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Cahier N2 2010 ARCEP

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Publié par : TechnoFil
LA REVUE TRIMESTRIELLE DE L’
Les cahiers de l’ARCEP
n°2 • avril - mai - juin 2010
L'ARCEP exerce le métier
de « constructeur de marché »
Dossier
dans un environnement en plein
Tel un tsunami, la révolution du numérique se déploie chaque jour
bouleversement, celui
un peu plus sous nos yeux. Elle entraîne des ruptures. Huit ont ici
de l'économie numérique
été identifiées : l’explosion des débits (notamment mobiles) ; le
consommateur devient un acteur ; les nouveaux usages (mobilité,
ubiquité, ergonomie) ; la dématérialisation ; la délinéarisation des
contenus ; les interfaces ; la géolocalisation ; le e-commerce.
LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE.
Edito
Nouveaux usages, nouveaux
par Jean-Ludovic
modèles, nouvelles régulations ?
Silicani, président
de l’Autorité
Toutes ont un impact sur les acteurs traditionnels du marché des
télécoms – opérateurs et équipementiers –, et du secteur postal.
Mais aussi sur l’ensemble des segments économiques : la publicité,
L’enjeu pour une autorité qui régule un secteur la musique, le cinéma, l’audiovisuel, les jeux en ligne, la presse,
économique issu d’un monopole, c'est d'abord et
l’édition, le goût esthétique, la création artistique, l’éducation, la
avant tout de réussir à construire un marché puis
médecine, l’aide au développement, la citoyenneté… Sans parler
de veiller à ce qu’il fonctionne de façon équili-
de notre façon de vivre en société… Revue de détail.
brée. Il en est ainsi dans les secteurs des
communications électroniques et postales. Mais certains
secteurs qui n’ont jamais été en situation de monopole sont
aussi régulés : c’est le cas des marchés financiers ou des
Quelques
activités bancaires. Les outils du régulateur sont divers :
asymétriques lorsqu'il faut réguler un opérateur puissant,
fondamentaux de
symétriques lorsque tous les opérateurs sont concernés ;
ex ante ou ex post.
la révolution numérique
L'ARCEP exerce ce métier de « constructeur de marché »
depuis treize ans : l’ouvrage est très avancé dans le secteur
Par Nicolas CURIEN, membre de l’Autorité
des télécoms, mais encore balbutiant dans le secteur
postal. L’Autorité veille, à travers la définition de règles,
Qui me cède me détient encore.
précises et impératives mais aussi plus souples (bonnes
Plus on m’use et plus je vaux.
pratiques, recommandations), à ce que le marché fonc-
Je suis partout et je suis tout de suite !
tionne bien, c'est à dire qu'il présente un niveau de concur-
Qui suis-je ?»

rence optimal, et non pas forcément maximal. La
Je suis… je suis l’information, bien-sûr ! Et qu’est-ce que la révolu-
concurrence optimale doit être suffisante dans l’intérêt du
tion numérique, sinon l’alchimie qui transmute le plomb dérisoire de
consommateur mais non excessive, car des marges trop
cette devinette en l’or précieux d’une réalité observable ? Toute
faibles freineraient l’innovation et les investissements des
alchimie repose sur des « fondamentaux », ici révélés… pour partie.
opérateurs.
Depuis quelques années et de façon accélérée, nous défi-
Numérisation et dématérialisation de l’information
nissons ces règles dans un environnement en plein boule-
La numérisation, c’est-à-dire la transcription de données de toute
versement, celui de l'économie numérique. C’est, sans
nature sous la forme de séquences de bits d’information, reconnaissa-
doute, avec le développement durable, un des axes détermi-
bles, stockables et traitables par les machines informatiques, transpor-
nants de la nouvelle économie qui se construit. Nouvelle
tables et distribuables par les réseaux de communication électronique,
économie, nouvelle société aussi, car l'économie et la
admet deux conséquences : d’une part, la gestion homogène des
société interagissent l'une sur l'autre, d’où sans doute la
données tout au long de la chaîne qui conduit de leur création à leur
nécessité d'une nouvelle régulation.
livraison ; d’autre part, la « dématérialisation »
••• Suite page 3
••• Suite page 2

Dossier
Sommaire
Suite de la page 1
•••
par
des contenus, qui
Nicolas Curien, sont en effet désormais
membre de l’Autorité
accessibles à « l’état
libre », sans nécessité
d’inscription sur un support matériel, tel un livre ou un disque. Ce
Dossier
phénomène de dématérialisation est l’ultime étape d’un mouve-
La révolution numérique :
ment multiséculaire qui, de Gutenberg à Gates, a peu à peu
nouveaux usages, nouveaux modèles,
rendu plus ténu le lien entre l’information et ses marqueurs
nouvelles régulations ?
1 à 55
physiques, en facilitant la réplication de ces derniers avant de
permettre leur total effacement.
I Les ruptures
I Les impacts
La numérisation bouleverse le modèle économique tradi-
tionnel de la fourniture et de la commercialisation des biens
Quelques fondamentaux
Le e-commerce ..................25
culturels – littérature, musique ou cinéma – qui reposait jusqu’ici
de la révolution
Les équipementiers........26-27
sur la vente à l’unité des marchandises supports : livres, CD ou
numérique........................1-3
DVD. Lorsqu’un contenu est numérisé, sa valeur ne disparaît
Le modèle Apple ................28
Nouveaux usages,
évidemment pas, mais elle n’est plus attachée à une marchan-
nouvelle économie
Histoire : Télétel
dise et doit donc être recueillie autrement, par exemple à travers
des médias ......................4-5
et la fonction kiosque ........29
une facturation forfaitaire de l’accès aux bibliothèques numé-
riques ou par la publicité. Certains biens, comme les logiciels ou
L’explosion des débits ébranle
La musique ..................30-31
les jeux vidéo, nativement numériques, donnent lieu à des
les modèles économiques
Le cinéma
schémas de distribution et de valorisation originaux, couplant le
des opérateurs ..................6-7
et l’audiovisuel ..............32-33
gratuit et le payant, le téléchargement d’une version de base
Le consommateur
étant par exemple gratuit mais les options nécessaire à usage
au centre du jeu................8-9
La publicité ..................34-35
évolué, attractif et personnalisé, étant payantes.
Par ailleurs, la numérisation permet de prolonger certains
La révolution des usages ....10
La presse et l’édition ......36-37
services dans l’univers virtuel, comme dans le cas du tourisme ou
La politique
de l’immobilier, où l’exploration visuelle en ligne vient compléter,
Communautés en ligne
de la ville ..........................38
voire remplacer, l’exploration physique. Enfin, des biens maté-
et réseaux sociaux ..............11
riels, comme aujourd’hui l’automobile, et peut-être demain le réfri-
La citoyenneté....................39
Internet
gérateur ou la machine à laver, sont et seront de plus en plus
et la formation du goût ......12
L’investissement
richement équipés de composants électroniques leur permettant,
dans les start-up ................40
non seulement de mieux fonctionner localement, mais encore de
La révolution des interfaces 13
recevoir, de traiter et d’émettre des informations ; ces machines
La santé ............................41
La délinéarisation
sont ainsi transformées en terminaux communicants : l’internet
des contenus ................14-15
Les jeux en ligne............42-43
des ordinateurs se généralisera en un internet des objets.
L’économie
Le m-paiement ..................44
Abondance et gratuité à l’acte
« quaternaire » ............16-17
Dans la transition menant de l’économie pré-numérique à
Le spectre hertzien..............45
l’économie numérique, les coûts et les utilités se déforment : la
Mobilité,
La création artistique ....46-47
part variable en fonction des quantités se contracte, tandis que
géolocalisation
la part fixe se dilate. S’agissant des coûts, les réseaux électro-
et réalité augmentée ....18-19
Les opérateurs ..............48-53
niques de nouvelle génération engendrent des frais très impor-
Pourquoi parler
tants d’installation des capacités, mais une fois consentis ces
Le secteur postal ................55
de nouveaux modèles
investissements initiaux, des volumes de trafic considérables
d’affaires ?....................20-21
Paquet Télécom
56-58
peuvent être écoulés sans coût supplémentaire notable. De
même, les contenus véhiculés sur les réseaux électroniques sont
Vie de l’ARCEP
59
certes onéreux à créer, mais une fois produit les « moules » origi-
I Analyse économique
Actualités
60-61 et 64
nels, leur réplication et leur distribution numériques s’opère à
Criton s’éveillant
coût variable négligeable. Et, s’agissant des utilités, le besoin
à l’économie
Postal -
d’un consommateur ne réside plus tant désormais dans le
numérique....................22-24
Consommateurs
62-63
nombre de ses minutes de communication que dans la variété
des services, applications et contenus auxquels il peut accéder
Réalisation
ARCEP
Rédaction : Ingrid Appenzeller, Audrey Briand
Maquette : Emmanuel Chastel
7, square Max Hymans - 75730 Paris Cedex 15
et Jean-François Hernandez (mission communication)
Impression : Corlet Imprimeur
www.arcep.fr - 01 40 47 70 00
Ont contribué à ce numéro : Frédéric Audibert, Louis-Philippe
Abonnement : com@arcep.fr
Les Cahiers de l’ARCEP sont imprimés sur
Carrier, Edouard Dolley, Christian Guénod, Guillaume Lacroix,
du papier couché composé de 60 % de
ISSN : 1290-290X
Julien Mourlon et Daniel Nadal.
fibres recyclées et de 40 % de fibres vierges.
Responsable de la publication : Jean-Ludovic Silicani
Crédit photo : Sarah Jonathan (p. 30), Didier Cocatrix (p. 49),
Cette publication est également accessible aux déficients visuels
Directeur de la rédaction : Philippe Distler
Union européenne (p.57), Dominique Simon (p. 64).
sur le site de l’Autorité (www.arcep.fr) depuis la page d’accueil.
2R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles,
Suite de la page 1
Edito
nouvelles régulations ?
Car lorsque l'économie change en profondeur, les
modes de régulation doivent aussi évoluer. C'est le
via son abonnement à un réseau : le bien acheté n’est plus un
rôle même d’une autorité de régulation que d'adapter
volume d’usage monoservice, comme au temps du « bon vieux
en permanence ses outils de supervision du marché aux transforma-
téléphone », mais plutôt une option d’usage multiservice, telle
tions mêmes de ce marché, tout du côté de l'offre que de la demande
que la proposent déjà les offres triple play des opérateurs.
qui constituent les deux versants de tout marché. Meilleure est notre
L’environnement pré-numérique, où coûts et utilités dépen-
connaissance de notre environnement et de son évolution, meilleures
daient significativement des quantités, était un monde de rareté,
seront nos décisions. Par ailleurs, notre but est également de donner
dans lequel il était pertinent de contenir le volume du trafic télé-
de l'information aux acteurs pour qu'ils travaillent en faisant des
phonique à un niveau inférieur au seuil de saturation du réseau,
anticipations économiques plus rationnelles.
par le biais d’une tarification au volume. Le futur environnement
S’agissant de l'offre, les technologies évoluent continûment et
numérique, après résorption des problèmes transitoires de
profondément. Lors de mes visites de terrain sur les sites de
congestion accompagnant la montée en puissance des nouveaux
plusieurs opérateurs de télécoms, j’ai pu constater que certains
réseaux, est au contraire un monde d’abondance, dans lequel le
équipements qui, il y a 20 ans, occupaient un immeuble et il y a 5 ans,
volume de trafic est potentiellement illimité et la tarification perti-
une pièce entière, occupent aujourd’hui une armoire et n’occuperont
nente essentiellement forfaitaire, revêtant ainsi logiquement la
demain qu’une valise.
même structure fixe que celle des coûts et des utilités. On
Par ailleurs, la convergence progressive des cœurs des réseaux
entrera alors dans l’ère d’une « économie de l’attraction », ainsi
fixe et mobile, via le protocole Internet (IP), va multiplier leur produc-
nommée par évocation des parcs de loisir où, une fois payée l’en-
tivité de façon considérable. La fibre optique permet aussi de trans-
trée, les manèges sont gratuitement accessibles.
mettre l’information de façon presque infinie. Ces technologies
Remarquons ici que, de même que la gratuité à l’acte n’est
bouleversent le marché sans commune mesure avec aucun autre
pas synonyme d’une gratuité absolue, de même la facturation
exemple dans l'histoire. Les services offerts aux utilisateurs, eux-
forfaitaire des internautes n’est pas exclusive d’une rémunération
aussi, évoluent extrêmement rapidement avec des offres de plus en
des créateurs proportionnelle à leur audience. Les réseaux élec-
plus larges, de plus en plus diversifiées et de plus en plus concur-
troniques permettent en effet des comptages plus précis que les
rentielles.
mesures statistiques pratiquées pour les médias traditionnels, si
S’agissant de la demande, on peut distinguer les besoins indivi-
bien qu’une collecte de revenus via des forfaits d’accès aux
duels et les besoins collectifs.
réseaux ne signifie en rien que les auteurs et les artistes ne puis-
Les besoins individuels évoluent eux-aussi beaucoup. Tous les
sent continuer, grâce à une redistribution appropriée, de perce-
consommateurs n’ont pas, et auront de moins en moins d’appétence
voir une rémunération indexée sur leur succès auprès du public.
pour les mêmes offres de services. Il semble ainsi que les jeunes
soient plus adeptes du mobile que du fixe. En vérité, toute une série
Infomédiation et communautés
d'éléments liés à la sociologie, à la démographie ou à la vie urbaine
Les biens numériques, tels les biens culturels et, par exten-
déterminent l’évolution des besoins.
sion, de nombreux biens et services incorporant une composante
informationnelle croissante, sont des biens « d’expérience » : leur
S’agissant des besoins collectifs, l'économie du très haut débit
utilité n’est que très imparfaitement connaissable avant leur
fixe ou mobile va transformer profondément nos sociétés, que ce soit
consommation et n’est révélée qu’à travers leur usage même.
dans les domaines de l'éducation, de la santé, des transports, ou
Dans un tel contexte, le consommateur potentiel doit « monter en
encore de l’administration.
compétences » afin d’effectuer des achats avisés et, à cet égard,
Dans ces circonstances, on ne peut se limiter à faire des prévi-
le corpus des informations disponibles sur la toile, notamment via
sions et à prolonger des tendances, en se demandant si elles seront
le web relationnel (web 2.0), lui fournit une aide précieuse : les
plus ou moins rapides, si elles vont un peu s'infléchir. Il faut plutôt
consommateurs pionniers, ayant fait en premier l’expérience d’un
imaginer des scénarios de très forte inflexion, voire de rupture, et
bien y postent en effet des avis et critiques propres à éclairer
donc concevoir ce que l'on ne connaît pas : c’est-à-dire faire de la
ceux qui les suivront. Symétriquement, après l’acte d’achat,
prospective.
certains biens complexes, à l’instar des logiciels ou des jeux
Je citerai volontiers une phrase de Paul Champsaur dans l'édito-
vidéo, nécessitent un paramétrage et une personnalisation, les
rial de la « Lettre de l'ARCEP » de la fin 2008, « Prévision et pros-
adaptant à des usages différenciés. Là encore, des « clubs » en
pective, des postures contrastées face à l'avenir : d'un côté, la
ligne aident chaque utilisateur à mieux conformer le bien acquis à
prévision, projection du prévisionniste enracinée dans l'examen du
ses besoins particuliers. Ce phénomène de bouche à oreille élec-
passé. De l'autre le projet visionnaire du prospectiviste résolument
tronique, par lequel des échanges d’information entre consom-
tourné vers le futur ».
mateurs éclairent ex ante les décisions d’achat et facilitent ex
C’est dans cet esprit que nous avons mis en place au sein de
post les pratiques d’usage, est ici appelé « infomédiation ».
l’ARCEP, en novembre 2009, un comité de prospective, qui s’est déjà
Dans une économie où foisonnent biens d’expérience et biens
réuni deux fois depuis le début de l’année 2010, et que nous avons
complexes, et où le rythme rapide de l’innovation renouvelle en
organisé un grand colloque international, le 13 avril dernier, et mis
permanence les caractéristiques de ces biens, l’infomédiation, telle
en consultation publique, le 20 mai, des orientations sur le thème de
qu’elle se développe sur les communautés du web, devient un équi-
la neutralité des réseaux et de l’internet, c’est-à-dire, en définitive,
pement essentiel du marché, une sorte de « méta-marché » où les
sur l’avenir de l’internet.
interactions, pour être non marchandes, n’en sont pas moins indis-
Ce nouveau numéro des « cahiers de l’ARCEP » permettra d’alimenter
pensables au bon déroulement des transactions… un peu à la
la réflexion de tous, en présentant les caractéristiques de la révolution
manière dont, dans certaines sociétés primitives, l’échange gracieux
numérique qui s’engage et les ruptures qui vont l’accompagner.
Q
d’objets rituels entre tribus est l’utile complément des relations
commerciales, qu’il prépare et rend possibles. •••Suite page 54
Jean-Ludovic Silicani, président de l'Autorité
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R3

Dossier
les débits élevés, les réseaux sont devenus multiservices. Pour un même
Par Michel Feneyrol,
service, le consommateur a le choix entre plusieurs réseaux. Téléphoner
consultant, ancien membre de l'ARCEP
sur réseau fixe, câblé, ou mobile, regarder la télévision sur l’ADSL, sur le
câble, par satellite ou avec une antenne râteau. Simultanément, il
dispose d’une panoplie de terminaux multiservices : téléphones porta-
Numérique : nouveaux
bles, micro-ordinateurs, consoles diverses, y compris téléviseurs. Le
nouvel environnement communicationnel de chaque individu se caracté-
usages, nouvelle économie rise par une joignabilité permanente ; en sédentarisé comme en noma-
dicité, en direct et en différé, en mode multilangage (vocal-écrit-visuel),
avec des services personnalisés adaptés au profil.
des médias*
Plusieurs tendances fortes vont marquer l’évolution à l’horizon 2025.
La croissance restera toujours portée par les services en ligne. Elle sera
accélérée par la généralisation de l’image de qualité toujours meilleure HD
et 3D, et la banalisation de terminaux portables Smartphones, Netbooks
pour surfer sur le Web à travers les réseaux pour les mobiles. Les
services de données et d’images sur les mobiles n’en sont qu’à leur tout
début. La géolocalisation va engendrer de nouveaux services téléma-
tiques associant profil individuel et environnement local. Par ailleurs, l’uti-
lisateur deviendra producteur, émetteur d’informations combinant images
écrits et sons ; les flux de communications vont se resymétriser. Pour
cela, les couvertures de l’ensemble des territoires par la 3 G puis la 4 G
En une génération, trente ans, le paysage, l’environnement commu- sont déterminantes. Une vague de nouvelles techniques est prête. Il faut
nicationnel des citoyens et consommateurs s’est métamorphosé. refaire ou moderniser tous les réseaux : fibres optiques à l’accès du fixe,
Jamais l’histoire humaine n’a connu une si rapide et profonde muta- nouvelles générations pour les mobiles, diffusion numérique de la télévi-
tion. Le simple téléphone est passé de la pénurie fixe à l’exubérance sion et la radio, et repenser les cœurs de réseaux pour assurer la qualité
mobile ; la correspondance écrite, de la lettre au courriel et au SMS, la pour des services aux exigences très différentes en débit et temps réel.
télévision et la radio, de quelques
Avec la numérisation progresse la
chaînes et stations à des dizaines
dématérialisation dans tous les
et centaines. En dix ans, les
secteurs d’activités ; les processus
services en ligne ont bouleversé
industriels sont télécommandés, télé-
la vie de chacun. Enfants, adoles-
surveillés, les services deviennent des
cents, juniors et de plus en plus
logiciels télé-activés comme dans le
seniors s’informent, s’instruisent,
commerce électronique, les réserva-
agissent, travaillent, jouent en
tions, les actes administratifs. Photos,
surfant sur la toile, le Web. Si la
musiques, films et maintenant livres
In fine
concurrence a transformé les
, c’est dans la nébuleuse internet que les stockés sur des mémoires numé-
monopoles des opérateurs histo-
comportements des citoyens et des
riques sont téléchargeables et dupli-
riques de télécommunications en
consommateurs valideront ou exclueront les
cables, instantanément. Comment
oligopoles très restreints, une
financer les créateurs et fournisseurs
montages économiques.
nébuleuse d’acteurs fournisseurs
de services, la numérisation des patri-
de contenus, d’applications, plateformes de recherche, de médiation, moines culturels et les réseaux pour les distribuer ? L’élasticité à la hausse
organisateurs de relations sociales, intermédiaires de paiement électro- des budgets de communication électronique des ménages a des limites.
nique est apparue. Ce monde en création un peu chaotique est loin d’avoir Les modèles économiques de type « un service, un réseau » ont vécu.
trouvé une stabilité économique.
Une nouvelle répartition de la valeur entre les acteurs
Des usages multi-services,
Jusqu’à l’arrivée en ce début de vingt et unième siècle, des réseaux à
multi-réseaux, multi-fonctions
haut débit capables de transmettre des services multiples et l’explosion
Les usages ont beaucoup changé. Le chiffre d’affaires des mobiles a des services en ligne qui combinent stockage et traitement des contenus
déjà largement dépassé celui du fixe. Les e-mail, les SMS ont supplanté et des applications informatiques sur des plateformes, les équations de
la boite aux lettres. Si, en moyenne, le temps passé devant les écrans de financement des services et réseaux étaient simples. L’utilisateur payait à
télévision reste majoritaire, il est concurrencé par les écrans d’ordina- l’opérateur, qu’il soit fixe ou mobile, le prix des communications télépho-
teurs, de téléphones portables. Dans le budget temps des individus, les niques et ses services annexes. Ces recettes finançaient les investisse-
communications interpersonnelles sont minoritaires malgré leur crois- ments dans les réseaux. La publicité finançait les télévisions dites gratuites
sance, la communication réceptive diffusée reste dominante, mais la et les stations radios, avec aussi la redevance pour le service public. Pour
dynamique de croissance se fait sur les services interactifs.
la télévision payante, c’est l’abonnement souscrit par le téléspectateur.
Conversationnels, réceptifs, interactifs, tous les services sont acces- Ainsi, chaque éditeur de programme avait à charge les frais d’investisse-
sibles par de multiples réseaux : fixe en cuivre boosté par l’ADSL, câblés ment dans les émetteurs. L’utilisateur, le consommateur bénéficiait de tarifs
pour la télévision, de deuxième et troisième génération pour les mobiles, identiques quelque soit sa localisation sur le territoire, en agglomération, en
de diffusion hertzienne terrestre ou par satellite pour l’audiovisuel. Avec ville moyenne, en zone rurale. Les tarifs étaient péréqués.
•••
4R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
Avec les réseaux à haut et très haut débits, plusieurs faits remet- comme l’a fait NTT au Japon et comme China Mobile vient de l’annoncer.
•••
tent en cause ces modèles. Les réseaux transportent plusieurs services. Ainsi, trouver un modèle économique qui résiste à moyen terme est bien
Les acteurs intermédiaires – moteurs de recherche, réseaux sociaux, différent suivant la position sur la chaine de valeur qui va des applications
comparateurs de coûts, sites d’enchères, sites hébergeurs de photos, de et contenus jusqu’au consommateur à travers les services en ligne.
musique, de mails, clubs thématiques, etc – entre le consommateur et le
Les opérateurs incités à augmenter leurs tarifs avec les débits pour
producteur du service ont augmenté et se sont diversifiés. Enfin, les diffé- financer les nouveaux réseaux subissent les pressions des fournisseurs de
rents maillons de la chaine de valeur sont placés sous des régimes de contenus et des consommateurs pour les baisser. Les éditeurs de presse,
concurrence hétérogènes (ex ante, ex post, concentration, intégration de programmes audiovisuels, déstabilisés par la migration de la publicité
verticale, exclusivité…). Actuellement, l’essentiel des revenus des acteurs et de certains de leurs clients sur le Web, tentent de compenser par des
qui concourent à fournir les services au consommateur final vient des offres en ligne (News internet, télévision de rattrapage). Les difficultés pour
factures aux utilisateurs,
financer cette offre complémentaire par la publi-
essentiellement du trans-
cité les conduit à des modes payants. Les
port, et de la publicité.
nouveaux médiateurs de la nébuleuse téléma-
En un quart de siècle,
tique cherchent aussi à trouver un mix gratuit
le chiffre d’affaires des
payant qui les rende en partie indépendants des
opérateurs de télécom-
aléas de la publicité. Quant aux éditeurs et distri-
munications a été multi-
buteurs de contenus écrits ou gravés sur des
plié par près de trois et
supports physiques,
représente plus de 2,5%
avec l’immatérialité, la
Concernant la publicité, les ressources
du PIB. Dans le budget
majorité des coûts est
obtenues par les nouveaux intermédiaires
des ménages, il faut
dans la création et la
ajouter la redevance
se sont faites plus par substitution au
conception ; ceux de
audiovisuelle, les éven-
détriment des médias traditionnels que par
production et de distri-
tuels abonnements à la
bution deviennent margi-
augmentation des budgets des entreprises.
télévision payante et
naux. Quels espaces
surtout les multiples terminaux du PC à l’iPod. Les contenus payants télé-
économiques trouver
chargés demeurent encore marginaux. Au total, les dépenses liées aux entre créateurs et consommateurs ? A l’évidence, les modèles adaptés aux
communications électroniques avoisinent 7 % de la consommation et se changements de base économique provoqués par la numérisation, les
rapprochent de celles consacrée à l’habillement. C’est dans ce contexte services en ligne et les hauts débits sont loin d’être stabilisés.
que devront s’établir les nouveaux modèles économiques.
Des choix de régulation économique déterminants
Une bataille en cours :
Cependant, quelques caractéristiques fondamentales demeurent dans
l’accès direct au consommateur final
l’économie des réseaux de communications électroniques que les services
Concernant la publicité, les ressources obtenues par les nouveaux inter- soient conversationnels, en ligne ou de diffusion. C’est une économie de
médiaires de la nébuleuse autour du Web se sont faites plus par substitution service très capitalistique ; les gains d’échelle sont énormes, ce qui péna-
au détriment des médias traditionnels (presse, télévision et radios) que par lise les zones de faible densité et les petits trafics ; les maillons de ces
augmentation des budgets des entreprises. La toile étant devenue un lieu de chaînes de valeur sont très interdépendants ; l’essentiel des coûts sont
chalandise en pleine expansion, elle va continuer à attirer naturellement les dans les réseaux d’accès alors que la valeur pour le consommateur et le
budgets publicitaires d’autant plus qu’elle permet de cibler les clients poten- citoyen est liée à l’éloignement des correspondants, à la puissance des
tiels sur leurs profils, leur comportement et, avec les mobiles, leur environ- applications et à la richesse des contenus.
nement local. Néanmoins, la question cruciale reste la rémunération en ligne
Le développement des multiples services et de leurs usages qu’ap-
des contenus et applications. A budget total du consommateur peu élas- porte le passage aux hauts débits dépend d’un tissu d’acteurs viables à
tique, elle va entrainer une pression à la baisse des prix du transport des moyen terme sur l’ensemble de la filière. Les choix de régulation écono-
informations et des batailles pour facturer directement les consommateurs. mique auront des incidences déterminantes sur les déploiements sans
Avec les services en ligne, le transport devient accessoire à l’offre d’ap- fracture des nouveaux réseaux, sur la qualité et les coûts de transport des
plications et de contenus, comme il l’est souvent pour les livraisons de multiples services, sur la convergence fixe-mobile-audiovisuel et ses rela-
biens de consommation. Un certain nombre d’offres récentes montre bien tions avec les créateurs, distributeurs et nouveaux médiateurs établis et
cette tendance. Apple verrouille terminal iPhone et boutique d’applications émergeants dans la nébuleuse des plateformes de services en ligne.
(Appstore) ; ce qui n’est qu’une reconduction du modèle de la télévision
Il faut s’attendre à de fortes concentrations des opérateurs de télé-
payante avec ses décodeurs propriétaires. Moteurs de recherche, réseaux communications, en Europe en particulier. Mais in fine, c’est dans la nébu-
sociaux financés par la publicité adjoignent à leur prestation de base des leuse internet que les comportements des citoyens et consommateurs
applications, des contenus payants spécifiques. Partant du terminal, des valideront ou exclueront les montages économiques. Dans leurs usages,
équipementiers comme Nokia ont développé des partenariats pour asso- dont certains sont essentiels à leur vie privée et collective, citoyens et
cier des offres de musique en ligne.
consommateurs ont, certes, besoin des prix transparents et les plus bas
Pour se prémunir contre les pertes de revenus sur le transport, voire de mais leurs critères ne sont pas uniquement économiques. Utilité des
relation directe avec le consommateur final, les opérateurs s’efforcent, services, réelle simplicité d’usage, qualité, sécurité et aussi maîtrise de ses
outre la technique des forfaits multiservices, d’attirer et retenir leurs clients libertés et de son intimité, vont pondérer la pure approche économique. Q
par des contenus, des terminaux exclusifs. Il faut aussi noter des rappro- * Les médias au sens de Mac Luhan, c'est-à-dire dès qu’un message circule entre un émetteur
chements avec les organismes bancaires pour les systèmes de paiement
et un récepteur sans contact physique.
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R5

