Numérisation d’une police de caractère manuscrite en FontLab
Objectif
De l’esquisse à la réalisation, de la calligraphie au test de la police créée dans un logiciel de mise en pages, ce
tutoriel tentera de vous guider dans toutes les étapes de la création d’une police manuscrite 1.
Méthode
Cal igraphie
L’utilisation d’un stylo de cal igraphie, d’un pinceau ou d’un « Artist pen », sans être une obligation, va de soi lorsque
la police comporte des pleins et des déliés. La première étape est donc d’écrire tous les chiffres et toutes les lettres
de l’alphabet, sans oublier toutes les lettres accentuées, les signes diacritiques (apostrophe, double point, point
virgule, points d’exclamation et d’interrogation, point, tirets…) et les lettres accentuées – même s’il est possible de
copier un accent d’un caractère sur un autre – le tout en bas-de-casse et en capitales, en s’aidant éventuel ement
de la palette de caractères pour être sûr de ne rien oublier. Rien n’est plus désagréable que de tomber sur une
belle police… incomplète et donc inutilisable 2. L’idéal est d’écrire les différents caractères en grand (quelques cm),
d’abord parce que les courbes seront a priori plus lisses, mais aussi parce que nous allons numériser ces lettres
et chiffres et que la qualité sera meilleure en réduisant qu’en extrapolant les courbes des lettres. Sans arriver aux
exigences des cal igraphies chinoises ou japonaises, il est souvent nécessaire d’écrire ces caractères un bon nombre
de fois pour avoir une lettre correcte ; parfois également, une lettre « va moins bien » avec les autres, tout en étant
plus dynamique par exemple que d’autres essais.
Numérisation
Il faut numériser sur un scanner permettant de le
faire avec 1200 dpi de résolution, en noir et blanc
(bitmap). Chaque lettre devra être découpée,
éventuel ement remise d’équerre, puis enregistrée
séparément (au nom de la lettre). Pour remettre
d’équerre il est plus facile d’utiliser l’outil Recadrage
de Photoshop, de prendre l’axe de rotation et de le
déplacer dans un coin, comme le montre la flèche
orange ci-contre. Cela permet de mettre la fenêtre de
recadrage parallèlement aux droites des lettres. L’alternative est de disposer du logiciel ScanFont, qui permet de
reconnaître automatiquement les lettres à partir d’une numérisation complète. Une fois les caractères numérisés
et enregistrés, il reste à les placer en FontLab 3.
Création de la police
Il nous faut bien entendu d’abord créer la matrice globale de la police de caractère pour y placer toutes les
lettres, ce qui se fait simplement via File > New. On sélectionne la lettre, on l’édite en double-cliquant pour
obtenir une fenêtre qui contient sa prévisualisation, pour le moment avec une lettre générique :
1. Ce cours n’a pas la vocation d’amener une expertise dans le domaine très complexe de la création des caractères sur ordinateur ; il veut
simplement proposer à l’élève une marche à suivre correcte pour l’élaboration d’une police valide, en évitant les (nombreux) écueils existants, tout
en dépassant le niveau qu’on peut obtenir avec, par exemple, un logiciel comme « Votre police manuscrite », qui fait cela de façon automatisée.
2. Cf. les nombreuses polices créées par des anglophones et disponibles sur Dafont.com, et dont les accents sont inexistants.
3. J’ai utilisé FontLab Studio version 5.02 : www.fontlab.com. D’autres logiciels existent, même gratuits, voir www.dafont.com/fr/soft.php
1 • Création d’une police de caractère • Serge Paulus 2008
Nous al ons importer la lettre dans le calque « background » via la commande File> Import > Background.
Attention, pour voir votre lettre, assurez-vous que le calque Background est visible, (View > Show Layers >
Background). Le logiciel accepte les images au format tiff (qu’il est possible de compresser en lzw) ou jpg. Voici le
résultat, brut de décoffrage :
Première chose à faire, vectoriser la lettre via
Tools>Background>Trace :
On obtient dès lors une lettre vectorisée, par la même opération qu’en Illustrator par exemple.
