Etude d'impact : la signature électronique et les
infrastructures à clé publique dans le contexte de
l'identité numérique :
Quels usages pour les titres sécurisés émis par l'état dans le monde de
l'économie numérique ?
Ce document a été réalisé avec le soutien de :
CAPGEMINI
Cabinet d'avocats Caprioli & Associés
La CDC
KEYNECTIS
Ce document est diffusé sous licence Creative Commons :
Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France
http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/
1
Nous remercions chaleureusement toutes les personnes ayant participé à la
réalisation de ce document, à savoir :
- M. Charles de Couessin, du Cabinet de conseil ID Partners , consultant pour AFNOR,
Maîtres Eric Caprioli et Pascal Agosti du Cabinet d'avocats Caprioli & Associés,
M. Jean-François Legendre AFNOR,
-
Les co-auteurs,
-
Tous les membres du comité de pilotage qui ont commenté et relu en détail le
document,
-
et les nombreuses personnalités1 qui ont accepté d'être interviewées et sans qui le
document n'aurait pu voir le jour.
1 Nous remercions, entre autres, Mr Ravisé d'Altenor, qui nous a fourni des informations fort
pertinentes sur les attentes des acteurs dans les domaines du crédit et de la banque.
2
- Table des matières :
Avant-propos : .......................................................................................................... 4
I - Rappel du contexte, méthodologie et périmètre de l’étude .............................. 5
1. Objectifs de l’étude ..................................................................................................... 5
2- Identité électronique et économie numérique................................................................. 6
II - Les attentes des acteurs et synthèse des entretiens..................................... 11
1- Programme de Protection de l’Identité. Ministère de l’Intérieur .................................... 11
2- Programme SESAM Vitale, CNAM ............................................................................. 12
3- La vente en ligne ......................................................................................................... 13
4- Le Crédit à la consommation ....................................................................................... 16
5- Banque de réseau ...................................................................................................... 19
6- La banque en ligne ...................................................................................................... 20
7- Le notariat ................................................................................................................... 23
8- Les services publics .................................................................................................... 24
III - Modèles économiques et chaînes de valeurs ................................................ 26
1- La gestion de l’infrastructure à clés publiques de CNIe................................................ 26
2- Les organismes de crédit............................................................................................. 27
3- La banque en ligne ...................................................................................................... 29
4- Mise en œuvre d’une architecture à base de PKI ........................................................ 31
IV - Perspectives stratégiques, moteurs et freins à l’adoption de solutions de
PKI vis-à-vis des secteurs identifiés..................................................................... 34
1- Réduction de la fraude et gains de productivité attendus par introduction de la CNIe : 35
2- La vente en ligne ......................................................................................................... 35
3- Divers .......................................................................................................................... 36
V - Contexte Réglementaire ................................................................................... 37
1- L’identification :............................................................................................................ 37
2- La signature électronique :........................................................................................... 39
3- L’identification dans le domaine bancaire .................................................................... 45
VI- Etude sur la signature électronique dans le contexte de l'identité
numérique : bases normatives .............................................................................. 48
1- Norme versus spécification.......................................................................................... 48
2- Le cadre technique de la signature électronique.......................................................... 48
3- La politique de référencement de sécurité de l'administration PRIS............................. 50
4- Conséquences pour l'usage des titres délivrés par différentes sphères de confiance .. 51
6- Protection des données personnelles .......................................................................... 53
7- Biométrie ..................................................................................................................... 56
8- Autres travaux ............................................................................................................. 57
VII - Glossaire des technologies mises en œuvre ............................................... 58
Conclusion…………………………………………………………………………………………63
3
Avant-propos :
Les co-auteurs du présent document sont :
AFNOR
CAPGEMINI
Le Cabinet d'avocats Caprioli & Associés
La CDC
KEYNECTIS
Les organismes suivants ont participé au comité de pilotage et ont fait part de leurs
commentaires/ avis/ suggestions :
CAPGEMINI
Le Cabinet d'avocats Caprioli & Associés
La CDC
La DGME
KEYNECTIS
Le Ministère de l’Intérieur - ANTS
Les organismes suivants ont été interviewés dans le cadre de cette étude :
Argovie
Altenor
Aon
Cabinet d'avocats Caprioli & Associés
Caisse des Dépôts et Consignations
Cetelem
CFONB
Chambre des Notaires
CNAM
CNIL
Cofinoga
Cortal Consors
DGME
Dictao
FEVAD
Fianet
Forum des droits sur Internet
Gemalto
GIE CB
GIE Sesam Vitale
GIP DMP
Keynectis
LastMinute.com
Ministère de l’Intérieur, Agence Nationale des Titres Sécurisés
Natexis
Paypal
Sofinco
4
I - Rappel du contexte, méthodologie et périmètre de
l’étude
1. Objectifs de l’étude
Une récente étude Gartner2 livre des chiffres qui requièrent la plus grande prudence quant
au succès de l’économie numérique : 30% des interrogés déclarent minimiser leurs achats
en ligne pour des raisons liées à la sécurité des paiements, les trois quart d’entre eux se
connectent moins et 14% avouent avoir cessé toute activité bancaire en ligne. Un constat
négatif qui nécessite de conduire un état des lieux sur les relations entre économie
numérique et identité. Doit-on s’identifier ou s’authentifier pour conduire une transaction en
ligne ? Quels mécanismes sont mis en œuvre par ces deux modes de connexion3 et
comment répondent-ils à différentes attentes du marché ? Quelles transactions requièrent
une signature et comment cette signature se distingue-t-elle de l’authentification ? Mais
également, quels types de signatures sont attendus par les acteurs de l’économie en ligne ?
Notre étude se propose de clarifier ces technologies, préciser pourquoi et comment
elles sont mises en œuvre dans le contexte des programmes d’identité électronique
conduits en France actuellement. Il est rappelé que le port de la Carte Nationale d’Identité
(CNI) ne constitue nullement une obligation4 contrairement à la plupart des pays d’Europe5.
L’étude se limite au potentiel de la future Carte Nationale d’Identité Electronique
(CNIe), telle qu’elle est spécifiée par l’équipe en charge de sa mise en œuvre6, mais
également à celui de la Carte Sesam Vitale7 vu son usage attendu vis à vis de la sphère
publique8. Dans la logique du Rapport Truche, et bien que le citoyen ait le libre choix de
moyens lui permettant de prouver son origine, nous ne traiterons pas des multiples cartes de
services, d’associations, de transports, etc. dont l’autorité de délivrance ne bénéficie pas de
moyens suffisants pour garantir l’identité d’un possesseur de titre, même s’il porte son
patronyme et sa photographie9.
2
Cité par The Economist. Economist Intelligence Unit. Complying with rules for identity
management. Dec 2006.
3
Le service d’authentification permet de garantir l’intégrité et l’origine du message des
données authentifiées mais, contrairement au service de signature électronique, il ne signifie pas que
l’émetteur manifeste son consentement sur le contenu du message des données. PRIS version 2.0 1°
Juin 2005.
4
Bien qu’instauré en 1955, le port de la carte nationale d’identité (CNI) ne constitue nullement
une obligation pour les citoyens français. Lorsqu'ils ont à justifier de leur identité, ils peuvent présenter
tout document officiel portant leur photographie : passeport, même périmé depuis moins de deux ans,
permis de conduire, carte d'invalidité, carte d'abonnement aux transports collectifs ou carte
professionnelle par exemple.
5
Environ la moitié des pays de l’UE qui ont institué la carte d'identité ont rendu sa détention
obligatoire.
6
Il s’agit aujourd’hui de l’Agence Nationale des Titres Sécurisés sous la responsabilité du
Préfet Raphaël Bartolt (JO du 24 février 2007).
7
Loi n° 2004-810 du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie et Article L161-31 du Code
de la Sécurité Sociale.
8
« Les organismes d'assurance maladie délivrent une carte électronique individuelle inter-
régimes à tout bénéficiaire de l'assurance maladie qui comporte une photographie de celui-ci. Cette
carte est valable partout en France et tout au long de la vie de son titulaire….".
9
C’est par la possession d’un titre d’identité (carte d’identité ou passeport), délivré à travers
une procédure codifiée, qu’un citoyen détient la preuve qu’il est bien le titulaire de son identité. En un
5
2- Identité électronique et économie numérique
Initié bien avant les évènements du 11 septembre 200110, le programme de « Protection de
l’Identité »11 du Ministère de l’Intérieur français a été décalé en raison du contexte électoral
de 2007. Pourtant, les débats entretenus par la presse et les forums d’usagers12 attestent
d’une perception quasi liberticide par l’opinion, contrairement à son objectif premier visant à
faciliter l’économie numérique. Bien que la France dispose d’un arsenal législatif qui
préserve la vie privée, l’analyse des débats témoigne d’un amalgame entre des technologies
répondant à des procédures et contextes juridiques bien différents : code PIN, biométrie,
certificats et signature électronique, comme si elles étaient équivalentes et interchangeables.
Ainsi l’une des confusions majeures porte-t-elle sur les procédures d’identification et
de conclusion de l’acte d’achat, deux actions pourtant bien différentes ; l’un des
opposants au projet demandant: «Pourquoi une "identification certifiée" (…) pour une
transaction électronique privée ? En somme, si le commerce repose depuis l’antiquité sur la
confiance, le commerce électronique devrait-il reposer sur l’authentification forte et les
mesures biométriques ?»13. Pourtant la dématérialisation des moyens de règlement –
chèques, cartes de crédit - fait depuis longtemps appel à des mécanismes puissants de
confirmation d’identité et de solvabilité14 et ne se satisfait plus des rapports de confiance
traditionnels à l’économie marchande. Bien que la VPC, relayée par le Minitel, ait largement
ouvert la voie au commerce électronique en dématérialisant tout à la fois le rapport entre les
parties, la relation aux biens vendus et les moyens de paiement, l’actuel essor de l’économie
numérique nécessite que des règles fiables soient instaurées pour faire face aux menaces
de fraude. Rappelons que l’impulsion sur la signature électronique est venue de la
Commission des Nations Unies pour le Droit Commercial International (CNUDCI) ; la loi type
sur le commerce électronique ayant été adoptée sur 16 Décembre 1996 par l’Assemblée
Générale, bien avant la parution de la Directive Européenne (Décembre 1999)15.
Il s’agit donc de restaurer la confiance nécessaire aux relations marchandes, qui ne
peuvent plus reposer sur l’appréciation mutuelle des parties mais sur les technologies de
sens, c’est la délivrance du titre d’identité qui « fixe » l’identité. Avant la délivrance du titre, un enfant,
par exemple, est doté d’une forme embryonnaire d’identité, son inscription sur le registre d’état civil
(dont il peut obtenir copie sous la forme d’un extrait de naissance), son inscription dans le livret de
famille ou sur le passeport des parents. Rapport Truche Administration électronique et protection des
données personnelles. Paris 2002. Rappelons qu’aujourd’hui les enfants mineurs doivent détenir leurs
propres passeports et que leur inscription dans le passeport des parents n’est plus suffisante pour
quitter le territoire français.
10
Il a été initié sous le label de « Titre Fondateur » par le Ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant
en 2000.
11
Il s’agit du nouveau nom du programme d’identité électronique, précédemment intitulé INES.
12
Forum des droits sur l’internet. 16 juin 2005. Rapport Projet de carte nationale d’identité
électronique.
13
« Quel besoin d’une identification forte pour les télé-procédures ? D’autant que l’anonymat de
l’agent public correspondant pourrait, lui, être respecté, "si des motifs intéressant la sécurité publique
ou la sécurité des personnes le justifient" (art. 4 de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 relative aux
droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations). » Intervention du 7 mars 2005. Le
Forum des droits sur Internet. Rapport sur le Projet de carte nationale d’identité électronique 16 juin
2005.
14
A titre d’exemple, le réseau des cartes de paiement certifie – quasiment en temps réel - la
solvabilité de l’acheteur mais également sa possession légitime du titre par la génération du PIN code.
15
Directive 1999/93/CE du Parlement européen et du Conseil, du 13 décembre 1999, sur un
cadre communautaire pour les signatures électroniques.
6
l’information dans un cadre réglementaire défini. C’est précisément l’objectif de la Carte
Européenne de Citoyen16, initié par le Ministère de l’Intérieur français en 2002, qui vise la
mise en œuvre d’une infrastructure numérique solide et l’interopérabilité des systèmes
d’authentification lors du passage à l’Euro bien plus qu’un contrôle identitaire sur la toile. La
Commission européenne a également subventionné de nombreux travaux visant les
procédures d’identification, d’authentification et de signatures par les financements des 5° et
6° et actuel 7° PCRD17. Les initiatives visant l’identité et le contrôle aux frontières ne sont
apparues que tardivement et dans l’urgence des évènements du 11 septembre 2001, vu la
réplique américaine du Patriot Act18 . Mais les financements tardifs du PASR19 de la
Commission, visant à combattre le terrorisme - environ 25 Millions par an entre 2004 et 2006
- paraissent dérisoires comparés aux milliards alloués à l’économie numérique dans le cadre
du programme IST (Information Society) de Bruxelles.
D’abord intitulé «Titre fondateur», le programme d’identité électronique français
ambitionne la mise en service d’une carte de nationalité spécifique, qui se distingue
des cartes sectorielles par les points suivants : délivrance par l’Etat mais surtout avec un
objectif « d’identification générale et non des usages spécifiques, comme le permis de
conduire ou le passeport »20. Comme le rappelait le Rapport Truche, les mécanismes
inhérents aux certificats électroniques constituent une véritable mine de renseignement si, à
l’avenir, les fichiers devaient être croisés par les détenteurs des traces21. Aussi met-il l’Etat
en garde que la future CNIe ne remplace à l’avenir le numéro INSEE22 ou NIR23.
16
CEN/TC 224 - Identification personnelle, signature électronique et cartes lisibles par machine,
dispositifs d'interface associés et fonctionnement.
17
Programme Cadre de Recherche et Développement : eJustice Towards a global security and
visibility framework for Justice in Europe (eJustice) March 2004 to February 2006
http://www.ejustice.eu.com/, Porvoo Group http://www.porvoo10.net/p10/, eEPOCH
http://www.eepoch.net/ : to develop and provide a practical demonstration of interoperable and secure
smart card based digital identification system in 7 pilot sites over Europe (eEurope Proof of Concept
for a Holistic approach).
18
http://www.epic.org/privacy/terrorism/hr3162.html 24 octobre 2001.
19
Preparatory Action in the field of Security Research.
http://www.eurosfaire.prd.fr/news/EEppZpVAVEgypGwnqw.html
20
La carte d’identité se distingue des autres pièces d’identité par la réunion de trois conditions :
– elle est délivrée par l’État ;
– elle vise des fins d’identification générale et non des usages spécifiques (comme le permis
de conduire ou le passeport) ;
– elle contient des renseignements qui en font, en comparaison des autres pièces d’identité,
un document privilégié pour identifier les personnes. Rapport Truche- Administration électronique et
protection des données personnelles. Paris 2002.
21
« Les risques et les perceptions en matière de vie privée se sont déplacés de la constitution
de «grands fichiers » vers la problématique de la gestion des « traces » que l’on laisse dans les
systèmes que l’on utilise ; Les risques et les perceptions en matière de vie privée se sont déplacés
des fichiers publics, principaux créateurs et gestionnaires de fichiers, vers les opérateurs privés,
spécialistes de marketing et de gestion « optimisée » (du point de vue de l’entreprise) de la relation
client ». Administration électronique et protection des données personnelles. Rapport Truche-
Synthèse Paris 2002.
22
A l'origine, le NIR a été créé dans un but militaire : René Carmille, qui travaillait pour le
gouvernement de Vichy pendant la seconde guerre mondiale, a eu la mission de préparer
secrètement la mobilisation d'une armée française. Dans un but de camouflage, il créa un Service
National de Statistiques et répertoria toutes la population française (femmes enfants et vieillards
compris) à partir des registres de naissance de l'Etat Civil. Pour faciliter le tri des mobilisables, il créa
un numéro dont les trois premiers chiffres permettaient de les repérer : le sexe et l'année de
naissance pour en déduire l'âge. Ce répertoire fut créé d'avril à août 1941. René Carmille est mort
déporté en janvier 1945 à Dachau ;
7
Dans ce contexte sensible, notre étude se propose de clarifier le rôle de l’identité vis-à-vis
de télé-procédures qu’il s’agisse de la sphère publique ou privée, considérant que des
actions aussi variées que signer sa déclaration de revenus, consulter un compte bancaire,
ouvrir une DUE24, acheter un DVD sur eBay, contracter un prêt ou encore souscrire une
assurance-vie, ne relèvent pas du même contexte réglementaire.
Chaque application appelle un flux spécifique de données – identification, authentification ou
signature – qui dépend du niveau de confidentialité des informations proposées sur le web,
mais surtout du cadre juridique, sachant qu’un même titre d’identité peut contenir plusieurs
catégories de certificats, publics ou privés. On pourra ainsi lever l’ambiguïté d’une carte
« signeuse » 25 généralisée, dénoncée par les internautes ; la signature n’étant requise
qu’exceptionnellement et seulement si le contexte réglementaire l’exige.
Comme le remarquait fort pertinemment le Rapport Truche, « Le concept même d’identité
numérique n’est pas, et pas plus que l’identité « traditionnelle » univoque et uniforme :
l’identité numérique se compose d’un ensemble d’identifiants partiels, finalisés, et des
relations qu’entretiennent ces identifiants. L’essor de l’administration électronique, et plus
largement de la société de l’information, multiplie et complexifie ces identités partielles et ces
relations, sans pour autant conduire à les fusionner : cela pose la question de
l’interopérabilité des identités numériques »26. La multiplicité des technologies disponibles
pour accéder aux sites web, se connecter à son compte ou confirmer une transaction répond
à cette variété d’identités, qui ne nécessite nullement l’usage d’une carte délivrée par l’Etat
mais se satisfait des login / mots de passe traditionnels.
Notre travail porte donc sur les certificats liés aux programmes d’identité - CNIe, Carte
Vitale – en se limitant à leurs usages vis-à-vis des sphères publiques ou privées : sites
marchands, crédit à la consommation, banque de réseau et banque en ligne, actes
juridiques, assurance maladie et services de l’Etat, essentiellement des relations B2C
(Business to Consumers ) vis-à-vis de personnes morales (publiques ou privées).
Sachant que nous ne disposons pas à ce jour d’éléments précis concernant la transposition
dans le domaine de l’économie numérique des règles de fonctionnement d’actes sous seing
privé27. Il ne semble pas qu’il y ait une demande ou un marché aujourd’hui en ce sens mais
23
Le NIR (Numéro d’Inscription au Répertoire) est un numéro à treize caractères dont la
composition est précisée dans l'article 4 du décret n° 82-103 du 22 janvier 1982 : "Le numéro attribué
à chaque personne inscrite au répertoire comporte 13 chiffres. Ce numéro indique successivement et
exclusivement le sexe (1 chiffre), l'année de naissance (2 chiffres), le mois de naissance (2 chiffres),
et le lieu de naissance (5 chiffres ou caractères) de la personne concernée. Les trois chiffres suivants
permettent de distinguer les personnes nées au même lieu, à la même période."
24
DUE Déclaration Unique d’Embauche d’un employé.
25
Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING)41
estime également que le développement d’une carte « signeuse » est potentiellement dangereux. En
effet, parce que la CNIe bénéficiera d’un statut officiel et qu’elle proposera un dispositif très fort
d’authentification, el e risque d’inciter un grand nombre d’acteurs à se reposer sur elle pour leurs
relations avec des tiers (clients, fournisseurs…) même si ce niveau d’authentification n’est pas
nécessaire. D’une manière générale, la plupart des intervenants ont souhaité une variabilité de
l’authentification en fonction de l’usage (Le Forum des droits sur Internet. Rapport. Projet de carte
nationale d’identité électronique 16 juin 2005).
26
Rapport Truche- Administration électronique et protection des données personnelles.
Synthèse Paris 2002.
27
C'est un acte conclu sans le concours d'un officier ministériel, notaire ou huissier, rédigé et
signé directement par les parties à l'acte, ou avec le concours d'un rédacteur d'acte. Un acte sous
seing privé n'a de date certaine que s'il est enregistré ( auprès de n'importe quelle recette des impôts)
8
si elle devait être formulée, il serait nécessaire d’en clarifier la démarche juridique et
technique.
Tout au contraire, il est essentiel de ne pas négliger l’usage potentiel des certificats de
CNIe dans des contextes professionnels. Rappelons que sur trois millions d’entreprises
françaises, plus de deux millions sont mono-personnelles ou ne comptent qu’un seul
employé ; 90% d’entre elles ne dépassant pas les dix salariés.
Vu leur haut niveau de qualification28, ces certificats pourraient être idéalement utilisés
dans le cadre de formalités administratives telles que : signature de mandataires sociaux,
réponses aux appels d’offres ou TéléTVA29, à l’égal des certificats d’entreprise30. Les
formalités des sociétés unipersonnelles et PME sont ainsi susceptibles de constituer un
formidable « produit d’appel » pour la future CNIe.
Pareillement, on ne peut exclure que ces certificats puissent être utilisés par de grandes
entreprises dans le cadre de délégation de pouvoirs, grâce à des outils de workflow ou de
paraphe électronique. Dans ce contexte, l’individu signe soit sur la base du certificat de
l’Etat, soit au moyen de certificats professionnels, qui pourraient être hébergés par la CNIe,
si cette hypothèse est retenue par le Ministère de l’Intérieur.