Dossier
développer l’usage des données mobiles, celui-ci ne compense qu’en
Par Cécile Roux,
partie la contraction des revenus de la voix.
ingénieur conseil senior, Crédit Agricole
La « data » pèse de plus en plus
dans le chiffre d’affaires des opérateurs
L’explosion des débits
La part des données dans l’ARPU varie selon les opérateurs et les
différentes régions du monde.
Dans le fixe, les services en ligne – accès à internet et multimédia
ébranle les modèles
- représentent aujourd’hui un peu plus de la moitié de l’ARPU fixe rési-
dentiel à fin 2009, comme chez Orange France (34,2 € pour la télé-
économiques traditionnels phonie fixe et 36,2€ pour internet). Au Royaume-Uni, internet
représente 31% du chiffre d’affaires téléphone/internet fixe.
des opérateurs
Dans le mobile, fin 2009, les données représentaient déjà 43% de
l’ARPU en Asie, 29% aux USA, et 26% en Europe (en moyenne 6 € par
mois). Ce montant devrait augmenter dans les prochaines années,
pour atteindre probablement 10 € par mois, ce qui paraît un coût
acceptable pour les services offerts.
Des perspectives de croissance forte pour les services
L’accélération de la demande de débits concerne aussi bien le fixe
que le mobile.
Sur le fixe, la TV payante, la vidéo à la demande, la TV over the top
(accès via la TV aux contenus sur internet) et les services de TV de
rattrapage sont les moteurs du marché de l’internet dans les pays
développés. En France, Médiamétrie rapporte que 10,4 millions de
Dans un contexte où leurs marchés d’origine, devenus très personnes ont regardé la TV de rattrapage et 1,3 million de personnes
compétitifs, arrivent à maturité, les opérateurs cherchent des ont utilisé des services de VOD. Ces nouveaux usages, combinés au
relais de croissance. L’internet très haut débit, fixe et mobile, et nombre croissant d’utilisateurs, conduisent à une explosion du trafic
les services qu’il permet, offre des opportunités mais des investisse- qui nécessite le déploiement de nouvelles capacités de réseau (fibre
ments massifs sont nécessaires pour fournir les bandes passantes optique sur la boucle locale).
adéquates. Le paysage concurrentiel évolue ; hier maîtres d’une
On observe le même phénomène d’explosion des besoins sur le
chaîne dont ils captaient l’essentiel de la valeur, les opérateurs ne sont mobile. Les modems pour PC portables se développent massivement
plus désormais qu’un maillon d’une vaste toile où d’autres acteurs, et l’iPhone a montré le potentiel des smartphones quand l’utilisateur
plus agiles et plus créatifs, entendent bien capter ces nouveaux disposait d’une interface conviviale et d’une gamme de services faci-
revenus.
lement accessibles.
Le taux de pénétration des abonnements spécifiques à la donnée
Le marché de la voix arrive à maturité
mobile (clé 3G/cartes/modems pour PC portables) était de 4,2% en
Dans le monde, en 2009, le marché a reculé de 3,4%, alors qu’il juillet 2009 en moyenne dans l’UE, en augmentation de 54% depuis
avait encore crû de 5,6% en 2008 pour atteindre 1.9 trillion (1) de janvier. Ce marché croit à des vitesses différentes suivant les pays. En
dollars (Source Gartner).
Autriche, le taux de pénétration avoisine les 14% de la population,
Cela est dû à des facteurs conjoncturels, en particulier l’impact de mais dans la plupart des grands pays, la pénétration est encore infé-
la crise économique sur les usages, mais aussi structurels, tels que la rieure à 5% (1,9% en France par exemple).
maturité des marchés, la régulation (baisse des tarifs de terminaison
Les smartphones représentaient déjà plus de 17% du parc mobile à
d’appels), et la concurrence.
fin 2009 en Europe et ils devraient, selon Gartner, représenter 45% des
Sur le fixe, le développement du triple play a permis aux opérateurs ventes de téléphones mobiles en 2013. L’iPhone a banalisé l’usage d’ap-
de ralentir considérablement la baisse de leur chiffre d’affaires, voire plications en mobilité ; Apple a enregistré plus de 3 milliards
•••
même, dans certains cas, de le faire croitre (en particulier au Portugal,
en Suède et en Autriche).
Base installée de téléphones mobiles
Sur le mobile, avec un taux de pénétration moyen qui a atteint
et pourcentage des smartphones
126% fin 2009 en Europe, l‘ARPU (2) continue de baisser. Pour la
dans les ventes annuelles
première fois, en 2009, le chiffre d’affaires des opérateurs a baissé,
relativement à la même période de l’année précédente. La baisse s’est
accentuée au cours de l’année (3) : -1,0% au 1er trimestre, -2,0% au 2e
trimestre, -3,2% au 3e trimestre, avec toutefois une légère améliora-
tion au 4e trimestre (-3,0%).
Ce ralentissement est également imputable à une modification des
comportements des utilisateurs, qui expérimentent de nouvelles
formes de communication, notamment au travers de réseaux sociaux.
Bien que ces nouveaux modes de communication aient permis de
6R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
de téléchargements d’applications sur son App Store à fin 2009. revenir alors que jusqu’ici, même dans les marchés les plus matures,
•••
De nombreuses plateformes sont aujourd’hui en compétition pour plus de 50% de l’Ebitda TMT était attribuable à l’accès (4) ?
devenir le portail des services mobiles.
La nouvelle toile de valeur, selon le schéma proposé par Gartner,
A terme, la possibilité de connecter tout à tout, n’importe où et n’im- beaucoup plus complexe que l’ancienne chaîne linéaire, maille plusieurs
porte quand permettra de développer des services qui devraient modi- éléments :
fier profondément nos modes de vie, notamment dans la santé • Infrastructures de réseaux : elle reste indispensable pour fournir
(possibilité pour les patients d’être surveillés à distance en utilisant leur
l’accès en haut débit fixe et/ou mobile, ainsi que le transport des infor-
téléphone mobile et leur télévision), les transports (véhicules connectés
mations. Mais l’opérateur doit en maintenir l’excellence afin d’éviter les
en permanence pour des diagnostics, mises à niveau et infotainment en
engorgements.
temps réel) ou la maison (capteurs permettant de faire différents relevés • Plateformes de services : devancés par Apple, les plus gros opéra-
de consommation).
teurs se regroupent pour développer leurs propres plateformes de
Selon les scénarios envisagés, les trafics devraient être multipliés par
services afin d'atteindre rapidement la taille critique et appréhender
un facteur 10 à 40 sur les cinq prochaines années. Les terminaux, de
une part significative du chiffre d'affaires lié aux services qui leur
plus en plus sophistiqués et « user friendly », offrent des services de plus
échappe avec l’iPhone (5).
en plus gourmands en bande passante. A titre d’exemple, celle néces- • Contenus : même si certains ont été tentés par la création pour
saire pour le streaming d’une vidéo est de l’ordre de 2 Mbits/s sur un
disposer d’exclusivités leur permettant de différencier leurs offres
iPhone, et de 8 Mbits/s sur un iPad
commerciales, la plupart des opérateurs se concentrent sur la diffu-
sion des contenus.
Des choix d’investissements décisifs dans le très haut débit • Service provisioning : l’opérateur peut, selon les profils et les
Fournir les débits demandés contraint les opérateurs à investir massi-
besoins de ses clients, faire des offres de services différenciées, en
vement. AT&T a été lui-même victime du succès de l’iPhone dont il est
termes de qualité notamment, avec des barèmes de tarification
l’opérateur exclusif aux Etats Unis. Il a récemment mis fin à ses forfaits
adaptés. C’est un élément clé de différenciation pour les opérateurs
mobiles permettant de naviguer sur internet de façon illimitée. Pour
vis-à-vis en particulier de leurs clients entreprises.
mieux en mesurer l’enjeu, rappelons quelques ordres de grandeur d’in- • Paiements : la faculté de gérer les paiements des clients est un actif
vestissements.
clé des opérateurs. Les opérateurs peuvent facturer des clients finaux,
Sur le fixe, les investissements varient suivant la technologie retenue
ou des tiers. Ils pourraient également jouer le rôle de « clearing house ».
(de l’ordre de 1 586 $ par foyer pour la fibre optique de Verizon aux Etats- • Terminaux d’accès : ils évoluent pour supporter plusieurs canaux
Unis, de 300 € par foyer pour la technologie hybride VDSL, de 30 € par
d’accès (haut débit mobile, réseaux sans fil, accès à la télévision, etc.).
foyer pour passer de Docsis 2.0 à Docsis 3.0 sur les réseaux câblés
Ils deviennent un élément clé de la « toile de valeur » dans le processus
européens, etc.), la densité et le type d’habitat de la région considérée.
de rétention du client, avec ici encore pour l’opérateur, le choix d’en
Orange a annoncé en février 2010 qu’il relançait ses investissements
contrôler la diffusion ou de laisser des tiers s’en charger.
dans la fibre optique ; il devrait dépenser 2 milliards d’euros d’ici à 2015.
Sur le mobile, l’investissement moyen pour la prochaine génération Neutralité des réseaux
très haut débit LTE (technologie retenue pour la 4G mobile) est de l’ordre
Dans ce nouvel environnement, l’opérateur devra se construire un
de 55 € par habitant ; pour un pays comme la France, le montant total nouveau modèle, faire des choix pour se positionner sur les services où
pour l’opérateur, à déployer sur plusieurs années, serait ainsi de l’ordre il pourra au mieux exploiter ses atouts, notamment sa proximité avec ses
de 3,5 milliards d’euros.
clients, et éviter de se voir réduit à un simple fournisseur de capacités.
Les opérateurs doivent donc plus que jamais faire les bons choix et
Comment va se répartir la valeur entre les différents acteurs de la
rester suffisamment flexibles afin de répondre aux besoins d’aujourd’hui toile ? Comme souvent dans les télécommunications, une grande partie
et à ceux de demain.
de la réponse est dans la réglementation, et dans les décisions qui
Moyennant une gestion minutieuse de la qualité de services et des seront finalement prises sur la neutralité des réseaux.
débits offerts aux clients, Vodafone a annoncé qu’il pourrait multiplier par
Aux Etats-Unis, le régulateur (FCC), sensible aux arguments des
20 la capacité de ses réseaux européens en maintenant un ratio inves- grands acteurs nationaux de l’internet, a fait un ensemble de propositions
tissements/chiffre d’affaires de 10%. France Télécom prévoit un taux de qui visent à privilégier une totale neutralité des réseaux d’accès, avec
12% pour 2010, incluant le programme de déploiement de fibre optique quelques exceptions. En Europe, le régulateur a décidé lui, d’autoriser les
en France. Notons que ces taux sont sensiblement inférieurs à ceux qui opérateurs à proposer différentes qualités de services à différents prix,
étaient observés dans les années 1990.
moyennant une information satisfaisante des consommateurs. La trans-
position du cadre européen à la loi française, qui sera proposée au
Construire sa place sur la « toile de valeur »
Parlement à l’issue de la consultation publique lancée par l’ARCEP début
La chaîne de valeur traditionnelle d’un opérateur télécom se caractéri- avril, devra être équitable et créer un cercle vertueux pour encourager
sait par un environnement totalement contrôlé : fourniture des équipe- l’innovation et l’investissement à tous les niveaux de la chaîne.
Q
ments et terminaux, définition des applicatifs (essentiellement autour de la
voix et du transfert de données) et vente de packages aux clients ou aux (1) un Trillion au sens US représente un million de millions.
(2) Average Revenue Per User/ Revenu Moyen Par Abonné
revendeurs. Le Minitel sur le fixe en France et l’iMode sur le mobile au (3) Source : Bank of America / Merrill Lynch, Avril 2010
Japon ont été les écosystèmes propriétaires, entièrement contrôlés par (4) Source : Arthur D. Little, Exane, données Europe 2006.
les opérateurs, emblématiques de l’ère de la commutation de circuits.
(5) En particulier l'initiative Wholesale Applications Community qui regroupe les 24 opérateurs sui-
Dans l’univers IP, les opérateurs de télécommunications perdent le
vants : Americain Mobile, AT&T, Bharti Airtel, China Mobile, China Unicom, Deutsche Telekom,
KT, Mobilkom Austria Group, MTN Group, NTT DoCoMo, Orange, Orascom Telecom, Softbank
contrôle. Quelle va être leur place dans ce nouvel écosystème, où l’éven-
Mobile, Telecom Italia, Telefonica, Telenor Group, TeliaSonera, SingTel, SK Telecom, Sprint, Ve-
tail des services explose, et quelle part des nouveaux revenus va-t-il leur
rizon Wireless, Vimpelcom, Vodafone, and Wind.
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R7

Dossier
Le consommateur au centre du jeu
Avec internet, la capacité du consommateur à obtenir et à transmettre de l’information a considérablement
Ce phénomène d'appropriation innovante de la technologie par la société s'inscrit de manière très ancienne
L’avènement du client expert
par Alexandre Bocris, partner, cabinet Vertone
(Nike ID), conception sur logiciel
ment, ce sont généralement les
dation sur les bons plans loisirs par
de sa cuisine (Ikea) ou mise en
clients les plus fidèles qui sont
les voyageurs aériens (Bluenity) ;
vente de ses propres biens sur des
sollicités par les marques pour
sur Facebook, certaines marques
sites d’enchères en ligne (Ebay).
jouer ce rôle d’ingénierie.
telles que Coca-Cola ou Adidas
Ces techniques enrichissent l’expé-
L’objectif est alors de tirer profit de
comptent plusieurs millions de
rience client à l’occasion d’un
leur intelligence collective et de les
fans qui s’expriment pour soutenir
achat en ligne et maintiennent la
valoriser pour développer leur
la marque. Au global, les marques
différenciation de la marque pour
attachement allant jusqu’à en
se servent de ces prises de parole
fidéliser les clients et en conquérir
faire des avocats de la marque.
pour maîtriser leur stratégie d’in-
Depuis l’in-
de nouveaux.
L’internet remet enfin en cause
fluence sur la toile.
v e n t i o n
Via les services d’assistance en
les modèles traditionnels de rela-
Les internautes vont même
du libre-
ligne ou selfcare, les marques
tion entre les clients et les
jusqu’à la création de publicités
service alimentaire ou bancaire, les
impliquent les clients dans la
marques en leur donnant l’occa-
pour les marques. Ces créations
clients sont impliqués dans les
production de tâches qui étaient
processus de production des
historiquement réservées aux sala-
Les marques transforment les consommateurs
marques. Avec le développement
riés de l’entreprise dans le cadre de
en ingénieurs de leur développement de
du canal internet, canal de libre-
prestations de service : enregistre-
produits. L'un des objectifs est de tirer profit
service par définition, force est de
ment par les clients de leurs billets
de leur intelligence collective.
constater que ce phénomène de
sur internet et même choix de leur
co-production du service entre les
place en cabine (Air France),
sion d’échanger entre eux sur leur
permettent aux marques d’être
clients et les marques n’a cessé de
renouvellement de mobile sur
perception des marques et de
référencées sur les sites de vidéos
se développer.
internet (SFR). Les clients accep-
leurs produits. Là où un client
en ligne avec des spots publici-
Les marques ont investi le canal
tent ainsi de devenir des opéra-
disposait d’un cercle d’influence
taires de qualité sans coût de
internet avec plusieurs objectifs :
teurs de l’entreprise à condition
restreint (famille, amis, collègues
production pour la marque.
développer leur chiffre d’affaires,
que leur contribution ou le travail
de travail), il dispose aujourd’hui
Certaines entreprises rémunèrent
renforcer la relation avec leurs
qu’ils consentent leur apporte a
de la capacité d’interagir avec
leurs clients pour la production de
clients, optimiser les coûts de la
minima un bénéfice de temps ou
d’autres clients sur internet et de
ces spots publicitaires et les diffu-
relation clients et développer leur
d’argent économisé.
générer du « buzz » positif ou
sent à la télévision à l’occasion
notoriété en ligne. Pour cela, elles
négatif sur une marque au gré de
d’évènements sportifs majeurs
ont développé des techniques qui
Marketing participatif
ses prises de parole sur les forums
(Doritos Crash the Superbowl).
visent à impliquer leurs clients
Conscientes qu’elles gagnent
de consommateurs ou les blogs.
Nous vivons les prémices de
dans leurs propres processus de
en fréquence de contacts avec les
l’implication des clients dans les
production, d’innovation et de
clients sur les selfcare ce qu’elles
Rôle actif du client
processus d’innovation, de produc-
communication. Partie prenante
perdent en intensité relationnelle,
dans la communication
tion et de communication des
de ces processus, le client se mute
les marques utilisent aussi l’in-
Les marques s’appuient sur ce
entreprises sur internet. Les
alors en opérateur, ingénieur
ternet pour générer des co-
phénomène pour transformer
marques les plus performantes
marketing, producteur de contenu
productions qui développent
leurs clients en producteurs de
seront celles qui sauront piloter la
ou publicitaire pour l’entreprise.
l’attachement des clients.
contenu pour elles-mêmes. Que
rentabilité économique, l’attache-
Via le marketing participatif,
ce soit sur des espaces de conver-
ment à la marque et la maîtrise de
Expérience
les marques font intervenir les
sation développés par les marques
leur réputation online via de tels
client enrichie
clients dans toutes les phases de
ou dans la sphère internet en
dispositifs. Pour cela, elles pour-
Les processus de vente mis en
développement des produits :
dehors du contrôle des marques,
ront continuer à s’appuyer sur l’in-
œuvre par les marques sur internet
développement de leurs gammes
les internautes produisent du
ternet mais aussi sur leurs canaux
sont de plus en plus complexes :
de produits et services
contenu sur les marques et celles-
d’interaction traditionnels avec les
choix d’une offre, d’un tarif, d’une
(Lab’Orange), développement
ci ne se privent pas de leur laisser
clients – canaux physiques et télé-
option ou d’une promotion. Les
d’un nouveau design (Colissimo
cette tribune : plate-forme d’en-
phoniques – en créant les syner-
marques transforment les clients
de La Poste) ou identification de
traide où le contenu est produit
gies les plus fortes entre le online
en experts de l’achat en ligne :
nouvelles saveurs (Tropicana).
par les clients sur le selfcare
et le offline.
Q
design de sa propre chaussure
Dans ces phases de développe-
(Bouygues Telecom), recomman-
www.vertone.com
8R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
progressé. Non seulement, il amplifie le bouche-à-oreille, mais il participe aux processus de production.
dans leur histoire.
Offre et demande dans les télécoms :
une perspective de longue durée
par Pascal Griset, historien de l’économie et des techniques de l’information, professeur à la Sorbonne
Les rapports entre offre et technique permettant d’aller bien au secteur a longtemps été considéré
demande sont, depuis plus de
delà de la simple résolution des
comme relevant directement du
deux siècles, au cœur de l’évo-
problèmes initialement posés. Ainsi,
pouvoir régalien des Etats. En
lution des systèmes d’information et
au tournant des XIXe et XXe siècles,
Europe, le monopole public a ainsi
de communication. Les dynamiques
les recherches aboutissant à la mise
marqué l’histoire des télécommuni-
et les équilibres s’établissant entre
au point des premiers composants
cations, des origines aux années
ces deux pôles se sont entrelacés en
électroniques avaient-elles été susci-
1980. Confié à des administrations,
fonction de multiples paramètres
tées par la difficulté à construire des
il fut instauré dès l’établissement des
rythmant à bien des égards l’histoire
émetteurs ou des récepteurs de télé-
premières lignes (Allemagne), ou
du secteur. La dynamique des grands
graphie sans fil fondé sur les seules
bien instauré après une première
décisions, l’Etat a
systèmes techniques, comprise dans
technologies électriques. Il en résulta
phase de concession à des entre-
joué à maintes
le cadre d’une « construction sociale
l’invention de la triode par Lee de
prises privées comme en France par
reprises un rôle crucial en créant une
des techniques » apparait comme
Forest (1906) dont l’apport dépassa
exemple de 1879 à 1889. Aux Etats-
demande spécifique, largement
l’un des facteurs majeurs d’évolution
l’objectif premier en suscitant l’appa-
Unis, si l’on excepte une période
financée et stimulant l’innovation.
de ces rapports entre offre et
rition de domaines radicalement
tout à fait exceptionnelle comme le
Les grands programmes stratégiques
demande. La toute première phase
nouveaux comme les medias électro-
premier conflit mondial, les télécom-
américains des années 1960 (projet
de développement des télécommu-
niques (radio, télévision), la télédé-
munications ont toujours été
Arpanet ou programme Apollo) ont
nications s'est appuyée uniquement
tection et plus tard l’infor
matique.
confiées à des entreprises privées.
ainsi grandement favorisé l’émer-
sur des techniques mécaniques (télé-
Un peu plus tard, le rôle joué par les
Hors une brève interruption entre
gence de nouveaux dispositifs exploi-
graphe Chappe). A partir des années
radio-amateurs dans l’émergence de
1894 et les années 1910, cette
tant pleinement les possibilités des
1830, l'utilisation de l'électricité
la radiodiffusion montre que symétri-
exploitation s’inscrivit dans le cadre
semi-conducteurs.
démultiplie les possibilités du
quement le rôle de consommateurs
d’un monopole privé exercé par
Les dynamiques reliant offre et
système d'information (télégraphie
pionniers s’avère essentiel lors des
AT&T.
demande marquent donc de manière
électrique puis téléphone (1876).
phases de renouvellement des
Cette situation, peu conforme
prégnante l’histoire des télécommu-
L’électronique bouleverse ensuite la
pratiques et de « mise à jour » du
aux principes libéraux supposés
nications. Leurs variations en intensité
donne. Tout d’abord avec la généra-
potentiel encore caché des nouvelles
régir l’économie américaine, fut
révèlent des phases courtes de forte
tion des tubes à vide (première
technologies.
approuvée à plusieurs reprises par
déstabilisation correspondant à
moitié du XXe siècle) puis avec les
Ce phénomène d’appropriation
l’Etat dans le cadre d’un compromis
l’émergence d’un nouveau système
semi-conducteurs (depuis les années
innovante de la technologie par la
entre l’entreprise et la puissance
technique, et des périodes plus
1950).
société, s’il n’est pas spécifique aux
publique. La déréglementation et
longues permettant la stabilisation
technologies de l’information et de la
l’ouverture à la concurrence sont
des dispositifs et des relations entre
Rôle des consommateurs
communication, n’en est pas moins
devenues à partir des années 1980-
les acteurs. Cette « respiration » s’est
Les transitions d’un système
particulièrement important pour leur
1990 le nouveau cadre d’activité
trouvée accélérée depuis les années
technique à un autre se sont effec-
développement spécifique et s’inscrit
pour les acteurs des télécommunica-
1970-80 par la numérisation et la
tuées de manière lente et progressive
de manière très ancienne dans leur
tions, le modèle de l’entreprise privée
place prise par l’innovation logicielle
en raison de l’évolution des savoirs
histoire, bien avant le « user turn » du
en situation de concurrence deve-
dans les nouveaux dispositifs.
scientifiques et en lien étroit avec la
dernier quart du XXe siècle.
nant universel. Il a été imposé par les
D’autres logiques en découlent. Elles
demande sociale, exprimée ou
gouvernements à travers des procé-
restent néanmoins inscrites dans un
latente, qui a stimulé l’innovation,
Rôle du politique
dures dites de « déréglementation »
système fondé sur le numérique et le
selon une intensité variable. Ces
Dans cette conjonction d’élé-
qui furent en fait la mise en œuvre de
silicium. Lorsque celui-ci rencontrera
interactions entre offre technique et
ments où le rôle des citoyens, des
nouvelles réglementations, destinées
trop de limites, il sera alors temps de
demande sociale ont donc fait
consommateurs et des entreprises
à assurer le développement et le
passer à un nouveau système tech-
évoluer les dispositifs en place mais
s’est avèré essentiel, le rôle de la
maintien d’un marché concurrentiel.
nique où bio et nano joueront sans
ont également provoqué des chan-
puissance publique ne doit pas être
Le rôle du politique ne s’est
doute un rôle clef pour surmonter les
gements radicaux portant l’émer-
négligé. L’information n’est pas un
cependant pas limité à la fixation
limites apparues et révéler des
gence d’un nouveau système
« produit » comme un autre et ce
d’un cadre réglementaire. Par ses
pratiques encore insoupçonnées.
Q
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R9

Dossier
Les usages
En amplifiant les relations horizontales, internet a permis au modèle communautaire de gagner en puissance. En dix ans, les
pourtant pas un gage de pérennité. Les modèles économiques basés sur la publicité et l'exploitation des données personnelles
Internet et la révolution des usages
par Serge Soudoplatoff, enseignant, chercheur, créateur d’entreprise
développer des nouveaux
Le succès,
• L’entreprise offre des briques, et
services. Elles l’ont tout d’abord
c’est le modèle
le client assemble. C’est le
fait en mode techno-push,
Ce que nous apprend l'éco-
modèle "Lego design by me"
s’appuyant sur la croyance dans
nomie de l'immatériel, c'est que le
ou Ikea.
le pouvoir universel de la tech-
succès d'un service sur internet est
• L’entreprise et le client co-créent
nologie, puis en mode market-
son modèle économique. Altavista
ensemble. Mystarbuck, ou bien
pull, en pensant que le client au
était technologiquement aussi
Dell Ideastorm, ont poussé très
centre serait plus satisfait.
puissant à sa création que Google,
loin ce modèle, tous deux basés
Internet est là pour prouver le
mais ni Digital, ni Compaq, n’ont
sur des systèmes de e-voting.
En même temps qu’internet côté inopérant de ces été capables d'en dériver un •Le client spécifie et l’entreprise
devient grand public, le
méthodes : quelle étude de
modèle économique. Google, en
réalise, et aide parfois le client à
web s’invente. Dix ans, et
marché aurait prédit Google,
donnant gratuitement son cœur
vendre. C’est le modèle Zazzle,
c'est le web2 et avec lui le cloud
Dailymotion, Facebook, Second
de métier, et en monétisant des
ou bien FreeBeer.
computing. A peine les réseaux
life, Twitter, tous ces services
services annexes, s’est montré
Dans tous les cas, l’entreprise a
sociaux se répandent-ils que les
dont peu sont issus de R&D
bien plus innovant.
besoin de détecter, au sein de ses
mondes virtuels apparaissent.
d’entreprise traditionnelle pré-
L’effet longue traine (que l’on
clients, les passionnés avec
Internet en mobilité émerge, et
internet ? Certains ne reposent
confond souvent avec la loi de
lesquels elle peut codesigner.
avec lui, le web temps réel.
même pas sur des technologies
Pareto) permet de gonfler les
C’est justement dans les commu-
Demain, la réalité augmentée,
en rupture ; Google, par
ventes dans la queue de distribu-
nautés sur internet qu’elle les
les nanotechnologies, la biologie
exemple, reproduit le méca-
tion ; c'est la grande force
trouvera, et qu’elle pourra alors
de synthèse, les green technolo-
nisme très connu des citations
d'Amazon. Aux Etats-Unis, en
commencer un processus inno-
gies, les robots humanoïdes, les
universitaires, en se reposant, il
2009, trois milliards de dollars ont
vant de transformation de tech-
ordinateurs quantiques… Des
est vrai, sur 2 millions de
été dépensés en biens virtuels.
nologies en usages, puis
technologies qui ne se transfor-
serveurs répartis dans le nuage.
Depuis peu de temps, les services
d’intégration des usages dans ses
meront en usage que grâce à
Toute technologie en
en mobilité se développent ; la
technologies, tout en s'appuyant
internet.
rupture permet à des formes
raison n'est pas technologique :
sur des modèles économiques
Faut-il considérer internet
sociales de se libérer. Celles
c'est grâce à la disponibilité d'of-
inventifs.
comme une rupture technolo-
qu’internet accompagne sont
fres tarifaires de data illimités
Le marketing moderne n'est ni
gique qui a engendré des
au nombre de trois : la montée
qu'enfin les usages se débloquent.
de masse, ni en one to one, il est
usages ? L’analyse de la nais-
en puissance de la commu-
La « Killer app », qui amplifie les
en codesign. Ce qui est vrai pour
sance et de la gouvernance de
nauté, l’explosion de l’éco-
usages, c’est le business model.
les entreprises l’est aussi pour
l’internet (1) nous montre un
nomie de l’immatériel et le
l’éducation, la santé, la politique,
processus qui n’est pas causal et
codesign.
L’intelligence
etc. La philosophie opendata, qui
une innovation par percolation. Il
Internet, en amplifiant les
est collective
consiste pour une administration
n’y a pas de projet, donc pas de
relations horizontales, a permis
Mais surtout, le client, le
à fournir des API sur ses données,
chef de projet. Surtout, la dialec-
au modèle communautaire de
citoyen, le "consomm'acteur", ne
et à laisser le public créer des
tique maîtrise d’ouvrage /
gagner en puissance. Plus que
veut plus de produits et services
applications, est la quintessence
maîtrise d’œuvre est remplacée
dans les réseaux sociaux, c'est
tout fait, et souhaite faire partie
du codesign. Pour que cette
par un constant aller-retour
dans les forums de discussion,
de leur design.
alchimie entre les technologies et
entre des éléments de technolo-
surtout ceux qui sont lieux
Le codesign regroupe l’en-
les usages s'effectue efficace-
gies et des embryons d’usages
d'entraide, que ce phénomène
semble des activités qui sont effec-
ment, nous avons besoin d'un
qui, lorsque tout se passe bien,
est évident et lisible. Lorsqu'un
tuées conjointement entre des
réseau internet fiable, à très haut
se renforcent mutuellement.
forum est bien structuré, c’est-
entreprises et des particuliers. Ceci
débit, et de décideurs qui pensent
à-dire qu'il se situe dans la
peut se produire de plusieurs
« intelligence collective ».
Q
De nouvelles
couche usage, les internautes
manières :
www.almatropie.org
formes sociales
s'échangent du savoir faire qui,
• L’entreprise réalise, et le client
De tous temps, les entre-
lorsque les entreprises savent le
customise. Les chaussures, les
(1) Cf. http://blog.almatropie.org/2010/
prises ont dépensé beaucoup
capter, leur permettent d’amé-
voitures, en sont des exemples
03/introduction-a-lhistoire-de-
d’énergie pour essayer de
liorer leurs produits et services.
classiques.
linternet/
10R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
communautés en ligne et les réseaux sociaux se sont installés dans le paysage économique. La rapidité de ces succès n'est
peuvent s'avérer fragiles, surtout si les enjeux de protection de la vie privée deviennent une vraie priorité pour les internautes.
Communautés en ligne et réseaux
sociaux : des colosses aux pieds d’argile ?
par François Moreau, maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers,
chercheur au GREG / Laboratoire d’économétrie
Depuis plus de dix ans, commu- Twitter facilitent les interactions entre Données personnelles :
nautés en ligne et réseaux
des individus appartenant à une
la révolte gronde
sociaux se sont installés dans
même communauté et entretenant
L’exploitation des données person-
le paysage économique. Les commu-
des relations en ligne et/ou réelles.
nelles, fournies volontairement ou
nautés d’échanges de fichiers ont
Facebook comptait en 2010, six ans
non par les internautes lors de leurs
accéléré la dématérialisation des
seulement après sa création, un demi
différentes visites, n’en est que plus
produits de contenus et fragilisé leurs
milliard d’adeptes, se hissant ainsi au
cruciale. Historique de navigation,
modèles d’affaires traditionnels, inci-
deuxième rang des sites les plus
géolocalisation, profils ou encore
tant ainsi à leur renouvellement. Les
visités au monde après Google.
appréciation sur des produits ou
Des recettes
communautés d’expérience, comme
services via le bouton « j’aime » révè-
proportionnelles
on peut en trouver sur Amazon, eBay
Des modèles
lent précisément les préférences et les
à l’audience
ou encore TripAdvisor, jouent un rôle
économiques fragiles
pratiques de consommation des inter-
Pourquoi une telle
d’infomédiaire en renseignant les
La rapidité de ces succès n’est pas
nautes. D’un point de vue marketing,
sensibilité aux réactions
consommateurs sur la qualité d’un
pour autant un gage de pérennité.
ces données sont précieuses et une
de leurs utilisateurs de la part de
produit, d’une marque ou d’un
Le premier souci de la plupart de ces
publicité peut désormais cibler les
Facebook, d’Amazon ou encore
vendeur, par des commentaires
communautés est évidemment de
consommateurs bien au delà de leur
d’eBay, qui a également renoncé à
postés par des internautes les ayant
prévenir leur dégénérescence en limi-
profil socio-démographique. De
réformer son système de tarification
déjà expérimentés.
tant les comportements de passagers
même, les modes de tarification
face au tollé provoqué, pourtant en
Selon Médiamétrie, le site d’eBay
clandestins des internautes et donc,
peuvent être affinés en personnalisant
position fortement dominante sur
était le plus visité des sites de e-
en maintenant suffisamment d’inci-
à l’extrême la discrimination par les
leurs marchés respectifs ? Sans doute
commerce en France en 2009. Les
tations à la contribution. Mais au
prix. Amazon a ainsi tenté, par le
parce que ces entreprises ont pleine-
communautés d’utilisateurs, généra-
delà, la menace provient surtout de
passé, de faire payer plus cher pour
ment conscience du caractère
lement focalisées sur une marque ou
la fragilité de leurs modèles écono-
un même produit les clients les plus
précaire de leur succès. Les externa-
un produit spécifique (Lego, Nikon,
miques, généralement basés sur la
fidèles, supposés avoir les coûts de
lités de réseau, à la base de leur essor,
Apple, etc.), permettent de dissé-
publicité et la valorisation de l’exploi-
changement les plus élevés.
rendent simultanément leur domina-
miner le savoir nécessaire à l’utilisa-
tation des données personnelles.
Contractuellement, le fait d’inté-
tion hautement contestable. Si l’inci-
tion de biens complexes et
La publicité en ligne ne repré-
grer une communauté comme
tation de nouveaux utilisateurs à
permettent à tout internaute de
sente qu’une part minime du
Facebook revient à autoriser ce
rejoindre une communauté est une
profiter des compétences et de l’ex-
marché publicitaire média et hors
dernier à exploiter ces données
fonction croissante de sa taille, d’où
périence d’experts ou d’adopteurs
média (autour de 4% en France) et
personnelles. Mais, depuis l'introduc-
le caractère cumulatif de leur succès,
précoces de nouveaux produits ou de
les recettes publicitaires sont forte-
tion, il y a quelques mois, du système
la récession peut être tout aussi
nouvelles technologies. Le succès de
ment concentrées sur certains
« Instant Personalization », qui
brutale. Un nombre réduit de mécon-
Wikipedia qui, comme toute commu-
acteurs, notamment sur Google
permet au site de partager avec des
tents peut facilement fédérer un
nauté épistémique, élabore des biens
grâce aux liens sponsorisés. Ainsi, en
entreprises partenaires les données
nombre bien plus important de
informationnels de manière collabo-
2009, les revenus publicitaires
personnelles de ses utilisateurs, la
suiveurs qui anticipent une perte de
rative, a poussé Britannica à céder
américains de Google étaient plus
révolte gronde. Les enjeux de protec-
vitesse de la communauté, et ne font
aux sirènes de la production collabo-
de dix fois plus élevés que ceux de
tion de la vie privée (privacy) sont en
ainsi que la précipiter. Or, tant les
rative. De même, Microsoft contribue
Facebook. Il est vrai que, sur les
passe de devenir une priorité pour les
recettes publicitaires que celles liées à
désormais à Linux, le système d’ex-
réseaux sociaux, reflétant la faible
internautes. Non sans paradoxe d’ail-
l’exploitation des données person-
ploitation « libre » développé de
sensibilité à la publicité de leurs utili-
leurs, compte tenu de l’ampleur de
nelles sont proportionnelles à l’au-
manière collaborative par des milliers
sateurs, le cost-per-mille (cpm) est
l’exposition de soi souvent consentie
dience. Les communautés en ligne et
d’informaticiens à travers le monde.
particulièrement faible, trois à
par les adeptes des réseaux sociaux. Si
autres réseaux sociaux ne seraient-ils
Derniers nés de ces commu-
quatre fois inférieur à celui pratiqué
les appels au boycott de Facebook
pas finalement des colosses aux pieds
nautés en ligne, les réseaux sociaux.
sur les sites d’informations finan-
restent encore limités, cette menace
d’argile ?
Q
Facebook, MySpace ou encore
cières par exemple.
n’en est pas moins prise au sérieux.
francois.moreau@cnam.fr
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R11