Nous en arrivons petit à petit à remplir le tableau pour avoir une police assez complète :
Au fur et à mesure la police sera éventuel ement complétée, en fonction des besoins également. À noter, le
fichier de travail en FontLab n’est pas la police même mais un fichier au format .vfb. La génération de la police de
caractère se fera par ailleurs.
Réglage des espaces et des approches
Il s’agit ici d’un travail relativement laborieux mais nécessaire.
Une lettre (glyphe pour reprendre le terme réel – un glyphe peut comprendre plusieurs caractères, comme œ ou
encore une lettre accentuée) comprend toujours une ligne de base, sur laquel e se «pose» la lettre, ainsi que des
barres verticales de part et d’autre de la lettre, représentant l’espace nécessaire autour de la lettre. Lorsque vous
importez une lettre comme nous venons de le faire, il faut paramétrer cela.
Création d’une police de caractère • Serge Paulus 2008 • 2
Voici une représentation de ces différents espaces 4 :
Ascender
Caps height
x-height
Bounding
box
Baseline
LSB
RSB
negative
RSB
Advance width
Descender
Pour al er vite, nous pouvons paramétrer cela automatiquement, pour toutes les lettres à la fois, via la commande
Tools > Action… > Autospacing, en cochant «Apply to entire font», quitte à corriger ensuite, manuellement :
Il reste à paramétrer la hauteur de
la lettre par rapport à la ligne de
base. On peut déplacer la lettre en
faisant déborder la descendante au
delà de la ligne :
Ceci devra être fait manuel ement, en fonction de la logique propre de vos lettres. On fait toujours déborder les
lettres courbes comme O, C de quelques pourcents au-delà de la ligne de base, pour l’harmonie visuel e.
L’étape suivante concerne le réglage des approches entre caractères proprement dites, le kerning. Ce réglage
travaille à optimiser les approches entre paires spécifiques de caractères. Ci-dessous, l’exemple classique de Va :
Va VaLa première paire de lettres est laissée tele quele, l’approche
de la suivante est paramétrée via les tables d’approche.
Encore une fois, il est possible de créer une table d’approche
automatiquement, et d’y revenir manuel ement ensuite.
4. Tirée du manuel de FontLab Studio 5.
3 • Création d’une police de caractère • Serge Paulus 2008
Voici la procédure : depuis la fenêtre Metrics (Windows > New Metrics window) cliquer sur le bouton
pour
activer le kerning, puis sur
en choisissant Auto :
Un message d’avertissement vient, mais vous pouvez continuer. Le logiciel crée alors un grand nombre
d’approches de paires (plus de 250) automatiquement. Il faut ensuite modifier ou créer des paires en visualisant
le résultat dans la fenêtre, avec les mots et phrases proposés (le célèbre the quick brown fox… ou en les
composant vous-mêmes. Cliquez simplement entre deux lettres dont l’approche vous semble fautive, puis vous
aurez un curseur vertical qui vous permettra d’opérer un réglage.
Test, informations et génération de la police
On peut imprimer une page de test de la police, pour vérifier les détails, depuis le menu File > Printing :
Création d’une police de caractère • Serge Paulus 2008 • 4
Je conseille l’épreuve « Font Waterfall » qui permet de voir le texte et les approches dans différentes forces de corps.
Il faut également ouvrir la fenêtre des informations liées à la police (File > Font Info), ne fût-ce que pour
déterminer le style et la graisse (pour une seule graisse, mettre Normal, si c’est une famil e, préciser chaque
donnée).
La dernière étape est la génération proprement dite de la police ; je conseil e d’utiliser le format OpenType, parce
qu’il a entre autres comme caractéristique de comporter un seul fichier valide pour Windows et MacOSX. La
commande est File > Generate Font, puis sélectionner OpenType PS avec toutes les options par défaut.
5 • Création d’une police de caractère • Serge Paulus 2008