Sans prétendre à l’exhaustivité, notre étude propose une photographie de l’écosystème
numérique français à l’horizon 2007 vis-à-vis de l’identité en ligne ,sachant que le
lancement prochain du programme d’identité électronique risque de bouleverser la donne.
Même si la littérature traitant du sujet est abondante, nous avons privilégié les entretiens
dans la mesure où de nombreux projets se situent dans une phase de gestation et que les
acteurs expriment fort clairement leurs attentes vis-à-vis de la future CNIe. D'ailleurs, ils
mettent souvent en œuvre des solutions transitoires, propriétaires, mais qui préfigurent ses
fonctions. Ils constituent un terreau idéal qui devrait permettre au Ministère de l’Intérieur (MI)
d’affiner les fonctionnalités du programme préalablement à la consultation des entreprises,
prévue pour 2008.
Partant des émetteurs – MI, CNAM –, l’étude se propose d’investiguer un large spectre
d’acteurs de l’économie numérique depuis l’achat d’un bien en ligne jusqu’à sa
réception en précisant les demandes de tous les intervenants du circuit : crédit,
assurance emprunteur, débit bancaire ; sans oublier de vérifier la conformité des procédures
par rapport au cadre réglementaire (CNIL, avocats, notaires). Cette approche très large
permet de confronter les projets des fournisseurs d’identité aux attentes des prestataires.
Comme nous le verrons plus bas, l’identité électronique ne doit nullement être
considérée comme la transposition de règles de fonctionnement du monde physique
mais, grâce au saut technologique mis en œuvre, elle permet d'anticiper des gains de
productivité importants et favorise l’apparition de nouveaux métiers d’intermédiation.
au contraire de l'acte authentique qui a l'avantage d'avoir une date certaine, et d'être conservé dans
les archives de l'office ministériel sans limite de durée.
28
PRIS***, Politique de Référencement Intersectoriel e de Sécurité (PRIS). Agence pour le
Développement de l’Administration Electronique. Premier Ministre 01/06/2005.
29
TéléTVA s'adresse à l'ensemble des redevables de la TVA qui exercent à titre habituel une
activité commerciale, industrielle, civile, agricole ou libérale, quel que soit le régime réel d'imposition à
la TVA auquel ils sont soumis (réel normal et réel simplifié, périodicité mensuelle, trimestrielle ou
saisonnière). Les redevables dont le chiffre d'affaires ou les recettes réalisés au titre de l'exercice
précédent est supérieur à 760 000 € HT ont l'obligation, à compter du 1er janvier 2007, d'utiliser
TéléTVA*.
30
« Il y a par ailleurs une zone de recouvrement entre personnes physiques et personnes
morales : un très grand nombre d’entreprises sont unipersonnelles ». Rapport Truche - Administration
électronique et protection des données personnelles. Paris 2002.
9
Il est donc question ici d’une nouvelle chaîne de valeurs dont on décrit les intervenants et les
enjeux financiers correspondants.
Par contre, nous nous focaliserons sur les questions relatives à l'identité numérique et
n'aborderons pas d'autres sujets connexes tels que, par exemple, la "réputation numérique",
le "droit à l'oubli sur les réseaux", etc.
10
II - Les attentes des acteurs et synthèse des entretiens
1- Programme de Protection de l’Identité. Ministère de l’Intérieur31
En date de l’étude, le MI a décidé de restreindre le périmètre du programme de la future
carte d’identité électronique piloté par l’ANTS32. Les certificats d’authentification et de
signature seront facultatifs mais fournis gratuitement aux ayant droits, lors de la remise du
titre et activés par code PIN face à l’agent de mairie. Une procédure qui répond aux
exigences des certificats qualifiés au sens de la Directive Européenne 1999/93 et conforme
à la réglementation PRIS***33.
Par contre, l’Etat n’entend prendre aucune responsabilité quant à leur usage ultérieur.
Il ne serait plus question que la CNIe héberge des certificats privés, comme envisagé
initialement. Non obligatoire, le titre a une validité de 5 ans comme les certificats34.
Il semble que les prestataires de services en ligne n’aient pas encore perçu le potentiel
considérable de ces certificats pouvant générer des signatures juridiquement
équivalentes à une signature manuscrite et distribués à l’échelle d’un pays.
Un procédé qui renverse la charge de la preuve et confère donc aux millions d’internautes
potentiels, une présomption de fiabilité lors de leurs transactions sur le net. Soucieux de
favoriser la mise en œuvre de nouvelles télé-procédures (et pas uniquement vis-à-vis de la
sphère publique), le Ministère de l’Intérieur est favorable à ce que des lecteurs de cartes
USB soient largement distribués par les banques ou les mairies lors de la remise du titre35.
Le coût de revient est évalué à moins de cinq Euros pour des volumes importants.
A chaque transaction « en ligne », l’usager sera authentifié (et donc pas seulement identifié)
par son code « PIN » frappé sur le clavier du PC (et non sur un clavier dédié de type
Cybercom).
Par cette approche « forte », le Ministère de l’Intérieur se positionne comme l’un des acteurs
majeurs de l’identité en France. En effet, même si la CNIe ne devait pas être rendue
obligatoire, elle s’inscrit dans une hiérarchie des titres qui ne sera pas la même dans le
contexte de l’économe numérique et du monde physique.
La possibilité nouvellement offerte de s’authentifier et de signer des contrats sur le
web aura naturellement tendance à requérir l’usage d’un média qui offre la garantie la
plus étroite entre l’ayant droit et l’autorité régalienne de dévolution du titre de
citoyenneté.
Comme le remarquait justement le rapport Truche, «C’est par la possession d’un titre
d’identité qu’un citoyen détient la preuve qu’il est bien le titulaire de son identité ; (par contre)
c’est la délivrance d’un titre qui fixe l’identité36 ».
31
Le programme INES, d’Identité Nationale Electronique Sécurisé est devenu le Programme de
Protection de l’Identité. Entretien avec Mr Fabrice Mattatia, Ingénieur en Chef Ministère de l’Intérieur,
le 14 décembre 2006.
32
L’Agence Nationale des Titres Sécurisés sous l’autorité du Préfet Raphaël Bartolt (JO du 24
février 2007) est chargée de la conception, de la mise en œuvre et de la réalisation du programme.
33
Il est remis en main propre sur la base d’un face à face et stocké sur un support physique
inaltérable.
34
La PRIS préconise une durée de validité de 3 ans pour les certificats *** alors que Ministère
de l’Intérieur a prévu de l’étendre à 5 ans. Ce point sera précisé par l’équipe projet du programme
d’identité électronique.
35
L’Etat n’exclut pas de s’impliquer fortement dans la phase de promotion du nouveau média.
36
Rapport Truche - Administration électronique et protection des données personnelles. Paris
2002, p.37.
11
La CNIL devra prochainement statuer sur la constitution d’une base biométrique centralisée
permettant de vérifier l’unicité de l’identité des citoyens lors de la remise des titres. Par
contre, la France exclut le recours à un numéro unique de citoyen, comme c’est le cas dans
de nombreux pays de l’EU37. Toutefois l’authentification biométrique sera exclusivement
réservée aux forces de police et gendarmerie sans qu’il soit possible d’y recourir dans le
cadre des télé-procédures, qu’elles soient publiques ou privées. Seront stockées les images
des empreintes digitales, et non les minuties, afin de garantir l’interopérabilité des lecteurs
de police en Europe.
La France a donc opté pour une approche minimaliste de l’authentification biométrique,
contrairement à d’autres pays de l’Union Européenne, qui l’ont autorisée pour des
applications privées.
2- Programme SESAM Vitale, CNAM 38
La CNAM et le GIE SESAM VITALE ont récemment débuté une étude sur l’usage et les
conditions de mise à jour de certificats électroniques dans la Carte Vitale 239 vis-à-vis
des services en ligne de la sphère santé-sociale, notamment le Dossier Médical
Personnalisé (DMP) qui en constitue le chantier majeur.
Bien que les résultats de ce travail ne soient pas disponibles à ce jour, des fonctions de type
« identification », « authentification » et « signature » pourraient être mises en œuvre de
façon à formaliser les rapports entre usagers (assurés, patients..) et prestataires de services,
et notamment contractualiser leurs relations avec les hébergeurs de données.
Le GIE SESAM-VITALE est financé par les organismes d’assurance obligatoires et
complémentaires, fort soucieuses de sécuriser les échanges avec leurs assurés. Lors du
démarrage de la télétransmission SESAM-Vitale (1998), le recours au code PIN40 n’a pas été
retenu pour la facturation des prestations médicales ou lors de la délivrance de
médicaments, pour des questions de facilité d’usage des assurés.
Actuellement, des expérimentations sont prévues, pour vérification en ligne du taux de
remboursement de médicaments dans le cadre de la prise en charge des affections longues
durée.
La CNAM et la DGME étudient les besoins exprimés pour l’usage de la Carte Vitale 2,
notamment pour accéder à certains services sociaux de l’Etat, tels que l’authentification forte
aux services de la CAF.
Etant donné que le face à face avec un agent habilité n’est pas envisagé à court terme
(les besoins de sécurité actuellement exprimés n’imposant pas la remise de carte en main
propre), la classification du certificat correspondrait, au démarrage du programme, à un
échelon de type PRIS*.
La capacité à renforcer le niveau de sécurité initial (par exemple pour satisfaire des
exigences de services sociaux souhaitant combattre la fraude et s’assurer de l’identité des
ayants droits) est également étudiée.
37
Belgique, Finlande, Espagne, Estonie, Suède…
38
Entretiens avec le GIE Sesam Vitale, le 8 Février 2007, la Caisse Nationale d’Assurance
Maladie, le 13 Juin 2007 et le GIP DMP.
39
Cabinet Dictao.
40
Le code PIN primaire est neutralisé, par contre le code secondaire est actif.
12
L’usage du PIN – ou une approche de type OTP41 – pourrait être envisagé pour se connecter
au DMP afin de protéger les données médicales et de sécuriser des procédures coûteuses
comme la prise en charge d’Affections Longue Durée (ALD) ou de protocoles de soins. Bien
naturellement le patient pourra consulter en ligne ses historiques de remboursement.
Avec les mutuelles complémentaires42, la CNAM étudie actuellement comment bénéficier de
l’architecture technique de la carte Vitale (par inscription de données en carte Vitale ou dans
d’autres cartes dites DUO, compatibles avec ses lecteurs43).
L’étude en cours sur les usages de la carte Vitale concerne l’ensemble des acteurs du
monde santé-social (organismes d’assurance obligatoire ou complémentaire, DMP, services
sociaux de l’Etat,..). Bien que les résultats de cette étude ne soient pas encore publiés, on
anticipe que les complémentaires exigeront à terme la mise en place d’une procédure
d’authentification forte de façon à confirmer l’identité d’un ayant droit, lors d’une consultation
ou de l’achat de médicaments en pharmacie.
Parmi les projets prospectifs, citons le programme Netc@rds, dont le GIE SESAM Vitale est
le coordonnateur, qui vise l’interopérabilité des contrôles de droits, dans la plupart des cas
sur base de lecture des cartes de santé locales en Europe.
Concernant les procédures d’authentification visées, le projet étant dans sa phase de
démarrage, il est prématuré d’en préciser ici le périmètre.
3- La vente en ligne44
A chaque branche de l’économie numérique correspond la formalisation d’un rapport client /
fournisseur qui transpose les procédures du monde réel. Pas plus que dans l’usage courant,
acheter un objet ne nécessite de prouver son identité mais simplement d’en payer le prix, et,
dans la majorité des cas, sans formalités juridiques.
L’économie numérique ne modifie nullement les règles du jeu mais utilise au mieux les outils
disponibles en fonction du niveau de risque et du contexte réglementaire : mails, mots de
passe statiques et dynamiques, SMS ou mélange de technologies, de façon à tracer, en cas
de litige, les actions de l’internaute.
Pour acheter sur un site d’enchère, nul besoin de s’identifier, encore moins de s’authentifier,
mail et mot de passe suffisent ! Quant à la transaction, son fonctionnement est déjà cadré
par les cartes bancaires, donc remboursement sur preuve d’usage frauduleux du titre.
Le commerce électronique en France pèse 13 Milliards d’Euros en 2006, dont 60%
d’offres de services (90% de voyages), le reste correspondant à la vente de biens,
marquant une progression de 40% sur 2005.
La fraude sur les cartes de paiement est faible, soit 0,2% du CA total ; la grande majorité des
litiges proviennent d’une tromperie sur la nature des objets ou prestations proposées.
41
One Time Password, Mot de Passe Dynamique.
42
Notamment la FFSA ( Fédération Française des Assureurs), membre du GIE Sésame Vitale
43
De son coté, la FNMF (mutualité française), également membre du GIE, a fait le choix
d’héberger les données administratives des complémentaires, sur la carte Vitale.
44
Entretiens avec la Fevad : Fédération des Entreprises de Vente à Distance, et divers acteurs
de la banque en ligne.
13
Vu le faible niveau d’authentification requis, tout comme l’absence de formalisme de la
transaction, les prestataires de vente en ligne n’expriment pas d’attentes vis-à-vis des
certificats de CNIe.
En revanche, les acteurs majeurs, comme cette filiale d'eBay45, ou encore l'un des poids
lourds français du domaine, se sont positionnés comme intermédiaires visant à rétablir
les relations de confiance de l’économie de marché.
D’un côté, validation des capacités du fournisseur, de l’autre, puissants mécanismes de
profiling et scoring pour prévenir la fraude (correspondance adresse / nom) ou définir des
comportements d’achat ; des technologies d’apprentissage basées sur réseaux de neurones
développés à l’échelle mondiale.
Ces prestataires d'un genre nouveau font l'objet de tentatives d’«hameçonnage46» ou de
« keylogging47 », par le biais d’écrans détournés ; des actes de malveillance qui contribuent
à freiner l’essor du commerce électronique et la stratégie internet des banques en France.
Aussi l'un d'eux propose-t-il un service optionnel de certificats pour accéder à un service
sécurisé de loggin, sur la base de quelques Euros / mois, de façon à rassurer les acheteurs.
La démarche de ces intermédiaires de vente en ligne se base sur le constat suivant :
plus de 50% des internautes abandonnent leur transaction en route ; par ailleurs, si des
procédures interbancaires de type « 3D Secure » sont implémentées, 20% des acheteurs
restants vont de nouveau abandonner leur transaction.
Ces acteurs nouveaux se sont donc engouffrés dans un champ laissé vierge par les
banques qui, en sur-dimensionnant les risques de fraude, ne se sont pas positionnés avec
réactivité sur le marché de la confiance entre acheteurs et vendeurs, dans un contexte
d'absence de contact physique avec les objets.
Des offres récentes de type « Receive and Pay » répondent bien à la demande d’internautes
qui souhaitent vérifier la qualité d’un achat négocié en ligne, avant d’enclencher le
mécanisme de paiement. Bien que recommandée par la Banque de France, la solution « 3D
Secure » est majoritairement rejetée par les sites marchands qui la considèrent comme un
frein au commerce sur le net.
Faute de faire appel à ces nouveaux cercles de confiance, les déconvenues des vendeurs
ne sont pas rares. Malgré la mise en garde de la FEVAD48, certaines PME avouent avoir été
séduites par des commandes miracles sans réaliser qu’un paiement par carte est invalide si
le porteur de titre ne peut être identifié avec certitude. Dans ce contexte qui ne bénéficie, ni
de systèmes interbancaires fiables (3D Secure), ni de médiateurs de transaction décrits ci-
dessus, il n’est pas rare que la PME soit obligée de restituer le montant de la transaction, si
la carte de paiement a été utilisée frauduleusement (et sans récupérer sa marchandise, lors
d’un envoi à l’export).
45
4 millions de comptes en France, 50,000 nouveaux comptes par semaine, 100,000 à Noël,
130 millions de comptes dans le monde.
46
L'hameçonnage, appelé en anglais phishing, est une technique utilisée par des fraudeurs
pour obtenir des renseignements personnels dans le but de perpétrer une usurpation d'identité. La
technique consiste à faire croire à la victime qu'elle s'adresse à un tiers de confiance — banque,
administration, etc. — afin de lui soutirer des renseignements personnels : mot de passe, numéro de
carte de crédit, date de naissance...
47
Un
keylogger (littéralement enregistreur de touches) est un dispositif chargé d'enregistrer les
frappes de touches du clavier et de les enregistrer, à l'insu de l'utilisateur. Il s'agit donc d'un dispositif
d'espionnage.
Certains
keyloggers sont capables d'enregistrer les URL visitées, les courriers électroniques
consultés ou envoyés, les fichiers ouverts, voire de créer une vidéo retraçant toute l'activité de
l'ordinateur !
48
Fédération des Entreprises de Vente A Distance.
14
Ce marché d’intermédiation reste malgré tout fort modeste49. Il confirme le manque de
maturité de cette activité mais aussi le faible entrain des entreprises françaises à se
propulser vers l’économie numérique.
Dans la mesure où beaucoup de PME ne disposent pas d’infrastructures de vente en ligne,
faute d’activité suffisante sur le web, les cas de fraude mentionnés par la FEVAD permettent
d’anticiper le recours à des services sécurisés de paiement basés sur l’identité et non plus
les mécanismes interbancaires (en quelque sorte, des médiateurs de transactions, qui
proposeraient des services « à la demande » sans nécessiter de comptes récurrents
acheteur /vendeur comme cela est proposé aujourd’hui). Vu le risque de ces transactions
« one shot », il est probable que l’authentification forte par CNIe constitue l’élément clé de
ces services futurs.
Æ On anticipe que l’offre de médiateurs évolue dans les années à venir de façon à faire face
aux zones d’ombres de l’économie internet. Deux voies peuvent être identifiées dès
maintenant, mais il est probable qu’avec l’essor de la vente en ligne d’autres services voient
le jour prochainement :
D’une part, combattre la fraude – même faible - des paiements en ligne par cartes50,
évalués à 30 Millions d’Euros en France et qui va certainement suivre la progression du
secteur, soit 40% par an.
De l’autre, l’autorisation de prélèvement bancaire de particuliers ne disposant pas de
cartes de paiement. Un marché qui représente 15% du commerce en ligne, soit plus de 2
Milliards d’Euros ; dans ce cas, des intermédiaires pourraient prélever quelques % en
fluidifiant, par le biais de la future CNIe, l’actuelle procédure courrier, en total décalage avec
l’économie numérique !
Ces acteurs de confiance ne montrent pas d’attente particulière vis-à-vis de la CNIe, dans la
mesure où ils proposent des règles de fonctionnement sans identifier l’internaute ni
formaliser leurs achats.
Par contre, ceux qui visent des marchés mondiaux n’excluent pas de modifier leurs
procédure d’authentification si une approche commune des CNI était adoptée par l’Union
Européenne. En effet, les marges des fournisseurs sont très faibles sur le net, aussi les
intermédiaires, comme les vendeurs de voyages en ligne51, sont-ils à l’écoute de toute
solution innovante leur permettant de faire face à ce pourcentage incompressible de fraude
qui rogne leurs bénéfices.
Il est possible que d’autres acteurs se positionnent prochainement sur ce créneau juteux de
l’intermédiation, ou que nos prestataires développent de nouvelles offres de service. Suivant
une enquête FEVAD, plus d’un internaute sur quatre confie avoir procédé à un achat sur le
net au cours du dernier trimestre. Il est donc probable que les 40 % de progression de 2006
soient largement dépassés et que l’adoption de SEPA52 (Sigle European Payment Area)
constitue un nouveau facteur de croissance. Quel en sera le rôle de la CNIe ? Il est
encore prématuré de le déterminer, mais on ne peut négliger que l’authentification forte
jouerait à terme un rôle si ce secteur devait connaître une progression plus importante.
49
Deux acteurs majeurs se partagent le marché français : d'une part 1,5 M euros, de l'autre, 2,1
M Euros. Près de 1000 entreprises adhèrent au système sur la base d’un % du CA généré en ligne.
50
0,2 % de 14 Milliards d’Euros en France, chiffres FEVAD.
51
Les sites de vente de voyages en ligne évaluent la fraude à 1% de leur CA, un pourcentage
non négligeable, connaissant la modicité de leurs marges.
52
Lancé en 2002, le projet SEPA (Single Euro Payments Area), c'est-à-dire espace de
paiement unique en euro, a pour objectif final d'assurer que tous les paiements de détail en euro
soient exécutés de façon efficace, sûre et au même coût en Europe qu'au niveau national. L’impact de
SEPA sur le commerce en ligne, et notamment les questions relatives à la fraude constituent un sujet
complexe qui n’a pu être traité dans le cadre de cette étude.
15
L’un de ces intermédiaires de vente nous confiait être prêt à prendre des risques sur
l’incompressible pourcentage de fraude avoué de façon à gagner des parts de marché sur le
commerce en ligne . On peut anticiper que ces risques puissent être minimisés si l’Etat met
prochainement en œuvre son programme de CNIe. En effet dans des cas litigieux, repérés
par les mécanismes de scoring, notre médiateur pourrait demander une confirmation
d’authentification, sur la base de CNIe, qui permettrait, sinon d’éliminer, du moins de réduire
sensiblement le pourcentage de fraude.