Dossier
Par Michel Gensollen,
chercheur associé, département des Sciences économiques et sociales, Telecom ParisTech
Internet
& la synthèse sociale des désirs
Les économistes préfèrent parler de besoins plutôt que de désirs. Il serait extrêmement réducteur de n'aborder la synthèse sociale des
En effet, pour qu'un marché libre soit efficace, il est nécessaire
désirs que sous l'angle de l'imitation, de l'instinct moutonnier, de l'entrai-
(mais pas suffisant) que l'utilité de chaque consommateur (c'est-à-
nement de la mode ou du désir mimétique. Les économistes, comme les
dire ce qui le fait agir) soit purement individuelle, qu'elle préexiste aux
sociologues d'ailleurs, ont tôt fait d'interpréter l'induction sociale de la
biens et services offerts et qu'elle ne dépende pas des interactions
demande à partir de simples mécanismes d'ostentation, ce qui la disqua-
sociales. Bien évidemment, ceux qui ont à vendre des produits savent
lifie.
qu'il n'en est pas ainsi : il faut créer la demande aussi bien que l'offre ; il
Aujourd'hui, internet fournit non seulement une base de données
est même souvent bien plus onéreux de préparer les consommateurs à
immense mais des outils logiciels et sociaux sophistiqués pour la
des innovations formant système, que de dessiner les produits et d'or-
parcourir, l'entretenir et en tirer parti. On mentionnera ici, à titre d'exemple,
ganiser leur distribution.
trois processus originaux de traitement social :
• les communautés, caractérisées par des interactions anonymes et des
Miroir magique des contes
commentaires à la cantonade ; elles servent au partage des savoir-faire,
La numérisation des informations a transformé les mécanismes de
à l'exploration de goûts nouveaux, sous la protection de l'anonymat et de
production de la demande et c'est sans doute là l'innovation économique
la virtualité, à l'acquisition d'une culture commune, préalable à l'établisse-
majeure depuis vingt ans, depuis qu'internet est devenu un équipement
ment d'un écosystème nouveau ; les forums, les sites marchands qui
aussi essentiel que le réseau de distribution électrique ; par l'un nous rece-
ouvrent des espaces de discussions et de recommandations, les commu-
vons l'énergie, par l'autre, désirs et savoir-faire.
nautés de pratique où s'échangent des conseils, les collectifs d'écriture
Auparavant, les nouvelles consommations dépendaient, pour leur adop-
(comme Wikipedia) permettent la confrontation, parfois violente mais
tion, d'acteurs publics ou privés, qui se chargeaient de l'organisation de
virtuelle, d'opinions et de goûts en cours de formation ;
tout l'écosystème nécessaire. La société Michelin entre les deux guerres
a joué ce rôle pour le développement de la voiture de tourisme ; le Salon
Le web interactif rend de moins en moins
des Arts Ménagers dans les années 50, pour l'électroménager ; la FNAC
pertinente l'hypothèse libérale de l'homme
dans les années 60, pour les équipements audiovisuels ; plus récemment,
économique complètement isolé et
Apple, pour l'informatique grand-public. De tels agents jouaient un rôle de
parfaitement égoïste.
catalyseurs : ils induisaient et formaient des désirs du côté de la
demande ; ils aidaient au dessin des produits de sorte que ceux-ci s'adap-
• le réseautage (social networking), caractérisé par des identités réelles et
taient, plus ou moins, aux attentes des consommateurs.
des relations interindividuelles ; de tels sites permettent d'adapter ce qui
Aujourd'hui, la production de la demande repose de plus en plus sur
a été acquis dans l'univers virtuel, aux contraintes de la réalité : c'est le
des interactions entre les consommateurs eux-mêmes. De telles interac-
lieu, parfois réellement conflictuel, où deux logiques s'affrontent, l'explo-
tions, parfois directes dans une sorte de face-à-face en ligne, le plus
ration irresponsable et l'exploitation efficace ; le monde réel, son
souvent indirectes et formant cette « grande conversation » dont parlait
économie et ses règles juridiques, se trouvent parfois pris à contrepied ;
John Perry Barlow, constituent le web interactif (dit web 2.0 ou web social).
depuis les lois contre le piratage jusqu'aux apéritifs Facebook, le réel
C'est le creuset des désirs, la source des savoir-faire, la matrice des
résiste maladroitement aux dynamiques inventives du virtuel ;
nouvelles demandes. Internet n'est pas seulement un circuit de distribution
• la « sérendipité », ou si l'on veut la flânerie, la recherche active de l'ignoré
ou un média d'information, qui remplacerait, sans les transformer, les
et de l'inimaginable, se caractérise par le parcours au hasard de
mécanismes du commerce réel ou de la promotion publicitaire. On
l'immense base d'informations à laquelle internet donne accès ; on a long-
s'adresse au web, comme au miroir magique des contes, pour savoir où
temps cru que les liens entre les sites allaient constituer le labyrinthe où
l'on est, ce qu'on veut, où l'on va.
les internautes se perdraient pour se retrouver ; on s'aperçoit aujourd'hui
que les moteurs de recherche comme Google sont bien plus efficaces
Induction sociale de la demande
pour conduire l'internaute là où il ne sait pas qu'il va ; il est d'ailleurs éton-
En s'intéressant à internet, l'économie découvre l'importance de ce
nant que les moteurs généraux, qui traitent l'ensemble du web, fournissent
qu'elle a tenu longtemps pour négligeable : la synthèse sociale des désirs.
un chemin tout à la fois vers ce qu'on croit chercher et vers ce qu'on
Le web interactif rend ainsi de moins en moins pertinente l'hypothèse libé-
ignore désirer.
rale de l'homme économique complètement isolé et parfaitement égoïste.
Si l'on admet que l'émotion esthétique se caractérise souvent par le fait
Les mécanismes de l'influence sociale en ligne doivent être étudiés,
que la satisfaction se développe en même temps que le désir qu'elle initie,
comme l'ont été en leur temps, le marketing (pour la vente en magasin) et
le web interactif peut être rapproché d'un art nouveau, d'une nouvelle
les marchés à deux versants (pour la promotion publicitaire).
forme de synthèse sociale du goût.
Q
12R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
Par Jean-Louis Constanza,
président d’Orange Vallée
la révolution
des interfaces
Mon fils apprend à lire sur moniPhone. Les crayons et le papier grande série a entraîné, entre autres, la Réforme, puis l’émergence des
resteront son medium majeur d’apprentissage mais les enfants
auteurs, des systèmes politiques modernes, puis de l’industrie.
nés en 2010, eux, ne seront plus programmés par l’imprimerie,
mais par les écrans. Leur “OS” psychologique et social sera construit
… aujourd’hui, le toucher et l’ouïe redeviennent importants
autour des nouvelles interfaces.
Quand notre doigt passe sur l’écran d’une fenêtre à l’autre, le monde
devient simultané et synthétique. Le toucher et l’ouïe redeviennent impor-
Les interfaces ont envahi nos vies
tants. La « distance » s’estompe, au profit de l’implication et du réseau
Selon Wikipedia : « interface : dispositif qui permet des échanges et inter-
social : « public is the new default », le mode par défaut n’est plus le mode
actions ». Les interfaces sont vraiment nées avec Windows 3.0, qui a intro-
privé. Quand un rectangle sur fond blanc nous donne accès à plus de
duit la première confusion entre le monde réel et l’écran en dessinant des
connaissances que toutes les bibliothèques, notre rapport au savoir
boutons en relief. Auparavant, l’interface-clé était le clavier, et l’écran affichait
change. L’information ne voyage plus du haut vers le bas, mais horizon-
le résultat de lignes de commande. Puis, on s’est mis à toucher l’écran ou,
talement, entre les membres du réseau. Chemin faisant, au travers des
mieux, à le caresser : l’iPhone. Après, l’écran nous a mis en relation avec un
interfaces, nous croyons que le logiciel se rapproche de nous, alors que
réseau social et non plus la mémoire d’une machine : Facebook. Enfin, nous
c’est nous qui devenons logiciel.
commençons d’être connectés avec du sens et de l’intelligence collective,
Il n’y pas moyen de décider si ces changements sont « bons » ou
dans les expériences utilisateur du web 3.0 et de l’internet sémantique.
« mauvais », car comme les clercs du XVIe siècle, nous sommes
En sautant du clavier à l’écran, les interfaces ont envahi nos vies. Alors
immergés dans la révolution technologique et nous ne pouvons pas voir
que les 3 heures de TV quotidiennes étaient le standard des décennies
au-delà. Pourtant, comme au XVIe siècle, toutes nos conversations sur la
précédentes, une large part de la population passe maintenant 5 à 8 heures
nouvelle technologie débouchent sur des jugements de valeur.
par jour devant des écrans, dont de moins en moins de TV “pure”.
Ces jugements ne sont ni vrais ni faux, mais hors-sujet : « le grand public
500 millions de personnes passent 30 minutes par jour sur Facebook et un
ne fera jamais ses achats en ligne », « le papier ne disparaîtra pas », « on
milliard visite Google quasiment tous les jours. Une majorité d’ados améri-
ne saura plus lire », « les artistes sont menacés », « le réseau social n’est
cains change plus de 10 fois d’écran par jour. Il y a quatre ans, un mobile
pas la vie réelle », « l’anonymat des blogueurs doit être supprimé »… Dire
servait à téléphoner 10 minutes par jour ; aujourd’hui, son écran est utilisé
aujourd’hui que « le contenu est roi », c’est une croyance du même type que
2 heures par jour pour surfer, poster des messages et regarder des vidéos.
« l’imprimerie, c’est du manuscrit pas cher ». On pense toujours que les
nouvelles technologies se contentent d’accélérer les anciens usages.
Depuis 500 ans, avec l’imprimerie,
Le propre d’une révolution, c’est de confondre l’accessoire, par
notre œil a programmé notre cerveau …
exemple l’information et les contenus, avec l’essentiel, par exemple leur
Depuis cinq siècles, notre OS mental était analytique, linéaire, séquen-
mode de circulation et d’interfaçage avec nos cerveaux et nos sociétés.
tiel, comme les lignes d’imprimerie. Notre œil, en suivant ces lignes, a
Nous nous inquiétons du contrôle pris par Google et Apple sur la presse,
programmé notre cerveau : le monde est compréhensible, l’œil est notre
mais nous devrions nous pencher davantage sur la prise en main de nos
sens principal et la déduction notre outil le plus puissant. Notre vie sociale
cerveaux et de nos structures sociales par les outils technologiques qui
intégrait des notions comme le « point de vue », la « perspective » ou la
encapsulent les contenus. Par exemple, ce n’est pas tant la baisse de l’au-
« distance », qui sont nées avec l’imprimerie et qui mourront avec elle.
dience, et du financement, des journaux papiers, qui transforme l’infor-
Même la production de masse est née avec le livre imprimé et notre
mation – que la nouvelle chaîne de traitement technique : Google –
concept de standardisation avec les caractères d’imprimerie.
Facebook – Twitter – écran. Les spécialistes qui créent ces interfaces, à
Ce n’est pas l’information véhiculée par l’imprimé, mais l’imprimé lui-
qui nous déléguons la structuration de nos esprits, sont remarquablement
même – la technologie – qui a construit nos mentalités, notre structure
peu nombreux (entre 10.000 et 100.000 ingénieurs et designers), et peu
sociale, nos arts, et nos démocraties. Passer du papier imprimé à l’écran
diversifiés (ils travaillent en majorité à moins de 50 km de Stanford).
est un changement radical de technologie, qui est en train d’entraîner un
Après les mobiles et la presse, c’est la télévision qui va exploser. Les
changement radical dans la psychologie individuelle et la structure sociale.
smart TV vont changer brutalement des usages établis depuis 50 ans. La
Lorsque l’imprimerie a chamboulé les sociétés du XVIe siècle, les clercs
famille regardant le journal télévisé sur le canapé sera bientôt une image
l’ont condamnée : elle « fait perdre la mémoire » (les textes étaient appris
du passé. Là encore, c’est la technologie, et non des nouveaux modes
par cœur et toujours lus à haute voix), ou l’ont bénie : « nous allons imprimer
d’écriture ou de création de contenus, qui va briser l’ancien media.
plus de bibles » (qui était le seul texte de masse, avant que l’imprimerie
Comme toute révolution technologique, nous n’y sommes pas prêts, et
fasse naître le métier d’auteur). Ces jugements de valeur étaient hors-sujet :
elle se fait sans nous.
Q
la perte de mémoire n’a pas eu de conséquence, alors que l’imprimerie en
www.orange.com/fr_FR/innovation/creer/Orange_Vallee/
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R13

Dossier
Convergence audiovisuel-télécom
Quel est l’impact de la délinérarisation des contenus, de la mobilité et de l'arrivée des téléviseurs con
de l’audiovisuel (CSA), pour qui les nouveaux modes de diffusion des contenus créent un problème
linéaires, le chiffre d'affaires de
financement de la création sans
Emmanuel Gabla
ces derniers va diminuer.
délocalisation ? Comment
Comment compensera-t-on alors
favoriser une concurrence
le manque à gagner pour la
durable dans le secteur de la
« Nous sommes à l’aube de
création ?
télévision payante, sans qu'il y ait
N’oublions pas que les services
des effets négatifs sur le marché
bouleversements énormes
de vidéo à la demande sont
du haut débit ? Il faut que les
facilement délocalisables, ce qui
régulateurs – l'Autorité de la
dans l’audiovisuel »
leur permettrait d’échapper aux
concurrence, l'ARCEP et le CSA –
obligations nationales de
adoptent des positions
financement. C’est un vrai
cohérentes qui, à mon avis,
problème.
doivent aussi être coordonnées
avec le Gouvernement et le
T Est-ce enfin la
législateur. Nous y travaillons
convergence entre télécom
tous.
et audiovisuel ?
La fourniture de ces services à la
T Et la mobilité ?
demande constitue en effet une
La mobilité est une rupture plus
accélération de ce phénomène
diffuse, même si elle nous
de convergence. Ainsi, les
concerne de plus en plus. Les
opérateurs télécoms et les
gens veulent pouvoir consommer
fournisseurs d’accès à internet
des contenus vidéo quand ils se
(FAI) éditent presque tous des
déplacent, mais le modèle
services de vidéo à la demande,
économique est très difficile à
et remontent dans la chaîne de
trouver. C’est toute la question
T Depuis l’arrivée
financement de la création, tant
valeur en devenant des acteurs
de la télévision mobile
d’internet, quelles sont les
cinématographique
du monde audiovisuel. Certains
personnelle (TMP). Faut-il créer
grandes ruptures que vous
qu’audiovisuelle. En effet, en
décident par ailleurs d'éditer des
un réseau spécifique pour la
observez dans
France, le financement du
chaines de télévision, comme
télévision mobile, ou les réseaux
l’audiovisuel ?
cinéma, mais également des
Orange. Cette interpénétration
3G sont ils suffisants ?
Deux ruptures ont lieu en même
fictions audiovisuelles ou des
pose la question de l’intégration
On constate que les réseaux 3G
temps : la délinéarisation et la
documentaires, est notamment
verticale des acteurs, et celle de
des opérateurs mobiles saturent,
mobilité, c'est à dire la
assuré par les chaines de
la distribution exclusive des
en raison de l’explosion du trafic
consommation des contenus
télévision, qui doivent y
contenus (citons l’exemple des
des données, explosion
quand on veut, où on veut et
consacrer un pourcentage de
comme on veut.
leur chiffre d'affaires, fixé par
La fibre va amplifier la consommation de
La délinéarisation progresse plus
décret. Ce pourcentage est le
contenus audiovisuels à la demande (...) et
vite qu'on ne le croit. Pour
même pour le chiffre d’affaires
permettre, en augmentant les débits, des
certaines chaînes, près de 30%
de la télévision de rattrapage.
de la consommation des abonnés
En revanche, les règles ne sont
offres délinéarisées de qualité.
se fait déjà en consommation à
pas encore fixées pour la vidéo à
la demande.
la demande. Et un décret est en
préparation pour préciser les
T Quelles sont les questions taux de contribution au
posées par la
financement de la création.
délinéarisation ?
Le sujet fait débat : certains
La délinéarisation des contenus,
souhaitent que ces services aient
c’est l'émergence de ce qu'on
des obligations fortes. D’autres
appelle, dans notre jargon, les
estiment qu'il faut leur laisser le
services de médias audiovisuels à
temps de se développer.
chaînes d’Orange uniquement
principalement due à la
la demande (SMAD), c’est-à-dire
Quoiqu’il en soit, la question du
accessibles aux abonnés internet
consommation de vidéo.
la télévision de rattrapage et la
financement de la création ne
d’Orange).
Est-ce la consommation de
vidéo à la demande.
pourra être esquivée : si les
Le régulateur n’a pas toutes les
chaînes de télévision ou de
La première question soulevée
consommateurs se tournent
réponses, mais les questions se
vidéos sur des sites tels que
est celle de l’impact de ces
progressivement vers ces services
dessinent clairement : comment
YouTube ou DailyMotion qui va
nouveaux services sur le
au détriment des services
faire en sorte qu'il y ait
primer en mobilité ?
14R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
nectés en termes de régulation ? Réponse d’Emmanuel Gabla, conseiller au Conseil supérieur
fondamental pour le financement de la création et la diversité culturelle.
T Pour la TMP, une solution n'est pas uniquement un sujet
inférieurs à ceux des opérateurs
pencher sur la question de ces
est en train de se dessiner
«télécom», c'est clairement une
télécoms : il n’est pas impossible
terminaux.
avec Virgin Mobile.
voie d’avenir pour le paysage
que les régulateurs doivent
La deuxième question a trait à la
Pourquoi avec un MVNO ?
audiovisuel.
intervenir dans les relations
publicité interactive. Faut-il
Les opérateurs de réseau qui
La fibre impliquera aussi une
économiques entre ces deux
uniquement l’autoriser dans les
hébergent les MVNO fournissent
évolution des modèles
types d’acteurs.
espaces publicitaires ? Ou bien
à ces derniers de la capacité à
économiques, notamment dans
donner la possibilité de cliquer
des tarifs de gros. Autant les
le secteur audiovisuel.
T Que va apporter la
sur une voiture qui circule dans
tarifs sont intéressants pour
Actuellement, grâce à la
télévision connectée ?
un film pour se rendre
commercialiser la voix, autant ils
diffusion hertzienne, les chaines
Les fabricants remontent eux
directement sur le site de vente
semblent élevés pour
sont en relation directe avec le
aussi dans la chaine de valeur.
du constructeur automobile et
commercialiser des données, et
téléspectateur/client. Sur les
Les téléviseurs connectés, en
acheter des produits ? Il n'est pas
donc de la vidéo. De ce fait, il est
coûteux pour un MVNO d’inclure
Les téléviseurs connectés, en donnant directement
des offres de télévision dans ses
accès à des applications internet sur le poste de
forfaits mobiles. Or, pour qu'une
télévision, représentent une évolution majeure.
offre de téléphonie mobile soit
compétitive, il faut qu’elle
Les questions sous jacentes de droit d’auteur
comprenne aussi la télévision.
vont amener les régulateurs à se pencher sur
Donc, pour répondre à cette
la question de ces terminaux.
demande tout en restant
compétitif, la meilleure solution
semble, pour ces acteurs, de
s’appuyer sur un réseau de
radiodiffusion dédié pour la
télévision mobile, qui leur
louerait ses services à des tarifs
plus bas. C’est le calcul qu’a fait
Virgin Mobile en signant un
accord avec TDF.
réseaux filaires (ou satellitaires),
donnant directement accès à des
certain que tous les pays
T Voyez-vous la fibre
c’est le distributeur qui maîtrise
applications internet sur le poste
adopteront la même approche.
comme une rupture du
cette relation avec le client. Des
de télévision, représentent une
Pour conclure, nous sommes à
côté audiovisuel ?
questions vont donc se poser si
évolution majeure. Ces
l'aube de grandes mutations
Clairement, oui. D’abord parce
la télévision est de plus en plus
applications pourront donner
dans le secteur audiovisuel. Nos
que la fibre va amplifier la
regardée via des réseaux filaires :
accès à des contenus situés à
acteurs en sont conscients. Il faut
consommation de contenus
à quel prix les FAI factureront-il
l’étranger. Le catalogue de vidéos
les aider à traverser ces zones de
audiovisuels à la demande.
la bande passante aux chaînes ?
à la demande sera pré-téléchargé
turbulences pour qu’ils en
Actuellement, la télévision de
Se garderont-ils l'accès unique au
ou pré-programmé sur le
sortent renforcés. À eux de
rattrapage sur internet est
client ? Au contraire, les chaines
téléviseur. Grâce à des pop up ou
trouver les bonnes réponses et à
dépendante du débit, et de ce
adopteront-elles un modèle
des widgets, le consommateur
nous, régulateur, de les y aider.
fait, l'image n'est pas toujours de
d’auto-distribution, comme le
pourra directement aller sur le
Car si les contenus ne sont plus
très bonne qualité. La fibre, elle,
fait actuellement Canal +, pour
site du distributeur et avoir accès
regardés que sur YouTube ou
en augmentant les débits, va
conserver la maîtrise de la
à ses contenus. YouTube, par
Google, la création française sera
permettre des offres
relation client ?
exemple, conclut de plus en plus
affaiblie et la diversité culturelle
délinéarisées de qualité.
L’arrivée de la fibre et sa
de contrats avec des chaines
que nous cherchons à
Deuxième avantage de la fibre :
généralisation vont induire de
pour proposer des services de
promouvoir s’étiolera.
elle permet d’offrir les chaines en
nouveaux modèles de
télévision de rattrapage sur son
haute définition et bientôt en
consommation de la télévision,
site. Les sites de télévision de
T Finalement, vous en
3D. Ces innovations
ainsi qu’une nouvelle répartition
rattrapage de YouTube en
revenez toujours au
technologiques audiovisuelles
de la valeur entre distributeurs et
Allemagne, au Royaume-Uni ou
financement de la
sont très gourmandes en débit et
éditeurs. Or, ces acteurs
aux Etats-Unis pourront-ils être
création…
ne pourront pas être proposées
économiques sont loin d’avoir
disponibles à partir de la France ?
C’est en effet un problème
en grande quantité par voie
la même taille ; les chiffres
On voit bien que les questions
fondamental, c’est aussi un
hertzienne. Vous voyez, la fibre,
d’affaires des chaines de
sous jacentes de droit d’auteur
marqueur identitaire de notre
contrairement à ce que l’on croit,
télévision sont nettement
vont amener les régulateurs à se
société.
Q
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R15

Dossier
Economie quaternaire
L'économiste Michèle Debonneuil, dans un rapport au Gouvernement, analyse l'importance future des
de la communication - notamment, les services mobiles sans contact - peuvent contribuer à développer
Les TIC comme catalyseur
du changement économique et social
besoins des consommateurs, on
dit, la nouvelle productivité, c’est-à-
quaternaire permet en outre de dres-
peut utiliser soit des données (voix
dire le supplément de satisfaction des
ser une barrière naturelle à la concur-
ou data), soit des biens, soit des
besoins produits à l’heure, est une
rence frontale des pays émergents qui
personnes ayant des savoirs et des
productivité de diversité plutôt que
savent faire la même chose que nous,
savoir-faire. Ce sont les trois ingré-
de quantité. On peut désormais or-
mais à vingt fois moins cher et pour
dients intemporels de la satisfaction
ganiser de façon efficace la mise à
vingt ans. En effet, avec les mêmes
des besoins des consommateurs.
disposition des biens et des per-
savoir-faire, elle permet de fabriquer
Les TIC bouleversent la donne, car
sonnes sur les lieux de vie (ce qui
des produits adaptés à la satisfaction
elles démultiplient non plus les capa-
constitue la définition d’un service).
de consommateurs nantis, ce qui est
Selon Michèle Debonneuil, la cités physiques des hommes, comme Autrement dit, les services devien- la seule différence de nos pays avec
période actuelle se caractérise
l’avaient fait les technologies de la
nent productifs. La satisfaction des
les pays émergents. Enfin, en diversi-
par l’épuisement d’un modèle
mécanisation, mais leurs capacités
besoins ne sépare plus aussi nette-
fiant les mises à disposition de per-
de croissance et le début d’un
mentales, en décuplant leurs capaci-
ment les biens qu’on achète et les
sonnes sur les lieux de vie, on va
nouveau cycle. Ce passage est très
tés de traitement de l’information.
personnes dont on va chercher les sa-
pourvoir faire de la croissance sans
douloureux. Il s’agit en fait de
L’amélioration de satisfaction qui en
voirs et les savoir-faire dans des lieux
détruire la planète. On pourrait ainsi
trouver le moyen de continuer à
découle n’est pas lié à la quantité de
dédiés (hôpital, école, banque…) des
passer progressivement d’une écono-
mieux satisfaire les besoins tout
biens produits à l’heure, mais à l’élar-
solutions de vie qui intègrent des
mie de « l’avoir plus » à une écono-
autrement. En effet, quant on parle
gissement et à la montée de la
biens et des personnes qui sont mis à
mie de « l’être mieux ».
de croissance, on sous-entend « de
gamme des biens et des services que
disposition temporaire des consom-
Le passage d’une économie à
la satisfaction des besoins des
l’ont a pu mettre à disposition sur les
mateurs sur leurs lieux de vie. Le se-
l’autre est une véritable révolution ci-
consommateurs ». Pour satisfaire les
lieux de vie en une heure. Autrement
condaire et le tertiaire se marient :
vilisationnelle. Les marchés ne seront
c’est l’« économie du quaternaire ».
plus les mêmes. Dès lors, les poli-
Qu'est ce que l'économie « quaternaire » ?
tiques économiques peuvent faciliter
Retrouver le plein emploi ?
la transition entre les deux économies
Dans l’économie du XXe siècle, les besoins étaient en grande partie
Cette économie qui satisfait tout
car le marché est incapable de créer
satisfaits en achetant des biens et en se déplaçant sur des lieux
autrement les besoins les satisfait
de nouveaux marchés. L’Etat peut
particuliers où étaient délivrés les savoirs et savoir-faire (école, hôpital,
mieux et est donc porteuse d’un gi-
alors catalyser les coordinations d’ac-
etc.). À l’avenir, la satisfaction des besoins proviendra de plus en plus
de nouveaux produits qui ne seront ni des biens ni des services, mais
sement de croissance. De plus, si l’on
teurs de façon à faciliter la constitu-
des « solutions de vie » constituées à partir de la mise à disposition
suppose que chaque Français
tion des nouveaux marchés.
Q
temporaire d’informations, de biens ou de personnes. Dans cette
consomme une heure par semaine de
(1) IQ : initiales de Industrie Quaternaire
économie, les biens et les services, que l’on n’est plus obligé d’acheter,
ces nouveaux services, cela permet-
(2)« L’économie quaternaire : une
deviennent une sorte de consommation intermédiaire des solutions de
trait de créer deux millions d’emplois
croissance durable à construire ».
vie. Le secondaire et le tertiaire se marient : c’est l’économie
équivalents temps plein. Le plein em-
www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/
quaternaire.
ploi est à portée de main. L’économie
Quaternaire9.pdf)
Transport, paiement, jeux, échanges de profils sociaux, etc : la technologie sans contact NFC (Near Field Communication), à
NFC, la 4e dimension des usages par Yves Portalier, EVP, Strategic Planning, Sagem
Pour se différen- usages et, surtout, en mesure de trans- Services à la personne
mobile quaternaire COSY Phone, par
cier sur le marché former les mobiles en produits
NFC illustre parfaitement l’ap-
exemple – outre les applications telles
de la téléphonie connectés adaptés au mode de vie des proche de Sagem Wireless. Cette tech-
le transport, la banque, les cartes de
mobile, Sagem Wire- utilisateurs d’aujourd’hui. Biométrie, nologie, qui établit une passerelle fidélité ou celles plus classiques de la
less a opté pour e-paper, panneaux solaires, LTE, mais entre le monde numérique et le navigation web – intègre la dimension
l’intégration de tech-
également NFC font partie de ces tech-
monde réel, permet à de nouveaux du service à la personne. Les plus de
nologies de rupture, nologies de rupture que la société services de voir le jour en apportant 50 ans, pour lesquels le téléphone a
à même de changer intègre désormais dans ses appareils aux utilisateurs le « petit quelque été pensé, accèdent ainsi aux fonc-
les modèles, les comportements et les connectés.
chose » qui leur facilite la vie. Le tionnalités les plus courantes sans avoir
16R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
services dans l'économie française, et explique en quoi les technologies de l'information et
cette nouvelle économie. Sagem Wireless donne un exemple concret de ces services.
Interview de Michèle Debonneuil, inspectrice générale des finances,
membre du comité de prospective de l’ARCEP
l'information et des
Je propose trois projets qui
télécommunications, pour
pourraient être immédiatement
« De l’avoir
renouveler la croissance en
entrepris dans le but d’accélérer
satisfaisant les besoins des
l’émergence de ce nouveau cycle de
plus » à
consommateurs tout autrement, par
croissance et d’en maximiser les
la mise à disposition des biens et des
retombées économiques, sociales et
« l’être mieux »
personnes sur tous les lieux de vie.
environnementales.
Il y a aujourd'hui un vrai besoin de
Le point focal des projets serait le
T Dans votre rapport, vous
T A quoi est-ce du ?
ces nouvelles solutions de vie,
développement d’une infrastructure
expliquez que nous sommes à la
La diversification des biens a été un
notamment parce que les femmes
générique combinant les
fin d’un cycle de croissance, celui
ressort pour renouveler l'industrie,
travaillent pour avoir un niveau de
technologies de la téléphonie
des trente glorieuses…
mais elle a une limite : quand vous
vie plus élevé. Tout le monde est
mobile, de la géolocalisation et de
J’ai constaté petit à petit qu’il y avait
avez déjà deux voitures, il est difficile
d'accord pour dire qu'il y a un
l’Internet des objets, et permettant
un vrai problème de croissance entre
de vous en faire acheter une autre !
marché où des entreprises veulent
d’organiser de façon efficace la mise
nos économies et celles des pays en
Nous assistons à une concurrence de
entrer. Cela va créer de l'emploi,
à disposition de biens et de
voie de développement. Après avoir
pays qui vont bénéficier de très
de la croissance. Beaucoup
personnes sur les lieux de vie. Le
beaucoup travaillé avec la Chine,
fortes croissances parce qu'ils ont
d'emplois. Parce que la mise à
premier projet mettrait en œuvre
j'ai compris que les pays émergents
chez eux des besoins non satisfaits
disposition temporaire de personnes
cette infrastructure dans le but de
seraient très vite aussi bons, puis
que l’on sait satisfaire de façon
sur les lieux de vie est extrêmement
moderniser la prestation de certains
meilleurs que nous. Je situe ce
productive : il y aura de la croissance
créateur d'emplois : si chaque
services publics et sociaux au niveau
changement dans les années 80.
chez eux, mais il risque d’y en avoir
français consomme une heure par
local, entraînant d’importants gains
J'ai alors pris conscience qu'on
de moins en moins chez nous.
semaine de ces nouveaux services,
d’efficacité pour les collectivités
arrivait à l'épuisement d’un cycle
on aura deux millions d'emplois en
territoriales. Le second projet
dans les pays développés, alors
T Comment faire alors ?
équivalent temps plein. Deux heures,
consiste en un plan de
qu’au contraire, les pays en voie
La conclusion qui s’impose est qu’il
quatre millions d'emplois, et on est
développement des activités de
de développement appliquaient
faut trouver quelque chose qui
au plein emploi !
service à la personne par le biais de
la stratégie nécessaire : ils nous
permette de continuer la croissance,
cette même infrastructure, dont on
achetaient des usines clé en main
c'est-à-dire de mieux satisfaire les
T Concrètement, que proposez-
pourrait attendre de nombreuses
dotées des dernières innovations
besoins des consommateurs, au lieu
vous ?
créations d’emplois. Le troisième
technologiques, et avaient
de lutter contre le chômage avec des
Je plaide pour une politique
projet, enfin, propose de développer
d'énormes exigences en matière
politiques s’accommodant d’une
innovante qui, en adoptant une
les synergies entre les moyens de
de formation, mais ne luttaient pas
économie du sous-emploi, source de
approche pragmatique et en se
transport afin d’organiser la
du tout sur les prix. Bref, la messe
graves conséquences sociales.
fondant sur des expérimentations
transition vers de nouvelles formes
était dite, et si les pays développés
Aujourd'hui, dans nos pays, on n'y
soigneusement calibrées, pourrait
de mobilité, plus adaptées aux
ne trouvaient pas une solution,
arrive plus, alors qu'on pourrait
faciliter l’avènement d’une nouvelle
besoins individuels et plus
ils allaient mourir.
s’appuyer sur les technologies de
phase de prospérité.
respectueuses de l’environnement. Q
base de RFID, apporte, par son interactivité et sa simplicité d’usage, une nouvelle dimension aux services mobiles.
Wireless
à faire défiler le menu de leur télé-
messages texte pré-configurés (anni-
personne, mais aussi publicité et vité, a été ajoutée à la téléphonie
phone. Des « tags » pré-configurés et versaires, fêtes…).
marketing – et catégories de consom-
mobile, créant la 4ème dimension des
personnalisés leur servent de
Aujourd’hui, les mobiles sont mateurs sont concernés, depuis un usages et Sagem Wireless est parfaite-
raccourcis pour composer à leur équipés en standard d’appareil public de jeunes jusqu’à une popula-
ment bien positionnée sur ce secteur,
place (1) les numéros les plus fréquem-
photos, caméra vidéo, lecteur MP3, tion de seniors, en passant par la ayant depuis longtemps investi sur des
ment appelés (famille, amis, taxis…), jeux… autant de fonctions de création tranche intermédiaire des actifs pour technologies de rupture.
Q
accéder à des services via le navigateur de contenus dont le partage est égale-
les échanges de données d’entreprises
www.sagemwireless.com
internet du téléphone (information ment rendu possible grâce à NFC. On (cartes de visite, contrôle d’accès…).
(1) Il suffit d'approcher l'émetteur à
trafic, météo…) ou envoyer des le voit, tous les secteurs – services à la
Une nouvelle dimension, l’interacti-
quelques centimètres du récepteur.
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R17

