriers de métier « dépassés par l'évolution ». Ils sont jeunes et beaucoup ne sont pas
des fils de sidérurgistes. Quant à la troisième catégorie nouvelle, elle concentre la
conception, la préparation, l'analyse et la surveillance du travail : ingénieurs et techni-
Les manoeuvres ne disparaissent toutefois pas cependant complètement. Des opéra-
tions restent encore non mécanisées. Il serait trop coûteux et il n'est pas essentiel pour la
production de concevoir des machines pour ces opérations : l'écriquage, le marquage,
l'accrochage, le balayage des tôles, l'enlèvement de chutes, etc.
Avec la mécanisation telle que conçue, le capital se libère du pouvoir et des limites
des ouvriers de métier. Désormais, l'accumulation capitaliste peut repartir. «Technique-
ment», les travailleurs deviennent substituables et remplaçables, sans difficulté majeure.
Comme l'écrivent certains journaux à l'époque : « pour la première fois, une usine sidé-
rurgique peut fonctionner avec des amateurs ».
Les nouvelles catégories ouvrières se juxtaposent aux anciennes. Les usines nouvel-
catégories de salariés est en outre différente de celle des ouvriers de métier et des ma-
noeuvres. La Sollac notamment recrute sa main-d'oeuvre hors du bassin sidérurgique et
au niveau national. Elle le fait non seulement pour ne pas gêner les autres usines et pour
ne pas créer des tensions sur le marché du travail, mais aussi pour avoir des travailleurs
exempts de tradition sidérurgique, plus faciles à soumettre aux nouvelles conditions de
travail.
Pour les travailleurs, la division du travail au stade de la mécanisation réduit forte-
ment leur dépense physique souvent exténuante et dangereuse. Mais elle fait perdre aux
ouvriers de production directe leur pouvoir de préparation et d'organisation de leur tra-
vail, qui passe entre les mains des ingénieurs de fabrication. Ils perdent d'un coup l'inté-
rêt pour le travail, un pouvoir de pression très efficace qui obligeait les chefs d'atelier et
directeurs d'usine à composer avec eux, et un pouvoir sur l'évolution de la technique,
c'est-à-dire sur l'évolution de leur place dans la production. Enfin, la valeur de leur force
de travail, qui les garantissait contre les fluctuations du marché du travail, diminue for-
tement.
1.17. Les syndicats face aux fusions de sociétés, à la CECA et à la mécanisation
La grève de mars 1950 constitue un dur échec pour les travailleurs et les syndicats. Dé-
clenchée après l'adoption par le Parlement du principe du SMIG (Salaire Minimum In-
terprofessionnel Garanti), et du retour à la libre négociation des salaires avec le
patronat, elle dure trois semaines sans aucun résultat : 5% d'augmentation des salaires
comme au départ. De nombreux délégués et militants sont licenciés. De Wendel en li-
cencie 52 d'un coup. Cette grève est cependant l'occasion pour la CFTC de prendre un
bon départ pour sa « naturalisation ouvrière » dans la sidérurgie. En Lorraine, quelques
jeunes militants, issus de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, animés par Eugène Des-
camps, futur secrétaire de la CFDT, sont très actifs, unitaires et exigeants à la fois avec
la CGT. Ils prennent la défense vigoureuse des délégués et militants licenciés, la plupart
de la CGT. Cette équipe adopte une stratégie d'implantation intelligente qui portera ses
fruits dans les années soixante et marquera l'évolution des rapports patronat-travailleurs.
Très faible, disposant de peu de moyens et la CGT lui laissant peu d'espace de manoeu-
vre, elle constitue de petit noyaux de militants actifs, concentrés dans un nombre res-
puissants (le bassin de Nancy et la vallée de la Moselle). Surtout, elle privilégie systé-
matiquement la Sollac qui préfigure l'avenir de la sidérurgie et la future classe ouvrière.
Le début des années 1950 est une période difficile pour le mouvement ouvrier. La
CGT est affaiblie. Le nombre de syndiqués diminue. Chez de Wendel, la CGT ne par-
vient pas à constituer des listes complètes pour les élections aux Comité d'entreprises,
en raison de la crainte des représailles patronales. Les grèves de soutien aux grèves du
secteur public en 1953, décidées au dernier moment par les confédérations, sont des
échecs en Lorraine.
Dans le contexte de la guerre froide, les luttes politiques prennent une place impor-
tante : paix au Viet-Nam, la CED (Communauté Européenne de Défense) etc. La CGT
est contre la CECA, contre la constitution des «trusts» dans la sidérurgie et réclame la
nationalisation. Elle voit dans la CECA le moyen pour la sidérurgie allemande de se dé-
barasser de « l'autorité internationale de la Ruhr » et de retrouver et de développer sa
puissance, au profit des « revanchards » et de l'entente germano-américaine. Et pendant
plusieurs années, elle va dénoncer la reconstitution des « konzerns allemands » avec
l'autorisation complice des autorités de Bruxelles, les tarifs discriminatoires appliqués
au transport du coke allemand à l'encontre de la sidérurgie française, etc. Par contre la
CFTC et Force Ouvrière sont pour la constitution d'un marché commun de l'acier et du
charbon et pour l'Europe. Elles adoptent de fait la thèse gouvernementale tout en préci-
sant que les travailleurs doivent en être les premiers bénéficiaires. La CECA et l'Europe
créent, disent-elles, des conditions favorables à la Paix et ouvrent un marché plus vaste,
propice au développement économique et à l'élévation du niveau de vie. La division en-
tre syndicats est encore accrue par le fait qu'ils sont rattachés chacun à une fédération
internationale différente. La CGT est affiliée à Fédération syndicale mondiale (la FSM)
dont le siège est à Prague, et qui groupe les syndicats des pays de l'Est, les syndicats eu-
ropéens proches des partis communistes et des syndicats progressistes de pays tiers. F0
est rattachée à Confédération internationale des syndicats libres (CISL) à dominante
américaine. La CFTC appartient alors à la Confédération internationale des syndicats
chrétiens qui se transformera plus tard en Confédération mondiale du travail (CMT).
La question de la «mécanisation» est une question nouvelle pour les syndicats de la
sidérurgie. La CGT est pour une sidérurgie française puissante et moderne qui ne se
laisse pas distancer par la sidérurgie allemande, donc qui doit se mécaniser. Elle donne
en exemple les prouesses de la sidérurgie soviétique. Mais en même temps, elle perçoit
les craintes des travailleurs concernant l'emploi et la disparition de certaines catégories
ouvrières. La CFTC, qui a peu de racines parmi la classe ouvrière de type traditionnel,
se projette totalement dans les couches nouvelles et montantes des ouvriers d'entretien
et des machinistes-opérateurs.
La situation est différente chez les mineurs de fer. La demande de minerai est très
forte. De 1950 à 1954, ils mènent de nombreuses grèves dont beaucoup sont victorieu-
ses, pour les salaires, contre le «vol à la bascule», pour la sécurité... 17 jours d'occupa-
tion du fond de la mine en 1951 à Tucquegnieux, Trieux, Bouligny ; de même à Bure en
1953. Les accidents de travail sont très nombreux. 54 tués en 1954 dans le bassin lor-
rain. Par leurs luttes, les mineurs parviendront à avoir des salaires près de deux fois su-
périeurs à celui des sidérurgistes. La mécanisation se développe aussi plus vite et d'une
manière généralisée.
1.18. La sidérurgie française à la veille de l'expansion
Quatre grandes sociétés ont donc été constituées durant la période 1945-1953 : Usinor,
Sidélor, de Wendel, Lorraine-Escaut. Deux seulement peuvent procéder à la restructura-
tion des usines qu'elles ont rassemblées, en raison de leur proximité : il s'agit d'Usinor et
de Lorraine-Escaut. Les deux autres ont des usines intégrées qui peuvent être spéciali-
sées dans une gamme de produits, mais qui, en raison de leur éloignement, ne peuvent
pas fusionner leurs installations, en ne retenant que les plus modernes, ou s'équiper
d'installations neuves communes.
Deux usines ont été créées pour le laminage en continu des tôles : Denain par Usinor,
Sollac par essentiellement de Wendel, Sidelor et les aciéries de Dilling, détenues par
hérents de la coopérative.
En 1954, la capacité française de production d'acier est de 13,0 Mt/an. Celle de la
RFA, de 25,0 Mt; de la Belgique, 6,3 Mt ; de l'Italie, 5,7 Mt ; du Luxembourg, 3,3 Mt ;
des Pays-Bas, 1,0 Mt. Par rapport à 1945, la France n'a accru sa capacité que de 2 Mt à
Depuis 1950, les résultats bruts d'exploitation des sociétés ont augmenté. Ils repré-
sentent 10 à 11% du chiffre d'affaires. Sauf pour Usinor, les intérêts des emprunts
contractés réduisent encore peu ces marges. Des réserves financières ont été consti-
tuées : entre 20 et 35% du chiffre d'affaires d'une année. Mais, pour chacune des socié-
tés, ces résultats ne permettent pas encore de grandes ambitions.
CHAPITRE II
La bataille
Sidérurgie - Industries de transformation
2.1. Durant la période d'expansion 1954-1960, les divergences entre le patronat de
la Sidérurgie et le patronat de l'Industrie de Transformation éclatent concrète-
ment. Quant aux organisations syndicales, elles peuvent encore éviter deux pro-
blèmes très difficiles : la lutte contre la modernisation capitaliste et la nécessité
d'engager des luttes au niveau international
L'expansion aura plusieurs effets sur la sidérurgie, compte tenu de sa structure à ce mo-
ment-là. Partout dans le monde, il y a une famine d'acier. Les prix montent. Quand bien
même les sociétés auraient eu la volonté de rationaliser leur domaine industriel, elles
sont prises de court par la demande. Les clients acceptent tout type d'acier presque à tout
prix. Les sociétés doivent faire fonctionner leurs usines à plein, quel que soit leur stade
de modernisation. Il n'est donc plus possible de reporter la production sur les installa-
tions les plus performantes. Tout est utilisé pour produire. L'absence d'usines neuves fait
cruellement défaut. On « rapièce » plus que jamais. Mais les sociétés ne sont pas encore
suffisamment certaines de la solidité de l'expansion. Elles estiment ne pas avoir encore
des moyens financiers suffisants pour prendre la décision immédiate de construire des
usines neuves. Et elles songent moins que jamais à se regrouper, puisque l'expansion, si
elle dure, leur offre peut être la possibilité de rester indépendantes. Elles sont donc ame-
nées pour l'instant à embaucher encore plus de travailleurs de type traditionnel. Par
contre, si l'accroissement de la demande avait pu être assuré par des unités mécanisées,
la classe ouvrière de type traditionnel aurait numériquement régressé, au profit des tra-
vailleurs du stade de la mécanisation généralisée (OS-machinistes et ouvriers qualifiés
que celui des ouvriers de métier et des manoeuvres, en raison des installations plus pro-
ductives auxquelles ils sont affectés.
Donc, lorsque les sociétés sidérurgiques devront vraiment remplacer certaines usines
subiront, elles seront devant la difficulté de se dégager de nombreux travailleurs
cilement reconvertibles en raison de leur qualification spécifique à la sidérurgie.
Pour l'heure, les sociétés n'ont qu'une préoccupation : maximiser immédiatement
leurs profits, pour enfin avoir les moyens de créer, chacune, des unités nouvelles méca-
nisées. Or, à l'exportation, les prix sont plus rémunérateurs que sur le marché intérieur,
en raison d'une part du manque très important d'acier dans certains pays, et d'autre part,
industries françaises de transformation qui doivent importer au prix fort, les sociétés
sidérurgiques augmentent fortement leurs exportations en 1955 et font tout pour les
maintenir à ce niveau durant cette période. Pour résoudre la contradiction à leur profit,
elles proposent d'augmenter encore plus les prix de l'acier sur le marché intérieur, alors
successifs n'ont pas la capacité politique d'imposer une politique industrielle cohérente,
comme en Italie ou au Japon. Alors que ces pays avaient tout intérêt, à ce moment-là, à
exporter leurs aciers en raison de son bas prix de revient, ils décident au contraire que
leur sidérurgie alimentera quasi exclusivement leurs industries de transformation pour
leur permettre un développement très rapide. Ce qui sera.
Les demi-mesures qui sont prises en France ne résolvent aucun problème. Elles les
résolvent d'autant moins que de nouveaux choix stratégiques sont à faire qui requièrent
des capitaux encore plus importants qu'avant : les usines côtières et l'acier à oxygène
Les premiers gouvernements de la Ve République tentent de résoudre la contradic-
tion entre le patronat de la sidérurgie et le patronat des industries de transformation, en
appuyant une politique ambitieuse de forte augmentation des capacités de production,
permettant de satisfaire largement la demande intérieure à venir, et la clientèle exté-
rieure. Mais il est trop tard. Les conditions d'un ralentissement de la demande d'acier et
d'une vive concurrence se sont mises en place durant l'expansion.
La CGT avait annoncé des catastrophes pour la Sidérurgie française et pour l'indé-
pendance nationale si la CECA était effectivement mise en place. De fait, logiquement
un processus concurrentiel grave pouvait se déclencher. Il ne se déclenche pas en raison
du manque généralisé d'acier et aussi en raison de la politique industrielle suivie par les
sociétés allemandes et la Finsider italienne qui préfèrent alimenter leur marché intérieur.
Pour les mêmes raisons, le mouvement ouvrier n'a pas eu non plus à affronter la ques-
tion de la "modernisation capitaliste" et la question des luttes au niveau international.
que ce chapitre II et consacré.
2.2. Expansion, profits, « paix sociale » pour les Sociétés. Semaine de 55 heures,
accidents, stabilité de l'emploi et amélioration du niveau de vie pour les travail-
1953 est une année de stagnation. Au milieu de l'année 1954, les commandes repartent.
de 10,6 Mt en 1954 à 17,3 Mt en 1960, soit une augmentation de 63%. Les prix de
l'acier sur le marché intérieur augmentent également de 49,4%, alors que les prix indus-
premières, à l'exception de la ferraille, n'augmentent pas plus, et même moins vite pour
l'acier sont élevés en 1954, et augmentent eux aussi de plus de 50%.
Les nouvelles installations entrent en service et peuvent être utilisées à plein de leur
capacité. Le chiffre d'affaires de la sidérurgie française est multiplié par 2,4 entre 1954
et 1960. Les résultats bruts d'exploitation pour la période représentent 15 à 20% du chif-
ments jusqu'à 46,0% en 1960. Les quatre grandes sociétés atteignent la taille des 2 à 3
Mt de production annuelle. Les mines de fer connaissent une progression très rapide
également. La production des mines lorraines passe de 38,0 Mt en 1954 à 62,0 Mt en
1960. Les exportations vers le Luxembourg, la Belgique et la Sarre doublent presque :
départ, s'affirme d'année en année. Elles pensent pouvoir rester autonomes. Toutes éla-
borent des projets plus ou moins ambitieux.
D'un point de vue capitaliste, la sidérurgie française ne tire cependant pas tout le parti
possible de la période 1954-1960. De plus, elle va se préparer trop tard aux conditions
nouvelles du marché de l'acier qui s'imposeront à partir de 1961. Sa façon de réagir à la
Durant la période 1954-1960, il ne se produit aucun mouvement de grèves très im-
portant. La répression patronale contre les militants syndicaux avant 1954 a effective-
ment affaibli les organisations dans la sidérurgie. 41 ouvriers sont encore licenciés en
1955 suite à une grève pour la sécurité et les salaires à Homécourt (Sidélor). Certains
des combats politiques de la CGT ont provoqué des tensions et la démobilisation d'une
parties des travailleurs. Les évènements de Berlin-Est en 1953, puis de Pologne en 1955
et de Hongrie en 1956 suscitent des remous parmi les syndicalistes, et le doute parmi les
travailleurs.
La guerre d'Algérie, la dégradation des institutions de la IVe République, l'incapacité
organisations syndicales et accaparent une part grandissante du temps de leurs militants.
Les journées revendicatives nationales se répètent, à intervalles plus ou moins réguliers,
sans provoquer de sursaut et de participation active des travailleurs. Par contre, on voit
et qui se révèlent être efficaces : grève, tous les dimanches, des hauts fourneaux de
l'usine Lorraine-Escaut à Longwy, pour obtenir de ne travailler qu'un dimanche sur sept,
et ne faire que 52 h 40 par semaine ! Grève de pontonniers pour passer d'OS 2 à P 1, etc.
La troisième semaine de congés payés, l'unification et l'amélioration des régimes de
retraites complémentaires qui sont les acquis les plus importants de cette période sont
obtenues grâce aux mouvements de grève de 1955 à Saint-Nazaire et dans la métallur-
gie, sans une participation très active de la sidérurgie.
L'attitude du patronat devient moins dure et plus diversifiée. En période d'expansion,
une grève longue est coûteuse, et il est plus difficile de refuser des augmentations de
salaires. Les revendications sont un peu mieux prises en considération. Certaines socié-
tés, notamment Lorraine-Escaut et Usinor, commencent à considérer qu'il ne sert à rien
de nier le fait syndical, et qu'il vaut mieux tenter de faire jouer un rôle modérateur aux
syndicats dans les rapports patronat-travailleurs.
Pour les travailleurs, la période 1954-1960 est à la fois une période de forte exploita-
tion et une période de stabilité de l'emploi, de promotion et d'amélioration du niveau de
vie. La durée hebdomadaire du travail dépasse encore 55 heures et ne diminue que très
lentement. Le seul bassin de Longwy (21 600 sidérurgistes en 1960) totalise en 7 ans 91
tués dans les usines sidérurgiques. Chaque année on y compte en moyenne un accident,
nécessitant un arrêt de travail, pour quatre ouvriers. Les capacités normales de produc-
tion d'acier étant insuffisantes par rapport à la demande, les sociétés cherchent à faire
fonctionner leurs usines au maximum, en multipliant les heures supplémentaires et en
poussant les installations souvent au-delà de leur limite de sécurité. Pour 1957, année
et Minière de Longwy voit quant à elle d'autres causes à ce bilan : "L'aggravation cons-
tatée depuis deux ans peut être attribuée à deux causes principales qui tiennent en
échec les progrès de la prévention réalisée dans les usines :
- l'accroissement de l'activité industrielle a conduit les usines à embaucher une
main-d'oeuvre souvent inadaptée aux travaux de l'industrie (Nord-africains et Italiens
en particulier). Ces travailleurs sont plus fréquemment victimes d'accidents du travail
que leurs camarades plus évolués, déjà habitués au rythme de la vie en usine et leur
inexpérience conduit souvent à des accidents plus graves.
- la durée des arrêts de travail - pour un accident de même gravité - s'est fâcheusement
allongée. Il est hors de doute qu'une complaisance trop grande de la part de certains
médecins n'y est pas étrangère et qu'un contrôle plus serré de la Sécurité sociale per-
mettrait de déceler et de supprimer certains abus"
Lorsque la direction de Wendel-Sidélor, devenue Sacilor, réorganisera ses usines de
tes de travail conservés ou nés de cette réorganisation, elle découvrira que 10,8% des
ouvriers qu'elle emploie sont des handicapés physiques. Un grand nombre de ces tra-
vailleurs ont été accidentés durant cette période d'intense production sur du matériel vé-
L'afflux de travailleurs dans les zones sidérurgiques n'est accompagné qu'avec retard
par des programmes de construction de logements. Le pourcentage de logements sur-
peuplés varie, suivant les communes dans le bassin sidérurgique de Lorraine du Nord,
de 40 à 50% du total des logements. Les travailleurs immigrés algériens vivent dans les
plus mauvaises conditions. Andrée Michel, dans son enquête sur la main-d'oeuvre algé-
rienne en Moselle réalisée à cette époque, note :
« Dans les secteurs proprement sidérurgiques, la main-d'oeuvre algérienne est massi-
vement logée par les employeurs. 97% à Hayange, 70% à Hagondange... car il n'existe
pas comme à Thionville ou à Metz de ces quartiers vétustes, bombardés pendant la
d'autre.
« Ceci dit, même dans la vallée de la Fensch, de l'Orne et de la Moselle, une fraction
importante des Algériens ne sont pas logés, et doivent s'installer en surnombre, clandes-
tinement, dans les foyers-dortoirs, ou dans des abris de fortune (chantiers, granges,
signe habituellement sous l'appellation : « les 3x8 dans les dortoirs ». Elle consiste
pour l'ouvrier algérien qui travaille à abandonner son lit à un camarade sans logis. Il
faut donc supposer que les 10 500 lits accordés par les employeurs aux Algériens de la
Moselle sont en réalité occupés par 15 000 locataires, 4 500 étant des « clandestins »,
rents dont le second est amené à travailler de nuit afin de profiter de l'hospitalité diurne
que le premier lui accorde, si celui-ci travaille de jour. Le travail continu de la sidérur-
gie se prête d'ailleurs à de tels arrangements, que l'on peut considérer, selon l'expres-
sion d'un Algérien, comme un débrouillage de misère ».
Mais, tout en subissant pour certains des conditions de surexploitation, les travailleurs
de la sidérurgie ont des emplois assurés, un contexte professionnel stable et des salaires
qui augmentent. De 1954 à 1960, l'effectif ouvrier des activités proprement sidérurgi-
ques passe de 119 000 à 131 000, soit 12 000 emplois nouveaux. Les usines embau-
chent. Les jeunes y trouvent du travail. Les qualifications et les règles de promotion sont
stables, et bien établies. Il est possible de faire carrière au moins pour les travailleurs
français et les immigrés anciens. La formation est encore largement empirique. Elle se
pas franchir d'étape à la division du travail, ne bouleverse pas les structures profession-
nelles. Le gain horaire ouvrier augmente de 77,5% de 1954 à 1960. Le salaire net annuel
moyen augmente quant à lui de 85,4%, alors que l'inflation est pour cette période de
28% selon l'INSEE, 50% selon la CGT. La progression est plus forte que dans le reste
lancer dans la construction ou l'achat d'un logement.
L'aspect contradictoire de la période pour les travailleurs se traduit dans le turn over.
Les conditions de travail sont tellement dures que nombre de travailleurs changent sou-
vent d'emploi, mais ils le font aussi parce que le marché du travail le leur permet. Le
turn over baisse en effet dès que la conjoncture est moins bonne. Durant cette période, il
est au contraire à un niveau élevé. Dans le bassin de Longwy, il est de 18% pour l'en-
semble de la main-d'oeuvre ouvrière, 13% pour les Français, 23% pour les immigrés,
mais 35% pour les Maghrébins.
La nouvelle classe ouvrière qui se constitue avec la mécanisation généralisée dans la
sidérurgie reste très minoritaire. Elle est localisée dans deux unités seulement : Denain,
et son prolongement Montataire, et Sollac. Elle commence à s'insinuer dans les usines
anciennes avec les "trains continus à fil", avec les nouveaux trains à tôles fortes ou à
poutrelles, avec les ateliers d'agglomération. Mais elle est proportionnellement faible 13
000 ouvriers environ sur 131 000 en 1960.
2.3. Cependant, la sidérurgie française ne profite pas pleinement de l'accroisse-
ment exceptionnel de la demande d'acier, comparativement à d'autres sidérurgies.
Contrairement à l'explication patronale, ce n'est pas fondamentalement en raison
de la politique gouvernementale des prix
France avec la RFA, l'Italie et les Pays Bas est même plus important. Dans ces pays,
l'accroissement brutal de la demande commence en 1953. La date de référence devrait
être 1952 et non 1954. Mais la sidérurgie française n'est guère responsable de ce retard
de démarrage de la demande. La production française représentait 71% de la production
allemande en 1952. Elle en fait 50% en 1960. La production italienne faisait 31% de la
production française en 1952, elle monte à 48% en 1960. En 1959, le lapon dépasse la
France qui rétrograde à la sixième place des producteurs mondiaux. En 1960, Usinor est
une société de 2,8 Mt d'acier, de Wendel 2,7 Mt, Sidélor 2,3 Mt et Lorraine-Escaut 2,1
Mt. La même année, trois sociétés allemandes sont entre 3 et 4 Mt : August Thyssen
Hütte, Phoenix, Rheinrohr et Krupp. La Finsider italienne fait 5 Mt.
De cette période, le patronat de la sidérurgie retient surtout qu'il n'a pas pu faire des
bénéfices aussi importants que ceux de ces concurrents, en raison, dit-il, de la politique
le prix du transport du coke allemand qui alimente ses hauts fourneaux.
Pendant la crise rampante de 1960 à 1967, les sociétés sidérurgiques expliquent leur
incapacité à financer la modernisation de leurs installations par les bénéfices qu'elles
forme de prêts à faible taux d'intérêt, d'infrastructures et d'avantages divers) n'est que la
réparation (insuffisante) d'une « injustice », du « manque à gagner » dû à des prix trop
bas. La modération à laquelle Georges Pompidou et Valery Giscard d'Estaing les invite-
ront lors des booms des prix en 1969-70 et 1972-74 sera à nouveau dénoncée et sera à
nouveau donnée comme la cause majeure de leur impossibilité de réagir à la crise de
La moindre progression de la production d'acier en France durant cette période ex-
tront après 1960 par la politique des prix est pour le moins insuffisante. Qu'en est-il
vraiment ?
2.4. La moindre progression de la sidérurgie française tient à l'insuffisance de sa
capacité de production de fonte et d'acier. Les industries françaises de transforma-
tion manquent d'acier
De 1954 à 1960, le marché intérieur passe de 5,8 Mt/an à 11,6 Mt, soit un accroissement
de 100%. La sidérurgie française paie alors son manque de confiance dans le dévelop-
pement de l'industrie de transformation française. Elle fait fonctionner tous ses hauts
fourneaux qui le peuvent. Le taux d'utilisation est toujours supérieur à 80% : ce qui est
exceptionnel, compte tenu des réfections à faire périodiquement. Un tel taux ne se re-
trouvera que lors de la pointe de1973-1974. Il en est de même pour les aciéries. Les
fours sont dopés avec de la ferraille, le temps de travail est allongé. Mais cela ne suffit
tés sidérurgiques maintenant contre vents et marées leurs exportations entre 3,5 et 4,0
Mt, les importations augmentent fortement pour satisfaire la demande intérieure : de 1,0
Mt à 2,9 Mt. Voilà un sérieux manque à gagner ! La sidérurgie française ne peut pas
non plus satisfaire ses clients extérieurs, et laissent le champ libre à de nouveaux expor-
tateurs.
Les industries de transformation durant cette période font un double reproche aux so-
ciétés sidérurgiques : d'une part de n'avoir pas cru en leur développement, d'autre part de
continuer à exporter, à cause des prix plus élevés à l'exportation, au lieu de répondre aux
besoins nationaux. Leur pression, par gouvernement interposé, aboutit à ce que le vo-
lume d'exportation reste à peu près constant. Mais cela ne suffit pas. Les industries de
transformation doivent importer, et au prix fort.
ration du minerai et du coke, diminue les marges bénéficiaires
hauts fourneaux y sont plus anciens, de plus faible capacité en moyenne, et la teneur en
fer du minerai enfourné est plus faible. Mais ce ne sont pas encore là les facteurs fon-
damentaux. Le faible coût du minerai « rendu usine » compense ces inconvénients pour
l'instant. C'est la quasi absence d'agglomérés de minerai et de coke qui est essentielle.
de production de fonte est plus de dix fois inférieure, la ferraille étant sa matière pre-
mière essentielle. De plus, la capacité française progressera peu pendant la période. Le
pourcentage d'agglomérés dans le total du minerai enfourné passe de 5,8% en 1954 à
15,6% en 1960. Aussi la consommation de coke, qui est la matière première la plus coû-
teuse dans la sidérurgie, reste stationnaire. De 1954 à 1960, elle passe de 1 032 kg à la
tonne de fonte à 972 kg, alors que l'objectif du 1er Plan était de parvenir à 950 kg dès
1952 ! La « mise au mille » est nettement plus basse en 1960 en RFA (839 kg), en
1956, par exemple, 38% du coke qu'elle consomme est importé, 40% lui est vendu par
de charbon à coke importé à 73%.
fil machine et les ronds à béton empêche de tirer tout le profit possible de leurs
prix de vente plus rémunérateurs
Tous les produits sidérurgiques n'augmentent pas au même rythme. La production des
tôles, des feuillards, du fil machine et des ronds à béton est multipliée par 2,1, celle des
grosses et moyennes poutrelles par 1,7. Par contre la production du matériel de voie (x
1,3), des palplanches (x 1,2), des fers marchands et des petites poutrelles (x 1,4) pro-
gressent moins.
Or, en 1955, 35% des capacités de laminage concernent ces derniers produits. Donc,
le tiers de l'appareil de laminage ne participe pas au boom de la demande. Il n'est utilisé
qu'à 57% de ces possibilités, au plus fort de l'expansion en 1960.
Par contre, pour les produits en forte croissance, les appareils sont saturés et insuffi-
sants. Les sociétés ne peuvent satisfaire à la demande. Les délais de livraison s'allon-
gent. Usinor et Sollac doivent entreprendre l'accroissement de la capacité de leur train à
large bande à peine installé. Le boom de la construction navale, dans le monde et en
France, sature les deux trains à tôles fortes qui viennent d'être mis en service (celui de
Longwy et celui de Dilling en Sarre). Les constructeurs navals doivent importer.
2.7. Lors de la préparation du 3e Plan (1957-1960), le patronat doute encore de la
poursuite de l'expansion
La majorité des sociétés françaises ne croit pas que l'expansion continuera au même
rythme, contrairement à l'avis des autres sidérurgies et des pouvoirs publics. N'étant pas
certaines d'une expansion continue, elles estiment que des « arguments très sérieux mili-
tent en faveur d'une politique visant à digérer l'effort des dix dernières années » : l'en-
dettement est déjà important, les usines neuves sont très coûteuses, l'accroissement de
capacité exigera de faire appel au coke américain dont le prix est élevé. Ce manque de
confiance tient à ce qu'elles ne croient toujours pas les industries de transformation
françaises capables d'une forte croissance, et à ce qu'elles craignent de devoir fusionner
pour réaliser des usines neuves. Dans un documents de 1957, la Chambre Syndicale de
la Sidérurgie Française constate encore : « L'Allemagne prévoit de porter en 1960 sa
production d'acier à 33 millions de tonnes, Sarre comprise (et 40 millions en 1965). La
puissance d'expansion de ses industries de transformation justifie sans doute un pareil
dessein. II n'est pas question, hélas, de la rejoindre à ce niveau. Il convient seulement
que la disproportion des masses ne s'aggrave pas de handicaps insurmontables dans le
domaine des approvisionnements, des prix de revient et des charges financières ».
Le 3e Plan couvrant la période 1957-1960 adopte des estimations de débouchés trop
basses, et fait des choix d'investissement mal ajustés. Le développement du marché inté-
Mt. L'augmentation de capacité de production d'acier est limitée à 4 Mt. Soit une capa-
cité totale de 18,5 Mt/an. Cet objectif est réalisable avec un minimum de hauts four-
neaux neufs et d'installations d'agglomération de minerai. L'enrichissement de l'air
pacité et la qualité de l'acier. De Wendel achèvera sa batterie de hauts fourneaux
d'Hayange avec deux unités supplémentaires. Usinor équipe son usine de Denain d'un
haut fourneau neuf. De même Lorraine-Escaut pour son usine de Longwy, et Sidélor
pour son usine de Micheville. Cette génération de hauts fourneaux est de 7 à 7,50 m de
diamètre de creuset, et de 700 à 800 t/j. 16 ateliers d'agglomération du minerai sont pré-
vus. Usinor renouvelle entièrement l'aciérie de Denain, et Lorraine-Escaut celle de son
usine de Longwy.
Malgré les faits observés depuis 1954, on continue à sous-estimer la croissance des
tôles, du fil machine, des ronds à béton, et des feuillards, et à surestimer celle des fers
marchands et des profilés lourds. Aucun train neuf n'est prévu, à part deux trains à gros-
ses poutrelles à ailes parallèles, l'un à Hayange chez de Wendel, l'autre à Valenciennes
existants.
Le coût des travaux du 3e Plan est évalué pour la période 1957-1960 à 2 765 MF. Sur
ce total, les dépenses de modernisation d'installations existantes s'élèvent à 1 070 MF.
Les sociétés ont les moyens de financer correctement leur programme et les charges de
remboursement des emprunts contractés. 69% des besoins seront couverts par l'autofi-
nancement et les avances de capital. Un tel taux se voit pour la première fois, mais ne
commencées antérieurement, ne représenteront que 5,1%. Taux jamais vu et qui ne se
reverra jamais plus !
2.8. Les installations neuves sont de faible capacité. Les sociétés ne se groupent pas
au mille ». Des usines contiguës se dotent, chacune et en même temps, d'ateliers d'ag-
glomération, au lieu de réaliser un atelier commun dont la productivité serait plus éle-
vée. C'est le cas pour les usines d'Hagondange (UCPMI) et de Rombas (Sidélor) dans la
vallée de la Moselle ; pour La Chiers, Saulnes et La Providence-Rehon à Longwy, etc.
On aura un seul cas de groupement dans la zone Sud du bassin lorrain avec Pont-à-
Mousson, Pompey et Neuves-Maisons, qui constitue en 1960 la Société de Traitement
du Minerai de Saizerais.
2.9. Le 3e Plan est exécuté avec retard en raison des incertitudes politiques, alors
que pour une fois les moyens financiers sont là
Nombre d'installations entreront en service au moment de l'arrêt de l'expansion. Le re-
tard sera tel que la capacité de production ne sera que de 15,7 Mt en 1959, un an avant
la fin du 3e Plan. Surtout l'objectif de 10,5 Mt d'agglomérés de fer, jugé insuffisant par
la Commission du Plan, sera loin d'être atteint, puisque la production en 1961 ne sera
Ces retards sont en partie dus aux nouvelles craintes du patronat de la sidérurgie de
voir nationaliser ses entreprises. Dans un document remis au ministère des Finances, la
Chambre syndicale met deux préalables à l'acceptation des objectifs du 3e Plan : le re-
tour à la liberté des prix, le démenti « concret » des rumeurs de nationalisation pour ne
pas « paralyser les initiatives et décourager les investissements ». Elle explique d'ail-
leurs le faible recours aux augmentations de capital depuis 10 ans par le fait que les
« souscripteurs éventuels avaient gardé le souvenir des menaces de nationalisation qui
avaient pesé sur la sidérurgie en 1945 et 1946 ». Elle aurait pu ajouter aussi la volonté
des actionnaires majoritaires de garder le contrôle maximum des sociétés.
2.10. La non-valorisation de l'acier produit, par sa non-transformation au sein des
sociétés
Seules Lorraine-Escaut et la Providence ont une stratégie de diversification aval, en se
spécialisant sur les tubes. Il en est de même des Fonderies de Pont-à-Mousson dans le
domaine des fontes de moulage, comme nous le verrons plus loin. Les holdings qui coif-
fent les autres sociétés sidérurgiques ont bien sûr quelques participations dans des socié-
tés transformatrices de l'acier. Mais les seules liaisons financières ne font pas un groupe
industriel organisé, maximisant les possibilités techniques et commerciales. Krupp avec
ses 110 usines de transformation employant 100.000 salariés en 1960, peut évidemment
dégager des bénéfices considérables dans une période de boulimie d'équipement, que ne
peuvent dégager les sociétés françaises, et qui leur feront défaut au moment de la crise
rampante de 1961 à 1967.
2.11. Ce que cache la grande querelle des prix de l'acier : des intérêts contradictoi-
res entre capital sidérurgique et capital des industries de transformation, et l'inca-
Officiellement, les prix sont libres depuis le 1er mai 1953, en vertu des règles de la
CECA. Dans les faits, les gouvernements successifs, dans leur course incessante pour
limiter l'inflation, surveillent attentivement le prix de l'acier, et, à défaut de pouvoir im-
poser des prix, font de pressantes recommandations. De plus, de nombreux prix de pro-
duits industriels sont réglementés. Les prix de certains aciers doivent suivre
indirectement ces derniers. Le patronat de la sidérurgie ne fait que parler depuis vingt
cinq ans du « manque à gagner », qui en est résulté par rapport à ses concurrents belges
et allemands et des conséquences sur sa capacité d'investissements. D'ailleurs, au fur et
à mesure que l'on s'éloigne de cette période, le manque à gagner prend des proportions
qui n'apparaissaient pas telles aux intéressés eux-mêmes à l'époque. Au fil des ans et des
difficultés économiques et sociales successives des sociétés sidérurgiques, la limitation
de la croissance des prix de l'acier de 1954 à 1960 est devenue l'explication de la faillite
de la sidérurgie. Qu'en est-il vraiment ?
On constate en effet, à partir du quatrième trimestre de 1954 jusqu'en 1960, des
écarts de prix entre l'acier français, belge et allemand, lorsqu'on les exprime en dollars à
la tonne, ou en une des trois monnaies européennes. Ces écarts ne concernent que les
aciers Thomas (les aciers Martin sont plus chers en France) et ils ont varié durant la pé-
riode considérée. Les maxima ont été en 1956 de -12% par rapport à l'acier belge, et de -
5% par rapport à l'acier allemand, et en 1959 respectivement de -24% et de -17%. Par
contre les prix français sont supérieurs aux prix italiens et hollandais. On peut donc no-
malgré des prix plus bas. Au contraire, elles continueront à avoir des taux d'expansion
les plus élevés d'Europe.
Il faut également savoir que les prix français sont supérieurs aux prix allemands de
1949 à 1952. L'ouverture des frontières et la liberté des prix auraient provoqué une
baisse ! Mais c'est surtout la comparaison des prix intérieurs qui pose problème. Que
peut bien signifier une telle comparaison pour une période donnée, quant durant cette
période la parité des monnaies est complètement bouleversée ? Le franc est dévalué de
20% le 1er août 1957, et de 17,5% le 29 décembre 1958, et le mark est réévalué une
fois. En 1954, le franc (nouveau franc) vaut 1,20 DM et 14,29 francs belges. En 1960, il
ne vaut plus que 0,85 DM et 10,13 francs belges. La comparaison des prix intérieurs ne
veut pas dire que les prix français augmentent moins que les prix allemands ou belges,
mais que les rapports économiques entre ces pays divergent. Exprimés en monnaie de
chaque pays, ce sont, bien au contraire, les prix français qui augmentent le plus. Si l'on
prend le cas des prix des laminés marchands, à la date d'entrée en vigueur du marché
commun, en 1953, et qu'on les compare aux prix en 1961, on constate 40% d'augmenta-
Mieux encore, les prix de l'acier augmentent plus que la moyenne des prix industriels en
France : 49,4% contre 28,1%. Que se passe-t-il ? La modification des parités entre
monnaies fait qu'il est très avantageux pour les sociétés sidérurgiques françaises d'ex-
porter (les exportations s'accroissent fortement à partir de 1954 vers la Belgique et l'Al-
lemagne, alors qu'elles restent stationnaires vers l'Italie et les Pays-Bas).
Par contre, il est très coûteux pour les industries de transformation françaises d'im-
porter de l'acier. On assiste donc à une grande bataille Sidérurgie-Transformation : deux
les industries de transformation crient famine d'acier, que la sidérurgie a le plus intérêt à
taxes compensatoires. En France, le patronat de la sidérurgie est accusé de compromet-
des produits manufacturés en obligeant les industriels à importer, de ne pas répercuter
ses gains de productivité sur ses prix de vente, et de ne pas améliorer, en fait, la balance
commerciale. Il se défend en essayant de démontrer que son comportement va dans le
sens de l'intérêt national : « En s'efforçant de tenir un juste équilibre entre les besoins
de sa clientèle intérieure et la nécessité de conserver ses positions sur les marchés exté-
rieurs, la sidérurgie française a conscience d'avoir répondu au double impératif qui
doit la guider dans le sens de l'intérêt national. Car si elle doit être le moteur de
formation, elle doit aussi maintenir ses exportations à un niveau relativement élevé et
apporter ainsi, en plus des ressources en devises nécessaires à ses achats de matières
premières à l'étranger, une contribution massive à l'équilibre de la balance des comptes
de notre pays ».
L'argumentation est laborieuse. L'intérêt du « capital France » est bien sûr d'exporter
des produits manufacturés et non de l'acier, et ainsi rétablir durablement la balance
commerciale, de réduire une cause d'inflation et de retrouver une meilleure parité avec
les autres monnaies. Mais le « capital France » est loin de faire un tout. Il est décomposé
en capitaux autonomes qui, recherchant conjoncturellement les moyens de tirer les pro-
fits maximum, ont des politiques divergentes, réduisant à moyen terme les profits qu'ils
pourraient tirer de leur collaboration. Un des facteurs de puissance de l'Industrie japo-
naise est que cette association Sidérurgie-Transformation a été systématiquement orga-
nisée, alors que l'intérêt à court terme de la sidérurgie japonaise eut été d'exporter
beaucoup plus tôt et en beaucoup plus grande quantité de l'acier. L'Italie a adopté la
même politique.
En France, il n'y a pas de « grand dessein » de ce type. Non pas par « mal-
structurelle et politique. En effet, il n'y a aucune société sidérurgique assez puissante
pour absorber ou prendre le contrôle d'un vaste secteur des industries de transformation
comme Krupp en Allemagne. Inversement, il n'y a pas de grande société de mécanique,
de construction automobile, etc. pour se doter d'un secteur sidérurgique important,
comme Fiat en Italie, par exemple. Enfin, il n'y a pas de gouvernement suffisamment
solide et volontaire pour prendre le parti de l'un ou de l'autre des deux groupes antago-
nistes du grand capital, ou pour imposer une association, ou pour nationaliser les socié-
tés sidérurgiques. Une légère réduction des exportations d'acier sera obtenue en 1957,
mais elles reprendront dès l'année suivante.