4- Le Crédit à la consommation53
Le contrôle d’identité n’intervient que marginalement dans le cas de la vente en ligne, et
seulement pour résorber la fraude. En revanche, cette formalité constitue la base des
relations entre clients et organismes de prêt. En cas de litige, les tribunaux débouteront
systématiquement le prêteur s’il n’a pas respecté les procédures préalables à l’octroi de
financement. Vu la multiplicité des offres, la DGCCRF(Direction Générale de la Concurrence,
de la Consommation et de la Répression des Fraudes) examine scrupuleusement leurs sites
web de façon à détecter d’éventuelles irrégularités.
Il n’est donc pas étonnant que les acteurs du crédit en ligne soient parmi les précurseurs
d’offres nouvelles et pionnières sur la base d’authentification forte et de signatures par le
biais de certificats électroniques.
Cela pour deux raisons simples: fluidifier leurs relations avec leurs clients mais surtout
gagner des parts de marché sans pour autant négliger les fondamentaux juridiques54.
Le modèle économique traditionnel des organismes de crédit, longtemps porté par les
grandes enseignes de la distribution, est en train de basculer vers le « tout web ». Alors
qu’autrefois on sortait de la FNAC avec une télévision sous le bras et un crédit en poche,
aujourd’hui, l’internaute négocie simultanément achat et emprunt personnalisé grâce aux
accords entre sites marchands et prêteurs de deniers. Bien que la majorité des contrats
(80/20) de financement soient encore conclus par les réseaux de revendeurs, on anticipe
une parité avec les contrats 100% web dans les trois ans à venir.
Cet intérêt pour le web ne fait que poursuivre la stratégie ancienne des financeurs qui
consiste à proposer des prestations nouvelles aux clients une fois recrutés par les
enseignes : crédits revolving, crédits amortissables, cartes d’achat, etc. Mais, à la différence
du mode historique qui passait par les télévendeurs et campagnes marketing, le web
devient, aujourd’hui le média privilégié par sa facilité de communication avec les clients.
Par contre, les coûts de traitement deviennent relativement lourds, dans la mesure où le web
génère un volume considérable de dossiers incomplets ou fantaisistes.
Outre les contrôles d’identité - pivot du dossier - les prêteurs procèdent aux méthodes de
scoring traditionnelles :
53
Entretiens avec les représentants des acteurs majeurs du crédit à la consommation en
France.
54
C’est en France que l’emprunteur est le plus protégé d’Europe. La réglementation française
impose diverses contraintes aux établissements de crédit établis sur son territoire. En matière de
crédit à la consommation, les lois Scrivener et Neiertz prévoient :
- un délai de rétractation de sept jours ou de quatorze jours en vente à distance de service
financier,
- l’interdépendance entre le contrat principal et le contrat de prêt,
- ainsi que le droit au remboursement anticipé sans aucune indemnité.
16
cohérence nom/ adresse par bases de données téléphoniques, accès au FICP 55 et fichier
négatif de la Banque de France.
Malgré ces traitements automatiques, le délai moyen d’étude des dossiers est encore évalué
à 3-4 jours, faute d’une méthode d’identification sûre en ligne ; une éternité vis à vis de
comportements sur le net particulièrement instables !
Le crédit à la consommation connaît deux types d’approches : la conquête de nouveaux
clients, et le cross-selling, pour démarcher des comptes existants, à raison d’un ratio de
20/80 au profit du second ;
Les deux approches sont soumises aux contraintes des Lois Scrivener-Neiertz, à savoir le
respect du délai de rétractation et la rédaction d’un contrat de prêt.
Vu les frais importants de marketing et de constitution de réseaux de distribution, la
conquête demeure une opération coûteuse – pouvant atteindre plusieurs centaines d’Euros
pour des offres complexes de type rachat de crédit - alors que le cross-selling se réduit à
quelques dizaines d’Euros, une fois le client connu de l’organisme de crédit.
L’évolution des modalités de transactions sur le web devient très perceptible et c’est à qui
simplifiera les démarches au maximum dans l’attente du procédé magique - et juridiquement
fiable - qui permettra de s’authentifier et signer en ligne.
En effet, depuis 2001 certains financeurs ont commencé à proposer, d’abord une
acceptation préalable de crédit, puis l’offre préalable de crédit à imprimer et retourner après
signature manuscrite.
Bien conscient que le temps joue en sa défaveur, le financeur vise des solutions en ligne de
bout en bout, qui empêchent l'internaute d’imprimer son offre pour ensuite la renégocier
auprès d'un banquier comme c’est souvent le cas aujourd’hui56.
La communication en ligne de justificatifs numérisés (CNIe, RIB, relevé EDF, etc.),
proposée récemment par un financeur, constitue déjà un moyen de gagner du temps ; car
toute démarche qui éloigne l’internaute de l’écran, comme imprimer un dossier et le poster,
contribue à décourager les adeptes du moindre clic !
Grâce à cette approche nouvelle, l’organisme de crédit réduit les efforts de courriers,
générateurs de pertes. Il peut également proposer un package complet, notamment une
assurance emprunteur et enclencher sa contractualisation en ligne, dans l’attente d’une
acceptation définitive.
Dans l’attente d’un programme fort de type CNIe, les organismes de crédit testent
aujourd’hui toutes les démarches qui visent à supprimer ces jours incompressibles de
traitement de dossier en interne, un gain de temps fort utile dans l’univers particulièrement
réactif du web où le client ne manquera pas de faire jouer la concurrence par quelques clics
de souris.
Dans cette course à la fluidification des traitements et à la croissance de parts de marché,
les mécanismes nouveaux d’authentification forte et de signatures à valeur juridique sont
particulièrement bien accueillis par la profession.
Aussi, au moment précis de ces entretiens, la majorité des grands financeurs étudie-t-elle
avec attention des solutions à base de certificats57 électroniques pour conquérir de nouveaux
clients ou faciliter le cross-selling de comptes existants.
55
FICP : Fichier national des Incidents de remboursements de Crédits aux Particuliers.
56
Les financeurs sont très discrets sur le nombre de contrats non retournés, mais il est notoire
que l’absence de loyauté constitue l’une des caractéristiques majeures du web. Cela, d’autant plus
que des sites de type meilleurtaux.com ont construit leur offre sur le principe de mise en concurrence.
57
Pour de nombreux secteurs, Internet est une opportunité tout aussi bien qu'un obstacle. C'est
le cas des activités nécessitant la signature de contrats. Ainsi dans les secteurs bancaires et
17
Leur constat est simple : peu d’internautes concluent aujourd’hui leur transaction sur le web,
impliquant notamment d’imprimer un contrat et de retourner les pièces justificatives.
Aussi, dans l’attente d’un outil d’authentification / signature à valeur juridique, proposent-ils
de télécharger un certificat pour signer immédiatement l’offre préalable de crédit ; le délai
Scrivener permettant amplement de procéder aux vérifications d’usage. Mais, le point fort,
c’est de réduire au minimum – quelques minutes - la procédure de constitution du
dossier en enclenchant une mécanique juridique solide qui respecte les délais et sera
irréprochable en cas de litige.
Concernant les démarches de cross-selling, la préoccupation d’authentification / signature
est identique dans la mesure où les financeurs sont fréquemment confrontés aux accidents
de vie (surendettement, perte de travail, séparation, divorce, décès, etc…). Aussi les
tribunaux requerront-t-ils les pièces justificatives, en cas de litige.
Le crédit revolving, qui permet de jouir d’une réserve de trésorerie, exige non seulement
d’authentifier le demandeur mais exige aussi la signature des co-emprunteurs, le cas
échéant. D’où l’intérêt d’outils sur le web permettant de fluidifier ces démarches en ligne,
sachant que les clients procèdent à environ trois-quatre demandes par an.
Contrairement à la signature électronique sécurisée qui bénéficie d’une présomption de
fiabilité, les téléchargements de certificats nécessiteront, en cas de litige, de démontrer
la légitimité du procédé, d'où l’échange de multiples pièces justificatives dites de « gestion
de preuve ».
Ces procédures innovantes, qui réduisent l’effort « papier » en faisant la part belle aux
transactions sur web, laissent présager une croissance forte des demandes de financement
en ligne, une fois la CNIe délivrée, qui suivra naturellement la progression du commerce
électronique. La nécessité de télécharger son certificat les rend encore fastidieuses, mais
ces procédures ouvrent la voie à un mode opératoire qui, par le biais d’un simple lecteur
USB, permettront à l’internaute, de prouver son identité et d’apposer une signature
juridiquement irréprochable.
On estime également que des initiatives visant la mise en place de cercles de confiance
privés, de type « Microsoft passeport » qui permet de gérer en ligne des données privatives
multiples, vont accroître encore cette tendance à la fluidité ; l’internaute pourra alors
communiquer des informations sensibles comme sa déclaration de revenus ou ses bulletins
de salaires, sans devoir les numériser ou les photocopier puis les envoyer par courrier.
financiers, la dématérialisation de la procédure va rarement jusqu'à la signature, qui reste "physique"
pour des questions de sécurité et d'identification des signataires. Un obstacle que veut faire sauter
(…) le lancement d'un système de signature électronique.
"Les quelques offres existantes en France ne s'adressaient qu'aux clients établis (...). La
procédure, mise en place (...) avec un prestataire de services de certification électronique, comprend
l'authentification, avec envoi par le prospect de documents justificatifs en format numérique (carte
d'identité, RIB, justificatif de domicile...), la vérification et l'étude du dossier, puis éventuellement le
téléchargement d'un certificat privatif. L'internaute peut alors signer électroniquement le contrat.
Avec cette transaction dématérialisée de bout en bout, l'internaute n'a plus à se déplacer ou à
envoyer de documents par la poste. De son côté, "la société cliente élargit sa cible aux prospects,
qu'elle ne pouvait toucher jusque là que par le papier" : Baptiste RUBAT du MERAC, Journal du Net.
18
5- Banque de réseau 58
Les représentants de la banque ont été parmi les plus assidus à suivre les démarches du
Ministère de l’Intérieur sur la future CNIe mais ont opté à court terme pour des
technologies propriétaires, vu la demande du marché d’accéder aux comptes en ligne et
les retards du projet d’identité de l’Etat.
Comme pour la vente sur le web, les moyens mis en œuvre répondent au souci de sécuriser
l’accès à un compte et de faire face aux menaces de fraude. Mais, contrairement à la
négociation de crédits en ligne, ici la signature d’un contrat est rare, sinon pour l’ouverture
d’un compte.
En effet, consulter son compte requiert un minimum de confidentialité mais pas de signer un
contrat ; en revanche, engager une transaction ou procéder à un virement nécessite du
formalisme, pas nécessairement juridique, mais qui garantisse sa traçabilité en cas de
litige.
Un constat, largement partagé par la profession, qui a favorisé les technologies mixant
codes aléatoires, mots de passe dynamiques (OTP)59, mails et SMS pour déjouer les
malveillances en modifiant les identifiants à chaque transaction.
Mais, vu les récentes tentatives d’hammeçonnage et de keylogging, qui peuvent générer des
montants considérables de fraude, les transactions bancaires sur le web sont encore très
limitées : consultation de relevés, négociation de valeurs mobilières. Les virements de
comptes à comptes, ou transferts vers l’étranger nécessitent que le bénéficiaire soit
répertorié au préalable.
Pourtant, la signature de documents à caractère juridique nécessite de transposer sur le web
les usages du monde réel.
Aussi, dans un souci identique à celui constaté auprès des acteurs du crédit, les banques de
réseau commencent-elles à proposer un téléchargement de certificats pour signer des
contrats ou des avenants aux contrats en cours. Dans ce cas précis, les risques de fraude
sont faibles, le client étant déjà connu du banquier ; par contre il dégage sa responsabilité en
cas de litige.
Dans ces contextes, le recours à la signature, même téléchargée, est précieux : il permet
de fluidifier les rapports entre usagers et la banque tout en préservant le cadre légal. C’est la
procédure retenue par certains établissements pour proposer des contrats d’assurance ou
faciliter un changement d’intitulé de compte.
Bien que les banquiers semblent se satisfaire aujourd’hui de technologies d'authentification
assez rudimentaires, ils se montrent très sensibles aux perspectives de la future CNIe.
Notamment pour la première « mise en relation » avec leurs clients, qu’il s’agisse de
banques de réseaux ou de banques «en ligne», afin de répondre à la réglementation sur le
blanchiment ou la justification de l’origine des fonds.
Leurs interrogations portent également sur le contenu « facial » du futur titre d’identité :
photographie, date de naissance, sexe, etc. pour éviter d’équiper les agences en lecteurs
afin de récupérer des informations non visuellement disponibles.
L’accès aux listes de révocation des certificats apparaît aussi comme une demande
primordiale de façon à s’assurer de la légitimité d'un titre, sachant que l'accès aux données
biométriques ne sera pas autorisée. Plutôt maximalistes dans leur approche, les banquiers
58
Entretiens avec la société Altenor mais également avec des représentants de banques et
d'organismes interprofessionnels (CFONB, GIE CB) .
59
One Time Password
19
vont jusqu’à regretter que la CNIe ne soit pas rendue obligatoire et qu’il soit impossible
d’authentifier le porteur d’une carte au moyen de ses empreintes60.
Bien que nos interlocuteurs aient refusé de s’engager sur la mise en œuvre d’infrastructures
lourdes, faute de visibilité sur le programme CNIe, ils n’excluent pas que ses certificats
jouent à terme un rôle clé pour accéder aux comptes en ligne. Mais, dans cette perspective,
ils demandent que soient clarifiés les rôles respectifs des acteurs ; tout en reconnaissant le
rôle régalien de l’Etat vis-à-vis de l’identité, ils souhaitent que le certificat « signeur » soit
émis par leur soins. Une attitude qui rejoint une proposition initiale du MIAT afin que la future
CNIe puisse héberger des certificats tiers et ainsi dégager toute responsabilité quant aux
usages de la carte.
Cette approche parait légitime dans la mesure où on ne peut exclure que des transactions
en ligne puissent être opérées par détournement – physique ou logique – d’un code
d’usager.
Le certificat de banque pourrait donc être remis de façon discrétionnaire, en fonction d’une
relation aux clients et d’usages possibles, suivant un modèle de coûts à préciser, à l’image
des cartes bancaires d’aujourd’hui. En fonction du type de certificat souscrit, la banque
pourrait alors autoriser des virements, transactions de valeurs mobilières, garantir un
découvert ou même couvrir une tentative de fraude.
On ne doit également pas sous-estimer le risque de répudiation suite à des négociations
hasardeuses en ligne. Dans ce contexte, l’activation d’une transaction par signature
électronique prend une valeur légale ; aussi est-il fondamental de s’entendre sur l’origine
d’un tel certificat, sachant que ce n’est pas à l’Etat de garantir sa validité.
Æ Faute d’une feuille de route de la CNIe, les banques n’ont pas développé de stratégie
concernant ces certificats d’usagers, mais cette piste semble fort prometteuse et amenée à
se développer une fois le titre d'identité instauré. Si ce document d'identité ne devait pas
héberger de certificats tiers, il pourrait être envisagé d’utiliser successivement deux cartes
pour des transactions en ligne : d’abord la CNIe pour s’authentifier, puis une carte
« signeuse » pour les transactions engageant la responsabilité de la banque. Lecteur bi-
fente, succession de cartes dans un même lecteur USB ou même génération de certificats
privés à partir des clés publiques de la CNIe ? Il serait nécessaire de pousser plus avant
cette étude pour y répondre.
6- La banque en ligne61
Les banques de réseau sont quelque peu à la traîne des organismes de crédit (qui sont en
général leurs filiales !) pour la mise en œuvre d’offres sur le web, dans la mesure où le
contact client s’effectue majoritairement en agence et que les démarches contractuelles sont
bien moindres.
La banque en ligne, au contraire, par son ambition de dématérialiser la gestion de comptes,
constitue un champ privilégié d’authentification forte, tout au moins pour la première « mise
en relation » avec leurs clients.
On peut anticiper que, une fois l'ouverture de compte effectuée, clients et banquiers se
satisfassent de technologies rudimentaires mentionnées plus haut dans la mesure où les
consultations en ligne et applications transactionnelles nécessitent moins de formalisme.
60
MOC (Match On the Card ne nécessite pas d’accès à un serveur distant mais permet
d’authentifier l’usager en comparant ses empreintes aux données numériques stockées dans la puce.
61
Entretien avec des représentants majeurs de la banque en ligne.
20
Le blanchiment d’argent constitue une préoccupation majeure du secteur ; aussi
l’origine des fonds est-elle systématiquement contrôlée, tout comme les virements pour des
montants élevés. Les établissements préfèrent recourir à des méthodes traditionnelles
comme le chèque de façon à vérifier leur origine comme recommandé par le CISI62 et le
GAFI63
La procédure d’ouverture de compte est en général assez simple : document au format PDF
dynamique à remplir en ligne, imprimer et retourner signé manuellement avec des pièces
justificatives telles que photocopie de la CNI, RIB et attestation de domicile.
Bien qu’elles soient soumises aux traditionnelles procédures de scoring basées sur les
fichiers négatifs et contrôles de cohérence avec les bases de données téléphone, ces pièces
sont aisément falsifiables. Aussi l’attente de ces établissements bancaires est-elle forte
vis-à-vis de procédures d’authentification sur la base de CNIe et certificats
électroniques.
En effet, les perspectives de croissance du secteur suivent l’engouement des internautes
pour le web. Ainsi l’un des grands acteurs du domaine envisage-t-il un encours supérieur au
milliard d’Euros en 2010 en dématérialisant sa gestion de contrats d’assurance vie. Deux
autres établissements totalisent près d’un demi-milliard d'encours en réduisant leurs droits
d’entrée à 0,5% au lieu des 3% perçus généralement sur les contrats d’assurance vie. Un
point non négligeable dans la mesure où les montants négociés sur le web atteignent 20,000
Euros contrairement aux 4,000 Euros contractés en moyenne par les courtiers ; ce qui
confirme l’attrait de populations averties et relativement aisées, pour la banque en ligne.
Tous acteurs confondus, la banque en ligne totalise près de deux millions de comptes en
France aujourd'hui avec une croissance annuelle d’environ 25%, dont plus de la moitié des
adhérents seront recrutés par le web, et non plus par les courtiers (donc sans aucun contact
« physique » avec les guichets).
Dans ce contexte, la future CNIe semble bien positionnée, d’abord pour répondre à la
contrainte réglementaire d’authentifier les clients mais surtout pour leur attribuer des droits
étendus, dès l’ouverture, avec des services du type carte Visa « Premier » ; des privilèges
qui nécessitent en général une période probatoire, vu le souci de s’assurer du sérieux des
clients et prévenir le risque fréquent de fraude dans les premiers mois.
Connaissant les possibilités de falsification de l’actuelle CNI, un des établissements a
institué un RIH (Relevé d’Identité sur l’Honneur) et envisage de recourir prochainement à
des webcams pour traiter avec ses internautes !
En effet, la FFSA64 exige que le client d’une assurance-vie soit connu et identifié à chaque
transaction, notamment pour la vente d’un contrat au profit de tiers, source de fraude non
négligeable !
En attendant mieux, certains ont réfléchi à la possibilité que les contrats en ligne soient
signés par les certificats de télé-déclaration de revenus. Une solution techniquement
possible, mais sans validité juridique et réelle efficacité, en cas de fraude, dans la mesure où
leurs listes de révocation ne sont pas disponibles aux acteurs du secteur privé.
Les acteurs de la banque en ligne sont très conscients de la limite des mécanismes de
transactions proposés à ce jour en anticipant l’apport des nouvelles technologies, comme le
confirme ce site web « Le client reconnaît que l’utilisation de son code d’accès par téléphone
ou internet vaut signature. (...) pouvant toujours exiger la confirmation d’un ordre par écrit.
62
Comité Interministériel pour la Société de l’Information
63
Groupe d’Action Financière http://www.fatf-gafi.org
64
Fédération Française des Sociétés d’Assurance
21
Les moyens d’accès sont susceptibles d’être complétés, modifiés ou supprimés, à tout
moment, sans préavis, notamment en fonction des évolutions technologiques ».
Parmi les secteurs les plus susceptibles de malversations qui pourraient bénéficier d’une
authentification forte, citons :
-
le versement sur des comptes tiers,
-
le contrôle d’accès aux comptes,
-
la non-répudiation des ordres passés en ligne.
Par son objectif de dématérialiser l’ensemble de la relation client, la banque en ligne
constitue, après le crédit à la consommation, l’un des secteurs les plus favorables à
l’usage de la CNIe. En effet, l’ouverture de comptes (authentification) et les transactions sur
le web (signature) - par nécessité d’en assurer la traçabilité et non-répudiation – nécessitent
la mise en œuvre d’outils pouvant avoir une valeur juridique en cas de litige.
Les pays démocratiques ont largement pris conscience des liens étroits noués entre
terrorisme et blanchiment d’argent. Bras armé des états, le GAFI (Groupe d’Action
Financière)65 a proposé le principe d’une coopération internationale étroite, tout en
soulignant la nécessité de mettre à profit les technologies de l’information66 pour contrer les
actes de malveillance.
Alors que l’Europe visait, par le biais du passage à l’Euro, la montée en puissance de
l’économie internet, les Etats-Unis prenaient conscience de la fragilité des échanges
dématérialisés par le célèbre « Know your customers » du Patriot Act, rédigé dans la foulée
des attentats du 11 Septembre 200167.
