Les Précieuses ridicules
Publication: 1659
Source : Livres & Ebooks
La Grange , amant rebuté.
Du Croisy , amant rebuté.
Gorgibus , bon bourgeois.
Cathos , nièce de Gorgibus, précieuse ridicule.
Marotte , servante des précieuses ridicules.
Alzamor , laquais des précieuses ridicules.
Le Marquis de Mascarille , valet de la Grange.
Le Vicomte de Jodelet , valet de du Croisy.
Deux porteurs de chaise .
Voisines .
Violons .
Scène première
La Grange, Du Croisy.
DU CROISY: Seigneur La Grange...
LA GRANGE: Quoi ?
DU CROISY: Regardez-moi un peu sans rire.
LA GRANGE: Eh bien ?
DU CROISY: Que dites-vous de notre visite ? en êtes-vous fort satisfait ?
DU CROISY: Pas tout à fait, à dire vrai.
mais vu, dites-moi, deux pecques provinciales faire plus les renchéries
que celles-là, et deux hommes traités avec plus de mépris que nous ?
tant se frotter les yeux et demander tant de fois : « quelle heure est-
il ? »Ont-elles répondu que oui et non à tout ce que nous avons pu
été les dernières personnes du monde, on ne pouvait nous faire pis
les provinces et nos donzelles ridicules en ont humé leur bonne part.
croyez, nous leur jouerons tous deux une pièce qui leur fera voir leur
DU CROISY: Et comment encore ?
se pique ordinairement de galanterie et de vers, et dédaigne les autres
Gorgibus, Du Croisy, La Grange.
elles bien ? quel est le résultat de cette visite ?
dons grâce de la faveur que vous nous avez faite, et demeurons vos
très humbles serviteurs.
Marotte, Gorgibus.
MAROTTE: Que désirez-vous, monsieur ?
MAROTTE: Dans leur cabinet.
GORGIBUS: Que font-elles ?
MAROTTE: De la pommade pour les lèvres.
là, avec leur pommade, ont, je pense, envie de me ruiner. Je ne vois
que je ne connais point. Elles ont usé, depuis que nous sommes ici,
Magdelon, Cathos, Gorgibus.
GORGIBUS: Il est bien nécessaire, vraiment, de faire tant de dépense pour
vous graisser le museau ! Dites-moi un peu ce que vous avez fait à ces
messieurs, que je les vois sortir avec tant de froideur ? Vous avais-je
pas commandé de les recevoir comme des personnes que je voulais
vous donner pour maris ?
MAGDELON: Et quelle estime, mon père, voulez-vous que nous fassions du
procédé irrégulier de ces gens-là ?
commoder de leur personne ?
mariage ?
deux aussi bien que moi ? Est-il rien de plus obligeant que cela ? Et
de leurs intentions ?
MAGDELON: Ah ! mon père, ce que vous dites là est du dernier bourgeois !
peu vous faire apprendre le bel air des choses.
de débuter par là.
MAGDELON: Mon Dieu ! que si tout le monde vous ressemblait un roman
GORGIBUS: Que me vient conter celle-ci ?
MAGDELON: Mon père, voilà ma cousine qui vous dira, aussi bien que moi,
ments, pousser le doux, le tendre et le passionné, et que sa recherche
soit dans les formes. Premièrement, il doit voir au temple, ou à la pro-
menade, ou dans quelque cérémonie publique, la personne dont il
devient amoureux ; ou bien être conduit fatalement chez elle par un
parent ou un ami, et sortir de là tout rêveur et mélancolique. Il cache
rive, qui se doit faire ordinairement dans une allée de quelque jardin,
de nous apaiser, de nous accoutumer insensiblement au discours de
sa passion et de tirer de nous cet aveu qui fait tant de peine. Après cela
clination établie, les persécutions des pères, les jalousies conçues sur
de fausses apparences, les plaintes, les désespoirs, les enlèvements, et
nières, et ce sont des règles dont, en bonne galanterie on ne saurait se
roman par la queue ; encore un coup mon père, il ne se peut rien de
que cela me fait.
GORGIBUS: Quel diable de jargon entends-je ici ? Voici bien du haut style.
CATHOS: En effet, mon oncle, ma cousine donne dans le vrai de la chose.
