Friedrich Nietzsche : Opinions et Sentences mêlées

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Opinions et Sentences mêlées
Friedrich Nietzsche
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Source : Livres & Ebooks
TitreOpinions et Sentences mêlées
Avant-Propos (1886)traduction
Avant-Propos
moi - : quelques-uns même, comme par exemple les trois premières Considéra-
Strauss vieilli, un sentiment qui provoqua la première Inactuelle et me soulagea de
pensées venues longtemps auparavant, lorsque, jeune étudiant, je vivais au milieu
de la culture allemande, de la culture des philistins (je revendique la paternité de
Lorsque, par la suite, je voulus, dans la troisième Considération inactuelle , expri-
mer la vénération que je portais à mon premier et seul éducateur, le grand Arthur
plus personnelle - je me trouvais déjà, pour ma part, au milieu du scepticisme et
fondissement de tout pessimisme - je ne croyais plus « à rien du tout », comme
victoire que, jamais artiste ait remportée -, un ouvrage qui possède au plus haut
certainement pas de pareilles images ; on ne « considère »pas, on ne choisit pas
la contemplation, un mystérieux antagonisme , celui des regards qui se croisent,
dié « aux esprits libres »- quelque chose de cette froideur presque sereine et pleine
de curiosité qui est le propre du psychologue, cette froideur qui lui fait retenir
une foule de choses douloureuses qui se trouvent déjà derrière lui, au-dessous de
et peut-être pas seulement - aux doigts ?...
Les Opinions et Sentences mêlées , comme le Voyageur et son Ombre , ont été pu-
teint : le romantisme sous sa forme la plus dangereuse. Puisse-t-on goûter mainte-
nant, après six ans de guérison, les mêmes écrits réunis comme deuxième volume
de Humain, trop humain : peut-être, ainsi réunis, présentent-ils leur enseigne-
ment avec plus de force et de précision, - une doctrine de la santé que je permet-
trai de recommander aux natures plus intellectuelles de la génération montante,
comme disciplina voluntatis . Un pessimiste y prend la parole, un pessimiste qui
vrage, un pessimiste donc, avec la bonne volonté du pessimisme, et certainement
en tous les cas, de leur en indiquer la manière ?...
- Il était, en effet, grand temps de prendre congé : cela me fut démontré de suite.
Richard Wagner, le plus victorieux en apparence, en réalité un romantique, ca-
continuai seul ma route, je me mis à trembler. Peu de temps après je fus malade,
plus que malade, fatigué, - fatigué par la continuelle désillusion au sujet de tout ce
qui nous enthousiasmait encore, nous autres hommes modernes ; de la force, du
dans ce romantisme, de toute cette menterie idéaliste et de cet amollissement de
droit à elle ? Que faire pour supporter cette privation, la plus grande de toutes ?
énerve, amollit, effémine, son « éternel féminin »nous attire en bas !... Mes pre-
miers soupçons se sont alors dirigés contre la musique romantique, je pris mes
bordant de santé, pour prendre sur cette musique une immortelle vengeance. -
non sans colère, parti contre moi-même, et pour tout ce qui justement me faisait
intrépide qui est le contraire de toutes les hâbleries romantiques, et aussi, comme
il me semble, le chemin vers moi-même, - le chemin de ma tâche. Ce quelque
chose de caché et de dominateur qui longtemps pour nous demeure innommé,
nous et en nous une terrible revanche, à chaque tentative que nous faisons pour
nous assimiler à ceux dont nous ne faisons point partie, chaque fois que nous
nous adonnons à une occupation, si estimable soit-elle, qui nous détourne de
notre objet principal, - et il se venge même de chacune de nos vertus qui voudrait
nous protéger contre la rigueur de notre responsabilité la plus intime. La mala-
die est chaque fois le contre-coup de nos doutes, quand notre droit et notre tâche
nous paraissent incertains, - quand nous commençons à nous relâcher quelque
faut expier le plus durement ! Et si, plus tard, nous voulons revenir à la santé, il ne
nous reste pas de choix : nous devons nous charger plus lourdement que nous ne
que les plus silencieux et les plus souffrants : je parlai sans témoins, ou plutôt
champignons vénéneux sur le sol de la douleur, de la déception, du dégoût, de
simisme ! »Alors je livrais en moi-même une campagne pénible et patiente contre
veut transformer quelques expériences personnelles en jugements universels, les
tises, les tourments de sa mémoire - pour lui apprendre à tendre les mains et les
sens vers une nourriture nouvelle, un nouveau soleil et un nouvel avenir ; ainsi je
mon âme ancienne, et non encore expérimenté ; je me suis forcé surtout à une ex-
de vie, une séparation de toute convoitise grossière, une indépendance au mi-
milieu de ces disgrâces ; un peu de cynisme peut-être, quelque chose du fameux
« tonneau », mais certainement aussi le bonheur du grillon, la sérénité du grillon,
nitude grandissantes dans la santé. La vie elle-même nous récompense de notre
contre le pessimisme de la lassitude ; elle nous récompense déjà de tout regard at-
tentif que lui jette notre reconnaissance, qui ne laisse échapper aucune offrande
de la vie, fût-ce même la plus petite et la plus passagère. Elle nous rend en retour
le contraire ; je commence à penser et je pense toujours plus que mes livres de