Ainsi, le CIP (Customer Identification Program) détaille-t-il les mesures à prendre pour
authentifier les acteurs d’une transaction financière68.
La Directive Européenne 2005/60/CE du Parlement et du Conseil du 26 octobre 2005
relative à la prévention de l'utilisation du système financier aux fins du blanchiment de
capitaux et du financement du terrorisme, en constitue la réponse de Bruxelles.
Elle fait largement place au contrôle d’identité « Conformément à ses dispositions, chaque
État membre est tenu d'interdire le blanchiment de capitaux et d'imposer à son secteur
65
Anglais FATF (Financial Action Task Force)
66
In recent years, several governments worldwide have instituted electronic commerce laws
that directly or indirectly require companies to reduce their vulnerability to identity theft. The United
States, the European Union, Korea, Brazil, Japan, Australia, Singapore and many other nations have
drafted or implemented regulations to safeguard consumer privacy, protect corporate data integrity
and enhance auditing accountability. Standards to combat money laundering and terrorist financing
that include customer identification have been proposed by the Financial Action Task Force (FATF),
an inter-governmental organisation, and have been adopted by more than 150 jurisdictions. In large
part, these rules call for companies to adopt stronger identity authentication measures to assure
governmental authorities about the veracity of their electronic transactions. Current and prospective
regulations have created a boom in the interest in and use of identity authentication technologies such
as digital certificates, biometrics, one-time passwords (OTP) and tokens.
67
Section 326, od the US Patriot Act : “Legislation requires financial institutions to verify each
new account’s holder’s identity before opening an account.
68
“(It) is also required to include procedures to verify the identity of customers opening
accounts. Most financial institutions will use traditional documentation such as a driver’s license or
passport. However, the final rule recognises that in some instances institutions cannot readily verify
identity through more traditional means, and allows them the flexibility to utilise alternate methods to
effectively verify the identity of customers”.
La dernière phrase recommandant largement le rôle des technologies de l’information pour procéder
au contrôle des documents d’identité « As part of a CIP, financial institutions must maintain records
including customer information and methods taken to verify the customer’s identity ».
22
financier, y compris les établissements de crédit et une vaste palette d'autres établissements
financiers, d'identifier ses clients, de conserver des pièces justificatives appropriées…. Il y a
lieu, conformément aux nouvelles normes internationales, d'introduire des dispositions plus
spécifiques et plus détaillées sur l'identification du client et de tout bénéficiaire effectif et la
vérification de leur identité. Pour ce faire, une définition précise du bénéficiaire effectif est
indispensable. Et, plus précisément, les mesures de vigilance à l'égard de la clientèle
comprennent :
• l'identification du client et la vérification de son identité, sur la base de documents, de
données ou d'informations de source fiable et indépendante;
• le cas échéant, l'identification du bénéficiaire effectif et la prise de mesures
adéquates et adaptées au risque, pour vérifier son identité, de telle manière que
l'établissement ou la personne soumis à la présente directive ait l'assurance de
connaître ledit bénéficiaire effectif (Article 8) ».
Æ Nous sommes aujourd’hui à la conjonction de trois vagues qui vont nécessairement
converger dans les années à venir : l’essor de l’économie sur le net, la prise de
conscience de la relation étroite entre actes de malveillance et blanchiment de
capitaux et, enfin, la montée en puissance de l’identité électronique sur la base des
technologies de l’information.
Comme mentionné dans notre préambule, la gestion des certificats liés à l’identité
électronique permet de satisfaire aux exigences à la fois réglementaires et légales,
authentifier de façon certaine un individu et procéder à une signature à teneur juridique.
Gageons que ces outils vont connaître une éclosion importante dans les années à venir.
7- Le notariat 69
La fonction notariale n’échappe pas à l’attrait du web pour formaliser ses actes. Tout comme
les praticiens de la santé, notaires et clercs se sont dotés d’un certificat qualifié70 de
signature simple, appelé Carte REAL.
Il permet de s’authentifier au fichier des testaments, aux comptes de la Caisse des Dépôts et
Consignation et à PLANET : une application qui gère les flux financiers avec la DGI
(notamment les états hypothécaires).
Dans la mesure où les actes authentiques nécessitent la présence physique des parties
pour que le notaire puisse attester de leur libre consentement, seuls les mouvements inter-
notaires sont aujourd’hui dématérialisés et signés électroniquement par la procédure REAL.
Depuis le 1° septembre 2007, cette carte est remplacée par une clé USB qui contient des
certificats qualifiés. Une procédure de remise de clés doit être mise en œuvre pour
l’attribution aux collaborateurs.
Il devient ainsi possible que des particuliers, non présents physiquement sur le même
lieu, signent des actes en présence de leurs notaires respectifs sur la base de cette
procédure. Il est même envisagé de recourir à des tablettes graphiques pour signer
numériquement les documents à l’avenir.
Par contre aucune décision n’a été prise pour que des certificats électroniques soient utilisés
par les particuliers lors de la signature d'actes authentiques. Ce point, qui relève du Garde
69
Entretien avec la Chambre des Notaires, 12 Février 2007,
70
Depuis le 1er sept 07.
23
des Sceaux, va certainement évoluer dans le contexte du lancement de la CNIe et même
faciliter les procédures de dévolution de procurations vis-à-vis de tiers.
De plus, les notaires sont très enclins à échanger des courriers électroniques avec leurs
clients, pendant la phase préliminaire à l’établissement d’un acte authentique. Il leur apparaît
donc fort utile que ces échanges puissent être signés électroniquement, d’où un intérêt très
fort pour les procédés d’authentification et de signature à valeur juridique.
8- Les services publics 71
Concernant l’accès aux services de l’Etat, il importe de distinguer les demandes des
entreprises des besoins de particuliers. Mais, comme mentionné précédemment, il est
fondamental de ne pas négliger l’utilisation possible de certificats de CNIe par les PME,
travailleurs indépendants, artisans et professions libérales72.
En effet, on évalue les démarches administratives à plus de 130 millions de formulaires par
an, dont 20 millions pour les DUE (Déclaration Unique d’Embauche) et DUE MSA
contractées pour l’embauche de saisonniers en milieu agricole. Sans compter les 2 millions
de DCR73 qui constituent la base des cotisations versées par les indépendants aux caisses
de RSI74 et URSSAF. L’idéal pour le déclarant étant de récupérer son SIRET à partir d’une
procédure d’authentification forte à base de certificats de CNIe et ensuite valider
électroniquement son envoi ; une personne physique pouvant signer pour le compte d’une
personne morale. Dans ce contexte, il n’est pas réellement question de sécuriser la
connexion aux comptes, vu les faibles risques de fraude, mais plutôt de fluidifier l’accès aux
services publics.
Pour les particuliers, les certificats de CNIe pourront servir à signer leur déclaration de
revenus et à se connecter à leur dossier fiscal, qui, pour des questions de confidentialité,
requiert ce mode d’authentification forte.
Bien que les projets de la Carte Vitale ne soient pas entièrement arrêtés à ce jour, il est
envisagé que cette dernière permette également de se connecter aux services de TéléIR.
Dans ce cas, le certificat remplace la signature manuscrite du déclarant, qui, par ce biais,
confirme sa déclaration.
De façon à faciliter les démarches administratives, l’Etat entreprend la mise en œuvre du site
« Monservicepublic » 75 qui permettra d’accéder aux services suivants : CNAF, ANPE,
Documentation française, Éducation Nationale…
Des fonctions additionnelles telles que « porte-documents électronique » seront également
proposées pour conserver en ligne ses dossiers administratifs.
La DGME76 qui pilote cette opération, n’a pas pris de décision exclusive quant aux moyens
d’authentification77: mot de passe, téléphone mobile, carte à puce…. requis pour accéder à
« Mon Service Public ».
71
Entretiens la CNIL, le Forum des Droits sur Internet et la Caisse des Dépôts et Consignation,
72
Le CFONB ne souhaite pas la confusion entre certificats personnels et professionnels,
pourtant les micro-entreprises constituent un formidable « produit d’appel » pour la CNIe
73
Déclaration Commune des Revenus.
74
Assurance Maladie.
75
http://www.service-public.fr/monservicepublic/index.html
76
La Direction Générale pour la Modernisation de l’Etat qui remplace l’ADAE, Agence pour le
Développement de l’Administration Electronique.
24
Conformément à l’ordonnance 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges
électroniques entre usagers et autorités administratives et entre autorités administratives,
c’est l’autorité administrative elle même qui met en place son télé service pour déterminer les
fonctions de sécurité de sa protection ainsi que le niveau de sécurité de ces fonctions.
Dans ce contexte, l’usager s’authentifiant avec un mot de passe à « Mon Service Public »,
ne pourra accéder qu’aux services requérant ce niveau d’authentification, l’usager
s’authentifiant avec un certificat de niveau PRIS *** pourra accéder à tous les télé services.
Lors de nos entretiens, la CNIL78 n’a montré aucune objection quant à un usage étendu de la
future CNIe, si la vie privée de l’internaute est préservée et si l’Etat ne procède pas à un
« tracking » de ses actions sur le web.
Au plus, les représentants du Forum des Droits sur Internet79 ne souhaitent-ils pas un usage
systématique de cette CNIe pour des accès en ligne, ce qui est le cas aujourd’hui sachant
que la politique de la DGME consiste à diversifier les méthodes de connexion (mot de passe,
Vitale, CNIe) pour accéder aux services de l’Etat.
Pareillement la CNIL ne formule aucune objection de principe à ce que des certificats tiers
soient embarqués dans la future CNIe, si cela ne va pas à l’encontre du respect de la vie
privée des citoyens.
A l’image du « Government Gateway » Britannique, il peut être envisagé que les citoyens
français disposent prochainement d’un coffre-fort électronique80, à distance ou sur leur PC,
qui contienne des données personnelles, déclaration d’impôts, numéro d’allocataire,
références à différentes prestations sociales. On pourra ainsi naviguer entre les différents
services de l’administration à partir d’un accès de type « jeton ». Mais, pour des raisons de
confidentialité, il sera nécessaire d’utiliser un certificat numérique pour y accéder.
Ici encore, CNIe et Vitale constituent deux médias bien adaptés, mais avec toujours la
prérogative, pour le titre d’identité de l’Etat, d’offrir une possibilité d’authentification forte.
Il serait donc souhaitable que les usagers puissent opter, à leur convenance, pour un ou
plusieurs modes de connexion. Mais, par expérience, l’accès aux services web est
grandement facilité si on utilise toujours la même procédure, ce qui fait de la CNIe un média
idéal, qu’il s’agisse de comptes bancaires ou des services publics.
Dans cette perspective d’un usage étendu, il sera nécessaire de banaliser son usage
auprès des citoyens.
77
Les degrés d’authentification sont classés comme suit : Login + password : niveau 0 ;
procédure OTP par GSM : niveau 1 ; certificat qualifié: niveau 3.
78
Entretien avec la CNIL, le 3 Mai 2007.
79
Entretien avec le Forum des Droits sur Internet.
80
La notion de coffre-fort électronique n’est pas normalisée à ce jour.
25
III - Modèles économiques et chaînes de valeurs
Il est impropre de parler d’un modèle économique des certificats de CNIe dans la mesure où
ce sont les applications privées qui vont le plus bénéficier de ce service d’authentification
forte, mais sans participer aux investissements d’infrastructure.
Par contre, en initiant le programme, l’Etat exerce pleinement sa fonction régalienne par la
mise en œuvre d’un processus « de bout en bout » permettant de certifier l’identité des
citoyens.
Il est donc essentiel d’évaluer, au moins dans ses grandes lignes, les retombées financières
ou gains de productivité générés par le programme.
1- La gestion de l’infrastructure à clés publiques de CNIe
La gestion de l’infrastructure de certificats, qu’elle soit assurée par l’Etat lui-même ou
externalisée chez un opérateur privé, constitue l’un des volets majeurs du programme
de CNIe. Est-ce un service profitable ? Quel en est le montant ? Cette activité peut-elle
être couplée à d’autres solutions centrées sur l’authentification des personnes et la
sécurité des paiements ?
Bien que gratuit pour qui en fait la demande, le coût de mise en œuvre des certificats
qualifiés de CNIe revient à une dizaine de centimes /an et par usager. Il inclut leur délivrance
et activation par PIN code, la gestion et mise à jour des listes de révocation de même que
leur régénération à l’issue d’une période estimée aujourd’hui à cinq ans81.
Concernant ces listes de révocation, deux approches sont possibles
: soit leur
téléchargement régulier, soit un accès transactionnel à chaque interrogation sur la base du
protocole OCSP82, de façon à vérifier la validité du certificat83.
Tout opérateur privé de services pourrait avoir accès à ces informations moyennant
quelques centimes d’Euros par transaction suivant le modèle actuel de validation des
transactions opérées par les cartes de crédit84.
Peut-on anticiper l’apparition de services de confiance sur la base des certificats de CNIe ?
Il est encore prématuré d’y répondre, alors que le programme est encore à l’étude. Pourtant
le relatif succès des intermédiaires de vente en ligne, tout comme les risques importants de
fraude et de blanchiment sur Internet, laissent augurer la possibilité de mise en œuvre de
tel es offres.
81
Il est envisagé que le certificat puisse être régénéré en ligne par l’usager lui-même, pour une
période de validité de 3 ans. Ce point sera précisé ultérieurement par l’équipe du programme
d’identité électronique.
82
OCSP : On-line Certificate Status Protocol
83
Et son statut de révocation.
84
C’est aujourd’hui le modèle suédois par lequel l’Etat perçoit 10 centimes d’Euros par
interrogation. Sachant que 40 millions de consultations sont enregistrées annuellement par TéléIR en
France, ce seul service générerait 4 Millions de recettes, une fois la CNIe mise en place.
26
2- Les organismes de crédit
La seconde voie à explorer porte sur l’impact des certificats de CNIe - authentification et
signature - dans le contexte de l’économie numérique.
Le commerce électronique ne constitue pas une piste privilégiée à court terme, hormis
certains segments de marché comme :
-
l’autorisation de débit bancaire pour les usagers ne possédant pas de cartes de
paiement,
-
ou l’authentification forte pour des transactions en ligne très ponctuelles, sachant
qu’il est prématuré d’anticiper l’impact de SEPA sur la vente en ligne.
Par contre les prestataires de crédit et de la banque en ligne constituent deux secteurs
particulièrement prometteurs dans la mesure où la réglementation leur impose des
contraintes très strictes qui peuvent être idéalement mises en œuvre par ces certificats.
Comme mentionné, le crédit à la consommation et la banque en ligne constituent deux
secteurs pouvant fortement bénéficier d’un programme de CNIe. Il est pourtant délicat de
déterminer les gains de productivité attendus ou les croissances d’encours potentiels dans la
mesure ou beaucoup de projets sont encore dans les cartons ou, dans le meilleur des cas,
en phase expérimentale. Il est toutefois possible de proposer des estimations connaissant
l’engouement des français pour l’achat en ligne.
On estime à plus de trente millions le nombre cumulés d’emprunts contractés auprès
d’organismes de financement spécialisés en crédit à la consommation, à l’acquisition de
véhicules ou au rachat de crédits.
Un chiffre qui exclut délibérément les prêts contractés auprès de banques de réseau, dans la
mesure où la contractualisation des dossiers, traditionnellement réalisée en agence, n’est
pas réellement tributaire de mécanismes du web (notre étude visant à privilégier les
secteurs pouvant bénéficier d’une croissance exceptionnelle par la mise en service de
CNIes).
Par ailleurs les banques de réseau n’ambitionnent nullement de concurrencer un secteur
largement occupé par leurs filiales de crédit. Nous proposons d'écarter également les prêts
immobiliers de cette étude, dont on estime qu’ils ne sont pas soumis aux exigences
d’immédiateté comme c’est le cas pour l’achat d’un bien en ligne. Si les banques de réseau
devaient développer de telles offres, tout au plus pourrait-on évoquer une fluidification des
mécanismes sans nécessairement envisager une croissance des encours.
Les établissements de crédit connaissent actuellement une croissance moyenne du nombre
de prêts d’environ 10 à 12% par an. Bien que les offres via internet soient encore mineures
aujourd’hui (inférieur à 20%), ce sont celles qui connaissent la plus forte progression, aux
dépens des canaux traditionnels comme les grandes enseignes ou le télémarketing.
Ici, les frais moyens de conquête peuvent être estimés à plus de 200 Euros par client,
si l’on intègre la somme des coûts tels que marketing, rédaction /envoi /retour du contrat,
traitement et vérification des pièces, suivi de dossier85.
Un ratio de l’ordre de 5% si on évalue l’encours moyen des prêts à 4000 Euros86.
85
La gestion de la preuve est estimée à 5-10 Euros
86
Ce chiffre constitue une moyenne entre les crédits revolving (750 à 2000 Euros), les crédits
consommation (1000-4000 Euros) et les rachats de crédits (2500-35K Euros)
27
La croissance des financeurs dépend de leur stratégie de cross-selling, notamment de
la vente de nouvelles prestations une fois le client acquis par les distributeurs ou en
conquête directe : revolving, carte de crédit, points de fidélité….
Ici, les coûts sont bien moindres dans la mesure où le dossier emprunteur existe déjà:
déclaration de revenus, bulletins de salaires, justification de domicile, RIB.
Pourtant, même dans ce cas, ils n’échappent pas à l’exigence d’authentification et de
signature du client pour toute nouvelle offre. Connaissant cette contrainte réglementaire, on
imagine aisément le gain de productivité si la CNIe permet au client de s’authentifier et
de signer l’offre en ligne, qu’il s’agisse de conquête ou de cross-selling
Sachant que les organismes de crédit envisagent à terme de contracter la moitié des offres
sur le web, on pourrait estimer leur coût moyen de conquête à environ 50 Euros, une
fois la CNIe mise en service.
Une diminution réaliste, sachant que des technologies de scoring puissantes permettront
d’automatiser le rejet de dossiers non pertinents (mais considérant que le contrôle de pièces
et la constitution du dossier reste incontournable87).
Le but ultime est de faire signer l'offre préalable de crédit, à partir d'une CNIe insérée dans
un lecteur USB, avec renversement de la charge de la preuve au bénéfice de l'internaute,
alors que, dans le meilleur des cas, il doit aujourd'hui télécharger son certificat depuis un
serveur distant.
On imagine aisément la facilité de procédure et le confort des usagers, sachant que la
majorité des usagers abandonnent les transactions si les écrans sont trop nombreux et
complexes.
Dans cette perspective d’automatisation par CNIe, le rapport entre prêt moyen et coût
de conquête pourrait diminuer de 5% à 3,75%, soit un gain de productivité de plus de 200
Millions d’Euros si on estime le total d’encours à plus de 14Mds Euros.
Pareillement, le traitement du cross-selling, entièrement géré sur le web, deviendrait
relativement modique, l’ensemble de la relation avec le client étant dématérialisée (estimons-
le à environ 30 Euros !) sachant que le contrôle de pièces actualisées reste indispensable,
même pour un client connu.
Dans ce cas, le ratio encours / conquête tombe à 3%, d’où un gain de productivité de plus
de 600 Millions d’Euros sur un total estimé de 10 Mds d’Euros en cross-selling.
Mais leur véritable gain, outre une réduction des frais de traitement, proviendra certainement
de la progression des encours.
Partant d’une croissance annuelle de 8-10% grâce aux facilités du web, (notamment par la
possibilité de comparer les offres, simuler un coût de crédit, gérer sa réserve de trésorerie,
bénéficier de cartes d’achats….) et sachant que la vente en ligne progresse de 40% par an,
on peut raisonnablement estimer que les demandes de prêt vont augmenter de 3% en plus
de la croissance déjà constatée88 (soit 750 Millions d’Euros qui seront injectés dans
l’économie, sur la base d’un montant d’encours cumulé d’environ 25 Mds d’Euros).
Gageons que l’automatisation future des traitements via les certificats de CNIe et la mise en
ligne d’un portfolio de données personnelles, (comme proposé par Monservicepublic)
87
Mentionnons pour information que ces coûts restent aujourd’hui relativement élevés dans la
mesure où, la CNIe n’existant pas, les organismes de crédit doivent faire face à un très grand nombre
de dossiers numériques incomplets ou fantaisistes.
88
Tout acquisition en ligne ne requiert pas un crédit, mais on peut envisager qu’un packaging
de plus en plus étroit et simplifié entre achat et financement, avec notamment possibilité de livraison
immédiate de l’objet, contribuera à la progression du financement.
L’usage banalisé d’une CNIe, permettant de réduire la charge administrative de l’internaute, constitue
un facteur incitatif de demande de crédit.
28
pouvant intégrer déclaration de revenus, bulletins de salaires et justification de domicile,
devraient encore accroître le volume des crédits dans les années à venir.
Concernant l’assurance emprunteur, le packaging en ligne d’une solution intégrée à l’offre
de prêt, comme ceci tend à devenir la norme, constitue également un facteur de croissance
des offres.
Si on estime à environ 3% le montant moyen des primes perçues sur des encours de prêts
(en conquête et cross-selling) évalués à plus de 25Mds d’Euros, le traitement dématérialisé
des contrats d’assurance permettrait de réaliser un gain de productivité d’environ 150
Millions d’ Euros, en baissant le coût de traitement des dossiers.