Dossier
Mobilité et géolocalisation
Couplée à la géolocalisation et au réseau 3G, la réalité augmentée s'invite de plus en plus dans l'univers de
à notre environnement immédiat, et ouvrant à l'économie un vaste champ des possibles. Tour d'horizon
Interview de Nicolas Petit, directeur de la division mobilité de Microsoft France
premier changement, c’est le rôle de la
recommandation sociale. Le
« La réalité augmentée est
consommateur d’aujourd’hui est averti
et l’explosion des réseaux sociaux vient
vraiment entrée au cœur
donner au bouche-à-oreille une
nouvelle jeunesse. Gérer la réputation
virtuelle de votre produit sur le web
de notre stratégie produit »
social est plus que jamais essentiel.
Ensuite, la réalité augmentée rend
critique le ciblage des actions
T
commerciales et la proximité avec le
Avec l’émergence des
et le GPS changé notre rapport au
laquelle vous marchez. L’information
smartphones
consommateur, donc avec le point de
, on parle beaucoup
temps et à l’espace, la réalité
devient accessible au plus grand
vente. Nous nous attendons à voir des
de réalité augmentée. Est-ce une
augmentée transforme notre relation
nombre.
nouveaux formats publicitaires utilisant
vraie révolution ?
– commerciale, administrative,
Ensuite, en réduisant l’incertitude liée
la géolocalisation pour vous informer
La réalité augmentée, c’est la
historique, sociale… – à notre
à la transaction : avant de choisir un
en temps réel des promotions, des
conjonction de trois révolutions
environnement immédiat.
restaurant dans une ville, vous pouvez
sorties de cinéma, de la disponibilité
technologiques – le smartphone,
accéder en temps réel aux critiques
d’une nouvelle collection de vêtements
c’est-à-dire une puissance équivalente
T En quoi la réalité augmentée
publiées par les internautes et
dans votre magasin préféré. Enfin, il
au PC dans la taille d’un téléphone ;
peut-elle avoir un impact sur
sélectionner le meilleur restaurant le
sera nécessaire d’indexer et trier cette
le GPS, détectant n’importe où sur la
l’économie réelle ?
plus proche sans vous fier au hasard.
information virtuelle en fonction de
planète ma position et ma direction ;
Nous sommes en train de quitter
Enfin, en améliorant la transparence
vos goûts et de vos préférences. En
la 3G permettant de télécharger en
l’économie de la transaction pour
de l’information : lorsque vous
quelque sorte, de procéder à un
quelques secondes une surcouche
rentrer de plain-pied dans l’économie
achetez un PC dans un magasin par
merchandising virtuel et personnalisé :
d’informations riches en 2D/3D se
de l’arbitrage. La réalité augmentée
exemple, vous pouvez savoir en temps
comme dans les supermarchés, il sera
superposant à ma perception de la
transforme la nature et la qualité
réel si le même produit n’est pas
nécessaire de gérer les têtes de
réalité.
même de la transaction commerciale
vendu 15% moins cher à deux pas.
gondole dans cet univers virtuel.
Chacun peut utiliser son téléphone
et ce, sous trois aspects qui nous
La réalité augmentée donne accès à
Microsoft développe dès aujourd’hui
comme un lecteur de code barre
rapprochent de l’univers de
chacun à une qualité d’information en
des solutions pour tirer parti de cette
universel qui saurait lire et interpréter
« concurrence pure et parfaite »
temps réel inimaginable il y a
révolution comme Surface, notre table
en temps réel le moindre élément de la chère aux économistes comme
seulement cinq ans et qui permet de
tactile qui transforme l’accueil client en
réalité qui nous entoure. Envie de
Walras ou Knight.
faire des arbitrages raisonnés en lieu
point de vente, l’intégration de la
connaître la longueur de la file
Tout d’abord, en décloisonnant l’accès
et place d’une transaction « subie ».
publicité contextuelle au cœur des jeux
d’attente au cinéma ou la biographie
à l’information. Auparavant, lorsque
Cela contribue à changer le rapport
Xbox ou sur le mobile ou l’intégration
d’un écrivain ? Envie d’en apprendre
vous recherchiez un appartement,
de force entre le consommateur et
des avis des internautes issus des
plus sur l’histoire d’un monument ?
vous alliez sur internet ou passiez dans
les producteurs.
réseaux sociaux dans Bing, notre
Il suffit désormais de pointer votre
les agences immobilières. Avec la
moteur de recherche web et mobile.
smartphone vers l’objet en question et
réalité augmentée, vous pouvez
T Voyez-vous de nouveaux
La réalité augmentée est vraiment
vous aurez accès à un univers
connaître les biens à vendre, leur prix,
modèles économiques émerger ?
entrée au cœur de notre stratégie
complémentaire de méta-données.
leur orientation et les coordonnées du
La réalité augmentée va
produit.
Q
De la même manière que la boussole a
vendeur simplement en « filmant »
progressivement changer les règles du
révolutionné le commerce au XIIe siècle
avec votre smartphone la rue dans
jeu numérique et publicitaire. Le
www.microsoft.com/WindowsMobile
Données géolocalisées : un atout pour les acteurs européens par
La valorisa- constitue une opportunité nouvelle Fenêtre de tir
l’Europe dispose de l’un des marchés
tion des pour utiliser ces données afin de créer
Paradoxalement, l’Europe qui n’a mobiles parmi les plus importants au
données géo - des services à haute valeur ajoutée pas développé de services de taille monde. À cela s’ajoute un important
localisées est qui accompagneront les citoyens internationale sur l’internet « fixe », tissu de PME innovantes qui seront à
devenue un dans l’ensemble de leurs activités dispose d’atouts essentiels pour déve- même de développer des services sur
enjeu straté- quotidiennes. Ainsi, qu’il s’agisse des lopper les prochaines générations de l’internet mobile et bientôt sur « l’in-
gique pour les réseaux sociaux, des services liés au services sur les mobiles. Elle dispose de ternet des objets ». Les mutations de
entreprises du secteur transport ou au tourisme ou bientôt gisements d’informations touristiques, l’internet mobile ouvrent aux acteurs
des technologies mais aussi pour l’en- des régies publicitaires géolocalisées , culturelles et géographiques parmi les européens une brève fenêtre de tir
semble des acteurs publics euro- les données « de proximité » consti- plus attractifs au monde. Avec plus de avant que ces services, et les techno-
péens. En effet, la montée en tueront la matière première des 550 millions d’abonnés GSM et logies qui permettront leur développe-
puissance de l’internet mobile services sur l’internet mobile.
presque 300 millions d’abonnés 3G, ment, ne soient mis en place par des
18R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
la téléphonie mobile, transformant notre relation – commerciale, administrative, historique, sociale… –
avec Microsoft, JC Decaux et la Délégation aux usages de l’internet.
Villes 2.0 : libres et connectées
par Albert Asséraf, directeur général stratégie, études et marketing, groupe JCDecaux
La ville, comme les lieux gies interactives doit-on utiliser, l'opérateur (chaque mobilier doit
majeurs de mobilité que sont
quelles informations sommes-nous
être équipé d'un boîtier) que de la
les aéroports, les gares, les
en droit de transmettre, quelles
complexité d'usage qu'elle impose
métros ou encore les centres
informations individuelles peut-on
à l'utilisateur (combien ont
commerciaux, est un espace en
conserver ? Et cela en gardant sans
cherché sans succès la fonction
perpétuelle mutation avec un point
cesse à l'esprit une règle essen-
"découverte" de leur téléphone).
commun socialement structurant
tielle : respecter les libertés indivi-
La technologie plus actuelle du
qui est de réunir un collectif à très
duelles et le droit de chacun à la
Flash Code qui consiste à prendre
grande échelle. Les entreprises qui
tranquillité tout en agissant pour
en photo un code barre évolué
opèrent dans ces espaces publics
enrichir le dialogue entre des
pour atteindre, non plus locale-
lequel va, à n'en
ou privés ont, de fait, un certain
entreprises, des collectivités ou des
ment, mais par un renvoi vers le
pas douter et à
nombre de droits relatifs à leurs
associations et le citoyen/consom-
web mobile, des contenus digi-
très court terme, créer les condi-
concessions contractuelles, tout
mateur.
taux. Cet usage très répandu
tions d'une communication
autant que des devoirs liés au
depuis de nombreuses années au
simplifiée entre smartphones et
respect de ce collectif.
Bluetooth et Flash Code
Japon a toujours du mal à en
objets physiques de toute nature.
Différentes options ont été à
passer les frontières tant du fait
Finalement, au delà de la tech-
Liberté individuelle
ce jour testées et évaluées pour
du taux insuffisant de terminaux
nologie utilisée et pour en revenir
La révolution numérique, qui
construire cette relation entre
équipés en France que de l'acte
aux questions fondamentales, le
irrigue progressivement l'ensemble
mobiliers et terminaux mobiles
de connexion perçu par bon
succès de l'interactivité passera,
de ces lieux, a fini par installer ce
personnels.
nombre comme complexe. Il est
dans tous les cas, par une succes-
fameux réseau "pervasif" grâce
La technologie Bluetooth
probable cependant que la géné-
sion de choix individuels : je
auquel l'individu connecté peut
d'abord qui permet, à l'initiative
ralisation des smartphones et de
décide d'ouvrir une application
désormais naviguer pratiquement
de chacun et une fois son terminal
leurs applications accessibles d'un
communicante, je choisis d'ac-
sans rupture. Cette réalité nouvelle
mobile configuré en mode
simple "clic" tactile en accélère
céder aux contenus que l'on me
ne va pas sans poser des questions
"découverte", d'obtenir des infor-
l'usage.
propose, j'accepte de m'identifier
fondamentales pour une entre-
mations enrichies à partir d'une
Car en effet, c'est bien le
si j'y vois un véritable intérêt.
prise comme JCDecaux qui
communication publique ou
concept extrêmement simple et
Décider, choisir, accepter : n'est-
dispose d'un maillage physique de
commerciale par voie d'affiche. Il
innovant de l'i-Phone qui ouvre, à
ce pas ce que l'on appelle la
centaines de milliers de mobiliers
faut reconnaître que cette techno-
partir du téléchargement d'une
liberté, car dans un monde en
potentiellement communicants
logie, garante d'un parfait
multitude d'applications cou
-
pleine mutation, l’individu en tant
implantés, entre autre, dans plus
anonymat, n'est pas adaptée à
plées, le cas échéant, à la géo-
que tel doit rester plus que jamais
de 3600 villes à travers 55 pays
l'objectif, tant du fait de l'investis-
localisation, un vaste champ des
acteur et maitre de ses choix.
Q
dans le monde : quelles technolo-
sement considérable nécessaire à
possibles (trop vaste peut-être),
www.jcdecaux.fr
Bernard Benhamou, délégué aux usages de l'internet
acteurs américains ou asiatiques. Il développeront des services utiles à données et des formats constituera un devront aussi permettre de créer des
convient de saisir cette opportunité.
l’ensemble des citoyens.
choix stratégique pour les acteurs emplois non délocalisables. En effet, là
C’est dans cette perspective qu’a
Parmi les difficultés que rencon-
publics. À terme, un portail paneuro-
où il était possible de traiter à distance
été créé, à la demande du Secrétariat trent les entreprises européennes, péen « data.eu » pourrait être créé les données issues des services de
d’État chargé du développement certaines sont liées à la complexité des afin de rendre plus largement accessi-
l’internet « fixe », les nouveaux services
de l’économie numérique, le portail conditions juridiques applicables dans bles les données publiques géolocali-
de l’internet mobile réclameront une
de services d’intérêt général sur les pays de l’Union, d’autres sont liées sées qui permettront de développer les expertise locale liée à la valorisation des
mobile « Proxima Mobile ». Ce portail à l’accessibilité et l’interopérabilité des services qui accompagneront les données géolocalisées, qu’elles soient
constitue une première européenne ; informations géolocalisées produites citoyens, mais aussi les touristes lors de environnementales, culturelles ou liées
il a pour objectif de rapprocher les par les acteurs publics. Plus que la leurs déplacements dans l’Union.
au tourisme ou aux transports…
Q
acteurs publics détenteurs de larges seule mise à disposition de ces
En plus de la valeur, les services
www.proximamobile.fr
bases d’informations et les PME qui données à l’état « brut », le choix des basés sur les données géolocalisées
www.delegation.internet.gouv.fr
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R19

Dossier
sairement les contenus et les services proposés qui ont une valeur
Par Pierre-Jean Benghozi,
en soi mais les modèles économiques de production et de consom-
directeur de recherche au CNRS et professeur
mation dans lesquels ils s’inscrivent.
Les nouvelles configurations appellent, de la part des acteurs
à l’Ecole polytechnique, chaire Innovation
économiques de la culture, des manières inédites d’envisager leurs
et régulation des services numériques
stratégies et de construire leurs positions compétitives. La concur-
rence tend ainsi parfois moins à s’opérer sur le projet éditorial ou
sur le choix des œuvres elles-mêmes que sur la manière de les
mettre à disposition du public. La compétition pour le succès et le
public ne s’établit plus seulement entre les artistes, puis entre les
producteurs et ensuite entre les diffuseurs : elle met désormais
directement en concurrence artistes, producteurs et diffuseurs
entre eux.
L’exemple des industries créatives n’est pas isolé. L’économie
numérique a consacré le terme de modèle d’affaires – ou de busi-
ness model – qui fait désormais partie à part entière du langage du
management et de la stratégie. Les évolutions qui se mettent en
Pourquoi parler
place autour des nouveaux réseaux montrent que les modèles d’af-
faires ne sont plus simplement la conséquence d’un positionnement
concurrentiel et la concrétisation de décisions stratégiques succes-
de nouveaux modèles
sives prises en matière de prix, de produit ou de relations clients.
C’est désormais dans la configuration de ces modèles d’affaires que
d’affaires ?
se joue, très directement, la concurrence entre firmes, la redéfini-
tion des chaînes de valeur, et, plus profondément, la structuration
Le taux très rapide de renouvellement des TIC constitue une même des usages sociaux : modes de consommation, stimulation
évidence partagée et la force de ses impacts fréquemment d’échanges communautaires, rapport au territoire. Cette dimension
soulignée. La structure particulière des changements tech- essentielle explique en particulier la multiplication, la diversité, mais
niques est moins souvent évoquée ou discutée, malgré son poids aussi la très forte instabilité des configurations d’offre observables
tout aussi important. Car les nouveaux services numériques trou- aujourd’hui sur internet.
vent leur source dans les modes inédits d’articulation entre infra-
L’identification de tels modèles passe par la résolution de
structures, terminaux et applications. L’importance, pour plusieurs questions qui, aussi simples puissent-elles être, fournis-
l’innovation et le développement de contenus, de cette articulation sent les bases d’une caractérisation des différentes architectures
entre les différentes couches techniques n’est pas une nouveauté de marché. Quels types de services sont offerts aux consomma-
radicale : les apports des récents travaux de management pointent teurs ? Qui contrôle la relation finale avec le consommateur et qui
justement le rôle des écosystèmes industriels et de leur structure. peut vendre l'offre du service ? Faut-il un mécanisme de facturation
Mais la labilité et la pervasivité des technologies numériques favori- – et si oui lequel utiliser pour procurer un revenu ? Quelles autres
sent, bien plus largement, des recombinaisons constantes entre les sources de revenu sont envisageables (publicité, reversements) ?
différents registres techniques, les contenus, les services, les appli-
De manière paradoxale, ce ne sont plus
cations et les infrastructures.
Des innovations au caractère à la fois modulaire et radical,
nécessairement les contenus et les services
peuvent dès lors apparaître en bénéficiant de modalités élargies
proposés qui ont une valeur en soi mais les
d’appropriation. Bien plus, des possibilités d’action quasiment sans
modèles économiques de production et de
limite s’ouvrent aux différents acteurs économiques : des produits
consommation dans lesquels ils s’inscrivent.
et services analogues peuvent aujourd’hui être conçus, envisagés,
assurés et valorisés à partir de positions et de ressources techno- Comment se gère l’accès au réseau ? Qui assure la conception, le
logiques radicalement différentes. Cette configuration du système développement et la livraison de contenus attractifs ? Quelles sont
technique remet brutalement en cause les modèles d’affaires et les les capacités de l'investissement de chaque acteur ? Quelles syner-
structures compétitives des filières industrielles existantes, sans gies existe-t-il entre activités existantes ?
que les acteurs économiques ni la puissance publique ne disposent
toujours des moyens pour penser et anticiper de telles transforma- Des positionnements inédits
tions.
La multiplication de ces modèles et des manières de fournir des
services en ligne ne constitue donc pas un simple effet conjonc-
Des configurations d’offres foisonnantes et instables
turel. Elle traduit des stratégies systématiques d’innovation et d’ex-
Les manières différentes de configurer des systèmes d’offre, à ploration de modèles d’affaires alternatifs, à même d’assurer
partir de bases techniques similaires, contribuent en effet au foison- pérennité et rentabilité. Internet a constitué le vecteur d’une inven-
nement et à l’instabilité de modèles d’affaires en concurrence. Les tivité constamment renouvelée en favorisant l’apparition de
difficultés du secteur culturel sont, en la matière, emblématique : nouveaux entrants et l’émergence de nouveaux modèles d’affaires.
dans la musique comme dans la presse en ligne, plusieurs centaines L’évolution du secteur culturel et la virulence des débats autour des
de sites proposent aujourd’hui des offres similaires sur des modes médias numériques en sont l’illustration flagrante. Car dans les
différents. Dès lors, de manière paradoxale, ce ne sont plus néces- industries de contenus plus encore que dans les secteurs •••
20R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
industriels traditionnels, la capacité de concevoir de
Dans le même temps, la diffusion des technologies liées à
•••
nouveaux services et de structurer de nouveaux modèles d’affaires internet et l’arrivée – grâce aux TIC – de nouveaux entrants dans le
tient à cette articulation nouvelle qui peut s’opérer entre les marché accélère fortement le processus d’intégration de la filière
supports technologiques de l’information d’une part, les nouvelles par l’aval : que ce soit pour le cœur de l’activité des plateformes
formes de diffusion des contenus d’autre part. Des positionne- électroniques (référencement et base des données, gestion des
ments inédits sont apparus de la part de diffuseurs qui ont pris catalogues électroniques, intégration informatique), les fonctions de
pied dans la phase de création et d’acquisition des contenus en personnalisation de l’offre au client (customisation des offres, propo-
sitions commerciales, ciblage) ou la formalisation des relations
La multiplication des modèles d’affaires,
commerciales par de nouveaux types de contrat favorisant fidélisa-
à partir d’acteurs très différents de la
tions et abonnements.
chaîne de valeur, définit de nouvelles
Dans un cas, il s’agit de contrôler une filière en construisant une
position dominante d’agrégateur par la maîtrise des cessions de
formes de compétition pour le contrôle
droits d’exploitation et des accords d’exclusivités en amont. Dans
du consommateur.
l’autre cas, les acteurs tirent profit des effets d’échelle associés à la
assurant des activités d’éditorialisation et en concevant de dématérialisation pour accéder, en aval, à de nouveaux marchés de
nouvelles gammes de services : cela a été le cas des opérateurs niche, maîtriser et fidéliser les relations existantes avec les clients,
de télécommunications comme des nouvelles plateformes d’inter- réduire les coûts de transaction associés. Ces évolutions montrent
médiation. L’arrivée de ces derniers sur le marché des biens cultu- que si, à court terme, ce sont les producteurs et les créateurs de
rels ne se traduit pas seulement par un rééquilibrage, elle contenus qui peuvent sembler tirer profit des applications à base de
bouleverse structurellement les modèles d’affaires et l’architec- TIC, à long terme, c’est l’aval de la filière dans son ensemble qui s’ap-
ture des filières économiques du contenu : dématérialisation des proprie ces technologies pour redéfinir ses stratégies commerciales.
supports, forfaitisation des achats, gratuité sont les pointes émer-
gées de cet iceberg.
Une économie de l’hyper-offre
Dans leur dynamique, les industries de contenus ont évolué
Le dernier élément de dynamique dont l’importance se voit
tout comme les autres filières industrielles : apparition de renforcée est directement associé à la multiplication des œuvres
nouveaux entrants, puis concentration autour des acteurs histo- disponibles pour les consommateurs : elle correspond à une
riques dominants du marché, ensuite émergence de spécialistes économie de l’hyper-offre et, par voie de conséquence, une
dédiés à l’optimisation de certaines fonctions (achats et approvi- économie de l’attention, du référencement et de la prescription. Ce
sionnements, flux transactionnels), enfin consolidation de plates- phénomène, dont on pouvait déjà observer les prémisses avant
formes d’agrégation et de distribution usant d’une mobilisation
La conséquence principale de l'hyper-offre
intense des TIC. La succession de tels mouvements conduit à
l’existence de structures alternatives en concurrence : des plate-
est le poids grandissant des plateformes
formes issues des secteurs traditionnels de l’industrie et des
d’agrégation de contenus et des acteurs ou
formes classiques de distribution, des nouveaux entrants construi-
dispositifs de référencement permettant aux
sant des positions puissantes à partir d’offres nouvelles d’agré-
consommateurs de focaliser leur attention
gation et de la maîtrise des informations, des acteurs du
dans la masse des contenus disponibles.
commerce électronique se diversifiant à partir de leur maîtrise
des fonctions logistiques et de vente en ligne.
l’arrivée de l’internet, a plusieurs origines. Il résulte d’abord des stra-
tégies éditoriales consistant à répondre au risque d’incertitude en
De nouvelles formes de compétition
production par la multiplication de projets testant auprès du public
La multiplication des modèles d’affaires, à partir d’acteurs très de nouveaux concepts et de nouvelles idées … dans l’espoir que l’un
différents de la chaîne de valeur, définit de nouvelles formes de d’eux décroche le succès. Ces comportements s’accentuent sur
compétition pour le contrôle du consommateur. Elles s’opèrent à internet car ils s’y doublent d’autres effets. La numérisation et la
l’intérieur des mêmes filières entre fournisseurs de technologie, quasi-absence de limitation physique au stockage et à la diffusion
producteurs, diffuseurs, prescripteurs et nouveaux intermédiaires. permet une accumulation « mécanique » : l’ensemble des contenus
Il s’agit là d’une nouveauté radicale par rapport aux modes de disponibles ne fait que croître car chacun reste désormais toujours
concurrence dans la culture, qui opposaient, traditionnellement, accessible au plus grand nombre. La masse des contributeurs
les producteurs entre eux ou les distributeurs entre eux.
amateurs ou aspirant professionnels disposés à mettre leurs
Ces mouvements s’accompagnent d’une réorganisation des productions en ligne pour se faire reconnaître contribue encore à
chaînes de valeur. La rationalisation des activités dans le cadre de l’explosion des contenus.
nouvelles structures d’offre se focalise d’abord sur l’intégration
La conséquence principale de cette hyper-offre est le poids gran-
des distributeurs avec leurs fournisseurs stratégiques, via des dissant des plateformes d’agrégation de contenus et des acteurs ou
accords d’exclusivité notamment. Cette primauté de l’intégration dispositifs de référencement permettant aux consommateurs de foca-
des filières industrielles par l’amont s’explique par plusieurs liser leur attention dans la masse des contenus disponibles. C’est une
facteurs : la sécurisation des approvisionnements conduit à l’ins- des raisons importantes du glissement vers l’aval du centre de gravité
tauration de relations de longue durée entre fournisseurs et distri- des filières, tout comme du poids grandissant qu’y prennent aujourd’hui
buteurs et à la recherche d’exclusivité sur des produits à forte les plateformes. C’est pour cette même raison que les travaux en
notoriété pour attirer des consommateurs et imposer des moda- management et en économie mobilisent de plus en plus des analyses
lités de transaction (offres de services groupés, engagements en termes de marchés bifaces ou de modèles de prescriptions.
Q
pluriannuels).
www.cnrs.fr
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R21

Dossier
Analyse économique
Essai sur la nouvelle donne de l'économie numérique... montrant comment l'illimité et le gratuit sont les consé
et que la maïeutique dévoile.
Criton s’éveillant à l’économie numérique :
par Nicolas Curien, membre de l’Autorité
Socrate : De tout ce que nous
diagrammes chers aux
qu’ici et maintenant, j’achève ma
Socrate : Mon souhait n’est pas
venons d’entendre, je sens ton
économistes, une courbe dont la
récitation et t’explique que, sur
différent, en effet, très
esprit fort agité, ô Criton ! Ne
croissance en fonction de la
l’axe des abscisses, le segment AB,
pédagogue Criton ! Peux-tu
conviendrait-il point de convertir
quantité Q, portée sur l’axe
support horizontal de la « lentille »
poursuivre, en détaillant
ce sourd tumulte en sereine
horizontal des abscisses, manifeste
formée par nos deux courbes U et
davantage, s’il te plaît, et le rôle
sagesse ?
la satisfaction cumulative des
C, est le lieu des états réalisables
du prix, et les conditions de sa
Criton : Comme je le voudrais,
besoins à partir de zéro, puis dont
de l’économie, ceux pour lesquels
formation sur le marché ?
moi aussi, ô Maître ! Mais
l’aplatissement progressif traduit
l’utilité U de la consommation
Criton : Dois-je vraiment
comment y parvenir, alors même
un phénomène de satiété du
excède le coût C de la
argumenter devant toi, Maître,
qu’il est proprement impossible
goût ?
production ? Souhaites-tu
qu’un prix p* égal à l’utilité
d’extraire le moindre sens des
m’entendre ajouter que, au sein
marginale dans l’état optimal,
incohérents propos qu’ont tenus à
du segment AB, le point Q*, à la
autrement dit égal à l’utilité de la
l’envi sur l’agora ces nouveaux
verticale duquel le « ventre » de la
Q*ème unité, incite les
prophètes, prêchant les prétendus
lentille est le plus « enflé »,
consommateurs à acheter
bienfaits de l’économie
correspond à l’état optimal, car
exactement Q*, ni plus, ni
numérique : ils n’ont à la bouche
c’est celui pour lequel le surplus
moins ? Dois-je pour cela révéler
que les mots « abondance »,
collectif U – C, excédent de l’utilité à ta perçante vue qu’au-delà de
« gratuité » et « illimité », autant
sur le coût, atteint sa valeur
Q* la courbe U est moins pentue
d’absurdités qui nient les
maximale ? Souhaites-tu encore
qu’elle ne l’est en ce point, où sa
fondements mêmes de
Socrate : Très juste, fidèle
me faire dire qu’en ce niveau
pente est le prix p*, si bien que
l’économie, tels que je les tiens si
disciple ! Et veux-tu bien
optimal commun Q* de la
toute unité en sus de Q*
précieusement de tes savants
maintenant tracer, dans le même
production et de la
apporterait à celui qui la
enseignements !
repère, une autre courbe, en
consommation, la pente de la
consomme moins d’utilité qu’elle
courbe d’utilité U est égale à celle
Socrate : Crois-tu vraiment que
partant cette fois d’une certaine
ne lui coûterait à l’achat ; tandis
de la courbe de coût C, si bien
ces prophètes soient fous ? Moi, je hauteur sur l’axe vertical des
qu’en se plaçant en deçà de Q*,
que l’utilité de la dernière unité
pense plutôt que la vérité est de
ordonnées et en incurvant ton
en un point où la pente de la
consommée, dite utilité à la
leur côté.
trait vers le haut ?
courbe U est donc supérieure au
marge, ou encore utilité
prix p*, les consommateurs se
Criton : Tu m’as accoutumé au
marginale, est égale au coût de
priveraient sans raison de
paradoxe, Maître, mais pas à la
produire cette même unité, dit
consommer certaines unités
déraison ! Tu plaisantes, c’est
coût marginal ? Et souhaites-tu
supplémentaires, pourtant plus
certain !
m’entendre conclure que l’égale
utiles que leur coût d’achat.
valeur de cette utilité marginale et
Socrate : Rien n’est plus sérieux,
Permets moi au moins, tyrannique
de ce coût marginal n’est autre
au contraire, Criton ! Te souviens-
Socrate, de te faire grâce du
que le prix unitaire p* qui, sur la
tu des leçons du géomètre
raisonnement, en tout point
place du marché, devrait régler les
Euclide ?
analogue au précédent,
échanges entre vendeurs et
démontrant que fournir une
Criton : Certes ! Mais le nombre
Criton : Voilà qui est fait, Maître !
acheteurs, afin que les
production inférieure au niveau
pi, les droites, les cercles et les
Je suppose que, dans ton esprit
consommateurs choisissent
efficace Q* priverait les
autres courbes ne sont-ils pas
fécond, cette deuxième courbe
précisément d’acheter la quantité
producteurs de la vente de
totalement étrangers à notre
représente un coût C, dont la
certaines unités rentables, car
affaire ?
partie fixe est mesurée par
vendues plus cher qu’elles ne leur
Socrate : Point tant que tu
l’ordonnée à l’origine F et dont la
coûteraient à produire ; tandis
l’imagines ! Veux-tu, je te prie,
partie variable, plus que
que fournir au contraire une
prendre cette baguette et tracer
proportionnelle à la quantité
production supérieure à Q* les
sur le sable un repère formé de
produite, s’accroît selon un profil
conduirait à vendre à perte les
deux axes perpendiculaires, puis
convexe ?
unités excédentaires.
une courbe qui s’élève depuis
Socrate : On ne saurait mieux
Socrate : Je t’en fais grâce, en
l’origine O de ce repère, en
dire, très cher Criton ! De mes
effet ! Mais continue, je te prie,
tournant sa concavité vers le bas ?
modestes leçons, quel
brillant Criton !
Criton : Une courbe à la manière
remarquable profit tu as retiré !
optimale Q* et les producteurs
Criton : Qu’il en soit fait selon ta
de celle qui représente l’utilité U
Criton : Souhaites-tu, Socrate, en
décident de leur vendre cette
volonté, Socrate, et que ma
de la consommation dans les
me piquant d’une telle ironie,
même quantité ?
langue maladroite porte jusqu’à
22R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
quences inéluctables de la déformation des fonctions de coût et d'utilité. Une causalité rarement mise en évidence
une sotie socratique
ton oreille experte le reste de ce
spontanément et de manière
exactement ce que j’attends de
de la rareté et de la satiété : du
qu’elle entend déjà ! Mais sois
décentralisée, à échanger la
toi !
côté du coût C, une fois consenti
certain que j’arrêterai, ensuite, de
quantité efficace Q* : en effet, sur
Criton : Soit ! Puisque tu sembles
l’investissement initial d’installation
satisfaire ta feinte curiosité ! La
un marché où le prix unitaire
inexorablement sombrer dans
du réseau, les frais de gestion des
double égalité « utilité marginale
d’échange est p, la quantité Qo
l’insondable abime de
flux et d’extension des capacités
= prix = coût marginal » est le
offerte par les producteurs est telle l’ignorantisme, j’efface sur le
croissent plus vite que le volume
cœur même de la science
que le coût de la dernière de ces
champ l’harmonie de cette
du trafic ; et, quant à l’utilité U
économique et elle nous porte
Qo unités, la plus coûteuse à
géométrie économique et, pour
que procure le service
deux messages essentiels. Primo,
produire, soit juste recouvré par le
mieux te plaire, Socrate, je rends
téléphonique, le seul rendu sur ce
dans une république comme
prix de vente p, tandis que la
au sable sa virginité originelle, que
réseau, elle croît, mais de moins en
Hellas où les ressources sont rares,
quantité Qd demandée par les
mon intempestive figure n’aura
moins vite en fonction du volume
c’est-à-dire de plus en plus
consommateurs est telle que
polluée qu’un très court instant !
de trafic, les usagers manifestant
coûteuses à produire lorsque la
l’utilité de la dernière de ces Qd
une plus grande appétence pour
quantité Q augmente, il existe une
unités, la moins utile à
Socrate : N’en fais surtout rien,
leurs premières minutes de
quantité efficace Q*, qui dépend
consommer, compense juste le
inconséquent Criton, et conserve
communication que pour les
tout à la fois des caractéristiques
prix d’achat p ; or, tant que le prix
intact ton passionnant dessin !
dernières. Donc, il existe un
de la production et de celles de la
p ne s’est pas ajusté au niveau
Que t’ai-je donc appris, pour que
volume efficace de trafic Q*,
consommation : Q* est la solution
efficace p*, alors les quantités Q
la colère et l’amertume chassent
o
auquel correspond un prix efficace
en Q de l’équation « utilité de la
et Q
ainsi de ta psychè toute trace de
d diffèrent l'une de l'autre,
p* de la minute de communication
Qème unité = coût de la Qe
créant un excès d’offre ou un
discernement ? Et souffres-tu
! Par conséquent, s’agissant de la
unité ». Secundo, le libre jeu des
excès de demande, si bien que les
d’hallucinations, pour apercevoir
téléphonie classique, il y a rareté et
interactions entre vendeurs et
échanges, comme guidés par une
en ton maître le spectre de
non pas abondance, satiété et non
acheteurs conduit ceux-ci,
main invisible, se poursuivent
l’obscurantisme ? Que t’ai-je
pas consommation illimitée,
jusqu’à l’égalisation Q
enseigné, précisément à propos
o = Qd = Q*
paiement à l’unité et non pas
de l’offre et de la demande, c’est-
d’obscurité et de lumière ?
gratuité !
à-dire jusqu’à l’équilibre du
Criton : Qu’une âme bien née
Socrate : J’en conviens très
marché, où l’état efficace se
doit se porter vers les ombres du
volontiers, grand professeur Criton
trouve de surcroît fort
savoir, et non point vers ses
! Mais, dis moi, est-ce de
opportunément réalisé. Cela suffit-
lumières ? Signifies-tu que mon
téléphonie classique que nous ont
il à t’instruire, ô élève Socrate ?
dessin n’éclaire que ce que nous
entretenu si ardemment ce matin
Socrate : Presque, ô Maître Criton, savions déjà et qu’il n’illumine
les nouveaux prophètes ?
mais point tout à fait !
guère ce que nous voudrions
comprendre ? Suggères-tu qu’en
Criton : Certes non ! Pour eux, le
Criton : Que veux-tu maintenant
le conservant, mais en lui
téléphone analogique n’est déjà
me contraindre à te dire, vieillard
apportant quelques
plus que vestige du passé et ruine
sans pitié ? Que cette subtile
transformations adaptées, nous
du futur ! Ils ne parlent que de
connaissance, hier patiemment
saurions ainsi pénétrer les arcanes
l’internet et des réseaux
transmise à mon jeune esprit par
de la prophétie numérique ?
électroniques multimédia de
tes soins éclairés, serait aujourd’hui
nouvelle génération, construits en
devenue vulgaire crotte de
Socrate : Sache, cher Criton, que
fils de verre, voire même sans fil du
taureau ? Dois-je, pour t’agréer,
ta démarche suscite à nouveau
tout, sur lesquels les
clamer que ces prophètes, que
tout mon intérêt !
communications vocales ne
nous avons ouï tous deux et dont
Criton : Merci de ton
représenteront plus qu’un type très
le discours m’exaspère au plus
encouragement, grand Socrate !
particulier de contenu, au côté des
haut point, ont en réalité raison de
Mais reconnais à tout le moins que
images vidéo, des photos, des
nier la rareté économique et de
mon dessin rend très
textes… et d’une multitude de
prôner l’abondance et la gratuité ?
convenablement compte de la cité
données numérisées de toute
Veux tu que, là, devant toi, je fasse
pré-numérique, celle du « bon
nature, qui seront produites et
table rase d’un savoir si solidement
vieux réseau téléphonique », qui
échangées à profusion sur ces
fondé, qui fut d’abord tien, avant
reliait – et relie encore – Sparte à
nouvelles infrastructures… Mais
de devenir mien ?
Athènes, Athènes à Marathon, et
déjà tu ne m’écoutes plus, Socrate !
Socrate : Tu devances
Marathon à Thèbes, au moyen de
Et qu’as-tu tracé là, sur le sol, à la
admirablement mes désirs, ô
force conduits de cuivre ! Nous
dextre de mon dessin ?
noble Criton ! C’est en effet très
sommes bien là dans le domaine
Suite page 24 •••
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R23