Compte tenu de cette situation bloquée, le patronat de la sidérurgie préconise de cou-
blissement de la monnaie, résistent aux demandes de relever, plus encore qu'ils ne le
le font, les prix de certains produits manufacturés, pour que les sociétés sidérurgiques
puissent augmenter les leurs. Rappelons que les prix des aciers laminés augmentent de
49%. Et cela est nécessaire dans une certaine mesure, puisque, en raison de l'affaiblis-
sement du franc, le coke allemand devient plus cher. Mais inversement le minerai de fer
français exporté rapporte plus de devises. De plus, en contre partie de la limitation des
tendant à limiter l'augmentation des prix de revient et à faciliter les investissements :
contrats à long terme d'approvisionnement en coke avec évolution des prix déterminés à
l'avance, priorité du bassin sidérurgique lorrain sur la région parisienne pour l'approvi-
sionnement en gaz de Lacq, régularisation des tarifs du fuel et de l'électricité, allége-
ments fiscaux, engagement des pouvoirs publics à permettre que le niveau d'emprunt
envisagé soit atteint, abaissement du taux d'intérêt de ces emprunts nouveaux par le jeu
des bonifications à 4,5%, engagement d'un programme important pour le transport par
eau directement utile à la sidérurgie (canalisation de la Moselle, mise au gabarit de 1.
350 t des canaux Dunkerque-Valenciennes et de Caen à la mer) etc. Il faut rappeler en-
fin que la sidérurgie française bénéficie à ce moment-là et jusqu'en 1960 d'un atout
considérable : le minerai de fer, facilement exploitable, quasiment à la porte de nom-
breuses usines, alors que les autres sidérurgies paient des coûts de transports importants,
notamment le fret maritime qui est alors élevé.
La solution réelle à toutes ces contradictions, du point de vue de l'intérêt du capital
en général, et non de l'intérêt immédiat des capitaux particuliers, se trouve dans un plan
différentes parties accepteraient de se soumettre. C'est ce que tentera d'être « l'ardente
Lorsque la tendance du marché de l'acier changera en 1961 et qu'il s'agira de baisser
les prix plutôt que de les augmenter, le patronat de la sidérurgie estimera avoir été floué.
Roger Martin, PDG de Sidélor, déclarera en 1963 lors d'une remise de médailles du tra-
vail : « La situation qui nous a été faite pendant plusieurs années consécutives nous a
conduits, â notre corps défendant, à subventionner les industries de transformation
françaises, mais aussi, en vertu des règles de la CECA, à subventionner nos clients al-
lemands, belges ou autres, peut être à alimenter le trésor allemand par le jeu des taxes
blèmes de prix, c'est pour bien montrer que lorsque aujourd'hui nous nous tournons
vers la puissance publique, ce n'est pas comme une industrie fondamentalement incapa-
ble de vivre dans une compétition économique normale, mais c'est pour demander que
nous soit rendu l'argent que nous aurions pu et dû légitimement retirer de notre activité
en étant simplement traités comme tous nos confrères de la CECA, comme le plus hum-
ble des industriels ou des commerçants français, comme l'épicier qui, chaque matin, a
le droit de vendre ses bananes au prix du cours mondial de la banane ».
2.12. Les choix stratégiques capitalistes à faire au milieu des années 1950 : les usi-
nes littorales et l'acier à oxygène pur
Les conditions de la mise en valeur optimale du capital placé dans la sidérurgie change
tion de la conduite des gros minéraliers de 100.000 t qui ne nécessitent pas plus de
main-d'oeuvre qu'un navire classique de 10.000 t, la construction en grand nombre dans
le monde de ces bateaux et la mécanisation très poussée du chargement et dé-
chargement, permettent de prévoir un abaissement sensible à terme du coût du transport
maritime. Dès lors, la rentabilité de l'exploitation des gisements de fer à haute teneur de
Mauritanie, du Brésil, du Libéria, d'Australie, de Suède, du Canada, etc., est assurée.
de métier. De même, la mécanisation dans la sidérurgie permet, comme on l'a vu, de se
passer des ouvriers de métier, et donc rend possible et aisée la localisation des unités
nouvelles hors des bassins de main-d'oeuvre sidérurgique traditionnelle. Du point de
vue des sociétés, la délocalisation permet aussi de couper purement et simplement avec
un milieu ouvrier qui a progressivement imposé des règles écrites et tacites, et de redé-
marrer sur des « bases neuves ».
L'ensemble de ces données fait de la localisation côtière la localisation optimale, et
permet d'utiliser, avec tous les gains de productivité que cela représente, les minerais à
haute teneur. Les risques de dépendance économique et politique par rapport aux pays
exportateurs paraissent à ce moment-là limités. Pour les sidérurgies nouvelles, pour les
pays dépourvus de minerai de fer et de coke, le choix côtier fait peu de problème.
Il fait problème par contre pour les sidérurgies qui ont été créées et développées au
XIXe siècle sur les bassins houillers ou ferrifères. Ces sidérurgies avaient d'ailleurs el-
rurgie au charbon de bois dispersée en petites unités de quelques centaines de tonnes de
fer dans de nombreuses zones du territoire national.
Les précédents italiens et japonais deviennent concluants. Dépourvus de toutes les
matières premières nécessaires pour faire de l'acier, ces deux pays produisent de l'acier
de qualité, à des prix compétitifs, et leurs sidérurgies connaissent des taux d'expansion
surprenants. Finsider a mis en service en 1953, en même temps que Sollac, l'usine litto-
fours Martin, d'un train à large bande et d'un train à froid, cette usine atteint le 1 Mt/an
en 1956 avec 4.500 travailleurs. Lorsque Sollac, dépourvue de hauts fourneaux, atteint
le million de tonnes en 1955, elle compte 5.750 salariés. Au Japon, le premier plan de
modernisation, lancé en 1951, est consacré essentiellement à créer des usines côtières
équipées de grands laminoirs.
La Société nationale hollandaise, Hoogoven, en tire rapidement la leçon. Disposant
d'une petite usine sur la côte de la mer du Nord à Ijmuiden (0,3 Mt/an), elle en décide
l'usine côtière de Brème en RFA, est mise en service.
En France, le choix stratégique de la localisation côtière est effectué en 1956 par un
groupe de sociétés, qui a pour tête de file Usinor. Sont en effet associées : les Aciéries
de Firminy, la Compagnie Chatillon-Commentry-Neuves-Maisons et la Banque de Paris
sion, et la satisfaction du marché métropolitain (15% de sa production seulement est ex-
portée). Usinor n'est pas lié à un bassin ferrifère comme les sociétés lorraines, et il ne
l'est plus au bassin houiller. Le projet initial est modéré toutefois. Il s'agit d'implanter à
Dunkerque une usine de 0,5 Mt de capacité pour une première tranche, avec seulement
un train à tôles fortes de 0,3 Mt/an. Le projet grossit ensuite jusqu'à une première tran-
che de 1,5 Mt/an, avec en plus un train à large bande.
tre d'oeuvre, prenant le risque d'un endettement considérable. Dans d'autres pays, ce
cent dans de tels projets. Compte tenu du niveau de leurs ressources, ce sont deux des
kerque. Usinor va brutalement s'endetter : de 37% de son chiffre d'affaires en 1958, à
87% en 1963, année de la mise à feu des hauts fourneaux.
Le deuxième choix stratégique des années cinquante est l'acier à oxygène pur. Dans
sensiblement la productivité des hauts fourneaux, grâce à l'agglomération du minerai et
du coke, l'accroissement de capacité, la mécanisation intégrale des chargements et de
certaines opérations, l'utilisation de minerai à forte teneur, etc., et celle des laminoirs,
par la conduite totalement mécanisée du laminage continu.
En revanche, au niveau de l'aciérie, les deux procédés essentiels, Thomas et Martin,
présentent des inconvénients. Le procédé Martin donne des aciers de qualité particuliè-
rement recherchés par les industries de série, mais il est un procédé lent, gros consom-
mateur de fioul et de ferrailles, et il demande beaucoup de main-d'oeuvre. Le procédé
Thomas, qui s'applique aux fontes phosphoreuses, donc celles qui sont produites à partir
du minerai lorrain, est rapide, mais il donne des aciers durs et fragiles, s'écrouissant fa-
cilement, vieillissant plus vite, donc correspondant de moins en moins aux exigences
des industries de transformation.
La mise au point de nouveaux procédés d'affinage par injection d'oxygène pur permet
d'obtenir rapidement des aciers de qualité dans une large gamme de nuances, y compris
avec des fontes phosphoreuses, et avec trois fois moins de main-d'oeuvre qu'avec le
procédé Martin. Il existe plusieurs procédés à oxygène pur, qui se distinguent selon le
type de fonte qu'ils peuvent traiter et selon la façon d'injecter l'oxygène. La première
réalisation industrielle date de 1953 et elle a été réalisée en Autriche avec des fontes
hématites (faibles en phosphore) c'est le procédé LD (Lindz-Donawitz).
Des recherches effectuées aux Aciéries de Pompey, puis par les chercheurs de l'IR-
aboutissent à la mise au point en 1958 du procédé OLP (Oxygène Lance Poudre). Il
permet de traiter les fontes phosphoreuses, mais il est un peu plus lent que le procédé
Parallèlement en Suède, un autre procédé est découvert : le procédé Kaldo, qui est
d'un fonctionnement plus lent et plus délicat que les précédents mais qui permet d'utili-
fontes phosphoreuses seront découverts : OBM (Oxygène-Bodenblasen-MaxHütte) en
RFA, et LWS (Loire-Wendel-Sidélor) en France. Ils consistent à insuffler l'oxygène par
le bas du convertisseur, et ils permettent ainsi de réduire le temps d'affinage. En quel-
ques années, ces procédés vont remplacer dan le monde les procédés Martin et Thomas,
utilisés depuis la deuxième moitié du XIXe siècle.
On voit donc l'importance de choisir rapidement l'acier à oxygène pur. Les producti-
vités des différents maillons d'une usine sidérurgique peuvent être mises en harmonie.
Le métal obtenu correspond aux demandes des industries de transformation et revient
moins cher. La décision qui est alors à prendre est de remplacer les aciéries Thomas et
Martin prévues au 3e Plan par des aciéries LD, OLP ou Kaldo. La sidérurgie japonaise,
quant à elle, opte immédiatement pour le procédé LD, et dès 1960 11,8% de l'acier
qu'elle produit est de l'acier à oxygène pur.
2.13. La tentative pour résoudre la contradiction entre le capital sidérurgique et le
capital des industries de transformation et pour effectuer les choix stratégiques qui
La poursuite de l'expansion, y compris pendant la dépression de 1958 que connaissent
les autres sidérurgies, l'avènement de la Ve République, l'amélioration continue des ré-
sultats financiers font que l'optimisme mesuré se transforme en euphorie. Sociétés sidé-
rurgiques et pouvoirs publics décident non seulement de rattraper le retard pris dans la
réalisation du 3e Plan, mais aussi d'atteindre des objectifs supérieurs par un plan intéri-
maire de 18 mois (juillet 1960 - décembre 1961). Il s'agit de parvenir à une production
de 18,5 Mt et à une capacité de 20 Mt en 1962.
L'effort supplémentaire d'investissements (2.600 MF) devra porter en priorité sur les
opérations susceptibles de développer la production de fonte, c'est-à-dire essentielle-
ment la construction de hauts fourneaux nouveaux et l'installation d'ateliers d'agglomé-
ration de minerai. Sept ateliers d'agglomération seront réalisés, portant la capacité
française de 6,7 Mt à 16,1 Mt en 1963. Les travaux de l'usine de Dunkerque ont com-
mencé en 1959. L'usine est dimensionnée pour 1,5 Mt en première tranche (avec deux
hauts fourneaux de 8,50 m de creuset, une aciérie à oxygène pur, un train à large bande
et une tôlerie forte) et pour 4 Mt en deuxième tranche. En 1960, Usinor dote son usine
de Denain d'un convertisseur à oxygène pur OLP.
Sollac parvient à doubler la capacité de son train à large bande (de 1 à 2 Mt/an). Sur-
tout de Wendel a annoncé la construction d'une usine neuve intégrée dans l'étroite vallée
lor d'Homécourt), dimensionnée en dernière phase à 4 Mt/an, avec cinq hauts fourneaux
neufs, allant de 8 à 12 mètres de creuset (les plus grands d'Europe), une aciérie à oxy-
gène pur et des "grands trains de laminoirs modernes" (on parle entre autre d'un "train à
large bande", mais un certain flou est gardé sur le programme). Ces installations doivent
se substituer progressivement aux douze vieux hauts fourneaux de Joeuf et Moyeuvre,
aux dix convertisseurs Thomas et aux seize laminoirs. Elles produiront quatre fois plus,
avec un nombre équivalent d'ouvriers. Les de Wendel parient sur le minerai lorrain et
sur la poursuite de la croissance, condition pour qu'ils puissent financer leur Programme
de Joeuf. Par ailleurs, un projet ancien d'usine sidérurgique à Bône en Algérie est repris
Le 4e Plan (1961-1965) est marqué par la tentative gaulliste de réconcilier les intérêts
des sociétés sidérurgiques et des sociétés de l'industrie de transformation française, pour
donner à la France une industrie puissante et compétitive. La sidérurgie française doit à
la fois répondre largement à la demande intérieure et continuer à exporter. « Les indus-
tries mécaniques sont au premier rang des industries clientes de la sidérurgie ; or leur
expansion ne sera pas freinée d'ici à 1965 par une saturation des besoins de consomma-
tion et la demande de biens d'équipements dans le monde entier est immense ».
1960 à 24,5 Mt en 1965, dont 6,6 Mt à oxygène pur (soit 25%). Ces objectifs, s'ils
étaient réalisés, permettraient également de réduire l'écart avec l'Allemagne et d'éviter
un affrontement trop dur avec la classe ouvrière. La mécanisation intégrale ne réduirait
pas trop fortement l'effectif, si elle se faisait à l'occasion d'un accroissement de capacité.
On l'a vu pour la mécanisation des mines de fer. En jouant intelligemment sur les en-
trées et les départs, l'ajustement de l'effectif pourrait se faire sans trop de gros remous,
d'autant plus que les sociétés lorraines entendent investir en Lorraine, au moins pour la
durée du 4e Plan. Le programme comprend : douze hauts fourneaux neufs, dont sept de
plus de 8 m de diamètre de creuset, treize aciéries nouvelles dont sept à oxygène pur,
neuf machines de coulée continue dont sept pour la production d'aciers fins et spéciaux.
50% de la capacité de laminage sera axé sur les produits plats. Surtout, il est prévu que
la sidérurgie se dote d'un grand nombre de trains dans toutes les catégories de produits :
deux trains continus à billettes (demi-produits relaminés ensuite), trois trains continus à
fers marchands, deux trains continus à fil, trois trains continus à feuillard, surtout deux
nouveaux trains à large bande (Dunkerque et vraisemblablement Joeuf), deux trains
continus à froid (Sollac), deux trains à tôles fortes. Et vingt trains anciens doivent être
modernisés. L'effort est considérable.
rai enfourné passera de 15,6% en 1960 à 51,0% en 1965. La pression et la température
du vent soufflé dans les hauts fourneaux seront augmentées. On injectera du fioul dans
les tuyères. La « mise au mille » de coke diminuera de 972 kg à 850 kg. Le nombre de
tonnes par ouvrier et par an s'élèvera de 120 à 165 t. Malgré cela, l'effectif ouvrier aug-
mentera de 130.500 à 145.000. La sidérurgie française se donne deux sources d'approvi-
sionnement en minerai de fer : d'une part le minerai lorrain, dont la compétitivité est
assurée en l'enrichissant (cela consiste à séparer le fer d'une partie de sa gangue calcaire
dosant judicieusement (mélanges auto-fondants) ; d'autre part le minerai riche d'Ou-
tre-Mer, dont l'extraction est réalisée par des sociétés, notamment la MIFERMA, que
viennent de constituer un ensemble de sociétés françaises et européennes. Une
deuxième usine littorale est envisagée, avec comme promoteur la Sollac. Les études se-
ront réalisées au cours du 4e Plan et l'usine serait réalisée au cours du 5e Plan. On envi-
sage d'équiper les laminoirs d'instruments de mesure et de contrôle pour préparer leur
automatisation. Au cours du 4e Plan, la Moselle canalisée jusqu'à Frouard sera ouverte
et les travaux pour la mise au gabarit de 1.350 t du canal Valenciennes-Dunkerque se-
ront commencés.
Le tournant stratégique semble être pris. L'accent est mis sur les produits plats, l'acier
à oxygène pur et l'agglomération du minerai. Les installations nouvelles doivent se
étroite avec les industries transformatrices pour définir des nuances nouvelles d'acier et
des parachèvements nouveaux de produits laminés est affirmée. Le patronat de la sidé-
pour la sidérurgie elle-même d'exporter des produits manufacturés plutôt que de l'acier
laminé. Du retard a été pris, des erreurs ont été faites, mais tout peut être rattrapé et dans
de bonnes conditions.
Mais autant les projets de travaux sont importants, autant leur financement est incer-
tain. Les sociétés présentent un plan de financement qui laisse, par rapport au coût des
travaux envisagés et aux charges de remboursement des emprunts passés, un « solde
non couvert » de 3.500 MF sur 11.600 MF en hypothèse moyenne et de 1.900 MF sur
12.200 MF en hypothèse forte. C'est beaucoup. Une fois de plus une bataille a lieu entre
tion. La Commission du 4e Plan fait des recommandations qui sont un compromis : d'un
côté un relèvement des prix de l'acier, le maintien du régime particulier d'amortisse-
ment, l'accès le plus large au marché financier français et éventuellement étranger, le
maintien et l'élargissement du régime de bonification des intérêts des emprunts obliga-
taires, et divers aménagements et allègements fiscaux de l'autre, un effort supplémen-
taire des sociétés en matière d'augmentation de capital. Mais, il y a plus grave encore
que ce plan de financement peu élaboré. Le vaste programme du 4e Plan a des pieds
d'argile. Sa réalisation suppose la poursuite de l'expansion. Les besoins en investisse-
ments sont égaux à 1,2 fois le chiffre d'affaires de 1960 de l'ensemble de la sidérurgie.
Ils supposent que le résultat brut d'exploitation soit constamment supérieur à 15% du
chiffre d'affaires. Les réserves des sociétés au début du Plan sont de l'ordre de 1.000
MF, soit moins du dixième de ce qui est nécessaire. Tout est fondé sur les résultats fu-
turs au jour le jour.
2.14. Sous l'euphorie, la préparation de la crise financière
La période de la reconstruction se termine dans tous les pays et l'équipement industriel
marque une pause. Les industries de transformation demandent de plus en plus des
nuances d'acier et des profils qui permettent de diminuer les quantités nécessaires pour
un effet utile supérieur et de les rendre aisément usinables sur des machines de plus en
plus automatisées servies par des « Ouvriers Spécialisés ». Des produits de substitution
gagnent en importance : plastique, aluminium, etc. Dès lors, le coefficient observé de-
puis 10 ans entre la progression du produit intérieur brut et la consommation d'acier qui
est de 1,3 commence à se modifier.
La compétitivité de la sidérurgie lorraine était fondée non pas sur ses propres instal-
lations, mais sur le minerai dont l'exploitation est aisée et a été de plus mécanisée. La
multiplication des usines littorales et l'arrivée des minerais riches d'Outre-Mer dévoilent
les faiblesses de l'ensemble lorrain. Le risque de déclassement du gisement et de l'abais-
sement brutal de la compétitivité de l'acier est réel. La rente de situation qui assurait la
tranquillité d'esprit des sociétés lorraines peut s'évanouir.
Dès 1957, un renversement de tendances est observable. Les clients de la «minette»
lorraine les plus éloignées (Ruhr, la Belgique, le Nord de la France) assurent l'accrois-
sement de leurs besoins par du minerai «exotique» ou suédois. Les mines «exportatri-
ces» vont réagir immédiatement en mécanisant la taille et le transport du minerai, en
réduisant le nombre de puits à partir desquels des couches nouvelles sont exploitées, en
n'exploitant que les couches qui le sont le plus facilement et qui ont les teneurs les plus
élevées. Mais il est trop tard. Cela n'empêche pas la crise de 1961.
Les retards dans la «modernisation» des installations sidérurgiques ne sont pas catas-
trophiques si l'expansion continue. Ils le sont immédiatement si la demande se ralentit et
si la concurrence s'aiguise. La façon de réagir à la phase d'expansion crée également
certaines conditions et caractéristiques de la crise à venir.
Dans le but d'économiser des investissements, tout en essayant d'honorer les com-
mandes, les sociétés ont pratiqué largement le « rapiéçage ». Cette politique est en fait
très coûteuse. Rapporté aussi bien à la production réalisée qu'à la capacité de production
nouvelle, l'investissement est beaucoup moins efficace en France que dans les autres
pays de la CECA, à l'exception de la Belgique. De 1957 à 1960, en tenant compte des
variations du taux de change entre les monnaies, il faut en France, pour une tonne sup-
plémentaire de capacité, de 1,76 à 1,26 fois plus d'investissements que dans les 5 autres
pays de la CECA. De plus, ce « rapiéçage e» devient non compétitif en cas de concur-
rence aiguë. Les ressources sont donc mal utilisées. Elles feront cruellement défaut au
moment de la crise.
La politique d'exportation maximale pratiquée par les sociétés, dans le but de
contourner la limitation des hausses des prix intérieurs, aura deux effets. La nécessité
pour les industries de transformation françaises de recourir à des importations a permis
aux sociétés sidérurgiques étrangères, notamment belges, de pénétrer le marché français
et de disposer d'un réseau de commercialisation au moment de la crise. Le coup que les
sociétés sidérurgiques françaises ont porté aux industries de transformation se retourne-
ra contre elles. Les industries de transformation ne se priveront pas de recourir après
1960 à l'acier étranger devenu moins cher. Cette lutte empêchera que naissent des solu-
tions associant Sidérurgie- Industrie de Transformation.
Enfin, les sociétés voient dans l'expansion la possibilité de rester autonomes et non la
possibilité de joindre leurs ressources pour réaliser des usines ayant les meilleurs et les
derniers développements de la technique. Les fusions que les sociétés ont opérées de
1948 à 1953 les ont mises, à l'ouverture du marché commun de l'acier, simplement à la
taille des sociétés allemandes (1,3 à 1,5 Mt) ou des sociétés anglaises, et loin derrière la
Finsider italienne, les sociétés japonaises et américaines.
riode d'expansion et prennent le contrôle de sociétés transformatrices et de construction.
En 1956, cinq des sociétés issues de la décartellisation de Thyssen se regroupent en
deux ensembles: la Phoenix Rheinrohr A.G. et la August Thyssen Hütte, qui atteignent
chacune la taille des 4 Mt. La sixième société, la Dormund Hoerder Hüttenunion rachète
Hoogoven possède 40% du capital de la Dormund. En 1958, Krupp prend le contrôle de
Bochumer Verein AG de Bochum, et reconstitue un ensemble industriel de 8 Mt de
charbon, de 4 Mt d'acier, avec 110 usines de transformation employant au total 100.000
salariés. Mannesmann fusionne avec Stahlindustrie und Maschinenban.
En Belgique, la concentration est lente comme en France. En 1955, la société John
Cockerill et la Société Ougrée forment Cockerill-Ougrée qui atteindra 2 Mt en 1960,
soit la taille de Lorraine-Escaut. Cockerill-Ougrée contrôle cependant les hauts four-
neaux de la Chiers à Longwy (0,66 Mt en 1960) et a des liens avec les Forges de la Pro-
vidence, qui a notamment deux usines en France à Rehon près de Longwy et à
Hautmont dans les Ardennes.
On assiste cependant en France à quelques concentrations de sociétés de petite taille.
Le sous-secteur de la fonderie n'a pas progressé comme le reste de la sidérurgie. La
fonte de moulage se vend mal. La Société des Hauts Fourneaux de Saulnes et la Société
métallurgique de Longwy deviennent les Hauts Fourneaux de Saulnes et Gorcy. Le
groupe Schneider cède sa participation dans la Société Métallurgique d'Au-
brive-Villerupt à la compagnie de Pont-à-Mousson. Par contre sa Société des Forges et
Ateliers du Creusot (la SFAC) spécialisée dans les aciers spéciaux a noué des liens
étroits avec la Société Métallurgique d'Imphy. Mais dans le secteur de la sidérurgie fine
l'opération la plus notable est l'accroissement du domaine industriel de la CAFL (Com-
pagnie des Ateliers et Forges de la Loire), par absorption de petites sociétés et par ap-
ports par les sociétés mères d'usines qui étaient restées sous leur gestion directe (Les
Dunes à Dunkerque, notamment). Les sociétés mères fusionnent et deviennent holding
sous le nom de Marine-Firminy.
2.15. La mise en place de la crise sociale et régionale
La demande augmentant fortement, et le type d'investissements faits ne permettant pas
raine, continue à embaucher de la main-d'oeuvre, en majorité de type traditionnel. De
1954 à 1960, l'effectif augmente de 20.000 travailleurs environ. Cet accroissement est
pour l'essentiel localisé dans l'Est et particulièrement dans le bassin sidérurgique de Lor-
raine du Nord. Comme au beau temps de l'expansion de la sidérurgie lorraine avant
1914, les travailleurs affluent. On construit. Les municipalités s'équipent. Les plans
Raymond Cartier parle dans Paris-Match d'un « Texas-Français » entre côte de Meuse et
rive de Moselle. De 1954 à 1962, la population du bassin sidérurgique de Lorraine du
Les travailleurs immigrés de la sidérurgie française sont presque tous dans ce bassin.
Ils y constituent 35% de la main-d'oeuvre ouvrière, et même 45% dans la zone de Long-
wy. Si on leur ajoute les naturalisés, ils forment près de 50% des ouvriers. Ils sont les
fils des Italiens du Piémont et de Lombardie venus au début du siècle, des ouvriers
allemands sociaux-démocrates du temps de l'annexion, des soldats russes prisonniers de
guerre allemands de 1914-1918, des Russes de l'armée blanche ukrainienne. Ils sont Ita-
liens antifascistes de l'entre-deux-guerres, Hongrois communistes de 1920, Hongrois du
«parti national de la croix fléchée» de 1946, Hongrois réfugiés de 1956, Algériens, Ita-
liens du sud, Yougoslaves, etc. La main-d'oeuvre française a également des origines très
diverses, notamment celle qui est employée par la Sollac. Dans un des ensembles d'ha-
bitation de cette société, à Guénange, 90 départements sont représentés. Les travailleurs
de la sidérurgie : « la mobilité, ils connaissent... ».
En même temps qu'elles font venir de la main-d'oeuvre, les sociétés poursuivent leur
politique traditionnelle de contrôle du marché du travail, en évitant que d'autres indus-
tries ne viennent s'installer. Elles sont en effet propriétaires du sol d'une bonne partie du
bassin sidérurgique.
La préoccupation d'une industrialisation diversifiée existe cependant parmi des élus
et d'une partie du patronat de la région. En 1956, une société lorraine de développement
et d'expansion (LORDEX) est créée par trois banques privées et des entreprises lorrai-
nes pour aider au financement de petites et moyennes entreprises qui voudraient s'instal-
ler ou se développer dans les quatre départements lorrains. Son efficacité cependant est
faible, et les aides ne serviront pas pour la partie sidérurgique de la Lorraine. Cet orga-
nisme a été précédé par la création d'un Comité régional d'expansion, officialisé par ar-
rêté ministériel en octobre 1955. Il est un des tous premiers Comités d'expansion. Il fera
approuver un Programme d'action régionale pour la région lorraine en 1957. Mais il
s'agit alors d'ordonner quelque peu le développement des infrastructures et des villes
provoqué par l'intense activité sidérurgique.
2.16. Pour les travailleurs, les effets de la « modernisation » sont perceptibles, mais
ne les affectent pas encore dans leur grande masse, sauf dans les mines de fer
La mécanisation du chargement (en 1938, 94% du minerai était chargé à la pelle, contre
5% en 1955), de l'abattage (grâce à des « jumbos » équipés de perforatrices), du bou-
lonnage (qui remplace le boisage), du roulage, de la pose des voies, du concassage, etc.,
modifie complètement le monde de la mine. L'effectif dans les mines de fer lorraines
passe de 26.553 en 1952 à 23.594 en 1960, alors que l'extraction monte de 38,4 Mt/an à
62,0 Mt/an entre les mêmes dates, soit un doublement du rendement exprimé en tonnes,
par poste et par travailleur « au fond » : 8,56 t et 16,02 t. La réduction du nombre des
travailleurs au fond est de plus masquée par une stabilité des effectifs de jour. La garan-
tie morale de l'embauche des fils de mineurs n'est plus donnée. Un centre d'enseigne-
de métier et manoeuvres sont remplacés par des machinistes conducteurs et par des ou-
plet. La haute qualification du mineur, du « premier homme » (estimation des couches,
de leur dureté, de la quantité d'explosifs nécessaires, de la meilleure localisation des
trous à perforer, la capacité de sonder le toit, de le « purger », d'organiser l'équipe de
travail, etc., connaissances ne pouvant s'acquérir que par expérience), tout cela devient
inutile. Le chargeur à la pelle était un manoeuvre de force, mais en même temps il ap-
prenait le métier pour devenir à son tour le premier mineur de l'équipe. Par contre, le
conducteur d'un « jumbo » doit « foncer » et se conformer aux indications du bureau et
à celles du chef de chantier.
La qualification se déplace vers les ingénieurs et les ouvriers électromécaniciens
d'entretien du parc de machines (mais leur temps de formation est plus court que celui
qui était nécessaire pour former un mineur) et proportionnellement ils sont en nombre
plus faible que ne l'étaient les mineurs de métier par rapport à l'ensemble du personnel.
Dans les interviewes réalisées par Serge Bonnet (L 'Homme du Fer, tome 2), d'anciens
mineurs racontent : « Les gars, bien souvent remarquez, n'étaient pas pour la mécanisa-
tion, ils disaient « un wagon de plus, un chômeur de plus ». Et il est évident que la mé-
canisation a provoqué une diminution de personnel. Elle a aussi promu une nouvelle
classe sociale : les jeunes électromécaniciens ».
Les conditions de travail changent complètement. Les travailleurs de fond, lorsqu'ils
remontent, n'ont plus 15 à 20 t dans les bras. Le nombre d'accidents baisse sensiblement,
mais les conditions de travail sont plus pénibles et les maladies professionnelles plus
nombreuses. « Autrefois, les gens qui chargeaient à la main pouvaient parler entre eux ;
il n'y avait pas de bruit, juste celui de la pelle qui rentre dans la mine. Mais quand vous
êtes sur un « Jumbo » qui fore trente coups en une demi-heure, pendant une demi-heure
vous n'entendez plus rien. Et de toute façon, vous avez le masque sur la figure, parce
qu'il y a de la poussière ».
« C'est quand ils ont commencé à mettre les machines qu'il a fallu travailler en
groupe que c'était dur. Et maintenant c'est encore pire. Avant c'était le travail à la
main, on travaillait tranquille, on fumait sa cigarette, on donnait un coup de main aux
manoeuvres... Avec le travail mécanique, maintenant, il faut manger la poussière et la
fumée malgré les ventilateurs qu'il y a... Le travail à la main et le travail mécanique, il y
a une différence comme le jour et la nuit... »
Le journal patronal Lorraine-Magazine (mai 1955), pour faire admettre la moderni-
sation capitaliste, oppose alors le travail du mineur d'autrefois, abrutissant intellectuel-
lement et physiquement, à celui des nouveaux mineurs qui exige adresse et présence
d'esprit. « Jusqu'à la dernière guerre, le travail des mineurs était souvent resté un corps
à corps brisant pour les muscles, étourdissant pour l'esprit... Jadis, l'image typique du
mineur était celle d'un homme torse nu, couvert de sueur et les muscles crispés. Désor-
mais, c'est celle d'un homme assis devant des leviers et un clavier, des boutons, qui di-
rige une machine de 10 à 15 tonnes... Certes il faut encore du muscle pour être mineur,
mais il faut encore plus de l'adresse, de l'attention et de la présence d'esprit ».
La mécanisation généralisée apporte donc stagnation ou réduction d'effectif, déquali-
fication, allègement de la charge physique du travail, mais aussi intensification du
rythme, isolement dans un poste, fatigue nerveuse et nouvelles pollutions. Dans la sidé-
rurgie, les mêmes constatations peuvent être faites, mais la mécanisation n'affecte pas
encore dans sa masse la classe ouvrière de type traditionnel. Denain, Sollac surtout, sont
travaillé dans la sidérurgie. Ils y ont trouvé un emploi. Ils ne vivent donc pas la déquali-
fication du travail du sidérurgiste. Ils arrivent sans qualification, admis parce qu'ils ont
satisfait à des tests, pour tenir des postes d'opérateurs, de machinistes, ou avec un CAP
d'électricien, d'ajusteur, etc. Comme il est écrit dans le livret d'accueil (cité par S. Bon-
ou ingénieurs, soient particulièrement capables de s'adapter à des techniques nouvelles,
de contribuer à un esprit d'équipe et de faire preuve d'initiative dans les limites d'une
stricte discipline qui exige un respect absolu des consignes. Et il faut pour tout cela
qu'ils jouissent d'une excellente santé » .
Les autres, les « vrais » sidérurgistes (pas les « amateurs »), non seulement ont du
travail, mais on continue à en former. Ils ne sont pas encore attaqués de front en tant que
catégorie ouvrière. Les effectifs augmentent beaucoup moins vite que la production,
mais ils augmentent. Bien sûr, la marche des nouveaux hauts fourneaux de 7 m de dia-
mètre de creuset, ou des nouveaux fours Martin est mieux contrôlée et leur alimentation
est entièrement mécanisée, mais il faut encore de « vrais » fondeurs. De même, il faut
toujours de « vrais » lamineurs sur les trains à profilés, les trains à larges plats, etc.
Que réserve l'avenir? Le vent de modernisation qui emporte les dirigeants d'entrepri-
ses vers 1959-1960 ne va-t-il pas balayer tous les métiers de la sidérurgie ? La CGT
dans les années 55-58 est attentive à l'évolution du travail dans les usines mécanisées.
Elle dénonce la course à la productivité et la propagande patronale parlant des usines
modernes comme d'un paradis pour les travailleurs. Mais elle ne parvient pas à faire
l'analyse et la critique de ce qui est présenté comme la « technique ». Elle a donc une
position embarrassée. La société socialiste n'est-elle pas celle qui est d'abord capable de
produire en masse les produits dont ont réellement besoin les travailleurs, et qui pousse
donc très loin la mécanisation ? Les pays « socialistes » n'ont-ils pas la même technique,
et ne donne-t-on pas en exemple leurs prouesses techniques, leur courbe de production,
comme une preuve de la supériorité de leur système social ? La CGT tente de sortir du
dilemme en affirmant qu'en régime socialiste, la mécanisation permet réellement d'amé-
liorer les conditions de travail (cadences moins fortes, prévention sérieuse des accidents,
réduction du temps de travail...), et que les travailleurs, en ayant la possibilité de discu-
ter du financement de l'entreprise et de ses objectifs, ne sont plus du même coup des au-
tomates servant une machine, comme dans les entreprises capitalistes, mais des
individus conscients.
pirique et les positions plus pragmatiques. Selon elle, la réduction des effectifs qu'en-
Les travailleurs doivent aussi tirer parti des usines modernes, en raison de l'accroisse-
ment considérable de la productivité qu'elles permettent, par l'accroissement du temps
libre, par des possibilités de promotion et par de meilleures conditions de travail.
2.17. Les travailleurs, la CECA, et la concurrence capitaliste fondée sur l'inégale
exploitation des travailleurs selon les pays
La CGT, on l'a vu, dénonce la CECA pour des raisons de politique internationale,
d'équilibre Est-Ouest, de défense de l'indépendance nationale, et pour les risques qu'elle
fait courir effectivement aux travailleurs. Deux risques : d'une part une concurrence ac-
crue sur le marché du travail en raison de la libre circulation de la main-d'oeuvre que
permet le Traité entre les pays signataires ; d'autre part le risque de voir les sociétés
françaises se restructurer, fermer des usines, rationaliser, et même être concurrencées
par les sociétés étrangères et péricliter.
Lorsque se crée un marché plus large par réduction ou disparition des barrières doua-
nières, il se pose en effet aux travailleurs le problème de leur inégal degré d'exploitation
selon les pays. Si le patronat d'un pays est parvenu à imposer une durée du travail plus
longue, des salaires et des charges plus bas, des garanties d'emploi plus faibles, il est
clair que ce patronat, toutes choses égales par ailleurs, notamment le niveau de « mo-
dernisation » des usines, va dégager des bénéfices supérieurs, et investir plus vite, en «
modernisant » plus encore. Il provoquera ainsi le « déclassement technique » des socié-
tés sidérurgiques qui n'ont pu suivre, la diminution de leur part du marché, la réduction
de leur bénéfice et de leur capacité d'investissement, donc leur possibilité de rattraper le
retard pris dans « la division du travail » de leurs salariés, et à terme la faillite.
Les auteurs du traité de la CECA ont d'ailleurs prévu qu'en cas de salaires « anorma-
lement bas » dans une entreprise ou un pays, ou en cas de charges sociales ou de condi-
tions de travail très différentes de celles des autres entreprises, la Haute Autorité est
des économies de frais de main-d'oeuvre indûment réalisées » (article 68). Mais l'on
peut imaginer toutes les difficultés qu'il y a à appliquer un tel article : quand est-ce
qu'un salaire devient anormalement bas aux yeux des entreprises ? Comment obtenir
Les travailleurs des sociétés qui sont concurrencées ne subissent pas une division du
travail accrue (qui déqualifie le travail du plus grand nombre et qui réduit le nombre de
salariés par rapport au volume croissant de la production), mais ils se retrouvent à terme
au chômage par faillite ou par réorganisation-rationalisation, impliquant selon l'expres-
sion patronale un « dégraissage » de l'effectif, pour sauver ce qui peut être sauvé de l'en-
treprise.
Ces travailleurs sont pris dans un processus qui leur échappe d'autant plus qu'ils n'ont
pas ou peu de moyens d'action face à des patrons « faillis ». Ils n'ont pas non plus de
moyens pour agir sur les sociétés qui ont efficacement concurrencé celles qui les em-
ployaient. Dès lors, ils n'ont plus à ce stade que deux solutions : soit se retourner vers
pour qu'il la nationalise, ou pour qu'il amène des emplois nouveaux dans leurs régions ;
soit engager une bataille politique pour un changement de système économique.
Dans la première solution, ils retrouveront peut-être un emploi, mais ils devront ac-
cepter la « modernisation » pour que l'entreprise renflouée soit compétitive. La
deuxième solution suppose qu'un grand nombre de conditions soient remplies ! Pour ne
pas s'engager dans ces impasses, il faut affronter, avant, deux problèmes que le mouve-
ment ouvrier a toujours eu du mal à aborder : la lutte contre la modernisation de type
capitaliste, l'organisation d'action internationale.
Or, en France, ces deux problèmes pourront être esquivés durant la période
1954-1960. En effet, les sociétés sidérurgiques françaises, pour les raisons que nous
avons vues, ne franchissent pas, pour l'ensemble des usines, l'étape de la mécanisation
généralisée. Le processus concurrentiel, à l'échelle du marché de la CECA, décrit précé-
demment, ne s'enclenche pas, malgré les différences importantes de prix de la
main-d'oeuvre. En tenant compte des taux de change, la charge salariale totale est supé-
rieure de 40% au Luxembourg et de 22% en France, par rapport à l'Italie. Par contre,
elle est très voisine entre la RFA, la Belgique et la France, les trois pays qui font en
1957 81% de la production d'acier de la CECA. La sidérurgie italienne qui pourrait dans
ces conditions mettre en difficulté les autres sidérurgies, d'autant plus qu'elle se dote
bien supérieur à sa production. L'Italie, malgré une progression très rapide, doit impor-
coûts de production, dans les objets manufacturés de grande consommation made in Ita-
Bresciani dans les années récentes, la sidérurgie italienne ne sera jamais, malgré ses «
performances », un danger réel pour les sociétés sidérurgiques françaises. Par contre,
l'industrie italienne obligera l'industrie française à « réagir » dans de nombreux secteurs.
La société nationale Finsider a parfaitement joué son rôle industrialisant pour le pays, au
lieu de rechercher, comme l'ont fait les sociétés françaises, à exporter et à tirer des pro-
fits qui auraient été d'autant plus considérables dans le cas de l'Italie que la moindre co-
tation de la lire lui aurait donné une puissance concurrentielle dévastatrice. C'est la
raison pour laquelle le patronat de la sidérurgie française s'est toujours préoccupé de
comparer ses dépenses salariales à celles de la RFA ou du Benelux, et non pas à celles
de l'Italie. Ce n'est pas de l'intérieur de la CECA que viendra l'acier qui ébranlera la si-
dérurgie française après 1960. II viendra des pays tiers, notamment du Japon, sur les
marchés extérieurs des producteurs de la CECA. Par contrecoup, il provoquera une
mini-guerre économique au sein du marché commun.
Pour l'instant, les prévisions de la CGT se révèlent donc fausses. Ni chômage, ni fail-
lite, ni régression du pouvoir d'achat. Au contraire. La CGT invoque bien la disparition
de quelques petites aciéries du Centre-Midi. Mais ce n'est pas vu comme une preuve.
Des usines sont fermées aussi dans d'autres branches, et le marché commun ne peut en-
core en être la cause. La propagande de la CGT tombe à plat, et il n'en reste, aux yeux
de beaucoup, qu'un parti-pris anti-européen et particulièrement anti-allemand.
Elle ne pratique pas alors le « réalisme politique », comme le fera bientôt son homo-
logue italien, la CGIL. N'acceptant pas le fait accompli qui impose d'engager des actions
à un niveau européen, ou au moins des relations avec les syndicats des autres pays pour
faire face concrètement aux politiques nouvelles des entreprises, elle continue à dénon-
cer politiquement la CECA qui serait un moyen pour remilitariser l'Allemagne, une me-
nace pour la Paix internationale et un obstacle à la démocratie.