Le moyen de bien recevoir des gens qui sont tout à fait incongrus en
et que Billets-doux, Petits-soins, Billets-galants et Jolis-vers, sont des
terres inconnues pour eux. Ne voyez-vous pas que toute leur personne
opinion des gens ? Venir en visite amoureuse avec une jambe toute
unie ; un chapeau désarmé de plumes, une tête irrégulière en che-
veux, et un habit qui souffre une indigence de rubans ! Mon Dieu quels
sez larges.
prendre à ce baragouin. Cathos et vous Magdelon...
MAGDELON: Eh ! de grâce, mon père, défaites-vous de ces noms étranges, et
nous appelez autrement.
GORGIBUS: Comment, ces noms étranges ? Ne sont-ce pas vos noms de bap-
MAGDELON: Mon Dieu ! que vous êtes vulgaire ! Pour moi, un de mes éton-
A-t-on jamais parlé dans le beau style de Cathos ni de Magdelon ? et
crier le plus beau roman du monde ?
sement à entendre prononcer ces mots-là, et le nom de Polyxène, que
parrains et marraines ; et pour ces Messieurs dont il est question, je
connais leurs familles et leurs biens, et je veux résolûment que vous
vous disposiez à les recevoir pour maris. Je me lasse de vous avoir sur
pour un homme de mon âge.
trouve le mariage une chose tout à fait choquante. Comment est-ce
MAGDELON: Souffrez que nous prenions un peu haleine parmi le beau monde
pour trancher toutes sortes de discours, ou vous serez mariées toutes
un bon serment.
Cathos, Magdelon.
CATHOS: Mon Dieu ! ma chère, que ton père a la forme enfoncée dans la
crois que quelque aventure, un jour, me viendra développer une nais-
sance plus illustre.
CATHOS: Je le croirais bien ; oui, il y a toutes les apparences du monde ; et ,
pour moi, quand je me regarde aussi...
Marotte, Cathos, Magdelon.
MAROTTE: Voilà un laquais qui demande si vous êtes au logis, et dit que son
MAGDELON: Apprenez, sotte, à vous énoncer moins vulgairement. Dites :
visibles. »
de ce laquais ?
CATHOS: Assurément, ma chère.
Ajustons un peu nos cheveux au moins, et soutenons notre réputa-
tion. Vite, venez nous tendre ici dedans le conseiller des grâces.
tien, si vous voulez que je vous entende.
CATHOS: Apportez-nous le miroir, ignorante que vous êtes, et gardez-vous
Mascarille, deux porteurs.
MASCARILLE: Holà ! porteurs, holà ! Là, là, là, là, là, là. Je pense que ces marauds-
là ont dessein de me briser à force de heurter contre les murailles et
bonpoint de mes plumes aux inclémences de la saison pluvieuse, et
MASCARILLE: Hem ?
gent à une personne de ma qualité !
MASCARILLE: Quoi ?
MASCARILLE: Il est raisonnable.
1ER PORTEUR: Vite donc.
mon camarade, et...
tantôt pour aller au Louvre, au petit coucher.
Marotte, Mascarille.
pour attendre.
MAROTTE: Les voici.
Magdelon, Cathos, Mascarille, Alzamor.
MASCARILLE, après avoir salué. : Mesdames, vous serez surprises, sans doute,
chante affaire, et le mérite a pour moi des charmes si puissants que je
cours partout après lui.
vous devez chasser.
cuse juste en contant ce que vous valez ; et vous allez faire pic, repic et
MAGDELON: Votre complaisance pousse un peu trop avant la libéralité de
CATHOS: Ma chère, il faudrait faire donner des sièges.
MAGDELON: Holà ! Almanzor.
ALMANZOR: Madame.
MAGDELON: Vite, voiturez-nous ici les commodités de la conversation.
MASCARILLE: Mais, au moins, y a-t-il sûreté ici pour moi.
CATHOS: Que craignez-vous ?
çons, de faire insulte aux libertés et de traiter une âme de Turc à More.
CATHOS: Mais de grâce, Monsieur, ne soyez pas inexorable à ce fauteuil qui
que dites-vous de Paris ?
de la raison pour ne pas confesser que Paris est le grand bureau des
merveilles, le centre du bon goût, du bel esprit et de la galanterie.
les honnêtes gens.
MASCARILLE: Il y fait un peu crotté ; mais nous avons la chaise.
MAGDELON: Il est vrai que la chaise est un retranchement merveilleux contre
les insultes de la boue et du mauvais temps.
MASCARILLE: Vous recevez beaucoup de visites ? quel bel esprit est des vôtres ?