Dossier
••• Suite de la page 23
Socrate : L’erreur, trop sceptique
adapté ! Lorsque coût et utilité sont
Criton, est d’en voir une là où il n’y
fixes, la tarification doit être fixe, elle
en a nulle ! Et si tu n’as commis
aussi : l’utilisateur ne paye plus des
aucune erreur dans ton magistral
unités d’usage, il paye son accès à
argument, alors tes chers amis les
l’usage. Et selon la valeur A du
prophètes du numérique, ces
forfait d’accès, comprise entre le
chantres du Q* illimité, qu’ils
coût C et l’utilité U, le surplus
nomment abondance, et du zéro-
collectif U – C est différemment
p*, qu’ils nomment gratuité, n’en
réparti entre, d’un côté, les
n’ont pas commis davantage !
fournisseurs d’accès et de contenus,
Socrate : Bien au contraire, c’est en
services, applications et contenus,
Criton : Veux-tu dire, ô lumineux
dont le surplus est A – C, et de
t’écoutant scrupuleusement que j’ai
rendus disponibles à travers les
Socrate, que nous avons construit
l’autre, les abonnés aux réseaux et
tracé ce que voient tes yeux, ô
réseaux et consommables à volonté.
ici, ensemble, les soubassements
les consommateurs de contenus,
Criton : deux droites horizontales !
Je salue ton génie, ô Socrate, car,
théoriques qui fondent leurs
dont le surplus est
Et c’est toi-même qui, par ton
par la conjugaison de ces deux
croyances insensées ?
U – A… Sous la rectification des
verbe, guidant fort savamment ma
effets, il est indisputable que les
courbes en droites, se profilait donc
Socrate : Absolument ! Et
main, est le véritable artisan de ce
deux courbes U et C tendent vers la
un profond changement de
permets-moi d’ajouter, ô perspicace
nouveau dessin !
plus parfaite des horizontalités !
paradigme !
Criton, qu’une croyance vraie
Criton : Dois-je ici deviner, Maître,
Socrate : Et qu’en déduis-tu ?
accédant par là même au rang de
Socrate : Je constate avec joie que
que ce second tracé est la
Criton : J’en déduis que, pour
connaissance scientifique, tes amis
ma médecine agit à merveille, fidèle
représentation de l’économie
calculer la quantité Q* et le prix p*
quittent désormais le cercle des
Criton, et que la fraîcheur de ton
numérique, alors que le premier
efficaces sur le marché du
prophètes pour nous rejoindre au
aimable teint n’a d’égale que celle
était celui de l’économie pré-
numérique multimédia, il n’est qu’à
panthéon des savants !
de ton nouveau savoir ! Dis moi,
numérique ?
reprendre les raisonnements que
connais-tu quelque lieu où nous
Criton : Pas si vite, Socrate ! Un
pourrions porter nos pas, afin d’y
Socrate : Il en est selon tes dires
nous menions au début de notre
dernier point, et non de maigre
boire un doux nectar et nous reposer
mêmes ! Peux-tu toutefois
dialogue, mais en les appliquant
importance, je dois le confesser, me des travaux de l’esprit ?
commenter quelque peu, afin
cette fois au cas de courbes plates
trouble avec insistance… Ah ça,
d’élever le degré de ma modeste
et non plus curvilignes !
m’écoutes-tu encore ? Et pourquoi
Criton : Athènes ne manque pas de
compréhension ?
Socrate : Eh bien alors, qu’attends-
traces-tu cette troisième
plaisantes tavernes et je m’en remets
horizontale, que tu nommes A, en
entièrement à ton choix, ô convivial
Criton : Payer la vérité au prix de la
tu ? Et pourquoi prends-tu soudain
position médiane entre les droites
Socrate !
raillerie est peut-être en définitive
une mine aussi intriguée, ô
U et C ?
commerce équitable ! J’imagine
valeureux Criton !
Socrate : Gagnons donc ce vaste
donc que, sur ton dessin, disons
parc qui, non loin des portes de la
« notre » dessin, l’horizontale
cité, offre au public tant
inférieure est l’apparence nouvelle
d’amusantes attractions ! Figure-toi
que revêtira, à terme, la courbe de
que j’y ai donné rendez-vous à nos
coût C : dans le monde des réseaux
« prophètes », car ils m’ont sollicité
numériques et des services
comme conseil – pardon, ai-je omis
multimédias, il est certain, en effet,
de te le signaler ? – et je compte
que le coût devient quasiment
bien leur démontrer, par l’exemple,
insensible aux quantités, qu’il
comment fonctionne une
s’agisse du coût d’installer au départ
Criton : N’est-il point en effet fort
Socrate : Parce que c’est la seule
« économie de l’attraction », où
des capacités de réseau, qui
étrange, ô Maître, que la quantité
médecine que je puisse trouver afin
l’entrée certes est payante, mais où
pourront ensuite écouler des
efficace soit indéterminée et que le
de soulager ton trouble, ô Criton !
les tours de manège sont gratuits !
volumes colossaux presque sans
prix efficace soit nul ? Et pourtant,
limitation, ou bien qu’il s’agisse de
regarde par toi-même ce si beau
créer des contenus originaux qui
résultat, produit par le nouveau
pourront ensuite indéfiniment être
dessin ! Le surplus collectif U – C est
numériquement répliqués pour un
désormais indépendant de la
coût variable négligeable. J’imagine
quantité Q et il donc toujours
que, de même, l’horizontale
maximal, puisque les courbes U et
supérieure préfigure le futur de la
C, horizontales et parallèles, sont
courbe d’utilité U qui, à l’instar du
partout séparées par une même
coût C, devient également très peu
distance constante : la quantité
dépendante de la quantité :
efficace Q* est donc indéterminée !
Criton : Lis-tu donc dans mes
Criton : Je t’accompagne sans ran-
s’opposant à l’ordre ancien où le
Et, pire encore, pour tout niveau
pensées, pénétrant vieillard, ou bien
cune, roué vieillard, mais sois sûr que
consommateur achetait des minutes
arbitraire de cette quantité
sont-elles déjà présentes dans ton
je t’entraînerai sur le « tonnerre de
de communication, c’est-à-dire un
indéterminée, les deux courbes U et
esprit, avant même que le mien les
Zeus », et nous verrons alors si ton
volume d’usage mono-service, il
C ont la même pente et celle-ci est
ait seulement conçues ? Comment
frêle estomac saura, sans rechigner,
semble bien, en effet, que s’ouvre
nulle, puisqu’il s’agit de droites
paye-t-on un bien ou un service
y faire autant de tours que que ton
désormais une ère de l’option
horizontales : le prix efficace p* est
lorsqu’il est « gratuit »? », tel était
esprit retors m'en a joué ici! Q
d’usage multiservice, dans laquelle
donc nul ! Où se loge l’erreur
l’objet de mon trouble ! Et ta
l’utilisateur achète, non pas une
menant à pareilles absurdités ?
troisième droite A, Socrate,
quantité donnée d’usage, mais un
Secours moi, je t’en prie, très
indicatrice d’une facturation
accès à toute une palette des
généreux Socrate !
forfaitaire, est bel et bien le remède
24R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
e-commerce
Vendre des chaussures à distance : une drôle d’idée ? Et pourtant, ça marche ! Gros plan sur le
e-commerce à travers le modèle économique de Sarenza, avec Stéphane Treppoz, son patron.
centre ville, résisteront, parce que
beaucoup de gens font encore
Stéphane Treppoz
des achats d’impulsion et de
proximité.
Le consommateur
T Quelles sont les difficultés
que peut rencontrer un site
au cœur des modèles
de e-commerce ?
Le plus dur est de savoir encaisser
les pics de trafic lors du 1er jour de
T Qu’est-ce qui fait acheter Nous avons vendu un million de
choix ou bien des hommes et des
soldes ou en cas de passage à la
des chaussures par
paires et nous prévoyons d’en
femmes pressés qui vivent à Paris,
télévision. Sinon comme dans tous
internet ?
vendre 4 à 5 millions dans trois à
comme les patrons du CAC 40
les métiers, c’est une question
D’abord, il ne faut pas regarder
quatre ans. Le marché français,
ou des cadres dirigeants qui
d’exécution : « retail is detail »
l'achat de chaussures sur internet
c'est 360 millions de paires
détestent faire des courses et
comme disent les américains.
avec un œil de Parisien mais avec
vendues. Je suis donc très content
pour qui le temps est plus
Nous nous devons de délivrer une
celui du Français moyen. Ce
avec 0,3% du marché en volume
important. Nous avons même un
expérience irréprochable de bout
Français là habite dans une petite
et 1% en valeur en 2010 !
livreur qui vient à domicile ou au
en bout pour le consommateur
ville ou à la campagne et il n'a pas
bureau avec plusieurs paires,
afin de le fidéliser et d’amorcer le
accès au choix. S'il a une boutique
T Quand même, comment
attend et repart avec les paires
bouche à oreille.
près de chez lui, elle lui propose
acheter un produit sans
que vous ne voulez pas. Chez
au mieux une dizaine de marques.
l’avoir essayer ?
nous, le client a toujours raison
T Pour finir, quelle est
Sarenza*, elle, propose 300
Quand vos enfants partent en
dans 100% des cas.
la technologie future qui
marques - soit 30 fois plus qu'une
colonie et que vous avez - cas
aura le plus d’impact sur
boutique de province et 3 fois
typique !- oublié d'acheter les
T Le e-commerce ne va-t-il
le e-commerce ?
plus qu’un grand magasin parisien
chaussures qui vont bien, que
pas tuer la distribution ?
Je crois énormément au très haut
– et à peu près tous les modèles.
vous pouvez vous les faire livrer en
A la grande différence d'autres
débit. A partir du moment où
Par ailleurs, contrairement à un
4 heures à Paris ou en proche
types de distribution sur internet,
vous réussissez à reconstituer à la
petit magasin, les chances
banlieue et jusqu'à 22h30, ou que
Sarenza n’est pas un casseur de
maison, sans la pression d'un
statistiques d'avoir dans notre
vous êtes un homme, que vous
prix ; nous vendons l'hyper
vendeur, sans la contrainte des
stock la pointure du modèle qui
achetez toujours les mêmes
service et l'hyper choix, au prix
horaires, sans la contrainte des
intéresse le client sont énormes, y
chaussures et que votre
boutique, sauf durant les ventes
déplacements, une expérience
compris pendant les soldes.
commande est gardée en
privées sur d’anciennes
d'achat similaire à celle d’un
Un choix énorme, un stock
mémoire pour vous permettre de
collections.
magasin, cela vous donne des
disponible sans délai, une
racheter exactement les mêmes
Cale dit, je vous mentirais en
avantages énormes par rapport
expédition dans la journée, en
deux ans plus tard, et enfin, que
affirmant qu'il n'y a pas d’impact
au magasin. Finalement, que
4 heures à Paris et en 48h partout
les frais d’envoi et de retour sont
sur la distribution. Si vous êtes un
reste-t-il aux magasins
en France, des frais d’envoi et de
gratuits et que les chaussures
petit magasin de province et que,
aujourd'hui ? Un, la gratification
retour gratuits : voilà le modèle
retournées sont remboursées en
progressivement, vous perdez 10
immédiate de partir avec votre
économique de Sarenza et ça
cash, pour que vous n’ayez pas
à 20% de votre activité à cause
produit, ce qui est majeur, et
marche ! Nous avons fait en 2009
peur de les acheter sans les avoir
du commerce en ligne ou de la
deux, la théâtralisation de l'offre,
plus de 40 millions d'euros de
essayées, il n'y a plus de souci !
grande distribution, il y a bien un
le fait que vous donniez envie aux
chiffre d'affaires et nous allons
Notre cœur de cible, ce sont les
moment où le seuil de rentabilité
gens d'acheter chez vous parce
plus que doubler ce chiffre cette
provinciaux qui n'ont pas accès au
n’est plus là... Oui, certains
que vous avez mis la chaussure à
année.
commerces seront impactés mais
vendre sur un petit green de golf.
les vrais bons professionnels, en
Avec le très haut débit et la vidéo,
L’e-commerce en 2009
internet sera un concurrent de
plus en plus important pour les
Les ventes en ligne ont progressé de 26% en 2009 et
selon la Fevad. Le panier moyen en 2009 s’établit à
petits magasins, mais je pense
ont franchi le cap des 25 milliards d’euros, selon le bilan
90 euros, en baisse de 2% par rapport à 2008.
qu’il y aura toujours de la place
2009 publié par la Fédération du e-commerce et de la
24,4 millions de Français ont déjà acheté sur internet,
pour les bons professionnels on
vente à distance (Fevad) et le secrétariat d’Etat chargé
soit 2 millions de plus en un an. L’explosion de l’offre
et off line.
Q
du commerce, de l’artisanat, des PME, du tourisme, des
se poursuit avec la création de 17 000 nouveaux sites
*Sarenza est la copie d'un site
services et de la consommation, à partir d’un panel de
marchands en 2009 (64 100 sites au total), soit 35%
américain, zappos.com, créé il y a dix
37 sites de commerce électronique. Entre 2000 et 2009,
de plus en un an. Il se crée près de 2 sites marchands
ans, qui a réalisé 1 milliard de dollars
le e-commerce aura vu son chiffre d’affaires multiplié
toutes les heures en France.
de chiffre d'affaires en 2009 et qui a
par 35. En 2010, il devrait dépasser les 30 milliards,
(Source Fevad : www.fevad.com)
été racheté par Amazon à Noël.
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R25

Dossier
Équipementiers
La révolution numérique, et notamment l’explosion de l’internet mobile, impacte profondément les
Comment réorientent-ils leur R&D ? Sur quels secteurs investissent-ils ? Les réponses de Qualcomm
Accompagner l’avènement
de l’internet mobile
par Wassim Chourbaji, directeur des affaires réglementaires et fréquences, Qualcomm
qualité des services. Qualcomm
disponibilité d’une multitude de termi-
seront connectables à des réseaux
concourt à l’émergence rapide de ces
naux 3G/UMTS900 en Europe. Un
d’accès divers qu’ils sauront sélec-
technologies à travers sa participation
travail équivalent est entrepris sur la
tionner en fonction des critères de
aux travaux de standardisation du 3GPP
bande 1800 MHz pour permettre la
qualité des services demandés, de la
et grâce à sa position de leader dans la
disponibilité, début 2011, de terminaux
disponibilité des différents réseaux
fourniture de puces 3G HSPA+ et multi-
3G/UMTS1800.
d’accès et du type de souscription aux
modes HSPA+/LTE qui permettront aux
L’amélioration significative de la
services. Dans ce domaine, nos efforts
utilisateurs de profiter d’une couverture
capacité des réseaux mobiles et l’offre
d’innovation portent sur plusieurs axes,
Aujourd’hui,
haut débit mobile sans couture.
de services uniformes aux utilisateurs
avec, par exemple, la mise à disposition
il y a plus
La mise à disposition de bandes de
en tous lieux nécessiteront également
de composants mobiles combinant des
d’un milliard d’abonnés à la 3G
fréquences nouvelles et harmonisées
le développement d’architectures
performances de traitement et de
dans le monde. Ils seront 2,8 milliards
est l’un des éléments clés de ces évolu-
nouvelles de réseaux radio basées sur
consommation d’énergie, et le déve-
en 2014. Tous bénéficient d'un accès
tions technologiques, conduisant aux
la densification à l’aide de femto
loppement d’écrans à faible consom-
personnalisé et permanent à leurs appli-
investissements et aux économies
cellules, l’organisation automatique,
mation utilisant la réflexion de la
cations internet grâce à des terminaux
d’échelle. Nous contribuons activement
l’accès intelligent au spectre, la gestion
lumière pour créer des interférences
connectés, intelligents et « conscients
aux travaux des instances internatio-
des interférences, l’utilisation des
entre des longueurs d'ondes spéci-
de leurs environnements ». L’internet
nales (UIT-R) et européennes (CEPT)
communications de pair à pair et de
fiques afin de générer de la couleur,
devient mobile, et on observe une
menant à l’allocation de spectre addi-
liaisons mobiles descendantes asymé-
similaire au phénomène qui confère
augmentation exponentielle des débits
tionnel aux services mobiles et à l’adop-
triques à l’aide de fréquences non
aux ailes des papillons leurs couleurs.
et du trafic de données.
tion harmonisée de canalisations
appairées, ainsi que l’intégration des
Ces évolutions technologiques
Qualcomm accompagne l’avène-
optimales pour un usage efficace des
RLAN sur les puces 3G. Un effort
seront nécessaires afin de pérenniser le
ment de cet internet mobile en investis-
fréquences et pour l’émergence et la
continu de recherche et développe-
développement d’un internet mobile
sant une part importante de ses
concurrence des standards. Les bandes
ment est en cours dans l’ensemble de
de qualité, dont l’atout majeur
revenus – environ 20% du chiffre 800 MHz et 2,6 GHz en sont des exem-
ces domaines.
demeure toutefois le potentiel qu’il
d’affaires par an – dans l’innovation
ples récents. La réutilisation des bandes
procure à la société par l’accès universel
afin de favoriser les grandes évolutions
de fréquences dites 2G par la 3G est
Terminaux variés
aux services aussi bien à caractère
technologiques dans les réseaux, les
tout aussi cruciale afin d’accompagner
L’évolution des terminaux s’oriente
commerciaux que sociétaux (santé,
terminaux et les services.
la montée en débit, augmenter la capa-
vers une convergence accrue entre la
éducation, sécurité, développement
cité voix et données des réseaux et
communication, le contenu, l’électro-
durable, etc.), auxquels Qualcomm
Fréquences harmonisées
atteindre une couverture haut débit
nique grand public et l’internet des
contribue à travers de nombreux déve-
L’évolution des réseaux mobiles vers
mobile universelle. A ce titre, l’en-
objets, avec l’apparition de terminaux
loppements, comme par exemple dans
le HSPA+, le LTE et le LTE-Advanced
semble des puces 3G UMTS de
très variés, des smartphones, smart-
la gestion de la santé sans fil, les trans-
permettra d’augmenter leur capacité,
Qualcomm supportent aujourd’hui la
books, livres numériques, périphériques
ports ou les smartgrids.
Q
d’améliorer les débits et de fiabiliser la
bande 900 MHz, favorisant ainsi la
médicaux, véhicules… Ces terminaux
www.qualcomm.fr
Explosion du trafic IP : le zettaoctet est en vue !
Un zettaoctet correspond à la capa- zettaoctet, soit quatre fois plus qu’en représenter en 2014 plus de la moitié du débits importants. Ces applications de
cité de stockage de 250 milliards
2009. Le trafic mensuel en 2014 sera
trafic total. L’explosion du trafic vidéo
machine à machine pourraient repré-
de DVD (soit 1000 milliards de gigaoc-
équivalent à 32 millions de personnes
s’explique par l’adoption toujours plus
senter à terme un trafic plus important
tets). Ainsi, Cisco prévoit qu’en 2013 le
visualisant simultanément le film Avatar
large des services de vidéo via les accès
que les vidéos vues par les utilisateurs !
trafic écoulé sur internet augmentera
en 3D, et ce en continu pendant tout le
internet et par l’amélioration de la
Cette croissance des usages suit
chaque mois d’une quantité égale au
mois !
qualité de ces flux. Mais également par
globalement une progression exponen-
trafic écoulé pendant toute l’année
Les contenus vidéo devraient générer
la diversification des applications vidéos,
tielle mais reste difficile à appréhender
2008. A ce rythme, le trafic écoulé en
d’ici quelques mois un trafic plus impor-
comme les services de vidéosurveillance
sur chacun des types de réseaux. Cisco
2014 devrait avoisiner trois quart de
tant que les échanges peer to peer et
qui consomment en permanence des
remarque ainsi que la croissance du
26R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
métiers des équipementiers télécoms. Comment réagissent-ils à ces nouveaux défis ?
et de Nokia Siemens Networks.
Interview de Annie Blanche, présidente de Nokia Siemens Networks France
que les utilisateurs fournissent à
chaque fois qu'ils se connectent
Evolutions disruptives
à un site web ou utilisent un
téléphone mobile.
dans les télécommunications :
Parce qu'ils sont le principal
point d'accès à internet, les
enjeux et opportunités
opérateurs sont idéalement
positionnés pour garantir la
T Pourquoi la capacité
fréquence.
génère une activité significative
confidentialité de chacun sur
réseau est-elle
Nous avons
de signalisation qui entraîne
le web. Tout en assurant la
actuellement au centre des
constaté que 20 % des individus
une consommation d’énergie
protection contre l’usurpation
préoccupations ?
utilisent plus de 80 % de la
accrue pour le terminal et une
d'identité, les opérateurs
Avec l’adoption massive de
bande passante. Si vous ajoutez
forte charge sur les réseaux.
peuvent simplifier l'expérience
smartphones et de modems 3G,
à cela la répartition inégale du
Grâce à nos solutions innovantes,
client et offrir une gamme de
Nokia Siemens Networks prévoit
trafic dans le réseau, vous
nos clients opérateurs ont les
services personnalisés. Par
que le trafic des données
comprenez que l'équilibrage du
moyens de gérer sereinement ce
exemple, l’opérateur peut
augmentera de plus de 100 fois
trafic peut également constituer
phénomène. Ainsi, une récente
proposer un service qui évite le
dans le monde d’ici 2015. Les
une stratégie très efficace. Ainsi,
étude de Signal Aheads a
tracas des identifications à
opérateurs doivent repenser leurs
la capacité radio peut être
confirmé que notre solution
répétition sur le web.
réseaux pour maintenir leur
optimisée par le déploiement de
permet d’allonger l’autonomie
Nokia Siemens Networks et
rentabilité et garantir à leurs
sites supplémentaires dans des
des batteries de plus de 30%.
Movistar Argentine ont été
clients les performances exigées
points d'accès en forte charge,
primés pour cette approche lors
par ces services de données.
l'utilisation de configurations
T La virtualisation
de la conférence GTB à
radio à six secteurs au lieu des
représente un autre défi
Londres. (3)
Q
T Quelles sont les
installations tri-sectorielles
majeur pour les
www.nokiasiemensnetworks.com
stratégies que les
classiques, l'application de la
opérateurs. Comment
opérateurs peuvent mettre
(1)
qualité de service différenciée, et
peuvent-ils tirer parti de
Etude disponible sur
www.nokiasiemensnetworks.com/sit
en œuvre pour atteindre
le délestage du trafic dans les
leur position unique pour
es/default/files/document/Mobile_bro
ces objectifs ?
zones densément peuplées. Ce
rendre l'accès à internet
adband_A4_26041.pdf
D'après l'étude que nous avons
type de programme
plus sécurisé ?
(2) Détails disponibles sur
réalisée (1), les opérateurs peuvent
d’optimisation mené
Dans l'internet, aucun individu
www.nokiasiemensnetworks.com/ne
offrir de manière rentable 5 Go
conjointement par Nokia
n'a une identité unique. Chacun
ws-events/press-room/press-
de données par mois à chacun
Siemens Networks et O2 UK a
a ce qu'on appelle un "digital
releases/upgrade-for-o2-delivers-supe
rior-smartphone-experience-in-lond
de leurs abonnés en déployant
récemment reçu un prix
self", ou "soi virtuel". Cette
(3)
en particulier les technologies
d’innovation lors de la
notion fait référence à la somme
Détails disponibles sur
www.nokiasiemensnetworks.com/ne
radio HSPA et LTE dans les sites
conférence Global Telecoms
de toutes les informations
ws-events/press-room/press-
existants et en utilisant le spectre
Business (GTB) à Londres (2).
personnelles et
releases/movistar-argentina-and-noki
sur plusieurs bandes de
Par ailleurs, un smartphone
comportementales fragmentées
a-siemens-networks-win-global-telec
Croissance du trafic sur internet
IPTV et autres services exclus
trafic de données sur les réseaux mobiles
également être revues régulièrement
dépasse une simple croissance «orga-
avec la prolifération de nouveaux termi-
nique », à cause des utilisateurs qui trans-
naux comme les TV connectées qui pour-
posent leurs usages fixes au mobile. Ainsi,
raient capter 10% du trafic internet en
le trafic doublera chaque année sur les
2014. Quant à la proportion des flux
réseaux mobiles, alors qu’il n’augmentera
faisant l’objet de techniques de priorisa-
« que » de 34% par an en moyenne sur
tion (IPTV par exemple), elle devrait rester
l’ensemble des réseaux.
constante les prochaines années avec
Les prévisions de croissance doivent
environ 20% du trafic total.
Q
Source : CISCO, VNI 2010
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R27

Dossier
Modèles économiques
Apple a « inventé » un modèle économique innovant, l’Appstore. Il s’agit en réalité de l’adaptation de la fonction
la Californie presque trente ans plus tard, fit aussi un détour par le Japon où il fut transposé par NTT sous le nom d’i-
Apple impose son modèle
par Henri Verdier, directeur du Think Tank de l’Institut Télécom, membre du comité de prospective de l’ARCEP
musique numérique ou de la vidéo à la consisté à protéger les vendeurs (d’où mique :
demande, imposant même le partage le prix unique du livre par exemple) ou - la qualité, la continuité et la fluidité de
de revenus aux opérateurs télépho-
à empêcher les positions de monopole
l'expérience utilisateur sont au centre
niques. Dans les mois qui viennent, le sur l’une des étapes de cette chaîne.
de la stratégie ;
géant de Cupertino devrait en outre
- le droit d'auteur n'est pas la seule
s’installer comme acteur central de la Pomme d’or ou empoisonnée ?
source de valeur du système : des
distribution d’une offre de presse
Tout détenteur d'un iPhone
composantes de technologie ou
numérisée (via l’iPad), avec sa propre (comme d’un Kindle, d'un iPad, d'un
même de service y sont incorporées ;
C’est peut-être l’aspect le plus régie publicitaire (iAd), tout en interve- iPod, d'un téléphone Androïd) aura - les sources de revenus sont multiples;
impressionnant de la bataille nant sur le prochain standard d’HTML, expérimenté à quel point la question a - le design des services et des objets
numérique en cours, véritable et en menant la bataille avec Google, désormais changé. L'acquisition d'un
prend une place prépondérante ;
guerre de mouvement entre géants : la Microsoft ou encore Adobe.
i-Phone, par exemple, plonge l’utilisa-
- le jeu entre les différents acteurs n'est
manière dont les chaînes de valeur
Le plus intéressant dans cette teur dans un univers mêlant intime-
pas forcément à somme nulle ;
traditionnelles sont brouillées, démem-
success story est qu’elle est fondée sur ment un terminal de qualité - l'opérateur central autorise de très
brées, et restructurées avec un extraor-
une stratégie absolument non conven-
exceptionnelle, une solution de télé-
nombreuses stratégies au sein de son
dinaire degré de sophistication. Ce tionnelle, qui est passée par une redéfi-
communication élégante, un vaste
écosystème, il en stimule la créativité
mouvement radical pose aujourd’hui nition complète de la chaîne de valeur.
catalogue de ressources numérisées,
mais il capte une part importante de
une énigme stratégique à des secteurs
Au fond, les industries culturelles, un moteur de recommandation, un
la valeur créée et peut influencer
économiques entiers, et ne manquera comme le livre ou la musique, se sont système plaisant et sécurisé de paie-
profondément l’évolution de son
pas de poser prochainement des ques-
construites autour d'une chaîne de ment sur i-Tunes, un traitement effi-
écosystème ;
tions fort complexes au régulateur.
valeurs assez simple et linéaire, le cace et inspirant confiance des - les acteurs de taille artisanale essen-
revenu dégagé par la vente au client données personnelles, etc. Au fond, il
tiels au système, ne peuvent espérer y
Success story
final étant réparti en cascade entre n’y a plus une "chaîne de valeurs" mais
prospérer durablement.
Pour se limiter à un exemple, Apple, auteur, éditeur (ou producteur), diffu-
une grande plate-forme entièrement
Cette stratégie, commune à tous
en quatre ans à peine, est passé du seur, distributeur et vendeur final. Les pensée autour de l'expérience de l’uti-
les géants émergents de la Silicon
stade de géant de l’électronique grand arbitrages au sein de la filière se lisateur, où la valeur d'ensemble est Valley, fait entrer la compétition écono-
public, avec une gamme de produits jouaient à somme nulle, chacun difficile à segmenter. Le coeur de l’offre mique dans un ordre nouveau, qui
extrêmement créatifs, alliant musique, tentant d’optimiser sa position tout en d’Apple, c’est i-Tunes.
appellera sans aucun doute de
photo, vidéo et téléphone, à celui d’ac-
préservant la viabilité de la filière.
Ce système bouleverse tous les nouveaux instruments d’analyse et de
teur central de la distribution de L’intervention publique, assez rare, a principes de l'ancien modèle écono- régulation.
Q
Au-delà de la simple localisation
par Xavier des Horts, directeur de la communication et des affaires publiques - Nokia France
Depuis le lisation de l’utilisateur se fait rapide- phonessont aussi capables de visua- vers midi une promotion pour un
début de ment grâce aux satellites GPS, au liser sur une carte la position précise deuxième hamburger gratuit…
l’année, Nokia réseau mobile par triangulation mais de nos amis et de rentrer en contact Que l’on clique sur un tag, une
pro pose une aussi en WiFi. Les applications déve- avec eux… même dans un centre affiche ou que l’on prenne une
appli cation (1) loppées permettent, par exemple, commercial souterrain grâce au photo, plus besoin de longues
qui permet, de connaître en deux clics les heures positionnement wifi.
recherches sur le web ! L’intégration
sur une quin- d’ouverture des musées, les hôtels
du carnet d’adresses et de l’agenda
zaine de ses disponibles… et de lancer la naviga- Publicité ciblée
seront très vite réalisés et il sera donc
smartphones, la tion piétonne ou routière vers ce Disposant de nos informations facile de suivre la vie numérique de
navigation gratuite dans 77 pays en lieu.
contextuelles (lieu, heure, statuts…), nos contacts… A chacun de bien
46 langues et avec une cartographie
les publicitaires vont pouvoir préserver son intimité en paramé-
de 180 pays. Cette application a Localisation des amis…
envoyer vers notre mobile des trant correctement son mobile.
Q
remporté un grand succès puisque Avec les réseaux sociaux qui échan- messages très ciblés… par exemple,
plus de 10 millions de personnes ont gent les informations et statuts un fast food situé à 50 m du lieu où
(1) Ovi Cartes
utilisé la fonctionnalité GPS. La loca- autorisés par l’utilisateur, les smart- nous sommes pourra nous envoyer
www.nokia.com
28R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
kiosque inventée en France dans les années 80 par l’administration des télécommunications avec le Minitel qui, avant
mode. D’autres équipementiers, tels Nokia avec Ovi, développent eux aussi des plates-formes d’intermédiation. Explications.
Télétel et la fonction kiosque, un modèle
économique qui a brillamment fait florès
par Michel Feneyrol, consultant, ancien membre de l’ARCEP, conseiller télécoms au cabinet du ministre
des PTT dans les années 80
Le début des années 1980 a été service, un envoi et l’utilisateur obte- vision), ou un guide des spectacles
marqué par l’avènement du
nait instantanément le service. Temps
(en diminuant les ventes au numéro
vidéotex. Il s’agissait de la
bien plus court qu’aujourd’hui avec
et les recettes publicitaires). Ainsi,
première combinaison des télécom-
internet, en particulier si l’on part
l’extension opérationnelle passait
munications et de l’informatique pour
d’un micro-ordinateur éteint. La troi-
obligatoirement par la rémunération
offrir des services télématiques, mot
sième raison a été la décision de la
des services télématiques. La DGT fut
créé dans un célèbre rapport de 1978
DGT de ne pas intervenir dans la créa-
chargée de trouver une solution en
dit Nora–Minc du nom des coauteurs.
tion, l’hébergement et la fourniture
négociant avec les principaux fournis-
Par la suite, de nouveaux paliers
Le concept était d’afficher sur un
de services autres que l’annuaire. Les
seurs qui s’étaient impliqués à Vélizy.
tarifaires ont été introduits avec des
écran vidéo des textes stockés sur des
services étaient conçus et mis en ligne
De ces négociations est sorti le prin-
numéros d’accès assortis. Ils ont
ordinateurs et obtenus par consulta-
par chaque profession. L’opérateur,
cipe de la « fonction kiosque » (par
parfois conduit à des abus comme le
tion à travers le réseau téléphonique.
quant à lui, établissait des partenariats
analogie avec la presse dans les
dénoncent actuellement les consom-
A cette époque, les écrans plats
pour aider les fournisseurs à se
kiosques à journaux) : 1/ les presta-
mateurs pour certains numéros télé-
étaient encore des objets de labora-
connecter au point d’accès et à établir
tions des fournisseurs de services leur
phoniques surtaxés.
toire, les ordinateurs portables aussi.
le dialogue avec le réseau et le
seraient payées directement par
Le seul réseau à grande pénétration
Minitel.
France Télécom au vu de leur trafic
Du kiosque à l’Appstore
était le téléphone avec des débits de
mesuré au point d’accès sur le réseau
Mais sans la fonction kiosque, les
64 kbit/s. D’énormes calculateurs et
… dû à l’invention
téléphonique de leur centre serveur ;
services Télétel n’auraient jamais
les premiers mini-ordinateurs consti-
du système kiosque
2/ France Télécom facturerait et
connu le succès qu’ils ont eus. De
tuaient les serveurs informatiques…
Mais ce qui a été déterminant
recouvrerait sur sa facture télépho-
nombreux fournisseurs de services
dans la multiplication des services
nique les sommes dues par les
se sont créés et initiés aux services
Le Minitel,
Télétel a été l’introduction de la
abonnés.
en ligne et ont par la suite pu offrir
un succès français…
fonction kiosque. L’ouverture des
La fixation du tarif donna lieu à
plus facilement leurs prestations sur
Plusieurs pays se sont lancés dans
services au public s’est faite en
d’âpres discussions entre ceux qui
le web. Car la rémunération des
l’aventure, mais c’est en France que
plusieurs étapes. Le service d’an-
voulaient commercialiser des
créateurs de services en ligne est
les services télématiques ont
nuaire téléphonique a d’abord été
services chers et ceux qui optaient
vitale pour leur développement. Ce
rencontré le plus de succès auprès
testé opérationnellement en
pour des prestations simples, bon
mécanisme de kiosque a inspiré le
du grand public avec plusieurs
Bretagne, puis étendu progressive-
marché. Dans le calme d’un mois
japonais NTT DoCoMo avec son
millions de terminaux Minitel distri-
ment à la France entière. Les
d’août sortit l’annonce d’un numéro
service i-mode et maintenant Apple
bués et surtout auprès des profes-
services d’applications et de
unique et d’un tarif unique : le 3615
- qui joue le rôle d’intermédiaire
sionnels avec plus de vingt mille
contenus en ligne, ont fait l’objet
à 80 francs l’heure (60 pour le four-
financier pour ses fournisseurs d’ap-
fournisseurs de services Télétel
d’un test grandeur nature de
nisseur de service, 20 pour France
plications - avec son Appstore. La
couvrant un très vaste domaine de
plusieurs mois à Vélizy. Les utilisa-
Télécom). L’opérateur était rémunéré
mise en place des boutiques d’appli-
contenus et d’applications.
teurs étaient des abonnés au télé-
pour le transport, mais aussi pour les
cations comme l’Appstore montre
Les raisons du succès français sont
phone. Ainsi, chaque fournisseur a
risques d’impayés. Couper le télé-
bien que de nombreux fournisseurs
multiples. La première a été la déci-
pu observer les réactions aux proto-
phone pour non paiement d’un
de contenus et d’applications sont
sion de la Direction Générale des
types de ses services et améliorer les
service annexe pose des problèmes
encore incapables de se faire payer
Télécommunications (1)
(DGT) de
logiciels et ergonomies d’usage.
de service public. Ce faisant, France
directement, une situation qui
remplacer l’annuaire papier par l’an-
Au moment de passer à la phase
Télécom devenait un tiers payant
perdurera tant qu’il n’y aura pas un
nuaire électronique et, à ce titre, de
de généralisation opérationnelle s’est
entre consommateurs et fournis-
système de paiement électronique
distribuer les terminaux Minitel gratui-
immédiatement posée la question de
seurs de services ; il exerçait des acti-
adapté à des transactions de très
tement. La seconde fut que le Minitel,
la rémunération des services. Pour
vités d’intermédiaire financier, ce qui
faible valeur unitaire.
Q
dans sa rusticité (un écran cathodique
certains d’entre eux, non seulement
n’a pas manqué de créer des conflits
(1)
noir et blanc et un clavier), était
le service Télétel était un coût, mais il
avec le monde bancaire et a néces-
La DGT (Direction Générale des Télécommu-
nications) était le nom que portait France
d’usage facile. Un numéro (3611,
déstabilisait une version papier (par
sité des arbitrages aux plus hauts
Télécom à l’époque, alors qu’il était encore
3615…), une connexion, un nom de
exemple, pour un magazine de télé-
niveaux ministériels.
une administration, l’une des deux direc-
tions générales du ministère des PTT.
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R29