Il est difficile de mesurer quel pourrait être l’impact de la CNIe sur la fraude, sachant que les
contrôles d’identité sont déjà conduits très systématiquement par les organismes de crédit.
En revanche, on peut anticiper une automatisation plus complète de la chaîne de traitement
des pièces justificatives, déjà prise en compte par les gains de productivité mentionnés ci-
dessus.
A la différence des milieux bancaires qui souhaitent disposer de leurs propres certificats
« signeurs » pour ratifier une transaction, les financeurs sont surtout intéressés par le
potentiel juridique des certificats : notamment, bien authentifier les usagers dans le
contexte délicat de co-emprunts souscrits par des couples confrontés à des accidents de vie,
tout en obtenant une signature à valeur juridique forte.
3- La banque en ligne
La banque en ligne offre des perspectives de croissance assez proches de celles constatées
auprès des organismes de crédit. Et cela, pas nécessairement sur les frais de traitement
déjà faibles dans la mesure où la relation au client est déjà dématérialisée mais surtout sur
la « mise en relation » qui nécessite de contrôler très rigoureusement l’identité du futur client.
Dans la perspective d’une authentification forte réalisée par les certificats de CNIe, qui
permet au banquier de satisfaire pleinement aux exigences réglementaires, on peut
estimer une baisse des coûts de conquête d’environ 100 à 50 Euros, soit un gain de
productivité d’environ 13 Millions d’Euros, si l’on considère que la moitié des nouveaux
clients contracteront exclusivement par internet89. Un montant relativement modeste à
l’image de ce secteur encore à ses débuts mais qui risque de croître, étant donné
l'engouement des français pour la banque en ligne.
Mais le véritable dynamisme se trouve dans la progression des sommes investies par
le biais du web – près de 2 Mds d’Euros à ce jour - avec une croissance d’environ 10% l’an.
On pourrait objecter que ces montants seraient de toute façon placés en bourse par le biais
des banques de réseaux. Ce n’est pas exact dans la mesure où la banque en ligne propose
des facilités de gestion et une réduction90 de frais de garde très significatives. Elle s’adresse
à une clientèle nouvelle et très avertie d’internautes91 qui exploitent et gèrent de façon active
89
Environ 500,000 nouveaux comptes sont ouverts chaque année.
90
ING et Boursorama facturent des droits d’entrée de 0,5% au lieu des 3% habituels sur les
assurances vie. Chez ce dernier, les droits d’entrée, de sortie et de garde des titres ne sont pas
facturés sur plus de 700 fonds communs de placement.
91
A ce jour, 33% des français utilisent internet pour gérer leurs comptes bancaires ou leurs
placements financiers, contre 19% un an plus tôt.
29
leurs portefeuille sur le web, bien plus que via les banques traditionnelles. Cette clientèle est
séduite par les ressources multiples de ces sites - tableaux de bords, gestion de portefeuille
en ligne, simulations, alertes….
Une étude TNS Sofres évalue à 47% les détenteurs d’actions en France, contre 33% en
2005 et 24% en 2004 !92. C’est donc un secteur amené à se développer suivant un rythme
de croissance de plus de 40% par an.
Au vu de ces chiffres, on perçoit l’enjeu réglementaire et le souci d’éviter que la banque en
ligne ne devienne une véritable industrie à blanchir les capitaux ou financer les actes de
malveillance.
On estime que les contrôles amont deviendront particulièrement stricts, donc que la
vérification de l’identité par le biais de certificats de CNIe constituera une formalité préalable
aux ouvertures de comptes.
Comme mentionné précédemment, le client en confiance par adhésion via CNIe
pourrait immédiatement bénéficier de conditions privilégiées – de type carte Visa
Premier – sans période probatoire, comme c’est le cas aujourd’hui, dans la mesure où
les fraudes interviennent dans les premiers mois d’ouverture des comptes.
92
Concernant les assurances-vie, 25% de nos concitoyens en ont souscrit à ce jour (1000
milliards d’encours). Le vieillissement de la population, comme la nécessité de complémenter le
régime des retraites, laisse présager une augmentation des encours dans les années à venir et une
prépondérance du web, vu la possibilité de comparer les offres en ligne, simuler des versements de
primes etc….
30
4- Mise en œuvre d’une architecture à base de PKI
Procédure d'enregistrement dun prospect
In
2. Identification
ternaute
Organisme de
de la CNIe (PKD
crédit
ou autre)
1. Requête de
Guichet en
droits avec CNIe
ligne
3. Requête
4. La frappe du
d'authentification
PIN génère la
par procédure PKI
procédure d'
Authentification
par PKI
5. Vérification de
possession de la
PC + lecteur
clé privée et accès
7. Transmission
aux LCR
LCR,
USB
Référentiel
des données
OCSP
sectoriel
d'identité
6. Requête de
données
d'identité, nom,
prénom, adresse
8. Mise à disposition
pour gestion dans
d’un moyen
référentiel
d’authentification
sectoriel
dérivé (optionnel)
31
Procédure d'authentification avec carte e-ID
Internaute
Organisme
2. Identification
de crédit
de la CNIe (PKD
1. Requête
Guichet en ou autre)
d'identification
ligne
du
référencement
par CNIe
3. Requête
d'authentification
4. La frappe du
par procédure
PIN génère la
PKI
procédure d'
Authentification
par PKI
5. Vérification de
PC + lecteur possession de la
clé privée et
USB
Référentiel
accès aux LCR
LCR,
sectoriel
OCSP
7. Consultation
des comptes
6. Vérification de
l'identité dans la
base de
référencement
sectoriel
32
Procédure de signature avec carte e-ID
2. Identification
Internaute
de la CNIe (PKD
ou autre)
Organisme de
crédit
1. Requête
Guichet en
d'identification du
référencement
3. Requête
ligne
par CNIe
d'authentification
par procédure
PKI
4. La frappe du
PIN génère la
5. Vérification de
procédure d'
possession de la
Authentification
clé privée et
accès aux LCR
par PKI
PC + lecteur
Référentiel
USB
LCR,
6. Vérification de
sectoriel
7. Consultation
l'identité dans la
OCSP
des comptes et
base de
requête d'offre
référencement
préalable de
sectoriel
crédit
Gestion
8. Génération
des crédits
9. Signature par
d'une offre
PKI de l'offre
préalable de crédit
préalable de
crédit
10. Traitement de
l'offre préalable
de crédit
33
IV - Perspectives stratégiques, moteurs et freins à
l’adoption de solutions de PKI vis-à-vis des secteurs
identifiés
Le potentiel de développement des services en ligne sur la base de certificats de CNIe est
considérable. Ce marché n’existe pas aujourd’hui, mais il apparaît fort mature dans la
mesure où de nombreux programmes pilotes sont initiés via des jeux de clés téléchargés sur
le web. Bien qu’ils ne répondent nullement aux exigences d’une signature sécurisée, ils
permettent néanmoins de signer les documents et préfigurent le potentiel d’usage et de
fluidification de la future CNIe. Ces développements suivent l’engouement pour la vente en
ligne, en pleine croissance grâce à la généralisation de l’ADSL.
Ainsi, par sa faculté d’intégration aux sites marchands, en proposant un pavé
« financement » à la conclusion d’un achat, l’offre de crédit est-elle aujourd’hui pionnière sur
le web mais sans réellement avoir pu exploiter toutes les ressources d’une signature de
CNIe.
La génération en ligne d’une « acceptation préalable de crédit », puis de « l’offre préalable
de crédit » à imprimer et retourner avec signature manuscrite, proposée récemment par un
des protagonistes, représente déjà un gain précieux d’environ trois jours, fort utile dans cet
univers très compétitif ou le client se joue de la concurrence en quelques clics.
On peut aisément estimer que la possibilité de signer les contrats de prêts en ligne par
certificats de CNIe, ouvrira des perspectives nouvelles aux financeurs.
Ainsi l’offre « Receive and Pay » de deux grands acteurs de la place permet-elle déjà de
déconnecter l’achat du financement, donc de satisfaire le souci d’immédiateté des
internautes et de gagner des parts de marché.
Comme mentionné précédemment, le secteur public proposera prochainement de nombreux
services en ligne. Même si la majorité d’entre eux n’a pas mis en oeuvre d’authentification
forte ou des signatures à teneur juridique93, il se pourrait que les usagers, non
nécessairement férus d’internet, puissent être séduits par une carte permettant de se
connecter à de multiples sites – publics et privés - par une procédure unique et simplifiée
d’authentification.
Si cette démarche devait être massivement adoptée par les professions libérales, PME et
indépendants, ce sont plus de 130 millions de formulaires qui pourraient être traités
automatiquement, d’où un gain de productivité considérable pour les agents de l’Etat.
93 justement du fait qu’il n’y a pas encore de CNIe avec signature électronique.
34
1- Réduction de la fraude et gains de productivité attendus par
introduction de la CNIe :
Secteur
Type de fonction
Mode de calcul
Gains de productivité ou
Marché adressable/ an pour
nouveaux services
Commerce en ligne
Fraude aux cartes de
0,2% du CA (14 Milliards
28 Millions d’Euros
paiement
Euros)
Commerce en ligne
Autorisation de
15% du CA (14 Milliards
2 Milliards d’Euros
prélèvement bancaire
Euros)
Vente de voyage en Fraude au paiement.
1% d’un CA de 1 Mds Euros 10 Millions d’Euros
ligne
Banque en ligne
Conquête nouveaux clients 500,000 nouveaux comptes
25 Millions d’Euros
/ an ½ sur internet . Coût
moyen de traitement de
dossier 50 Euros
Crédit consommation
Conquête nouveaux clients 36 Millions de comptes,
720 Millions d’Euros
10% de croissance, 200
euros coût de conquête
Crédit consommation
Vente de nouveaux
Ratio : 1 conquête génère 3
540 Millions d’Euros
produits en cross-selling
cross selling, coût du cross
selling : 50 Euros
Assurance
Assurance automobile
3 Millions d’immatriculation / 150 Millions d’Euros
an. Coûts de traitement 50
Euros
Administration
Déclaration de DUE / DUE
130 millions de formulaires x 1,3 Milliards d’Euros
MSA
10 Euros / formulaire
Ministère des
Télé IR
10 Millions de formulaires /
finances
an
2- La vente en ligne
Le chiffre d’affaire consolidé de la vente en ligne reste relativement faible en France, 14 Mds
en 2006, avec une croissance de 40% par rapport à 2006.
Elle concerne majoritairement les acteurs traditionnels de la VPC et grandes enseignes de la
distribution qui y ont vu un canal puissant de diversification. Par contre les PME françaises
restent fort conservatrices ; aussi ne doit-on pas exclure la mise en œuvre de services de
confiance à l’intention d’entreprises ne traitant que rarement sur le web ou souhaitant
«sourcer » leurs ventes en ligne.
Æ Il n’est pas exclu que la CNIe puisse jouer un rôle clé dans ces échanges, notamment
pour les personnes peu familières avec les sites de vente, mais désireuses de procéder à
des achats très ponctuels.
35
3- Divers
La problématique du « recommandé » n’est généralement traitée que du point de vue de
l’émetteur ; Aussi la Poste a-t-elle proposé sa fameuse LRE (Lettre Recommandée
Electronique) qui génère, via le web, les courriers en RAR.
Le mode de réception ne change pas : livraison à domicile si présence du destinataire ;
sinon démarche aux guichets, toujours en échange d’une signature manuscrite.
Pourtant, quel gain de productivité si la réception devait être réalisée sur PC en échange
d’une signature électronique ! Cela suppose cependant que le récipiendaire possède un jeu
de certificats qualifiés de type CNIe pour s’authentifier et activer sa signature par PIN code.
Même si les émetteurs peuvent être tentés de rédiger de tels courriers sans passer par un
service spécialisé, grâce à une simple signature de CNIe, il est envisageable que la Poste -
ou des prestataires indépendants - maintienne son offre en archivant électroniquement les
éléments de preuve (émission et réception, horodatage) de façon à les produire en cas de
litige.
D’autres secteurs, contraints par la loi aux exigences du RAR, pourraient également
profiter d’une telle offre : syndics d’immeubles pour les convocations et PV de copropriété
mais également les sociétés cotées pour leurs votes aux AG (Loi NRE 2001-42094 du 15 Mai
2001). Dans chacun de ces cas, les certificats de CNIe satisfont à l’obligation légale de
communiquer au préalable les ordres du jour, puis vote des résolutions avec un souci de
traçabilité pour éviter les fraudes et risques de réclamation.
Hormis les gains de productivité aux guichets, cette activité d’émission /réception et
archivage de pièces à valeur légale pourrait générer de nouveaux revenus auprès de la
Poste ou de prestataires privés, comme la Chambre des Notaires vu les risques de litiges
dans un monde de transactions dématérialisées.
Il ouvre la voie au vote électronique à caractère professionnel, pour les élections
syndicales ou prud’homales et, à terme, pourrait constituer l'un des modes de validation du
suffrage universel . La CNIe constitue un média idéal d’authentification et de signature,
pouvant être rapidement comptabilisé et contribuer à baisser le taux d’abstention.
La problématique est identique : authentification forte de la personne puis validation de son
choix par signature à teneur légale, devant garantir la traçabilité, en cas de litige.
D’autres pistes nécessitent d’être explorées comme l’accès aux sites web réservés aux
personnes majeures95, notamment la Française des jeux, le PMU96 et ultérieurement
d’autres services, si leur monopole devait cesser (comme le réclame aujourd’hui la
Commission Européenne) et le gouvernement autoriser des prestataires privés à proposer
ce type d’offre en ligne.
Comme ce secteur peut être amené à se développer, il pourra être envisagé un marqueur
de majorité dans le certificat d’authentification de la future CNIe, ou la possibilité de requérir
volontairement un certificat contenant cette information. Il est prématuré de préciser plus
avant cette fonction, mais l’essor probable des jeux d’argent sur le net nécessite que ce
secteur soit exploré plus en détail.
94
Loi n°2001-420 du 15 mai 2001 relative aux nouvelles régulations économiques
http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=ECOX0000021L#
95
Pour accéder au canal multimédia de la Française des jeux, le futur joueur doit être identifié,
être titulaire d’un compte de résident et déclarer sur l’honneur qu’il est majeur. Dès l’accès au site,
l’internaute confirme être en conformité avec cette demande.
96
Pour ouvrir un compte PMU, il faut être une personne physique âgée d'au moins 18 ans.
L’usager doit saisir sa date de naissance et déclarer résider en France métropolitaine ou dans les
départements d'outre-mer ou encore à Monaco.
36
V - Contexte Réglementaire
1- L’identification :
Les activités de l’homme le conduisent à s’identifier auprès des autres. Avec le temps,
l’identité est devenue de plus en plus complexe, associant aux nom, prénom, et lieu
géographique, des identifiants physiques (taille, couleurs des yeux, empreinte digitale) et
sociaux (nationalité, profession, filiation, …).
Identifier consiste à exprimer l’identité d’une personne.
Celle-ci recouvre «l’ensemble des composantes grâce auxquelles il est établi qu’une
personne est bien celle qui se dit ou que l’on présume telle (nom, prénoms, nationalités,
filiation...) »97 ainsi que tous « les traits juridiquement pertinents qui se retrouvent aussi bien
dans le numéro national d’identification attribué par l’INSEE que sur la carte nationale
d’identité délivrée par le ministre de l’intérieur ou sur les actes de l’état civil. »98.
Concernant une personne physique, Gérard Cornu définit l’identité comme « ce qui fait
qu’une personne est elle-même et non une autre ; par extension ce qui permet de la
reconnaître et de la distinguer des autres ; l’individualité de chacun, par extension,
l’ensemble des caractères qui permettent de l’identifier. »99.
L’identification des personnes constitue la condition sine qua none de la sécurité des
échanges sur les réseaux numériques, qu’il s’agisse de transactions ou de simples
correspondances privées.
Il en va de même de l’authentification (vérification de l’origine) d’un message ou d’une
requête. En effet, en droit, un acte ou un fait, doit pouvoir être imputé – en principe – à
une personne déterminée. Le droit à l’anonymat n’est ainsi consacré que dans certaines
hypothèses strictement limitées (accouchement sous X, défense de la liberté d’expression,
données de connexion après un délai légalement prévu, anonymat « relatif » des personnes
physiques qui publient des contenus sur le web, etc.)100. Rappelons ici que le droit à
l’anonymat doit se mesurer à l’aune d’une responsabilité juridique essentielle de la
personne : celle de rendre compte de ses actes au cours de la vie sociale.
Les internautes doivent rendre des comptes dans certains cas. En effet, l’utilisation des
réseaux numériques n’est pas neutre, bien au contraire. L’Internet est rentré dans les foyers.
Par conséquent, les comportements des internautes ne sauraient s’affranchir du respect des
règles de droit.
De nombreux risques doivent ainsi être pris en compte :
- Les risques liés à la dénégation d’un acte juridique conclu par voie électronique (remise
en cause d’un engagement/contrat sur les réseaux) ;
97
Lexique des termes juridiques, éd. Dal oz, 1999, p.280.
98
Alain Supiot, L’identité professionnelle in Les orientations sociales du droit contemporain. Ecrits en
l’honneur du Professeur J. Savatier, PUF, 1992, p. 409 et s.
99
Gérard Cornu, Vocabulaire juridique, Ass. H. Capitant, PUF 2000.
100
Eric A. Caprioli, Anonymat et commerce électronique, in Les premières journées internationales du droit
du commerce électronique, Litec, 2002, Act. de droit de l’entrep., p. 149 et s. disponible sur le site :
www.caprioli-avocats.com.
37
- Les risque liés à une utilisation délictuelle des réseaux (par exemple, infractions liées
aux actes de paiement, aux dénis de service (saturation), ou infractions facilitées ou liées à
l'utilisation des technologies de l’information : diffusion de contenus illicites (pédo
pornographie, racisme, antisémitisme, etc.), escroqueries par utilisation frauduleuse de
numéro de carte bancaire pour une transaction en ligne (phishing101), les escroqueries par
fausse vente sur un site d'enchères en ligne, les contrefaçons de logiciels ou d'œuvres
audiovisuelles, que ces actes soient effectués à partir d’un ordinateur situé au domicile d’une
personne ou dans une entreprise102.
Une pièce d’identité est quant à elle « un document écrit (généralement une carte) qui
énonce et atteste l’identité civile d’une personne physique »103. La Carte nationale d’identité
est un document portatif individuel, délivré par l’Etat, permettant de vérifier l’identité de son
porteur, voire de le contrôler. C’est dans cette optique que le programme INES (Identité
Nationale Electronique Sécurisée) avait été lancé par le Ministère de l’Intérieur en 2005, ce
programme consistant à 104 :
• fusionner les procédures de demande de carte d’identité et de passeport ;
• améliorer la gestion des titres dans de nouvelles applications ;
• délivrer des titres conformes aux exigences internationales105 ;
• offrir des moyens d’identification et de signature électroniques aux citoyens.
Il est actuellement suspendu. Le projet va de pair avec la mise à disposition des citoyens de
moyens d’identification et d’outils de signature électronique comme composantes de leur
carte nationale d’identité électronique.
Or, la signature électronique fait d’ores et déjà l’objet d’une réglementation précise et
détaillée sur le territoire national. Transposant la directive 1999/93/CE du 13 décembre 1999
pour un cadre commun sur les signatures électroniques106 du Parlement et du Conseil
européens, la loi du 13 mars 2000107 a posé le cadre juridique de la preuve et de la signature
électroniques.
Elle a été complétée par les décrets n° 2001-272 du 30 mars 2001108 et n° 2002-535 du 18
avril 2002109 ainsi que l'arrêté du 31 mai 2002110. Ce dernier arrêté a d’ailleurs été abrogé par
un arrêté du 26 juillet 2004111 relatif à la reconnaissance de la qualification des prestataires
de services de certification électronique et à l’accréditation des organismes qui procèdent à
leur évaluation.
101
Eric A. Caprioli, Le phishing saisi par le droit, Comm. Com. Electr. Février 2006, p.4 8, n°37.
102
Eric A. Caprioli, Le risque pénal dans l’entreprise et les technologies de l’information, JCP E, 2006, Cah.
Dr. Entrep., janvier-février 2006, n°10.
103
G. Cornu, préc.
104
V. Le programme INES, émis par le Ministère de l’Intérieur, de la Sécurité Intérieure et des Libertés
Locales, version 2 du 1 mars 2005.
105
Règlement (CE) n°2252/2004 du Conseil du 13 décembre 2004 établissant des normes pour les
éléments de sécurité et les éléments biométriques intégrés dans les passeports et les documents de voyage
délivrés par les Etats membres, JOUE du 20 décembre 2004, L. 385/1.
106
Directive 1999/93/CE du 13 décembre 1999, JOCE n° L. 13, 19 janvier 2000, p.12 s.
107
V. notamment E. Caprioli, La loi française sur la preuve et la signature électroniques dans la perspective
européenne, J.C.P. éd. G, 2000, I, 224 et Ecrit et preuve électroniques dans la loi n°2000-230 du 13 mars 2000,
J.C.P. 2000, éd. E, cah. dr. entr. n°2, Suppl. au n°30, p.1- 11.
108
J.O. du 31 mars 2001, p. 5070.
109
J.O. du 19 avril 2002, p. 6944. v. à cet égard, D &P, février 2003, p. 116, obs. E. Caprioli.