Elle s'en prend aux décisions de la Haute Autorité qui, selon elle, sont systématique-
ment favorables à la sidérurgie allemande, rejoignant en cela les reproches faits par une
partie du patronat français. Enfin, elle condamne les autres organisations syndicales qui,
par leur attitude face à la CECA, « trahissent objectivement les travailleurs ». Il faut dire
aussi qu'elle est coincée sur le plan international : elle est le seul syndicat de la CECA,
avec la CGIL italienne, à faire partie de la Fédération Syndicale Mondiale qui regroupe
les syndicats des pays communistes et de certains pays du Tiers-Monde. Il faudrait
qu'elle prenne des initiatives unitaires pour sortir de cet isolement. Mais de part et d'au-
tre, il n'en est pas question. La Fédération Générale de la Métallurgie CFTC est sou-
cieuse, par contre, de rencontrer tous les syndicats européens. Elle décide en 1956 de
poser la question de son adhésion à la FIOM (Fédération Internationale des Ouvriers de
la Métallurgie) qui rassemble le plus grand nombre de syndiqués en Europe. La FIOM
est rattachée à la CISL, mais on peut y adhérer sans être membre de la CISL. C'est l'op-
position absolue de la direction confédérale de la CFTC d'alors, menaçant la FGM d'ex-
clusion, qui fait mettre de côté cette question.
CHAPITRE III
1961-1967
3.1. Durant la période 1961-1967, les sociétés sidérurgiques sont contraintes
pansion, échoue.
les pays capitalistes. La sidérurgie japonaise, fortement endettée, doit vendre à tout prix.
Elle déverse brusquement sur le marché international plusieurs millions de tonnes et fait
refluer les sidérurgies européennes du marché des pays tiers. Les prix chutent. Pour
compenser leur retrait, les sociétés européennes se livrent entre elles à une vive concur-
rence sur le marché de la CECA. Les industries de transformation françaises
syndicales ne semblent pas alors mesurer la portée dévastatrice de cette concurrence, et
en est de même en Belgique, au Luxembourg et en Allemagne. Mais dans ces pays, à la
différence de la France, les sociétés ne renoncent pas à se développer et à se moderniser.
Pour cela, elles se regroupent et additionnent leurs moyens financiers. Elles mettent en
place un plan de réduction des effectifs à long terme. Les sociétés françaises attendent la
reprise de la demande. La brutale concurrence de la sidérurgie japonaise sur les pays
seulement de mécaniser, il faut commencer à passer à un nouveau stade : celui de
Selon le mot de Roger Martin, PDG de Sidélor, la sidérurgie française est dans «
commence dans les mines de fer, il continue dans le secteur de la fonderie, pour finale-
ment se déclencher dans toute la sidérurgie.
de conclure en outre, avec son aide financière, un accord avec les syndicats, pour atté-
occupation de toutes les usines. Par son déclenchement et son déroulement, cette grève
est le « mai 1968 » de la sidérurgie. Mais les organisations syndicales ne parviennent
pas à proposer une issue concrète et dynamique à la contradiction dans laquelle les sala-
déqualification qui en découlent, ou défense du statu-quo et disparition à terme de
des syndicats sur le déroulement des opérations de reclassement. Durant cette période,
la sidérurgie française est en voie de déclassement par rapport aux autres sidérurgies.
3.2. Le pari financier est perdu. La production stagne, les prix chutent. Les profits
baissent. La tentative de résoudre la contradiction entre la Sidérurgie et les Indus-
tries de Transformation échoue
1970, à un rythme toutefois moins soutenu que durant la période 54-60. La production
gies anciennes découvrent, stupéfaites, leurs prouesses ainsi que les prouesses du Japon.
1961, la tonne de tôle mince à froid tombe de 175 à 113 dollars, la tonne de fil machine
sur le marché de la CECA, ils se dégradent moins. La tôle fine est stabilisée à 140-160
dollars à la tonne. Mais les alignements sur les prix rendus usine des concurrents, donc
en dessous des prix barème, sont fréquents. Les pays de la CECA perdent non seule-
ment du terrain sur les marchés extérieurs, mais ils subissent une pénétration des pays
tiers sur leurs propres marchés. La CECA avait organisée pour être fortement exporta-
trice et expansionniste et non comme devant subir une offensive extérieure. Aussi il
pays tiers. Ce contexte totalement nouveau provoque une vive concurrence entre pro-
ducteurs de la CECA. La sidérurgie belge qui avait pénétré le marché français à la fa-
veur de la lutte Sidérurgie - Industrie de transformation, utilise à fond son réseau
des 22-24 Mt prévus pour 1965 par le 4e Plan. Les livraisons de produits sidérurgiques
passent, entre les mêmes dates, de 13,4 Mt à 15,4 Mt/an (au lieu de 16,4-17,5 prévus
pour 1965) soit seulement 2 Mt supplémentaires, alors que le marché intérieur progresse
Dunkerque, mise en service en 1962, lui permet de faire face à la concurrence dans de
bonnes conditions, Mais Usinor est en 1965 la société sidérurgique la plus endettée. Son
3.3. Au lieu de réagir vite, de se regrouper et de rassembler leurs ressources, les
sociétés sidérurgiques ajournent les travaux, attendent la reprise de la demande et
La stagnation de la production et la chute des prix ne peuvent plus mal tomber. De
Or, face à la brusque montée de la concurrence et au ralentissement de la demande, il
DM de plus dans une usine de 1,5 Mt que dans une usine de 4 Mt, et à 30 DM de plus
tique de décider une vaste concentration - rationalisation, impliquant une crise sociale.
Or, en RFA, August Thyssen Hütte et Phoenix Reinrohr fusionnent en 1963, attei-
gnant les 8 Mt. En 1965, Krupp absorbe Rheinhaussen et Bochumer Werein. Italsider,
mise en service en 1964, un an après Dunkerque. Elle est dimensionnée pour atteindre 5
Mt. En 1962, le groupe luxembourgeois ARBED, les deux groupes belges Cocke-
rill-Ougrée et La Providence, et le groupe français Schneider, constituent le SIDEMAR
côtière en Belgique près de Gand de 3 Mt en première tranche. Elle est mise en service
en 1967, juste au moment de la reprise de la demande. Les sociétés belges et luxem-
La Providence 1,5 Mt.
La réaction des sociétés françaises est inverse. De Wendel abandonne le « pro-
études pour une deuxième usine littorale de 5 à 9 Mt/an pour laquelle deux sites étaient
envisagés: Le Havre et Fos, sont mises au point mort. Usinor mène à bien la première
phase de Dunkerque (1,8 Mt/an) en faisant appel à Lorraine-Escaut, en échange pour
pousse la réalisation de la deuxième phase.
glomération. Le pourcentage de minerai enfourné sous forme agglomérée passe de 19%
lorrain utilisé sur place, une fois aggloméré, est compétitif par rapport aux autres
minerais. Du programme du 4e Plan, ne seront réalisés que deux nouveaux trains
continus à fil (La Chiers-Anzin, Saulnes-Longwy), deux trains à poutrelles (de Wen-
del-Hayange, Lorraine-Escaut-Longwy), le doublement de capacité des trains à large
bande de Sollac et Denain, les trains à froid de Sollac, les deux hauts fourneaux de
de Longwy), est la décision la plus grave qui soit prise, alors que toutes les autres sidé-
France (15%), de 0,1 à 1,1 en Lorraine (7,3%).
Pour le reste, il faut bien prolonger les outils existants, leur éviter un trop grand dé-
classement. Le rapiéçage continue et donc le gaspillage des ressources. Le niveau des
investissements chute. En 1966, il ne représente que 35% de celui de 1962. Il est moitié
nuer, ou tout au moins ne plus augmenter, les capacités de production, relever les
barrières douanières de la CECA, obtenir des pouvoirs publics la liberté des prix et la
baisse des tarifs pratiqués par les Charbonnages et la SNCF, enfin réduire les effectifs
en embauchant un nombre de travailleurs inférieur au nombre de partants. En 1962, le
Il le fait sans risque puisque le marché est à la baisse. Le relèvement des barrières doua-
nières à 9% proposé par le gouvernement français est refusé en Conseil des ministres de
« recommandera » cependant aux pays membres le relèvement à 9%.
Le marché du coke et du charbon à coke étant devenu très détendu, le fret maritime
ayant baissé, le coke importé revient moins cher que le coke produit par les Charbonna-
prix du charbon français. Les sociétés protestent, expliquant que leurs concurrents
et les Japonais. En 1963 et en 1965, elles obtiendront un prix de cession de la tonne de
tonnes de charbon américain au cours mondial.
128.000 en 1965, soit 4.600 emplois environ, sans réduction du temps de travail. Les
des salaires des industries de transformation. Mais les mesures prises par les sociétés ne
sont pas à la hauteur de la situation.
coopérative, une aciérie à oxygène pur (de 2,6 Mt/an en deuxième phase) à Gandrange.
tous les espoirs qui subsistaient encore de voir les marges bénéficiaires augmentées.
avec la classe ouvrière et la population des régions concernées a été rendu inévitable et
ne peut plus être reculé.
la Bundesbahn (les chemins de fer allemands) diminue ses tarifs de 30% pour conserver
le transport du minerai lorrain, du coke et des fines à coke de la Sarre et de la Ruhr, et y
parvient. La SNCF fait de même pour conserver le trafic Dunkerque-Lorraine. Par
té. La canalisation de Coblence à Thionville a coûté 770 millions de DM, dont 518 à la
sidérurgique, ont un excédent naturel annuel de population bien supérieur à celui de la
charbon, du sel et de la potasse. Le secteur commercial et administratif est particulière-
Pont-à-Mousson. Le sauvetage des Hauts Fourneaux de Saulnes et Uckange par
Usinor.
choc. Ses avantages sont la facilité à la coulée et à permettre des formes compliquées,
une très bonne usinabilité, une haute résistance à la compression, à la corrosion, à
La cause du déclin tenait à la difficulté à se passer du savoir-faire des fondeurs, et à éle-
ver leur cadence de travail, donc à réduire les coûts. En effet, il fallait confectionner le
moule qui pratiquement était perdu à chaque opération. La production ne pouvait donc
Ce qui a sauvé la fonderie et lui donne des possibilités nouvelles de développement,
de leurs moules. Ce sont des machines à centrifugation capables de débiter toutes les
minutes 56 tuyaux de 125 à 2.000 m/m de diamètre et de 6 à 9 mètres de longueur. Elles
matisées sont commandées par un poste central.
procédés de moulage automatique. Les autres sociétés productrices de fonte de moulage
sont alors fortement concurrencées. Les gains de productivité, permis par les nouveaux
procédés, rendent possible la concentration de la production. La Compagnie de Pont-à-
brive-Villerupt au profit de Pont-à-Mousson qui, en quelques années, va fermer la mine
et les deux usines à fonte de cette société (Aubrives dans les Ardennes, en 1964 ; Ville-
rupt, près de Longwy, en 1968), en reportant leur production sur son usine de Pont-à-
Mousson entièrement modernisée.
En 1965, Usinor prend le contrôle de la Société des Forges et Aciéries du Nord et de
1966, avec la Société des forges de Saulnes et Gorcy, également fabricante de fonte.
Cette dernière vient de faire installer dans son usine de Saulnes, contiguë à celle de
Longwy, devenue Usinor comme nous le verrons, un train à fil très moderne. Par le jeu
de prise de contrôle et de fusion, Usinor réorganise ces usines : le train à fil est rattaché
est reconvertie dans la fabrication de fonte ductile, produite à partir de minerai
bien maintenue. Mais à la différence des Hauts fourneaux de Pont-à-Mousson, elle ne
pour leur combativité jouera un rôle important dans la montée, mais aussi les reculs du
comme les Hauts Fourneaux de Pont-à-Mousson. On y fabrique des pièces moulées en
fonte (tuyaux centrifugés de 60 à 300, raccords et accessoires de canalisation, pièces
forte tradition de lutte. 97% des salariés sont syndiqués, y compris les employés et tech-
niciens. Les événements se précipitent alors. La Direction annonce, le 11 octobre 1961,
la fermeture de la mine dans un délai de huit à dix mois et la réduction de 300 emplois à
de la mine contre la fermeture et contre tout reclassement. Ce sera la première action
ries de la population. Le 21 octobre, les grévistes obtiennent le soutien de tous les
mineurs du bassin : 10.000 manifestants se rassemblent à Villerupt.
La fermeture de la mine de Vilerupt rend concrète une inquiétude qui commence à
poindre parmi les mineurs de fer. La production stagne entre 1959 et 1960 et baisse en
1961. Des discours et des articles patronaux mettent en cause la rentabilité de la minette
lorraine. Le 26 octobre, une délégation de mineurs en tenue se rend au Ministère à Paris,
Metz, la Direction surseoit à tout licenciement, demande aux Mines de fer la priorité
propositions des Houillères. Les mineurs sortent de la mine le dimanche 5. Le travail
reprend le 8. Le Ministre donne son accord pour une table ronde patronat-syndicat.
qualité. Le minerai doit être enrichi pour améliorer encore sa rentabilité. Les mauvais
mettant au chômage 300 personnes. La direction à Villerupt explique que la disparition
Ford (Anvers) : 2.500 à 3.000 carters par mois, pendant trois ans.
Mais la situation continue à se dégrader. La production de fonte baisse toujours : elle
passe de 153.000 t en 1960 à 107.000 t en 1964. Des fabrications de Villerupt sont
transférées à Pont-à-Mousson, les « contre-brides » (représentant 200 à 300 t par mois),
çant pas les travailleurs partant à la retraite : de 1.248 fin 1961, il passe à 744 fin 1966.
pensation pour les ouvriers. Les salaires baissent relativement aux autres usines : 50%
des ouvriers gagnent moins de 600 F/mois en 1966. La rémunération moyenne par sala-
rié baisse de 16% entre 62 et 66. Des « équipes spéciales » sont formées, composées de
travailleurs dits excédentaires et employés à des travaux de toutes sortes sans rapport
la Direction déclasse les mutés ce qui incite au « départ volontaire ». Les loyers des lo-
gements appartenant à la Société sont augmentés sensiblement.
La Direction cherche à tirer profit au maximum de cette usine en sursis. Entre 1962
période, les travailleurs se battent, par de nombreux débrayages, contre les atteintes au
salaire, les déclassements et les accidents du travail. Les syndicats dénoncent la politi-
Le 24 juillet 1967, juste avant les congés, la Direction annonce au Comité
continuer si on la transforme pour produire de la fonte ductile. Ils appellent à la consti-
Pont-à-Mousson à Villerupt, tant que des emplois nouveaux en nombre et en qualifica-
bassin de Villerupt ».
sent toutes propositions individuelles de reclassement. Grande manifestation le 21 du
lettres. Manifestation à Villerupt, le 16 décembre. Le Comité de sauvegarde est reçu le
de la sidérurgie au secteur de la Fonderie qui donne des garanties plus grandes en ma-
Le 3 janvier 1969, 97 ouvriers ne sont pas encore reclassés : handicapés, femmes de
ménage, délégués du personnel. Le 21 janvier, les cas des handicapés physiques et de
neuf délégués CGT ne sont toujours pas réglés. Le 11 février, ils entament une grève de
la faim qui permet le reclassement des handicapés physiques, mais les neuf délégués ne
sont repris par personne, et se retrouvent définitivement au chômage. Un bastion de la
lutte ouvrière dans le bassin sidérurgique vient de tomber. Et cela pèsera très lourd sur
3.5. La crise des mines de fer. Les recommandations de la « Table ronde ». La
Les livraisons des mines de fer lorraines plafonnent en 1960 et 1961 à 62 Mt, puis dé-
sidérurgie lorraine et luxembourgeoise se maintiennent à 33 Mt pour la première, à 7 Mt
tenant leurs commandes, alors que de 1957 à 1960 ils les avaient maintenues constantes,
trois sidérurgies passent de 21,2 Mt en 1961 à 11,2 Mt en 1967.
point supplémentaire est jugé excessif, compte tenu de la situation nouvelle. Cette voie
lorraines en minerai stagne, au lieu de prendre le relais des clients lointains.
Ce sont les mines dites « marchandes » qui sont les plus touchées par la crise. Par
rurgiques appartenant à la même société ou au même groupe industriel, les mines «
marchandes » vendent leur minerai à qui veut acheter. Précisément, ce sont elles qui
canisation est généralisée et intensifiée avec des engins plus puissants. Le nombre de
puits est réduit. Dans ces conditions, la durée de vie du bassin, estimée à un siècle en
lorrains et luxembourgeois en leur assurant, par une exploitation extrêmement rationali-
sée, un minerai très compétitif. Baisse de la demande, repli, intensification de la méca-
de Villerupt, leur lutte aura une grande importance pour celles qui sont à venir de la si-
dérurgie. Aussi bien par les résultats obtenus, qui constitueront des précédents, que par
les difficultés rencontrées. Des licenciements sont annoncés par petits paquets en 1962
Les mineurs de fer participent à la grève générale des mineurs de charbon des 1er et
durera 35 jours dans les Charbonnages. La Fédération des mineurs CGT organise une «
marche sur Paris » le 8 mars, qui provoque une forte mobilisation. Le gouvernement et
Cette table ronde, qui se réunit à Metz, met en présence les syndicats, des élus et As-
transforme en des « accords Matignon » des mines de fer. Ils acceptent que les problè-
mieux se comprendre et à de simples recommandations.
ment des barrières douanières de la CECA, accroissement des équipements publics et
les jeunes vers de nouvelles qualifications, diversification industrielle avec des aides de
moins la CGT et F0 : la diminution des tarifs SNCF pour le transport du minerai. Les
dernières « assurances » acceptées par Assimilor en matière de licenciements et de re-
proposition de reclassement dans un emploi sidérurgique garanti ; il est accordé aux mi-
dans les mines sera conservée aux mineurs reclassés dans la sidérurgie quelle que soit
montant correspond à trois mois de salaire ; il sera accordé aux mineurs reclassés une
leur domicile à leur nouveau lieu de travail dans la sidérurgie ; le bénéfice du logement
sera conservé aux mineurs licenciés tant que leur nouvel employeur ne les aura pas re-
considéré comme un minimum pour la conservation de ce bénéfice ; le cas des mineurs
moins aussi favorablement que ses propres ouvriers accédant à la propriété.
peu à part du reste des travailleurs. Les mineurs de fer ne sont pas pourtant satisfaits des
« recommandations » et « assurances » de la table ronde. De plus, toutes ne sont pas
respectées par les Directions des mines.
Le 10 octobre 1963, le licenciement de près de la moitié du personnel (258 sur 550)
de la mine Sancy à Trieux (Meurthe et Moselle) appartenant à la Société « Saulnes et
tout le bassin qui aurait été difficile à tenir dans la durée. Le soutien est très activement
longue occupation est ponctuée en surface par de multiples actions de popularisation :
marche sur Metz à pied, à partir de la mine de Moutier (35 km), délégations de toutes
mines pour permettre le reclassement dans les mines de fer de tous les mineurs de
Mais la Chambre syndicale a décidé de ne pas céder et mise sur le ralentissement du
et simplement la mine de Trieux. La CGT, qui a pourtant beaucoup misé sur cette grève,
propose sa suspension : 217 pour, 145 contre. Les mineurs remontent le 31 décembre
1963. Le patronat a fait un geste en promettant une réunion paritaire dans les 15 jours
qui suivent pour transformer en engagement écrit les « assurances » de la table ronde.
Un très grand moment de la lutte ouvrière de ce pays se termine. De 1960 à 1967,
procédés : la coulée continue, la réduction directe. Une brèche dans le gigantisme :
les mini-aciéries
Depuis 1960, quelques sociétés sidérurgiques sont parvenues à automatiser certaines
laminage elle-mêmes.
commandes et des rectifications de marche nécessaires. Doté en « mémoire » de modè-
les mathématiques correspondant à des séquences-types, et commandé par le pro-
modifie éventuellement en fonction des informations qui lui arrivent des appareils de
La productivité, lorsque la mécanisation est généralisée, bute en effet sur deux limi-
mites physiques et nerveuses, et aussi sur leur pouvoir de ralentir la cadence du travail.
peut en effectuer un opérateur avec ses mains et ses pieds. En conséquence, un laminoir,
un haut fourneau, nécessitent plusieurs postes de commande.
élévation considérable de la cadence de production, et permet de centraliser en un seul
poste de commande les opérations qui étaient dispersées antérieurement sur plusieurs.
tion, dont la commande pourra être encore simplifiée.
Américains et Japonais sont déjà parvenus à automatiser des trains à large bande. Dès la
progresser ponctuellement la productivité à un stade donné de la filière de production.
opérations, sous réserve que celles-ci aient été suffisamment simplifiées auparavant.
Elle est évidemment particulièrement adaptée aux procédés continus. Ceux-ci sont sou-
Les gains de productivité peuvent être considérables. Il y a cependant trois obsta-
jours plus capitaux, la mise au point longue (il faudra deux ans pour automatiser le «
train à large bande » de Dunkerque), la réaction des travailleurs.
est réalisé, une réduction brutale des effectifs. Simultanément des « procédés » nou-
veaux sont mis au point pour court-circuiter certains stades de la production qui sont
longs ou délicats ou coûteux. Ces procédés nouveaux sont la coulée continue et la ré-
duction directe.
réchauffés dans des fours et ensuite envoyés à un laminoir dégrossisseur (un blooming
ou un slabbing) pour être transformés en blooms ou en brames dont la forme et les di-
mensions sont acceptables, par les trains à produits longs dans le premier cas, et les
important. La dépense de combustible dans les « fours pits » constitue également une
perte. Le blooming avec ses installations annexes est un très gros investissement et de-
mande beaucoup de personnel. Dans son principe, la coulée continue consiste à couler
forme définitive du bloom ou de la brame, et à découper le produit à la dimension vou-
La sidérurgie russe a été la première à adopter la coulée continue, mais en raison du
La difficulté pour les aciers courants est de parvenir à des installations capables de
produire des brames ou des blooms au moins aussi grands que ceux qui sont obtenus au
blooming ou au slabbing. Des sociétés allemandes (Mannesmann) mettent au point dans
les années 60, une coulée continue courbe qui satisfait aux impératifs de rapidité, de ca-
pacité et de dimension. Des difficultés persistent cependant quant aux qualités métallur-
giques des brames. Par contre, la coulée continue est totalement automatisable, alors
haut fourneau et la fonte. Depuis plusieurs années, de nombreuses tentatives ont été fai-
tes, avec des résultats très inégaux. La production de la fonte demande comme agent
plus, la conduite du haut fourneau reste encore délicate. Enfin, il constitue une immobi-
lisation de capital considérable. Les recherches ont donc porté sur la mise au point de
procédés mettant en contact des minerais et un agent réducteur nouveau, économique et
fournissant du métal presque pur, directement utilisable dans les convertisseurs ou les
Depuis 1957, fonctionne, au Mexique à Monterrey, une usine du groupe Hylsa, pro-
duisant des « éponges de fer » avec du gaz naturel et du minerai riche, et dont la rentabi-
lité se révèle bonne. En Suède, un procédé a été mis au point en 1955 permettant
sont faits avec du minerai lorrain. En Allemagne, différents procédés sont expérimentés.
fondes conséquences. Les pays producteurs de gaz naturel et de minerai de fer, ou des
pays proches ayant chacun une des matières premières (Australie-Indonésie, Maurita-
nie-Algérie, Brésil-Bolivie, etc.), pourraient produire et vendre éventuellement des «
même subir des concurrents nouveaux, sauf si ce sont elles qui mettent au point les pro-
cédés et si elles sont les seules à produire et à vendre les équipements. En prenant des
pauvres étaient découverts, les sidérurgies anciennes pourraient trouver un nouveau
souffle.
prendre, dont il ne faut pas attendre des résultats immédiats, mais qui peuvent être déci-
de la vallée de Brescia en Italie. Le groupe allemand Korf se fait le pionnier de cette
formule en RFA.
Ces mini-aciéries ont été développées à la faveur du coût relativement bas de la fer-
fournissant un produit simple : ronds à béton, fil machine, fers marchands, pour un mar-
usine de réduction du minerai, elle pourrait intéresser aussi bien les pays en voie
oxygène pur qui ne demandent que peu de ferrailles, à la différence des fours Martin,
laisse prévoir des disponibilités nouvelles de cette matière première. Korf exploite une
(1966-1970), en raison du « manque à gagner » que lui a fait subir la politique
rer la crise sociale et régionale qui se prépare
La 5e Plan est en préparation. Quatre objectifs sont fixés : atteindre, en 1970, 24 Mt/an
continus, les aciers nouveaux.
du coût des transports et du coke ; la diminution des effectifs en agissant sur
des coûts est vigoureuse, si les prix se relèvent et si les investissements nouveaux per-
mettent de gagner immédiatement les places perdues sur le marché intérieur et extérieur.
La Chambre syndicale de la sidérurgie française annonce publiquement que les so-
ciétés sidérurgiques ne sont pas en mesure de financer les investissements nécessaires
nement pendant les années de haute conjoncture, durant lesquelles tous les concurrents
vendaient 10 à 15% au-dessus du prix français. Ce plafonnement a « coûté de 3 à 5.000
résultats financiers sont très bas. Ils permettent le remboursement des emprunts, mais
Voilà le cercle vicieux dans lequel est prise la sidérurgie française. Il est hors de ques-
et les Charbonnages de France à des tarifs supérieurs à ceux que nos concurrents euro-
3.8. Le pouvoir gaulliste cherche à résoudre la contradiction existant entre les so-
ciétés sidérurgiques et à limiter la crise sociale et régionale
maximales pour la puissance économique. Plus banalement, il ne peut se permettre de
perdre électoralement plusieurs circonscriptions. Les élections législatives sont pour
Les sociétés ont peur de la crise sociale et régionale qui se prépare. Elles cherchent le
pour réaliser les investissements nécessaires. Elles répugnent toujours à se regrouper.
Même en se regroupant, leurs ressources propres ne sont plus suffisantes, et elles sont
en charge par des industries de transformation ou leur association avec des sociétés si-
dérurgiques, assurant financement, spécialisation, valorisation et débouchés. Mais les
cats et de la gauche serait maximale.
Finalement, le choix du gouvernement, rendu public par une lettre officielle à la
tés se regroupent et passent un accord social avec les organisations syndicales. La
Chambre Syndicale de la Sidérurgie Française soumet alors un Plan professionnel dont
le refuse tant que des concentrations ne sont pas annoncées et les investissements coor-
marche sur Metz dont le dynamisme inquiète : les cordons de gardes mobiles sont dé-
bordés. Finalement, un accord intervient qui, révisé en Conseil des ministres, est adopté
duits plats. La deuxième usine littorale est renvoyée à plus tard. La Convention générale
peut être résumée en dix points.
rurgiques) de 600 MF en moyenne.
en subventionnant les Charbonnages de France, de réduire le coût des transports utilisés
par la sidérurgie, et de consulter la CSSF avant de procéder à des augmentations.
tre-Midi.
4. Elle accepte également de coordonner et de rationaliser immédiatement les program-
luée à 15.000. Une partie de la diminution correspondant à 7 à 10.000 personnes pourra
être réalisée grâce à une limitation des embauches et au jeu naturel des mises à la re-
traite et des départs volontaires.
minution des effectifs.
maximum le réemploi des travailleurs intéressés.
leurs contraints de quitter la sidérurgie. « Les deux parties attachent une importance
essentiel de la présente convention ».
plication de la présente convention ».
une légère augmentation de capacité de production : de 22,5 Mt à 24,9 Mt. Deux opéra-
longs ; 1,5 Mt en première phase (1969), 2,6 Mt en deuxième phase (1971). Le double-
rapport de la Commission sidérurgique du 5e Plan il est encore mentionné que les étu-
des pour la deuxième usine littorale devront être achevées, on ne trouve aucune allusion
3.10. Les travailleurs sont affrontés à la contradiction : modernisation capitaliste
syndicales ne parviennent pas à proposer une solution à cette contradiction
Après les mineurs de fer, les sidérurgistes sont affrontés pour la première fois et dans
leur masse à la contradiction dans laquelle les place la division capitaliste du travail : le
tion de sa compétitivité, donc le chômage ; la «modernisation » implique la déqualifica-
tion pour le plus grand nombre et la réduction des effectifs. En 1965, la contradiction est
fectivement les sociétés opèrent ce saut dans la division du travail. Et la réduction
Cette contradiction, modernisation capitaliste ou défense du statu quo, ponctue
Une nouvelle étape dans la division du travail veut dire modification profonde de la
composition de la classe ouvrière, perte de pouvoir sur le travail lui-même, recrutement
des règles et accords passés entre travailleurs et patronat, bouleversement des organisa-
tion ouvrière, etc.
large consensus qui existe alors sur cette question. Par contre, ils pensent que les travail-
leurs peuvent arracher des droits nouveaux importants : le droit au reclassement, à quali-
fication, salaire et ancienneté égaux, le droit pour les organisations syndicales de
conditions, et le droit de donner leur avis sur les choix industriels et la politique régio-
La CGT est partagée. Enracinée parmi les ouvriers de métier, elle sent bien que les
travailleurs ne veulent pas quitter la sidérurgie et que cet attachement ne tient pas à une
capacités de production pour répondre aux besoins réels de la Nation, et de moderniser
sur place, tout en réduisant le temps de travail et en améliorant les conditions de travail
que capitaliste, en avril 1967. « Mai 1968 » un an en avance en Lorraine. Des po-
tentialités non utilisées. La signature de la « Convention sociale ». Pour la première
fois dans le secteur privé, le principe « pas de licenciement sans reclassement » est
accepté
et les syndicats. En Lorraine, Assimilor offre dès le départ les mêmes garanties que cel-
de concessions concrètes en début de négociations. Mais les discussions dureront plus
de neuf mois, au cours de quatorze réunions techniques et de deux réunions paritaires
tion est déclenchée dans les mines, et Assimilor reporte unilatéralement la signature au
2 mai, après une nouvelle réunion de travail le 17 avril. Ce fut de sa part une faute pour
ses propres intérêts. Depuis la grève de Trieux, la tactique patronale pour les mines de
fer consistait à fermer les puits successivement à intervalle relativement long, et à des
Il y eut une pause dans la succession des compressions et des fermetures : des mani-
mineurs. De plus, le succès de la gauche aux élections notamment dans le bassin sidé-
rurgique de Lorraine du Nord avec deux députés communistes sur trois sièges, pouvait
donner à penser que le patronat se montrerait plus modéré.
Quelques jours après les élections, les sociétés minières annoncent 400 licencie-
ments. Le syndicat CGT appelle à une grève générale pour le 1er avril. La participation
son aux clients des stocks. Le 6, les livraisons sont bloquées. La grève est totale dans
tous les puits. Les mineurs se barricadent. « Pour la première fois, une grève des mi-
dérurgie. Le patronat fait de la levée du blocus le préalable à toute négociation.
Une véritable épreuve de force est engagée. Le blocage des expéditions menace
dix jours. Pour provoquer une division mineurs-sidérurgistes, certaines directions
son livre Laminage continu (Julliard, 1968) décrit le démarrage de la grève : « La ferme-
aux mains du patronat. La CGT et la CFDT déclenchèrent alors une grève préventive et
tude devant la menace de chômage technique cristallisait les autres inquiétudes,
« Usine après usine, le patronat fut surpris et bousculé. Les schémas classiques du
menacé de chômage technique arrêtaient le travail, ils ne rentraient pas chez eux. Ils
cupaient les portiers pour jeter dans la grève les hommes de la tournée suivante. vers le
18 avril, la plupart des usines étaient vides, les grilles fermées et barricadées. Sur les
barricades des banderoles et des slogans syndicaux. Derrière les grilles, les grévistes
Le patronat organise tout de suite la contre-attaque. Il suscite des protestations
la diffusion de tracts demandant « la liberté de travail » ; des incidents à des piquets de
pas les auteurs introuvables qui seront accusés, mais les piquets de grève pour « avoir
provoqué » un tel acte...
Le 18, une grande manifestation est prévue à Metz et Thionville. La veille des ren-
réclamant la liberté de travail et du coup de feu contre un piquet de grève pour interdire
la manifestation. Les syndicats, sans pouvoir avertir tout le monde, décident de faire
nant accès aux bureaux. Cela a pour effet de mettre en grève les derniers hésitants, no-
tamment parmi les employés et les cadres.
Le 19 a lieu une grève de soutien des mineurs des Houillères. Le 20, une délégation
se rend à Paris auprès des groupes parlementaires. Le 21 et le 22, CGT et CFDT obtien-
pourrait servir de base à des négociations futures ». Une réunion de tous les militants
CGT et CFDT de la sidérurgie est prévue pour le 23 à Moyeuvre pour analyser ce texte.
Cette rencontre pour réfléchir ensemble et juger une proposition patronale est un fait
sans précédent. Bien que limitée aux seuls militants (mais la définition du militant est
bien imprécise), elle marque la force du mouvement unitaire parmi les travailleurs.
comme trop imprécis ». Ils demandent que les assurances verbales qui ont été données
réduction du temps de travail sans perte de salaire ; généralisation de la pré-retraite ;
Si le patronat donne son accord écrit sur ces points, les travailleurs seront consultés
dès le mardi et le travail pourra reprendre. La grève est relancée en fait. Car Assimilor
coup de force contre les occupations des postes de garde. Les gendarmes mobiles enva-
rurgiques qui ont tenu le plus longtemps.
Des améliorations sur certains points de la Convention sociale prête le 4 avril sont obte-
nues. La garantie du reclassement est devenue une obligation et non « un objectif à at-
ses travailleurs de plus de 60 ans, dans les conditions indiquées ci-dessus, un établisse-
moins de 60 ans. Il est convenu que, en cas de besoin, les autres usines couvertes par la
travailleurs de plus de 60 ans pour permettre les reclassements nécessaires.
Par ailleurs, des promesses de discussion sur la réduction du temps de travail, sur le
salaire minimum, et sur le barème des ressources garanties, sont faites. Enfin Assimilor
vrant toutes les usines adhérentes à Assimilor pour toute opération de suppression
droit de contrôle des syndicats.
en quelque sorte institutionnellement le mouvement de grève. Jacques Chérèque déclare
au nom de la CFDT: « En définitive, nous signifions notre adhésion à cette convention,
non comme une fin en soi ou comme un acte gratuit, mais comme le commencement
promesses, mais de réalités sociales, concrètes et palpables pour la classe ouvrière de
vailleurs ». Elle publie un document intitulé « Non, la CGT ne signera pas ! »
« Les patrons peuvent payer. Seule la CGT a dénoncé ce scandale au cours des discus-
travailleurs... Renforcer la CGT pour assurer le succès des luttes... Une puissante CGT
est indispensable aux travailleurs ».
par tous les syndicats sauf la CGT qui reporte sa signature avec toutefois « préjugé fa-
donc parce que nous avons conscience que ce qui est acquis dans la convention actuelle
est bien le résultat commun des travailleurs de la sidérurgie, particulièrement de ceux
qui ont lutté en avril et aussi de la persévérance des organisations syndicales dans les
nent aux travailleurs et imposés aux patrons que nous accorderons un préjugé favora-
ble aux textes actuels. » « Voilà ce que signifie le préjugé favorable de la CGT » déclare
Zolfo, au nom de la CGT.
Puis, dans un document de novembre 1967, la CGT, après avoir analysé les mesures
de la convention et les points acquis parallèlement (des promesses de discussion) écrit :
appelons à en discuter et à vous prononcer sur cette proposition en considérant que ce-
les intérêts des travailleurs.
« En aucun cas, nous le réaffirmons, cela ne peut signifier que nous cautionnons le plan
professionnel et ses objectifs antisociaux, bien au contraire.
nos moyens de combattre les effets néfastes du Plan professionnel ».
3.12. Usinor absorbe Lorraine-Escaut. Des choix simples, clairs, efficaces, brutaux
caut, la quatrième société française, avec effet rétroactif au 1er janvier 1966. Elle
confirme sa première place en France et devient le quatrième producteur européen avec
duits longs depuis la guerre (Louvroil-Maubeuge et Trith-Saint-Léger-Valenciennes),
raine-Escaut lui apporte en ce domaine quelques installations toutes neuves mises en
service en 1965 : un train à poutrelles moyennes et petites à Longwy, et un
haut-fourneau en partie automatisé de 8 m de creuset et de 2 200 t/jours de fonte à
Thionville (le même qui défraiera la chronique en 1977) le plus moderne du bassin lor-
longs et des tôles fortes. Cette société est absorbée, ainsi que son holding, par le holding
du minerai, et de la modernisation du train à large bande.
mis à développement : fil machine, poutrelles moyennes et petites, et remplacement de
3. Pour les autres usines : Thionville, Louvroil, Valenciennes Trith-Saint-Léger : main-
(hauts fourneaux et aciérie de Louvroil, train à profilés moyens de Valenciennes).
4. Regroupement des usines à tubes de Lorraine-Escaut (Maubeuge, Sedan, Brevilly,
Anzin, Noisy le Sec) dans la société Vallourec détenue à 58,3% par DNEL, la holding
Ces choix tranchés, sans éparpillement des investissements, portaient en germe, en
cas de mauvaise conjoncture, ou de concurrence très forte sur les profilés courants, la
condamnation des usines de Louvroil et de Valenciennes-Trith-Saint-Léger. Par contre,
était probable dans une étape ultérieure.
3.13. La constitution difficile de Wendel-Sidélor. La lutte pour la direction entre de
Wendel et Pont-à-Mousson. Une fusion sans restructuration réelle. Les erreurs
des conventions particulières avec promesse de se coordonner entre elles. Il les pousse
que des laminoirs nouveaux à moderniser soient du même type, elles consacrent
gramme un haut fourneau moderne et la rénovation complète du train de 925 à poutrel-
un train de 950 à poutrelles et à rail (1963).
Lorsque la fusion des trois sociétés sera décidée, une nouvelle convention sera néces-
saire (signée le 13 décembre 1968) remettant en cause les conventions précédentes dont
certaines dispositions ont déjà été engagées. Elles mettent 18 mois pour parvenir à une
fusion : de juillet 1966 au 23 décembre 1968.
Sidélor prend la précaution de fusionner avec la SMS pour former Sidélor Mosellane
détenue à 75% par Sidélor (détenue par Pont-à-Mousson et Marine Firminy) et à 25%
par la SMS, avant de former Wendel-Sidélor avec de Wendel. Ainsi Pont-à-Mousson,
avec Henri de Wendel. Par ailleurs, Pont-à-Mousson et Marine Firminy détenant 60%
des aciéries de Dilling, qui détient 25% de Sollac, et en ajoutant les 18% de Sidélor Mo-
sellane, Pont-à-Mousson se retrouve à hauteur de 43% dans Sollac.
La bataille entre de Wendel et Pont-à-Mousson est âpre. De Wendel ne représente
que 40% de la production du nouvel ensemble Wendel-Sidélor et 44% du chiffre
porte trois usines intégrées et trois mines de fer. Sidélor Mosellane a cinq usines et sept
porte six hauts fourneaux, Sidélor-Mosellane seulement deux. Par contre en ce qui
concerne les laminoirs, Sidélor-Mosellane apporte deux trains continus à fil, un train à
lor-Mosellane.
De Wendel apporte à Wendel-Sidélor ses participations dans la Société des Forges de
(spécialisés dans les tôles inoxydables et le fer blanc), mais qui restent contrôlés majori-
que les investissements seront coordonnés.
Le domaine de Wendel est plus groupé, moins hétéroclite que celui de Sidé-
lor-Mosellane, correspondant à la fusion successive de cinq sociétés depuis 1945. PAM
dans de Wendel S.A. De plus, PAM est en train de négocier une fusion avec
Saint-Gobain qui aboutira en 1968 à la création de la Compagnie Saint Gobain - Pont-à-
vice présidence sur les trois.
vraiment rationalisation. Chaque usine reste intégrée et autonome. Des installations an-
ciennes continuent à faire double emploi. La rationalisation se limite à faire supprimer
aciéries et laminoirs, que remplacent la première aciérie (1969), puis la deuxième
(1971), et les deux trains de laminoirs de Gandrange. Mais cela ne suffit pas pour ac-
celle des installations amont ou aval plus anciennes.
Enfin, les sociétés constituant Wendel-Sidélor ont commis des erreurs dans la
respectives des aciéries Kaldo et des aciéries OLP, celles des secondes étant nettement
pas été conçue pour être équipée de machines à coulée continue. On a préféré la solution
totalité des lingots produits par les deux aciéries. Or, les gains de productivité sont tels
(le blooming).
3.14. Le regroupement dans la sidérurgie fine a été plus tardif, mais plus complet
Une première fusion avait été réalisée en 1954 entre les usines de la Loire, de la Marine
et de Saint-Etienne, une partie des avoirs des aciéries de Firminy, et les établissements
Jacob Holtzer, pour former la CAFL (Compagnie des Ateliers et Forges de la Loire) qui,
Suite au Plan professionnel, un autre regroupement est opéré en 1968 entre la SFAC
sionneront en 1970 avec la CAFL et le groupe Delattre-Levivier, pour former Creu-
sot-Loire, détenu à 50/50 par Empain-Schneider et Marine-Firminy, par le truchement
Au moment de la fusion, Creusot Loire fait 60% de la production des aciers spéciaux
devant Ugine, Pompey, Chatilon-Commentry, etc. La particularité de la sidérurgie fine
usines groupant 39.000 personnes, dont 2.000 ingénieurs et cadres.
La Société Nouvelle des Aciéries de Pompey était, déjà après guerre, une des plus
petites sociétés sidérurgiques lorraines. Son unique usine, les Aciéries de Pompey, était
dans les aciers spéciaux. Aussi, elle fabrique une gamme large de produits (du lingot de
forges aux tôles, en passant par les barres et le fil machine). Dans le secteur des aciers
spéciaux, les commandes sont fortement individualisées. Chaque client indique prati-
à deux convertisseurs de 80 t en 1964. Les hauts fourneaux consomment du minerai
Saizerais, détenue par la Société nouvelle des Aciéries de Pompey, la Société des fonde-
ries de Pont-à-Mousson, et par la Société des Aciéries et Tréfileries de Neu-
et ne pouvait dégrossir que des lingots de 700 kg. Les hauts fourneaux ont chacun une
capacité de 300 t/j. Il fallait à la société trouver de nouveaux actionnaires pour financer
est constituée détenant 66,9% de la SNAP, les 33,1% restants revenant à la Compagnie
Industrielle et Financière de Pompey.
pey. En 1974, le capital social se répartissait ainsi : Compagnie industrielle et financière
de Pompey, 21,05%, Ugine Aciers, 21,05% ; Creusot-Loire, 12,63% ; Compagnie des
Forges de Chatillon-Commentry-Biache, 21,05% ; Hauts Fourneaux de La Chiers,
7,37% ; Röchling-Burbach (société sarroise), 9,47% ; Sidéco (Société Sidérurgique de
3.15. Deux sociétés passent sous le contrôle de groupes sidérurgiques belges : La
Providence (Longwy) et Neuves-Maisons
dans la région de Longwy, est spécialisée dans le feuillard, servant à la fabrication des
convertisseur OLP de Lorraine en 1963, décriquage automatique des brames en 1965.
rill-Ougrée S.A.