Dossier
Musique
Le marché de la musique sur support physique connait actuellement la plus grave crise de son histoire et
de nouveaux modèles apparaissent, remodelant complétement le marché. Vers une sortie de crise ?
Et Deezer inventa le streaming légal
par Axel Dauchez, directeur général de Deezer
Pour la première fois, un accord est
de 7 millions de titres, Deezer
d’accéder à toute l’offre Deezer sur
signé avec les sociétés de droits d’au-
dispose aujourd’hui de l’offre la plus
les mobiles ou d’autres supports
teurs SACEM et SESAM le 22 août
riche du marché. Parallèlement, le
comme les chaines IP, et ce en hors
2007. A cette même date, le premier
site a su développer un réseau
connexion, en haute qualité et sans
site français d’écoute de musique
communautaire qui est passé de
publicité. Deezer mise sur 100.000
gratuit, illimité et légal est lancé. Le
600.000 membres à sa création à
abonnés d’ici la fin de l’année.
concept est simple : proposer en
plus de 13 millions. Avec une
Depuis l’année 2007, Deezer a
écoute, gratuitement, librement et
audience de 7 millions de visiteurs
connu une croissance spectaculaire
légalement toutes les musiques.
uniques mensuels couvrant les prin-
de son chiffre d’affaires pour atteindre
Deezer, c’est
Parallèlement, il s’agit de rémunérer
cipales tranches d’âge, Deezer
environ 6 millions d’€ en 2009 et vise
l’histoire
les artistes et l’ensemble des ayants
dispose d’une régie publicitaire
un chiffre d’affaires de 15 millions d’€
d’un site
droits en partageant les revenus publi-
permettant de proposer des solu-
en 2010. Le groupe emploie actuelle-
« réinventeur » de musique derrière
citaires. Moins de deux ans après sa
tions efficaces et adaptées aux
ment une cinquantaine de salariés.
lequel se cachent ses jeunes fonda-
création, Deezer dispose des cata-
annonceurs.
Outre la masse salariale, les princi-
teurs Daniel Marhely et Jonathan
logues des quatre majors (Sony,
pales sources de coûts sont les
Benassaya. Après avoir lancé un
Universal, Warner, Emi) et de 1000
Abonnement et mobilité
montants reversés aux ayant droits et
premier site d’écoute de musique
labels indépendants.
Dans sa première phase de déve-
la bande passante. Avec un chiffre
nommé Blogmusik (fermé volontaire-
loppement, Deezer a su faire face à la
d’affaires multiplié par vingt en deux
ment en plein trouble du marché
7 millions de titres
révolution numérique. Aujourd’hui, le
ans, Deezer a été élue la 4ème entre-
musical), ils décident de mettre en
Rapidement, Deezer accroit son
site mise sur la mobilité. En novembre
prise en plus forte croissance dans le
place leur business model en négo-
offre, son audience et ses revenus
2009, Deezer lance les offres d’abon-
secteur des médias digitaux en
ciant avec les principaux ayants droits.
publicitaires… Grâce à son catalogue
nement Deezer Premium permettant
Europe sur la période 2007-2009. Q
Joyce Jonathan, 486 internautes producteurs, 1 disque d’or
T Pourquoi avez-vous choisi
internet vous expose très largement
fonction de leur mise et des ventes
10 fois leur mise. Avec 1000 euros,
MySpace pour démarrer ?
et, en même temps, l’approche est
réalisées, ils gagnent de l'argent.
vous en gagniez 70 000… C’est un
C’était en fait assez instinctif pour moi.
plus douce...
Aujourd’hui, j’ai 486 producteurs.
modèle viable, ludique et avantageux
J’avais 15 ans et il y avait déjà
pour tout le monde. Et surtout, c'est le
longtemps que je voulais faire de la
T Des internautes produisent vos T Avec ce mode de production,
public qui dit ce qu’il aime, et le
musique. Alors, j’ai enregistré mes
chansons ; comment ça marche ?
gagnez-vous votre vie ?
produit : c'est génial !
chansons avec un petit enregistreur et
C'est comme un label classique sauf
Le système est très avantageux. Avec
je les ai mises sur MySpace. En fait,
que tout se passe sur internet et que
My Major Company, le pourcentage
T Ce mode de production
internet est un bon moyen de partager
les fonds ne proviennent pas de
que touche l'artiste sur les ventes est
influence-t-il votre travail ?
de la
maisons de disques mais
le double des labels classiques, c'est-
Il ne l'influence pas au sens où je ne
musique
d'internautes, c'est-à-dire des gens
à-dire environ 10% à 12 %. Quand
vais pas me transformer en une autre
en
qui vont écouter les chansons et qui,
on est auteur-compositeur, on touche
chanteuse. En revanche, je recueille
gardant
s'ils les aiment, pourront investir de
aussi les droits d'auteur sur les
beaucoup de conseils - et parfois des
une
10 à 1000 euros.
passages radio, mais c'est
critiques - dont je peux tenir compte,
certaine
Il faut 100 000 euros pour produire
indépendant.
mais dans l’ensemble, tout ce feed
pudeur.
un album physique. Cela permet de
Mon album est sorti trop récemment
back reste très bienveillant car ceux
Quand on
faire un enregistrement professionnel,
pour donner tout son potentiel mais je
qui misent sur moi aiment mes chan-
débute, il
des clips, des photos, de la
sais que mes producteurs ont déjà
sons. Quoi de plus rassurant pour une
n’est pas facile de faire écouter ses
promotion, etc. Les gens qui misent
retouché leur mise : pour 20 euros, ils
artiste !
chansons. Sur internet, on est seul
ont un vrai statut de producteur avec
ont déjà repris 23. Ca fait déjà un petit
* Le chanteur Grégoire est le premier artiste
devant son ordinateur en train de
des choix à faire pour la pochette de
gain.... Les producteurs de Grégoire*,
produit par un web-label.
L’album de Joyce Jonathan, disque d’or 2010,
poster sa chanson, on a moins peur
l'album, des titres sur l'album, etc. Les
qui a fait un très gros carton en 2009
est sur www.mymajorcompany.com/joyce
de se livrer. C’est un peu paradoxal :
décisions se prennent par vote. En
avec My Major Company, ont touché
jonathan et http://fr.myspace.com/joycejonathan
30R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
la musique numérique émerge encore difficilement. Pourtant, tant dans la distribution que dans la production,
Economie de la musique numérique
en France : crise et crises
par Philippe Chantepie, chef du département des études, de la prospective et des statistiques
au ministère de la culture et de la communication, professeur associé à Paris II
Le marché de la musique enre- un sommet au début des années économiques : un modèle payant et
gistrée, devenu dominant dans
2000 et reposait sur des concentra-
un modèle gratuit. D’abord, le long
le dernier quart du XXe siècle,
tions successives, connaît une
privilège accordé aux seuls modèles
retrouve – brutalement – la part plus
érosion régulière, glissant de 86.4%
de ventes unitaires mais complexes a
modeste dans l’ensemble de l’éco-
à 73,6% en 2009. La crise est bien
d’abord prévalu. Sur le modèle de
nomie de la musique qu’il connaissait
celle des supports, les nouveaux
Pressplay et Musicnet, créés par les
avant son industrialisation, faite
supports DVD audio n’ayant pu
majors en 2000, il s’est caractérisé
d’une concentration régulière de la
relayer l’effondrement du CD et le
par un approvisionnement lent des
production jusqu’en 2000. Durant la
vinyle ne connaissant qu’un retour
nouvelles plates-formes (Virgin-
décennie Napster, avec la génération
ultra minoritaire (1).
music, Fnac…), une faible acceptabi-
Yahoo, il combine
MP3, numérique et internet ont
lité des DRMs, des gammes de prix
dépense assez faible
largement contribué à l’écroulement
Une demande numérique
mal ajustées, etc., à l’exception du
pour le consommateur
du marché physique (887,1 M€ TTC
croissante…
segment des sonneries pour télé-
mais régulière pour la
en 2009 contre 1953.4 en 2003), à
Apparent paradoxe, jamais la
phonie mobile qui a été porteur
filière musicale en amont, liberté
sa transformation, mais aussi à
musique n’a constitué à ce point une
avant 2010, mais ne représente que
d’accès et d’écoute et correspond au
l’émergence encore difficile d’un
pratique culturelle massive et régu-
12,5 M€ TTC et 16,4% du chiffre
partage tendanciel des dépenses des
nouveau segment : la musique
lière. Depuis les années 60, chaque
d’affaires des marchés numériques
ménages entre biens culturels et
numérique (73,5 M€ TTC en 2009
nouvelle génération s’est mise à
en France (3).
technologies d’accès. Transparence
hors streaming et sonneries musi-
écouter de la musique de façon régu-
Il aura fallu la plate-forme iTunes
du paiement, continuité fixe/mobile
cales).
lière et n’a guère cessé depuis. La
couplé avec les IPod, le prix psycho-
du service musical, la segmentation
Les années numériques ont
montée en puissance de l’industrie
logique de 0,99 euro l’achat en un
marketing appropriée aux usages et
contribué à l’inversion des poids
du disque jusqu’en 2000, l’essor des
clic pour que le modèle de la vente
aux ménages, la qualité de prescrip-
respectifs des acteurs de la distribu-
radios musicales des années 80 et 90,
unitaire de musique en ligne s’ins-
tion, etc. semblent être les nouvelles
tion comme de la production.
désormais achevés, ont répondu à
talle en dépit des réseaux peer to
frontières d’une sortie de crise qui
Auparavant, le canal des GSA
cette mutation des pratiques (2). La
peer et place Apple en position
aura remodelé et rouvert les marchés
(Grandes Surfaces Alimentaires) était
dématérialisation numérique, l’accès
dominante. Parallèlement, un
de la musique et sa variété encore
devenu dominant tandis que la quasi
en temps réel à des masses inégalées
modèle gratuit s’est progressive-
incertaine de modèles économiques
disparition du réseau de disquaires
et inédites de fichiers musicaux
ment installé et diversifié en concur-
entre radio, achat et location (6).
Q
s’achevait à la fin des années 80.
numériques – biens non rivaux
rence avec celui des radios et leur
(1) Observatoire de la musique, Les marchés de
Depuis une décennie, le canal des
typiques – ont porté la fin du support,
playlist. Depuis 1998, avec
la musique enregistrée : rapport annuel
GSS (Grandes Surfaces spécialisées)
fait éclaté l’unité du format CD ou
MP3.com ou eMusic, jusqu’aux
2009, 2010.
(2) Olivier Donnat, Pratiques culturelles des Fran-
n’a pas cessé de progressé (53,8%
DVD, accusé les caractères de
actuels Deezer, Spotify, etc., il
çais à l’ère numérique, Enquête 2008, La Dé-
des ventes en volume du marché du
l’écoute musicale comme pratique
repose sur un accès illimité à la
couverte, ministère de la Culture et de la
Communication, 2009.
CD audio en 2008), mais demeure
secondaire, voire tertiaire, comme
musique en ligne en streaming sur
(3) Observatoire de la musique, Etat des lieux de
fragile et peu rentable, sans bénéfi-
vecteur de sociabilités et d’identités.
financement publicitaire et déve-
l’offre de musique numérique au 2e semestre
cier d’un véritable ressort de crois-
loppe des fonctionnalités de
2009, 2010.
(4) Observatoire de la musique, Les sites de
sance à travers le commerce en ligne
… mais un décollage tardif
réseaux, prescriptions, la recherche
streaming musical, 2009.
de supports physiques (Fnac,
de la musique en ligne…
d’effet « Long tail », etc (4).
(5) Chantal Lacroix, Les dépenses de consomma-
Alapage, Amazon, Abeille musique,
Dans ce contexte sociotechnique,
tion des ménages en biens et services cultu-
rels et télécommunications, Culture Chiffres
etc.) qui ne réalise que 6,4% de
la formation de modèles écono-
… aux modèles
2009-2 (8 p), Département des Etudes, de la
ventes en ligne de supports et ne
miques de la musique en ligne, en
encore incertains
prospective et des statistiques, mars 2009.
(6) Marc Bourreau, Michel Gensollen, François
progresse plus. Parallèlement à l’in-
particulier en France, est restée diffi-
A la croisée des deux modèles,
Moreau, Musique enregistrée et numérique :
version de la structure de distribu-
cile et erratique. Comme les médias
l’abonnement à l’accès illimité appa-
quels scénarios d'évolution de la filière ?,
tion, la part des majors dans le total
classiques, la musique en ligne a
raît comme une perspective commer-
Culture Prospective 2007-1 (p. 16, avril
2007) Département des Etudes, de la pros-
du chiffre d’affaires, qui avait atteint
déployé deux types de modèles
ciale d’avenir. Proposé d’abord par
pective et des statistiques.
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R31

Dossier
Cinéma et audiovisuel
En changeant la relation du public à l'oeuvre, les réseaux haut et très haut débit bouleversent les modes
émergent, qui devront, quoi qu'il arrive, contribuer au financement de la création. La vision du Centre
Cinéma et nouveaux réseaux : de nouveaux horizons
par Guillaume Blanchot, directeur du multimédia et des industries techniques au Centre national
de la cinématographie
de films (« crowdfunding ») à la marché de la VAD payante de cinéma réussi à nouer des relations fruc-
programmation de séances en salle, représente un chiffre d’affaires non tueuses, même si toutes les
en passant par des sites de recom-
négligeable, qui enregistre un taux de conséquences du bouleversement
mandation ou de partage d’extraits croissance annuel important. La des modes de diffusion des
de films. Les réseaux renouvellent pénétration croissante du très haut œuvres sur le financement de la
ainsi les pratiques cinéphiliques, sans débit va permettre d’élargir l’offre de production n’ont pas encore été
pour autant dévaloriser la salle de films en haute définition sur les tirées. Celui-ci repose en effet
cinéma qui demeure, dans la culture nouveaux réseaux et donnera la essentiellement sur un système de
française, le lieu qui donne naissance possibilité, dans un avenir proche, de préfinancement des films par les
Le dévelop-
au film.
mettre à disposition des œuvres en opérateurs qui les diffusent, au
p e m e n t
3D relief. De premières annonces en premier titre desquels les chaînes
rapide de l’internet haut débit, et Enorme potentiel
ont été faites récemment par des de télévision.
désormais très haut débit, a ouvert de
Aussi et surtout, ces réseaux opérateurs du marché.
Un projet de décret est actuel-
nouvelles perspectives à la diffusion offrent désormais un potentiel
De même, les offres de films en lement en cours de rédaction, qui
des films et au rapport du public au énorme d’exploitation secondaire des « télévision de rattrapage » se sont fixera les modalités de contribu-
cinéma. Ces réseaux permettent de œuvres de cinéma et, par là-même, développées chez les opérateurs de tion des services à la demande au
transporter des fichiers pour alimenter d’accès du citoyen au patrimoine télévision payante. Leurs abonnés ne financement et à l’exposition de la
les serveurs et les projecteurs numé-
cinématographique. Près de 5 000 sont donc plus contraints par les création cinématographique fran-
riques qui ont déjà remplacé les films sont en effet disponibles en grilles de programme et peuvent voir çaise et européenne. Il s’agit bien
projecteurs de films sur pellicule dans vidéo à la demande (VAD) en France, ou revoir les films à la demande dans de transposer et d’adapter à ces
près d’une salle sur cinq en France. Ils sur plus d’une cinquantaine de un délai limité après leur diffusion services le système vertueux mis
permettent également de réunir des services accessibles alternativement télévisuelle.
en place il y a plus de vingt ans
communautés d’internautes autour ou cumulativement sur ordinateur
pour les chaînes de télévision,
de services très variés, allant de la personnel, sur TVoIP, sur consoles de Système vertueux
sans déstabiliser le modèle écono-
participation au financement de jeux, sur appareils mobiles et, désor-
Le monde du cinéma et celui mique de ces dernières.
Q
la production ou de la distribution mais, sur les téléviseurs connectés. Le des réseaux numériques ont ainsi
www.cnc.fr
AlloCiné : un cas d’école par Claude Esclatine, président du groupe AlloCiné
horaires et la réservation. Résultat : l’objectif est de bâtir un groupe teurs et de cinéphiles, auto-produc-
leader sur son marché en 3 ans ! multi-contenus, multi-supports, teur de contenus (plusieurs dizaines
Entre 1998 et 2002, la chenille multi-pays, multilingue.
de millions de « contributions »
devient papillon et s’envole vers
annuelles) ; un secteur qui mécon-
l’Internet tandis que la majorité des Martingale gagnante
nait les crises, voire s’en nourrit avec
autres éditeurs restent sceptiques et
Toutes les tendances de fond de la gourmandise ; une tendance lourde
conformistes. Résultat : leader dans révolution numérique se sont avérées, vers le on-line et la dématérialisation,
l’internet-cinéma dès 2003 ! au fil du temps, comme autant type la VOD ; une logique structu-
Par son
Troisième étape : à partir de 2008, d’atouts pour le modèle économique relle à la délinéarisation (« un film,
histoire
investissements à pas cadencés sur d’AlloCiné : croissance exponentielle où je veux, quand je veux et dans
et celle de ses équipes successives, l’ensemble des supports numé- du besoin en data (textes, photos, les conditions de mon choix ») ; des
confrontées aux innovations techno- riques, connus ou émergents (salles sons, extraits, bandes-annonces) pour milliers d’interfaçages possibles, sans
logiques et aux accélérations du numériques, smartphones, tablettes, alimenter la passion du public pour le limites ; la géolocalisation rendue
marché, AlloCiné pourrait être un plate-formes ADSL et plate-formes 7e art (à ce jour, 14 milliards de data naturelle grâce aux terminaux
« business case » de grande école de communautaires, bientôt les TV traduites en 4 langues !) ; marché du mobiles ; l’importance de l’e-
gestion.
connectées). « Matricé » avec une cinéma florissant (70 % de la popula-
commerce pour la VOD/SVOD, la
1993 : création autour d’un rapide expansion internationale, en tion fréquente le cinéma en France et vente de DVD, la réservation. On
service novateur d’infos par télé- Europe d’abord, puis en Russie, 8 % de croissance mondiale en n’en finirait pas d’aligner les cligno-
phone sur les films à l’affiche, les Turquie, Chine et bientôt le Brésil, 2009) ; un public immense d’ama-
tants verts.
32R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
de diffusion des contenus. VOD, catch up TV et bientôt télévision connectée : de nouveaux modèles économiques
national de la cinématographie (CNC), les modèles développés par Lagardère Active et AlloCiné.
Lagardère Active : un programme, des écrans
par Emmanuelle Guilbart, directeur des activités télévision France et international de Lagardère Active
La télé est le loisir préféré des français phone mobile avec l’explosion des d’éditeur, elles sont les mieux armées
qui y consacrent toujours plus de
smartphones, les nouveaux écrans, la
pour proposer les meilleures offres de
temps (3h39 au premier trimestre
convergence de la télé et d’internet
contenus de qualité délinéarisés. Les
2009, soit + 3 minutes par rapport seront autant de facteurs de dévelop-
marques chaînes et les marques
à l’année précédente). Mais son mode
pement de la consommation des offres
programmes restent des références
de consommation a considérablement
délinéarisées. Même si l’offre délinéa-
importantes pour les utilisateurs, même
évolué et les comportements des télé-
risée a vocation à fortement se déve-
dans des contextes de consommation
spectateurs aussi, à commencer par les
lopper sur certains publics, précisons
délinéarisée. Il est primordial que ces
plus jeunes d’entre eux, élevés au «
quand même que l’offre linéaire a
marques continuent à exister sur tous
nomadisme » et au délinéarisé, à la
encore de beaux jours devant elle : les
les supports, soit avec des offres bran-
sive, associée à
multiplication des écrans avec l’habi-
téléspectateurs y consacrent 20 à 30
dées, soit avec des « corners » dédiés à
des services,
tude de consommer « où je veux,
heures par semaine versus 90 minutes
des services existants. Ainsi, Gulli Replay
disponibles dans des espaces dédiés,
quand je veux, et comme je veux ».
pour les programmes non linéaires. La
sera bientôt sur PC, IPTV, Iphone, Ipad,
adaptée aux spécificités de chaque
TV linéaire pourrait même en tirer à côté d’offres Gulli VOD payantes.
plateforme. Sans oublier que le défi
Catch up TV : un jeune sur deux partie : la disponibilité des contenus à
pour la mise en place d’une bonne
La catch up TV participe notam-
la demande pourrait augmenter la Monétisation des contenus
monétisation passera par l’organisa-
ment à ces nouveaux comportements
demande de programmes linéaires (3),
Aujourd’hui, nous sommes certains
tion, le maillage et la cohérence entre
de consommation des médias. C’est un
le succès de l’un alimentant celui de
que le développement de notre offre de
les différentes offres gratuites /
service clé : plus de 10,6 millions de
l’autre.
contenus accessibles sur tous les
payantes d’une part, linéaires / non
personnes ont déjà regardé ou revu un
Dans un univers de plus en plus
supports, passera par leur monétisa-
linéaires d’autre part.
Q
programme en catch up, que ce soit via
concurrentiel, les chaînes de télévision
tion : gratuit pour l’utilisateur final avec
www.lagardere.com
les services proposés par les opérateurs
se doivent donc d’accompagner les
un financement par la publicité ou
(1) Source Médiamétrie, Etude Global TV Mars
ou directement sur les sites internet ou
audiences d’aujourd’hui et de demain
payant via le paiement à l’acte ou
2010.
applications mobiles des chaînes. Près
sur l’ensemble des supports et l’abonnement. Ce sera le prix à payer
(2) Source NPA Conseil, Etude « Motivations
d’usage et appréciations des offres de catch
d’un jeune sur deux, âgé de 15 à 24
aller chercher les téléspectateurs là par les consommateurs pour accéder à
up TV », mars 2010.
ans, est adepte de la catch up TV (via
où ils souhaitent consommer les
des contenus de qualité. Aux éditeurs
(3) Rapport Media predictions 2010
son PC ou son poste TV) (2) . Le télé-
programmes. Fortes de leur expérience
de proposer une offre enrichie, exclu-
de Deloitte
Modèle vertueux
nale), grâce à sa forte attractivité encore pour assimiler la masse vingtaine d’autres applis poten-
Cette situation privilégiée se auprès de ses annonceurs : tant du considérable de nouveaux supports tielles) qui vont décorer les tables
justifie par une quadrature rarement secteur du cinéma en priorité que de émergents ? Déjà en cours, les de salon, les bureaux, peut être les
égalée : un secteur de l’entertain-
presque tous les autres secteurs smartphones (une demi-douzaine chambres et gonfleront les « carta-
ment, très « successfull » et anti- commerciaux, arbitrant de plus en d’applications connues à ce jour, bles » : la vidéo, sœur siamoise du
anxiogène + une demande de data plus leurs budgets en faveur des dont l’incontournable Iphone). Dès cinéma, en sera probablement la
inextinguible + la construction d’une nouveaux medias numériques. Son 2010, la téléphonie mobile vedette centrale. Il faut dès à
audience exceptionnelle (en 2010 : 1 organisation, largement revisitée en contribue déjà à une croissance présent enchainer avec les TV
million de visiteurs uniques chaque 2008, s’est élargie aussi au rôle de de 15 à 40 % de l’audience connectées (tous les grands fabri-
jour en France et 4 millions pour le prestataire auprès de centaines de « d’AlloCiné, suivant les pays. cants ont déjà préparé leur
réseau international) + une capacité partenaires », dont beaucoup de Simultanément, arrivent les appli- gamme), parce que l’internet va
de valorisation commerciale d’autant medias. Son activité de production cations communautaires nées des plonger au cœur des téléviseurs
plus aisée qu’elle est fortement de programmes courts pour le net et réseaux sociaux. Au delà des effets pour mieux se déployer sur les
thématisée.
la télévision est, ainsi, devenue signi- de mode, le besoin de partage s’af- écrans larges. Seront-elles TNT
AlloCiné génère des revenus excé-
ficative.
firme, nouveau comportement native, ou Full HD ou 3D ou mieux
dant ses charges pourtant fort élevées
social compensateur d’autres encore numériques / HD / 3D / IP ?
(serveurs, diffusion HD, équipe tech-
Nouvelles frontières
faiblesses sociales. Tout de suite L’image sera, en toutes hypo-
nique de développement, rédacteurs
Dix sept ans d’adaptation après, voici les tablettes (dont thèses, la reine de la fête.
Q
permanents, implantation internatio-
permanente ! Combien d’années l’Ipad mais aussi sans doute, une
www.allocine.fr
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R33

Dossier
Publicité
Avec internet, la publicité est entrée dans l’ère de la démocratisation et de la mesure. Le prochain
travaille actuellement pour faire de ce nouveau marché une nouvelle opportunité de croissance.
Publicité en ligne :
l’émergence d’un nouveau marché
par Sébastien Badault, directeur de la stratégie commerciale de Google France
Un accès simplifié
Enfin, les annonceurs ont accès à
Une innovation
et des performances
l’analyse de la performance. Sur
permanente
mesurables
internet, des outils – parfois même
Enfin, la particularité d’internet,
Sur internet, il suffit d’une carte
gratuits – offrent aux annonceurs la
c’est aussi son foisonnement d’in-
bleue et d’une connexion internet
capacité d’analyser la performance
novations. Sur Internet, la concur-
pour faire de la publicité ! Que
de leurs campagnes, et plus large-
rence est à un clic et les acteurs
cherchent exactement les annon-
ment leur audience, leur permettant
doivent innover en permanence.
ceurs sur internet ? D’abord, ils
d’adapter en temps réel leur commu-
Dans le domaine de la publicité, il
cherchent la performance de leurs
nication et leur image sur internet.
faut innover sur les formats de liens
Chaque
campagnes : sur Google, par
sponsorisés, le display, la vidéo...
g é n é -
exemple, c’est l’annonceur qui fixe
Un écosystème
mais aussi sur les supports de cette
ration a le droit à sa révolu-
le coût de sa campagne en fonc-
redistributif
publicité, sur des sites de vidéos,
tion ; avec internet et le mobile, nous
tion de ce qu’il est prêt à payer
Un véritable écosystème redistri-
des réseaux sociaux et, surtout, sur
avons la chance d'être témoins de
pour la visite d’un internaute. Il
butif s’est mis en place autour du
le mobile. En effet, les mobiles révo-
deux d’entre elles. Ces évolutions
paie au clic et peut ainsi totale-
modèle de la publicité en ligne,
lutionnent l’usage de l’internet et
sont à l’origine d'une véritable muta-
ment maitriser son retour sur
générateur de richesses et
mettent à jour de nouveaux enjeux
tion économique. Avec près d’1,5
investissement. L’économiste Hal
d’échanges pour toutes les parties.
pour la publicité, notamment celui
milliards de personnes connectées
Varian a d’ailleurs valorisé cette
Pour les utilisateurs, cet écosystème
de s’adapter à des écrans bien plus
dans le monde, son potentiel est
performance en 2009 : d’après lui,
permet de financer des services
petits que ceux des ordinateurs.
immense et, aujourd’hui, chacun
la valeur de la publicité sur Google
fournis gratuitement. Pour les
Le prochain milliard d’inter-
devient un internaute. La publicité a,
rapporte en moyenne deux fois
annonceurs, ce système propose de
nautes sera mobinaute, et l’écosys-
bien entendu, été impactée par cette
plus qu’elle ne coûte à un annon-
nouveaux formats de publicité flexi-
tème internet – plateformes,
révolution numérique, la faisant
ceur. Ainsi, 100 euros investis par
bles, rentables et mesurables. Pour
agences, annonceurs - travaille
entrer dans l’ère de la démocratisa-
une entreprise en liens sponsorisés
les éditeurs de contenus, il leur offre
actuellement pour faire de ce
tion et de la mesure. En faisant
permettent un retour sur investis-
le moyen de valoriser leur audience
nouveau marché une nouvelle
tomber les barrières d’accès à l’en-
sement égal au double.
et de soutenir ainsi leur activité
opportunité de croissance pour
trée pour les annonceurs, internet a
Le deuxième axe essentiel est la
éditoriale.
tous. Que ce soit sur un ordinateur
ouvert le marché de la publicité aux
pertinence. Moyennant un faible
Le programme Google AdSense
ou un mobile, nous souhaitons tous
PME-TPE, mais aussi à tous ceux qui,
coût, les liens sponsorisés permet-
permet ainsi à des éditeurs de sites
accéder à l’information disponible
jusque là, ne pouvaient prétendre
tent aux annonceurs d’accéder à
web ou à des blogueurs d’afficher
sur internet à tout moment.
faire leur promotion ou celle de leurs
des solutions publicitaires qui
des annonces ciblées et pertinentes
L’internaute n’est plus une caté-
produits sur les supports de média
touchent une audience qualifiée et
sur leurs pages. Ainsi, des milliers de
gorie à part, comme le sont la
traditionnels.
des nouveaux marchés. Pixmania,
sites web utilisent ce programme
ménagère de moins de 50 ans ou le
La publicité sur internet a connu
par exemple, s’est appuyée sur les
pour proposer des annonces en
jeune citadin. L’internaute français
une forte croissance depuis
liens sponsorisés Google pour se
rapport avec le contenu de leurs
est ainsi avant tout un Français
plusieurs années. On estime qu’elle
développer en France et dans 27
pages et générer des revenus.
soucieux de s’informer, de se
a connu une augmentation de
pays d’Europe. La particularité d’in-
Quand le visiteur d’un de nos sites
divertir et d’échanger avec son
8,2% en 2009 portant le chiffre
ternet, c’est que la zone de chalan-
partenaires clique sur une annonce
entourage. Il ne peut plus être
d’affaires du marché de la publicité
dise peut facilement devenir le
Google, Google reverse la majorité
défini comme un être mal identifié ;
online à 3,6 milliards d’euros bruts
monde entier. Il y a encore dix ans,
des revenus publicitaires à son
il est bel et bien une personne
en France (baromètre de l’IAB-SRI-
les petites entreprises auraient eu
partenaire. Ainsi, en 2008, Google a
comme les autres, soucieuse de
Kantar Media, février 2010). Google
des difficultés à atteindre une
reversé à ses partenaires plus de 6
recevoir des informations répon-
est au coeur de cette révolution et le
audience au delà de leur cercle
milliards de dollars sur les 22
dant à ses attentes, que celles-ci
succès de ce nouveau modèle
local ; aujourd’hui, elles peuvent
milliards de dollars de revenus
viennent de sa région ou du reste
économique repose sur trois axes
toutes devenir exportatrices dans
générés. Ce chiffre représente 28%
du monde.
Q
essentiels.
le monde entier !
du chiffre d’affaires de Google.
www.google.fr
34R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
milliard d’internautes sera mobinaute, et l’écosystème internet – plateformes, agences, annonceurs –
Sébastien Badault et Bruno Chetaille nous livrent leur vision.
Interview de Bruno Chetaille, président directeur général de Médiamétrie
à l’autre bout de la chaîne, par
contre l’annonceur l’a été.
« Le numérique, un marché
Cela a modifié son
comportement de façon
d'addition plutôt que
conjoncturelle avec une baisse
des budgets,mais aussi
de substitution »
structurelle avec la recherche
encore accrue d’un meilleur
T Comment les Français
internautes sont déjà des
retour sur investissement.
réagissent-ils au
mobinautes. Nous allons pouvoir
D’où la nécessité de compléter la
numérique ?
25 % chaque matin à 8h. Il n’en
en analyser l’audience dès cet
mesure d’audience média par
Les Français consacrent de plus
reste pas moins que cet équilibre
automne grâce au dispositif
média par une mesure
en plus de temps et d’argent aux
global cache une fragmentation
innovant que nous mettons en
d’efficacité multimédia. Notre
activités médias et multimédia.
des audiences et un foisonnement
place avec l’AFMM.
dispositif Cross Média répond à
La crise que nous venons de
des nouveaux usages.
cet objectif. Outil de média
traverser n’a pas affecté cette
Le numérique abaisse les barrières
T Comment les éditeurs
planning pour les annonceurs et
tendance. En 2009, le budget
à l’entrée ; ce qui entraîne un
s’adaptent-ils à ces
leurs agences médias, il permet
multimédia d’un foyer s’est élevé à
accroissement de l’offre de services.
changements ?
aussi aux médias de valoriser leur
2 324 €, en hausse de plus de 4 %.
Parallèlement, il lève des
Pour les éditeurs, le numérique est
marque sur tous les canaux qu’ils
Cette croissance continue est tirée
contraintes de temps et de lieux qui
synonyme de concurrence
utilisent. Un journal peut ainsi
par la multiplication des réseaux de
pesaient sur la consommation de
renforcée. Concurrence accrue
savoir si son site internet ou
diffusion : numérique hertzien,
chaque média. Nous sommes
entre médias, concurrence accrue
éventuellement sa chaîne de TV
ADSL, mobile ; par la diversification
définitivement entrés dans l’ère du
au sein de chaque média.
lui font gagner un public
des écrans : écrans plats,
« any time, any where, any
Pour marquer leur différence, ils
nouveau ou, et ce n’est pas
smartphones, consoles diverses et
device ». Autant de nouveaux
doivent donc continuer à investir
contradictoire, fidélise le public
par l’élargissement de l’offre :
usages que nos dispositifs
dans les contenus tout en
de son édition papier.
nouvelles chaînes TNT, nouveaux
permettent de révéler et que nous
innovant pour être présents sur
services avec application Internet.
suivons en adaptant nos systèmes
tous les réseaux et tous les écrans.
T Votre conclusion ?
Nous sommes dans un marché
de mesure.
Fini le temps où chaque média
L’innovation technologique
d’addition et non de substitution
agissait sur son propre champ
ouvre le champ des possibles et
tiré par une offre dynamique.
T Dans ces nouveaux usages, sans s’aventurer sur le terrain d’à
déplace les frontières. Son succès
quelle place prend la
côté.
reste néanmoins dépendant de
T Comment cela se traduit-il
consommation en différé
Désormais, l’offre est
deux facteurs clés : d’une part,
en termes d’audience ?
des médias ?
nécessairement multimédia, multi
la valeur d’usage générée en
Au plan global, l’audience Internet
L’écoute de la télévision en différé
support, multi écran, internet
termes de facilité d’accès,
progresse sous l’effet de la
représente environ 10 mn par jour,
jouant le rôle de dénominateur
d’ergonomie et bien sûr d’intérêt
croissance du nombre d’internautes
chiffre à comparer avec les 3h30
commun.
social, d’autre part, le modèle
(de l’ordre de + 50 % en quatre ans)
consacrées à l’écoute en direct,
Une transformation d’autant plus
économique qui peut la soutenir.
et de la durée qu’ils y consacrent
ce qui le relativise. Mais ce chiffre
délicate à gérer que le contexte
Le numérique n’échappe pas à
(1h20 en 2009 contre ¾ d’heure
est à mettre aussi en perspective
publicitaire, même s’il est
ces principes. Le succès de
en 2006).
car cette pratique est en nette
aujourd’hui meilleur, a été
l’iPhone en est un exemple
Mais, fait majeur, cette progression
progression, et particulièrement
particulièrement difficile en 2009
révélateur.
d’Internet ne se fait cependant pas
forte chez les jeunes qui y
avec une baisse des dépenses
Reste que pour bon nombre
au détriment de la télévision et de
consacrent déjà 26 mn.
publicitaires qui n’a épargné
d’initiatives, cette synthèse entre
la radio. Leur durée d’écoute
En radio, 15 millions de podcasts
aucun média, de -2 % pour
potentiel technique, usages
quotidienne est élevée et stable
sont téléchargés chaque mois.
Internet à -18 % pour la presse.
durablement intéressants et
– respectivement 3h30 et 3h – et
modèle économique sain est
leur puissance fédératrice reste
T Qu’en est-il des usages
T Les annonceurs sont-ils
encore un pari. Raison de plus
particulièrement forte. L’écran de
en mobilité ?
impactés par ces évolutions
pour observer, mesurer et analyser
télévision réunit chaque soir à 21h
L’écran mobile – téléphone,
liées au numérique ?
avec rigueur les effets de cette
près de 45 % des Français, tandis
tablette – s’impose
Si le consommateur média n’a pas
transformation.
Q
que le poste de radio en réunit
progressivement. 30 % des
été affecté par la crise,
www.mediametrie.fr
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R35