dure, hommes rares, intellectuels et courageux, vous les plus exposés de tous, qui
gents, des mal-venus, des vaincus : il existe une volonté du tragique et du pessi-
misme qui est un signe de sévérité tout autant que de vigueur intellectuelle (goût,
cette longue préface ?
Sils-Maria, Engadine supérieure.
Septembre 1886.
Opinions et Sentences mêlées
vous voyez déçus maintenant, faut-il donc vous débarrasser de la vie au plus vil
2. . - On peut aussi être gâté pour ce qui concerne la clarté des idées. Combien
vous dégoûtent alors les rapports avec ces gens obscurs et nébuleux, qui aspirent
voler et à attraper quelque chose !
siècles les meilleurs prétendants, - car ce sont les meilleurs qui ont été dupés le
mieux et le plus longtemps.
5. . - Les philosophes se sont emparés de tous temps des axiomes de ceux qui
étudient les hommes (moralistes) ; il les ont corrompus, en les prenant dans un
déré que comme indication approximative, ou même seulement comme la vérité
trouvera, comme bases des célèbres doctrines de Schopenhauer concernant la
populaire érigés en vérités par des moralistes. Le mot « volonté »que Schopen-
hauer transforma pour en faire une désignation commune à plusieurs conditions
lonté »le mot de la même façon dont Pascal en avait parlé -, le mot « volonté »chez
Schopenhauer dégénéra entre les mains de son inventeur, à cause de sa rage phi-
faire de cette volonté une métaphore poétique que de prétendre attribuer à toutes
les autres.
ler de vérité, mais seulement de probabilité et des degrés de la probabilité, on
la vérité ? »comme avocat du Christ, et cela pour mettre en suspicion tout ce qui
existent dans la nature, il faut que vous admettiez soit que, par une obéissance
librement consentie et soumise à elle-mème, les choses naturelles suivent leurs
lois - en quel cas vous admirez donc la moralité de la nature - ; soit que vous évo-
refuge de la rêverie mythologique.
10. . - Les philosophes voilés et les obscurcisseurs du monde, donc tous les mé-
et perde de son effet.
peut-être comme le pire ennemi de la libre pensée et lui appliqueront ce terme
12. . - Il ne faut pas répondre du tout à ceux qui parlent avec tant de fanfaron-
défaire quelque peu on amènera à la lumière, à leur plus grande honte, le résul-
réserve des baumes pour les blessures et des contre-poisons.
pourpre ou un turban de métaphysique, et il ne veut absolument pas se les laisser
arracher : et pourtant on le trouverait moins ridicule sans ces oripeaux.
15. . - Par tout ce que les exaltés disent en faveur de leur évangile ou de leur
non point en accusés), car involontairement on leur fait souvenir, presque à chaque
même le cas de tout bon livre, écrit contre la vie.
17. . - « Lorsque nous entendons parler les métaphysiciens subtils et les hal-
froides. »
trement. Dans une chose qui est en plein devenir, une autre chose qui devient ne
20. . - La foi en la vérité commence avec le doute de toutes les « vérités »en quoi
la même voie sont offensés, comme si on leur avait reproché leur hésitation ou
mencement était le non-sens, et le non-sens était , par Dieu ! et Dieu (divin) était
le non-sens.
incurables de la nature humaine, il peut provoquer des destinées tragiques et de-
« plaudite, amici ».
dans les arts ou dans les sciences. - Un esprit moqueur qui, par exception, serait
faites ainsi. »
de suspendre, ne fût-ce que pendant un instant le mécanisme de son instinct qui
crée et imagine des personnes. Dans ses rapports avec les pensées , même les plus
abstraites, il se comporte comme si elles étaient des individus avec lesquels on
demandons si nous ne devons pas lui opposer un ennemi ou bien lui adjoindre
un « peut-être »ou un « parfois » ; le petit mot « probable »nous donne même satis-
nuée, tolérant et humble comme il convient, se jetant, en quelque sorte, dans les
bras de la contradiction, nous avançons un autre exemple de notre souveraineté :
car comment saurions-nous ne pas venir en aide à cet être faible, le caresser et le
nourrir, lui donner de la force et de la plénitude et même une apparence de vé-
aussi que cette autorité devienne un jour scabreuse pour nous : - alors, nous qui
dérez cela et faites un pas de plus dans votre pensée : certes, personne ne parlera
il le vrai au non vrai, dans cette lutte secrète avec les idées-personnes , dans ce
mariage des idées, mariage demeuré le plus souvent caché, dans cette fondation
la pensée ? Pour la même raison qui lui fait rendre justice dans ses rapports avec
des personnes véritables : maintenant par habitude, héritage et éducation, primi-
tant que le reste du monde, il ne voudrait rien exécuter qui ne fût plus durable
que nous craignons nos propres idées, nos propres paroles, mais aussi que nous
nous y vénérons nous-mêmes, leur attribuant involontairement la faculté de pou-
voir nous récompenser, nous mépriser, nous louer et nous blâmer, donc dans le
fait que nous sommes en relation avec elles, comme avec des personnes libres et
racine vulgaire.
a pas réussi, lui pas plus que ses successeurs dans les sentiers de loup et de renard
Friedrich Nietzsche : Opinions et Sentences mêlées
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Informations
Date :

28/04/2011


Langue :

Français


Pages :

15


Consultations :

5119


Note :  
Format :

PDF / EPUB


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