MAGDELON: Hélas ! nous ne sommes pas encore connues ; mais nous sommes
bitres souverains des belles choses.
rendent tous visite ; et je puis dire que je ne me lève jamais sans une
demi-douzaine de beaux esprits.
MAGDELON: Eh ! mon Dieu ! nous vous serons obligées de la dernière obli-
sont eux qui donnent le branle à la réputation dans Paris, et vous sa-
par le moyen de ces visites spirituelles, on est instruite de cent choses
On apprend par là chaque jour les petites nouvelles galantes, les jo-
lis commerces de prose et de vers. On sait à point nommé : « Un tel
a composé la plus jolie pièce du monde sur un tel sujet ; une telle a
fait des paroles sur un tel air ; celui-ci a fait un madrigal sur une jouis-
tel écrivit hier au soir un sixain à Mademoiselle une telle, dont elle lui
a envoyé la réponse ce matin sur les huit heures ; un tel auteur a fait
un tel dessein ; celui-là en est à la troisième partie de son roman ; cet
ce qui se fait ; mais ne vous mettez pas en peine : je veux établir chez
peu quand je veux, et vous verrez courir de ma façon dans les belles
ruelles de Paris, deux cents chansons, autant de sonnets, quatre cents
épigrammes, et plus de mille madrigaux, sans compter les énigmes et
les portraits.
MAGDELON: Je vous avoue que je suis furieusement pour les portraits ; je ne
vois rien de si galant que cela.
Vous en verrez de ma manière qui ne vous déplairont pas.
je vous donnerai à deviner.
MAGDELON: Les madrigaux sont agréables, quand ils sont bien tournés.
plaire au moins, si vous le faites imprimer.
MASCARILLE: Je vous en promets à chacune un, et des mieux reliés. Cela est
au-dessous de ma condition, mais je le fais seulement pour donner à
gagner aux libraires, qui me persécutent.
MASCARILLE: Sans doute. Mais à propos, il faut que je vous dise un im-
visiter ; car je suis diablement fort sur les impromptus.
MAGDELON: Nous y sommes de toutes nos oreilles.
Tandis que, sans songer à mal, je vous regarde,
Au voleur ! au voleur ! au voleur ! au voleur !
CATHOS: Ah ! mon Dieu ! voilà qui est poussé dans le dernier galant.
MAGDELON: Il en est éloigné de plus de deux mille lieues.
MASCARILLE: Avez-vous remarqué ce commencement : oh ! oh ! Voilà qui est
oh ! oh ! La surprise : oh ! oh !
MAGDELON: Oui, je trouve ce oh ! oh ! admirable.
MASCARILLE: Il semble que cela ne soit rien.
CATHOS: Ah ! mon Dieu, que dites-vous ! Ce sont là de ces sortes de choses
qui ne se peuvent payer.
épique.
MASCARILLE: Tudieu ! vous avez le goût bon.
CATHOS: Tout à fait bien.
MASCARILLE: Tapinois , en cachette : il semble que ce soit un chat qui vienne
de prendre une souris : Tapinois .
MAGDELON: Il ne se peut rien de mieux.
qui crie et court après un voleur pour le faire arrêter ? Au voleur ! au
voleur ! au voleur, ! au voleur !
MAGDELON: Il faut avouer que cela a un tour spirituel et galant.
CATHOS: Vous avez appris la musique ?
MASCARILLE: Moi ? point du tout.
CATHOS: Et comment donc cela se peut-il ?
MASCARILLE: Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris.
MAGDELON: Assurément, ma chère.
la, la, la . La brutalité de la saison a furieusement outragé la délica-
( Il chante. )
MAGDELON: Il y a de la chromatique là dedans.
MASCARILLE: Ne trouvez-vous pas la pensée bien exprimée dans le chant ?
paroles.
MAGDELON: La nature vous a traité en vraie mère passionnée, et vous en
sements.
voulez ; aussi bien on en doit jouer une nouvelle que je serai bien aise
que nous voyions ensemble.
autres gens de condition, les auteurs viennent lire leurs pièces nou-
velles, pour nous engager à les trouver belles et leur donner de la répu-
tation ; et je vous laisse à penser si, quand nous disons quelque chose,
vant que les chandelles soient allumées.
fait quelque comédie.
MAGDELON: Eh ! il pourrait être quelque chose de ce que vous dites.
composé une que je veux faire représenter.
CATHOS: Hé ! à quels comédiens la donnerez-vous ?
soient capables de faire valoir les choses ; les autres sont des ignorants
brouhaha ?