Dossier
Presse et édition
Livre et presse écrite, même combat ! Dans l'édition, profiter de la révolution numérique rime avec
Interview de Philippe Jannet, président directeur général, Le Monde interactif
l’information a été raccourci de manière
modèle associant gratuit et payant
incroyable, que les lecteurs sont souvent
d’acteurs tels que le New York Times, les
La presse
aussi experts que les journalistes et
titres du groupe Murdoch, Le Figaro,
peuvent apporter leur propre éclairage. Il
Libération, etc…, va banaliser l’idée que
écrite se met
change parce que nous pouvons
certaines informations ou services ont
distribuer nos contenus dans le monde
suffisamment de valeur pour être vendus.
en quatre
entier, sans limites d’espace ou de temps,
sur de multiples formats d’écrans. Il
T Quel est le bon modèle
change parce que le business model est
économique de la presse connectée ?
T Comment
Editorialement, nous essayons aussi de
en perpétuelle évolution, que les
Le modèle mixte, associant une forte
appréhendez-vous
nous adapter à chaque écran, avec des
demandes des clients, lecteurs ou
zone gratuite et une zone payante
la multiplication des écrans ?
contenus et des mises en forme
annonceurs, sont hyper-fragmentées et
pertinente, est le seul modèle viable pour
Aujourd’hui, nous sommes présents sur
spécifiques. Sur i-Phone, par exemple,
reposent sur une individualisation de plus
la presse généraliste d’information quels
tous les supports ou presque. Nous
nous avons deux offres différentes. L’une, en plus forte des offres. Il change enfin
que soient les supports numériques. La
avons été très tôt sur l’iPhone et nous
gratuite, propose l’accès aux dernières
parce qu’il a longtemps reposé sur un
zone gratuite permet d’avoir une
avons été présents sur l’iPad dès sa sortie informations publiées sur le site par la
seul support, le journal ou le magazine,
audience large permettant de générer
aux Etats-Unis. Nous nous devons d’ac-
rédaction web, avec un système d’alerte
un seul contenu, identique pour tout le
des revenus publicitaires importants.
compagner nos lecteurs là où ils sont,
très opérationnel. L’autre, payante,
monde, dans un seul espace temps
Cette zone nous permet également de
avec une réponse éditoriale complète et
propose la lecture du journal, réadapté à
(quotidien, hebdomadaire, mensuel) et,
promouvoir la zone payante, via la
satisfaisante. Cela signifie que nous réflé- la taille de l’écran, mis à disposition au
qu’en dix ans, il a basculé dans un
collecte des adresses email de nos
chissons en offre globale, associant tous
moment où il arrive dans les premiers
univers beaucoup plus compétitif
visiteurs. La zone payante permet de
les supports, mais aussi à des offres
kiosques. Et nous proposons même une
qu’avant.
bénéficier de revenus qui peuvent
spécifiques développées pour chacun de
application pour suivre la coupe du
devenir très importants tout en
ces supports. Nous avons lancé un abon- monde de football !
T Ces contenus numériques
garantissant aux annonceurs présents sur
nement QuadriplePlay, permettant à
rapportent-ils ?
la zone gratuite, que l’audience du site
l’abonné de lire son journal chaque jour
T Le métier de la presse est-il entrain
Nous avons aujourd’hui plus de 100 000
est qualitative puisque payante en
en format papier, web, Iphone et Ipad.
de radicalement changer ?
abonnés, et nous sommes rentables
partie… Nous entrons alors dans un
Dans le même temps, nous explorons la
Oui, il change à tous les niveaux. Il
depuis cinq ans. Et notre chiffre d’affaires
modèle vertueux.
Q
vente à l’acte via iTunes
change parce que le temps d’accès à
ne cesse de croître. Le passage à un
www.lemonde.fr
Livre numérique : une révolution stimulante
par Arnaud Nourry, président directeur général du groupe Hachette Livre
des avantages puissants face à son
conçu autour d’un personnage une
l’accès à nos catalogues et en empê-
alter ego numérique. Les livres sont –
application qui permet à l’enfant de lire
chant nos auteurs de bénéficier de cette
déjà - des objets mobiles, personnels,
en même temps qu’une voix lui fait la
exposition. Cela reviendrait à encou-
légers. Et l’existence d’un livre ne se
lecture, et de prolonger l’histoire par
rager le piratage.
résume pas à l’instant de sa lecture ;
des jeux d’éveil. Il en est de même pour
Il convient de prendre les devants : le
elle se poursuit à travers l’objet, fidèle-
la promotion de nos auteurs et de leurs
livre ne doit pas être un produit
ment rangé à la verticale dans une
œuvres : de nouveaux circuits (blogs,
d’appel pour un abonnement ou un
bibliothèque. Ce que permet surtout le
Twitter…) et de nouvelles fonctionna-
matériel. Avec la FNAC et Sony en
numérique, c’est d’accéder aux livres
lités (feuilletage…) permettent d’ac-
2008, nous avons lancé le livre électro-
Le livre numé-
en toute situation de mobilité. C’est
croître leur visibilité. La numérisation va
nique en France sur une base de prix
rique est un
une révolution certes, mais cantonnée
permettre au livre de se frayer un
respectueuse de la valeur du livre. Il en
marché naissant
à une partie de notre activité que, à un
chemin au-delà de nos grands lecteurs
fut de même avec le lancement de
en Europe et en plein développement
horizon prévisible, nous évaluons à
traditionnels. Ce sont donc aussi de
l’iPad d’Apple : Hachette Livre a choisi
aux USA où Hachette Livre réalise plus
15%. Aux USA, au 1er trimestre 2010,
nouveaux marchés qui vont s’ouvrir.
de confier les fichiers de ses livres à la
de 22% de son chiffre d’affaires. Il
le numérique représentait déjà 8% des
Le livre a beaucoup à bénéficier du
plate-forme iTunes car l’opérateur a
existe encore de nombreuses incon-
ventes de Hachette Book Group.
numérique et réciproquement. A condi-
consenti à une formule qui laisse à
nues : sur les processus de création, de
tion de s’y préparer. La conversion des
l’éditeur la responsabilité de fixer les
promotion et de commercialisation,
Nouveaux marchés
livres en format numérique ouvre la
prix des ebooks. Ces choix sont déter-
sur la proportion que le numérique
Cette mutation est porteuse de
porte de nos marchés à des acteurs - en
minés par notre volonté de maintenir
occupera dans les ventes totales, sur le
nouvelles possibilités stimulantes pour
particulier les géants de l’informatique,
la chaîne de valeur du livre, de l’auteur
degré de substitution entre le livre
l’imagination : le livre peut désormais
des télécoms et de l’internet - pour qui
aux libraires. Pour ne pas être pris de
numérique et le livre papier...
s’enrichir à l’infini d’images, de sons, de
le livre est un univers nouveau. Il serait
court par une mutation, il faut s’en
D’emblée une évidence qu’il faut
contenus interactifs, d’hyper-textes, et
illusoire de les empêcher de distribuer
emparer, à bras-le-corps.
Q
rappeler : la matérialité du livre garde
élargir son univers. Hatier Jeunesse a
des livres numériques en leur interdisant
www.hachette.com
36R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
anticipation. Les exemples du Monde interactif, de La Tribune et d'Hachette Livre.
Tous les médias seront touchés, tous n’en mourront pas
par Erik Izraelewicz, directeur des rédactions, La Tribune
2010 est un tournant dans la stra- leurs dépenses.
à perte a été considérablement
tégie numérique des journaux.
PC, smartphones et tablettes sont réduit au profit du portage direct aux
Jamais les consommateurs et les aujourd’hui perçus, à juste titre, par abonnés. A l’inverse, le journal –
citoyens n’auront eu à leur disposition les journaux comme de possibles dans son format actuel – a été rendu
autant de supports pour lire et s’in- alliés – des armes qui les sauveront, accessible, en payant, sur le Net,
former. Il faut s’en réjouir. Pendant peut-être, de la disparition pure et l’iPhone et l’iPad, la veille de sa publi-
deux siècles, il y a eu les journaux simple. Personne pourtant, pas plus cation, dès 21h30. La démonstration
comme vecteur principal pour l’infor-
aux Etats-Unis qu’en Europe, n’a que, pour La Tribune, se vendre en
mation et le débat d’idées. L’irruption encore trouvé la martingale, le numérique ne vient pas menacer les
de la radio, puis de la télévision au modèle économique qui les sauvera. ventes du papier en kiosques. Il n’y a agrégateurs de
siècle dernier, n’a pas fondamentale- Tous les médias tâtonnent, avec plus pas concurrence, il y a complémen- contenus. Un
ment bouleversé l’équi libre du secteur ou moins de moyens, plus ou moins tarité. Le numérique permet d’offrir journal donne sa « marque » de
car ces deux nouveaux médias sont de bonheur aussi. La Tribune s’était un nouveau service à ses lecteurs – fabrique à l’information. Le Net ne
venus enrichir l’offre, sans se substi- faite, dans la première période, le un journal accessible dès la veille au tue ni le journaliste, ni le journal, il les
tuer à la précédente.
champion du « tout gratuit » sur son soir, de partout !
oblige tout simplement à passer par
Avec l’irruption d’internet il y a site internet quand son principal
de nouveaux canaux, à prendre des
15 ans, les choses ont changé. concurrent, partisan du « tout Le net ne tue
formes nouvelles et à accepter de
D’abord simples vitrines des médias payant » cherchait à s’imposer ni le journaliste, ni le journal
nouvelles règles du jeu.
traditionnels, les sites internet des comme le site le plus cher de
C’est tout le travail que La
Aux journaux donc de "marketer"
titres de presse écrite sont entrés au France ! Elle y a renoncé – son grand Tribune, comme d’autres, a engagé leur offre. La diffusion des tablettes et
tournant des années 2000 dans une concurrent a lui aussi abandonné son avec sa stratégie « freemium ». des
smartphones
offre un
stratégie d’audience bâtie sur une choix initial.
L’information générale, basique, momentum intéressant. Car contrai-
offre de contenus gratuits. Avec la
Le numérique offre sur le papier factuelle ne peut être que gratuite – rement à l’accès internet qui impose
diffusion rapide de l’accès à internet une série d’avantages importants : il elle est partout, elle est « free ». d’allumer un ordinateur (c’est long)
à haut débit, les sites riches en arti- autorise la diffusion en continu L’information qualifiée, analysée, et de rester assis devant son écran (ce
cles et en photos pouvaient en d’une information ciblée, sélec- expertisée ne peut qu’être payante – n’est pas pratique), ces nouveaux
outre supporter de nombreuses tionnée, instantanée, disponible elle est unique, elle est « premium ». écrans nomades offrent la liberté de
publicités sans que cela ne « rame » partout et à laquelle le consomma- Certes, la presse n'est pas parvenue à transporter son contenu et de le
trop pour l’internaute. Alors que la teur de news peut réagir, en direct et faire payer des articles à l'unité sur consulter partout, que ce soit en
diffusion de la presse a commencé à en permanence. Il permet de trans- internet. Mais le précédent iTunes pantoufles dans son canapé, dans le
stagner en kiosques ou en abonne- mettre les nouvelles sous des formes nous montre que l’ergonomie d'une métro ou dans le train. Et si les inter-
ment, que son lectorat a commencé multiples (l’écriture, la photo, la plate-forme et un système de micro- nautes ont perdu l’habitude de payer
à vieillir, internet est apparu comme vidéo, etc) et ouvre la possibilité paiement ultra simple ont fait davan- pour du contenu, ils pourront peut-
le relais de croissance idéal.
d’accéder, dans le même temps, à un tage pour le développement de la être revenir à cette pratique en ache-
stock quasi-illimité d’informations vente de musique en ligne que l'évo- tant le service. Et redécouvrir le plaisir
Personne n’a encore
(les archives). Le numérique est aussi lution de l'offre elle-même.
d’avoir son « journal » en poche !
trouvé la martingale
un support économiquement moins
On peut penser que la courbe
Une révolution, on sait comment
Les journaux s’y sont engouffrés coûteux que le papier. Il présente d'apprentissage des internautes face ça commence - avec une innovation,
avec ce double objectif : amener les enfin un bilan carbone beaucoup à l’insondable contenu offert sur la une bifurcation ou une réaction - on
jeunes vers la presse et développer les moins calamiteux. Tout cela conduit Toile n’est pas terminée. Les compor-
ne sait jamais comment elle finit. Il en
recettes publicitaires sur un marché à penser que, pour l’information tements pourraient faire montre de va de même, pour les journaux, avec
en croissance exponentielle. économique, financière et sociale, discernement. Entre le raz-de-marée la révolution internet. Tous les médias
Déception. Les « digital natives », celle que couvre un média comme La des sites alimentés par les forums de seront touchés, tous n’en mourront
drogués à l’information gratuite Tribune, le numérique devrait tôt ou discussions et les réseaux sociaux, les pas. Une chose est sûre : ceux qui ne
diffusée par une multitude de canaux tard l’emporter sur le papier.
sites de journaux ont leur place. Car bougeront pas ne s’en sortiront pas.
– les derniers en date étant les
Toute la stratégie actuelle vise à le travail d’une rédaction fournit à la La Tribune a quelques avantages :
réseaux sociaux – ne sont pas venus à organiser cette montée en puissance fois un produit et un service. La véri- une taille modeste, une agilité plus
la presse. Ne parvenant pas à du numérique. Très coûteuse, la fication de l'information et sa hiérar-
grande, une indépendance totale. Le
« monétiser » leur audience, les diffusion en kiosque du journal chisation, la mise en perspective et numérique est une opportunité pour
éditeurs n’ont pas réussi à trouver les papier est volontairement « sacri- l'analyse ou le commentaire ne sont elle, plus encore que pour d’autres. Q
rentrées leur permettant de couvrir fiée » – le nombre de points de vente pas en concurrence avec les simples
www.latribune.fr
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R37

Dossier
Politique de la ville
Aujourd'hui, l'internet de proximité devient un outil urbain fondamental. Mais le numérique est aussi
bien plus : il devient le garant d'une forme d'égalité des chances.
Dynamiser l’emploi en banlieue grâce au numérique
par Fadela Amara, secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville
manifestent souvent un intérêt
tariat d’Etat chargé de la politique de
seront tous connectés, d’ici 2013, au
marqué pour le numérique et ses
la ville, en partenariat avec le Conseil
très haut débit, devenant ainsi des
métiers, et notamment ceux du jeu
national des entreprises pour la
hôtels d’entreprises numériques.
et du développement. Toutefois, ils
banlieue (CNEB) et le pôle de
Une nouvelle dynamique autour
n’ont que très rarement accès aux
compétitivité Cap Digital, Banlieue
des porteurs de projets, des entre-
informations, formations, stages,
2.0 a pour objectif de faire du numé-
prises, des associations et des institu-
réseaux et contacts nécessaires
rique un levier de transformation des
tionnels se met aujourd’hui en place
pour exploiter leurs potentiels et
quartiers en territoires de pointe et
afin de préparer nos jeunes aux
leur créativité.
d’innovation.
métiers d’avenir du numérique. Le
Le numérique a déjà
Parmi les réalisations en cours,
16 juin 2010, la charte Banlieue 2.0
commencé à révolu-
Egalité des chances
une application de banque de stages
destinée à labelliser des entreprises
tionner l’intégralité de
Afin de mener une véritable poli-
numériques (Stage App), accessible
qui s’engageront à faciliter l’accès
l’économie à travers de
tique d’accès aux formations et aux
sur téléphone mobile. Elle permettra
des jeunes aux filières menant au
nouveaux services et de nouveaux
emplois du numérique et d’utiliser le
aux jeunes d’accéder à des offres de
numérique, a ainsi été présentée au
usages. Ce secteur d’avenir, créa-
numérique comme outil en faveur
stages courts ou longs directement
cours d’un séminaire sur le numé-
teur d’emplois, est aujourd’hui
de l’égalité des chances, j’ai souhaité
depuis leur mobile. Par ailleurs, pour
rique en banlieue et a recueilli ses
demandeur de nouveaux talents.
la création du programme Banlieue
faciliter l’implantation de start up en
premières signatures.
Q
Or, les jeunes de nos quartiers
2.0. Développé à l’initiative du secré-
banlieue, les hôtels d’entreprises
www.ville.gouv.fr
Quand la ville se « reterritorialise »
par Jean-Louis Missika, consultant et sociologue des médias, adjoint au maire de Paris en charge
de l’innovation, de la recherche et des universités
explosion des services numériques
facilite grandement le fibrage hori-
inconcevable que, à l’heure où l’on
de proximité, notamment grâce aux
zontal. Cela passe également par la
commande en trois clics un livre rare
nouveaux terminaux offrant simul-
densification des réseaux sans fil,
aux Etats-Unis, on soit encore obligé
tanément un accès mobile et une
avec le dispositif Paris Wifi d’accès
de se déplacer pour payer la cantine
géolocalisation. Alors que le web
gratuit à internet dans les lieux
scolaire de ses enfants par chèque
2.0 était lié à la "déterritorialisa-
publics, ou avec la densification des
au directeur de l’école. C’est pour-
tion", la généralisation de l’internet
réseaux data de téléphonie mobile,
quoi les villes sont aujourd’hui
mobile, des réseaux sociaux et de la
en concertation avec les riverains et
confrontées au vaste chantier de
géolocalisation va engendrer une
les associations.
l’administration électronique, et des
On a
"reterritorialisation". L'internet de
Notre responsabilité d’accès
services numériques de proximité.
souvent dit qu’internet avait
proximité deviendra un outil urbain
passe, enfin, par un effort particulier
Ce chantier peut en partie être
aboli les distances et fait de notre
fondamental.
pour réduire la fracture numérique,
coproduit avec la communauté de
monde un « village global ». C’est
par les offres de triple play dans les
l’innovation, à travers une politique
vrai, dans la mesure où je commu-
Accès et infrastructure
logements sociaux, et par le soutien
d’ouverture des données publiques
nique aujourd’hui de la même façon
Une collectivité comme Paris a,
au dispositif d’Espaces Publics
(Open Data) et la stimulation de la
avec un chercheur californien, une
dès lors, une double responsabilité,
Numériques (EPN), qui mène des
communauté des développeurs,
écolière indienne ou une guide
d’infrastructure et de service.
actions d’accompagnement et de
entrepreneurs et chercheurs afin
touristique australienne. La conjonc-
Notre responsabilité d’infrastruc-
formation à internet pour tous,
qu’ils inventent les applications
tion du développement d’un réseau
ture est de donner aux Parisiens le
notamment dans les quartiers dits
basées sur ces données de proxi-
mondial et de l’ubiquité des réseaux
meilleur accès possible au réseau.
« politique de la ville ».
mité. Ce dispositif d’innovation
mobiles locaux met le monde entier
Cela passe par la facilitation du
ouverte, ou crowdsourcing (exter-
à notre portée, en tout point de
câblage en fibre optique des
Innovation ouverte
nalisation coopérative), a le double
notre territoire.
immeubles, et Paris possède une
Au-delà d’offrir un accès à ses
avantage d’être peu coûteux pour
Pour autant, alors même que la
longueur d’avance grâce au baron
concitoyens, la Ville a la responsabi-
la collectivité, et directement piloté
notion de distance est relativisée par
Haussmann, qui a mis en place un
lité de repenser ses services à l’aune
par les citoyens intéressés.
Q
le web, on assiste aujourd’hui à une
réseau d’égouts remarquable qui
du numérique. Il serait en effet
www.paris.fr
38R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
Vie publique
Alors que le réseau irrigue de plus en plus la société, la définition d'une nouvelle citoyenneté est en
marche.
Interview de
Nathalie Kosciusko-Morizet,
« J’ai suivi la campagne
secrétaire d’État chargée de la prospective
d’Obama sur Facebook »
et du développement de l’économie numérique.
par Florian Maxwell, étudiant en médecine
« Un espace
J'ai commencé à m'intéresser à ciel d’Obama
Facebook pour suivre la
était rébar-
démocratique
campagne d’Obama dont un
batif, mais
groupe relatait les différents évène-
ma généra-
à investir »
ment. J’ai tout de suite trouvé que
tion n'aime
c'était à la fois plus détaillé et aussi
pas trop les
moins politicien que les sites officiels
sites très
T Qu'apportent les
mais également des sessions plus
de campagne. Sur les médias
formatés qui sentent la stratégie de
médias numériques à la
spécifiques pour expliquer, par
sociaux, le point de vue délivré est
persuasion. On aime aller à la source
communication politique ?
exemple, comment organiser une
aussi plus personnel. C'est fait par
mais aussi diversifier ses sources.
Le web est un moteur puissant de
consultation publique et stimuler le
des gens qui me ressemblent et que
Internet ne fait pas gagner les
transformation de la société dans son
débat citoyen, au local comme au
je connais : je les ai visualisés, j'ai vu
élections mais il y contribue. Obama
ensemble, qui bouscule les modèles
national. Ça a été un franc succès ;
leur profil, je sais où ils habitent,
aurait été élu de toutes façons parce
traditionnels - médias, éducation,
nous avons eu plus de 180 participants
c’est comme un groupe d'amis.
qu’il a du charisme et que la
travail, culture – et la politique ne fait
au final et les ateliers ont fait salle
C’est aussi comme s'inscrire à un
conjoncture le voulait. Mais internet
pas exception à cette règle. Sous
comble à chacune des sessions. Ces
parti, mais sans s'engager vraiment.
a beaucoup aidé à peaufiner son
l’influence des réseaux sociaux, la
rendez-vous ont même essaimé
Une manière d'être un activiste
image et à mobiliser l'électorat.
relation entre l’élu et le citoyen se
puisque nous avons lancé il y a peu,
passif… Ce n’est pas que le site offi-
C’est un formidable accélérateur ! Q
trouve profondément modifiée. Je suis
avec le député européen Damien
convaincue que pour saisir pleinement
Abad, la déclinaison des Ateliers de
le rôle du numérique en tant que
l’élu 2.0 au Parlement européen.
« En dix ans, nous avons
facteur de mutation de la société, il
faut être soi-même praticien d’internet. T Sont-ils vraiment indispen-
formé 5 000 personnes
J’ai intensifié ma présence sur les
sables ? Trop de communication ne
médias sociaux, au moment de ma
tue-t-elle pas la communication ?
dans les barrios de Caracas »
prise de fonction au secrétariat d’État,
Je ne crois pas à un « darwinisme des
par Luisa Ramirez,
et j’y ai vu d’emblée une autre façon
médias » qui voudrait qu’internet
association Colombbus
d’être en prise avec le terrain. J’ai
supplante les médias traditionnels.
découvert un lien direct avec les
Internet représente un espace
Notre association a été créée au subventions.
Venezuela pour aider les
Pour cela,
citoyens, une relation totalement
démocratique à investir, mais qui vient
communautés défavorisées des
nous avons
interactive, immédiate, libre, sans
s’ajouter à l’espace public traditionnel,
« barrios » (les bidonvilles) de
développé,
affectation, et en perpétuelle évolution. et non le détrôner. Rien ne remplace
Caracas à avoir accès aux technolo-
en partena-
Internet est en ce sens plus qu’un
l’échange direct, le face à face dans la
gies de l'information et de la
riat avec une
nouveau média, c’est une nouvelle
« vie réelle ». Internet ne se substitue
communication. Concrètement,
communauté
dimension qui transforme le lien social
en aucun cas à une permanence
nous aidons à monter des centres
pilote, un prototype de logiciel.
et qui modifie également la
parlementaire par exemple.
informatiques avec accès internet.
Cet outil va permettre à la
communication publique. Le web
Simplement, ce ne sont pas forcément
En dix ans, nous avons formé dans
communauté de cartographier le
représente aujourd’hui une
les mêmes publics et le web constitue
ces centres près de 5 000 personnes
réseau d'évacuation des eaux usées,
gigantesque agora virtuelle où les
justement une fenêtre ouverte pour
et donné l’accès aux TIC à plusieurs
les points d'alimentation électrique,
citoyens et les élus doivent se rejoindre,
des citoyens qui ne s’expriment pas
dizaines de milliers. Nous travaillons
les centres de soutien sanitaire, les
afin de construire ensemble cet autre
dans l’espace public traditionnel. Je
avec des communautés organisées,
endroits où se trouvent les méde-
espace d’expression citoyenne.
pense tout particulièrement aux
des « organisations de base », qui
cins, les infirmières et même de
C’est dans ce sens que j’ai créé, en
représentants de la « génération Y »,
montent des projets locaux. Ce sont
donner des noms aux rues du
octobre dernier, les Ateliers de l’élu 2.0 les natifs du numérique. C’est
elles, par exemple, et pas l’Etat – qui
bidonville.
à destination des parlementaires. Nous
pourquoi j’encourage les élus à aller à
est défaillant dans ces quartiers – qui
Au-delà de la meilleure connais-
avons proposé aux sénateurs et
la rencontre des citoyens en ligne, car
procèdent au recensement et à la
sance et de la meilleure gestion des
députés, tous partis confondus, de
internet est un nouvel espace
suivre différents ateliers : des sessions
démocratique que les élus doivent
cartographie de leurs communautés.
informations, cela permet aux diffé-
pratiques, comme la Boîte à outils –
investir.
Q
Une information dont ils ont besoin
rentes communautés de communi-
pour apprendre à créer un blog, une
www.gouvernement.fr/gouvernement/
pour définir leurs priorités, leurs
quer entre elles et d'échanger leurs
page Facebook, un compte Twitter –
nathalie-kosciusko-morizet
besoins, leurs projets, demander des
pratiques.
Q
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R39