Parmi les sociétés françaises, personne ne veut ni absorber ni fusionner avec la So-
ciété des Aciéries de Tréfileries de Neuves-Maisons-Chatillon, et particulièrement re-
intérêt, vraisemblablement une meilleure pénétration du marché français, et parce que le
prolonger la Moselle canalisée ?) pour rénover les installations existantes, du haut four-
neau au train de laminoir.
3.16. Les sociétés sidérurgiques appartenant à de grands groupes industriels : les
Fonderies de Pont-à-Mousson (Saint-Gobain-Pont-à-Mousson), la Société des
Lorsque les fonderies de Pont-à-Mousson ont été parties prenantes dans la constitution
usines de Pont-à-Mousson et de Fumel dans le Lot et Garonne sont restées dans Pont-à-
Mousson S.A. qui a une activité très diversifiée, faisant appel à des matériaux variés qui
fait partie de la puissante Compagnie de Pont-à-Mousson, devenue en 1968 Compagnie
de Saint-Gobain-Pont-à-Mousson, réunissant à cette date 150 sociétés industrielles et
la tentative, la même année, du contrôle de Wendel-Sidélor. Saint-Gobain - Pont-à-
Mousson aurait été le premier groupe industriel français à réaliser une intégration
quasi-absolue de la matière première aux produits finis dans les domaines de la canali-
de cette société est entièrement axée sur les besoins de la Régie.
3.17. Une société reste indépendante la Société des Hauts Fourneaux de La Chiers
(Longwy)
sidérurgique qui a été capable de se développer et de rester indépendante. Elle a su, à
côté des grands, se spécialiser au bon moment dans des produits promis à expansion (le
fil machine en acier dur pour la fabrication des câbles et des précontraintes, le feuillard
pour tubes à souder, les aciers spéciaux de Vireux Molhain-Ardennes). Elle a su aussi
pacités financières suffisantes (rachat de Lefort, des câbleries de Bourg, des tréfileries
mier train continu à fil en France avant la guerre, modernisé dès 1951, équipé en 1966
du refroidissement contrôlé Stelmor, machine à coulée continue en 1974, etc.) et
de passer la phase 1961-1968, elle sera insuffisante pour faire face à la crise de 1974. En
1976, elle fusionnera avec Neuves-Maisons-Chatillon.
3.18. Le déclassement de la sidérurgie française
Le déclassement de la sidérurgie française se traduit de différentes façons. La produc-
CECA. Son poids dans la production totale des six pays est passé de 23,7% à 21,9%.
dation est due à une plus grande pénétration des aciers belges et luxembourgeois sur le
marché français. Leur part de ce marché est passée de 8,5% à 15,0%. Par contre, les
échanges avec les autres pays de la CECA restent stables, notamment avec la RFA.
sérieux reculs, notamment en Sarre.
Le déclassement de la sidérurgie française se manifeste surtout au niveau de
28,7% en RFA, 31,4% en Belgique, 30,3% en Italie, de 62,9% aux Pays Bas, de 64,4%
au Japon. La consommation de coke pour produire une tonne de fonte est de 789 kg en
France, de 672 en RFA, de 507 au Japon, en 1965.
est net. De 1955 à 1962, la part de la sidérurgie française dans les investissements de la
CECA a varié de 25 à 35%. Elle tombe en-dessous de 20% de 1963 à 1967.
Toutes les sidérurgies européennes ont été réorganisées au cours de la période
1961-1967. On a vu les premières fusions dès le début de la stagnation. Une nouvelle
vague a lieu entre 1966-1968. En 1967, au Luxembourg, ARBED absorbe la deuxième
société luxembourgeoise, Hadir, et constitue ainsi un groupe de 5,4 Mt. Son partenaire
dans SIDMAR, Cockerill-Ougrée, fusionne avec les Forges de La Providence et atteint
les 4 Mt. Leur usine littorale commune, SIDMAR à Gand, est mise en service en 1967
également. Cette même année, la sidérurgie anglaise est renationalisée par les travaillis-
En RFA, la Dortmund Horder Hüttenunion et Hoesch fusionnent en 1966. Ils for-
ment ainsi un nouveau groupe de 6,1 Mt, de la taille du nouveau Usinor après
Ijmuiden. Hoesch et Hoogoven envisagent à ce moment-là de construire ensemble une
nouvelle usine littorale à Rotterdam. Ce projet sera finalement abandonné au profit
11,5 Mt, et le 6e sur le plan mondial.
Mais la mesure la plus importante et la plus originale prise en RFA est la constitu-
tion, en 1967, de quatre comptoirs de vente. Ces comptoirs, constitués sur une base géo-
graphique, ont pour rôle de centraliser les commandes et de les répartir ensuite
rationnellement entre sociétés de façon à utiliser les installations les plus modernes.
Malgré les concentrations, il existe alors encore une trentaine de sociétés sidérurgiques
en RFA qui se disputent les marchés provoquant un désordre persistant sur les prix. Les
harmonisation des investissements et à faciliter les restructurations futures. Ils permet-
tront, de fait, des regroupements, des spécialisations, notamment des petites sociétés, et
Le comptoir Ouest, dont le siège est à Dusseldorf, forme avec 14 sociétés, un groupe
de 15 Mt. Il comprend notamment Thyssen, Krupp et Manessmann. Le comptoir West-
phalie rassemble également 14 sociétés, dont Hoesch et Rheinstahl, produisant 10 Mt. Il
est localisé à Dortmund. Le comptoir Nord, formé de quatre sociétés dont Klockner,
contrôlé par Pont-à-Mousson), qui produisent alors 8 Mt.
3.19. La réduction des effectifs de la sidérurgie
Avant que la convention sociale ne soit signée, les sociétés sidérurgiques ont procédé à
gressive des trains à large bande et des trains à froid
De 1960 à 1967, la consommation intérieure française de produits laminés a augmenté
tations augmentent régulièrement, de 0,8 Mt à 1,7 Mt, alors que les exportations restent
stables à 2 Mt. Cependant, comme les prix restent à un niveau bas sur le marché à la
grande exportation et sur les marchés intérieurs et la CECA, ni Usinor ni Sollac ne se
a été trop retardé. Elle sera mise en service en 1968, avec la mise à feu du haut fourneau
que accroissement de la demande de 1968 à 1970. Sollac, ou plutôt les sociétés mem-
bres de cette coopérative dont de Wendel et Sidélor, ont constamment reporté la
décision pour la deuxième usine littorale, étant donné leurs difficultés dans leur secteur
produits longs.
elle stagne depuis 1964. Non seulement elle a peu progressé, mais parmi les produits
longs, les fers marchands et ronds à béton français ne résistent pas à la concurrence. Les
importations progressent de 0,74 Mt. Les exportations régressent de 0,25 Mt. La balance
excédentaire de 0,6 Mt en 1960. Par contre, le fil machine et les poutrelles ont tenu leur
compétitivité sur les fers marchands et ronds à béton que la sidérurgie française aborde
une période de brusque flambée de la demande.
CHAPITRE IV
La lutte entre de Wendel et Usinor
1968-1974
4.1. Alors que le Plan professionnel prévoyait une faible progression de la demande
et la stabilité des salaires et de la durée du travail, la demande augmente brutale-
ment à partir de 1968 et les travailleurs obtiennent des hausses importantes de sa-
laire, des « glissements hiérarchiques », une sensible réduction du temps de travail
et la mensualisation
Le contexte économique et social que supposait le Plan professionnel est bouleversé. Au
serve des hausses importantes de salaires et des réductions de temps de travail.
mande intérieure passe de 14,7 Mt à 19,2 Mt, soit une augmentation de 4,5 Mt, dont 2,6
face. 1,6 Mt supplémentaires devront être importées, malgré une réduction des exporta-
deuxième usine littorale fait cruellement défaut, ainsi que la restructuration du secteur
lorrain produits longs avec Gandrange.
La montée des luttes ouvrières en France et la confiance qui revient aux travailleurs
au brusque accroissement de la demande, cherchent à faire fonctionner leur installation
tion du nombre de travailleurs en « feu continu ». La durée hebdomadaire du travail des
ouvriers en « feu continu » passe de 48 à 42 h avec une compensation de salaire de 66%
sent de 48 h à 47 h fin 1969, avec perspective de réduction progressive. Suite aux ac-
cords de Grenelle de juin 1968, des augmentations importantes de salaires ont lieu. Le
Bruxelles, des mesures temporaires de contingentement et de soutien de ses exportations
pour éviter une offensive des concurrents pendant la grève. En 1969, les conflits se
quaient des politiques salariales différentes se retrouvent sous la même direction géné-
rale. Les syndicats obtiennent des glissements hiérarchiques qui, sans modification du
contenu du travail et sans bouleversement de la grille salariale, aboutissent à des aug-
nombre de ses salariés, passent de 20.507 F à 25.226 F pour une durée moyenne de tra-
et Gandrange, entrent sur la scène sociale, en multipliant les actions sur les conditions
syndicats, et notamment la CGT, voient dans le renversement de conjoncture une
ment permet de maintenir le potentiel industriel, mais aussi de le développer et de le
moderniser. La nécessité de réunir les conditions pour des actions internationales est
oubliée. Par contre, la question de la «modernisation capitaliste», de la déqualification,
automatisées.
Les sociétés doivent augmenter leurs effectifs après les avoir diminués. Des arrêts
augmente plus. En effet, les sociétés suscitent de nouvelles sociétés de sous-traitance
salaires pour une catégorie donnée, sans bouleverser la grille salariale.
à la flambée de la demande. Les gains de productivité ne sont pas suffisants pour éviter
Le 6e Plan (1971-1975) prévoit de porter la capacité française de production
fessionnel qui est fait. La productivité a été élevée plus vite que prévu. 70% du minerai
enfourné est aggloméré. Les sociétés se sont regroupées. Les marges bénéficiaires sont
de production et de reconquérir la place perdue sur les différents marchés. Certes, la
protectionnistes, et le comportement du Japon, qui se suréquipe, qui maintient une forte
protection douanière, et peut pratiquer les prix les plus bas qui soient, est inquiétant.
Mais avec des outils modernes, la sidérurgie française peut faire face, et la politique
Mt (dont 7,1 à oxygène pur) à 35,6 Mt (dont 19,5 à oxygène pur). Les capacités nouvel-
les de laminage concerneront essentiellement les produits plats et les aciers spéciaux, «
produits à haute rentabilité ».
Pour atteindre ces objectifs deux opérations essentielles sont prévues. La première
rale à produits plats à Fos par la Solmer, filiale de Sollac, devant atteindre 3 Mt en 1975
et 6 Mt en 1980. Les autres opérations concernent les produits longs: deux nouveaux
lurgique de Normandie, et un train à poutrelles.
Le pourcentage de minerai enfourné sous forme agglomérée doit atteindre près de 90%.
Cet objectif est fondé sur plusieurs hypothèses : une progression de 36% des ventes de
suels de 146.000 à 133.000, et de la durée hebdomadaire moyenne du travail de 44 h 55
Malgré quelques succès, la recherche sidérurgique est en France à un niveau très bas,
financement
investissements
raisonnablement
leront fausses.
société du programme des travaux traduit leur orientation stratégique. Usinor prévoit de
nisé en 1968. Grâce au canal Dunkerque-Valenciennes mis à grand gabarit en 1969,
de creuset), portant la capacité de fonte à 2,6 Mt/an, et la mise en service de trois nou-
une société (Alpa) pour construire à Porcheville (région parisienne) une mini-aciérie
intégrée : four électrique de 60 t, coulée continue et un train à ronds à béton de 160.000
construisant un four électrique (UHP) de 60 t et une coulée continue qui alimenteront
deuxième tranche de Gandrange entre en service en 1971, portant la capacité à 4 Mt/an,
de capacité du blooming et du train à billettes. Wendel-Sidélor ne semble donc pas ap-
activement. Le programme initial de Solmer à Fos ne prévoit pas non plus de coulée
mini-aciéries pour les fers marchands et les ronds de béton. Il a misé avec le train de
Gandrange sur des installations de grande capacité.
trois hauts fourneaux. Pour les travailleurs concernés (1.550), la Convention sociale,
riode difficile est passée.
né, en contradiction avec les déclarations euphoriques récentes, provoque la colère dans
la vallée de la Fensch et la grève de Knutange.
del-Sidélor
vue, que parce que la conjoncture exceptionnelle a permis une utilisation à pleine capa-
les effectifs diminuent moins que prévus, tout particulièrement en Lorraine. Le groupe
La production japonaise, qui était égale à la production française en 1959 (15-16 Mt),
lui est, en 1970, quatre fois supérieure (93,3 Mt contre 23,8).
considère à tort restructurées, doivent permettre de dégager 28% du financement néces-
phase (19761980) devait être financée essentiellement par les bénéfices de la première
tranche de Solmer (3.100 MF sur les 4.100 nécessaires). Ce plan est fondé sur quatre
hypothèses : la compétitivité rétablie des usines lorraines, la croissance soutenue de la
an, une grande efficacité des services commerciaux pour reconquérir les marchés per-
dus. Les pouvoirs publics et Wendel-Sidélor connaissent la fragilité de ce plan puis-
capacité du train à large bande contre rémunération. Non seulement Usinor refuse, mais
de Wendel-Sidélor, les usines lorraines ne dégagent pas les bénéfices nécessaires, et
doivent être « reconverties ». Usinor entre dans le capital de Solmer
1970, la demande se ralentit. Elle diminue en 1971 partout dans le monde, ainsi que les
prix à la grande exportation (de 160 dollars la tonne de tôles minces à froid à 127 dol-
1971. Le marché intérieur français de laminés baisse de 1,8 Mt, dont 1,3 Mt pour les
spéculatifs ou de précaution pendant la hausse des prix.
dente. Wendel-Sidélor affiche, en 1971, des résultats nuls. Le plan de financement pré-
1971. De plus, depuis la création 50/50 de Wendel-Sidélor, les dissensions ne manquent
pas entre de Wendel et SGPM. Il semble que dès ce moment-là SGPM manifeste sa vo-
lonté de se retirer de la sidérurgie en refusant toute avance nouvelle de capital.
ex-PDG de Sollac, devenu président du Directoire de Wendel-Sidélor. Deux options
semblent avoir été évoquées : une usine nouvelle complète en Lorraine, se substituant
purement et simplement aux usines anciennes et accroissant en même temps la capacité
existant, en faisant circuler le métal entre les installations les plus performantes et les
plus cohérentes entre elles. Officiellement, la première solution, qui aurait permis de
une réduction de la durée de vie du gisement de Wendel-Sidélor de moitié, soit 15 ans.
du bassin qui auraient dû être prises en compte, étant donné les fermetures successives
de mines marchandes qui se sont produites depuis par perte des débouchés extérieurs.
lier en consommant le maximum de ferrailles aux aciéries. Parallèlement, réduire pour
les plus modernes et en les faisant travailler en service continu. Conserver la totalité des
installations de Sollac pour la production des produits plats, et, pour les produits longs,
ché des fers marchands et des ronds à béton, qui étaient autrefois une part importante
Sont conservés : 20 hauts fourneaux sur les 31 existants (les trois hauts fourneaux de
Patural-Hayange seront agrandis et modernisés et un troisième haut fourneau sera cons-
7 (Micheville, Hayange, Homécourt) ; le train à large bande de Sollac et ses trains à
trelles, palplanches, rails (deux à Rombas, un à Hayange, et un à Hagondange) sur qua-
tre (Micheville) ; trois trains à fers marchands (Homécourt, Gandrange, Knutange) sur 6
(Micheville, Hayange, Rombas) ; le train à «larges plats» (Homécourt) ; les ateliers cen-
Toutes les usines sont touchées. Une doit fermer: Micheville, la dernière usine sidé-
sont insérées dans des usines anciennes et trop éloignées des autres installations rete-
à la frontière franco-luxembourgeoise, le train à rail de Micheville pouvait très bien être
de la Société métallurgique et minière de Rodange-Athus est constituée, la Société des
Le Plan de conversion aboutit à un premier ensemble « Sacilor produits longs », de
change de dénomination sociale et devient Sacilor le 1er janvier 1973.
rentabilité le seuil de rentabilité moyenne des usines européennes des grandes sociétés
sidérurgiques et non celui des usines japonaises, des mini-aciéries, des usines des pays
crise, de vendre à prix coûtant des produits longs, parce que par ailleurs elles ont des
activités rémunératrices.
Mousson empirent. Le Plan de conversion exigeant 400 MF par an pendant quatre ans,
les coûts de construction de Solmer augmentant rapidement, Sollac, donc Wen-
augmentations de capital qui devaient atteindre 1.700 MF avant 1975 ne dépassent pas
400 MF début 1972. Wendel-Sidélor cherche de nouveaux partenaires. Italsider (du
holding Finsider) refuse, car engagé dans le doublement de son usine littorale en Italie
du Sud. Elle doit atteindre 10 Mt/an. De plus, le gouvernement italien se prépare à pren-
Des négociations sont engagées également avec August Thyssen Hutte (12 Mt/an de
des Finances. ATH est effectivement intéressé. La première société sidérurgique alle-
deux trains à large bande) pour alimenter un laminoir à froid que Mannesmann lui avait
mann, regroupant la totalité des activités « tubes » des deux sociétés. Depuis de nom-
Australie. En RFA, les milieux patronaux de la sidérurgie réfléchissent en effet à la pos-
Solmer lui assurerait des approvisionnements à meilleur coût que dans la Ruhr, tout en
les augmentations de capital qui manquent et une surface financière considérablement
accrue, autorisant de plus larges emprunts. Pour le ministère des Finances, cela pourrait
Mais cette formule est politiquement difficilement recevable en France. Les élections
ses conditions, pourtant dures à avaler pour Wendel-Sidélor et le gouvernement. Usinor
présente ses conditions publiquement et tranquillement, fin 1972. Solmer doit devenir
une coopérative dans laquelle les deux adhérents Sollac et Usinor « se partageront tou-
partenaires européens. Chaque société commercialisera sa quote-part de la production
Solmer comme elle le voudra. Son association ne doit pas empêcher Usinor de réaliser
que qui pourrait être reporté. Usinor ne doit pas avoir à faire appel à ses actionnaires, et
tra de couvrir ses charges ».
adhérentes de Solmer le 9 mars. Le coût de la première tranche de Solmer est réévalué à
7.700 MF, au lieu de 6.100 MF au départ. Des efforts financiers accrus sont prévus sous
pas à Solmer, mais à ses adhérents. Le FDES leur accorde un prêt de 800 MF, toujours à
des taux très bas, par rapport au marché. Une société financière en nom collectif, la
SIDFOS, est constituée par Sollac et Usinor 50/50, laquelle reçoit des banques (nationa-
lisées) 450 MF. Usinor apporte 400 MF pour être à égalité avec Sollac. Fin mars, la par-
à 25% ultérieurement. Les 5.400 MF restants sont couverts par les 4.400 MF prévus ini-
tialement (800 de marge brute des deux premières années de fonctionnement de Solmer,
1.800 du FDES, 1.200 emprunts GIS, CECA, établissements spécialisés, et 600 MF de
prêts bancaires court et moyen terme), et par 1.000 MF supplémentaires à couvrir par
des emprunts à long terme (GIS, établissements spécialisés).
deuxième tranche de Solmer sera engagée sans tarder dès 1976 pour atteindre 7 Mt,
le train à large bande est mis en service, en novembre 1973, alimenté par des lingots ve-
Cette véritable mise en route de Solmer a lieu quelques mois avant la profonde dé-
les déficits. Le deuxième plan de financement de Solmer ne tiendra pas plus que le pre-
mier. Mais nous avons anticipé sur ce qui se passe en Lorraine. Il nous faut revenir en
4.5. La grève de Knutange (mai 1971), première grève depuis 1967 ouvertement
avait été confirmé en 1970. Mais les rumeurs nouvelles concernant un nouveau plan de
de Knutange est le début de la liquidation de la vallée de la Fensch. Les orateurs au
lée de la Moselle qui font des communes de la Fensch des communes dortoirs.
Une troisième manifestation a lieu le 21 avril, cette fois-ci devant le siège social de
Metz visant à améliorer la convention sociale. Le 21 la grève est totale à Knutange.
« Un important cortège se forma pour descendre vers Hayange. Pancartes et slogans
protestaient contre la liquidation de la vallée, et ainsi à grands renforts de cris, les
manifestants arrivaient devant le siège social de la Société Wendel-Sidélor. Ils avaient
lants ». R. Briesch, secrétaire régional sidérurgie CFDT déclare: « que les patrons sa-
sidérurgie lorraine : 12.600. « Nous ne sommes pas contre ces nouveaux investisse-
ments, contre le progrès, mais nous nous opposerons contre la suppression de la sidé-
rurgie dans la vallée. Les usines sarroises livrent de la fonte à Sollac, un train de 5.531
mer nos usines. Nous porterons notre action dans la rue, car toute la population est
concernée. Les élus doivent prendre leurs responsabilités. Ils ne peuvent plus se conten-
ter de discours ».
Les syndicats CGT, CFDT menacent de retirer leur adhésion à la convention sociale
salaire ; mutations sans déclassement ; contrôle syndical avant et après les mutations.
Une quatrième journée de grève est prévue pour le vendredi 14 mai dans les usines
Wendel-Sidélor. Les délégués CGT et CFDT de Knutange préparent, quant à eux, une
grève de longue durée avec occupation, sur la base du maintien des installations. Ils en
ont assez des « journées de protestation » qui ne débouchent sur rien. « Les piquets de
grève se sont mis en place dès jeudi à 21 h 45, prenant la place des gardes, non sans
tiers, rouleaux de fil de fer, barres métalliques, etc., vieux balais avaient remplacé les
toutefois assurée normalement»
medi et la paie de la quinzaine doit être faite. Le Républicain Lorrain raconte: « La
Direction refuse de distribuer les quelques 2.800 sachets de paie, craignant que toutes
bureau pourtant sévèrement gardé par les gendarmes mobiles, amenés dans la vallée de
la Fensch, dès le vendredi, et qui avaient installé leurs campements dans différents bâ-
timents appartenant à la Société Wendel-Sidélor (gymnase, cercle Molitor, etc.)
duc de Knutange. II était alors 8 h 30, et durant toute la matinée, la police se borna à
dévier la circulation par Nilvange, Algrange, Angevilliers. Les dirigeants syndicaux eu-
rent alors une entrevue avec le sous-préfet de Thionville, qui joua le rôle
del-Sidélor avait demandé aux syndicats de dresser une liste des ouvriers « nécessiteux
180 noms. La direction jugea ce nombre trop important et refusa de les payer. Une nou-
velle fois la colère monta parmi les ouvriers qui se jugèrent dupés et décidèrent
fectivement, M. Lévy, commissaire central à Thionville, et M. Langrognet, commissaire
chef de la Sûreté à Thionville, se présentèrent devant les grévistes qui avaient été re-
joints par M. Victor Madeleine, conseiller général et maire de Nilvange, secrétaire de
la « force publique ». Calmement, les grévistes se mirent assis à même la chaussée, et
de masques, de boucliers. M. Madeleine tenta bien de parlementer, mais ce fut peine
perdue. Après les sommations, lancées par le commissaire Lévy, les gendarmes mobiles
avancèrent en rangs serrés, la crosse levée.
« Ce fut un gradé qui donna le signal de la charge, en giflant un jeune ouvrier assis
sur la chaussée. Sans la moindre défense et résistance, les grévistes furent refoulés sur
légué syndical de la CGT, M. Corvito, avait la figure en sang.
« Vers 21 h 15, alors que le carrefour de la RN 52 était libre à la circulation, et que
les syndicats demandaient aux grévistes et à leurs familles venues les rejoindre, de se
disperser, les gardes mobiles ont chargé une seconde fois, à coups de matraque et de
mousqueton »
De nombreuses personnes sont blessées, dont des enfants, des femmes et des vieux
travailleurs. Une soixantaine de personnes sont interpellées, dont beaucoup de travail-
leurs immigrés, et conduits au commissariat de Thionville.
une vaste action... ».
délibérés. La paie pour une période de travail non concernée par la grève est une chose
sans incident la distribution de la paie ne peut être pris au sérieux, à moins de croire que
la Direction de Wendel-Sidélor se soit auto-intoxiquée à partir du petit incident du 21
avril, bien loin déjà. De plus, que pouvait-elle craindre avec la masse de gardes mobiles
dont elle avait fait entourer le « grand bureau » ? De plus encore, comment expliquer
teux », puis à refuser étant donné leur nombre: 180 sur 2.800 ! Son incompréhension de
dien, ne peuvent pas tolérer, par dignité et par nécessité, que leur travail passé ne soit
fin ne pas parvenir à faire évacuer 50 à 100 personnes qui bloquent un carrefour sans
des attroupements sur les trottoirs?
ment progressif des travailleurs de Knutange. Ces grèves sont de moins en moins
verse, les travailleurs de Knutange durcissaient leur position, et ils ne faisaient pas
Direction de Wendel-Sidélor de le casser en affichant une attitude intransigeante et en
faisant dès le départ la démonstration que les travailleurs étaient bel et bien isolés. Par-
dont Wendel-Sidélor devait annoncer la fermeture totale ou partielle dans les mois sui-
pour que tous les travailleurs du bassin sidérurgique se jettent dans la lutte. En 1967, il
CGT et CFDT se sont détériorés depuis 1968. Les travailleurs du bassin, sans autre
de diriger le mouvement, et à faire croire par un sur-déploiement policier que toute
pas de grève de protestation le lundi 17. Par contre, une « pluie de communiqués et de
télégrammes ». Knutange est isolé. Le Républicain Lorrain commente : « Un calme ap-
Le mardi, les syndicats communiquent aux travailleurs les propositions de la Direc-
tion et proposent un vote à bulletin secret, le lendemain, sur la poursuite ou non de la
rant les résultats des discussions comme première étape. » Le deuxième bulletin obtient
La proposition de la Direction de Wendel-Sidélor contient des améliorations par rap-
correspondant à ses aptitudes, dans une usine du groupe.
II est précisé que la garantie contre toute perte de salaire pendant six mois, prévue
La direction générale conservera, autant que possible, sa classification à chaque
dès à présent en oeuvre les moyens de formation appropriés.
1972. Le nombre des personnes âgées de plus de 60 ans était, pour la société
Wendel-Sidélor, de 1.142 au 31 mars 1971. En cas de besoin, une demande de mise en
En ce qui concerne la réduction de la durée du travail des services discontinus, la di-
rection générale appliquera les décisions prises au niveau de la profession.
Dans le souci de maintenir les ressources mensuelles du personnel touché par les
tions possibles.
Le 27 octobre 1971, Dherse présente le Plan de conversion Wendel-Sidélor au Comité
Micheville à Villerupt.
et la Lorraine voient tous les dirigeants politiques venir les « soutenir » ou exprimer leur
« préoccupation ». On est à quinze mois des élections législatives de février 1973. Le-
neté de la décision de Wendel-Sidélor, prise sans concertation avec les responsables
régionaux et les syndicats. J.J. Servan-Schreiber, à Longwy, déclare que le choix straté-
Marché commun... Comment voulez-vous que Wendel-Sidélor, qui ne fait que 350 MF
de bénéfices, investisse 400 MF chez nous par an, et 5.000 MF à Fos ? » François Mit-
terrand à Hayange: « Le débauchage massif des ouvriers de Wendel-Sidélor... donne
Pour cela, il faut que se rassemblent toutes les forces ouvrières, toutes les forces popu-
tés font tous des déclarations fracassantes. Même un député républicain indépendant va
que ne soit prête la diversification industrielle de notre région, victime de sa mo-
no-industrie, tant et tant de fois dénoncée ». Le conseil municipal de Longwy, alors aux
mise en cause personnelle des dirigeants de sociétés industrielles qui, par incapacité
notoire, légèreté, imprudence inexcusable, absence de soins, ont amené la fermeture
Dherse, abandonnant le mutisme patronal traditionnel, a décidé de prendre le taureau
par les cornes : envoi successif de trois lettres explicatives aux 60.000 salariés de Wen-
del-Sidélor, confrontation à la télévision avec les syndicats, réception des maires, visites
néral de Meurthe-et-Moselle, participation à des débats organisés par les centres de loi-
sir, entretien personnel avec les directeurs de journaux. Dherse a constitué des équipes
spécialisées pour intervenir auprès de la presse nationale, des radios, et de la télévision.
Les cadres de Wendel-Sidélor sont chargés de redresser les contre-vérités dans tous les
milieux lorrains. Henri de Wendel paie de sa personne en prenant la présidence de la
Chambre de commerce de Moselle, « pour bien montrer la volonté du groupe de rester
en Lorraine ». Les syndicats pourront obtenir, quand ils le désireront, et autant de fois
Pour la direction de Wendel-Sidélor, la réduction de 10.650 emplois ne pose pas de
problèmes majeurs. Les postes qui sont chaque année libérés par les « départs naturels »
dont le poste de travail est supprimé, selon leurs aptitudes. De plus, 4.298 travailleurs
représentée par les courants temporaires individuels ou avec les entreprises de louage
soit 1.200 agents ». Les garanties données au personnel muté sont celles qui avaient été
Une action spéciale sera menée en faveur des handicapés. Les cinq collèges
notamment en mettant à leur disposition des terrains et des locaux désaffectés. Enfin, si
le gouvernement réformait la législation sur les patentes, les municipalités touchées par
Le financement des mesures sociales de conversion constitue en revanche le trou noir
ont lieu : le 6 et le 16 novembre 1971. Elles sont très diversement suivies selon les usi-
nes. Et ce sera tout. Les Unions régionales sidérurgie CGT et CFDT étaient pourtant
des travailleurs, garantie intégrale du salaire et de la classification, prise en charge des
dépenses de logement et de transport, et formation»
nées les décisions brutales et incompréhensibles du patronat qui fait peu de cas de ses
responsabilités régionales, les travailleurs, la population locale doivent avoir un droit de
Le PC organise un soutien actif à la municipalité communiste de Villerupt (particu-
lièrement touchée par le Plan de conversion avec la fermeture de Micheville) par toutes
les institutions, associations, assemblées élues, et courants politiques du bassin sidérur-
gique. Cette action aboutira au maintien du « train à rail » de Micheville, repris dans le
cadre de la société 60/40 Sacilor/Rodange Athus : la Société des laminoirs de Villerupt,
en septembre 1973 et la venue plus tard de la Saviem sur la zone industrielle de Batilly.
Mais une occasion a été perdue par le mouvement ouvrier.
Jacques Chaban-Delmas, alors Premier ministre, annonce à des parlementaires lor-
de Développement Industriel) Lordex, et Sidéco et Sofirem (deux sociétés créées res-
4.7. Alors que les économies des métropoles capitalistes entrent en crise, un boom
78 Mt entre ces deux dates. En France, le niveau record de 1970 est atteint à nouveau.
le prix des « tôles minces à froid » est multiplié par 2,13 et celui du fil machine par
les 3 supplémentaires. La deuxième aciérie de Dunkerque entre en service en 1972 et le
quatrième haut fourneau (géant) en 1973. Wendel-Sidélor, en pleine restructuration, no-
trois années. Le premier haut fourneau de Solmer est mis à feu le 1er avril 1974, quel-
lance commerciale est négative en 1972 et 1973. La montée en cadence du train à large
bande de Solmer en 1974 permet de rééquilibrer la balance commerciale des produits
produits plats, notamment, feuillards, bobines à chaud, tôles fortes ; le manque de com-
pétitivité sur les laminés marchands. Depuis 1969, les importations sont plus fortes que
De plus, les sociétés délaissent une fois de plus le marché intérieur, pour tirer profit des
les sidérurgistes profitent moins du boom 1972-1974 que de celui de 1969-1970. En
mentent et à des rythmes semblables.
En ce qui concerne la sidérurgie française, les résultats varient fortement selon les
sociétés. Usinor disposant au bon moment des capacités suffisantes de production de
1973 et de 17,6% en 1974. Sacilor-Sollac fait exactement deux fois moins. Il manque de
capacité sur les produits plats. Les produits longs qui représentent 60% de sa production
4.8. Le déroulement du Plan de conversion de Wendel-Sidélor devenu Saci-
lor-Sollac, et ses effets régionaux. La situation des différentes fractions de la classe
ouvrière et de la petite bourgeoisie dans le processus de restructuration
boom de 1973-1974. De plus, le maintien du train à rail de Micheville a évité la sup-
pression de 650 emplois, ainsi que la prolongation des hauts fourneaux de Knutange
(150). La réduction du temps de travail des « feux continus » plus importante que pré-
vue (42 heures en 1971, 40 heures en 1975), a également ralenti la réduction des effec-
nales, on peut essayer de reconstituer les différents mouvements. Le nombre de candida-
Wendel-Sidélor en 1971 ! 2.400 travailleurs y sont effectivement mutés, dont 500 de
tés. Début 1975, les mutés forment 90,1% des ingénieurs de Solmer, 71,8% des agents
», 32,3% des professionnels et 12,9% des OS.
Deux mille travailleurs prennent leur pré-retraite. Le nombre des départs « volontai-
nal : 2.500 chaque année au lieu de 5.000 avant 1971. Le nombre des « mutations » de
travailleurs de Sacilor-Sollac, non compris les départs pour Fos, dépasse les 7.000. Par-
mi eux, certains ont déjà subi une mutation entre 1967 et 1970, et même certains sont
fer lorrains ont été reconvertis dans la sidérurgie. Un an après leur mutation, 4% seule-
lor-Sollac, lors du boom 1973-1974, utilise un volant permanent de 500 travailleurs
4.000 en 1971 à 1.400 début 1975.
Le Plan de conversion provoque donc dans les usines Sacilor-Sollac un brassage
considérable qui affecte toutes les usines et tous les travailleurs. Les usines dont
court), de la vallée de la Fensch (Knutange, Hayange), et du Pays Haut (Micheville).
Les promotions sont souvent bloquées. Les sections syndicales sont disloquées. Les me-
sures du Plan professionnel, puis du Plan de conversion ont eu enfin pour effet de vieil-
lir la population des travailleurs de la sidérurgie en Lorraine : le groupe des 40-60 ans
est passé de 28,8% en 1963 à 45,8%en 1975.
dans les usines des autres sociétés. De plus, le bilan du « Plan lorrain » pour le bassin
sidérurgique est désastreux 2.200 emplois nouveaux environ « primés » en cinq ans !
à mettre à la disposition des collectivités locales et organismes régionaux des terrains et
rains et locaux et en démarchant auprès des investisseurs. Le bassin sidérurgique lorrain
aborde la crise en état de mono-industrie quasi absolue.
Entre 1968 et 1975, toutes les communes, mis à part quelques-unes de la vallée de la
le dépeuplement est ralenti, notamment dans le « Pays Haut », Longwy-Villerupt, par le
différence de la Lorraine, la reconversion industrielle de la Sarre, confrontée au même
sont implantées en quelques années. Et la sidérurgie luxembourgeoise continue à em-
baucher. La dépréciation du francs par rapport au DM et au franc luxembourgeois ai-
dant, le nombre de frontaliers français de Moselle et Meurthe-et-Moselle passe de 7.900
en 1968 (2.000 en 1960) à 22.500 en 1974. Depuis, la crise a enlevé à la Lorraine cette
Mais les chiffres précédents ne rendent pas compte de la situation dans laquelle est
placée chaque fraction de la classe ouvrière par le Plan de conversion et de ses réac-
tions. Il faut également analyser la situation de la petite bourgeoisie locale, pour com-
prendre son intervention dans la crise régionale.
Les ouvriers de métier sont particulièrement nombreux dans les anciennes installations
dans la zone Longwy-Villerupt. Les suppressions de postes concernent surtout ces tra-
pouvoir des ouvriers de métier dans la production et leur autorité dans le mouvement
bles de réaliser la production et de former les jeunes ouvriers, conseillers pour décider
de la modification du type de produit, expérimentateurs avec les techniciens, etc., éga-
lement fondateurs et cadres du mouvement syndical, notamment en Moselle. Ils sont
français et italiens de la première immigration, naturalisés, frontaliers belges (bassin de
En raison du mode de formation auquel on les soumet, ils sont incapables ou refusent
beaucoup plus expérimental et tenant compte de tous les facteurs à la fois. Leur forme
de raisonnement est autre.
Non seulement ils sont bloqués, humiliés intellectuellement, mais ils le sont aussi
physiquement. Ils passent un examen médical sévère. Les handicaps physiques que leur
rhumatismes, réflexes insuffisants, etc. Tout se passe à leurs yeux comme si le stage de
On peut évaluer en 1965 à 9.500 leur effectif. Ce sont eux qui sont surtout concernés
nés à la sidérurgie, ne peuvent partir. Les frontaliers belges et luxembourgeois retour-
nent dans leur pays respectif. Les autres connaissent trios situations différentes.
Certains, par suite des départ en retraite ou pré-retraite sont mutés dans les postes libé-
rés sur les installations maintenues. Mais ces installations sont à leur tour supprimées
aux quatre coins du bassin sidérurgique. Un petit nombre acquiert une qualification ré-
dans la grille officielle hiérarchique, occupent en fait des postes de manoeuvres, avec
perte de primes, baisse de coefficient, etc.
Les OS et les manoeuvres de force représentent avec les ouvriers de métier le stade
antérieur de division du travail. Ils sont au haut fourneau des maçons de poche, des cas-
ils sont chargeurs de scories, ouvriers à la chaux, nettoyeurs des cheminées, écriqueurs,
cisailleurs, marqueurs, poinçonneurs, chalumistes, balayeurs de tôle, cercleurs, enle-
veurs de chutes... ; au service traction, ils sont accrocheurs de wagons.
valeur absolue à partir de 1959, par suite de la mécanisation progressive des usines an-
ciennes, notamment de la manutention. Leur pourcentage est passé de 50% de la
opérateurs, machinistes, conducteurs; Ils en ont parfois quelques-uns avec les ponton-
néralement pas isolés dans leur travail, contrairement aux machinistes et aux ponton-
entre 1.080 et 1.160 francs par mois pour 40 heures hebdomadaires sans les primes, en
lontaires » suivant que leur écoeurement a été plus ou moins rapide que le désir de la
Aussi leur turn-over a toujours été très élevé de 30 à 40% par an, suivant les années.
ils logent dans les 5.200 chambres meublées recensées en 1962 dans le bassin sidérurgi-
les 1.248 « constructions provisoires » (1,68 par pièce) et dans les 463 « habitations de
fortune » (1,75 par pièce), sans compter tous ceux qui échappent aux agents recenseurs.
Les autres « se payent » les « cantines » de Wendel.
Compte tenu de leur turn-over, il suffit théoriquement, au patronat de la sidérurgie,
dans cette catégorie de postes. Mais ceux qui partent chaque année sont en plus grand
nombre que celui des postes supprimés, et surtout ils partent de toutes les usines, alors
que ce ne sont que certaines installations qui sont arrêtées. Aussi Sacilor-Sollac ne cesse
dès le premier plan de restructuration, il a favorisé le développement des sociétés de
tuyères, parc à scories, etc.).
mettre à pleine capacité, les sociétés sidérurgiques font venir des contingents nouveaux
collective de la sidérurgie et sont exposés aux travaux les plus dangereux. Le nombre
dix tués en 1971 (pour 6.500 travailleurs loués) contre 19 (pour les 67.500 ouvriers offi-
ciels de la sidérurgie lorraine) ; 6 en 1973 contre 16. Mais dans les statistiques officiel-
les de la sidérurgie, ne sont comptabilisés que les accidentés directement salariés par les
sociétés sidérurgiques.
Les opérateurs, machinistes, « pianistes » sont des contrôleurs, conducteurs, caristes,
pontonniers, régleurs de four, enfourneurs, défourneurs, etc. Ils « commandent » une
machine réalisant soit des opérations de manutention, soit des opérations de fabrication.
Leur nombre et leur pourcentage sont allés croissant dans les usines anciennes au fur et
supérieur de manoeuvres de force et ont simplifié le travail des ouvriers de métier.
mière restructuration, ils en représentaient 39%. Leur tâche ne nécessite aucune
connaissance ou apprentissage particulier. Leur « initiation » varie de huit jours à trois
De 40% à 45%, ils sont des travailleurs immigrés, aux deux tiers italiens et belges, et
pour le reste espagnols et algériens. Ils ont petit à petit accédé aux ZUP de Fameck, de
Ils ont un turn-over de 15% par an. Ce qui est la moyenne générale pour les usines
sidérurgiques. Ce sont eux qui déclenchent les grèves bouchons, les mouvements non
décidés et préparés avec les organisations syndicales. De 1967 à 1974 ils ont mené des
partir du principe « à travail égal, salaire égal », et aussi ils ont obtenu le glissement de
nombreuses opérations restent encore mécanisées notamment la manutention avant et
après le cycle de fabrication. Les machinistes à la fabrication sont remplacés par des
type attention soutenue, réflexes...
plus que deux. Donc ils sont en surnombre.
teurs, mécaniciens, électro-mécaniciens, monteurs-levageurs, etc. Leur nombre, leur
nouvelle fraction ouvrière qualifiée par rapport aux vieux ouvriers de métier, « dépassés
voir sur la production est bien inférieur.
Ils ont dû inventer de nouvelles stratégies de luttes ouvrières, de nouvelles règles. Ils
force, contre les ouvriers de métier, pour que cette place soit dominante. Ils ont trouvé à
la CFDT une structure plus facile à orienter et plus réceptive au point de vue dont ils
étaient porteurs, alors que la CGT restait marquée par la tradition sidérurgiste. Ils sont
pour beaucoup dans la position de la CFDT de 1965 qui était alors favorable à la mo-
dernisation, à la condition que les travailleurs soient reclassés. Ce sont eux qui ont obte-
nu le reclassement et les facilités de transfert pour Fos, dont Sacilor se serait bien passé
pour pouvoir pratiquer une autre politique salariale.
en vente par Sacilor.
mécanisation, connaissent des mouvements centripètes lors du passage à
neurs... sont affectés à des machines spéciales pour effectuer un travail de surveillance
et de réglage. Les monteurs, les maçons ne semblent pas subir de déqualification parti-
sont pas encore attaqués en tant que groupe. Mais, relativement au volume de produc-
lor-Gandrange et à Sollac. Ayant acquis un logement, ils se rendent à leur nouveau lieu
plus ou moins bloquée à cause des mutations de personnes plus âgées. Ce sont eux qui
libèrent des logements à Guénange, à St-Nicolas en Forêt, à Florange... que
immigrés, ou à des personnes ne travaillant pas dans la sidérurgie, pour pouvoir attein-
La petite bourgeoisie, composée des artisans, commerçants, petits entrepreneurs et pro-
fessions libérales, est touchée dans son activité, son patrimoine et sa position sociale.