110
J.O. du 8 juin 2002, p. 10223.
111
J.O. du 7 août 2004, p. 14104.
38
Enfin, la loi n°2004-575 pour la confiance dans l’économie numérique du 21 juin 2004 a
consacré la validité juridique des écrits sous forme électronique (article 1108-1 du code
civil)112.
L’étude juridique de ce cadre réglementaire est un pré-requis essentiel pour déterminer les
enjeux sociétaux, économiques et politiques de la CNIe.
2- La signature électronique :
Définition de la signature électronique
A titre liminaire, il conviendra de définir la notion de signature électronique. La loi du 13 mars
2000, a donné pour la première fois une définition légale en suivant une approche
fonctionnelle de la signature.
Ainsi, selon l'art. 1316-4 alinéa 1 du code civil, toute signature doit remplir deux fonctions
juridiques de base : l’identification de l’auteur de l’acte et l’expression du consentement du
signataire au contenu de l'acte.
La définition générale de la signature électronique se retrouve à l'article 1316-4, al. 2 code
civil, qui dispose : « Lorsqu’elle est électronique, elle (la signature) consiste en l’usage d’un
procédé fiable d’identification garantissant son lien avec l’acte auquel elle s’attache. La
fiabilité de ce procédé est présumée, jusqu’à preuve contraire, lorsque la signature
électronique est créée, l’identité du signataire assurée et l’intégrité de l’acte garantie, dans
des conditions fixées par décret en Conseil d ’Etat. »
Le procédé de signature électronique doit donc identifier le signataire, garantir le lien
entre l’acte et la personne dont il émane et assurer l’intégrité de l’écrit signé.
A l’heure actuelle, seules les signatures électroniques basées sur la cryptologie à clé
publique (à savoir les signatures numériques) répondent a priori à ses exigences légales et
notamment à la garantie de la solidité du lien entre la signature et le message. Par
conséquent, seule la signature numérique pourra être considérée comme une signature
électronique sécurisée.
Celle-ci se définit suivant l’article 1.2 du décret du 30 mars 2001 comme : «une signature
électronique qui satisfait, en outre, aux exigences suivantes :
-
être propre au signataire ;
-
être créée par des moyens que le signataire puisse garder sous son contrôle exclusif;
garantir avec l'acte auquel elle s'attache un lien tel que toute modification ultérieure
de l'acte soit détectable».
Cette signature électronique sécurisée est présumée fiable, contrairement aux autres formes
de signature dont la fiabilité devra être démontrée, si elle est «établie grâce à un dispositif
sécurisé de création de signature électronique et que la vérification de cette signature repose
sur l'utilisation d'un certificat électronique qualifié»113.
112
J.O. n° 143 du 22 juin 2004, p. 11182. V. à ce titre, E. A. Caprioli et P. Agosti, La confiance dans
l’économie numérique, P. Aff., 3 juin 2005 p 4 s.
113
Art. 2 du décret du 30 mars 2001.
39
Au vu de cette définition doivent donc être pris en compte le dispositif sécurisé de création
de signature électronique et le certificat électronique qualifié114 pour caractériser une
signature électronique sécurisée.
Or, comme l’énonce l’article 6 du décret du 30 mars 2001, «Un certificat électronique ne peut
être regardé comme qualifié que s'il comporte les éléments énumérés au I et que s'il est
délivré par un prestataire de services de certification électronique satisfaisant aux exigences
fixées au II. ». Ces dispositions s’appliquent également en matière de validité juridique de
l’acte (crédit à la consommation…), en vertu du nouvel article 1108-1 du code civil introduit
par la L.C.E.N.
En tout état de cause, le marché français ne dispose à ce jour d’aucune signature
électronique sécurisée ni de certificats qualifiés (hormis celui établi par la Banque de France
dans ses relations avec les banques). Seuls certains modules sont accrédités par la
D.C.S.S.I.
Signature électronique et signature électronique sécurisée
Cependant, il faut rappeler avec force que d’un point de vue strictement juridique, peu
importe que la signature électronique soit sécurisée, qu’elle utilise un certificat qualifié ou
qu’elle soit « simple », elles ont toutes la même valeur juridique. C’est le juge qui décide
si la signature et l’écrit sous forme électronique sont admissibles ou non, pour la valeur
probante ou la validité de l’écrit qui lui est présenté dans le cadre d’un litige.
Entre les signatures électroniques la seule chose qui change c’est la charge de la preuve ;
elle variera selon que l’on bénéficie ou pas de la présomption de fiabilité. Mais la
présomption de fiabilité est une présomption simple, qui peut donc être combattue par celui
qui conteste les qualités du procédé de signature utilisé. Dans un cas, il appartient à
l’utilisateur du procédé de signature de prouver cette fiabilité (signature électronique
« simple »), dans l’autre, c’est celui qui la conteste qui devra prouver son absence de
respect des exigences (signature électronique sécurisée). Le certificat qualifié constitue
donc une condition sine qua none pour disposer d’une signature électronique
sécurisée. La qualification portera sur une famille de certificats donnés, émis sous
une politique de certification donnée.
114
Ce certificat d’identification délivrée par le P.S.C.E. devra précisé, pour être considéré comme
qualifié : «a) Une mention indiquant que ce certificat est délivré à titre de certificat électronique qualifié ;
b) L'identité du prestataire de services de certification électronique ainsi que l'Etat dans lequel il est
établi ;
c) Le nom du signataire ou un pseudonyme, celui-ci devant alors être identifié comme tel ;
d) Le cas échéant, l'indication de la qualité du signataire en fonction de l'usage auquel le certificat
électronique est destiné ;
e) Les données de vérification de signature électronique qui correspondent aux données de création de
signature électronique ;
f) L'indication du début et de la fin de la période de validité du certificat électronique ;
g) Le code d'identité du certificat électronique ;
h) La signature électronique sécurisée du prestataire de services de certification électronique qui délivre
le certificat électronique ;
i) Le cas échéant, les conditions d'utilisation du certificat électronique, notamment le montant maximum
des transactions pour lesquelles ce certificat peut être utilisé.».
40
Régime juridique des P.S.C.E
Le système juridique français repose implicitement sur le certificat électronique. En effet, si le
Code civil ne se réfère pas explicitement à ce moyen d’identification, il n’en reste pas moins
vrai que le cadre réglementaire est construit autour de la notion de certificat. Le rôle des
P.S.C.E. est donc, pour ces raisons, essentiel.
Les P.S.C.E. délivrent, à titre principal, des certificats électroniques permettant d’établir le
lien entre les données de vérification de signature électronique (clé publique) et le
signataire115. Ce dernier devra non seulement répondre à des exigences juridiques mais
également à des exigences techniques. Si les exigences juridiques sont énoncées dans le
cadre juridique ci-avant mentionné, les exigences techniques se retrouvent, en majeure
partie, dans des travaux internationaux réalisés à l'I.E.T.F. (Internet Engineering Task Force)
et à l’E.T.S.I. (European Telecommunications Standards Institute). Ce processus de
normalisation permet la régulation de l’activité de P.S.C.E. en tentant d’assurer une
interopérabilité technique minimale entre les différents prestataires. Dans cette optique
technique, les différents P.S.C.E. se situent au cœur d’une Infrastructure à clé publique
(I.C.P.)116.
Cette I.C.P. comprend plusieurs entités qui ont des fonctions et des responsabilités
distinctes. Plusieurs métiers coexistent : Autorité de certification, Opérateur de certification et
Autorité d’enregistrement, Services de publication (annuaire ou liste de révocation des
certificats ou des autorités de certification reconnues).
Il ressort de ce système que la confiance dépend de l’ensemble des composantes de l’I.C.P.
Les P.S.C.E. au sein de l’I.C.P. auront intérêt, pour démontrer leur fiabilité technique et
assurer cette interopérabilité, de respecter les dispositions de différents documents : une ou
plusieurs politiques de certification (P.C.) ainsi qu’une ou plusieurs Déclaration des Pratiques
de certification (D.P.C.) ou « Certification practices statement» (C.P.S.).
En règle générale, c’est l’A.C. qui sera le P.S.C.E. dans la mesure où c’est elle qui est
responsable du certificat émis.
Du fait de leur rôle central dans les réseaux numériques, les P.S.C.E. ont un régime juridique
différencié selon qu’ils délivrent ou non des certificats qualifiés.
A ce titre, un certain nombre d’obligations pèsent sur ce prestataire (A) qui pourra être tenu
responsable vis à vis de ses clients et des personnes qui se fient à la signature électronique
(B).
A/ Obligations du P.S.C.E.
Le système juridique français précise les obligations juridiques qui pèsent sur les P.S.C.E.
dans le cadre du décret du 30 mars 2001.
Pour émettre des « certificats qualifiés », les P.S.C.E. doivent fournir un certain nombre de
garanties dont les exigences sont prévues à l’article 6 du décret du 30 mars 2001, peu
importe dans ce texte que le P.S.C.E. bénéficie d'une accréditation volontaire ou qu'il se
conforme à la directive sans passer par le régime d'accréditation lorsqu’il dit délivrer des
certificats qualifiés.
Sans entrer dans le détail des prescriptions de l’article 6, nous signalerons que le P.S.C.E.
doit utiliser des systèmes et produits fiables tant pour leur fonctionnement que pour la
conservation des certificats (article 6-II g et l) et employer du personnel qualifié (article 6-II,
e).
115
Article 1. 11 du décret du 30 mars 2001.
116
Ou encore appelée Infrastructure de Gestion de Clés (I.G.C.).
41
En cas de litige, il aura également à faire la preuve qu'il est suffisamment fiable pour fournir
des services de certification (article 6-II, a). Le P.S.C.E. doit disposer des garanties
financières suffisantes pour fonctionner en permettant l'indemnisation des utilisateurs autant
que de besoin et notamment par le biais de souscription d'une police d'assurance
appropriée. S'agissant de la communication et de la reconnaissance avec d'autres P.S.C.E.,
il conviendra que l'interopérabilité des systèmes de signatures électroniques soit garantie,
par exemple en respectant les normes et les standards en vigueur.
Pour que toutes les parties intéressées aux services de certification (ex : les abonnés, les
tierces parties au contrat d'abonnement qui se fient aux certificats) puissent être en mesure
de les utiliser dans leurs opérations en ligne, il est nécessaire que le P.S.C.E. leur procure
une information correcte sur les modalités d’utilisation du certificat, la demande de
qualification ainsi que les modalités de contestation et de règlement des litiges (article 6-II,
o).
Lorsque le P.S.C.E. fournit à son client des services de gestion de clés, il ne doit ni stocker,
ni copier les données afférentes à la création de signature de celui-ci (Article 6-II, i). Cette
exigence découle directement d’un principe de sécurité en vertu duquel il faut disposer de
deux paires de clés distinctes lorsque l’on entend signer et chiffrer des messages. L'usage
d'une seule paire de clés à la fois pour la signature et pour le chiffrement des messages
aurait pour conséquence de créer le risque de voir un tiers s'approprier ou reconstituer la clé
privée de signature d'une personne et qu'elle se fasse passer pour elle (usurpation
d’identité). Dans le cas de signature numérique, la clé privée doit rester secrète et sous le
"contrôle exclusif" du signataire. Pour les clés de confidentialité, en revanche, le P.S.C.E.
peut être amené à les conserver dans l'hypothèse où un client, suite à la perte de sa clé, lui
demanderait de la reconstituer (service de recouvrement de clé de confidentialité) pour être
en mesure d'accéder à l'ensemble des fichiers qu'il aurait antérieurement chiffrés.
Dans toute Infrastructure à clé publique (I.C.P.), l'enregistrement des abonnés aux services
de certification s'effectue par l'entremise d'Autorités d'enregistrement (A.E.).
L'enregistrement peut s'effectuer soit en ligne et les pièces justificatives de l'identité sont
envoyées par voie postale (pièces d'identité, extrait K-Bis, et autres quittances attestant du
domicile), soit de visu (face-à-face) aux bureaux ou aux agents prévus à cet effet (sur
présentation des pièces justificatives).
Cette opération est très importante car elle permet de vérifier l'identité conformément aux
exigences posées par le décret (article 6-II, m). Concernant l’exactitude des informations que
le certificat doit contenir, il faut reconnaître qu'elles ne peuvent que résulter des pièces
fournies lors de l'enregistrement (ex : pièce d’identité, quittance).
En cas de falsification, tant matérielle qu’intellectuelle, du ou des document(s), ou
d'informations obsolètes, l’A.E. ne devrait pas être responsable des informations inscrites
dans le certificat. En effet, actuellement les enregistrements s’effectuent le plus souvent en
ligne et par l’envoi des pièces justificatives par courrier. Mais ce problème de faux
documents serait le même dans le cadre des procédures d'enregistrement en face à face.
L’A.E. ne peut garantir que l’exactitude formelle des informations au vu des pièces
transmises et non leur exactitude sur le fond.
Cette entité ne souscrit pas d'engagement juridique envers les clients, elle est uniquement
en relation contractuelle avec l'A.C. Cette dernière génère le certificat numérique
d'identification sous sa seule responsabilité et à ce titre elle s'engage à remplir certaines
obligations essentielles (art. 33 de la LCEN), c'est à dire établir et garantir le lien qui existe
entre une personne et une paire de clés asymétriques dont elle est titulaire. En outre, le
P.S.C.E. crée et assure, sous sa responsabilité, le fonctionnement d'un service d'annuaire
(rapide et sûr) et d'un service de révocation (fiable et immédiat) (article 6-II, c).
Concernant les données à caractère personnel contenues dans le certificat, la loi n° 2004-
801 du 6 août 2004 relative à la protection des personnes physiques à l’égard des
42
traitements de données à caractère personnel modifie la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978
relative à l’informatique aux fichiers et aux libertés prévoit dans son article 33 :« sauf
consentement exprès de la personne concernée, les données à caractère personnel
recueillies par le prestataire de services de certification électronique pour les besoins de la
délivrance et de la conservation des certificats liés aux signatures électroniques doivent l’être
directement auprès de la personne concernée et ne peuvent être traitées que pour les fins
en vue desquelles elles ont été recueillies »117.
B/ responsabilité du P.S.C.E
L’article 33 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique qui transpose
l’article 6 de la directive européenne du 13 décembre 1999 et par là, la présomption de
responsabilité pour les P.S.C.E. qui délivrent des certificats présentés comme qualifiés ne
donne lieu qu’à quelques modifications qui se retrouvent notamment dans le régime de
responsabilité du P.S.C.E.
Ainsi, lorsqu’il entend délivrer un certificat qualifié, le P.S.C.E. ne pourra pas exonérer
sa responsabilité en cas d’inexécution ou de mauvaise exécution.
Cet article prévoit :
« Sauf à démontrer qu’ils n’ont commis aucune faute intentionnelle ou négligence, les
prestataires de services de certification électronique sont responsables du préjudice causé
aux personnes qui se sont fiées raisonnablement aux certificats présentés par eux comme
qualifiés dans des conditions fixées par décret en Conseil d’Etat lorsque :
1° Les informations contenues dans le certificat, à la date de sa délivrance, étaient
inexactes ;
2° Les données prescrites pour que le certificat puisse être regardé comme qualifié
étaient incomplètes ;
3° La délivrance du certificat n'a pas donné lieu à la vérification que le signataire détient
la convention privée correspondant à la convention publique de ce certificat ;
4° Les prestataires n’ont pas fait procéder à l’enregistrement de la révocation du
certificat et tenu cette information à la disposition des tiers.»
Par conséquent, pour les certificats présentés comme qualifiés par le P.S.C.E., le lien de
causalité est présumé entre la faute (l’inexécution d’une obligation essentielle) et le préjudice
(un manque à gagner pour le tiers qui se fie ou le signataire), sauf à démontrer qu’il n’a
commis aucune faute intentionnelle ou qu’il n’a pas été négligent. Il en va de même pour les
P.S.C.E. qui ont fait l’objet d’une qualification volontaire. La seule différence se situe dans
la difficulté technique pour le demandeur de démontrer la faute commise par un
P.S.C.E. qualifié.
Selon ce même article 33, « les prestataires ne sont pas responsables du préjudice causé
par un usage du certificat dépassant les limites fixées à son utilisation ou à la valeur des
transactions pour lesquelles il peut être utilisé, à condition que ces limites figurent dans le
certificat et soient accessibles aux utilisateurs.». Le terme « accessible » pourrait être
interprété en mettant en avant le fait que les limites d’utilisation ou de valeur du certificat
doivent être perçues de façon à éviter toute confusion (par exemple : engageant l’entreprise
à l’exclusion de son employé en son nom personnel). En pratique, il pourrait s’agir d’une
indication permettant à la personne qui reçoit un certificat et un message signé de remarquer
les limites d’utilisation du certificat, sans qu’il soit nécessaire que ce soit tout le contenu de
cette limite lui-même qui soit affiché. Actuellement, les certificats électroniques ne
contiennent pas de champs prévus pour inscrire les limites d’utilisation et de valeur – et cela
117
V. E. Caprioli, Loi du 6 août 2004 : commerce à distance sur Internet et protection des données à
caractère personnel, Comm. Comm. Elect., Février 2005, n°2, p. 24-28.
43
n’est pas sans incidence sur les risques qui pèsent sur les P.S.C.E. Il faut donc que ce tiers
puisse contrôler de manière simple et systématique la liste des certificats révoqués qu’aura
émis le P.S.C.E, vérifier la signature (ce qui sous entend l’intégrité du message) et le
certificat électroniques.
Enfin, il devra archiver l’ensemble de ces éléments, pour pouvoir apporter la preuve de ces
diligences dans le cadre d’un éventuel contentieux.
Le dernier alinéa de l’article 33 dispose également que le P.S.C.E devra justifier d’une
garantie financière ou d’une assurance « garantissant les conséquences pécuniaires de sa
responsabilité civile ». Cette exigence, peut être d’une application pratique délicate dès lors
que le risque financier est relatif au montant et à la nature spécifique à chaque préjudice
ainsi qu’aux limites contenues dans le certificat. C’est donc une appréciation in concreto qui
devra être effectuée.
En ce qui concerne les signatures qui se fondent sur des certificats non qualifiés ainsi que
pour toutes les autres obligations, c’est le droit commun qui s’applique : les articles 1382 et
suivants du code civil pour la responsabilité délictuelle et le droit des obligations
contractuelles pour les rapports entre le P.S.C.E. et son client (son abonné).
La signature électronique dans la sphère publique
Les télé-procédures à l’égard des usagers, professionnels ou particuliers, se sont
développées tout au long de la dernière décennie (on pense ici aux déclarations de la
TVA118, auprès des URSSAF ou encore, pour le grand public, à celle de l’impôt sur le
revenu). Leur essor s’effectue également dans les relations entre l’Etat et les collectivités
locales, notamment dans le cadre du « contrôle de légalité par voie électronique »119.
La facture électronique signée a été introduite par l’article 17 de la loi de finances rectificative
pour 2002120, qui transpose la directive n°2001/115 du 20 décembre 2001 modifiant la
directive n°77/388/CEE en vue de simplifier, moderniser et harmoniser les conditions
imposées à la facturation en matière de taxe sur la valeur ajoutée et pose le régime des
factures électroniques, notamment le recours aux dispositifs de signature électronique.
Les modalités d’application de la facturation électronique ont été précisées dans l’instruction
du 7 août 2003121. Il s’agit ici d’une signature électronique utilisant un certificat de serveur
(signature de la personne morale) et non d’une signature électronique (certificat de personne
physique) au sens juridique de signer un acte.
Le recours à la signature électronique se diffuse également dans d’autres pans du droit.
Ainsi, l’Arrêté du 28 août 2006 pris en application du I de l'article 48 et de l'article 56 du code
118 Loi n°2002-1576 du 30 décembre 2002, J.O. n° 304 du 31 décembre 2002, p. 22070.
119
V. pour une analyse de la problématique, Anne Cantéro, Des actes unilatéraux des communes dans le
contexte électronique, Vers la dématérialisation des actes administratifs ?, PUAM, Coll. Collectivités locales,
2002. V. également pour les textes adoptés : la loi n°2004-809 du 13 août 2004 relative aux libertés et aux
responsabilités locales, J.O. du 17 août 2004, p. 14545 et s. ; le décret n° 2005-324 du 7 avril 2005 relatif à la
transmission par voie électronique des actes des collectivités territoriales soumis au contrôle de légalité et
modifiant la partie réglementaire du code général des collectivités territoriales, J.O. du 8 avril 2005, p. 6340 et s. ;
l’arrêté du 26 octobre 2005 portant approbation d’un cahier des charges des dispositifs de télétransmission des
actes soumis au contrôle de légalité et fixant une procédure d’homologation de ces dispositifs, J.O. du 3
novembre 2005, p. 17289 et s.
120
Loi n°2002-1576 du 30 décembre 2002, JO du 31 décembre 2002.
121
Instruction de la Direction générale des impôts n° 136 du 7 août 2003, 3CA.
44
des marchés publics et relatif à la dématérialisation des procédures de passation des
marchés publics formalisés122 fait une référence explicite aux articles du Code civil.
L’article 7 de l’ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 sur les échanges
électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités
administratives123 a consacré la possibilité de signer électroniquement tout acte administratif
qui requiert une telle signature dans les textes de droit commun124. Ce texte prévoit, en
outre, l’adoption de deux documents : le Référentiel général de sécurité (qui devrait
reprendre les principes de la PRIS en ce qui concerne les signatures électroniques) et le
Référentiel Général d’Interopérabilité (RGI)125.