CATHOS: En effet, il y a manière de faire sentir aux auditeurs les beautés
MASCARILLE: Que vous semble de ma petite-oie ? La trouvez-vous congruante
CATHOS: Tout à fait.
MASCARILLE: Le ruban est bien choisi.
MASCARILLE: Que dites-vous de mes canons ?
MAGDELON: Ils ont tout à fait bon air.
MAGDELON: Ils sentent terriblement bon.
MASCARILLE: Et celle-là ?
MAGDELON: Elle est tout à fait de qualité ; le sublime en est touché délicieu-
sement.
MASCARILLE: Vous ne me dites rien de mes plumes ! comment les trouvez-
CATHOS: Effroyablement belles.
settes, je ne puis rien souffrir qui ne soit de la bonne ouvrière.
Marotte, Mascarille, Cathos, Magdelon.
MAROTTE: Madame, on demande à vous voir.
MAGDELON: Qui ?
MAROTTE: Le vicomte de Jodelet.
MASCARILLE: Le vicomte de Jodelet ?
MAROTTE: Oui, Monsieur.
CATHOS: Le connaissez-vous ?
MAGDELON: Faites entrer vitement.
MASCARILLE: Il y a quelque temps que nous ne nous sommes vus, et je suis
ravi de cette aventure.
CATHOS: Le voici.
Jodelet, Mascarille, Cathos, Magdelon, Marotte.
MASCARILLE: Ah ! Vicomte !
MASCARILLE: Que je suis aise de te rencontrer !
MASCARILLE: Baise-moi donc, encore un peu, je te prie.
beau monde qui prend le chemin de nous venir voir.
MASCARILLE: Mesdames, agréez que je vous présente ce gentilhomme-ci :sur
exigent leurs droits seigneuriaux sur toutes sortes de personnes.
CATHOS: Cette journée doit être marquée dans notre almanach, comme une
journée bienheureuse.
MAGDELON: Allons, petit garçon, faut-il toujours vous répéter les choses ?
MASCARILLE: Ne vous étonnez pas de voir le Vicomte de la sorte ; il ne fait
JODELET: Ce sont fruits des veilles de la cour et des fatigues de la guerre.
MASCARILLE: Savez-vous, Mesdames, que vous voyez dans le Vicomte un
vez faire aussi.
lères de Malte.
vous commandiez deux mille chevaux.
JODELET: La guerre est une belle chose ; mais, ma foi, la cour récompense
MASCARILLE: Te souvient-il, Vicomte, de cette demi-lune que nous empor-
MASCARILLE: Je pense que tu as raison.
coup de grenade, dont je porte encore les marques. Tâtez un peu, de
CATHOS: Il est vrai que la cicatrice est grande.
MASCARILLE: Donnez-moi un peu votre main, et tâtez celui-ci ; là, juste-
ment au derrière de la tête. Y êtes-vous ?
MAGDELON: Oui : je sens quelque chose.
Gravelines.
MASCARILLE, mettant la main sur le bouton de son haut-de-chausses. : Je vais
vous montrer une furieuse plaie.
CATHOS: Nous ne doutons point de ce que vous êtes.
MASCARILLE: Vicomte, as-tu là ton carrosse ?
JODELET: Pourquoi ?
MASCARILLE: Nous mènerions promener ces dames hors des portes, et leur
donnerions un cadeau.
MASCARILLE: Ayons donc les violons pour danser.
MAGDELON: Pour cela, nous y consentons ; mais il faut donc quelque sur-
MASCARILLE: Holà ! Champagne, Picard, Bourguignon, Casquaret, Basque,
La Verdure, Lorrain, Provençal, La Violette ! Au diable soient tous les
servi que moi. Ces canailles me laissent toujours seul.
peupler la solitude de notre bal.
MASCARILLE: Vicomte, que dis-tu de ces yeux ?
agréablement du monde.
MASCARILLE: Pour vous montrer que je suis véritable, je veux faire un im-
promptu là-dessus.
faites ces jours passés.
MASCARILLE: Que diable est celà ! Je fais toujours bien le premier vers ; mais
vous ferai un impromptu à loisir, que vous trouverez le plus beau du
MAGDELON: Et du galant, et du bien tourné.
Comtesse ?
JODELET: Il y a plus de trois semaines que je ne lui ai rendu visite.
mener à la campagne courir un cerf avec lui ?
MAGDELON: Voici nos amies qui viennent.
Jodelet, Mascarille, Cathos, Magdelon, Marotte, Lucile.