Son activité est globalement affectée par la baisse de la capacité de dépenses de la popu-
lation et des collectivités locales, et par la réduction des commandes des entreprises si-
sont touchés aussi sélectivement selon leur profession et leur localisation. Le départ de
meublés et des cinémas. Le départ des jeunes affecte des secteurs comme les articles de
les librairies-papeteries-disques, la construction, etc. Les commerçants, les artisans, les
professions libérales des communes ou quartiers qui vieillissent voient leur clientèle
faces nées de la vente par les sociétés sidérurgiques de la « Société des trois vallées »
vendable. Cette petite bourgeoisie est fréquemment propriétaire de logements et de ter-
rains, parfois récemment achetés à titre spéculatif. Brusquement ces biens dont on
espérait un rapport notamment au moment de la retraite ne peuvent plus être vendus ou
loués. Enfin, la petite bourgeoisie est touchée dans sa position sociale. En période
du développement des équipements, elle est, en même temps, du côté du grand patronat
nière non contradictoire avec les intérêts de la « Société », sans pour autant en être
En période de restructuration, la petite bourgeoisie ne peut que basculer du côté de la
a une possibilité de transférer son petit capital ou de le reconvertir dans une autre activi-
emplois.
4.9. De nouveaux choix stratégiques sont à faire. La progression de la sidérurgie
japonaise ne peut être contenue en raison de son mode de gestion de la
restreindre les « exigences » de leurs classes ouvrières
Usines côtières, acier à oxygène pur et automatisation ne sont plus des gages suffisants
dustriels de transformation et de construction mécanique pour exporter des équipements
des prix de revient. La sidérurgie allemande est durement touchée. Sa production est
tombée de 45 Mt en 1970 à 40 Mt, soit - 11,5%. La production des sociétés sarroises
japonaises de la CECA restent très faibles : 0,96 Mt en 1969, 1,5 Mt en 1971. Mais pour
limiter leur accroissement, les sociétés européennes tendent à aligner leurs prix sur les
prix japonais.
Mt et la France 9,7. En 1974, le Japon a produit 117 Mt, la France 27 Mt. La même an-
née, les exportations japonaises sur le marché international ont été de 27,4 Mt de pro-
duits proprement sidérurgiques, contre 8,6 Mt pour la France (dont 3,6 Mt hors CECA).
10% inférieur au coût allemand, en tenant compte des taux de change DM/yen. La diffé-
40% des travailleurs de la sidérurgie japonaise (comme dans les autres secteurs
tenace, ne concerne, dans le meilleur des cas, que les salariés fixes. Ce système, que ne
peut adopter aucune société sidérurgique européenne ou américaine, donne finalement
son volume à la production. II crée une division très forte dans la classe ouvrière japo-
naise, particulièrement profitable pour les sociétés. Dans ce contexte, les « saisonniers »
lieu depuis vingt ans. Enfin, la sidérurgie japonaise est repartie, après la guerre, sur des
La centralisation du capital sidérurgique très élevée au Japon est une deuxième rai-
Nippon Steel en a produit, à lui seul, 41 Mt, soit deux fois la production britannique ac-
garanti leurs emprunts. Centralisation, diversification, endettement au moment oppor-
tun, leur ont donné des moyens financiers considérables leur permettant de construire
tous les deux ans, une usine de type Dunkerque ou Fos depuis vingt ans. Sur les 46
au Japon. Nippon Steel vient encore de mettre à feu le plus grand haut fourneau du
monde avec une capacité de 12.000 t/j. Toutes les usines sont alimentées en minerai à
Enfin, les sociétés japonaises ont constitué de fait des ententes en matière de produc-
anarchiques propres à la concurrence capitaliste. Le « cartel de dépression et de rationa-
durant laquelle la production japonaise a baissé de 5,2% et les exportations se sont ac-
crues de 29,4%, les sociétés japonaises ont constitué trois cartels de récession.
Les deux points faibles potentiels de la sidérurgie japonaise sont ses approvisionne-
ments qui sont entièrement extérieurs, et sa classe ouvrière. Un renchérissement impor-
tant du minerai de fer, du coke sidérurgique, du fioul, de la ferraille, etc., diminuerait sa
alors que les sidérurgies européenne et américaine ont dû composer avec leurs approvi-
exclure, si elle surmonte la division que le patronat a opérée en elle. Elle supporte de-
économique japonaise.
neuve. De plus, le désordre monétaire (réévaluation du mark en 1969, puis flottement,
dévaluation du dollar, et nouvelle réévaluation du mark), affaiblit la capacité exporta-
trice allemande des produits peu élaborés comme les laminés. Le Docteur Sohl, prési-
dent de la August Thyssen Hütte, affirme purement et simplement que la sidérurgie
concerne les usines de la Rhur. De plus, le coke allemand est devenu plus cher que le
coke américain « rendu usine ». Seules des usines entièrement neuves bien localisées
peuvent être à peu près à niveau.
La stratégie adoptée par les sociétés allemandes doit alors être la suivante : produc-
gne des laminés en produits élaborés. La société Hoesch, en fusionnant le 1er janvier
1972 avec la société nationalisée néerlandaise Hoogoven, et en portant la capacité de
même, ATH, en engageant des pourparlers pour participer à la constitution de sociétés
au Brésil et en Australie avec des capitaux locaux, et en prenant une participation dans
Solmer.
en produits un peu plus élaborés que les produits plats ou longs classiques, mais en la
sources financières des pays producteurs de matières premières (Iran, Arabie Saoudite,
Brésil, Venezuela, etc.) va donner à cette stratégie toute son efficacité. Les sociétés si-
mag, et Thyssen en 1973 qui absorbe Rheinstahl (mais, en contre-partie la Commission
de Bruxelles lui impose de ramener sa participation dans Mannesmann de 33,3% à
25%). Krupp, dans le capital duquel le gouvernement iranien prendra une participation
de 25% en 1976, absorbe Sudwesfaler en 1974. En 1972, deux petites sociétés sarroises,
les Aciéries de Röchling à Völklingen (1,5 Mt) et les Aciéries de Burbach (1,2 Mt),
contrôlées par la société luxembourgeoise ARBED, fusionnent sous le nom des « Acié-
ries de Röchling-Burbach» et commencent à se convertir dans les aciers spéciaux par un
En France, le patronat de la sidérurgie est amené à tirer des conclusions identiques à
raison de la combativité ouvrière: celle des ouvriers sidérurgistes et celle des dockers.
Marine-Wendel
Au printemps 1974 une occasion se présente pour les sociétés sidérurgiques françaises.
Marine-Firminy (qui détient en 1973, entre autres, 12% du capital de Sacilor) gagne son
avaient passé en constituant en 1920 le holding Marine-Schneider, contrôlant Creu-
sot-Loire (60,0%). Empain-Schneider avait en effet racheté en bourse, fin 1973, 34%
des actions de Marine-Firminy. Détenant ainsi chez son partenaire la minorité de blo-
lique par sa filiale Farembal, un ensemble industriel de mécanique lourde, et par sa fi-
liale Framatome, le principal fabricant français de centrales nucléaires (devant réaliser
progressé rapidement et a atteint en 1973, 67% de celui de Sacilor-Sollac. Suite au pro-
Pont-à-Mousson veut se débarrasser de ses actions dans les Aciéries de Dilling, en les
Marine-Firminy dans Davun.
Les enjeux sont considérables. Pour de Wendel prendre le contrôle de Ma-
très intégré de la mine à la mécanique, et ainsi, pour une fois, ne pas manquer un tour-
lor-Sollac, des Aciéries de Dilling en Sarre, gros producteur de tôles fortes, devenir un
Sollac et indirectement dans Solmer.
Pour les pouvoirs publics, Usinor présente plus de garanties, une meilleure rentabili-
té, une plus grande capacité financière, un état-major soudé capable de faire le poids
Bruxelles, gardienne en vertu du traité de la CECA des conditions de la concurrence.
Creusot-Loire. Mais ils sont attirés cependant vers cette solution, en raison des ambi-
est lié à la Banque de Paris et des Pays-Bas, elle-même liée à la CGE, principal concur-
Un compromis semble avoir été cherché dans un partage entre Usinor et de Wendel :
Usinor prenant le contrôle de Creusot-Loire et de Wendel prenant les participations de
faveur les négociations qui durent, DNEL lance le 2 décembre 1973 une offre publique
ling. La Compagnie Lorraine et Financière (la CLIF), nouvelle appellation du holding
de Wendel, réagit en rachetant les actions Marine-Firminy à un prix plus élevé (149 F)
que celui proposé par Usinor. Marine-Firminy encourage ses petits actionnaires à ven-
dre à de Wendel. En quelques jours, 20% des actions de Marine-Firminy passent dans
les mains de la CLIF. La commission de la CEE demande à Usinor de suspendre son
tour de Marine-Firminy, diversifié mais homogène et équilibré ». Marine-Firminy fait
aussitôt ratifier cette solution par ses actionnaires. La première contre-attaque de de
Wendel, puis la deuxième lancée par de Wendel et Empain prennent de court tout le
monde. DNEL a perdu. Successivement le gouvernement, puis la commission de
Bruxelles, donnent leur accord sur le plan Empain-de Wendel.
Finalement la bataille aboutira aux résultats suivants. La participation de Schneider
S.A. dans Marine-Firminy est réduite à 10%. Empain aura le commandement effectif de
Creusot-Loire, mais la compagnie financière qui coiffera Creusot-Loire devra toujours
rester 50/50 entre Schneider S.A. et Marine-Firminy. La CLIF fait apport à Ma-
rine-Firminy de ses principales participations dans le domaine industriel, commercial et
Pont-à-Mousson cède à Firminy sa participation dans les aciéries de Dilling (34%) dont
Marine-Firminy possède déjà 25%.
Le nouveau Marine-Firminy contrôle désormais totalement Sollac qui était encore
détenu à 21% par les Aciéries de Dilling. En échange, SGPM reçoit les actions que Ma-
Tréfilunion, Actuma, Société financière, et les Aciéries de Micheville. Saint-Gobain
Wendel en mars 1975.
des métropoles capitalistes se prépare. Les conditions ultimes de la faillite de la si-
dérurgie française se mettent en place
place durant la période 1969 à 1974. Parmi ces conditions, quelques-unes sont similaires
les sidérurgies. Mais ce ne sont pas ces phénomènes qui caractérisent la crise que
la rupture dans le rythme de la croissance économique.
La nouvelle division internationale du travail, qui a commencé à se mettre en place à
la fin des années 60 pour certaines branches, afin de contrecarrer la concurrence japo-
naise notamment, et contourner les exigences des ouvriers métropolitains, réduit le vo-
lume des équipements nouveaux dans les pays capitalistes, et met en faillite les
entreprises qui ne peuvent « se redéployer ». La consommation des ménages diminue en
préoccupante au début des années 1970. Le gouvernement américain « laisse » donc les
pays producteurs de pétrole vassalisés (Arabie Saoudite, Iran, etc.) accepter une aug-
mentation du prix du pétrole réclamée depuis longtemps par les autres membres de
la revalorisation du yen et du DM et la dévaluation du dollar le 21 décembre 1971 et le
12 février 1973. Le gouvernement américain pense ainsi réduire la compétitivité du Ja-
pon et de la CEE et donner le temps aux industries américaines de revenir au niveau
prix du pétrole, revendication permanente et justifiée de nombreux pays producteurs. Et
veaux par de nouveaux gains de productivité et des ventes accrues sur le marché inter-
national, accentuant les difficultés des pays moins compétitifs; récupérer les
redéploiement international de son industrie de biens de consommation, et la compétiti-
vité et le rayonnement international de ces industries de production de moyens de pro-
duction.
kage et le traitement des hydrocarbures. II faut des tubes sans soudure pour le forage,
des tubes soudés de gros diamètre pour les oléoducs, des tôles fortes pour les réservoirs,
prix à la « grande exportation » passe de 183 début 1973 à 400 au troisième trimestre
1974), producteurs, marchands de fer et utilisateurs font des stocks de précaution ou de
demande chez les autres producteurs.
Dès lors, prenant un mouvement typiquement conjoncturel, pour un mouvement de
croissance durable, toutes les sidérurgies du monde accélèrent leurs investissements,
spéculation vont considérablement accentuer la crise. Les sociétés doivent alors vendre
leurs difficultés financières en sont amplifiées. Les utilisateurs aussi ont des stocks
moins cher et que la concurrence dans leur secteur est devenue plus vive.
toute la décennie soixante un rôle important dans la formation des prix à la grande ex-
portation, le perd étant donnés les tonnages croissants déversés sur le marché internatio-
modernisation et la rationalisation des usines anciennes en France décidées par le VIe
La sanction pour le patronat
La tentative de « mise au pas » du mouvement ouvrier
1975-1978
teurs ne parviennent pas à retrouver leur niveau de 1974. En Europe, ce sont les
productions françaises et italiennes qui reculent le moins
1954, - 6,6% en 1958, - 2,4%en 1971). Les productions européenne, américaine et ja-
La production de la CECA à 9 diminue de 30,4 Mt (de 155,7 à 125,3, soit - 19,5%),
celle des USA de 26,0 Mt (de 132,0 à 106,1, soit - 19,6%) et celle du Japon de 15,0 Mt
les pays les plus touchés sont la Belgique (de 16,2 à 11,6, soit - 28,6%), le Luxembourg
(de 6,4 à 4,6 soit - 28,4%), la RFA (de 53,2 à 40,4, soit - 24,1%) et la France (de 27,0 à
soit - 8,4%. Pour la première fois, elle dépasse la production française.
velles entrent en service. Les producteurs, notamment ceux qui sont fortement endettés
certaines sociétés sidérurgiques, qui avaient constitué des stocks de précaution ou de
grande exportation. Ils tombent dans la deuxième moitié de 1975, à - 40%, - 50%, sui-
vant les produits, par rapport à leur niveau de 1974. Ils ne font que revenir au niveau
prix des matières premières continuent leur progression. Sur le marché intérieur, les ra-
bais consentis par rapport aux prix barème, correspondent à une baisse de 20 à 30%.
Dans le monde, peu de sociétés échappent au déficit. Ce sont celles qui ont diversifié
De fait, une reprise est constatée lors de la première moitié de 1976. La production
tent inférieurs de 20 à 30% à ceux de 1974 sur le marché à la grande expansion. Sur le
marché intérieur, ils tournent autour de ceux de 1974, à plus ou moins 10%, sauf pour
concurrence.
Unis et du Japon baissent de nouveau : respectivement - 5,9%, - 2,3%, - 4,7%. En Eu-
rope, on retrouve le même classement. La Belgique, le Luxembourg et la RFA sont tou-
international et le marché intérieur.
Les chiffres de 1978 ne sont pas encore connus avec exactitude. La production mon-
de 6 Mt. Le Japon par contre stagne. Mais ces pays sont loin encore de leur production
de 1974. II manque 23 Mt à la CECA, 15 Mt au Japon, 8 Mt aux USA, 4,2 Mt à la
tion qui dans le meilleur des cas sont faiblement positifs. Mais étant toutes plus ou
moins endettées, elles ont affiché des déficits correspondant à leur charge de
courir à des mesures sévères de restructuration. Les autres sont en état de faillite exi-
de 285 Mt (contre 7.630 MF en 1974) et de 799 MF en 1976. Mais en raison de ses
la moitié du prix de Solmer. Le déficit est en fait plus grand, car certaines sociétés ont
tés. Notamment Usinor et Sacilor-Sollac ont purement et simplement des résultats défi-
charges financières non couvertes, soit 4.745 MF au total. Il en est de même pour Usi-
nor : 4.526 MF au total.
duits sidérurgiques. Celle des produits plats remonte, alors que celle des produits longs,
stagne depuis 1975. La production française de ces deux catégories de produits évolue
de la même façon que la demande, mais plus fortement. En effet, à la remontée de la
portations qui atteignent en 1977 le niveau record de 5,5 Mt, et une réduction des im-
portations. Par contre, à la stagnation de la demande intérieure des produits longs
Car les prix sont tellement bas que même en vendant plus de produits plats, les sociétés
Les usines à produits plats fonctionnent à 80% de leur capacité et sont capables
ciale est excédentaire de 1,5 Mt. La production retrouve en 1977 son niveau de 1974.
Les trains à fil machine fonctionnent à 55% de leur capacité. La production stagne à 2,2
trains à « fers marchands » fonctionnent à 60% de leur capacité et leurs produits perdent
est négative de 0,6 t en 1977.
5.2. La crise, comme toutes les crises capitalistes, est la manifestation de la mise en
tion spatiale de cette division. En Europe, la sidérurgie italienne et la sidérurgie
allemande ont les plus grandes chances de sortir les moins affaiblies de la crise
rêtant purement et simplement les installations matérialisant un stade antérieur de la di-
aciéries de Denain et Longwy, pour ne garder de ces usines que les trains de laminoirs
hauts fourneaux et les deux aciéries de Dunkerque sous-utilisées.
Ainsi les « meilleures » installations seront saturées et produiront à des coûts corres-
pondant aux prix effondrés. La production aura la possibilité de se maintenir, voire de
part, la sidérurgie française sera compétitive, mais manquera de capacité, alors que les
et de bénéfices un reclassement des sidérurgies entre elles. Comment se présente ce re-
classement?
Le Japon est secoué par la crise et il a souffert des obstacles dressés contre ses expor-
vés. Elle a subi des assauts très forts des Européens et des Japonais pendant plus de
deux ans. Les mesures protectionnistes et la baisse du dollar lui donnent cependant une
rémission pour se réorganiser.
Les sidérurgies des pays en voie de développement ont progressé. Cette progression
affecte les sidérurgies des pays capitalistes avancés moins par la concurrence sur le
marché international (mis à part la Corée du Sud, le Brésil...) que par la restriction des
de 60,8 Mt à 69,5 Mt. Certaines sidérurgies ont cependant des ambitions importantes.
une telle production. Une part importante ira sur le marché international.
duction CEE dans la production mondiale est passée en quatre ans de 21,9% en 1974 à
mande nouvelle dans le monde depuis 1976. Cependant, selon les pays de la CEE, les
évolutions sont différentes.
Les pays les plus affectés sont le Luxembourg, la Belgique et la RFA. Leur produc-
tion a régressé de 1974 à 1978, respectivement de 30%, 29% et 23%. Leur part dans la
production de la CECA à 9 est tombée entre les mêmes dates respectivement de 4% à
3%, de 10,4% à 9,5% ; de 34,2% à 31,0%. La France est dans la moyenne : la produc-
tion de 1978 est inférieure de 15,6 à celle de 1974, et sa part dans le total CECA est res-
devançant définitivement la France. Globalement, elle dispose des usines les plus mo-
faible capacité initiale (la sidérurgie italienne a démarré après guerre avec une capacité
de 2 Mt !) et en raison du dynamisme de ses industries de transformation, est devenue
(41.000 de moins que la France).
La RFA et le Benelux sont les plus perméables aux importations des pays tiers, alors
dans une moindre mesure la France résistent mieux aux aciers des pays tiers et accrois-
66%. Mais, en termes financiers, le palmarès est pratiquement inversé. Les sidérurgies
Luxembourg et les Pays-Bas, étant donné leur faible endettement, arrivent à supporter la
situation, notamment la sidérurgie allemande, en raison de son intégration dans de
Italie, 30% en RFA, 20% en France, 17% en Belgique, 3% en Lorraine.
Contrairement aux autres pays, les usines françaises présentent entre elles des écarts
de modernisation considérables. De Dunkerque et de Fos aux usines rapiécées de Lor-
raine, telle Hagondange, la productivité varie au moins du simple au double. Sans cer-
tains hauts fourneaux, aciéries et laminoirs, la productivité française serait la plus forte
imposer le gouvernement actuellement.
Cependant, les évolutions retracées précédemment paraissent contradictoires. Entre
autres, comment expliquer que la sidérurgie allemande globalement plus « modernisée »
que la sidérurgie française ait vu sa production reculer plus fortement? Reprenons par
charges les plus bas. On comprend ses performances. Dans ces conditions, son endette-
ment et ses déficits ne sont pas absolument catastrophiques. Dès la reprise de la de-
mande, elle pourra utiliser à plein ses capacités de production, toutes compétitives.
La RFA vient en deuxième position pour la productivité, et son endettement est le
élevés, et sa monnaie est la plus forte. On comprend le recul de sa production et la di-
minution de son excédent commercial, dans la situation présente, ainsi que sa stratégie
La Belgique a une productivité voisine de celle de la RFA, mais les salaires et char-
ceux de la France.
La France, a la productivité la plus basse en moyenne (mais aussi des usines très per-
les salaires et charges pratiqués un peu plus hauts seulement que ceux qui sont observés
en Italie. On comprend que les exportations aient augmentés et que la production ait
plus importants. La dépréciation de la monnaie et les salaires relativement faibles ne
constituent pas des bases durables de compétitivité en règle capitaliste. Dépourvue de
se substituant aux anciennes déclassées, la sidérurgie française tente de relever sa com-
Donc, lorsque la demande repartira, elle sera déclassée en termes de volume de produc-
tion, mais les marges bénéficiaires devraient être rétablies.
classement du point de vue de la capacité de développement. Si les dépenses
France et en Belgique que la baisse est la plus forte. La sidérurgie italienne, aidée par
22,5% en Belgique (- 14.338), de 12,5% en France (- 19.636), et de 10,9% en RFA (-
Selon les différents plans de restructuration engagés en Europe, la réduction de
dégrader la situation pendant quatre ans, en considérant trois nivaux : le niveau mondial,
le niveau européen, le niveau français.
nées précédentes. La contraction des marchés intérieurs amène alors les sociétés à es-
des matières premières importées : pétrole, mais aussi minerai de fer, coke, etc.
La sidérurgie japonaise est précisément dans ce cas. Son marché intérieur tombe de
69 Mt en 1973 à 50 Mt en 1975. Elle est également endettée à hauteur de 60% de son
peut plus que les autres, pour deux raisons. Elle est capable de produire à un prix très
Certains pays européens sont dans la même situation, mais ne disposent pas des mê-
mes moyens. Les sidérurgies italienne et française sont endettées à 101% du CA en
1975 pour la première, à 99,8% pour la seconde. Dans le même temps, des pays en voie
Ils commencent à couvrir une part importante de leurs besoins et donc leurs achats aux
marché international, pour se procurer les devises dont ils ont besoin.
La conséquence de cette situation va être un « avilissement » sans précédent des prix
sur le marché à la grande exportation (- 40 à - 50% en un an, alors que les prix des ma-
tières premières et de transport augmentent), une véritable guerre économique, la multi-
du libéralisme.
à la production mondiale en 1974, 65 Mt sur 710 Mt produits. Sur ces 65 Mt, 27,4 pro-
ment de la demande ou surproduction, à provoquer une forte baisse de prix.
En 1975, la sidérurgie japonaise augmente ses ventes sur le marché de la CEE. Elles
atteignent 2 Mt. Pour 1976, les huit plus grandes sociétés japonaises acceptent de limiter
Unis. Les Anglais protestent contre les aciers de Suède, qui proteste contre le « dumping
espagnol ». Alors que le marché italien diminue de 23% en 1975, les exportations aug-
toute la CEE. Le président Ford, début 1976, demande que des accords commerciaux
ses exportations.
En 1976, les exportations japonaises vers les USA augmentent de 30%, de 50% vers
péenne se fait fortement refouler en 1976 par le Japon sur le marché des pays tiers. Ses
exportations vers ces pays diminuent de 25% entre 1975 et 1976, alors que le marché
partage de fait du marché des pays tiers. Les producteurs américains continuent à dé-
noncer le « pacte secret entre Bruxelles et Tokyo ». Les importations de la CEE en pro-
restent cependant positifs en faveur de la CEE. En 1977, les exportations de la CECA (à
stabilisent à 5,9 Mt. Les Japonais accusent les Européens de dumping.
Le Trésor américain instaure un droit anti-dumping contre les tôles japonaises. Une
action est engagée également contre les tôles européennes. Eurofer (organisation re-
groupant les sociétés sidérurgiques européennes) propose, fin 1977, des négociations
tent le Plan Solomon : tout prix inférieur au prix de revient du producteur étranger le
plus compétitif (soit les sociétés japonaises dans la quasi-totalité des cas), augmenté des
frais de transport et autres charges, sera automatiquement taxé. La Grande-Bretagne in-
Une procédure anti-dumping est engagée par la CEE contre les fontes brésiliennes
pas encore les résultats exacts.
5.4. La commission de Bruxelles met trois ans pour adopter des mesures qui soient
régulatrices du marché de la CEE et protectionnistes vis-à-vis des pays tiers, en
raison des problèmes et des intérêts divergents des sociétés sidérurgiques euro-
péennes
Dès mars 1975, Jacques Ferry, Président de la Chambre Syndicale de la Sidérurgie
de la CECA. Cet article prévoit des mesures visant à réfréner « les excès de la concur-
rence » dans certaines situations : fixation des prix minima, instauration de quotas de
production pour les sidérurgies des pays membres, limitation des importations, etc.
péennes craint que la crise ne soit durable : notamment les sociétés françaises, belges et
luxembourgeoises. Elles font une nouvelle démarche auprès de la commission de
rement brutal : « Aucune subtilité juridique, aucune précaution dérisoire de vocabulaire
ces (...).. Il importe que de toute urgence les institutions communautaires préservent ce
pays capitalistes avancés (Europe, USA, Japon). Elle se félicite que la commission de
pel à la concertation internationale. Elle décide de poursuivre les échanges. La commis-
sion de Bruxelles se félicite que tout le monde se soit félicité de son initiative. Elle
prix minima, elle se révèle comme une opération très complexe dont les différents as-
pour les sociétés allemandes. Les sociétés allemandes ont vu leur production baisser de
24% en 1975 par rapport à 1974, mais leurs moyens de réagir sont beaucoup plus grands
: leur endettement est plus bas (en 1975, 16% du CA, contre 99,8% en France), leur ré-
serve financière réelle et leur diversification poussée. La deuxième raison est que tout
nufacturés. Or, selon la politique économique gouvernementale et dans un contexte de
réappréciation continue du Mark, il faut impérativement exporter pour maintenir la
péenne, les pays du Marché commun et particulièrement les plus puissants ont plus à
dans des groupes industriels diversifiés comme les sociétés allemandes, peuvent récla-
blant capitaux placés dans la sidérurgie et capitaux placés dans la transformation de
leur approvisionnement. En février 1976, deux organisations patronales de la sidérurgie
allemande, le patronat néerlandais et la société luxembourgeoise ARBED, annoncent la
mi les plus productives.
Les réactions sont très vives notamment de la part des sociétés lorraines, et des socié-
le maintien des conditions normales de la concurrence. Finalement, le GEI sera vidé de
Sa forme ultime est une Association européenne de la sidérurgie, Eurofer, créée en dé-
cembre 1976, avec pour président Jacques Ferry. Son but est de faciliter la coopération
et de représenter les intérêts communs des adhérents auprès des pouvoirs publics et de la
commission de Bruxelles.
tre 1976, et les prix ne tardent pas à faire de même. Le gouvernement français obtient en
juillet, du gouvernement allemand que des mesures soient prises. La Commission de
Bruxelles adopte finalement en décembre un plan anti-crise pour quatre mois, appelé
Plan Simonnet, qui laisse sceptique tout le monde. Chaque société doit communiquer à
la Commission chaque mois le détail de ses livraisons sur le marché communautaire. En
fonction de son programme prévisionnel de la demande, la Commission communique
se dégradent encore, même sur le marché communautaire. La Commission adopte alors
Plan Simonnet. Pour les « ronds à béton », dont les prix sont très bas, des prix minima
prix des « ronds à béton » proposés par les pays tiers. Pour tous les autres laminés, il ne
sont pas conjoncturelles, mais structurelles. La sidérurgie européenne doit se restructu-
Malgré la timidité de ces mesures, les Allemands se déclarent par principe opposés.
Les Italiens protestent car les petits producteurs de ronds à béton et de laminés mar-
en France, en Allemagne, en Belgique, en raison de leur compétitivité record. Ils ne res-
raison de la poursuite alarmante de la crise, des pressions politiques, des risques de dés-
tabilisation politique dans certains pays, le patronat de la sidérurgie allemande accepte
adopté. Les prix sont relevés de 15% en trois fois. Les prix minima obligatoires sont
étendus aux laminés marchands, aux poutrelles, et aux bobines à chaud. Les autres res-
Des négociations bilatérales avec les pays tiers se multiplient : Australie, Afrique du
frontières du Marché commun, lorsque des écarts sont notés entre le « prix rendu usine
bles avec les objectifs généraux. Elle prépare un « volet social » à son Plan visant à
harmoniser les modalités de mise en pré-retraite entre les pays membres et étudie les
heures supplémentaires, etc.
cultés Si les accords bilatéraux avec les pays tiers semblent avoir bien fonctionné, les
commun. Quatre Bresciani et Usinor ont été sanctionnés. Certains ont appris à contour-
ner la réglementation. Le gouvernement allemand est également revenu à la charge :
«Ce serait une grave erreur de vouloir affronter les très importantes mutations qui se
tures actuelles ».
ceux qui sont proposés par les pays tiers (la réappréciation du yen a facilité les choses),
menace pour la stabilité des prix intérieurs. Le taux de marche des sidérurgies de la CEE
est remonté de 60 à 74%. Le plan prévisionnel de production pour le premier trimestre
reste cependant encore 13% en dessous du premier trimestre 1974.
plan anti-crise est reconduit en 1979 avec la promesse que le Conseil des ministres eu-
nales aux producteurs des différents pays de la CEE.
tion. Cette restructuration doit, selon elle, être coordonnée au niveau de la Communauté,
sément du manque de concertation lors de la mise en place de nouvelles capacités, sans
fermeture de capacités anciennes ».
5.5. En 1975, le gouvernement et le patronat ne croient pas en une crise de longue
durée et de nouvelles élections approchent. En contre-partie de nouveaux prêts du
des heures de « chômage conjoncturel », le gouvernement demande au patronat de
ne pas licencier
L'année 1975 est l'année de la préparation du 7e Plan (1976-1980). Le rapport du groupe
sectoriel d'analyse et de prévision « mines de fer, sidérurgie, première transformation de
l'acier » commence ainsi : « L'année 1975, la dernière du 6e Plan, a été marquée par
une crise économique sans précédent depuis la dernière guerre, qui a atteint toute
l'économie, mais plus fortement la sidérurgie qu'aucun autre grand secteur industriel.
En effet à la baisse de la consommation résultant de celle de l'activité générale, s'est
ajouté un déstockage massif et prolongé chez les négociants et utilisateurs d'acier. Cette
situation affecte l'ensemble du monde occidental, mais plus particulièrement les sidé-
rurgies européennes, ouvertes sur l'extérieur, et moins protégées que ne le sont les in-
dustries américaines ou japonaises. Dans ces conditions, il serait vain de chercher à
comparer les réalisations de 1975 avec les prévisions faites pour cette même année,
alors que celle-ci était considérée, par convention, comme une année de conjoncture
moyenne. Il est plus significatif de comparer l'évolution des débouchés au cours de la
période 1970-1974 aux tendances prévues ».
Même en prenant comme référence l'année 1974, très favorable, le marché intérieur a
moins augmenté que prévu. Il y a un écart de 1,5 Mt, et le solde des échanges extérieurs
qui devait être de 1,9 Mt n'a été que de 0,9. La production de laminés a donc été de 21
cières de certaines sociétés, la capacité de production d'acier qui devait être portée à
35,6 Mt a été arrêtée à 33,1 Mt en 1975. L'objectif de capacité d'acier à oxygène pur (22
convertisseurs Thomas. Cette adaptation permet d'avoir des aciers de qualité, mais à des
prix de revient bien supérieurs à ceux qui sont obtenus avec des convertisseurs neufs
1970, 10 h 46 en 1974 au lieu de 8 h 40 prévu). Pendant ce temps la productivité, déjà
Italie... La moindre progression de la productivité par rapport à celle qui était prévue est
due à plusieurs facteurs. La construction de certaines installations modernes n'a pas été
ciennes. Certaines ont même été remises en service pour faire face à la brusque flambée
de la demande en 1973-1974.
Aussi, l'effectif salarié de l'ensemble de la sidérurgie qui devait descendre de 146.000
à 134.700 est monté à 158.000 en 1974. La réduction de la durée hebdomadaire
moyenne de travail plus forte que prévue explique une partie de l'accroissement des ef-
fectifs : elle devait être de 1 h 55 (de 44 h 55 à 43 h). Mais elle n'a pas été aussi forte
que l'affirment les rapporteurs de la Commission du Plan. La durée est descendue à 42
heures et non à 41 heures. Car l'accord paritaire visant à ramener de 42 heures à 40 heu-
res la durée des services continus, dont 1 heure en 1974, est intervenu au cours d'année
1974 et de plus le chômage partiel a été appliqué dès la fin de 1974.
II est vrai par contre que la diminution pour les services non continus a été très im-
portante. Leur durée hebdomadaire du travail est descendue à 42 heures au lieu de 44
heures prévues. Enfin l'usine de Solmer à Fos est entrée en service en cours d'année
alors qu'une partie de son effectif était en place depuis quelques mois. Enfin les autres
sidérurgies n'ont évidemment pas attendu que la sidérurgie française les rattrape.
Mais il y a plus grave encore : c'est l'échec du plan de financement. Alors que le pro-
gramme de travaux n'a pas été réalisé entièrement, les dépenses d'investissements ont
été, de 1971 à 1975, de 32.300 MF et non de 21.900 MF. Le coût des travaux, l'évolu-
tion des prix et les charges de remboursement ont été sous-estimés. Les déficits de 1975
ont été couverts par des emprunts à court et moyen terme très coûteux, et inversement,
les résultats bruts d'exploitation ont été surestimés. Aussi, les emprunts n'ont pas été de
10.300 MF mais de 21.100 MF. Dans le dépassement de la facture, qui est de 11.300
MF, Fos est responsable de 3.300 MF. C'est dans ces conditions que la sidérurgie fran-
çaise se trouve dans la plus forte crise depuis la dernière guerre.
Jamais aucun rapport de la Commission « sidérurgie », préparatoire à un plan, n'a été
aussi succinct, imprécis et gratuit que celui qui a été écrit pour le 7e Plan. Plus personne
moyenne par rapport à 1974. Il était également prévu une amélioration sensible de la
fourchette de 31-34 Mt pour la production d'acier et de 35,9-38,2 Mt pour la capacité.
En 1978, on en est à 22,8 Mt pour la production et de 33,3 pour la capacité.
Le rapport, à la différence des rapports des précédents Plans, ne fait même pas allu-
prise concernant la date d'engagement des travaux de la deuxième tranche de Solmer »,
blement de la tôlerie forte de l'usine de Dunkerque est urgente », et que la première
tranche du projet de cokerie nouvelle en Lorraine (Lorcoke) doit être engagée. Le plan
de financement ne prend pas en compte la deuxième tranche éventuelle de Solmer.
Ce plan prévoit le rétablissement des résultats financiers dès 1976, et un résultat brut
d'exploitation moyen de 16% du chiffre d'affaires sur la durée du Plan. Autofinance-
ment, ressources diverses et apports en capital devaient fournir 18.200 MF de francs sur
les 33.200 nécessaires. L'origine des 15.000 MF à emprunter n'est pas mentionnée. Sur
les 33.200 MF d'investissements, 14.600 MF devaient être utilisés pour les travaux,
9.200 pour les remboursements d'emprunts, 7.800 pour le fonds de roulement et 1.600
pour les prises de participation. Or, l'exercice 1975 se termine pour la sidérurgie fran-
çaise par 2.553 MF de déficit.
On entre dans une politique de pilotage à vue, sans réflexion sur le moyen terme,
sans s'avouer qu'une seule année de déficit, comme celle que traverse la sidérurgie en
1975, l'a déjà mise financièrement à terre et qu'elle ne pourra se redresser que par des
mesures exceptionnelles. Que se passe-t-il entre gouvernement et patronat ? Quelles as-
surances sont données ? Aucune banque ne pourrait accepter pour une entreprise sans
privilège et appui de couvrir un tel déficit.
Fin 1975, le gouvernement Chirac et certaines sociétés sidérurgiques font le pari de
traverser la crise sans licencier et en investissant à contre-courant « pour sauvegarder
l'avenir ». Le 4 septembre, le Président Valery Giscard d'Estaing présente le Plan de re-
vu par ce Plan ne touche pas la sidérurgie, puisqu'elle est déficitaire. Par contre,
milliards de prêts du FDES.
Le gouvernement demande aux sociétés de ne pas licencier, compte tenu du niveau
déjà préoccupant du chômage dans le pays et des prochaines échéances électorales qui
risquent de porter la gauche au pouvoir si des erreurs sociales sont commises. Des me-
sures de chômage conjoncturel sont donc prises. Dans le rapport pour l'année 1975, de
Sacilor-Sollac, on peut lire : « Nous avons en effet renoncé à opérer des licenciements
qui auraient été nécessaires pour adapter la main-d'oeuvre de l'entreprise aux besoins
qui résulteraient pour elle de la conjoncture déprimée, cette décision étant fondée aussi
bien sur le souci de ne pas laisser s'établir dans la région une situation sociale qui au-
rait été douloureuse, que sur celui de conserver, sans les démanteler, nos équipes de
personnel en vue de la reprise attendue. Les très longs délais de préavis stipulés dans
les conventions rendent d'ailleurs assez largement illusoire la possibilité de licencier
dès lors, d'autre possibilité que celle de pratiquer des arrêts d'installations par roule-
ment, ces périodes étant, aussi longtemps que cela a été possible, imputées sur les
bre, le régime du chômage partiel a dû être appliqué... Atténué par les prises en charge
une grande part à la société... Cette rigidité nous fait payer à la paix sociale un très
qu'un faible soulagement... »
Le tribut payé par les travailleurs à la survie du capital, lui, est oublié.., et il est lourd,
et par définition ils n'y sont pour rien. Les heures perdues (10% en 1975 en moyenne,
mais toutes les catégories de travailleurs ne sont pas touchées avec la même ampleur),
leur charge pour la fraction des heures chômées au-dessous de 40 heures.
Mais dans un contexte de presque faillite, la moindre charge est exagérée. En 1976,
les sociétés recourent à nouveau au chômage partiel. Et effectivement de fin 1974 à fin
1976, l'effectif de la sidérurgie reste à peu près bloqué : il passe de 158.000 à 153.700,
la réduction correspondant à des « départs naturels ». Il y a par contre la diminution du
recours aux travailleurs de sociétés de louage de main-d'oeuvre, au profit des travail-
leurs en titre dans les usines les plus touchées par la baisse de la demande et des prix.
De nombreuses grèves ont lieu contre les pertes de salaires, mais aussi contre la déci-
sion patronale de compter des journées de chômage en congés d'ancienneté, en repos
compensateur, ou en congés « tout court ». « Les congés sont à nous », disent les sidé-
rurgistes sous les fenêtres d'Usinor à Paris. Leur colère vient enfin d'une autre pratique
patronale. Pour reconstituer (vainement) des marges bénéficiaires en période de prix
effondrés, les directions d'entreprises font travailler au maximum à feu continu les ins-
tallations et poussent à la cadence, puis les commandes réalisées, mettent en chômage
conjoncturel le personnel. Une fois de plus, les travailleurs ont à payer les pots cassés et
rapport antagoniste capital-travail, ça existe ! Cette pratique patronale déclenche no-
tamment une longue grève à l'aciérie de l'usine de Dunkerque qui paralysera la produc-
tion pendant une vingtaine de jours. La direction fera évacuer l'aciérie par les CRS. En
fait, pour la première fois depuis la dernière guerre, les travailleurs se trouvent devant
un patronat que la grève gêne peu, surtout si elle est générale à toute l'usine. Les grèves
de 1975 et 1976 n'aboutiront à aucun résultat.
Pour la durée du 7e Plan, et à l'aide des nouveaux prêts FDES accordés dans le cadre
du « Plan relance », les sociétés programment quelques travaux nouveaux. Sollac en
profite pour modifier son plan de modernisation conçu en 1973 et arrêté début 1974. Le
plan de 1973 prévoyait d'adapter le procédé à oxygène pur LWS sur ses quatre conver-
tisseurs Thomas, de 65 t chacun. Dès 1974, deux des quatre convertisseurs sont trans-
formés. Avec la crise et l'effondrement des prix, l'aciérie Sollac en cours de
transformation est dépassée. En mars 1976, M. Gandois, directeur général de Saci-
lor-Sollac, annonce la reconstruction entière de l'aciérie, qui, en remplacement des qua-
tre fours Martin, de deux convertisseurs Thomas et du Kaldo de 140 tonnes, sera dotée
de deux convertisseurs neufs LWS de 220 t chacun, qui demandent deux fois moins de
travailleurs et portent la capacité de Sollac à 3,5 Mt/an. Les deux convertisseurs Thomas
transformés en LWS seront maintenus jusqu'à la construction d'un troisième convertis-
coulée continue seront enfin installées et le train à large bande sera une fois de plus
modernisé pour le porter au niveau de la capacité de la nouvelle aciérie.