Certaines questions prospectives ont fait jour concernant la responsabilité de l’Etat en cas de
manquement dans la délivrance de certificats (erreur dans les champs du certificat) contenus
dans la future C.N.I.E, le cas échéant. A cet égard, les principes classiques de responsabilité
administrative pour faute devraient trouver à s’appliquer. Les conditions entourant la
responsabilité de l’Etat en qualité d’autorité de certification seraient donc :
-
la preuve par la victime de la faute de l’Etat dans le cadre de la procédure de
délivrance du certificat (erreur manifeste dans les champs du certificat) ;
-
la preuve par la victime du préjudice subi du fait de cette faute. Pour ouvrir droit à
réparation, la jurisprudence administrative exige que le préjudice soit certain (comme
en droit civil). Certains préjudices matériels qui se traduisent en général par une perte
pécuniaire et les préjudices moraux qui sont plus difficilement appréciables sont
susceptibles d’ouvrir droit à réparation.
-
La preuve du lien de causalité entre la faute et le préjudice. Le fait imputé à la
personne publique doit être la cause directe du préjudice subi par la victime pour
engager sa responsabilité.
Ces premiers éléments de réflexion devront être complétés d’une étude plus précise en
fonction de l’architecture retenue pour le déploiement de la CNIe et des textes spécifiques
adoptés en la matière qui pourraient établir un régime de responsabilité particulier.
3- L’identification dans le domaine bancaire
A la suite des attentats intervenus en 2001 et en 2004 aux Etats-Unis et en Europe, la lutte
contre le terrorisme et le blanchiment d’argent s’est intensifiée. Afin de combattre cette
nouvelle forme de guerre, des règles permettant de lutter efficacement contre le
développement de ces réseaux criminels sont élaborées126. El es portent notamment sur le
contrôle des flux financiers entre les différents Etats. Le Règlement (CE) n°1781/2006 du
Parlement européen et du Conseil du 15 novembre 2006 relatif aux informations concernant
le donneur d’ordre accompagnant les virements de fonds a été adopté dans un contexte de
lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Le « financement
du terrorisme » (défini à l’article 2-1) est le fait, par quelque moyen que ce soit, directement
ou indirectement, de fournir ou de réunir des fonds au sens de l’article 1er §4 de la directive
2005/60/CE, c’est-à-dire dans l'intention de les voir utilisés ou en sachant qu'ils seront
utilisés, en tout ou en partie, en vue de commettre l'une quelconque des infractions visées
122
V. J.O. du 29 août 2006 p. 12766 et s.
123
J.O n° 286 du 9 décembre 2005 p. 18986.
124
E. A. Caprioli, Des échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives d’une part,
et entre ces dernières d’autre part, JCP éd. A et CT, 2006, n°1079, p. 432 et s.
125
Décret n° 2007-284 du 2 mars 2007 fixant les modalités d'élaboration, d'approbation, de modification et
de publication du référentiel général d'interopérabilité, J.O. du 3 mars 2007 p. 4060 et s.
126
Qui ne seront pas développées ici.
45
aux articles 1er à 4 de la décision cadre 2002/475/JAI du Conseil du 13 juin 2002 relative à la
lutte contre le terrorisme127. L’objectif de ce règlement est, selon l’article premier, d’établir
« les règles relatives aux informations sur le donneur d’ordre qui doivent accompagner les
virements de fonds, aux fins de prévention, de l’enquête et de la détection des activités de
blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme ».
La traçabilité et l’identification des clients par les établissements bancaires sont deux
éléments essentiels dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme au
niveau communautaire. Cette exigence est reprise au niveau national.
Ainsi l’article L. 563-1 du Code monétaire et financier dispose :
« Les organismes financiers ou les personnes visées à l'article L. 562-1 doivent, avant de
nouer une relation contractuelle ou d'assister leur client dans la préparation ou la réalisation
d'une transaction, s'assurer de l'identité de leur cocontractant par la présentation de
tout document écrit probant. Ils s'assurent dans les mêmes conditions de l'identité de leur
client occasionnel qui leur demande de faire des opérations dont la nature et le montant sont
fixés par décret en Conseil d'Etat. Les personnes visées au 8 de l'article L. 562-1 satisfont à
cette obligation en appliquant les mesures prévues à l'article L. 565-1.
Ils se renseignent sur l'identité véritable des personnes avec lesquelles ils nouent une
relation contractuelle ou qui demandent leur assistance dans la préparation ou la réalisation
d'une transaction lorsqu'il leur apparaît que ces personnes pourraient ne pas agir pour leur
propre compte.
Les organismes financiers et les personnes mentionnés à l'article L. 562-1 prennent les
dispositions spécifiques et adéquates, dans les conditions définies par un décret,
nécessaires pour faire face au risque accru de blanchiment de capitaux qui existe
lorsqu'elles nouent des relations contractuelles avec un client qui n'est pas
physiquement présent aux fins de l'identification ou lorsqu'elles l'assistent dans la
préparation ou la réalisation d'une transaction. ».
L’article R. 563-1 du Code monétaire et financier (introduit par le décret n°2006-736 du 26
juin 2006 (JO du 27 juin 2006) est à cet égard encore plus explicite :
« I. - Est considérée comme client occasionnel pour l'application de l'article L. 563-1 la
personne qui s'adresse à un organisme financier ou à une personne mentionnés à l'article
L. 562-1 dans le but exclusif de réaliser une opération ponctuelle. Ces organismes financiers
et ces personnes vérifient l'identité de leur client occasionnel avant de réaliser une opération
ponctuelle lorsque son montant excède 8 000 euros, qu'elle soit effectuée en une seule ou
en plusieurs opérations entre lesquelles un lien semble exister.
Cependant, lorsqu'ils réalisent une opération de transfert de fonds pour un client
occasionnel, lorsqu'ils ouvrent un compte ou un livret ou offrent des services de garde des
avoirs ou lorsqu'ils concluent tout contrat d'assurance ou de capitalisation donnant lieu à la
constitution d'une provision mathématique, les organismes financiers procèdent à la
vérification d'identité quel que soit le montant.
Les personnes mentionnées au 9 et au 13 de l'article L. 562-1 ne procèdent à
l'identification qu'en cas de règlement en espèces d'un montant supérieur à 3 000 euros.
Pour les sommes ou opérations mentionnées à l'article L. 562-2, la vérification d'identité a
lieu même si le montant de l'opération ponctuelle est inférieur au seuil.
127
J.O.C.E. L. 164, du 22 juin 2002, p. 3.
46
II. - Pour l'application de l'article L. 563-1, les organismes financiers et les personnes
mentionnés à l'article L. 562-1 vérifient l'identité d'une personne physique par la
présentation d'un document officiel en cours de validité portant sa photographie. Ils
conservent la copie de ce document ou ses références. Les mentions relatives à
l'identité à vérifier comprennent les nom, prénoms ainsi que les date et lieu de
naissance. Outre ces mentions, les références à conserver incluent la nature, le
numéro, les date et lieu de délivrance du document ainsi que le nom de l'autorité ou
personne qui l'a délivré ou authentifié.
[…]
III. - La vérification de l'identité des personnes physiques peut ne pas avoir lieu en présence
de la personne à identifier. Dans ce cas, outre l'obtention d'une copie du document exigé
au II, les organismes financiers et les personnes mentionnés à l'article L. 562-1 prennent les
dispositions spécifiques et adéquates nécessaires, en adoptant des mesures parmi l'une au
moins des quatre catégories de mesures suivantes :
1º Obtenir des pièces justificatives supplémentaires permettant d'établir l'identité du
cocontractant ;
2º Mettre en oeuvre des mesures de vérification et de certification de la copie de la pièce
officielle d'identité mentionnée au II par un tiers indépendant de la personne à identifier ;
3º Exiger que le premier paiement des opérations soit effectué par un compte ouvert au
nom du client auprès d'un organisme financier établi dans un Etat membre de la
Communauté européenne ou dans un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique
européen ;
4º Obtenir une attestation de confirmation de l'identité d'un client de la part d'un organisme
financier établi dans un Etat membre de la Communauté européenne ou dans un autre Etat
partie à l'accord sur l'Espace économique européen. L'attestation mentionne les éléments
d'identification cités au II, est adressée directement par cet organisme à la personne
demandant l'identification et précise le nom et les coordonnées du représentant de
l'organisme l'ayant délivrée. Cette attestation peut également être obtenue d'un organisme
financier établi sur le territoire d'un Etat figurant sur la liste établie conformément aux
dispositions du quatrième alinéa du IV, qui est en relation d'affaires suivie avec l'organisme
financier ou la personne mentionnés à l'article L. 562-1 établis en France et qui déclare avoir
procédé à des mesures d'identification équivalentes à celles applicables en France. ».
Æ Ainsi, la présentation (ou la transmission) d’un document d’identité officiel en cours de
validité est un préalable nécessaire à la conclusion de tout contrat bancaire. On voit ici
l’intérêt d’une CNIe pour les établissements financiers : l’utilisation d’un certificat permettrait
une vérification d’identité à distance et faciliterait le développement des services bancaires
en ligne, autorisés depuis l’ordonnance n°2005-648 du 6 juin 2005 relative à la
commercialisation à distance de services financiers auprès des consommateurs128.
128
J.O. du 7 juin 2005, p. 10 002 ratifiée par le décret n°2005-1450 du 25 novembre 2005, p. 18634 et s.
47
VI- Etude sur la signature électronique dans le contexte de
l'identité numérique : bases normatives
Le lecteur trouvera dans ce chapitre les bases normatives sur lesquels s'appuient un
certain nombre d'éléments ressortis des interviews réalisés. Il ne prétend pas fournir une
information exhaustive, ni se substituer à la documentation largement disponible, en
particulier sur le site web de la DCSSI et de l'administration électronique.
1- Norme versus spécification
Selon la Cour de Cassation, une norme consiste en « une codification écrite des règles de
l’art » 129. Elle détermine et décrit un socle de règles techniques sur lequel les acteurs
économiques peuvent s’appuyer. Une norme n’a donc pas de pouvoirs directement
contraignants. En revanche, elle offre un certain nombre de repères (modalités, conditions,
moyens) pour arriver à la finalité qu’elle s’est fixée. On utilise d'autres appellations telles que
spécification à caractère normatif ou standard pour tout autre document de référence.
2- Le cadre technique de la signature électronique
Les documents les plus importants fixés par le cadre réglementaire présenté au précédent
chapitre portent sur :
1. les éléments de sécurité (profils de protection) des différents composants des outils
de création de certificats et des produits de signature électronique : accords d'ateliers
CEN sous les références CWA 14167-1, CWA 14167-2 et CWA 14169
2. les politiques de sécurité requises pour les différents opérateurs de l'infrastructure
PKI : tiers de confiance émetteurs de certificats notamment et connu sous la
référence TS 101456 v1.2.1.
En outre, ce dispositif repose sur l'application de normes fondamentales de sécurité,
notamment :
des spécifications relatives aux algorithmes de cryptage (norme internationale ISO)
la structure du certificat : la recommandation de l'UIT connue sous la référence
X509V3, qui est également une norme internationale ISO.
Les références précises des textes indispensables à la signature électronique sont
explicitées dans un mémento édité par la DCSSI et disponible en téléchargement sur le
portail de la Direction Centrale de la Sécurité des Systèmes d'Information :
http://www.ssi.gouv.fr/site_documents/sigelec/signature-memento-v0.94.pdf
La lecture de ce document est recommandée pour toute personne souhaitant mettre en
place un dispositif de signature électronique.
De ce fait, les documents définis par l'EESSI n'ont pas le statut de normes, mais
représentent une collection de documents de référence dont quelques-uns seulement ont été
référencés au JOCE. La version transposée du standard ETSI TS 101456 en accord
AFNOR sous la référence AC Z74-400, a été référencée par décret dans la réglementation
française.
129 )
Cass. Civ3 du.4 février 1976; N° de pourvoi : 74-12643.
48
Authentification
La recommandation X509 définit 2 niveaux d'authentification : l'authentification simple et
l'authentification forte. Suivant cette recommandation, l'authentification impose un
chiffrement des informations. Elle ne fournit cependant aucune préconisation concernant
l'algorithme de cryptage à mettre en œuvre.
La spécification RFC 3039, établie par l’IETF (organisation de standardisation de l'Internet),
précise quant-à-elle un profil de certificat de signature électronique qualifié en conformité
avec l'usage dans le cadre de la directive signature électronique. Elle exige la remise en
face-à-face du certificat.
Par ailleurs, il est généralement admis que l'authentification forte impose un support
physique pour le certificat (type carte à puce), mais cette assertion ne repose pas sur une
base normative.
Code PIN ou NIP
Le NIP Numéro d'Identification Personnel également appelé Code PIN (Personal
Identification Number) est défini par la norme européenne ETSI « Global System for Mobile
communications » en 1991. Pour le domaine bancaire, la norme internationale ISO 9564
traite spécifiquement de la gestion et la sécurité du numéro personnel d'identification (PIN)
Valeur des transactions financières
La réglementation sur la signature électronique autorise qu'une valeur limite de transactions
financières puisse être attribué à un certificat.
La spécification européenne ETSI TS 101 862 V1.1.1 indique comment coder la limite sur la
valeur des transactions financières dans laquelle le certificat qualifié peut être utilisé.
Enfin, la spécification RFC 3280 établie par l'IETF, est un profil de la recommandation X509
pour l'usage d'une infrastructure à clé publique sur l'internet.
Î compte tenu de ces éléments, il ne nous semble pas opportun de retenir une suggestion
qui viserait à modifier la façon de coder la valeur limite de transaction financière.
Niveau d'évaluation pour les certificats
La norme ISO/IEC 15408 fixe des critères communs pour l'évaluation des produits de
sécurité. Il s'en déduit une classification en 7 niveaux "Evaluation Assurance Level" : EAL 1 à
EAL 7. Des sous-niveaux ont été établis, le caractère +, par exemple EAL2+ signifiant que le
niveau 2 a été renforcé.
Î Il faut faire attention car la notion de "classe (ou catégorie) de certificat" à laquelle font
pourtant référence certains guides, des ouvrages, ou les documentations commerciales de
plusieurs produits, ne repose de fait sur aucune base normative.
49
3- La politique de référencement de sécurité de l'administration
PRIS
L'administration française a établi pour ses besoins propres, et pour les organismes étant
amenés à travailler dans le cadre de commandes publiques, une politique de référencement
de sécurité PRIS version 2.1 de novembre 2006. Cette politique s'applique en particulier à la
dématérialisation des échanges électroniques.
Les préconisations de la PRIS concernent l'usage d'architectures à clé publique (PKI). La
PRIS définit 3 niveaux de sécurité qui vont de une étoile à trois étoiles. Le niveau 3***
impose l'authentification forte.
Le tableau ci-dessous130 précise bien le mécanisme de mise en œuvre des certificats,
et leur positionnement élevé dans le contexte de la future CNIe, notamment leur acceptation
explicite par le porteur via la génération d’un code secret et leur consignement sur une carte
à puce.
La carte d’identité hébergera deux certificats, donc deux couples de bi-clés, l’un servant à
s’authentifier, avec présomption de fiabilité, l’autre, à valider une transaction en marquant
son consentement. Il est appelé certificat de signature dont la valeur juridique découle de la
Directive Européenne 1999/93.
Notons qu'actuellement, la réglementation précise que la durée de validité d'un certification 3
étoiles est de 3 ans, et que son renouvellement la première fois peut se faire sans face à
face. Le second renouvellement, après 6 ans, exige de nouveau le face à face.
La CNIE de son coté, envisage des certificats d'une durée équivalente à la carte, soit 5 ans.
Î En ce qui concerne les services de confiance, et donc en particulier les prestataires de
Services de certification électronique, la PRIS impose pour les niveaux 2étoiles et 3 étoiles
un contrôle de l'identité en face-à-face pour la validation initiale de l'identité du porteur ou
130
http://synergies.modernisation.gouv.fr/IMG/pdf/070125_presentation_PRIS.pdf Présentation
PRIS V2.1 Ministère du Budget et de la Réforme de l’Etat.
50
une méthode équivalente, par exemple une signature avec un certificat et un outil de niveau
3 étoiles.
Î Un certificat PRIS à 3 étoiles, dès lors qu'il sera utilisé dans le cadre d'une infrastructure
de sécurité adéquate, aura un niveau de sécurité équivalent à une signature électronique
sécurisée.
4- Conséquences pour l'usage des titres délivrés par différentes
sphères de confiance
Les exigences relatives à la procédure de délivrance des certificats ont des conséquences
importantes en terme d'impact sur les marchés :
Î Une carte d'identité avec certificat électronique est un document délivré en face-à-face et
peut prétendre au niveau PRIS ***. Elle pourra donc être utilisée dans le cadre d'une
procédure mettant en œuvre une signature électronique sécurisée, dès lors que cette
procédure intègrera les autres éléments de sécurité requis au niveau de l'infrastructure PKI :
dispositif sécurisé de création de signature électronique et dispositif de vérification de
signature électronique.
Î Une carte Sésame Vitale, même avec certificat électronique, serait remise par la Poste.
N'étant pas délivrée en face-à-face, elle ne pourra être utilisée à elle seule dans un
processus de signature électronique sécurisé.
Î Les cartes de transports type NAVIGO comportent souvent des éléments de biométrie,
notamment la photo de l'abonné. Cependant, leur procédure de délivrance ne suppose pas
aujourd'hui le face à face. En conséquences, elles ne sont pas appropriées pour être
utilisées dans un processus de signature électronique sécurisé, même si elles comportent un
certificat électronique.
Cercles de confiance
Les spécialistes de la sécurité utilisent cette notion pour désigner un ensemble de services
auquel on donne accès dès lors que l'on dispose des droits nécessaires. Concrètement, il
peut s'agir du système d'information d'une entreprise, de services bancaires, d'un portail de
l'administration, d'un ensemble de commerçants fédérés sur l'Internet, etc.
Administration A
Administration
Cercle de confiance
B
Internet
Utilisateur
(citoyen ?)
Marchands
51
Pour accéder à un cercle de confiance, il faut donc s'authentifier et disposer des droits
nécessaires. Bien évidemment, les droits attribués se limitent à l'usage au sein du cercle de
confiance considéré et ils ne sont pas exploitables à l'extérieur du cercle de confiance.
L'étanchéité entre différents cercles de confiance peut être exigible pour différentes raisons
et notamment pour limiter le risque de propagation des données personnelles au delà de ce
qui est nécessaire. Le chapitre protection des données personnelles revient sur ce point
avec le projet « Liberty Alliance » pour indiquer comment cette architecture répond à cette
exigence.
5- Normalisation des cartes d'identité
La plupart des titres émis par les états font l'objet de travaux de normalisation internationaux
et/ou européens: passeport, visa, permis de conduire, etc.
Plusieurs pays ont mis en place ou envisagent de mettre en place des cartes d'identité
nationales.
A la différence d'autres titres comme le passeport ou le visa, la normalisation des cartes
d'identité nationale ne se fait pas à l'échelon international.
Sous l'impulsion d'acteurs français, le Comité européen de Normalisation a mis en chantier
une spécification technique ECC European Citizen Card au sein de son comité technique TC
224 qui s'occupe de cartes à puces, et également de signature électronique. Cette
spécification, dont la référence est CEN TS 15580 et dont les deux premières parties sont en
cours de publication, couvre les champs suivant :
Cartes avec Identification, Authentification et Signature électronique (IAS),
Carte avec contact, mais option sans contact possible,
Évaluation de sécurité conforme au CWA 14169,
Garantie de durabilité,
Biométrie optionnelle.
Dans une seconde étape, il est envisagé de lui donner le statut de norme européenne.
Î Une carte d'identité conforme à la TS 15580 répondrait aux critères exigibles pour la
délivrance de certificats de signature électroniques qualifiés. Il sera également possible
d'utiliser cette carte dans d'autres contextes avec signature électronique, par exemple des
cartes de vie quotidienne.
Le Comité CEN TC 224 normalise par ailleurs les résultats du groupe Area K de l'EESSI qui
concerne l'utilisation de signature électronique sur des supports cartes à circuits intégrés. Ce
travail concerne notamment la reprise en normes, des accords d'atelier de la série CWA
14180.
La spécification IAS
En France, le groupement GIXEL a travaillé avec l'administration DGME à une spécification
d'exigence pour un socle commun Carte qui permettait l’Identification, l’Authentification, et la
Signature électronique (IAS).
52
Le socle IAS est conforme aux standards suivants :
- Normes ISO 7816 , spécification générique pour les cartes à circuits intégrées
- CWA 14169 : PP Secure Signature Creation Device
- CWA 14890 E-Sign Area K : Application Interface for Smart Card used as Secure Signature
Creation Device, Part 1 et 2
- ISO 7816-15, PKCS#15 pour certificats X509 V3, PRIS V2 et objets cryptographiques
PRIS V2
Actuellement dans la première version, seul le mode contact est pris en compte.
La spécification IAS 1.0.1 Premium est disponible sur le site du Gixel Onglet Cartes à puce.
Cette spécification IAS a servi de base à la spécification technique ECC European Citizen
Card.