MAGDELON: Mon Dieu, mes chères, nous vous demandons pardon. Ces Mes-
sieurs ont eu fantaisie de nous donner les âmes des pieds, et nous vous
avons envoyé quérir pour remplir les vides de notre assemblée.
LUCILE: Vous nous avez obligées sans doute.
vous en donnerons un dans les formes. Les violons sont-ils venus ?
ALZAMOR: Oui, Monsieur, ils sont ici.
CATHOS: Allons donc, mes chères, prenez place.
MASCARILLE, dansant lui seul comme par prélude. : La, la, la, la, la, la, la, la.
MAGDELON: Il a tout à fait la taille élégante.
CATHOS: Et a la mine de danser proprement.
MASCARILLE, ayant pris magdelon. : Ma franchise va danser la courante aussi
bien que mes pieds. En cadence, violons, en cadence. Oh ! quels igno-
ne sauriez-vous jouer en mesure ? La, la, la, la, la, la, la. Ferme, ô vio-
lons de village.
JODELET, dansant ensuite. : Holà ! ne pressez pas si fort la cadence, je ne fais
que sortir de maladie.
Du Croisy, La Grange, Mascarille, Jodelet, Cathos, Magdelon, Marotte, Lucile.
LA GRANGE, un bâton à la main. : Ah ! ah ! coquins, que faites-vous ici ? il y a
trois heures que nous vous cherchons.
les coups en seraient aussi.
JODELET: Ahy ! ahy ! ahy !
Mascarille, Jodelet, Cathos, Magdelon, Marotte, Lucile.
MAGDELON: Que veut donc dire ceci ?
CATHOS: Quoi ? vous laisser battre de la sorte !
violent, et je me serais emporté.
MAGDELON: Endurer un affront comme celui-là, en notre présence ?
sons il y a longtemps ; et entre amis on ne va pas se piquer pour si peu
Du Croisy, La Grange, Mascarille, Jodelet, Magdelon, Cathos.
LA GRANGE: Ma foi ! marauds, vous ne vous rirez pas de nous, je vous pro-
mets. Entrez, vous autres.
MAGDELON: Quelle est donc cette audace de venir nous troubler de la sorte
dans notre maison ?
DU CROISY: Comment ! Mesdames, nous endurerons que nos laquais soient
pens et vous donnent le bal ?
MAGDELON: Vos laquais ?
débaucher comme vous faites.
vous donner dans la vue ; et si vous les voulez aimer, ce sera, ma foi,
JODELET: Adieu notre braverie.
MASCARILLE: Voilà le marquisat et la vicomté à bas.
irez chercher autre part de quoi vous rendre agréables aux yeux de vos
belles, je vous en assure.
nos propres habits.
serons aucunement jaloux.
CATHOS: Ah ! quelle confusion !
MAGDELON: Je crève de dépit.
MASCARILLE: Demandez à Monsieur le Vicomte.
JODELET: Demandez à Monsieur le Marquis.
Gorgibus, Mascarille, Jodelet, Magdelon, Cathos, Marotte.
GORGIBUS: Ah ! coquines que vous êtes, vous nous mettez dans de beaux
faires, vraiment, de ces Messieurs qui sortent.
pertinence, infâmes ! Ils se sont ressentis du traitement que vous leur
avez fait ; et cependant, malheureux que je suis, il faut que je boive
MAGDELON: Ah ! je jure, que nous en serons vengées, ou que je mourrai en
la peine. Et vous, marauds, osez-vous vous tenir ici après votre inso-
la moindre disgrâce nous fait mépriser de ceux qui nous chérissaient.
toute nue. : Ils sortent tous deux.
Gorgibus, Magdelon, Cathos, Violons.
VIOLONS: Monsieur, nous entendons que vous nous contentiez, à leur dé-
faut, pour ce que nous avons joué ici.
GORGIBUS, les battant. : Oui, oui, je vous vais contenter, et voici la monnaie
dont je vous veux payer. Et vous, pendardes, je ne sais qui me tient que
je ne vous en fasse autant : nous allons servir de fable et de risée à tout
le monde, et voilà ce que vous vous êtes attiré par vos extravagances.
Allez vous cacher vilaines, allez vous cacher pour jamais. Et vous, qui
êtes cause de leur folie, sottes billevesées, pernicieux amusements des
esprits oisifs, romans, vers, chansons, sonnets et sonnettes, puissiez-
vous être à tous les diables.