En décembre 1975, Usinor présente son plan. Les usines à produits plats (Denain et
Dunkerque) sont complètes et performantes. Il n'y a plus d'investissements majeurs à
faire. Les accroissements de capacité se feront à Fos quand cela sera nécessaire. Par
contre, les usines à produits longs doivent être définitivement restructurées. L'usine de
Longwy a des laminoirs performants, modernisables encore, mais doit être équipée
d'une aciérie à oxygène pur et d'un haut fourneau neuf. L'usine de Thionville a pour seul
atout son haut fourneau datant de 1964 et ses installations d'enrichissement et d'agglo-
mération du minerai. Elle sera dotée d'une aciérie à oxygène pur. Les laminoirs seront
rénovés ultérieurement. Par contre, les usines de Louvroil et de Valenciennes dans le
Nord seront fermées. Louvroil, qui ne produit plus de fonte et d'acier depuis 1969, fa-
briquait des fers marchands et des ronds à béton. Ces productions sont abandonnées au
profit des mini-aciéries filiales d'Usinor : Metalescaut près de Trith Saint-Léger, Brévil-
ly et Porchevile. L'usine de Valenciennes perdra hauts fourneaux, aciéries (transformée
en OBM en 1970) et train dégrossisseur, pour ne conserver que le train à grosses pou-
trelles à ailes parallèles, qui sera modernisé, et un atelier de forge.
5.6. Le pari est perdu. La crise est une crise capitaliste de longue durée. Gouver-
nement et patronat sont dans l'incapacité politique de prendre des mesures à la
hauteur de la gravité de la situation. Le long dévoilement du Plan Acier en 1977
Le pari est perdu. La reprise de début 1976 qui correspond à la fin du déstockage des
marchands de fer et des utilisateurs, ne se confirme pas. Les commandes stagnent à
nouveau. « La crise est revenue avec une intensité qui n'autorise plus aucun atermoie-
ment », déclare Jacques Ferry à la Commission européenne à Londres le 6 octobre 1976.
Il annonce quelques jours plus tard que des licenciements seront nécessaires. L'exercice
1976 se solde à nouveau par de lourds déficits.
Une fois de plus, cette étape nouvelle de la crise tombe mal pour le gouvernement et
le patronat. Le climat social est tendu. Les élections municipales de mars 1977 s'annon-
cent difficiles pour la majorité, après l'avertissement des élections cantonales de 1976 et
d'une série d'élections partielles. Même les élus de la majorité des régions sidérurgiques,
craignant pour leur siège, ne vont pas ménager leur critique. Ce qui n'est pas bon pour
l'image des partis de la majorité. Le gouvernement cherche à retarder la présentation
détaillée des licenciements par usine. Le patronat de la sidérurgie sait bien que le gou-
vernement ne pourra, politiquement, à nouveau lui accorder des prêts sans contre-partie,
et sans un contrôle accru sur ses affaires.
quée. Mais elle est dénoncée par des membres du gouvernement comme une « formule
stérilisante », juste un an et demi avant son adoption par le même gouvernement ! L'ac-
tionnariat ouvrier semble avoir été envisagé, mais le patronat s'y oppose dans un mémo-
randum disant que la majorité des actionnaires pourrait passer aux ouvriers, étant donné
cisions soient prises en matière de suppression d'emploi et de plan financier, et à la fois
il ne tient pas à ce qu'elles soient prises dans le contexte préélectoral difficile, qui peut
conduire le gouvernement à lui imposer des mesures pour des raisons purement électo-
Aussi va-t-on assister à la mise en place très longue d'un Plan acier, bout par bout,
sans qu'il y ait pendant longtemps de certitude sur les chiffres et les projets. En décem-
bre 1976, certaines sociétés annoncent le nombre d'emplois qu'elles entendent supprimer
février 1977, que parmi les hypothèses possibles la fermeture pure et simple de l'usine
de Thionville est envisagée, à l'exception de l'aciérie électrique, de l'atelier de fonderie
et de forges qui ne nécessiteront plus que 800 personnes sur 4.200. Puis on apprend que
20.000 emplois pourraient être supprimés. Suite à des indiscrétions, J.J. Servan-
février 1977 les objectifs et la philosophie du Plan acier (« la mise en liberté surveillée
des sociétés sidérurgiques »), et d'une série de mesures visant à favoriser la création
d'emplois dans le bassin sidérurgique lorrain, sans que ne soient indiqués ni le plan fi-
nancier, ni le plan détaillé des suppressions d'emplois, ni le plan industriel. Quelques
jours après les élections municipales marquées par une forte poussée de la gauche no-
tamment dans les régions sidérurgiques, les sociétés présentent leur plan de suppression
d'emplois par usine, les garanties qu'elles proposent, et les investissements qu'elles envi-
sagent. Finalement, ce sont 16.100 emplois qui doivent être supprimés d'avril 1977 à
avril 1979. Le 20 avril, le gouvernement met en discussion au Parlement le Plan acier
sans apporter d'informations vraiment nouvelles, mis à part que des constructeurs auto-
mobiles vont créer des emplois en Lorraine, ce qui semble surprendre quelque peu ces
derniers. Le 29 avril, Jacques Ferry présente le plan financier sans que la participation
mise en pré-retraite, d'incitation au « départ volontaire », est signée par un seul syndi-
cat : Force Ouvrière. En septembre, Marine-Wendel, la Compagnie Industrielle
tions financières et industrielles qu'elles ont opérées pour répondre aux voeux gouver-
nementaux. Mais Usinor ne fait rien. Le 27 septembre, le gouvernement confirme la
création de 8.000 emplois d'ici à 1984 dans, ou près du bassin sidérurgique lorrain par
Plan acier est rendue publique, mais il n'est rien dit sur les dépenses de financement des
suppressions d'emplois, que FO estime à 1.000 MF.
Mais la crise va vite. Un mois plus tard, lors d'une séance de la Commission des fi-
nances du Sénat, le directeur du Trésor annonce que 10.000 nouvelles suppressions
d'emplois dans la sidérurgie ne sont pas exclues, d'avril 1979 à fin 1980. Le Plan acier à
peine connu dans tous ses aspects, est caduc.
on peut reconstituer l'optique et les mesures concrètes du Plan acier. L'objectif officiel
était d'une part « de rendre durablement compétitives les entreprises de ce secteur »,
d'autre part « d'assurer le maintien de la capacité de production existante ». Le moyen
est de reporter la production de « certaines des installations les plus vétustes », que l'on
tivité par un certain nombre d'investissements (aciérie à oxygène, coulées continues,
etc.). En 1977, il n'est donc pas question de diminuer la capacité de production de la si-
dérurgie qui est alors de 33,3 Mt/an d'acier.
La réussite du Plan acier est conditionnée par un certain nombre d'hypothèses sur
l'évolution de la demande, des prix et de la masse salariale, et par une nouvelle aide de
1977, sont « jugées réalistes » selon lui. Une reprise de la demande est espérée dès la
fin du troisième trimestre de 1977. La production devrait atteindre 28,5 Mt en 1980. Il
faut que les prix de l'acier remontent de 40% d'ici à 1980, compte tenu de l'érosion mo-
nétaire, dont 24% avant la fin de 1978. Enfin, les 16.100 suppressions d'emplois prévues
devront bien être réalisées d'ici à avril 1979.
sement, sous certaines conditions. Les groupes industriels concernés devront effectuer
clause de participation aux résultats, au redressement financier des groupes bénéficiaires
de ses concours. Une mission interministérielle de contrôle économique et financier sera
constituée auprès de ces sociétés, afin de s'assurer du respect des engagements qui leur
sont demandés en matière industrielle, sociale et financière. Les sociétés concernées de-
vront remettre à la Caisse des Dépôts et Consignations, à titre de garantie, une partie des
actions qu'elles détiennent. Les groupes intéressés devront apporter leur contribution à
la création d'activités et d'emplois nouveaux dans les zones touchées par la réorganisa-
tion de la sidérurgie. Une convention spéciale devra être signée entre les organisations
professionnelles et syndicales, pour limiter au maximum les licenciements dans le nom-
bre de suppressions d'emplois prévues. L'accord doit se réaliser avant le 15 avril. Les
groupes sidérurgiques procéderont à une importante restructuration industrielle et finan-
cière, notamment dans le sens d'une meilleure intégration vers les industries aval. Le
succès du plan français de redressement est subordonné à une «régulation convenable
du marché communautaire, conforme aux objectifs du traité de Paris ». Le gouverne-
ment appuiera toute initiative allant dans ce sens.
Dans une interview au Républicain Lorrain, Raymond Barre précisera : « Dans l'or-
dre interne à la Communauté européenne, le Traité comporte toutes les dispositions né-
cessaires pour parvenir à une telle régulation. Le moment est venu pour mettre en
oeuvre les moyens appropriés. Sur le plan externe, nous devons écarter le recours aux
mesures protectionnistes traditionnelles. Ma position, à ce sujet, pour l'acier comme
pour tout autre produit est sans équivoque. En revanche, nous devons chercher une
meilleure articulation des différents courants d'échanges de manière à éviter que des
mouvements anormaux ou successifs ne viennent compromettre la vaste et difficile en-
négociations, les grands partenaires commerciaux devront avoir opéré un rapproche-
ment de leurs systèmes de sauvegarde tel que l'équité soit rétablie. Mon souhait est que
ce mouvement passe par un désarmement des partenaires les plus fortement protégés,
plutôt que par la mise en oeuvre de clauses nouvelles de la part de ceux qui, telle la
Communauté, se sont attachés à une conception plus libérale des échanges internatio-
naux ». Enfin, au Parlement, Raymond Barre ajoutera : « Le gouvernement a écarté une
de la sidérurgie, en faisant supporter tout leur poids par la collectivité, alors que la
responsabilité industrielle des groupes se serait trouvée dégagée. II n'a pas non plus
retenu un recours à des prises de participation publiques dans le capital de ces mêmes
groupes, car il ne s'agirait, en fait, que d'une étatisation qui n'ose pas dire son nom ».
En théorie libérale, la position de Raymond Barre est parfaite. De plus, l'Europe,
ayant globalement une position favorable sur le marché international, n'a pas intérêt à un
renforcement du protectionnisme. Mais une telle ligne de conduite comporte deux dé-
fauts : tous les pays de la Communauté n'ont pas le même intérêt au maintien de faibles
barrières douanières vis-à-vis des pays tiers ; l'accord avec les grands partenaires com-
merciaux pour « opérer un rapprochement de leurs systèmes de sauvegarde » n'a d'inté-
guerre économique et à accumuler les déficits, rendant toujours plus difficile son redres-
sement et plus dramatique les compressions d'effectif.
Selon l'expression officielle, le Plan acier, comporte plusieurs « volets » : volet fi-
nancier, volet industriel, volet social, volet régional, volet « réorganisation » des structu-
res des sociétés. Le volet financier doit permettre de réaliser 8.800 MF
d'investissements en francs courants de 1977 à 1980 inclus et de ramener l'endettement
de la sidérurgie de 104% à 70% du chiffre d'affaires. Il révise fortement à la baisse le
plan de financement du 7e Plan. Pour la période de 1977-1980 inclus, donc une année
de moins que le 7e Plan, il prévoit 24.300 MF en besoins de financement (au lieu de
33.200) dont 8.800 pour les travaux (au lieu de 14.600) ; 9.100 pour les remboursements
(au lieu de 9.200) et 6.500 pour le fonds de roulement et les prises de participation (au
lieu de 9.400). Ce sont donc les « travaux » qui subissent l'amputation la plus forte. Les
sources de financement diffèrent sensiblement de celles qui sont prévues au 7e Plan.
L'autofinancement devra pourvoir aux besoins pour 9.200 MF (au lieu de 15.500),
15.000). Comme pour le 7e Plan, la répartition entre sources d'emprunt n'est pas rendue
publique. On se contente de donner les chiffres pour la seule année 1977 : sur 5.700 MF
d'emprunt, 1.000 à 1.500 viendraient du FDES, 1.000 de la CECA, 2.000 de l'emprunt
GIS, le reste des crédits bancaires à moyen terme.
au taux de 9,5% remboursable sur vingt ans, avec un différé d'amortissement de huit ans
et un différé de paiement des intérêts (2% les premières années, 8% les deux années
suivantes, les intérêts non payés étant capitalisés), pour des besoins totaux de 3.800 MF
saura jamais rien du coût des suppressions d'emplois. D'après des informations officieu-
ses publiées par le Républicain Lorrain dès janvier 1977, il s'élèverait à 1.000 MF, 200
pour la mise en pré-retraite des 56 ans et 8 mois, 400 pour les travailleurs postés partant
à 54 ans, et 200 à 400 pour les stages de reconversion.
Le volet industriel du Plan acier se réduit à peu de choses. La concentration de la
production de fonte et d'acier sur les outils les plus performants existants ou en cours
d'installation conduit à l'arrêt des hauts fourneaux et des aciéries anciennes, et l'abandon
de certains projets. Les installations nouvelles annoncées étaient déjà prévues soit au 7e
Plan, soit au Plan de relance, notamment les cinq aciéries à oxygène pur : Sollac, Usi-
nor-Longwy, Neuves-Maisons, Rehon, Caen-SMN, et l'augmentation de capacité de
l'aciérie de Solmer (de 3,5 à 4 Mt/an). Les mêmes investissements sont donc présentés
deux fois, et bénéficient à chaque fois de prêts publics supplémentaires. Une des déci-
sions les plus nettes du Plan acier est de faire fonctionner à plein Solmer à Fos. Les
deux hauts fourneaux sont remis à feu. La capacité de l'aciérie sera portée de 3,5 Mt à 4
Mt/an. Le train à large bande tourne à 80% de sa capacité. La balance commerciale des
bobines à chaud qui était déficitaire en 1976 de 0,35 Mt devient bénéficiaire de 0,73 Mt
Usinor se retrouve pour la première fois dans la situation classique qu'a connue Saci-
lor depuis 1966 : des installations modernes insérées dans des installations anciennes.
L'usine de Longwy possède des laminoirs relativement récents, et qui ont été régulière-
ment modernisés : un train à tôles fortes (de 1955), un train continu à fil (de 1964 mo-
dernisé en 1976), un train à fers marchands et moyennes poutrelles (de 1965) ; et elle
verse, l'usine de Thionville dispose d'un haut fourneau datant de 1964, de 8 mètres de
creuset, dont la charge est automatisée, et produisant à lui seul autant que les deux meil-
leurs hauts fourneaux de Longwy sur les cinq que cette usine possède. II est le plus
t/j). Mais il n'est pas, lui, et de loin, le plus productif d'Europe, comme cela a été écrit.
Elle a également une installation d'enrichissement du minerai (1962) et un atelier d'ag-
glomération de 1965. Par contre, laminoirs à produits longs et aciéries Thomas datent
d'avant-guerre. Les deux usines sont distantes d'une quarantaine de kilomètres. Celle de
Thionville est au bord de la Moselle canalisée, et elle est bien desservie. Mais elle n'est
pas la seule activité de la ville, et les possibilités d'installation d'industries nouvelles
existent. Sa capacité est de 0,6 Mt/an. L'usine de Longwy (capacité 1,4 Mt/an) est en-
clavée comme le « pays haut », dont l'activité unique est la sidérurgie.
Trois solutions sont théoriquement possibles: choisir une des deux usines et y
concentrer la production ; choisir les installations modernes et complémentaires des
deux usines et assurer la circulation du produit entre elles ; céder le haut fourneau de
Thionville ainsi que l'usine d'enrichissement et l'atelier d'agglomération à Sacilor-Sollac
située à proximité. De la fonte venant de Dilling en Sarre alimente l'aciérie de Sollac.
Un haut fourneau, localisé à quelques kilomètres, pourrait le faire tout aussi bien. Usi-
nor choisit la première solution. Il décide d'abandonner la rénovation de l'usine de
Thionville et notamment la construction d'une aciérie à oxygène pur de type OBM pour
laquelle Usinor a déjà reçu 120 MF de FDES sur les 250 qu'elle aurait coûtés. L'usine
doit fermer dans l'année à l'exception de l'aciérie électrique et de l'atelier forge-fonderie.
Les arguments avancés par la Direction sont : la baisse durable des commandes d'acier à
ses usines de l'Est, dont la production peut être concentrée sur Longwy, les investisse-
ments annexes coûteux et peu rentables qu'aurait nécessités la construction d'une aciérie
nouvelle. La fermeture de Thionville est, dit la Direction, une condition de la survie de
Longwy.
Par rapport à son programme affiché dans le 7e Plan, Sacilor-Sollac, comme Usinor,
ne prévoit aucun investissement nouveau, mais au contraire des arrêts d'installation de
production de fonte (les trois hauts fourneaux d'Homécourt et l'ancienne division des
hauts fourneaux d'Hayange) d'acier (l'aciérie de Rombas) et de certains laminés (les
deux trains à fers marchands de Rombas et le vieux train à fil qui restait encore à l'usine
de Knutange).
La société des hauts fourneaux de la Chiers a réussi à se maintenir indépendante
grâce à sa politique constante d'intégration amont et aval et par sa spécialisation dans le
fil machine, notamment en acier dur, et dans le feuillard pour tubes à souder. Durant le
6e Plan, elle a pu réaliser dans son usine de Rehon près de Longwy, la transformation
d'agglomération et d'une machine de coulée continue à trois lignes. Mais la crise l'em-
pêche de poursuivre son effort. De même, Neuves-Maisons, sauvée in extremis en 1966,
a pu se doter d'un nouveau train à fil en 1973. Mais comme la Chiers, elle ne peut envi-
sager, en raison de la crise, de nouveaux investissements.
Aussi en 1976, se constitue la Compagnie Industrielle Chiers-Chatillon (CICC), sous
l'égide de la Banque de Paris et des Pays-Bas qui détient d'une part 12% de la Société
des Hauts fourneaux de la Chiers, et d'autre part 35% de la Financière de Ruau qui,
elle-même, possède 46,9% de Hainaut-Sambre, qui a pris en 1967 la majorité du capital
(51,45%) de la Société des Aciéries et Tréfileries Neuves-Maisons-Chatillon, dont le
deuxième actionnaire est Chatilon-Commentry-Biache (28,1%). La Chiers, Neu-
ves-Maisons et Chatillon-Commentry-Biache ont des productions voisines dans le fil
machine, la tréfilerie, la câblerie, les aciers spéciaux... Une rationalisation est possible.
C'est l'usine de la Chiers à Longwy qui en fait les frais, au profit d'Anzin et surtout de
Neuves-Maisons desservie maintenant par la Moselle canalisée et équipée d'un train à
fil neuf. Les modernisations réalisées à la Chiers-Longwy au cours du 6e Plan (trans-
formation des convertisseurs Thomas en LWS, machine à coulée continue) passent au
compte des pertes et profits. Seul, l'atelier d'agglomération mis en service en 1973 est
conservé. C'est donc l'usine de Neuves-Maisons qui sera modernisée et pour laquelle les
travaux de construction d'une aciérie à oxygène pur sont engagés.
Les autres sociétés réalisent les opérations prévues au 7e Plan, qui en raison des
ries de Pompey se dotent d'un nouveau blooming pouvant dégrossir des lingots de 5
tonnes, au lieu de 0,7 tonne. 600 suppressions d'emplois sur 4.500. La Société métallur-
gique de Normandie s'équipe d'une aciérie à oxygène pur LDAC à deux convertisseurs
de 85 tonnes pouvant produire 1,15 Mt/an. 400 suppressions d'emplois. L'usine Cocke-
rill (ex. Providence S.A.) à Rehon près de Longwy recevra une aciérie à oxygène pur en
1978. Aucune suppression d'emploi n'est annoncée, en raison du transfert d'activité
d'usines belges du groupe. Creusot-Loire prévoit 300 suppressions d'emplois.
5.7. L'enlisement de la lutte contre le Plan acier. Alors que l'Union de la Gauche
subit un recul sérieux dans la sidérurgie. Des licenciements sans reclassement lui
sont imposés. L'échec de la bataille de Thionville
Dès l'annonce par les sociétés de leur nouveau plan de réduction d'effectif impliquant
des licenciements sans reclassement, les sidérurgistes lorrains se mobilisent, notamment
ceux de Thionville. La CGT de cette ville parle fin décembre 1976 d'occuper sans tarder
l'usine. Mais comme les réductions par usine ne sont pas publiées, les syndicats hésitent
sur la façon d'engager l'action : occupation d'Usinor-Thionville, action générale au bas-
sin ? Les atermoiements durent jusqu'aux municipales.
La CGT répète qu'il n'y a pas de solution hors de la nationalisation. Elle soutient l'ini-
tiative du PC qui organise un référendum en Lorraine pour la nationalisation. Relance
de la consommation et planification démocratique doivent permettre de maintenir et de
développer le potentiel productif existant. La CFDT dénonce le transfert des profits vers
les holdings qui ensuite ne les retournent plus aux sociétés sous forme d'augmentation
ou avance de capital, ne veut pas de « socialisation » des pertes, réclame une prise de
nat-syndicats-gouvernement sur les choix industriels avant toute discussion sur les me-
sures sociales. La CFDT défend la diversification de la sidérurgie vers les biens
d'équipement et la machine-outil, l'abaissement de l'âge de la retraite, la diminution du
temps de travail et la création de la cinquième équipe.
Les élections municipales passées (amenant notamment à Thionville la gauche à la
mairie), les sociétés publient le détail des réductions d'effectif par usine. De multiples
actions sont engagées. Rallye CGT pour l'emploi sur Metz. Manifestations au « portier »
d'Usinor. Thionville, ville morte. Délégations. Une fois de plus, c'est la levée de bou-
cliers de tous les élus, toutes tendances confondues, des régions concernées. Le RPR
affirme que les industriels doivent assumer leur responsabilité en trouvant des solutions
aux problèmes sociaux et dénonce l'immobilisme de la Commission de Bruxelles.
Même un conseiller général RPR, Jena Louis Masson, parle de hold up du siècle, à pro-
taire sur la sidérurgie. La CGT décide, seule, aussitôt une « montée sur Paris » avec
cortège vers l'Assemblée nationale le jour du débat. La CFDT se rallie. Les députés siè-
gent, alors que le Parlement est entouré de cordons de gardes mobiles. Le cortège des
sidérurgistes échoue sur l'esplanade des Invalides. Raymond Barre annonce un sursis
pour le haut fourneau de Thionville. Les divergences CGT/CFDT éclatent. La CFDT, au
niveau national, espère un mouvement du type 1967 s'étendant à tout le bassin. La CGT
veut des « actions responsables » et « en bon ordre ». Elle tend à organiser en plus des
actions de propagande visant à montrer à l'opinion publique le mécontentement ouvrier
justifié et le scandale de la politique patronale. Le point culminant est la grève nationale
Mais les syndicats ont accepté d'engager avec le patronat seul des discussions sur les
mesures sociales accompagnant les réductions d'effectif, sans discuter le plan industriel.
juin les propositions patronales. Selon la fiction de concertation voulue par le gouver-
représentants des travailleurs sur une Convention sociale. Dès lors, les réductions d'ef-
fectif, dont les licenciements, peuvent commencer. Indignation des autres syndicats :
mais il est trop tard. La CFDT d'Usinor-Thionville rue dans les brancards : « Nous
avons assez freiné l'action, maintenant il faut aller jusqu'au bout, et occuper les instal-
lations ». Séquestration du directeur, blocage des trains, des autoroutes... Le patronat se
dérobe. La CGT ne participe pas à ces actions.
Tout ce cafouillage est l'expression de fissures qui commencent à se manifester dans
l'Union de la Gauche, alors même que l'ensemble des travailleurs et de larges couches
de la population ont fini par s'y rallier. En effet, les difficultés réelles de la lutte contre
les licenciements, le chômage, ne leur laissent qu'un espoir : un changement politique
qui, malgré le flou et l'étatisme du programme commun, ainsi que le doute sur la capaci-
té d'union des partis de gauche, pourrait leur redonner une marge de liberté. Mais ils ne
savent pas alors que les résultats des élections municipales, victoire nette de la gauche,
vont être à l'origine de la rupture de l'Union de la Gauche en septembre. Cette rupture a
des répercussions immédiates à la municipalité de Thionville. La municipalité, qui de-
vait être une arme et un soutien pour les sidérurgistes dans leur lutte, devient la vitrine
désastreuse d'une union qui a été décidée un jour entre états majors politiques sans être
portée par un processus unitaire parmi les travailleurs. Le jour de la dernière coulée du
haut fourneau d'Usinor-Thionville, la manifestation rassemble 200 personnes. C'est
l'échec d'une bataille qui n'a jamais été vraiment engagée. Licenciements et mutations
surprises les attendent.
La Convention sociale signée par Force Ouvrière contient, pour limiter au maximum
les licenciements proprement dits parmi les 16.000 suppressions d'emplois prévues
(dont 13.400 en Lorraine) d'ici avril 1979, la série de mesures suivantes :
- la généralisation de la retraite à 60 ans pour l'ensemble de la sidérurgie française, avec
70% du salaire brut calculé sur les trois derniers mois, jusqu'à l'âge de 65 ans et 3 mois.
Cela permet de dégager 2.500 emplois dont 1.500 à Usinor, Sacilor-Sollac, et
Chiers-Chatillon.
- la « cessation anticipée d'activité » à 59 ans uniquement pour les trois groupes
ci-dessus, avec indemnité de 90% du salaire jusqu'à 60 ans. 900 emplois libérés.
- la « cessation anticipée d'activité » à 56 ans et 8 mois pour les travailleurs justifiant de
dix ans d'appartenance à un régime de sécurité sociale, et n'ayant pas d'importantes
charges familiales. Ils toucheront 70% du salaire brut calculé sur les trois derniers mois
jusqu'à l'âge de 60 ans. 8.000 travailleurs sont concernés, dont 6.500 en Lorraine.
- la « cessation anticipée d'activité » à 54 ans pour les travailleurs postés ayant pratiqué
soit pendant cinq ans le régime des feux continus de 56 heures hebdomadaires, soit pen-
dant quinze ans le régime des feux continus de 48 heures hebdomadaires, soit pendant
vingt ans le régime des feux continus. Ils toucheront 75% du salaire brut calculé sur les
2.000 travailleurs postés pourraient être concernés.
- les garanties de ressources des travailleurs en « pré-retraite » seront assurées par un
fonds social géré paritairement et alimenté par les aides publiques, les prestations des
ASSEDIC, l'allocation supplémentaire d'attente, et, le cas échéant, des contributions de
sociétés sidérurgiques.
- l'incitation au « départ volontaire ». Les travailleurs « sans attache locale » (c'est-à-dire
les travailleurs immigrés) recevront un pécule équivalent à six mois de salaire en plus de
leur indemnité de licenciement, s'ils retournent dans leur pays d'origine. Chaque société
prendra des mesures pour inciter aux départs volontaires les autres travailleurs.
- les postes libérés par des départs volontaires et des départs en pré-retraite, mais devant
être maintenus, permettront de réaliser 3 à 4.000 mutations, soit à l'intérieur de la même
usine, soit au sein même de la société, soit entre sociétés sidérurgiques. En cas de muta-
pendant un an représentant 80% de l'écart entre l'ancienne et la nouvelle rémunération.
5.8. Les constructeurs automobiles au secours de mesures d'industrialisation inef-
ficaces. Mais les usines décentralisées de l'automobile, d'après les exemples exis-
localisées
Tout au long de l'année 1977, le gouvernement Barre annonce des mesures d'aide à la
Lorraine, pour calmer les inquiétudes. C'est le « volet régional » du Plan acier. Les sup-
pressions d'emplois affectant essentiellement la Lorraine, un Plan lorrain d'accompa-
gnement est décidé, pour « qu'un développement général des activités économiques
puisse se produire dans les plus brefs délais ». Les mesures sont : l'extension de la zone
donnant droit à une prime de 25.000 F par emploi créé, l'abaissement du seuil d'emplois
créés donnant droit à une prime (normalement 30 emplois), des prêts de 100 millions de
francs pour certaines agglomérations et par décision préfectorale, des subventions de 20
millions de francs du FDES pour les PME déjà installées dans le bassin sidérurgique ou
désirant s'y installer, des mesures d'aide à la gestion, à la vente et à l'exportation pour les
PME par la DATAR et le ministère de l'Industrie (4,5 MF), l'accélération de la réalisa-
tion d'une grande zone industrielle à Batilly pour permettre l'accueil de grandes opéra-
tions industrielles (on laisse entendre que la DATAR cherche à orienter un constructeur
automobile vers cette zone), l'aide à l'équipement de la zone industrielle de Trémery,
enfin divers travaux routiers et autoroutiers.
Par ailleurs, pour « favoriser la réinsertion professionnelle, les reconversions et par
conséquent intensifier les opérations de diversifications industrielles », douze agences
nouvelles de l'ANPE seront créées en Lorraine, un nouveau centre de FPA (Formation
Professionnelle des Adultes) sera mis en place préparant aux qualifications de la méca-
nique et de l'automobile, enfin des sections du Fonds National pour l'Emploi seront ou-
Le 27 décembre 1977, le gouvernement annonce la création de 8.000 emplois d'ici à
1984, dans ou à proximité du bassin sidérurgique de Lorraine du Nord, par des construc-
teurs automobiles : 2.900 par la Saviem à Batilly, 1.100 par Renault à Thionville pour
une usine de mécanique, 3.000 par Citroën à Trémery pour une usine de production de
moteurs de CX, et 1.000 également par Citroën dans son usine de Metz. Ces sociétés
reçoivent, conformément au système d'aide à l'industrialisation régionale, 25.000 francs
par emploi créé. Enfin, l'implantation à Metz de l'Institut national pour la recherche des
économies de matières premières est décidée.
5.9. Les restructurations financières et industrielles ménagent toutes les hypothèses
politiques, mais vont à l'encontre d'une réelle intégration industrielle Sidérur-
gie-Transformation
Le principe de la restructuration financière et industrielle des holdings sidérurgiques, la
CLIF, DNEL, CICC..., consiste à placer sous le contrôle de la société sidérurgique de
chaque holding (Sacilor pour la CLIF, Usinor pour DNEL), les autres sociétés qui pré-
cédemment étaient directement reliées aux holdings. Cette restructuration a deux objec-
tifs théoriques :
- un objectif financier : l'apport aux sociétés sidérurgiques, de sociétés de transforma-
tion, de sociétés de commercialisation, de sociétés minières, généralement bénéficières,
leur donnent de plus grands moyens d'auto-financement et de plus grande capacité
d'emprunt.
- un objectif industriel : cette restructuration incite à coordonner techniquement plus
étroitement les activités de sociétés qui sont en fait dans la même filière de production
(de l'extraction du minerai de fer à la vente de produits métallurgiques finis) et donc de
valoriser au maximum le produit, alors que dans le schéma précédent, le holding n'est
souvent intéressé que par le résultat financier de chaque société.
Cette politique, théoriquement fructueuse à moyen terme d'un point de vue capita-
liste, se heurte à deux réticences patronales. L'une est générale. Le regroupement des
sociétés d'un holding sous le contrôle d'une des sociétés industrielles de ce holding di-
minue fortement la marge de libre disposition des bénéfices par les actionnaires du hol-
ding. Ils peuvent beaucoup plus difficilement les réinvestir dans d'autres secteurs au gré
des opportunités de profit. Il faut absolument croire à l'avenir d'un secteur industriel
pour faire dépendre toutes les sociétés, relevant de ce secteur et appartenant au holding,
d'une seule de ces sociétés industrielles. Or cette certitude n'existe pas parmi le patronat.
Et il n'entend pas diminuer ses possibilités de « libérer» tout ou partie de ses capitaux le
tructuration. On est en 1977, un an avant les élections législatives de mars 1978, et juste
après les élections municipales qui ont montré que la gauche est majoritaire dans le
pays. Tout regrouper sous une même société sidérurgique, c'est courir le risque de voir
nationaliser un beaucoup plus grand nombre de sociétés, en cas de victoire des partis du
Programme commun aux législatives.
même dans le cas d'Usinor à aucune décision. De toute façon, la dégradation financière
des sociétés ira plus vite que les délicats et subtils montages juridiques censés l'enrayer.
Même si les nouvelles structures n'ont duré que quelques mois. elles sont instructives
sur les stratégies patronales, et elles influeront sur les restructurations de 1978 et la prise
L'ensemble Marine-Wendel offre la possibilité de constituer un vaste groupe indus-
triel parfaitement intégré, à l'allemande, aboutissant à la valorisation maximale du pro-
duit, et disposant de moyens financiers importants. Mais pour les raisons indiquées
précédemment, les de Wendel s'y opposent. En septembre 1977, le gouvernement, la
CLIF, qui détient 60% de Marine-Wendel, les autres actionnaires de Marine-Wendel et
les actionnaires des sociétés contrôlées par Marine-Wendel, notamment le baron Em-
pain, parviennent à un compromis. Marine-Wendel, holding donc de Sacilor, Dilling,
Creusot-Loire, etc., absorbe la CLIF. La Compagnie Lorraine Industrielle et Financière,
ex-société « Les petits-fils de François de Wendel », qui le contrôlait jusqu'à présent,
était une société de contrôle et de gestion du patrimoine de Wendel rassemblant les
quelque trois cents descendants de François de Wendel. Non cotée en bourse, n'étant pas
société anonyme, ses revenus étaient méconnus du public. L'absorption de la CLIF a
deux conséquences. Les de Wendel deviennent des actionnaires comme les autres de
Marine-Wendel, dont les revenus et les opérations pourront être dorénavant connus.
Marine-Wendel reçoit d'un coup un apport important d'argent frais. Mais les actionnai-
que toutes les sociétés industrielles et financières concernant la sidérurgie et la métal-
lurgie ne soient pas regroupées sous la direction de Sacilor. Ils obtiennent la constitution
de deux groupes quasiment indépendants. L'un, avec pour tête de file Sacilor, regroupe
les sociétés concourant directement à l'activité sidérurgique, les sociétés minières, les
sociétés de première transformation de l'acier et les sociétés de commercialisation des
produits sidérurgiques. L'autre rassemble des sociétés dont « l'activité n'est pas directe-
çais d'emballage métallique), les Forges de Gueugnon (aciers fins et inoxydables), les
Forges d'Allevard, des sociétés de ressorts, des sociétés cimentières, des sociétés finan-
cières et la banque Demachy S.A., le holding hollandais ORNAS, etc. Ce groupe n'a pas
pour tête de file une société industrielle, mais, selon la formule traditionnelle, un hol-
ding, la CGIP (la Compagnie Générale d'Industrie et de Participation), contrôlé à hau-
teur de 20% par Marine-Wendel, donc un sous-holding de Marine-Wendel, détenant,
semble-t-il lui-même des actions de Marine-Wendel, de telle sorte que l'ensemble est «
verrouillé », sans risque d'intrusion de tiers par une OPA. Le cas des Forges et aciéries
de Dilling, localisées en Sarre, ayant bien résisté à la crise, n'est pas tranché. Le gouver-
nement pousse à son intégration dans Sacilor. Marine-Wendel résiste, en faisant valoir
que l'apport de cette société réalisant 1,5 milliard de DM de chiffre d'affaires à Sacilor,
l'aurait déséquilibré. Elle promet cependant une coordination des activités de Sacilor et
de Dilling. Les bénéfices de Dilling restent encore donc directement contrôlables par
Marine-Wendel.
Devant un tel compromis, on ne peut pas ne pas faire les constatations suivantes.
D'un côté, le groupe Sacilor, ayant reçu seulement quelques apports industriels, rassem-
ble les activités dont l'avenir est incertain. De l'autre, sous le holding CGIP, les sociétés
dont l'expansion semble moins compromise. En d'autres termes, Marine-Wendel, et no-
tamment les de Wendel, ne sont-ils pas parvenus à isoler un groupe de sociétés dont ils
pourraient, le cas échéant, se dessaisir : soit dans l'hypothèse d'une nationalisation par la
gauche, soit dans l'hypothèse d'un contrôle étatique par un gouvernement de droite ren-
du plus étroit en raison de la poursuite de la crise, sans pour autant perdre le contrôle du
reste de leur patrimoine?
En contre-partie de cette concession majeure qui limite considérablement les chances
de constituer un ensemble industriel équilibré et compétitif, les pouvoirs publics obtien-
nent semble-t-il des promesses et prennent des garanties. Marine-Wendel promet de re-
constituer les fonds propres de Sacilor par des avances des actionnaires s'élevant à 300
MF, ne portant pas d'intérêt et destinées à être ultérieurement incorporées au capital.
Elle rétrocédera à Sacilor un prêt de 125 MF qu'elle a obtenu du FDES, et qui s'ajoutera
aux 800 MF obtenus directement par Sacilor. Ces prêts sont au taux de 9,5%, portés à
fait... Enfin, on sait que le gouvernement a décidé, lors du Conseil des ministres du 23
février 1977, qu'une partie des actions des sociétés sidérurgiques serait « gelée » mo-
mentanément en la remettant à la Caisse des Dépôts et Consignations, à titre de garantie.
La restructuration de l'ensemble DNEL, Usinor, Vallourec, n'aboutira pas. Aucune
réorganisation ne sera rendue officielle avant le « Plan de sauvetage » de septembre
Sous l'égide d'Empain-Schneider, la Société Métallurgique de Normandie absorbe en
septembre 1977 les Chantiers de France-Dunkerque (chantiers navals) et prend la dé-
nomination de Société Métallurgique et Navale Dunkerque-Normandie : la SMNDN.
L'espoir est mis dans l'intégration.
La Compagnie Industrielle Chiers-Chatillon, née en 1976 de la fusion des Forges de
Chatillon-Commentry-Biache, des Hauts fourneaux de La Chiers, et des Aciéries et Tré-
fileries de Neuves-Maisons-Chatilon, est réorganisée en septembre 1977. Si cette réor-
ganisation met de la clarté dans les structures passablement compliquées en raison des
opérations successives de concentration dont elles étaient le résultat, elle est loin de cor-
respondre aux objectifs officiels des pouvoirs publics. La CICC devient holding de trois
sociétés industrielles : une société sidérurgique Chatillon-Neuves-Maisons qui fabrique-
ra des aciers courants et des laminés longs et plats dans les usines de Neuves-Maisons,
Longwy, Anzin, Isbergues, Blagny ; la Société des Aciers Spéciaux de La Chiers avec
les usines de Vireux-Mohain, Corbie, et Hautes-Rivières , la Société des Tréfileries et
Câbleries de Chiers-Gorcy avec les usines de Bourg, Le Havre, Charleville-Mézières,
Tricherie, Gorcy, Brévilly, Sainte-Colombes et Vierzon. Là aussi, une intégration indus-
trielle et financière réelle n'est pas réalisée. Par ailleurs, il faut noter l'absorption par
Creusot-Loire de Marrel Frères, et un accord de spécialisation entre Ugine-Acier et
Creusot-Loire.
5.10. La nouvelle crise des mines de fer
nerai. Mondialement : - 5% entre 1974 et 1977. Mais en France, la chute des livraisons
des mines de fer est de - 45,3% entre les mêmes dates, alors que la baisse de production
de l'acier est de seulement 16%. Après la chute de 1961 à 1967, la production française
avait réussi à se stabiliser de 1968 à 1974 autour de 55 Mt/an, dont 52 Mt/an en Lor-
ter Dunkerque, la sidérurgie fine, puis Fos : de 5,0 Mt en 1968 à 16,4 Mt en 1974.
Cependant donc, les mines de fer françaises avaient réussi à stabiliser leurs débouchés.
tes de Dunkerque et Fos, alimentées exclusivement en minerai d'Outre-Mer, résistent
mieux à la crise. Leur taux de marche reste élevé. Par contre, les usines, alimentées en
minerai français, se trouvent être les plus anciennes et sont les plus affectées par la
guerre commerciale. Les usines de Dunkerque et Fos ont été conçues pour fondre du
minerai hématite d'Outre-Mer. Elles ne peuvent recevoir du minerai lorrain. De plus, le
coût du transport par rail serait plus élevé que le transport maritime sur 6.000 km. Les
sidérurgies belge et sarroise traditionnellement clientes des mines lorraines se reconver-
tissent au minerai hématite ou préfèrent, pour leurs installations traditionnelles, le mine-
rai phosphoreux suédois, ces minerais arrivant par Anvers et bientôt par la Sarre
canalisée. Les usines suédoises subissent une grave crise depuis 1974. Leur production a
rurgies équipées pour traiter les minerais phosphoreux, c'est-à-dire les clients habituels
des mines lorraines, en baissant de 20% leurs prix rendus usines.
En France même, une évolution semblable a été observée. Depuis 1970, la mise à
grand gabarit du canal Dunkerque-Valenciennes a permis l'alimentation des usines de
Denain et de Valenciennes en minerai d'Outre-Mer, au point qu'en 1977 pas une tonne
de minerai lorrain n'a été fondue dans les hauts fourneaux du nord, contre 1 Mt en 1971.
Il faut dire que l'arrêt de Valenciennes décidé au Plan acier, et l'arrêt de Denain annoncé
pour 1979 réduit à néant l'intérêt, sept ans plus tard, de la mise à grand gabarit du canal
Dunkerque-Valenciennes. Enfin, dans les usines lorraines même, on utilise de plus en
plus du minerai riche importé comme appoint au minerai lorrain pour « doper » les
hauts fourneaux.
Au total, de 1974 à 1977, la production française de minerai de fer est tombée de
54,2 Mt à 36,6 Mt ; les livraisons de minerai français aux usines sidérurgiques françai-
ses de 37 Mt à 24,9 Mt. La chute n'avait pas été aussi forte de 1961 à 1967 et elle avait
été plus progressive. Les tonnages de minerai importé n'ont par contre que faiblement
baissé : de 16,4 à 15,6 Mt. En poids de fer contenu, le minerai importé représente main-
tenant 54,8% de l'approvisionnement des usines.
Toutefois, toutes les mines lorraines ne subissent pas le même sort. Les mines « inté-
grées », c'est-à-dire les mines appartenant à des sociétés sidérurgiques et généralement
situées à la porte des hauts fourneaux, ne connaissent pas de crise à proprement parler.
La production des mines de Wendel a suivi à la baisse dans la même proportion la pro-
duction de fonte des hauts fourneaux de Wendel. Il en est de même des mines lorraines
appartenant à la société sidérurgique luxembourgeoise, ARBED. Ce sont les mines dites
autonomes qui doivent vendre sur le marché national et international. Usinor, par ail-
leurs, a estimé que ces mines lorraines étaient épuisées, c'est-à-dire que leur exploitation
n'était plus rentable, et a décidé de les fermer.
