Madame Bovary
à Paris en feuilleton dans la Revue de Paris du 1er octobre au 15 décembre 1856, et en volume
chez Michel Lévy en 1857.
septembre 1851 et avril 1856. Désormais, il a trouvé son écriture propre et il désire livrer son
affaire, il songe à interdire la publication de son ouvrage. Pressé par son éditeur, il accepte
roman, grâce à la publicité du procès, remporte néanmoins un grand succès de vente.
Synopsis
temps après la mort soudaine de sa femme, il épouse la jeune fille (2-4). Emma, au contraire
romanesque (5-7). Après un bal au château de La Vaubyessard, fugitif mirage de luxe et de
homme (3-5), mais ce dernier, ne se croyant pas aimé, part terminer son droit à Paris (6).
Emma rencontre ensuite Rodolphe Boulanger, cynique et aristocratique séducteur, dont elle
Charles et sa femme retrouvent par hasard Léon (14-15).
retrouver à Rouen (chap. 1-5). Sommée par Lheureux, son créancier, de rembourser les
désespéré et ruiné, meurt, après avoir trouvé dans les papiers de sa femme les preuves de son
infidélité (8-11).
Critique
préexistante. Ainsi, alors que le lecteur attend le personnage féminin éponyme, le roman le
«Charbovari» est le premier avatar du nom. La scène inaugurale du roman opère donc un
que le premier chapitre est consacré à Charles, les derniers portent également sur lui: la vie de
lecteur. En effet, alors que le titre nous invite à découvrir dans le texte la traditionnelle
première femme. Autrement dit, Emma se voit là encore affecter une identité qui lui préexiste.
mirages de la fiction: la jeune Emma, en devenant Madame Bovary, devient une femme
quotidien.
qui criait, les murs qui suintaient, les pavés humides» (I, 9). Flaubert, qui use savamment du
porte leur regard, procédé qui ajoute à la vraisemblance psychologique. Flaubert dépeint des
exactement leurs expériences: «Elle souhaitait à la fois mourir et habiter Paris» (ibid.), écrit-il
à propos de Madame Bovary. Charles, personnage fruste, est encore plus ignorant de lui-
le désir se dévoile à travers le regard porté sur elle: «Et, la tête en arrière, les lèvres avancées,
le cou tendu, elle riait de ne rien sentir, tandis que le bout de la langue, passant entre ses dents
La subjectivité ne se dévoile donc guère sous la forme du discours intérieur; elle est plutôt
Outre les descriptions, les séquences narratives sont également construites de manière que les
transition deux textes hétérogènes: le dialogue amoureux et les discours de «M. le Conseiller»
fouillis de bêtes et de gens beuglant et bavardant, avec mes amoureux en dessus, qui sera bon,
je crois» (lettre à Louise Colet, 22 septembre 1853). Plus la scène avance et plus le rythme de
réalité. Ce télescopage de deux ordres de discours est en lui-même éloquent. De plus, le
lecteur sait que Rodolphe joue la comédie pour séduire, si bien que la version subjective
et leur symbolique «fumier», grâce au système narratif qui les a abruptement mêlés à la
navire», emportée dans une course frénétique «sans parti pris ni direction, au hasard» est à
aussi provocante.
Cette neutralité narrative confère au roman sa force de vérité. Madame Bovary est à la fois
prédestination sublime?» (II, 5). Ailleurs, ses hésitations la rendent pitoyable. Au fond,
Avec son premier véritable roman, Flaubert met au point une esthétique à laquelle il
demeurera toujours fidèle.
misères de la banalité, par la tragique ineptie de la réalité.
A. SCHWEIGER
Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. "Dictionnaire des oeuvres littéraires de langue
française." © Bordas, Paris 1994