Autres travaux de standardisation
Par ailleurs, d'autres efforts de normalisation sont à signaler en raison de leur connexion
avec ce sujet, bien qu'il présente une moindre importance pour cette étude :
Pour le secteur santé, l'ISO a publié sous la référence ISO 20301 une spécification
de carte santé. L'Europe vient d'engager avec l'impulsion de la Commission
Européenne un projet de carte santé pour travailleur migrant (atelier eHIC).
Un atelier CEN (WS eAuthentification) a développé une spécification de carte à puce
visant l'authentification forte dans un contexte d'usage en réseau (CWA15264 : 2005)
Un atelier CEN (WS WS/MMUSST) a développé une spécification de carte à puce
multi-applications pour des applications urbaines (CWA 15535:2006). Toutefois, cette
spécification ne prévoit pas l'usage de la signature électronique.
6- Protection des données personnelles
La protection des données personnelles est réglementée en France par la loi n° 78-17 du 6
janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés qui institue la CNIL
(Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés). En Europe, la protection des
données personnelles est régie par les directives suivantes : 95/46/CE, stockage des
données, 2002/58/CE, communications électroniques de ces données.
L'application de cette législation impose un contrôle strict de l'usage des données à
caractère personnel susceptibles d'être collectées. Au plan normatif, on distinguera les
approches suivantes :
Management et bonnes pratiques
Cet axe de normalisation est cité pour une bonne compréhension des enjeux et de l'étendu
des travaux, mais ne s'applique pas directement à l'identité numérique et à la signature
électronique.
53
- Etablir un système de management des données personnelles : seuls le Canada et le
Japon ont choisi cette approche qui s'apparente aux systèmes mis en place pour la qualité
(ISO 9000) ou l'environnement (ISO 14000).
Une tentative pour établir une norme internationale de management des données
personnelles a échoué à l'ISO à la fin des années 1990. En effet, une telle approche ne
semble pas généralisable. Dans les pays, qui, comme la France, ont mis en place une
réglementation spécifique, l'autorité de contrôle (la CNIL en France), apparaît assez réticente
à cette approche.
- Plusieurs guides de bonnes pratiques ont été développés par le Comité Européen de
Normalisation dans le cadre d'un atelier traitant de ces questions. Ces guides ne présentent
pas un caractère technique et visent à aider les organisations dans des démarches telles
que l'audit de données personnelles. En France, le correspondant CNIL dans les
organisations pourrait trouver intérêt à cette approche.
L'ISO (JTC 1 /SC 27) vient de décider de reprendre ces questions sous l'angle de la sécurité
de l'information.
Standards techniques
Cet axe de normalisation concerne directement les questions d'identité numérique et de
signature électronique.
- Des systèmes déclaratifs relatifs à une politique en matière d'utilisation de données
personnelles ont fait l'objet d'efforts de standardisation et, en particulier, la spécification P3P
du consortium W3C.
Dans sa version initiale, P3P permet à une entreprise de déclarer à travers son serveur Web
sa politique, en matière de protection des données personnelles, de façon codifiée.
L'utilisateur peut indiquer ses préférences en matière de gestion de ses données
personnelles, par exemple dans son navigateur internet.
Le modèle P3P devrait migrer vers un dispositif plus sophistiqué pour intégrer les évolutions
des usages et la sophistication croissante des échanges sur l'Internet. Par exemple il
pourrait s'agir d'y adjoindre des langages de négociation de politiques de protections de
données personnelles entre serveurs.
En matière de réseau, l'IETF a développé un standard (statut RFC) spécifique au transport
d'information à caractère personnel. Un tel standard pourrait être utilisé dans le cadre de
l'exploitation de réseaux téléphoniques de nouvelles générations.
Î cette approche ne prend pas en compte la notion d'identité ni de certificat électronique.
- Des documents relatifs à des techniques d'anonymisation ont été produits dans certains
secteurs (santé), et visent à limiter les risques de propagation de données à caractère
personnelles.
- Des techniques de pseudonymisation, visant à substituer des données non signifiantes à
des données à caractère personnel.
Î ces approches sont utilisables dans le contexte de l'identité sur les réseaux
54
La fédération d'identité
A la différence d'un modèle propriétaire d'accès à un cercle de confiance comme Microsoft
Passeport, le consortium Liberty Alliance propose un cadre standardisé pour une
architecture de services Web visant à permettre l'établissement de cercles de confiance à
travers une fédération d'identité.
Cercle de confiance "Liberty Alliance"
Fournisseur
de service
Fournisseur
de service
Web basé sur
l'identité
Fournisseur
Autorité de
de service
utilisateur
confiance
gestionnaire
d'identité
Ce modèle nous semble actuellement l'approche la plus aboutie en terme de standardisation
pour la gestion de données d'identité131 sur l'internet,132.
Le modèle décrit par Liberty Alliance met en œuvre des techniques d'anonymisation et de
pseudonymisation et s'appuie sur les standards les plus courants de services Web : la
spécification SOAP développé par le W3C et les protocoles standardisés au sein du
consortium OASIS tels que SAML.
Un profil particulier LECP (Liberty-Enabled Client or Proxy) intègre un modèle de protocole
de Web services visant un faible transfert de connaissance au sein d'un même cercle de
confiance.
Cette architecture fait appel à un tiers de confiance qui détient pour l'utilisateur, certaines
données personnelles et fait un lien entre le propriétaire de ces données et un demandeur ;
par exemple, un commerçant qui propose un service qui requière que l'utilisateur soit majeur
pour consommer.
131
A l'opposé de la fédération d'identité, la société Microsoft a développé un modèle propriétaire
de cercle de confiance sur les réseaux, dans le cadre de son initiative Microsoft Passport.
132
sachant que d'autres modèles existent : par exemple, en entreprise, la gestion des droits
d'accès au sein de cercles de confiance repose souvent sur un annuaire conforme aux
recommandations X500 ou au standard LDAP d'IETF.
55
Dans l'architecture Liberty Alliance, il est possible d'autoriser une personne à utiliser un ou
plusieurs pseudonymes et de signer électroniquement les informations d'identité fournies par
le tiers de confiance. Toutefois, autoriser un particulier à faire usage de plusieurs
pseudonymes ne fait pas l'unanimité.
Î L'utilisation de certificats X509 en possession d'un utilisateur ou d'un tiers (par exemple
une banque), est compatible avec ce modèle d'architecture.
A l'avenir, un cadre tel que celui proposé par le consortium Liberty Alliance, aura besoin
d'être complété : des travaux sont notamment proposés pour interconnecter plusieurs
cercles de confiance et permettre, par exemple, à un utilisateur reconnu par un premier
cercle de confiance, d'accéder à un deuxième cercle de confiance avec le même niveau de
sécurité quant à la gestion de ses données.
7- Biométrie
La biométrie est une technique d'identification d'une personne à partir d'une correspondance
entre certaines caractéristiques biologiques et leur codage dans un fichier logique. Les
mesures prises à la suite des évènements du 11 septembre 2001 ont conduit à développer
une normalisation de ces techniques au sein de l'ISO/CEI JTC1/TC 37.
Par ailleurs, l'Organisation Internationale de l'Aviation Civile (OACI) spécifie les éléments
biométriques à intégrer sur les passeports et les visas. Ces spécifications sont intégrées
dans les normes développées au sein du comité ISO/CEI JTC 1 SC 17/ WG 3.
les sujets traités par la normalisation en matière de biométrie sont les suivants :
• Interfaces logiciel es :
9 CBEFF
9 BioAPI
9 Protocole d'échanges de données
• Formats d'échanges de données :
9 Empreintes digitales
9 Visage
9 Iris
9 Signature (scripturale)
• Profils d'application
• Méthodes de tests et d'évaluation
Comme il a été dit, la carte d'identité devrait intégrer des éléments de biométrie qui sont
ceux définis par l'OACI.
Î Il n'est pas envisagé en France133 de pouvoir exploiter à fin d'authentification, au sein de
cercles de confiance, les données intégrées dans la carte. Leur usage sera strictement
limités aux autorités de contrôle dans les conditions prévues par la loi.
133
Dans certains pays, par exemple la Grande Bretagne, il est envisagé d'ouvrir à leur demande
la biométrie à certains acteurs tels que les banques.
56
8- Autres travaux
Signature XML
Le consortium W3C a publié un ensemble de recommandations sous l'appellation XML
signature. Elles visent à permettre l'usage de signature électronique dans un contexte XML
pour authentifier des transactions électroniques sur une longue période. Cette technique
s'appuie sur des certificats X509 et sur une architecture de type PKI.
Ces travaux peuvent s'avérer intéressants dans le cadre des télé-procédures.
57
VII - Glossaire des technologies mises en œuvre
Il convient de bien distinguer 3 fonctions clés : l'identification, l'authentification et la
signature.
Identification
L’identification est une opération courante du monde réel qui permet à un individu de faire
état de son origine sur la base d’un élément externe. La CNI n’étant nullement obligatoire en
France, l’identification peut être réalisée par le biais de tout document pouvant attester de
l’origine d’un personne, extrait de naissance, permis de conduire, passeport, mais également
sur la base du témoignage d’un tiers.
Par contre, cette identification n’exige pas que soit constitué un lien physique entre la
personne et l’élément externe qui atteste de son origine. Il s’agit donc d’un rapport de
confiance entre la personne qui témoigne de son identité et celui qui la requiert, sachant que
les preuves mises en œuvre – photographie, date de naissance, couleur des yeux,
nationalité, témoignage d’un tiers – ne constituent nullement une relation univoque.
Authentification
Dans l’univers de l’économie numérique, il existe rarement un contact physique entre
internautes et prestataires de services. Leur relation étant totalement dématérialisée,
l’identification traditionnelle basée sur la confiance et les témoignages de bonne foi des
parties n’est donc plus réalisable.
L’authentification des parties prend alors le relais sur l’identification physique traditionnelle
avec, pour finalité, de vérifier l’identité dont une entité (personne ou machine) se réclame.
Généralement cette authentification est précédée d’une identification qui permet à cette
entité de se faire reconnaître du système par un élément dont on l’a doté.
S’identifier c’est communiquer une identité préalablement enregistrée, s’authentifier, c’est
apporter la preuve de cette identité.
Lorsqu'il accède à un télé-service basé sur des mécanismes cryptographiques asymétriques
– architecture de certificats et de bi-clés - le demandeur applique une transformation
cryptographique, par sa clé privée, à la requête d'authentification ; le lien entre cette phase
d'authentification et les échanges suivants ("ouverture du canal de communication") étant
réalisés avec une sécurité équivalente.
Ainsi, la clé privée est-elle stockée et mise en œuvre dans un dispositif d'authentification qui
reste sous le contrôle exclusif de l'usager détenteur de cette clé.
Pour pouvoir s’authentifier, l’internaute doit d'abord connecter, s’il en possède un, son
dispositif matériel d’authentification (ex : carte à puce ou clé USB avec puce), dans lequel sa
clé privée est confinée et protégée en confidentialité, puis saisir son code d'activation.
L'application transmet au dispositif les données secrètes du demandeur, qui confirme son
identité si le calcul cryptographique de sa valeur d'authentification est exact.
Durant cette transaction, l'internaute génère un certificat électronique que lui a préalablement
délivré un prestataire de service de certification électronique (PSCe), liant son identité à sa
clé publique. Son accès au service est ainsi légitimé sur la base d’un module de vérification
d'authentification.
58
Î La CNIe, pourrait être un dispositif d’authentification forte si elle stocke une bi-clé et un
certificat d’authentification de niveau ***.
Î Il faut retenir que l'authentification est une notion associée à l'instantané, et n'assure pas
une pérennisation de l'information dans le temps, même si le mécanisme d'authentification
forte utilise des technologies à base de clés cryptographiques et de certificats électronique.
Procédure de demande de droit
(exemple : registre du commerce pour les mandataire sociaux, liste
électorale, certificat de majorité, permis de chasse, accès e-banking, …)
Serveur dautorisation
Guichet multi-canal
Emetteur
2.
mandate
Autorisation
Guichet
par le
physique
Usager
guichet,
perception
éventuelle
1. Demande
Opérateur
de droit avec
Guichet en ligne
carte e-ID
dEmission
3. Fabrication et
signature du droit
par l’OSC
Borne mutualisée
4. Carte ou
compte
Référentiel
personnel mis
sectoriel
LCR,
à jour
OCSP
service
E-ID
-Vérification de l’identité
-Rapprochement d’identité
-Vérification de la qualité requise dans le
référentiel sectoriel
Dans le monde dématérialisé de l'économie numérique, les certificats constituent
véritablement la procédure la plus efficace d'authentification des internautes, par contre dans
le contexte du monde physique et lorsque les individus doivent faire preuve de leur identité –
contrôle de police, passage aux frontières – les états planifient des moyens plus poussés
faisant appel à des technologies numériques.
Il s'agit généralement de mettre en œuvre un mécanisme de comparaison entre les
constantes physiques de l’individu et leur relevé numérique, stocké sur un serveur distant ou
le titre d’identité lui-même.
Il s'agit de biométrie, basée soit sur des images (c'est-à-dire une photographie de cette
constante physique comme le visage, la main, les doigts, l’iris ou la rétine) soit en un
synoptique de cette constante physique. Aujourd’hui ces synoptiques sont produits par des
algorithmes propriétaires qui diminuent le volume des donnée sur les puces ou facilitent leur
transmission sur réseaux distants. Mais par souci d’interopérabilité, les états préfèrent
stocker les images des empreintes.
59
Î Il faut retenir qu'en France, l'usage des moyens poussés d'identification mis en œuvre
dans les titres (biométrie) sera strictement réservé aux fonctions régaliennes dans des
conditions sévèrement contrôlées : forces de police et de gendarmerie.
Signature électronique
Bien que l’authentification forte sur la base de certificats atteste l’identité d’un internaute, elle
ne témoigne nullement de son consentement sur un acte donné. Ici intervient la fonction de
signature électronique qui, elle aussi, fait appel à une notion de bi-clé et de certificat
électronique.
Ce service de confiance permet de garantir l’identité du signataire, l’intégrité du document
signé ainsi que la manifestation du consentement du signataire quant au contenu des
données électroniques ainsi signées.
L’internaute devant signer électroniquement un message ou un fichier, utilise une clé privée
asymétrique qu'il détient et met en œuvre dans un dispositif qu'il doit garder sous son
contrôle. Une signature électronique peut aussi être requise et activée lorsque l'usager est
en relation avec une application d'échange dématérialisé depuis son ordinateur personnel ou
une borne d'accès dans un lieu public.
Pour pouvoir signer un message ou des données, l’internaute doit connecter, s’il en possède
un, son dispositif matériel de création de signature (ex : carte à puce ou clé USB avec puce),
dans lequel sa clé privée est confinée et protégée en confidentialité.
L'application de création de signature, intégrée ou non au télé-service, calcule sur
l’ordinateur, ou sur la borne, un condensat du message ou des données à signer et le
transmet au dispositif de création de signature par activation du code PIN.
Le calcul cryptographique générant la signature électronique du message ou des données à
signer, est ainsi réalisé dans le dispositif de création de signature. Le condensat signé,
intitulé signature électronique, est ensuite retourné à l’application.
Pour attester de la légitimité de sa signature électronique, l'usager génère un certificat,
préalablement délivré par un prestataire de service de certification électronique (PSCe) qui
lie son identité à sa clé publique. Cette vérification s’effectue à l’aide d’un module de
vérification de signature.
Î La CNIe, pourrait devenir un dispositif de signature qualifiée si elle stocke une bi-clé et un
certificat de signature de niveau PRIS*** ou qualifié.
Certificats et signatures
Il est important de bien distinguer le certificat de la signature134. Le premier consiste en une
fourniture à la fois logicielle et matérielle permettant d’activer un mécanisme de bi-clés. Il
s’agit donc d’un fichier électronique attestant qu’une clé publique appartient à l’entité qu’il
identifie (personne physique ou morale ou entité matérielle). IIl est délivré par une autorité de
134
Garantir l’identité du signataire, l’intégrité du document signé ainsi que la manifestation du
consentement du signataire quant au contenu des données électroniques ainsi signées.
Dans le cadre de la PRIS, l’utilisation de la clé privée de signature du porteur et du certificat associé
est strictement limité au service de signature électronique.
La mise en œuvre d’un procédé de signature électronique respectant les exigences définies pour le
niveau *** de la PRIS permet de bénéficier de la présomption de fiabilité du procédé de signature telle
que prévu dans l’article 1316-4 du Code Civil.
60
confiance appelée l’Autorité de Certification. En signant le certificat, elle valide le lien entre
l’entité et la bi-clé pendant une durée donnée précisée dans celui-ci.
Utilisation dun droit
(exemple : télé-déclaration sociale, vote en ligne, jeux en ligne, contrôle
du permis de chasse, service e-banking, …)
Service Front
office
Contrôle
Tele-service
Identité
Présentation
+ droit + ré-
carte e-ID +
authentification
Nom : DUPONT, Jean
droit
e-ID (optionnel)
N° 1234 5678
Us
age
Exp : 02/05
Le certificat didentité :
massure que lusager est M. Dupont
Le jeton de droit :
Accès au
Borne de
Massure M. Dupont a un
service
contrôle
droit valide pour le service
fixes /
considéré
mobiles
Contrôle OK => accès au
service
LCR,
OCSP
service
Si re-
E-ID
authentification
e-ID (optionnel)
La nature du média est primordiale dans la mesure où il conditionne l’intégrité de la bi-clé.
Généralement les bi-clés et les certificats sont stockés dans des cartes à puces ou des clés
USB cryptographiques protégées par PIN.
Biométrie
Le rôle de l’Etat se limite à une garantie de moyens mis en œuvre pour confirmer l’intégrité
du titre (clé publique) et la légitimité de l’ayant droit à s’en prévaloir (clés privées et identifiant
biométrique) tout en se réservant l’usage exclusif du contrôle biométrique, comme si la
fraude à l’identité était considérée comme la plus élevée dans l’échelle du risque et que
seule la puissance publique s’autorisait ce contrôle ultime.
61
Un distinguo fort mal perçu par les internautes, des débats de 2005 qui ont largement
communiqué sur le contrôle biométrique, sans réaliser qu’il serait strictement réservé aux
forces de police et à aucune autre autorité de la sphère publique.
Un dérapage pas nécessairement condamnable si l’on sait que plusieurs pays ont autorisé le
contrôle biométrique par la sphère privée, notamment les banques anglaises pour des accès
aux coffres ; ou simplement un contrôle local de la propriété de la carte135 (MOC) comme
dans le cas récent du Portugal ; une approche non retenue par les autorités françaises, mais
que regrettent certains représentants de nos banques136.
En résumé, dans le contexte de la CNIe, le certificat est délivré par la puissance publique, il
atteste de l’identité du porteur de titre, sur la base d’un couple de clés.
PIN code et empreintes biométriques sont intimement liés au détenteur de titre : le PIN, par
sa connaissance du code secret, la biométrie, comme un condensé de sa nature physique.
Le code active la bi-clé par une frappe du clavier ou un pointage de l’écran, mais sans
transiter sur le réseau. L'authentification biométrique peut être réalisée sur la carte ou
transiter sur le réseau, suivant le type de recherche effectuée.
Mais dans tous les cas, elle est restreinte aux représentants de l'état.
135
MOC : Match On the Card, tel que proposé par le Portugal dans son récent projet de Carte
d’Identité Cartao de Cidadao . Cette authentification biométrique sera utilisée dans les cas où un lien
fort entre la personne physique et l’identité numérique est requise (e.g. ouverture d’un compte
bancaire, obtention d’un prêt, etc.) avec le consentement du porteur.
136
Cette opinion ressort de nos entretiens avec le CFONB.
62
Conclusion :
Les signatures électroniques constituent l'un des enjeux majeurs du programme d'identité de
l’Etat pour que ce projet participe pleinement au développement de l'économie numérique et
des échanges sur internet. Les gains de productivité et chiffres d'affaires rapidement
suggérés ici sont à prendre avec précaution ; ce sont au plus des ordres de grandeur,
forcément approximatifs, qui tablent sur une croissance accélérée de secteurs déjà portés
par le web.
Par contre, ne sous-estimons pas l'impact de cette rupture technologique que constituent
l'identité forte et la confiance sur le web. Même s'il ne peut être possible de l'évaluer sur la
base des services existants, rappelons que le déploiement de projets d'infrastructure à
l'échelle nationale peut générer des retombées importantes.
Née en France, la carte à puce constitue un formidable marché dont nos industriels sont les
leader mondiaux. Le « Minitel », autre incongruité hexagonale, a fait de notre pays un
pionnier mondial de l'économie numérique alors que les PTT voulaient simplement diminuer
le coût de l'annuaire.
La gratuité des certificats proposés avec les CNIe peut pareillement conduire à l'éclosion
d'offres originales, inédites, nullement pressenties à ce jour, et vraissemblablement passées
sous silence dans cette étude.
Certains acteurs, dont nous ressentons ici la nervosité et l'intérêt, sont déjà à l'affût de
nouveaux services financiers. Des intermédiaires de confiance, dont nous décelons encore
mal le positionnement dans le contexte de l'économie sur le net généralisée, sauront
certainement tirer partie d'offres basées sur le Web 2.0 et les certificats électroniques.
D'une manière générale, l'une des caractéristiques du secteur numérique, est que chaque
innovation a le potentiel de révolutionner les usages, et son cycle de vie est conditionné par
l'émergence d'autres innovations.
63