De 1968 à 1974, la stabilisation de la production de minerai de fer avait été acquise
fectifs. Le nombre de tonnes extraites par mineur et par poste est passé de 32,16 à 45,95,
et le personnel de 13.812 à 10.032. Depuis 1974, la productivité a augmenté légèrement
(47,0 t par mineur et par poste), mais l'effectif est descendu à 8.061 en 1977. L'extrac-
tion, 100% mécanisée, entre dans la phase de l'automatisation par la conduite télécom-
mandée des engins.
La Chambre syndicale des mines de fer françaises a obtenu, au début de l'année
1978, de la Commission de Bruxelles et du gouvernement, une aide financière pour la
CHAPITRE VI
La banalisation de la sidérurgie
6.1. Les hypothèses de Jacques Ferry n'étaient pas « réalistes » et les élections sont
passées. Le Plan acier à peine adopté est dépassé
Des trois conditions jugées « réalistes » par Jacques Ferry pour le succès du Plan acier,
volume de la production devait progressivement se relever pour atteindre 28,5 Mt en
1980. Or, l'année 1977 est plus mauvaise que 1976 : 22,1 Mt au lieu de 23,2, et les
Mt cette année-là. De même, les prix de l'acier devaient se relever, compte tenu de l'éro-
la légère remontée des prix au deuxième trimestre 1977 n'est pas l'annonce d'un renver-
sement de tendance.
Mise à part l'information lâchée par le directeur du Trésor à la commission des finan-
ces du Sénat en novembre 1977, selon laquelle de nouvelles suppressions d'emplois
n'étaient pas à exclure, rien ne sera dit publiquement jusqu'au lendemain des élections
législatives. La vie nationale est totalement bloquée par cette échéance. Les partis du
Programme commun se divisent. Ce n'est pas le moment pour le gouvernement et le pa-
majorité sortante. Et pourtant, l'échec est là, définitif, et le dépôt de bilan logiquement
inévitable. Les sociétés accélèrent les suppressions d'emplois prévues à toutes fins uti-
les. De même, des ateliers sont filialisés permettant de faire passer leur personnel sous
une autre convention collective moins favorable : les ateliers centraux de l'usine Sacilor
d'Hagondange, l'usine Usinor de Sedan et ce qui reste de l'usine de Thionville. On saura,
tionalisées, contre leur gré, ont encore accordé des prêts, au détriment des clients solva-
Dès l'automne, un nouveau plan avait été mis secrètement à l'étude. Huit jours après
le deuxième tour des élections, qui donne à la majorité une victoire dont elle n'est pour
presque rien, plusieurs journaux annoncent l'existence d'un deuxième Plan acier. La
Chambre syndicale de la sidérurgie dément aussitôt. Un mois plus tard, le ministre de
l'Industrie, M. Giraud, déclare qu'il vient de recevoir une étude très précise sur l'évolu-
tion de la sidérurgie française d'ici à 1985 par cette même Chambre syndicale.
Usinor annonce en juin 5.000 nouvelles suppressions d'emplois, réparties essentiel-
dent du Directoire, Pierre Celier, déclare : « Dans l'immédiat, des concours financiers
vons après vingt ans de blocage des prix et quatre ans de crise ». Ugine-Acier décide en
juillet la fermeture de l'usine de Moutier. On apprend qu'un rapprochement est à l'étude
entre Usinor et la Société sidérurgique Chatilon-Neuves-Maisons, une des trois sociétés
industrielles contrôlées par le holding CICC, créé un an plus tôt. Dans l'attente des ré-
sultats de l'étude, la construction de l'aciérie de Neuves-Maisons est suspendue. En août,
tallurgique de Normandie, qui se considère au bord de la faillite. En septembre, Vallou-
rec et Cockerill créent une société, dont Vallourec détient 63,9% du capital. Elle est
spécialisée dans les petits tubes d'acier soudés et représentant 12 à 15% de la production
du Marché commun dans cette catégorie.
Raymond Barre a récemment juré ses grands dieux à la télévision qu'il avait été, de
fait, trompé lors de la préparation du Plan acier par le patronat de la sidérurgie, qui lui
assurait une reprise de la demande d'acier pour fin 1977, et que ce n'est pas pour des rai-
née est encore perdue.
des sociétés sidérurgiques. Les mesures financières qu'il a décidées et les choix in-
dustriels qu'il a fixés résultent d'un chassé-croisé d'intérêts et de contraintes des
holdings sidérurgiques, du patronat des industries de transformation, et du gou-
vernement
Les sociétés sidérurgiques sont en état de faillite. Mais, le dépôt de bilan est impossible.
notamment depuis 1973. Le retrait de la France dans le domaine sidérurgique est politi-
quement et socialement inacceptable et économiquement dangereux. L'hypothèse ce-
pendant a été étudiée. L'intégration européenne n'est pas suffisamment avancée,
notamment dans les esprits, pour qu'un retrait de la France ne soit pas considéré comme
une capitulation par 80% des Français. La reconversion des bassins sidérurgiques pose-
rait dans le contexte du chômage actuel des problèmes insolubles. Le patronat des in-
dustries de transformation françaises est à la fois paniqué par la ponction énorme que le
dans l'hypothèse d'un retrait de la sidérurgie, de devenir trop dépendant au niveau des
lier à la politique de sauvetage. Par contre, la politique qui consisterait non seulement à
sauver, mais aussi à développer la sidérurgie n'a pas son soutien. Il ne croit pas à une
reprise forte de la demande, il ne veut pas que la sidérurgie mobilise à ses dépens des
capitaux encore plus importants.
Dans la perspective du sauvetage, plusieurs formules étaient possibles. Une première,
typiquement capitaliste : la formation de groupes beaucoup plus puissants. Il semble
qu'ait été envisagée la constitution d'un groupe belgo-sarro-franco-luxembourgeois avec
Marine-Wendel, 1'ARBED, Rochling-Burbach, Neunkirchen, et le « Triangle de Char-
leroi ». La constitution d'un autre groupe avec Usinor, Cockerill (Belgique) et le groupe
germano-néerlandais Estel, était envisageable également.
Le premier groupe, qui a une forte proportion de sa production consacrée aux pro-
duits longs, pourrait réaliser une rationalisation importante et cumuler les aides inévita-
1'ARBED luxembourgeoise qui, bien qu'ayant additionné elle aussi les déficits, a la
structure financière et industrielle la plus « saine ». Il aurait fallu que Marine-Wendel ne
soit qu'un partenaire, au mieux à égalité avec 1'ARBED. Enfin, les autres sidérurgies
européennes auraient été opposées à un regroupement aussi important, qui serait devenu
le troisième groupe mondial. Les gouvernement belge et luxembourgeois, bien que très
européens, auraient certainement hésité. L'autre regroupement possible, avec des socié-
tés orientées vers les produits plats et s'approvisionnant en matières premières d'Ou-
tre-Mer, aurait été, lui aussi, un groupe considérable: devenant le deuxième du monde,
avant l'US Steel, et talonnant la Nippon-Steel. Mais, là aussi le commandement serait
revenu à une société étrangère : à Estel, en raison de son « poids » et de sa meilleure
situation financière. Les réactions des autres sociétés, des partis politiques, des syndicats
transnationales dans la sidérurgie sont considérables. En Europe, il n'existe que le
groupe Estel (Hoesch et Hoogoven) et récemment, 1'ARBED, qui a pris le contrôle des
usines sarroises (à l'exception de Dilling de Marine-Wendel) et de la MMRA belge.
Une autre formule capitaliste serait la prise de contrôle des sociétés sidérurgiques par
groupes assez puissants dans ce secteur. De plus, ils sont confrontés à des problèmes de
reconversion et de redéploiement de leurs propres activités qui rendent impossibles de
plus grandes ambitions de leur part.
La troisième formule est le rassemblement des sociétés sidérurgiques dans une entre-
Elle rassurerait la gauche, les syndicats, les travailleurs et les régions concernées. Elle a
le mérite de permettre une rationalisation des productions, de supprimer définitivement
les doubles emplois et la concurrence déplacée. Les actionnaires principaux des sociétés
sidérurgiques, étant « faillis », ont peu de poids pour s'opposer à une nationalisation. La
réticence vient du reste du patronat. Une entreprise nationalisée peut lui fournir de
l'acier à bon prix. Les services d'EDF-GDF, par exemple, sont parfaits. Mais ce n'est pas
une certitude. Politiquement, le gouvernement peut être amené à le contraindre à parti-
ciper au redressement de la sidérurgie en imposant des prix plus élevés. De plus, la
plète opposition avec ses thèses libérales.
La solution choisie est une solution de compromis qui laisse des portes de sortie.
Pour éviter une ponction trop forte sur le budget national, préoccupation majeure du pa-
tronat des industries de transformation, il n'est pas question d'augmenter ni même de
prévoir une augmentation de capacité de production d'acier. Il faut garder les installa-
tion de certains produits sidérurgiques. Il suffit que l'industrie de transformation fran-
çaise soit alimentée par les produits laminés que la sidérurgie française fabrique à bon
prix. Pour les autres produits laminés, elle s'approvisionnera ailleurs.
Cette orientation a l'avantage de correspondre à l'orientation libérale et européenne
du gouvernement actuel, et aux recommandations de la Commission de Bruxelles. La
concurrence n'a-t-elle pas pour but, en théorie libérale, de spécialiser les producteurs
dans les produits qu'ils savent produire au meilleur prix, donc de provoquer une rationa-
lisation favorable au développement économique et aux consommateurs ? La spécialisa-
tion des producteurs est de plus conforme à l'esprit du Marché commun et permet une
interpénétration accrue des économies européennes. La sidérurgie est une industrie
comme les autres. Il n'y a pas de raison de vouloir faire tous les types d'acier, comme
l'explique Raymond Barre dans une interview à L'Expansion. Mais la logique de cette
orientation est d'une part de rendre toujours plus illusoire la planification à l'échelle na-
tionale, et d'autre part de rendre toujours plus indispensables des décisions au niveau
européen, donc à terme de poser le problème de décisions qui ne soient plus prises à
plus pour le reste du patronat que les actionnaires principaux des sociétés sidérurgiques
Le gouvernement adopte la formule d'une prise de contrôle majoritaire temporaire
tion au capital des deux sociétés, en précisant que lorsque les deux sociétés seront remi-
ses à flot, les anciens actionnaires majoritaires pourront en reprendre le commandement,
en remboursant alors leurs dettes. Il impose aussi que Vallourec, contrôlé par DNEL,
holding d'Usinor, et les aciéries de Dilling contrôlées par Marine-Wendel, qui sont des
sociétés faisant des bénéfices, soient inclus dans les nouveaux groupes pour contribuer
aussi au financement du redressement. Dans l'immédiat, les anciens actionnaires ne
peuvent retirer leur capital et peuvent être éventuellement contraints à participer au fi-
nancement à venir. La fiction de la non-nationalisation est maintenue. Mais il n'est pas
exclu aussi que le retour dans le secteur privé soit réalisable, au moins pour Usi-
nor-Vallourec. La bonne orientation des produits d'Usinor et leurs qualités, la forte pro-
et la rentabilité de Vallourec peuvent produire de bons résultats financiers dans des dé-
lais pas trop éloignés, avec un peu de chance, par exemple une reprise nette de la de-
mande des produits plats. Il est à noter aussi que dans les holdings créés pour contrôler
Sacilor et Usinor, DNEL et Marine-Wendel gardent la minorité de blocage.
Le « bon choix » en matière industrielle eût voulu que les sociétés de constructions
mécaniques et d'aciers spéciaux contrôlées par DNEL et Marine-Wendel rentrent dans
les nouveaux groupes pour assurer une valorisation maximale de l'acier, donc des béné-
fices plus importants et rapides. La précaution prise, l'année précédente, par Ma-
rine-Wendel en mettant l'ensemble Creusot-Loire, Carnaud-Basse-Indre, les Forges de
Gueugnon, etc. à part de Sacilor-Sollac, trouve maintenant sa justification. Ma-
capitaux et des bénéfices de son deuxième ensemble industriel. On comprend aussi la
lenteur de DNEL à répondre à la demande de restructuration financière et industrielle
faite par le gouvernement au moment du Plan acier, et finalement la non-réalisation de
cette restructuration. Mais également, le patronat des Industries de transformation est
vraisemblablement favorable à la non-intégration de ces sociétés de constructions mé-
caniques et d'aciers spéciaux dans le groupe Usinor et le groupe Sacilor-Sollac. S'il veut
que les holdings sidérurgiques paient au maximum la facture, il ne veut pas non plus
que se forment des groupes industriels intégrés étatisés qui pénètrent dangereusement
sur son terrain.
L'analyse du montage financier est intéressante pour envisager les évolutions possi-
bles et constater le traitement différent fait à DNEL et à Marine-Wendel. Dans les deux
parti ainsi : Crédit national 10% ; Caisse des dépôts : 30% ; GIS : 15% ; Banques : 30%
Marine-Wendel dans l'autre, une société holding qui contrôlera les sociétés industrielles.
Mais les sociétés financières, DNEL et Marine-Wendel ont aussi des participations di-
rectes dans les sociétés industrielles.
Le nouveau holding d'Usinor est détenu à 51% par la société financière qui a par ail-
leurs directement 21% des actions d'Usinor. DNEL détient 49% du holding et 21%
trôle effectif, la position de DNEL reste donc très forte. Il lui suffirait, le moment venu,
de racheter des actions du public pour redevenir majoritaire. Par ailleurs, la société
holding n'a que 25% de Vallourec, dans lequel DNEL participe directement à 23,4%, le
reste des actions étant dans le public. Il n'est pas sûr dans ce cas que DNEL perde le
contrôle de Vallourec. Les répartitions d'actions mentionnées ci-dessus vont être pro-
chainement bouleversées par l'absorption pure et simple de Neuves-Maisons-Chatillon
par Usinor. Il est difficile d'entrevoir pour l'instant la nouvelle répartition.
Dans le cas de Sacilor, la société financière détient 67% du holding et directement
23,2% de Sacilor. Marine-Wendel : 33% du holding, et 10,8% de Sacilor. 12,3% des
actions de Sacilor sont dans le public. Le holding a donc 53,7% de Sacilor. Même en
rachetant les actions du public, Marine-Wendel ne peut pas redevenir majoritaire, mais
il a la minorité de blocage dans le holding. En ce qui concerne Dilling, la société bénéfi-
ciaire, le holding a 33% et Marine-Wendel 26,5%. De plus, l'accord passé avec le gou-
vernement stipule « Les résultats de cette société (Dilling) seront, pendant les cinq
premières années, prêtés à Sacilor à titre d'avances non rémunérées ; ultérieurement,
ils pourront être normalement distribués ». Donc, même si Marine-Wendel peut repren-
dre théoriquement le contrôle de Dilling, les engagements pris l'en empêchent, dans les
cinq années à venir. Sollac, on le sait, est détenue à 64,3% par Sacilor et à 25,1% par
Dilling. Sollac a 50% des actions de Solmer, les 50% autres sont à Usinor. L'absorption
des Aciéries de Pompey et de la Société Métallurgique de Normandie est encore à
On voit donc que les mesures financières adoptées par le gouvernement sont le résul-
tat d'une série de chassés-croisés d'intérêts des sociétés sidérurgiques, du patronat des
Industries de transformation et du gouvernement. Cependant sous l'aspect d'un plan
d'assainissement financier, le plan gouvernemental correspond à une politique indus-
dans ce secteur, il favorise une politique de spécialisation des producteurs européens et
une interpénétration accrue des économies de la CEE. Il vide de contenu possible la
planification à l'échelle nationale et contribue à rendre inéluctable la question politique
des institutions supra-nationales.
6.3. Les mesures prises par Sacilor-Sollac dissocient réduction d'effectif et ferme-
ture d'usines. Elles évitent de cumuler révolte ouvrière et révolte locale. Mais,
même après les fermetures d'usines qui se feront dans un deuxième temps, l'en-
semble industriel qui restera ne sera pas sans poser problème, d'un point de vue
capitaliste
Le principe des mesures prises est de supprimer les feux continus en 4 x 8 sur les instal-
lations les moins productives à Hayange, à Hagondange et à Rombas, et de passer au
régime 3 x 8 ou 2 x 8. Ainsi, c'est entre un quart et un tiers de l'effectif qui doit être sup-
primé. C'est une simple adaptation à la demande en baisse. Sur les installations compéti-
régime discontinu y sera instauré. Cela concerne Sollac, Gandrange, les trains continus
plois, dont 2.500 licenciements. Par contre, aucun arrêt d'installation n'a été annoncé,
mise à part la fermeture de la cokerie et des hauts fourneaux d'Hagondange, ramenant la
capacité de production de fonte de Sacilor-Sollac à 5,6 Mt. Les mesures de Saci-
lor-Sollac apparaissent donc comme une simple adaptation à la demande et une volonté
d'assainissement financier. La productivité devrait atteindre 6 h 48 d'ouvriers et em-
ployés à la tonne à Sacilor, et 6 heures à Sollac, en 1980. Il y a vraisemblablement der-
rière ces mesures une tactique « sociale ».
Lorsque la tension sociale sera retombée, des installations et des usines seront très
vraisemblablement fermées purement et simplement. Une partie du personnel sera mu-
tée dans les usines conservées, qui alors passeront en totalité en régime continu. Ainsi,
les réductions d'effectifs actuelles peuvent être dissociées des fermetures d'usine. La ré-
volte ouvrière ne se cumule pas avec une révolte locale. Déjà, M. Mayoux, nouveau
PDG de Sacilor-Sollac, a laissé entendre que l'usine d'Hagondange devrait vraisembla-
même sort les huit hauts fourneaux de Rombas (dont six refaits depuis 1973), qui ne
produisent que 2 Mt/an, les trains à fers marchands d'Homécourt et de Knutange, le train
à billette et le blooming de Rombas. Les hauts fourneaux de Rombas ne sont en sursis
que parce que Sacilor n'a pas les moyens financiers de les remplacer par un ou deux
hauts fourneaux de grande capacité. De plus, toutes les sidérurgies restructurent à tour
de bras et augmentent leur productivité. Le seuil au-dessous duquel une installation n'est
plus compétitive en sera encore relevé.
Il existe aussi une inconnue. L'absorption de la SMN (Société Métallurgique de
tion de ce livre. L'usine de Mondeville, près de Caen, de la SMN a notamment une acié-
rie à oxygène pur LDAC de 1,15 Mt/an depuis 1977, un train continu à fil neuf de 1973
(0,5 Mt/an) et un train à fers marchands de la génération de celui de Gandrange. Par ail-
leurs, la SMN a, à Montereau, une mini-aciérie de 0,2 Mt de capacité, mise en service
en 1975. Elle est filialisée, en partage 50/50 avec Korf. Si l'absorption s'effectue, le train
de 420 kg contre 1.200 kg pour les autres, n'est-il pas menacé, dans l'hypothèse d'un
non-relèvement de la demande de fil machine ? Enfin, la fermeture de l'usine d'Hagon-
dange avec ses trains à fers marchands ne sera-t-elle pas précipitée ?
L'ensemble industriel Sacilor-Sollac qui resterait ne serait pas non plus, d'un point de
vue capitaliste, sans problèmes. La division des produits longs serait constituée par les
Gandrange (4 Mt), mais qui est handicapée par son four Kaldo, avec son blooming et la
machine à coulée continue à trois lignes dont la construction est prévue ; par le train à
capacité de 0,5 Mt/an (mais ils datent respectivement de 1955 et 1957, et ils ont été mo-
dernisés en 1971 pour le premier, en 1969 et 1977 pour le second) ; par les trains à pro-
filés lourds de Rombas (palplanches), d'Hayange (poutrelles et rails) ; par le train à fers
marchands de Gandrange installé en 1967; le train à larges plats à tôle forte d'Homé-
court, qui date de l'entre-deux guerres et qui a été modernisé en 1973. Tout ça ne fait
pas encore un ensemble très cohérent, et la productivité des différentes installations n'est
toujours pas au même niveau.
fourneaux d'Hayange-Patural (reconstruits et automatisés entre 1975 et 1977, alimentés
gène pur LWS de 3,2 Mt de capacité et peut-être 4 Mt si le troisième convertisseur est
construit; le slabbing et les trois machines à coulée continue à deux lignes en cours
d'installations; le train à large bande ; et les trois trains à froid, dont un qui vient d'être
rénové. Cet ensemble fait problème au niveau des hauts fourneaux et du train à large
bande. Les hauts fourneaux vont faire partie de la catégorie des petits hauts fourneaux,
les moins de 2.000 t/jours, après la vague actuelle de rationalisation en Europe. Quant
au train à large bande, il va atteindre les trente ans d'âge, durée considérée comme limite
pour une installation sidérurgique. C'est une performance étonnante que d'être parvenu à
transformer un train de 0,7 Mt de capacité initiale en un train de 3,2 Mt ! Mais il est des
caractéristiques que l'on peut difficilement modifier : la « largeur de table », les épais-
seurs et les qualités de tôles possibles et la taille des bobines. Tout va dépendre de la
clientèle : se contentera-t-elle longtemps de la gamme restreinte des tôles de Sollac ? La
nouvelle modernisation du train à large bande le prolonge de quelques années. Elle ne
garantit pas que Sollac renouvelle son bail avec la Lorraine pour 25 ans.
La direction de Sacilor-Sollac déclare, quant à elle, que l'on ne construit pas des acié-
ries neuves comme celle de Gandrange ou de la Sollac pour 10-15 ans, mais pour 25-30
ans. Ce serait vrai si dans les années récentes, on n'avait pas vu trop d'exemples d'instal-
lations modernes abandonnées, parce qu'insérées dans un ensemble industriel dépassé.
Les Lorrains seraient certainement plus persuadés de la volonté de Sacilor-Sollac, si, par
exemple, elle annonçait la construction d'une centrale de fonte commune à Sacilor et
Sollac, du type de celle qui est prévue par les usines sarroises, avec trois ou quatre hauts
fourneaux de grande capacité, ainsi que la commande d'un nouveau train de laminage
continu. Ils croiraient également à l'avenir d'un tel ensemble si une politique d'implanta-
tion d'industries mécaniques utilisant et valorisant l'acier lorrain était menée soit direc-
tement par Sacilor-Sollac, soit en étroite collaboration avec ce groupe.
C'est un tel plan industriel à long terme que réclament les organisations syndicales,
alors qu'on ne leur présente que des mesures de court terme pour rétablir l'équilibre fi-
nancier, et qu'on refuse de prendre des engagements et des décisions pour plus tard. Les
usines de constructions mécaniques et d'aciers spéciaux de Marine-Wendel font cruel-
lement défaut maintenant pour élaborer un plan industriel conséquent.
6.4. Les mesures prises par Usinor sont, comme à l'accoutumé, brutales et radica-
les. Denain est condamné, y compris vraisemblablement son train à large bande
dans les cinq ans à venir. La solution adoptée pour les usines de Lorraine témoigne
d'une volonté de minimisation des coûts d'investissement pour tirer profit au
maximum des installations existantes encore compétitives, le temps que ça durera
Les principes sont simples : pourquoi laisser sous-utilisés les quatre hauts fourneaux et
les deux aciéries d'Usinor-Dunkerque extrêmement productifs, et faire fonctionner les
deux hauts fourneaux de Denain et son aciérie, tombés à la limite de la compétitivité
avec la chute des prix ? Pourquoi construire deux aciéries à oxygène pur en Lorraine,
une à Neuves-Maisons et l'autre à Longwy, alors que, compte tenu des perspectives du
marché dans les cinq ans à venir selon la Direction, la capacité d'une seule suffit ? La
situation financière désastreuse ne permet plus de subtilité. Le plan qui en découle est
simple.
En ce qui concerne les produits plats, la fonte et l'acier seront produits à Dunkerque
qui, en concentrant la production de Denain, pourra passer de 4 à 6 Mt de production,
pour une capacité de 8. L'acier sera laminé à Dunkerque (4,5 Mt) et sur le train à large
bande de Denain (2 Mt) qui sera modernisé et qui recevra les brames d'acier par le canal
Dunkerque-Valenciennes (mis inutilement à grand gabarit, puisque le minerai d'Ou-
tre-Mer ne viendra plus à Denain).
Si des augmentations de capacité apparaissaient nécessaires, elles se feraient sur
Solmer. Au total, la capacité de laminage de tôles fines serait maintenue à 9/10 Mt. Le
laminage à froid continuera à Montataire (1,9 Mt), Mardyck (1,3 Mt), et Biache (0,65
Mt) apporté dans l'ensemble Usinor par Neuves-Maisons-Chatillon. Par contre, la petite
usine de Blagny serait fermée. L'usine d'Isbergues (également amenée par NMC), très
moderne et spécialisée dans les aciers à grains orientés pour les tôles magnétiques et les
divisions opérationnelles du nouveau Usinor : les aciers de marque Chatillon. En ma-
tière de tôles fortes, le train de Longwy est maintenu (sa conduite est automatisée depuis
1977). Le train à tôles fortes de Dunkerque serait doublé, et ainsi porté à 1,2 Mt.
Cette réorganisation des usines à produits plats implique 5.400 suppressions d'em-
plois d'ici fin 1980. Le train à large bande de Denain date de 1950. Il correspond à la
génération des premiers trains à large bande. Il est clair, pour les travailleurs de Denain,
que sa modernisation actuelle ne fait que le prolonger de quelques années. L'arrêt des
hauts fourneaux et de l'aciérie est le début de la fin de la sidérurgie dans le Valencien-
nois. Si la concurrence s'aiguise encore dans les années à venir, il ne fait pas doute, d'un
point de vue capitaliste, qu'il sera préférable de reporter la production sur Solmer qui ne
tourne pas à pleine capacité, et dans un deuxième temps, d'engager la deuxième tranche,
plutôt que de conserver le train de Denain.
Pour les produits longs, Usinor a fait le choix depuis longtemps de ne conserver que
la production du fil machine et des grosses et moyennes poutrelles. Les fers marchands
et ronds à béton sont produits dans les mini-aciéries filialisées, ALPA (0,2 Mt), Méta-
lescaut et Brévilly. L'aciérie électrique de l'usine de Thionville, qui est devenue une
mini-aciérie, n'est pas encore filialisée. Elle va être dotée d'une coulée continue.
Des trois trains continus à fil, Usinor n'en conserve que deux : celui de Longwy (da-
tant de 1964, modernisé en 1976, de 0,7 Mt de capacité) et celui de Neuves-Maisons
(datant de 1973, et de 0,4 Mt de capacité). Par contre, le train continu à fil d'Anzin
(construit en 1963, mais non modernisé depuis, et de 0,44 Mt de capacité) doit être arrê-
l'usine de Longwy. Il y avait également un train à fil à l'usine de La Chiers à Longwy
(datant de 1951), mais dont l'arrêt avait été décidé, nous l'avons vu, dans le cadre de la
fusion Neuves-Maisons-La Chiers en 1976. L'usine est en cours de fermeture.
Usinor conserve deux trains à grosses et moyennes poutrelles celui de Valencien-
nes-Trith-Saint Léger (de 1961, modernisé en 1978, de 0,24 Mt de capacité) et celui de
l'usine de Longwy (de 1965, modernisé en 1977, de 0,7 Mt de capacité). Le train à
moyennes poutrelles de Neuves-Maisons semble devoir être arrêté. Le train de Valen-
ciennes doit être alimenté en brames venant de Dunkerque. Ces choix faits, restait la
question de l'alimentation des trains de Longwy et de Neuves-Maisons.
L'usine de Longwy possède cinq hauts fourneaux, de moins de 1.300 t/j, produisant
ensemble 1,3 Mt/an, une aciérie Thomas de 1961, dont deux convertisseurs transformés
en OBM, qui devait être remplacée par une aciérie à oxygène pur et une coulée conti-
la construction d'une aciérie à oxygène pur OBM de petite capacité : 0,9 Mt/an en pre-
mière phase avec deux convertisseurs pour alimenter son train continu à feuillards. Elle
a effectivement commencé à la construire. L'usine de Neuves-Maisons a deux petits
hauts fourneaux en service, faisant 0,7 Mt/an, une aciérie à oxygène pur OBM, de petite
capacité (0,8 Mt/an en première phase), mais qui pourrait être agrandie, et une coulée
continue en construction. Elle est située, on s'en souvient, dans la zone de Nancy, sur la
Moselle canalisée.
Dans les deux cas, Longwy et Neuves-Maisons, les hauts fourneaux sont à remplacer
à plus ou moins long terme. Les capacités des trains à produits longs de Longwy font au
total 1,4 Mt, contre 0,4 Mt à Neuves-Maisons. La logique aurait commandé de cons-
truire d'abord l'aciérie à oxygène pur à Longwy. Mais les deux usines appartiennent
alors à deux sociétés différentes, qui n'envisageaient pas, à tort, qu'elles auraient à fu-
sionner dans peu de temps. Neuves-Maisons-Chatillon décide donc d'abord de cons-
truire une aciérie à oxygène pur. En 1978, la fusion Usinor-NMC ayant été décidée, la
direction se retrouve dans une situation absurde. Nouvelle illustration du gaspillage que
provoque la rationalisation capitaliste.
Syndicats et partis de gauche déclarent qu'il faut à la fois terminer l'aciérie de Neu-
ves-Maisons et en construire une à Longwy. La nouvelle direction d'Usinor, issue de la
ves-Maisons et engage des pourparlers avec Cockerill, pour que l'aciérie à oxygène pur
de son usine de Rehon alimente l'usine proche d'Usinor à Longwy. Pour cela Usinor est
prêt à financer la construction d'un troisième convertisseur. L'usine de Rehon devien-
drait une filiale commune à Cockerill et Usinor. Enfin, le surplus d'acier de Neu-
ves-Maisons irait à Longwy. La population du bassin sidérurgique de Nancy est
soulagée. C'est en revanche l'explosion de colère à Longwy. L'ancienne direction d'Usi-
nor dénonce le choix fait.
sions d'emplois, d'ici fin 1980, en comptant la fermeture de La Chiers (Longwy) déjà
prévue au Plan acier. Le schéma adopté minimise toutes les dépenses à court terme. Il
ajuste strictement la capacité de production de métal à la capacité d'absorption des
trains. Deux questions se posent : ce nouvel ensemble industriel est-il viable ? Si oui,
n'y aura-t-il pas insuffisance de capacité, dès la reprise de la demande ?
Le schéma adopté ne témoigne pas de la part d'Usinor d'un grand dessein sidérurgi-
que pour la Lorraine, mais d'une minimisation des coûts pour tirer profit au maximum
des installations existantes qui sont encore compétitives, le temps que ça durera. Mais
après ? Comme en Europe et ailleurs, toutes les sociétés sidérurgiques rationalisent et
augmentent la productivité, la durée de vie du nouvel ensemble lorrain d'Usinor (forte-
ment diminuée) n'est peut-être pas très longue. C'est bien ce que sentent les travailleurs
de Longwy. Ne va-t-on pas également découvrir en 1981 qu'il ne vaut plus la peine
d'envisager des hauts fourneaux neufs à Neuves-Maisons et que la fonte n'étant plus
calculs de la Direction d'Usinor sont justes, si les produits sont compétitifs, ne va-t-on
pas manquer de capacité de production de métal ? C'est ce que pense la CGT.
Pour ses autres sociétés, Usinor vient de créer une quatrième division opérationnelle,
les Ateliers forges et fonderie, qui rassemblent l'atelier de l'usine de Thionville et de Se-
dan. Enfin, Usinor possède des usines de tréfilerie et de câblerie qui lui viennent no-
tamment de La Chiers-Chatillon-Gorcy. Un plan de restructuration est en cours
les intentions d'Usinor sont plus claires que celles de Sacilor-Sollac, Usinor n'a pas
conçu, lui non plus, de véritable plan industriel de développement.
rurgie, en offrant peu de contreparties. Les travailleurs, le dos au mur, réagissent
par la violence, et le harcèlement permanent dans toutes directions
Au total, le plan de sauvetage prévoit 21.750 suppressions d'emplois du 30 avril 1979 à
fin 1980, dont les 3/4 environ en 1979. Jamais, depuis 1966, un aussi grand nombre
d'emplois doit être supprimé en si peu de temps. Le Plan Professionnel prévoyait 15.000
emplois en cinq ans sans licenciement. Le Plan de conversion : 10.500 en quatre ans
sans licenciement. Le Plan acier 16.000 en deux ans, avec licenciements. Maintenant, il
s'agit de 21.750 emplois en 18 mois, également avec licenciements.
Usinor-Chiers-Chatillon supprimerait 12.500 emplois sur 47.800 salariés. Saci-
lor-Sollac, 8.500 sur 35.800. 14.000 suppressions d'emplois concernent le bassin sidé-
rurgique lorrain. M. Giraud, ministre de l'Industrie, a laissé entendre qu'il y aurait, dans
un premier temps, entre 14.000 et 16.000 licenciements sur les 21.750 suppressions
d'emplois.
L'ampleur de ces chiffres, la brutalité de leur annonce, leur présentation sans contre-
partie, la condamnation pure et simple de deux villes : Longwy et Denain, sont surpre-
nants. Est-ce pensable que le gouvernement n'ait pas imaginé les réactions que ces
décisions allaient provoquer ? De plus, il n'était pas sans savoir que les emplois nou-
veaux annoncés en 1977 par des constructeurs automobiles étaient loin d'avoir été créés,
et que la régie Renault avait même réduit son programme pour Thionville de 1.100 à
850 emplois ont été créés, alors que la sidérurgie en supprimait dans le même temps
5.075, sans compter la disparition d'emplois chez des sous-traitants, dans les services
publics, en raison de la dépopulation, et la disparition de commerçants, etc. Quelle tac-
tique a-t-il préparé ? Constatant que les 16.000 emplois du Plan acier avaient été fina-
lement rapidement supprimés, sans gros remous sociaux, alors que la gauche était dans
sa phase ascendante, le gouvernement a-t-il estimé qu'après un baroud d'honneur le plan
de compression d'effectif pourrait se dérouler au moindre coût ? A-t-il pensé que la gau-
che s'était suffisamment déconsidérée dans les derniers mois pour juger qu'il n'avait rien
à craindre de sérieux de ce côté-là ? A-t-il placé la barre volontairement bas au départ,
pour que sa marge de compromis soit plus large? A-t-il joué le grand coup pour provo-
quer une prise de conscience de la gravité de la situation et des « sacrifices » qui étaient
La violence ouvrière a, de toute façon, déjoué les calculs gouvernementaux, si cal-
culs il y a eu. L'attaque de deux commissariats de police et d'une compagnie de CRS,
hors de toutes provocations immédiates, a brusquement rappelé au bon souvenir de tous
que la lutte de classes passe par des phases variées. Le gouvernement n'a pas mis long-
temps pour redécouvrir alors le rôle essentiel des syndicats, leur « esprit de sérieux et de
responsabilité ». Il a organisé des discussions et des négociations pour eux à des ni-
veaux multiples et avec des interlocuteurs différents : au niveau national avec séparé-
ment le ministre de l'Industrie, le ministre du Travail, les PDG des groupes ; au niveau
régional avec les chambres syndicales patronales ; au niveau local avec les directions
d'usines, et des « comités de bassins » pour « régler les problèmes d'emploi cas par cas
». Mais il a pour l'instant obstinément refusé une conférence nationale tripartite,
d'abord des choix industriels globaux et des mesures concrètes de restructuration. Il a
accepté la création de groupes de travail sur les mines de fer, la question de la cokéfac-
tion du charbon lorrain, la recherche et les aciers fins et spéciaux, sauf sur le problème
urgent : la sidérurgie.
Le gouvernement pratique le stop and go social. Après avoir accédé à la demande de
discussion sur le fond, laissant supposer des modifications, il réaffirme, ainsi que les
PDG, l'intégralité de leurs décisions. Espèrent-ils ainsi éroder la capacité de résistance
des travailleurs et donner le temps aux mesures sociales de jouer leur rôle de moindre
mal aux yeux des travailleurs lassés et sans perspectives ?
Pour procéder aux réductions d'effectif, le gouvernement se trouve maintenant devant
alors moduler plusieurs moyens. Pour l'instant, les mesures qui semblent d'ores et déjà
acquises sont la pré-retraite obligatoire à 55 ans pour les usines sidérurgiques du Nord et
rait plus assez de travailleurs âgés. « La cessation anticipée d'activités » pourrait être
proposée à 50 ans à certains travailleurs postés et à des invalides. Une « prime d'incita-
tion au départ volontaire » est prévue. Elle serait de 50.000 F, à laquelle s'ajouterait
reconversion vont être créées, offrant des emplois temporaires d'entretien, de mécanique
à des travailleurs licenciés, en attendant l'implantation effective d'industries nouvelles.
Pour Denain, Usinor prévoit la possibilité d'embaucher 960 licenciés dans une société
de reconversion Usinor-services.
Le ministère du Travail étudie même la pré-retraite à 54 ans: son coût serait moins
élevé que le licenciement du nombre de travailleurs correspondants. Et il faut dire aussi
que les indemnités ne seraient pas ainsi à la charge des entreprises. Des comités de bas-
sins sont mis en place pour résoudre les problèmes de reclassement cas par cas, « fa-
mille par famille ».
En matière d'industrialisation des régions touchées par les reconversions industriel-
les, la nouveauté est un nouvel organisme : le Fonds spécial d'adaptation industrielle
doté de 3.000 MF pour inciter à l'implantation d'emplois nouveaux. Comme dit
Raymond Barre : « la solidarité nationale commence à jouer »... à défaut de planifica-
tion et de dessein régional. En économie libérale, il ne reste plus que les bons senti-
contribution, mais cette fois-ci pour le Nord et les Ardennes : 5.100 emplois sur les
7.800 annoncés. La Lorraine devra attendre : 925 emplois nouveaux seulement, dont
191 pour le bassin sidérurgique de Lorraine du Nord. Boulogne, frappé par l'arrêt de Pa-
ris-Outreau, doit se contenter de l'élargissement d'une route... Mais comme nous som-
mes sous le règne du coup par coup, rien n'est définitif.
Le ministre de l'Industrie refuse absolument que des engagements soient pris dans la
Convention sociale concernant à la fois les mesures sociales pour les travailleurs tou-
chés par les réductions d'effectif et les créations d'emplois. La liberté de décider doit
fication » gaulliste, Giraud redit en substance dans ce cas ce qu'il a dit à propos de la
sidérurgie : « Nous ne voulons pas que les hauts fonctionnaires ou les ministres se subs-
tituent aux chefs d'entreprise pour prendre leurs décisions, la confusion en ce domaine
6.6. Le coût de la faillite
Sacilor-Sollac ont 37.700 MF de dettes, dont 27.200 MF à long terme. Le paiement des
intérêts de ces emprunts s'élève à 3.500 MF par an, non compris donc le remboursement
des emprunts eux-mêmes, soit 13% du chiffre d'affaires actuel des sociétés concernées.
Le but du plan financier est de réduire fortement le « service de la dette », de reporter
le remboursement des emprunts le plus tard possible, sans pour autant décourager les
prêteurs, et de reconstituer les fonds propres des sociétés pour qu'elles n'aient pas à em-
prunter tout de suite à nouveau.
sont les suivantes. Les fonds propres sont reconstitués pour l'essentiel par conversion
d'une partie des créances de certains prêteurs en participation au capital de deux sociétés
financières contrôlant, directement, et indirectement par des holdings, les sociétés sidé-
le Crédit national, 10% ; les banques, 30% ; le GIS, 15%). Ce n'est donc qu'une faible
partie des créances de ces prêteurs qui sont transformées en actions. Les anciens action-
naires pourront ainsi ne pas être représentés de manière ridicule dans le capital des so-
ciétés sidérurgiques.
Il existe quatre groupes de créances qui font l'objet de solutions particulières. Les
formés en actions) sont modifiées pour permettre « d'en atténuer la charge en intérêts et
d'en étaler le remboursement aussi longtemps que les résultats des sociétés l'exige-
ront ». Le gouvernement n'a pas cru devoir donner plus de précisions pour l'instant. Les
prêts des banques (9.000 MF et 600 MF transformés en actions) sont gelés, les banques
« renonçant aux remboursements prévus ». Elles acceptent également de réduire le
montant des intérêts qui leur sont dus de 80 MF par an, pendant cinq ans (soit 400 MF).
Enfin, elles garantissent, pour 1979, le même montant de crédit que pour 1978. Ce qui
n'est pas dit, c'est comment les banques peuvent se permettre de renoncer aux rembour-
sements et jusqu'à quand elles y renoncent. Leurs fonds propres sont faibles. Quelles
conditions vont-elles obtenir?
Les prêts d'un certain nombre d'organismes, le GIS, le Crédit national et des groupe-
ments divers, soit 13.500 MF, voient leurs remboursements suspendus pendant 20 ans et
d'ici-là les sociétés ne paieront que 0,1% d'intérêt sur les 13.500 MF pendant les cinq
premières années, et 1% ensuite. Mais ces organismes qui recourent au marché obliga-
taire et à la petite épargne doivent assurer normalement le paiement des échéances.
portantes dans les sociétés sidérurgiques pour leur éviter l'effondrement
De toutes les sociétés européennes, les sociétés belges, sarroises et luxembourgeoises
sont celles qui ont subi le recul de production le plus fort (de - 30 à - 50%) et leurs per-
tes sont très importantes. Elles fabriquent surtout des produits longs. Une vaste concen-
tration-restructuration a été décidée sous l'autorité de 1'ARBED (Luxembourg). Cette
société (45% du produit intérieur brut luxembourgeois et 3,8 Mt en 1977) est la seule
société de l'ensemble sarro-belgo-luxembourgeois à pouvoir prendre l'initiative en rai-
son de son faible endettement (40% par rapport à son chiffre d'affaires actuel) et de sa
diversification, malgré ses pertes financières dans le domaine de la sidérurgie.
En juin 1977, 1'ARBED a racheté entièrement (sous condition d'une aide régionale et
fédérale allemande) deux des trois sociétés sidérurgiques sarroises : Röchling-Burbach
(3,4 Mt, dont 0,3 Mt d'aciers spéciaux) et les Aciéries de Neunkirchen (1,3 Mt, dont la
moitié d'aciers spéciaux). La troisième société : les Aciéries de Dilling est contrôlée ma-
joritairement par Marine-Wendel. Mais comme 1'ARBED possède 33% du capital de
Dilling, donc la minorité du blocage, la Commission de Bruxelles ne l'a autorisé à ab-
sorber les deux autres sociétés sarroises qu'à la condition de ramener sa participation
dans Dilling à 25%.
L'ARBED a également pris une participation de 25,01% du capital de la Société bel-
go-luxembourgeoise, la Métallurgique et minière de Rodange-Athus (MMRA). La ma-
qui confient à 1'ARBED la gestion de la société. L'ARBED a également en commun
avec Cockerill une usine de produits plats (train à large bande de 2,3 Mt), localisée à
Gand en Belgique : la SIDMAR, détenue à 62%, qui en est restée à sa première tranche.
Au total, sur la base des productions de 1974, ARBED est un groupe de 12 Mt, deve-
nant le quatrième groupe européen après British Steel Corporation, Thyssen et Italsider.
Rassemblant fin 1977 52.000 salariés, le groupe doit ramener ses effectifs à 40.000. Au
Luxembourg, un haut fourneau de 11 mètres de diamètre de creuset doit remplacer dix
hauts fourneaux anciens, et de même, un grand laminoir continu se substituera à plu-
sieurs trains anciens. En Sarre, il est prévu de construire une batterie de hauts fourneaux
communs à Röchling-Burbach, Neunkirchen, et également à Dilling, en remplacement
de tous leurs hauts fourneaux. Enfin, 1'ARBED a conclu des accords de spécialisation
avec les sociétés belges du « Triangle de Charleroi », très endettées, et de « bon voisi-
nage » avec Cockerill.
Si ces accords préfiguraient une concentration, on aurait là l'amorce de la constitution
du troisième groupe sidérurgique mondial, de 18 à 20 Mt d'acier, après la Nippon Steel
et l'U.S. Steel. Mais les syndicats luxembourgeois et belges s'y opposent. Pour l'instant,
Cockerill et le Triangle de Charleroi demeurent indépendants. Mais il est certain que ces
sociétés sont devenues parmi les plus petites de la CEE (mis à part l'Irlande, le Dane-
mark et les Bresciani) dans le domaine des aciers courants : 5 Mt et 2,5 Mt en 1977.
En mars 1977, les syndicats belges ont obtenu la suspension de mesures de restructu-
ment-sociétés sidérurgiques-syndicats est parvenue à définir un plan réorganisant la
sidérurgie belge en trois groupes : le bassin de Liège avec Cockerill (6,6 Mt en 1974), le
« Triangle de Charleroi » (4,3 Mt) qui rassemble Hainaut-Sambre, Thy-Marcinelle et
doit prendre des participations importantes dans le capital des sociétés. Pour l'instant,
ont été annoncés 30% dans Cockerill, 60% dans le Triangle de Charleroi. 6.000 emplois
seraient supprimés. Les usines du Sud-Luxembourg sont prises en charge par
1'ARBED, comme nous l'avons vu.
En RFA, le déficit de la sidérurgie atteint 400 M de DM par an. Les mesures de res-
tructuration concernent pour l'instant uniquement la sidérurgie sarroise. En 1977, on a
parlé d'une fusion Krupp, Salzgitter et Klockner Werke, qui aurait formé un groupe de
11,5 Mt (production 1976) à la hauteur de Estel (Hoesch-Hoogoven). Mais il n'y a pas
eu de suite. Récemment, le Président des patrons de la sidérurgie estimait que 85% des
capacités de production allemande répondent « aux exigences de la technique mo-
derne», 7,5% peuvent être modernisés, et les 7,5% restants doivent être supprimés.
Est-ce que la constitution du groupe ARBED sarro-belgo-luxembourgeois va amener
Thyssen, Mannesmann ou Krupp à réagir? Pour l'heure, le patronat de la sidérurgie al-
lemande se sent diminué et craint pour l'avenir face aux sidérurgies « subventionnées »
anglaises, italiennes, françaises et belges.
En Grande-Bretagne, les travailleurs avaient réussi à faire échec à un plan de moder-
nisation de la British Steel Corporation, l'entreprise nationalisée, datant de 1973 et pré-
voyant la suppression de 22.000 emplois sur 220.000 et de nombreuses mutations vers
de nouveaux centres sidérurgiques. Depuis 1975, la sidérurgie britannique accumule les
est devenue importatrice nette d'acier. La BSC a abandonné son plan de 1973 qui sup-
créé une filiale, la BSC Industry, qui est chargée de développer des activités de rempla-
cement sur les terrains libérés par l'arrêt d'usines sidérurgiques et d'y reclasser les tra-
vailleurs. Fin 1977, le gouvernement travailliste a donné son feu vert pour la
suppression de 24.000 emplois. La BSC estime qu'elle doit en supprimer encore 40.000.
En Italie, Italsider n'a eu recours qu'au chômage partiel dans deux de ses usines : Ba-
gnoli et Cornigliano. Le gouvernement a reporté la création de la nouvelle usine côtière
de Gioia Tauro, près de Reggio de Calabre, qui est réclamée à cor et à cri par les élus de
enserrée dans l'agglomération de Naples. Teksid, filiale de Fiat, n'a pas de difficulté en
raison de son intégration. Les Bresciani ont commencé à diversifier leur production qui
était à 85% des ronds à béton. Un groupe, le groupe Egam, issu de petites et anciennes
sociétés, notamment la Cogne du Val d'Aoste et la Breda de Milan, a été repris par le
travailleurs concernés.
En Suède, un débat public a eu lieu pour savoir s'il valait encore la peine de fabriquer
de l'acier en Suède. C'est pour des raisons d'autonomie économique et politique que
tauration de la sidérurgie suédoise. Il a pris 25% du capital des deux sociétés privées.
La société sidérurgique nationalisée autrichienne Voest Alpine a pu, grâce à sa
grande diversification, reconvertir 15.000 de ses 40.000 sidérurgistes dans ses activités
de transformation.
SIDEA. Comme Usinor et Marine-Wendel avec Fos, les Altos Homos del Mediterraneo
et l'U.S. Steel ont mis en service, en pleine crise, une usine côtière à Sagonte devant at-
teindre 6 Mt/an. Les finances de la société n'ont pas résisté. Pour d'autres raisons, les
Altos Homos de Viscaya, dans la région de Bilbao, sont tombés également en faillite.
6.8. L'échec de la gauche aux élections, la poursuite de la crise et la faillite de la si-
dérurgie ont conduit la CGT et la CFDT à lier étroitement objectifs économiques
et revendications sociales
Les syndicats réclament avec insistance, avant toute discussion des mesures sociales, la
négociation sur les choix industriels. Cette démarche n'est pas tout à fait nouvelle : ni
pour la CGT ni pour la CFDT. D'une certaine façon, lors de la « Table Ronde des mines
de fer », elles avaient tenté de proposer des choix économiques immédiats permettant de
faire face à la baisse de la demande de minerai. La CFDT, plus pragmatique, a été ame-
née, dans les années récentes, lors de plusieurs conflits dans d'autres secteurs que la si-
dérurgie, à aller plus loin encore en opposant aux plans de restructuration patronaux
d'autres plans industriels plus conformes avec les revendications des travailleurs. On
pense à Lip, par exemple. Le fait nouveau, en particulier pour la CGT, est que cette ten-
dance, souvent imposée par l'événement, est maintenant assumée en tant que telle et
la CGT, le débat a été ouvert récemment par un article de Jean-Louis Moynot, secrétaire
confédéral, dans l'organe officiel de cette organisation, Le Peuple. Il écrit en particulier :
assurer un caractère relativement durable et donner un contenu substantiel aux résul-
tats revendicatifs, il faut bien se préoccuper des conditions économiques qui permettent
le maintien et la création d'emplois, la croissance des ressources, etc. Il ne peut s'agir
seulement de mettre en échec une politique qui aggrave la situation. La crise est une
réalité plus profonde que la politique mise en oeuvre par le pouvoir et que les décisions
des entreprises ou des groupes dans ce contexte. Il y a une réalité objective du mouve-
ment de l'économie dans les rapports de production et d'échanges capitalistes... Il ne
s'agit pas seulement de saupoudrer un peu de propositions industrielles hâtivement éta-
blies sur les luttes pour la défense de l'emploi en vue de leur donner un peu plus de dy-
namisme... II faut proposer en lieu et place de la politique et des décisions actuelles,
quelque chose, des objectifs de restructuration en particulier qui soient réellement sus-
ceptibles de combattre la crise, d'améliorer la situation économique et celle des travail-
leurs... Jusqu'à présent, quand nous évoquons la crise et les développements récents de
la situation économique et sociale du fait de celle-ci et de la politique actuelle, nous en
voyons surtout le côté négatif : le fait qu'il est plus difficile de lutter et d'emporter des
succès sur les bases traditionnelles. Si nous persistions à en rester là, nous risquerions
fort d'être dépassés. En définitive, la crise nous oblige, mais aussi nous permet de por-
ter la lutte sur des objectifs qui touchent aux structures mêmes du système capitaliste
avec des chances réelles, tenant aux conditions objectives, d'aboutir à des résultats ».
de camarades dans la CGT, et qu'elle est en contradiction avec une solide tradition dans
ce syndicat, selon laquelle toute proposition économique précise dans le cadre du sys-
tème actuel risque de conduire à la collaboration de classe. Aux patrons, la gestion de
l'économie. Aux travailleurs et aux syndicats, la lutte pour améliorer la situation sociale.
(J'ajouterai aux partis de gauche de proposer un autre système économique et social, et
des mesures de transition).
C'est cette division des tâches qui ne fonctionne plus. « La crise nous contraint et
nous rend possible de nous emparer dans la lutte des problèmes économiques pour en
davantage de perspectives d'avenir aux luttes d'aujourd'hui... Ce n'est certes pas sans
risques. Mais il y a deux gardes-fous : faire de cette démarche, et notamment de l'éla-
boration de nos objectifs, l'affaire de tous les travailleurs..., développer nos solutions
concrètes dans la perspective des changements fondamentaux pour lesquels nous lut-
tons... »
Cette démarche, qui est dans les faits également celle de la CFDT, amène donc à
mettre en discussion dès maintenant et sans s'en remettre au programme des partis poli-
tiques, le type de production industrielle que l'on veut, le type de relation économique
internationale, le type de modernisation, les modalités d'évolution de l'appareil productif
de chaque région, pour pouvoir définir des mesures industrielles immédiates à revendi-
quer, qui d'une part ne soient pas contradictoires avec ces perspectives, et qui d'autre
part donnent aux travailleurs des pouvoirs et des moyens nouveaux pour faire entrer
dans les faits, leurs objectifs.
Le « mémorandum de la FTM-CGT sur la sidérurgie » et le « Dossier sidérurgie » de
la FGM-CFDT sont des illustrations de cette démarche. Ils présentent, chacun, une poli-
tique industrielle, une modernisation et une restructuration alternative. Ils affirment que
les prévisions de la demande intérieure d'acier par lesquelles le gouvernement justifie la
suppression de certaines capacités de production, sont fondées sur une politique indus-
tés, parce qu'elles sont, elles aussi, non rentables, favorise le redéploiement international
de l'industrie française, désarticule le tissu industriel national, et entérine le fait que cer-
taines branches industrielles essentielles (machines-outils, construction d'équipements)
reste en France faible. CGT et CFDT estiment qu'en menant une politique industrielle
cohérente, notamment dans certains secteurs, et qu'en relançant le Bâtiment et les Tra-
vaux Publics pour répondre aux besoins de logements et d'équipements, la demande in-
térieure d'acier serait supérieure à celle qui était prévue, et donc nécessiterait que la
capacité de production ne soit pas réduite, et même au contraire augmentée pour la
Cette politique industrielle, pouvant être appliquée rapidement, s'inscrit dans la pers-
pective politique de maintenir en France un tissu industriel cohérent, planifiable et
contrôlable encore au niveau national et de maintenir des emplois. Elle permettrait éga-
lement à court terme de limiter la réduction d'effectif. CGT et CFDT préconisent une
véritable articulation sidérurgie-industrie de transformation, fondée par exemple sur des
contrats à moyen terme. Ils demandent qu'à l'adoption de cette orientation soit liée la
En matière d'échanges commerciaux internationaux, des divergences existent entre
les deux syndicats. La CGT considère qu'un volume important d'exportation vers les
pays tiers peut être maintenu et développé, notamment vers les pays sous-développés
(mais n'est-ce pas pour eux aussi une condition de leur indépendance que de se doter
d'une sidérurgie ?). Il reste que CGT et CFDT affirment deux nécessités : la négociation
à l'échelle européenne d'un rééquilibrage des échanges commerciaux d'acier, la nécessité
d'engager des actions internationales pour harmoniser les conditions d'emploi et de tra-
vail. De ce point de vue, la CGT semble vouloir rattraper le temps perdu. Elle multiplie
les initiatives et les contacts. Elle tente avec insistance de rentrer au sein de la Confédé-
ration européenne des syndicats, adhésion à laquelle s'oppose FO en France, et le DGB
allemand. La condition mise est le retrait de la CGT de la Fédération syndicale mon-
derniser et de restructurer, est acceptée. La nouveauté est la tentative de définir une
modernisation qui, au lieu de déqualifier, redonne aux travailleurs initiative et pouvoir
sur leur travail et sur l'outil de production, et qui, au lieu de supprimer massivement des
emplois, donne l'occasion de créer des emplois de remplacement (sous le contrôle des
travailleurs) dans le prolongement même de cette modernisation et de réduire le temps
de travail. Les propositions concrètes immédiates ne sont cependant pas toujours très
claires.
Il reste que c'est la première fois que CGT et CFDT abordent aussi ouvertement le
problème toujours esquivé de la modernisation capitaliste. De ce point de vue, une re-
vendication fondamentale est posée : la possibilité pour les travailleurs de se réunir, au
niveau de l'atelier, sur le temps de travail au sujet des conditions et du contenu du travail
pour définir et imposer une autre façon de travailler. Même si les mesures revendiquées
tendent au maintien de l'emploi, CGT et CFDT admettent de fait, en proposant des me-
sures de diversification industrielle régionale, que la sidérurgie modernisée ne sera plus
créatrice d'emploi, voire même en supprimera quelques-uns, y compris dans leurs hypo-
thèses. Trois principes sont posés : les emplois nouveaux ne doivent pas être parachutés,
sans lien avec l'activité industrielle existante, mais au contraire doivent être liés à la va-
lorisation de l'acier produit ; les travailleurs doivent pouvoir contrôler en permanence
l'évolution de l'emploi et de l'activité industrielle au niveau de chaque bassin sidérurgi-
Cette démarche et ces propositions rassemblent à coup sûr une multitude d'expérien-
ces et d'aspirations des travailleurs. Elles n'ont pas été cependant, leurs auteurs le disent,
le fruit d'une élaboration collective et de masse, condition pour qu'elles provoquent une
mobilisation profonde et durable et pour qu'elles se précisent. Elles sont même présen-
tées, affirme la FTM-CGT, « pour impulser un véritable débat de masse, une véritable
pratique de la démocratie de masse, car nous estimons qu'à notre époque et face aux
collective, par les intéressés eux-mêmes, en rapport avec la situation concrète qu'ils vi-
vent et connaissent, et en rapport avec leurs aspirations, des solutions à apporter pour
l'industrie et les régions. Et c'est sur ce terrain et avec cette pratique qu'il est possible
de progresser dans l'unité entre les diverses organisations, et au-delà même, entre les
différents courants d'opinion et les diverses couches sociales qui composent la réalité
du monde du travail ».
Mais la lutte ayant été engagée le dos au mur, il est peu probable que ces proposi-
tions qui exigeraient des actions méthodiques et sur longue période puissent avoir des
concrétisations immédiates. Il n'est pas sûr, non plus, que leur esprit soit admis par tous
dans chacune des organisations syndicales. Il reste qu'il y a là peut-être l'amorce d'une
autre stratégie et d'une autre pratique syndicale susceptible de permettre des luttes plus
victorieuses à l'avenir.
n'est réalisé en Lorraine rapidement au niveau de la production de la fonte et de certains
laminoirs, c'est un plan de liquidation des usines qui sera annoncé dans peu d'années. La
mise en oeuvre de la démarche précédente peut éviter ce nouveau rendez-vous.
6.9. Sous son aspect « assainissement financier », le plan gouvernemental a une co-
hérence et une logique précise, dont les conséquences politiques ne sont jamais ex-
plicitées
Le faible développement de la demande de l'acier à l'avenir est justifié par l'argument
que les branches d'activités promises à développement consomment moins d'acier que
les branches qui ont porté l'expansion jusqu'à présent. Qu'est-ce que cela sous-entend ?
Cela sous-entend, me semble-t-il, l'acceptation et le renforcement d'une tendance : à sa-
voir que les sociétés capitalistes tendent à reporter dans des pays sous-développés ou «
en voie d'industrialisation » l'extension, voire même à reporter purement et simplement
leurs activités de série ne requérant pas de main d'oeuvre qualifiée, et à concentrer et
maintenir leurs activités de biens d'équipement, de production des moyens de produc-
tion, de conception et de recherches, dans les métropoles capitalistes. Dans cette hypo-
thèse, la demande intérieure d'acier augmenterait peu effectivement, sans que pour
autant l'exportation d'acier augmente, car les industries « redéployées » ont intérêt alors
à s'approvisionner auprès d'autres sidérurgies. On voit donc les conséquences pour les
travailleurs des métropoles capitalistes et le nouveau système de dépendance économi-
que qui se tisse autour des pays sous-développés.
Quand le gouvernement dit que la sidérurgie est une activité comme une autre et qu'il
ne voit pas pourquoi il faudrait fabriquer toutes les sortes de produits sidérurgiques, et
lorsque ce point de vue se traduit effectivement par un retrait immédiat sur certaines
productions et un retrait probable à moyen terme sur d'autres, en raison de l'absence
d'investissement, cela veut dire qu'il préconise une répartition entre producteurs euro-
péens, donc une interdépendance accrue au niveau du produit de base pour toute l'indus-
trie qu'est l'acier. Il en découle que la possibilité d'une planification globale nationale se
pouvoir supra-national s'imposera alors. C'est un choix possible, encore faut-il le dire, et
ne pas en même temps déclarer vouloir une Europe simplement confédérale.
Il est donc vrai que, de ce point de vue et pour l'avenir, le problème de la sidérurgie
française est lié à un choix de politique européenne. Il est par contre faux, me sem-
ble-t-il, au vue des informations que j'ai pu recueillir, d'attribuer la faillite et le déclas-
sement de la sidérurgie française à une domination de la sidérurgie allemande.
Rappelons ici un certain nombre de faits que nous avons vus tout au long de ce livre.
Depuis 1974, les quotas de production, les prix minima, les taxes aux importations
des pays tiers dans l'attente d'accords bilatéraux, ont été réclamés en premier par la
France pour que les prix de l'acier se rétablissent au sein de la communauté à un niveau
qui permette de dégager un minimum de bénéfices. Les quotas de production ont été
négociés entre sociétés avec la Commission de Bruxelles sur la base d'une année
moyenne de production. Le seul Plan Davignon qui existe pour l'instant est celui-là. Ce
n'est donc pas de moins de Plan Davignon dont les sociétés sidérurgiques françaises ont
besoin, mais de plus. S'il y a une responsabilité de la Commission de Bruxelles, c'est,
comme nous l'avons vu, de n'avoir pas suscité un accord plus tôt pour que de telles me-
sures soient prises.
La Commission de Bruxelles ne peut prendre aucune décision sans l'accord de tous
duction d'effectif, et ne peut empêcher aucun maintien, augmentation, ou réduction de
capacité. C'est par contre dans ses attributions d'indiquer ce qui serait souhaitable pour
que la sidérurgie de la CEE conserve sa place. Dès lors, quoi de surprenant qu'elle ne
fasse que préconiser des mesures capitalistes classiques, comme elle le fait depuis
qu'elle existe ? Par contre, c'est bien le gouvernement français, et lui seul, qui a choisi la
politique de banalisation de la sidérurgie et de repli sur certaines productions.
Le poids de la production allemande dans la production de la CECA à 6 est passé de
46,8% en 1960 à 40,0% en 1974 et à 37,1% en 1977. Celui de la France, respectivement
aux mêmes dates, de 23,7% à 20,4% et à 21,1%. Par contre celui de l'Italie est monté de
La balance commerciale avec la RFA a été depuis 1949 négative à cause de l'apport sar-
rois. Le déficit a augmenté, non pas depuis la crise car il reste stable, mais durant la pé-
plus rémunérateurs, laissant libre le marché intérieur. La moins mauvaise santé finan-
cière de la sidérurgie allemande tient à la politique de diversification et d'intégration
aval, et non à une emprise croissante sur le marché européen de l'acier. Au contraire, sa
balance commerciale avec les pays de la CEE est négative. Ce qui est en cause, c'est
donc la politique industrielle menée en France.
La seule fusion de sociétés à avoir été réalisée en Europe depuis la crise, France ex-
ceptée, est celle qui a rassemblé, autour de l'ARBED luxembourgeoise (déficitaire
comme toutes les sociétés), les usines sarroises et de la sud-Belgique, dont personne ne
voulait, et en faillite totale. L'ARBED n'a accepté de restructurer ces usines qu'avec
l'aide financière de la RFA et de la Belgique.
Une guerre commerciale, désastreuse pour les prix, a eu lieu avec les sidérurgies
belge et luxembourgeoise dans les années 1961-1968. Ces sidérurgies, très fortement
exportatrices en raison de l'étroitesse de leur marché intérieur, ont déversé sur le marché
étaient refoulées, par le Japon notamment. Durant cette période, elles ont accru en leur
est à noter que c'est durant la phase d'expansion 1968-1974 que cette balance s'est dé-
gradée le plus pour la France, puisqu'elle est passée de - 1,58 Mt à - 3,25 Mt. Les rai-
sons sont les mêmes que celles qui ont provoqué la dégradation commerciale avec la
RFA : manque de capacité le moment voulu et accroissement des exportations vers les
Les problèmes de la sidérurgie française sont nés essentiellement d'une situation par-
ont été constamment divergents. Les gouvernements successifs n'ont pas réussi à résou-
dre cette contradiction. Et le plan actuel entérine définitivement cet état de fait.
CONCLUSION
Un des faits qui frappe lorsqu'on considère la sidérurgie depuis trente cinq ans, c'est la
contradiction entre l'ampleur des investissements nécessaires et la sensibilité de cette
industrie aux moindres variations du marché.
Toutes les industries, directement, ou indirectement sous forme de machines, sont
consommatrices d'acier. Les variations de production qu'elles connaissent se répercu-
tent, se concentrent et s'additionnent dans l'activité sidérurgique. Dès lors si les cycles
des autres industries se superposent, la sidérurgie est affectée.
Toutefois, il faut relever que les chutes de la demande mondiale d'acier qui se sont
produites au cours des trente cinq dernières années, ont été somme toute faibles (-4,8%
en 1954, -6,6% en 1958, -2,4% en 1971, -9% en 1975) et de courte durée. Elles ne dé-
passer le niveau de 1974. Les baisses de production ont été en revanche plus fortes pour
- 0,4% pour la CECA, - 26% pour le Japon, en 1962; - 1,1% pour la CECA en 1966 ;
12,7% pour le Japon en 1975.
Ces chutes sont importantes, mais ne suffisent pas à expliquer les difficultés et la
sensibilité de la sidérurgie en pays capitalistes. Ce sont les mouvements des prix qui en
indiquent l'origine, ils apparaissent comme l'écho considérablement amplifié et déformé
de la demande. Les prix à la grande exportation et au sein de la CECA ont chuté de
nombreuses fois et durablement de 25 à 50% : 1958-1959 ; 1961-1968 ; 1971-1972 ;
Mais là aussi ces amplitudes ne peuvent s'expliquer par les surcapacités de produc-
tion que créent temporairement les réductions de la demande, et donc l'excès de l'offre.
D'une part, ces baisses sont de courte durée (sauf depuis 1974), d'autre part, les produc-
teurs, dans leurs intérêts individuels, pourraient s'entendre pour autolimiter leur produc-
tion et permettre un rétablissement des prix. La difficulté vient de ce que certaines
sociétés sidérurgiques ne peuvent limiter leur production et doivent vendre à tout prix,
en raison de la structure de leur capital. Ce sont les sociétés qui ont financé leur déve-
loppement en recourant essentiellement à l'emprunt. Sous peine de faillite, elles doivent
impérativement assurer les charges financières annuelles. Si les investissements qu'elles
sidérurgies, elles peuvent en période de stagnation ou de dépression de la demande et
des prix, ravir des marchés à d'autres et dégager un minimum de bénéfices. Ce sont ces
sociétés qui ont provoqué des affaiblissements durables des prix, obligeant les autres
sidérurgies à une course effrénée à la productivité. Seules des sociétés recourant essen-
tiellement à l'autofinancement pourraient s'entendre pour autolimiter leur production.
Au cours des trente cinq dernières années, les sidérurgies capitalistes semblent donc
avoir été particulièrement sensibles dans leurs résultats financiers en raison de l'affron-
tement de capitaux de structures différentes, provoquant à plusieurs reprises un effon-
drement durable des prix sans commune mesure avec la baisse de la demande
généralement de courte durée.
Dans ce contexte, la sidérurgie française a été dans une situation tout à fait particu-
lière : être tout à la fois très endettée, insuffisamment compétitive, particulièrement sur
certains produits, et sans lien réel avec l'industrie de transformation nationale. Elle a
cumulé tous les « défauts » pour une entreprise capitaliste. C'est pourquoi, plus que
toute autre, elle a été sensible aux variations du marché dans ses résultats financiers,
donc dans sa possibilité de mener une politique régulière à long terme d'investissements.
Cette situation résulte de trois contradictions que le patronat n'a pas ou mal surmon-
tées, contradiction bien sûr avec la classe ouvrière, contradiction entre sociétés sidérur-
giques, contradiction entre sidérurgie et industrie de transformation.
La sidérurgie française a eu à franchir en peu de temps deux stades de la division du
travail, en raison du retard pris durant l'entre-deux guerres, et sous l'effet de la concur-
rurgiques étaient peu mécanisées, contrairement à la sidérurgie américaine, anglaise et
allemande. Quand la sidérurgie française a commencé à généraliser la mécanisation,
c'était déjà le moment de s'engager dans la voie de l'automatisation. Chacun de ces sta-
des a été lié à des tailles d'usines différentes, à des procédés nouveaux et à des change-
ments de localisation. L'escalade dans les besoins de capitaux et dans l'affrontement
avec la classe ouvrière qu'implique le franchissement de plusieurs étapes de la division
capitaliste du travail, au lieu d'être étalée dans le temps, s'est trouvée concentrée durant
une courte période.
Le patronat a eu deux occasions d'éviter, tout au moins d'atténuer et d'étaler l'affron-
croissement de la demande pouvait compenser les emplois qu'aurait supprimés la méca-
nisation généralisée. La phase de la fin des années 60 aurait été moins difficile
socialement pour le patronat. Mais pour cela, il aurait fallu qu'il résolve les contradic-
tions qui l'ont empêché de rassembler les capitaux nécessaires au moment voulu et qui
l'ont poussé à mal les utiliser quand il les a eus.
Plus que dans d'autres pays, en raison du retard de l'appareil de production, les socié-
tés françaises devaient se regrouper. Ces regroupements ont été réalisés à chaque fois
tard, à un niveau insuffisant et généralement mal. La raison en a été que les sociétés
étaient de puissance voisine, et que l'appréciation des actifs et le choix de la direction
ont fait l'objet de discussions difficiles. Cela a donné les fusions de la période 1948-
1953, dont deux n'avaient aucune logique géographique, et la longue et douloureuse
constitution de Wendel-Sidelor, tiraillée entre de Wendel et Pont-à-Mousson. Enfin la
bataille de Wendel-Usinor pour le contrôle de Creusot-Loire, et pour le financement de
Ces luttes ont été décisives dans la formation du processus de faillite de la sidérurgie.
Elles ont eu plusieurs conséquences. La première, d'empêcher le rassemblement de capi-
taux suffisants pour doter la sidérurgie française d'usines neuves intégrées sans prendre
des risques financiers trop grands. La création de l'usine de Dunkerque par la seule Usi-
nor a été démesurée pour cette société. De même Solmer, pour le seul Sacilor-Sollac. La
deuxième conséquence a été le gaspillage de capitaux. Chaque société n'ayant pas les
ressources suffisantes pour se doter d'un coup d'installations importantes et cohérentes
entre elles, a pratiqué la modernisation partielle, au coup par coup, au fur et à mesure
des moyens de financement. Au bout du compte, cette politique a été très coûteuse et n'a
pas provoqué de saut décisif de productivité. Elle n'a pas permis de donner aux sociétés
les moyens de recherche suffisants et surtout de pratiquer systématiquement la mise à
l'essai industriel des procédés inventés. C'est pourquoi on est parvenu à ce résultat sur-
prenant que la sidérurgie française est celle qui de toutes les sidérurgies européennes a
le plus investi à la tonne produite, ou à la tonne de capacités nouvelles, tout en ayant
périodiquement des installations tombant en dessous du nouveau seuil de rentabilité fixé
par l'évolution de la concurrence.
La troisième conséquence des luttes entre sociétés a été de les empêcher de concevoir
monisation des investissements et des accords de spécialisation auraient été des mesures
prudentes. Aussi, aux moments des fusions de nombreux doubles emplois sont apparus,
quence a été, en raison de l'éparpillement des investissements, de manquer de capacité
de production au cours des deux périodes 1954-1960 et 1968-1974. Cela a empêché la
tre sa capacité d'autofinancement et de réduire son endettement. Cela enfin a permis une
pénétration accrue du marché intérieur par les sidérurgies belge, luxembourgeoise, et
dans une moindre mesure, allemande. La cinquième et dernière conséquence a été que
les sociétés ont recouru à des pratiques dangereuses : à savoir, essayer de compenser
leur « manque à gagner » dû à leur insuffisante concentration et à leur manque de capa-
cité au moment voulu par des revenus supérieurs tirés de la grande exportation en pé-
riode de haute conjoncture. De cette façon encore, elles ont permis l'accroissement de la
pénétration du marché intérieur par d'autres sidérurgies.
Enfin, la France a connu une situation unique, semble-t-il, à savoir une
non-articulation entre la sidérurgie et l'industrie de transformation. De 1945 à 1953, le
patronat de la sidérurgie ne croit pas dans le développement d'une grande industrie de
fonction de la demande à venir. II reprend sa politique d'exportation sur les pays tiers.
De 1954 à 1960, lorsque la demande intérieure se développe effectivement, la sidérurgie
française fait tout pour continuer à exporter au détriment des industries de transforma-
tion nationales qui doivent importer aux prix forts. De 1961 à 1967, les prix s'effon-
drant, la demande se ralentissant, des surcapacités se créent. Mais l'industrie de
transformation n'a plus de raison de réclamer de l'acier à la sidérurgie française plutôt
qu'à d'autres, alors que les sociétés sidérurgiques auraient besoin de reconquérir le mar-
ché intérieur. Au contraire, elles subissent une pression des sidérurgies belge et luxem-
bourgeoise. De 1968 à 1974, la demande augmentant brutalement, ainsi que les prix, la
sidérurgie manque à nouveau de capacité et cherche à nouveau à exporter pour tirer plus
de revenus qu'elle ne pourrait en tirer du marché intérieur. Dès lors l'industrie de trans-
formation doit importer aux prix forts. La pénétration étrangère atteint son maximum.
De 1975 à 1979, la demande et les prix s'effondrent. C'est la faillite. L'industrie de trans-
formation n'est pas favorable à un sauvetage de toute la sidérurgie. Cette dernière n'a
jamais répondu à ses attentes. Le sauvetage d'une sidérurgie avec toutes les catégories
de produits coûterait trop cher à la collectivité. Il est maintenant possible de s'approvi-
sionner ailleurs à bon compte.
Ce divorce a donc eu de profondes conséquences : au départ une inadaptation de l'of-
fre en volume et en qualité, une pénalisation réciproque au niveau des prix, une pénétra-
tion du marché intérieur par d'autres sidérurgies, une impossibilité de définir une
politique de valorisation de l'acier, et l'absence d'un processus d'intégration de la filière
acier. La dernière conséquence est la banalisation de la sidérurgie devenue « une indus-
trie comme les autres », et le retrait sur certaines catégories d'acier.
de la sidérurgie à sortir des contradictions dans lesquelles il s'est trouvé. La création
d'un « marché commun de l'acier » concurrentiel a été un moyen pour provoquer des
fusions. L'autre moyen, en 1966, a été de suspendre l'octroi de prêts importants à de
nouveaux regroupements. Mais les mouvements de concentration qui en sont résultés
ont été insuffisants, mal faits et tardifs. A posteriori, compte tenu de l'énorme gaspillage
de capitaux et d'installations que la rationalisation capitaliste chaotique de la sidérurgie
a provoqué, on peut dire que la nationalisation était la solution la plus rationnelle et la
plus profitable pour le capitalisme français et la collectivité. Elle aurait permis d'établir
d'emblée des plans de restructuration et de modernisation cohérents qui auraient évité
les doubles emplois, les gâchis successifs, et qui auraient orienté la production vers les
besoins de l'industrie de transformation.
soutenant une politique ambitieuse d'accroissement important de capacité permettant à
la fois de répondre au marché intérieur et de maintenir un fort courant d'exportation : en
1960, avec le 4e Plan, en 1969 avec la décision de porter l'usine de Dunkerque à 8 Mt et
de construire Fos. Mais à chaque fois, la fragilité financière des sociétés a été
sous-estimée. Dans les deux cas, un renversement de la tendance de la demande et des
prix a suffi pour tout remettre en cause.
et régionales successives provoquées par leur plan de restructuration à répétition en
1966-67, en 1971, en 1977, en 1979. II l'a fait en participant au financement des mesu-
res de mise en pré-retraite et de formation, en poussant, au moins en 1967 et 1971, à un
accord avec les organisations syndicales, enfin en prenant des mesures d'incitations à la
création d'emplois nouveaux.
La reconversion industrielle des zones sidérurgiques, si tant est qu'il y ait eu une vo-
lonté réelle dans ce sens, a été un échec complet. Les sociétés sidérurgiques, malgré
une crise régionale, s'est toujours refusé à établir un réel plan de ré-industrialisation. Sa
politique a toujours été une politique incitative par des primes et des équipements, au
lieu d'organiser une concertation entre des sociétés appartenant à des activités industriel-
les précises, afin de reconstituer, à partir de la présence de la sidérurgie, un tissu indus-
triel cohérent, et de prendre les mesures en conséquence.
Le chemin parcouru par le mouvement ouvrier depuis la période de répression
anti-syndicale du début des années 50 est important. Les luttes dans la sidérurgie ont
fortement contribué à ce que soit établi un ensemble de mesures sociales en cas de res-
tructuration industrielle. Mais les travailleurs et les organisations syndicales ont dû faire
face, plus que dans d'autres branches, à trois contradictions : lutter pour les salaires, les
conditions de travail, la garantie de l'emploi, contre un patronat, infériorisé dans la lutte
inter-capitaliste, et ayant des difficultés, anormales, mais réelles ; accepter la modernisa-
défendre le statu quo, devenu intenable, d'un point de vue capitaliste, pour les entrepri-
ses ; défendre une sidérurgie nationale tout en tenant compte d'une situation qui s'est
créée à l'échelle européenne. En raison des politiques industrielles différentes menées
par les différentes sidérurgies, une répartition nouvelle des productions est en cours.
pour les travailleurs des sidérurgies concernées.
Ces contradictions ont pu parfois être esquivées. Plusieurs attitudes ont été prises,
consistant soit à contester l'existence de ces difficultés, soit à revendiquer un change-
ment de politique globale, soit à accepter de fait la modernisation capitaliste tout en
cherchant à en atténuer les effets. La crise durable et la faillite ont rendu impossible de
telles positions. Une nouvelle stratégie, pour le mouvement syndical français, semble se
mettre en place visant à lier étroitement mesures industrielles et revendications sociales,
à définir des propositions industrielles qui, tout en constituant une issue momentanée
travailleurs sur le contenu de leur travail, sur le type de modernisation, sur l'orientation
de la production et les mouvements régionaux de l'emploi. Cette stratégie n'est pas sans
risque, mais elle peut être aussi porteuse d'une autre pratique syndicale (car pour définir
et rendre applicables les propositions industrielles, il faut qu'elles soient élaborées et
acceptées par les travailleurs), d'une autre stratégie de prise de pouvoir dans laquelle la
lutte électorale n'est plus le « va-tout » des travailleurs et d'un autre internationalisme.
BIBLIOGRAPHIE
Pour une branche d'activité économique particulière et pour une période récente, les ou-
notes... est très élevé et il est impossible, dans le cadre d'un tel livre, d'en faire le recen-
sement. Je ne mentionnerai donc ici que les journaux, les revues, les rapports annuels
utilisés, les organismes consultés, et un certain nombre de livres soit de synthèse, soit
traitant avec précision d'un sujet particulier.
1. Les revues
Actualités industrielles lorraines, éd. Maisonneuve, 386 route de Verdun, 5716 Sainte
Ruffine par Moulin les Metz.
Annales des mines, GEDIM, 19 rue du Grand Moulin, 42 100 Saint-Etienne.
Revue de la métallurgie, 5 rue P. Cézanne, 75008 Paris.
L'Acier dans le monde, OTUA, 129 avenue Charles de Gaulle, 92200, Neuil-
ly-sur-Seine.
Le Bulletin statistique de la Chambre syndicale de la sidérurgie, Séries rouge, bleue et
Le Bulletin trimestriel sidérurgie : Eurostat, de l'Office Statistique des Communautés
Européennes.
Revue d'Histoire de la sidérurgie, Nancy.
Revue d'Histoire des mines et de la métallurgie, Droz, Genève.
Bulletin des ingénieurs et cadres de Sacilor.
Problèmes économiques, Documentation Française, Paris.
Les Dossiers de l'économie lorraine, INSEE, Nancy.
Profils de l'économie du Nord-Pas-de-Calais, INSEE, Lille.
CFDT aujourd'hui.
Le Peuple, organe officiel de la CGT.
2. La presse
économiste, Intersocial, Le Monde, L Humanité, Libération, Le Républicain Lorrain, L
Est Républicain, La Voix du Nord, Lorraine magazine, La Vie ouvrière (édition métaux)
CGT, Syndicalisme hebdo CFDT métallurgie.
3. Documents non publiés, remis par différents organismes ou consultés
Chambre syndicale de la sidérurgie française, Chambre syndicale des agents de change,
Association de la sidérurgie et des mines de Lorraine (Assimilor), Union des mines et
de la métallurgie de Longwy, Groupement de l'industrie sidérurgique, Sacilor, Usinor,
ploi de Nancy, Agence pour l'emploi de Thionville, Sections syndicales et Unions ré-
gionales CGT et CFDT, Municipalités.
Chambre syndicale de la sidérurgie française, Groupement des industries sidérurgiques,
De Wendel, Wendel-Sidélor, Sacilor, Usinor, Lorraine Escaut, Sidélor, Union métallur-
gique et minière de Longwy. L'enquête annuelle de la CECA sur les investissements
dans les industries du charbon et de l'acier de la communauté, 1954 à 1977.
5. Ouvrages généraux et historiques
Biard R., La sidérurgie française, Editions sociales, Paris, 1958.
Comité des Forges de France. La sidérurgie française, 1864-1913, Paris, 1920.
Chardonnet J., La sidérurgie française, Dalloz, Paris, 1954.
Freyssenet M., Imbert F., La centralisation du capital dans la sidérurgie, Paris, CSU,
Gille B., La sidérurgie en France au XIXe siècle, Droz, Genève.
Hannape P., Savy M., Internationalisation de l'économie et politiques nationales de
transport : la sidérurgie, PAM, Paris, 1975.
Précheur C., La sidérurgie française, Paris, Armand Colin, 1963.
Thouvenot C., Wittmann M., La mutation de la sidérurgie, Paris, Masson, 1972.
Paris, 1971.
Le rapport Bousch sur la sidérurgie, Conseil de la République, Session ordinaire du 6
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La Documentation française, Paris.
« 1968 . Les Industries françaises à l'heure du marché commun », Sedes, Paris, 1969.
« La vérité sur la sidérurgie », Chambre syndicale de la sidérurgie française, Paris,
« Le Mémorandum FTM-CGT sur la sidérurgie », Novembre 1978, CGT, Paris.
« Le Dossier sidérurgie », FGM-CFDT, 1978.
6. Quelques ouvrages sur l'organisation du travail dans la sidérurgie
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un nouveau laminoir, Armand Collin, Paris, 1966.
Durand C., Prestat C., Willener A., Travail, salaire, production contrôle des cadences,
Mouton, Paris, 1971.
Petitjean R., Introduction à quelques problèmes posés par l'automatisation des bloo-
mings, CEE, 1967.
CECA, « Niveau de mécanisation et mode de rémunération. Recherches sociologiques
France, Italie, Allemagne, Belgique », 1957.
CECA, Nouveaux procédés techniques dans la sidérurgie, 4 tomes. La Technique de
mesure et l'automatisation, 1967. Mécanisation, automatisation et techniques de me-
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1972, Bruxelles.
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Fritsch P., Les Wendel, rois de l'acier français, Robert Laffont, Paris, 1976.
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DAFSA, « Groupe Denain-Nord-Est-Longwy », Paris, 1972.
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Notes et études documentaires. Traité instituant la Communauté Européenne du charbon
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Cujas, Paris, 1977.
Paillard B., « L'aménagement de la région de Fos sur Mer », 1977, 2 tomes.
Precheur C., La Lorraine sidérurgique, SABRI, Paris, 1959.
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Reyanud J.D., Dassa S., Dassa J., Moreau M.F., « Recherche sur les entreprises sidérur-
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Steines G., Le fer dans la peau, éditions Serpenoise, Metz, 1977.
Veltz P., « La politique urbaine à Dunkerque », BETURE, Paris, 1977.
ITRES, « Solmer et les politiques industrielles et sociales des groupes Usinor, de Wen-
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« Le reclassement des mineurs de fer licenciés de 1962 à 1966 en Meurthe-et-Moselle et
Moselle, Revue française des affaires sociales, janvier-mars 1968, pp. 145-203.
La sidérurgie française 1945-1979. L'histoire d'une faillite. Les solutions qui s'affrontent
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03/02/2011


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Auteur : SAVELLI


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