Dossier
Business angels
Ex directeur général d’AOL France, Stéphane Treppoz a créé, avec Pierre Kosciusko-Morizet et Geoffroy
Roux de Bézieux, ISAI, un fond d’investissement pariant sur les nouveaux modèles d’internet. Interview.
avoir une logique de portefeuille,
éventuel a complètement
c'est à dire plusieurs investissements
révolutionné le marché de la publicité.
Stéphane Treppoz
parallèles, ce qui n'est pas à la portée
C’est pourquoi TF1 vaut 5 fois moins
d'un petit business angel...
qu’elle ne valait il y a encore deux ou
Profession :
C'est pourquoi nous avons créé
trois ans. Il y a là un mouvement
le fonds ISAI.
fondamental de transformation d'un
chercheur
monde du média qui vendait de
T Quels sont les bons modèles l'impression et du contact, à un
d’or
économiques ?
monde du média qui vend de la
Actuellement, la croissance se fait
performance. Aujourd'hui, Google
principalement autour d’internet, des
prend la majorité du budget
T Qu’est-ce qu’un « business
concerne, il s’agit plutôt d’un
télécoms et du e-commerce. Internet
marketing de ma société de e-
angel » ?
investissement citoyen car je trouve
a un impact monumental sur
commerce, Sarenza, parce l’outil
C’est quelqu'un qui investit dans des
normal d'aider des jeunes à
l'économie, il signifie transparence de
permet de tout mesurer. Ce n'est pas
start-up trop petites pour intéresser
entreprendre. J’investis un peu pour
l'information, temps réel et
que je veux être gentil avec Google,
des fonds d'investissement. Selon le
gagner de l’argent, mais surtout parce désintermédiation... Tous les secteurs
c'est juste qu’avec 90% de toutes les
projet et la somme recherchée, il
que ça m’amuse.
très intermédiés sont révolutionnés.
recherches sur internet en Europe,
existe en effet toute une chaine de
Prenez l'achat de voyages dans les
cette société est incontournable.
financements. Si vous cherchez
T Comment sélectionnez-vous agences ou la vente d’encyclopédies, Aujourd'hui, Google en Bourse doit
quelques milliers d'€, vous devez
les projets ?
c'est terminé ou presque.
valoir 30 fois TF1 et 40 ou 50 fois M6.
généralement compter sur vos propres Concrètement, ça marche pas mal à
Objectivement, quel est l’intérêt de
Je crois que Google et Facebook
économies. Si vous cherchez quelques
l’intuition et l’essentiel, pour moi,
faire un achat dans un magasin (à
valent plus que l'ensemble des
dizaines de milliers d'€, il y a le « love
consiste à me forger une conviction
supposer que vous puissiez attendre
groupes de médias réunis. C’est juste
money », c'est à dire vos amis, votre
sur le patron. A 90%, ce qui fait que
48 h pour avoir le produit) quand
énorme !
famille. Jusqu'à quelques centaines
j'investis ou pas, c'est la qualité du ou
vous pouvez comparer les produits sur
de milliers d'€, il y a les business
de la porteuse de projet. Pour les 10% internet en 5 mn et passer
T Les réseaux sociaux sont-ils
angels. Quand la somme dépasse
restants, c’est le modèle économique : commande en payant moins cher ?
la nouvelle frontière ?
500 000 €, un fonds comme ISAI
est-ce que j’y crois, est-il assez malin...
Dans mon domaine, le e-commerce
Outre qu’ils sont hyper pratiques pour
intervient, puis les fonds de « capital
Après, c’est comme parier au casino
(lire p.22), j'essaie de voir dans quelle
retrouver des gens, partager des
risque » prennent le relai entre 1,5
en espérant que ça marchera !
mesure internet révolutionne ou fait
photos, des films, etc, les réseaux
millions d’€ et quelques millions. Les
évoluer certaines chaines de valeur.
sociaux sont un outil de média pour
gros fonds d’investissement peuvent
T Comment décidez-vous des
Prenez les comparateurs de prix
les annonceurs d'une puissance
mettre entre 3 et 30 millions d’€ et
montants à investir ?
d'assurances. L’assurance, ça
inouïe ; grâce à eux, vous pouvez
les très gros fonds de « private
Quand une société est toute jeune,
n'intéresse personne, les tarifs sont
cibler à toute vitesse tous les gens
equity », dès que le besoin passe la
vous pouvez mettre n'importe quel
opaques et vous ne savez jamais ce
intéressés par votre produit.
barre des grosses dizaines de millions
prix dessus. Mon approche est
que vous achetez. Eh bien, le jour où
Facebook, qui vend de la publicité
d’euros. En France, on dénombre
d’investir la même somme sur chaque Assurland a été lancé, du jour au
ciblée pour le consommateur final,
quelques milliers de business angels,
projet. Si une entreprise vaut 1 million
lendemain, vous pouviez comparer les serait d’ailleurs devenu la deuxième
dix fois moins qu’en Angleterre où les
d'€ après mon apport et que j’ai mis
tarifs et vous apercevoir qu’ils allaient
plate-forme de publicité aux Etats-
mécanismes sont plus incitatifs. Mais
50 000 €, je me retrouve avec 5% du
du simple au double. Cette entreprise
Unis, après Google. Avec les réseaux
depuis la loi Tepa, le gouvernement a
capital.
partie de presque rien a été vendue
sociaux, les habitudes sont en pleine
permis la défiscalisation de sommes
22 millions d'€ à la Mutuelle du
révolution. Les jeunes passent
assez conséquentes puisqu’il est
T Quel est le taux de réussite ?
Mans. Aujourd’hui, 50 % des
aujourd'hui plus de temps sur ces
possible de déduire de l’ISF jusqu'à
Les statistiques ne sont pas très
nouvelles souscriptions sur le marché
réseaux qu'à regarder la télé. C'est un
75% des sommes investies. Comme
différentes de celles de la création
des assurances se font par internet,
business comme beaucoup d'autres,
c’est de l'argent dont vous devez vous
d'entreprises classiques : sur 10
grâce à un comparateur !
mais ici, c'est l’acteur dominant qui
défaire, autant l'investir !
entreprises qui se créent, vous en avez
rafle tout. Il n’y a qu’un seul gagnant
5 qui vont déposer le bilan, 3 qui vont T Quel est le dénominateur
parce que la valeur d'un réseau est
T Cela explique-t-il la
« marchoter » et une qui rafle la mise.
commun de la réussite ?
égale au carré du nombre de ses
recrudescence des fonds ?
Tout le retour d'investissement d'un
Ma logique, en tant que business
utilisateurs. Si vous êtes le seul à avoir
Oui, complètement. Il faut savoir que
fonds se fait sur cette pépite. Ceux
angel, est d'essayer de prendre
un fax, ça n'a aucune valeur, si vous
dans le capital risque d'amorçage, les
qui ont investi à la création de Free
position à chaque fois que le
êtes deux à avoir un fax, l’utilité est
taux de rendements sont négatifs, ce
ont dû multiplier leur investissement
numérique bouleverse les chaines de
accrue, mais si vous êtes des millions,
qui veut dire qu’historiquement les
par 50 000. Mais, il n'y a qu'un Free !
valeur. Le fait de cliquer sur une
ça donne un réseau d’une très grande
investisseurs ont perdu de l’argent
En réalité, si vous voulez obtenir un
bannière publicitaire sur internet pour
valeur. Internet ou Facebook, c'est
dans l’ensemble ! En ce qui me
taux moyen de rendement, il faut
aller directement à l'acte d'achat
exactement pareil.
Q
40R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
Santé
Si la télémédecine a un impact indéniable sur les patients et le personnel médical et soignant, c’est son
impact économique, plus difficile à mesurer, qui conditionnera la réussite de son développement.
La télémédecine : chronique d’une réussite annoncée
par Eric Garcia, président et fondateur de Covalia
De nombreuses applications un intérêt économique dans la mise soignants n’est pas encore possible. tions inter-
prouvent que la télémédecine
en place de la télémédecine. En
Ce déséquilibre entre gains
opérables.
a un impact indéniable sur la qualité
télé-radiologie, par exemple, un
escomptés pour l’assurance
Les indus-
de la prise en charge, l’égalité
hôpital peut utiliser des outils de
maladie et paiement des soignants
triels doivent
d’accès aux soins, le confort pour le
télémédecine pour faire appel à des
freine l’intérêt des industriels.
investir dans
patient, ou encore la réduction des
experts privés externes ; il rentabi-
le dévelop-
déplacements. L’impact écono-
lise ainsi les équipements acquis.
Volonté politique
pement des
mique de la télémédecine est en
Des hôpitaux ne disposant pas de
Historiquement, les déploie-
technologies
revanche plus difficile à mesurer,
neurologues sur site peuvent
ments de solutions de télémédecine
et accompa-
mais représente un des facteurs
prendre en charge des accidents
se sont basés sur la volonté des
gner les médecins avant que les
essentiels pour la réussite de son
vasculaires cérébraux (acte médical)
soignants, les investissements des
lois et les investissements ne soient
développement.
et les centres d’expertise être rému-
établissements et les efforts des
là. La position de l’assurance
nérés sur la base de conventions
industriels. Ces déploiements
maladie commence à évoluer en
Retour économique
inter-hospitalières…
étaient dus à des initiatives locales
passant d’une « méfiance impor-
La valorisation de l’acte médical
En revanche, pour le suivi à
et les solutions pérennes étaient
tante » à un « intérêt grandis-
à distance n’est pas toujours
distance des plaies chroniques, les
rares. La volonté politique de
sant ». Cette reconnaissance, via le
possible, mais les diverses catégo-
économies générées en termes de
promouvoir la télémédecine est
remboursement de certains actes
ries de personnes ou organismes
transport et d’hospitalisation sont
aujourd’hui présente avec l’évolu-
à distance, est un des derniers
impliqués (professionnels de santé,
largement supérieures au coût de la
tion de la loi et la mise en place
ingrédients qui manque toujours à
industriels, hôpitaux, assurance
technologie et des actes médicaux,
d’organismes (ARS, ASIP) chargés une réussite annoncée.
Q
maladie, mutuelles) trouvent déjà
mais le retour économique pour les
de maîtriser le déploiement de solu-
www.covalia.com
Interview du Dr Pierre Espinoza, pôle urgences télémédecine à l'hôpital Pompidou
aussi un gain de
euros entre l’HEGP et Vaugirard), qui
déshumaniser la relation soignant-
qualité de vie.
reste marginal eu égard au gain en
soigné et veillent au respect des
Les TIC
L’acceptation
qualité de soins et de vie, difficiles à
bonnes pratiques.
par les méde-
évaluer en euros.
Pour que notre système de santé
au chevet
cins, les profes-
arrive à cette maturité, il sera indis-
sionnels de
T Les TICS bouleverseront-elles
pensable que les infrastructures
de la santé
santé et les
l’organisation sanitaire?
soient robustes et que le dossier
patients a été
Dans les territoires de santé, à
médical soit partageable, car nous
T Combien de téléconsultations
trés positive. Le
échéance 2020-2025, vieillissement
devons connaître les informations
pratiquez-vous à l'hôpital
facteur clé du déploiement de la télé-
de la population et démographie
médicales pour prendre une décision.
Pompidou ?
médecine est la reconnaissance tari-
médicale préoccupante aggraveront
Aujourd’hui, sur l’HEGP, notre indice
L’expérimentation, pendant six mois,
faire et / ou de l’activité dans les
la situation actuelle. La raréfaction
de confiance des téléconsultations est
entre l’Hôpital européen Georges
hôpitaux et en médecine de ville.
des compétences médicales nécessite
excellent : nous partageons un
Pompidou (HEGP) et l’hôpital
de définir les critères d’accès à une
dossier, nous visualisons les radios,
Vaugirard, d’une plateforme
T Quel est l’impact économique ?
téléconsultation. Avec la téléméde-
l’examen clinique peut être médié
CiscoHealthPresence-Orange a permis
Des scénarios médico-économiques,
cine, la concentration des compé-
auprès du patient, si besoin par des
de valider le principe des téléconsulta-
en cours d’analyse, mesureront l’im-
tences dans des centres spécialisés
équipements médicaux, nos comptes-
tions. 200 patients ont bénéficié de
pact économique. Vaugirard a un
référents organisant un planning
rendus informatiques sont accessibles
333 sessions dans 16 spécialités. En
besoin limité à 25 sessions hebdoma-
coordonné de téléconsultations sont
sur Vaugirard. Les enjeux des TIC
routine, nous réalisons 20 sessions
daires alors qu’un centre pivot
les facteurs susceptibles de structurer
passent par une infrastructure réseau
hebdomadaires programmées. Le
susceptible de donner un avis à cinq
le paysage sanitaire français.
solide et des investissements à la
bénéfice est d’éviter le déplacement
établissements devrait avoir une acti-
De nouveaux métiers émergent ; infir-
hauteur, pour accompagner la
coûteux de malades fragiles.
vité cinq fois plus importante ; le coût
mières, aides-soignantes, qui maitri-
conduite du changement et le pilo-
L’échange professionnel autour du
est donc fonction de l’activité. Ce qui
sent la technologie au service des
tage par une mission interministérielle
patient, évalué par l’INSERM et l’IFRIS,
est recensé aujourd’hui, c’est le coût
patients et des spécialistes, accompa-
(Rapport Lasbordes).
Q
améliore la qualité des soins, et est
du transport en ambulance évité (120
gnent ces téléconsultations sans
pierre.espinoza@egp.aphp.fr
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R41

Dossier
Jeux en ligne
L'économie des jeux est en pleine mutation. Depuis le 8 juin, le marché français des jeux et paris sur
accélérer le passage de l'industrie des jeux vers la dématérialisation et le jeu en ligne. Quant à l'engoue
Le cloud gaming : un baiser
de la mort aux consoles ?
par Richard-Maxime Beaudoux, Analyste Equity IT services, Video Games & Internet, Natixis
de jeux dématérialisés (et non un achat
aussi moins onéreux pour le consom-
présent, les trois grands fabricants
de licences).
mateur qui peut, dés lors, acheter plus
(Microsoft, Sony et Nintendo) voulaient
Le cloud gaming utilise une tech-
de jeux. Les éditeurs peuvent par
faire de leurs consoles des hubs privilé-
nologie de diffusion du jeu vidéo (son
ailleurs compter sur des revenus régu-
giés d’accès à une offre centralisée de
et vidéo) en flux continu sur le web
liers, plus profitables, indépendam-
loisirs sur la TV pour toute la famille,
(par opposition à l’achat physique ou
ment du cycle de vie d'une console, et
c’est dorénavant les FAI qui cherchent
au téléchargement). Le joueur peut
les joueurs n’ont plus à réinvestir tous
à créer un média center à travers leurs
ainsi faire des parties de jeux vidéo très
les cinq à six ans dans l’achat d’une
box. Ils pourraient alors se rapprocher
puissantes sur n’importe quelle
nouvelle machine. La concurrence
des acteurs du cloud gaming pour
Arrivés
machine. Il doit juste disposer d’un
entre les éditeurs et les développeurs
mettre en avant des contenus
à la fin des années 70, les pre-
navigateur pour jouer sur PC ou Mac
sera d’autant plus forte qu’ils seront
premium complets à forte valeur
miers jeux vidéo représentaient
ou d’un boîtier pour jouer sur sa télévi-
jugés sur la qualité de leurs contenus,
ajoutée (VOD, musique en ligne,
un marché de niche. L’avènement des
sion. Le service a déjà trouvé le soutien
et non sur leur capacité à programmer
services marchands, jeux vidéo…).
premières consoles de salon a permis au
d’éditeurs de renom tels qu’Electronic
sur tel ou tel type de console ou
Si le cloud gaming tient toutes ses
secteur de s’ouvrir peu à peu au grand
Arts, Ubisoft, Atari et Gameloft. Au
système d’exploitation.
promesses, il pourrait bien accélérer
public. Aujourd’hui, il est devenu un
final, le rendu graphique du jeu
fortement le passage incontournable
marché de masse (devant le cinéma et
dépendra principalement de la bande
Intérêt des FAI
de l'industrie vers la dématérialisation
la musique) que l’on peut diviser en
passante du consommateur et du
Les différents services de cloud
et le contenu numérique. Le streaming
deux segments : le marché casual (Wii,
nuage du fournisseur de jeux en strea-
gaming pourraient développer des
n’empêchera pas la prochaine généra-
DS, IPhone, IPad, et réseaux sociaux), et
ming. Pour bénéficier de la haute défi-
relations avec les fournisseurs d’accès à
tion de consoles de salon de sortir
les jeux plus hardcore destinés aux ma-
nition (HD), le service nécessitera une
internet qui cherchent tous à proposer
(2012), mais il donne une idée assez
chines puissantes comme la PS3, la
vitesse de connexion de 5 Mbit/s ou
du jeu sur leurs différentes box. Free,
précise de ce que pourrait être le jeu
Xbox 360 et le PC.
plus, débits qui pourraient se démocra-
par exemple, a le premier lancé son
vidéo à long terme, au plus tôt, dans
Le « cloud gaming », en d’autres
tiser à moyen terme grâce au déploie-
propre service d’émulation de jeu vidéo
10 ans.
Q
termes le jeu vidéo à la demande ou
ment de la fibre optique et des
sur sa Freebox HD fin 2009. Si, jusqu’à
www.natixis.com
par streaming, pourrait bien venir
routeurs puissants.
concurrencer les consoles de jeux d’ici
une dizaine d’années. Il fait aux joueurs
Disparition des consoles ?
Mon avatar et moi…
la promesse qu’ils seront connectés
Ce type de technologie pourrait
instantanément aux derniers jeux
bien révolutionner le monde du jeu
Avec un marché de 60 milliards
Inutile de le nier, le succès des
vidéo sortis, grâce à une simple
vidéo, au sens où il agit à la fois sur
de dollars dépassant désormais
MMORPG vient tout d’abord du
connexion internet haut débit, et qu’ils
l’environnement des éditeurs, des
celui de la musique, certains pour-
fait … que ce sont d’excellents jeux !
pourront jouer pour moins cher qu’au-
développeurs, des fabricants, des
raient croire que le jeu vidéo a bien
En vingt ans, le jeu en ligne a su
jourd’hui. Il n’y aura plus de consoles
distributeurs et des joueurs. A l’ex-
perdu de son aspect ludique. Ainsi,
s’écarter du jeu de rôle dit « sur
dédiées, mais une seule et unique
trême, il pourrait donner lieu à la dispa-
je ne doute pas que mon avatar,
table » en en gardant les attraits
interface qui proposera des jeux en
rition des consoles, de certains acteurs
perdu dans le monde de Warcraft,
(évolution des personnages et des
ligne, comme c’est déjà le cas pour la
de la chaîne de valeur (fabricants de
avec ses 11,5 millions de congé-
histoires au court du temps, possibi-
musique (Deezer).
consoles, distributeurs, détaillants
nères, soit avant tout une superbe
lités quasi sans limites d’interactions
physiques...) et aussi supprimer
réussite marketing. Car, contraire-
entre les joueurs) tout en y apportant
Dématérialisation
certaines difficultés propres au secteur
ment à mon profil Facebook, je dois
une vraie innovation technologique
On peut parler de jeu vidéo « à la
(notamment le piratage et le marché
payer pour le maintenir en ligne.
(représentation 3D du monde virtuel,
demande » puisque le joueur se
de l’occasion).
Comment donc expliquer mon
temps réel, apprentissage intuitif,
connecte à l’interface pour accéder à
Les avantages pour l’éditeur et le
engouement ? Et qui sommes-nous
gestion invisible des règles et acti-
une liste de jeux disponibles (via un
consommateur, qui se passent des
donc vraiment derrière l’étiquette
vités associées). En un mot, le Dieu-
écran connecté à internet), ou même
intermédiaires habituels, sont
cryptique de « joueurs de jeux de
ordinateur lance les dés pour que
de « GaaS » (game as a service), un
nombreux. Moins cher à développer
rôles en ligne massivement multi-
vous n’ayez plus à le faire, ce qui
service d’abonnement à un catalogue
par les éditeurs, le jeu dématérialisé est
joueurs (MMORPG) » ?
permet de s’immerger encore plus
42R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
internet, régulé par l'ARJEL, est ouvert à la concurrence et le cloud gaming, en plein essor, pourrait bien
ment des joueurs, il est massif : un MMORPG témoigne...
Interview de Jean-François Vilotte, président de l’Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL)
supports de
participera à la lutte contre les
diffusion (internet,
opérateurs illégaux dont l’activité
« Les jeux sortent
TV, téléphonie) et
et la publicité en France sont
les liens entre les
délictuelles. Pour cela, elle peut
d’une forme de déni
services apportés
mettre en oeuvre une nouvelle
par les fournisseurs
procédure civile dont elle a
de la réalité internet »
d’accès et les
l’exclusivité et qui lui permet de
contenus. De plus,
saisir le Président du TGI de Paris
T Quel est l’impact du
criminelles et
s’agissant de l’économie du
pour faire prononcer, sous
numérique sur l’économie
blanchiment d’argent,
sport, on peut s’attendre à voir
astreinte, les mesures visant à
des jeux ?
préservation de l’éthique -, de
émerger sur le marché des droits
fermer ou empêcher l’accès à ces
C’est la réalité et les spécificités
mettre en place une régulation
de retransmission des images,
sites par les hébergeurs ou les
de l’économie numérique qui ont
qualitative.
aux côtés des diffuseurs et
fournisseurs d’accès.
conduit les pouvoirs publics à
Le développement des jeux et
acheteurs traditionnels, ces
Enfin, le législateur a mis en
adapter les modalités de la
paris d’argent en ligne est à la
nouveaux acteurs que sont les
place une approche globale des
régulation des jeux et paris
croisée de deux phénomènes : le
opérateurs de jeux en ligne.
problématiques d’addiction et de
d’argent en ligne. Dans ce
basculement que connaissent
défense de l’éthique des
domaine, nous sommes sortis
d’autres secteurs d’activités de
T Quel est le rôle
compétitions sur lesquelles sont
d’une forme de déni de la réalité
l’économie « en dur » vers
de L’ARJEL ?
proposés des paris. Dans le
internet. Partout en Europe où il
l’économie en ligne et
L’autorité de régulation des jeux
respect des récentes décisions de
existe une forte demande de jeux
l’émergence d’une offre
en ligne délivre des agréments,
la Cour de justice des
et paris en ligne, on constate
attractive de jeux et paris
sur la base d’un cahier des
communautés européennes, la
l’inefficacité des réponses de
(notamment le pari en direct)
charges très contraignant, aux
France a adopté un régime
régulation quantitative :
rendu possible par les évolutions
opérateurs de paris en ligne sur
adapté et proportionné au but
prohibition ou monopoles. La
technologiques.
le marché français, sans
d’intérêt général de la régulation
France a donc décidé, sans
Les enjeux futurs auxquels ce
limitation à priori du nombre des
et aux spécificités de l’économie
renoncer en rien à ses objectifs
secteur d’activité économique
opérateurs. L’ARJEL veillera au
numérique. Les jeux et paris
de régulation - lutte contre
très spécifique, pour des raisons
strict respect, par ces derniers, de
d’argent ne sont pas une activité
l’addiction, protection des
d’ordre public et social, sera
l’ensemble de leurs obligations
économique banale.
Q
mineurs, lutte contre les activités
confronté, sont la fongibilité des
légales et réglementaires. Elle
www.pre-arjel.fr
François Varloot, un MMORPG témoigne…
dans son personnage. L’attrait essen-
rencontrer de nouveaux joueurs ou
peut trouver quelques réelles
tiel du jeu de rôle est conservé : la
de jouer avec des amis éloignés. Or,
qualités : moins passif que la télévi-
capacité d’incarner un personnage et
nous savons désormais que nous
sion ou la lecture ; plus convivial,
de « vivre sa vie » dans une partie
sommes friands de ces réseaux,
et en général moins violent
infinie. Ce qui tient autant du théâtre
qu’ils soient professionnels, person-
qu’un jeu vidéo répétitif
d’improvisation que du transfert au
nels ou ludiques. A ce titre, les
où l’on joue seul ; moins
sens psychanalytique, exutoire
MMORPG offrent des avantages par
contraignant en termes
grands enfants et que la technologie
nécessaire aux contraintes de la vie
rapport à certaines dérives d’autres
horaires que l’organisation d’une
nous facilite l’entrée dans le rêve. La
réelle et à certains de ces interdits.
réseaux sociaux. Les échanges sont
soirée belote, tout en offrant la
puissance de nos consoles, PC et
Qui n’a jamais rêvé d’être James
surveillés et, au besoin, modérés. Et
même possibilité d’échanger
réseaux est telle qu’aujourd’hui, on
Bond et de pouvoir tuer, séduire ou
si l’anonymat est respecté entre
pendant la partie. J’ai ainsi pu
peut incarner en temps réel, en relief
conduire une voiture de sport en
joueurs, les joueurs sont cependant
prolonger pendant six ans une partie
et sur grand écran tout personnage
toute impunité dans une activité
des abonnés connus des organisa-
commencée avec des amis d’en-
dans un cadre onirique, fantastique,
ludique socialement acceptée ?
teurs du jeu et peuvent être pour-
fance, alors même que je m’étais
musical et quasi réel. Cela répond à
suivis en cas d’abus.
éloigné de plusieurs fuseaux
un besoin. Car, selon le vieil adage,
De vrais réseaux sociaux
Un jeu de rôle en ligne est aussi
horaires. Certes, il convient de se
on n'arrête pas de jouer parce qu'on
De plus, les MMORPG sont de
un loisir reposant, après une longue
garder de toute dérive addictive,
vieillit mais on vieillit parce qu'on
vrais réseaux sociaux, permettant de
journée de régulation, auquel on
mais admettons que nous restons de
arrête de jouer.
Q
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R43

Dossier
m-paiement
Voyager, consommer, payer avec son téléphone mobile : ce sera bientôt possible grâce aux
services mobiles sans contact et à sa technologie NFC. Avant goût des futures applications.
Le téléphone mobile sans contact,
« couteau suisse » du 21e siècle
Peut-on intéresser le consommateur en lui proposant sur son télé- être hébergées sur le téléphone et bien sûr payer via la puce RFID.
phone portable des services d’accès aux transports, des moyens
Dans le domaine du marketing, le consommateur pourra stocker
de paiement et des applications marketing ? Peut-être, s’ils sont
dans son téléphone toutes les cartes qui encombrent son portefeuille (2),
enrichis et simplifiés à la fois. C’est la promesse
consulter à tout moment ses points de fidélité voire en acquérir de
des services mobiles sans contact.
nouveaux en approchant son téléphone d’une affiche publicitaire interac-
L’intégration de ces services dans nos télé-
tive (avec des puces RFID intégrées) Les magasins d’applications sans
phones est rendue possible par la technologie
contact devraient également se développer, par exemple dans le
NFC (Near Field Communication) dont le principe
domaine du jeu ou des réseaux sociaux, en facilitant l’échange de ses
est de combiner deux technologies d’identifica-
coordonnées personnelles voire de son profil complet. Enfin, les télé-
tion : celle des puces RFID (Radiofrequency
phones sans contact devraient permettre le développement de l’éco-
Identification) et celle des cartes SIM (Subscriber
nomie « quaternaire » dont le principe consiste à louer un bien plutôt que
Identification Module). Combinée à une
de l’acquérir (lire l’interview de Michèle Debonneuil pages 16 et 17).
antenne RFID, la carte SIM devient une
puce sans contact, capable d’émuler de
Anticiper les craintes du consommateur
nombreuses cartes d’identification.
La dématérialisation des services offre de nombreux avantages et les
D’autres solutions techniques pourraient se développer à base de micro
conditions techniques semblent réunies pour que la technologie NFC soit
cartes SD plutôt que de cartes SIM.
généralisée. Pourtant, les utilisateurs pourraient montrer une certaine
Tel un couteau suisse, le téléphone sans contact devient carte
réticence à utiliser ces nouveaux services. En premier lieu, il pourrait
d’accès aux transports lorsqu’on l’approche d’une borne existante (de
craindre de perdre son téléphone, et avec lui, tous les services qui y sont
type Navigo à la RATP), carte de paiement lorsqu’on l’approche d’un
intégrés, comme l’accès aux transports et le paiement. Toutefois, l’opé-
terminal de paiement électronique (1) et carte de fidélité automatiquement
rateur mobile peut bloquer à distance le téléphone et en fournir rapide-
validée lors d’un paiement. Mais le téléphone sans contact ne se subs-
ment un nouveau.
titue pas purement et simplement aux cartes. Il tire partie de son ergo-
Son autre crainte pourrait provenir du risque d’incompatibilité des
nomie, de sa connectivité aux réseaux mobiles et de ses possibilités
services entre eux. C’est pourquoi les opérateurs mobiles, au sein de
d’échanges de données avec des tiers via la technologie RFID. L’ajout
l’Association française du sans contact mobile, commercialiseront les
d’une fonction sans contact au téléphone complète les bouquets de
services mobiles sans contact sous la même marque « Cityzi » qui garan-
services offerts aux consommateurs.
tira l’interopérabilité des services labélisés. De plus, l’utilisateur pourra
adopter progressivement ces services et décider, par exemple, de payer
De nouveaux services, enrichis et simplifiés
avec son téléphone uniquement les achats de moins de 20 euros dans
Dans le domaine des transports, le voyageur pourra utiliser son télé-
un premier temps, puis de lever cette restriction dans un second temps.
phone pour acheter son titre de transport et consulter des informations
D’après l’Idate, les téléphones NFC pourraient représenter un sixième
via l’internet mobile, accéder aux transports grâce à la puce RFID, voire
des ventes de téléphones en 2012.
échanger son titre de transport avec un tiers s’il possède également un
S’il est difficile d’expliquer les avantages d’une amélioration ergono-
téléphone sans contact. Le téléphone sans contact répond à l’impératif
mique, l’expérience est souvent plus convaincante que les arguments.
d’immédiateté décrit par les spécialistes du marketing. Lorsqu’il décide
De nombreuses expérimentations ont déjà eu lieu en France, à Caen et
de voyager, l’utilisateur n’a plus à attendre d’être dans une gare pour
Strasbourg. Une expérimentation en grandeur réelle a été lancée à
acheter ou retirer son titre de transport. De plus, il n’a plus à chercher
Nice fin mai. Présentée comme une « répétition générale », son succès
où il a rangé son ticket puisque celui-ci est dématérialisé dans son télé-
pourrait accélérer les déploiements nationaux.
Q
phone.
Dans le domaine du paiement, le téléphone devient un outil complet
(1) Les nouvelles bornes de paiement sont en cours
qui permet de préparer ses achats, de payer et de suivre un programme
de déploiement dans les enseignes de la grande
distribution et chez certains commerçants.
de fidélité. Le consommateur pourra consulter des informations sur les
(2) Un consommateur sur deux en possèderait en
produits et comparer leur prix via l’internet mobile. En photographiant un
moyenne quatre.
code barre, de nouvelles applications, comme celles disponibles sur le
site Proxima Mobile, permettront d’accéder à des informations en
L’ARCEP a publié le 22 février dernier sur son site web une
complément de celles qui se trouvent sur les étiquettes. Il pourra ensuite
étude sur les services mobiles sans contact :
choisir son mode de paiement, plusieurs cartes de paiements pouvant
http://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/etude-serv-mobiles-sans-contact-220210.pdf
44R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
Fréquences
Comment répondre à l’explosion du trafic data qui accompagne le succès actuel des smartphones
et des clés 3G ? L’amélioration des interfaces radios et la densification des réseaux devra
s’accompagner d’une libération de nouvelles bandes de fréquences pour les réseaux mobiles.
Fréquences : toujours plus rares
par François Rancy, directeur général de l’Agence nationale des fréquences
Le spectre est la ressource indispen- Mais l’évolution la plus marquante Comment alors pourra-t-on
sable à de multiples usages nou-
de ces vingt dernières années est la télé-
répondre à l’explosion du trafic des
veaux. Réalise-t-on qu’il y a
phonie mobile. C’est une révolution au
données qui accompagne le succès
aujourd’hui dans le monde plus de trente
niveau des usages, mais aussi en matière
actuel des smartphones et des clés 3G ?
milliards d’étiquettes radio (RFID) qui per-
de gestion des fréquences, car pour
Le problème est d’autant plus crucial
mettent le traçage et l’identification
accompagner son développement, il a
que les technologies UMTS et LTE sont
d’objets et d’être vivants, le télépaiement
fallu progressivement libérer de
déjà proches de la limite théorique d’ef-
ou le contrôle d’accès ? Le WiFi relie au-
nombreuses bandes de fréquences dans
ficacité spectrale définie par le théorème
jourd’hui l’ordinateur portable au monde
la gamme de spectre la plus convoitée.
de Shannon. Il est bien sûr toujours
spectre.
extérieur et à internet, où que l’on se
possible de densifier les réseaux mobiles
Toutefois, la
trouve. Nos voitures commencent à être
valeur donnée au spectre à un moment
Difficultés croissantes
et donc la réutilisation des fréquences,
équipées de systèmes permettant de
mais cela représente un coût significatif
donné est le fruit de nombreuses consi-
pour libérer des bandes
payer aux péages et, demain, de sys-
pour les opérateurs alors que, sauf à
dérations. On peut ainsi noter (cf
tèmes de communication pour être averti
Illustration de la difficulté crois-
tarir la demande, la tarification des
tableau) que les enchères en
des accidents et des difficultés de trafic
sante de la libération des bandes au
données ne peut être proportionnelle au
Allemagne sur ces bandes ont donné
ainsi que de radars pour déboiter en
profit du service mobile depuis une
débit que les clients réclament.
des résultats décevants quand on les
toute sécurité et prévenir les collisions.
dizaine d’années, et donc de la rareté
L’amélioration des interfaces radios
compare aux enchères qui avaient
Nous sommes en train de vivre la fin de
croissante de la ressource spectrale, le
et la densification des réseaux doit donc
précédé l’éclatement de la « bulle »
la télévision analogique et son remplace-
coût des réaménagements de
s’accompagner d’une libération de
3G. En revanche, les enchères au
ment par la télévision numérique, qui
fréquences nécessaires va en augmen-
nouvelles bandes de fréquences pour les
même moment en France sur les deux
permet la multiplication du nombre de
tant. Ainsi, le coût la libération de la
réseaux mobiles. Une prise de
blocs restant de la 3G apparaissent
programmes, la haute définition et d’ici
bande des 2 GHz (réalisée à partir de
conscience de l’importance du sujet a
comme un succès, peut-être lié à une
peu, la télévision en 3D. Enfin, les récep-
2000) était limité à 39 M€, alors qu’il
déjà eu lieu au niveau européen.
pression concurrentielle plus forte, due
teurs GPS, et bientôt Galileo, sont deve-
devrait être de l’ordre de 60 M€ pour
Bien sûr, les difficultés commence-
à l’arrivée d’un quatrième opérateur.
nus une fonction indispensable dans les
la bande des 2,6 GHz et de plus de
ront réellement quand il s’agira d’identi-
smartphones ou dans la voiture mais
100 M€ pour la partie de la bande des
fier les nouvelles bandes à libérer.
Faire coexister plusieurs usages
aussi pour le fonctionnement de nom-
800 MHz actuellement attribuée au
Certains parlent déjà d’un deuxième
Pour le plus long terme, la radio
breuses infrastructures.
ministère de la Défense.
dividende numérique, mais les
cognitive pourrait permettre l’utilisa-
besoins des opérateurs mobiles
tion de nouvelles bandes en partage
Prix payé par les opérateurs pour l’achat de droits
devront être mis en regard des
avec les utilisateurs actuels dans un
d’utilisation du spectre en 2010 (en millions d’€)
besoins de la radiodiffusion pour de
changement d’approche où il ne s’agit
nouveaux programmes, pour la
Dont fréquences Dont fréquences 800 MHz et 2,6 GHz
plus de « libérer » des bandes mais d’y
utilisées pour le très haut débit mobile
généralisation de la TVHD, voire de
Montant
2,1 GHz utilisées
faire coexister différents usages. Les
Pays
total
pour le haut débit
(4G)
la TV 3D. Des travaux ont démarré
travaux à ce sujet ont commencé au
mobile (3G)
800 MHZ
2,6 GHZ
au sein du RSPG pour examiner les
plan communautaire, notamment à
822 M€ (2x15 MHz)
possibilités d’amélioration de l’effi-
FRANCE
822,0 M€
Lancement du processus 2e sem. 2010
propos des « espaces blancs » du plan
43 c€/MHz/hab
cacité spectrale de ces bandes. Par
de radiodiffusion.
360 M€ (2x20 MHz) 3.576 M€ (2x30 MHz)
344 M€ (190 MHz)
ailleurs, pour répondre aux besoins
ALLEMAGNE
4 383,0 M€
11 c€/MHz/hab
73 c€/MHz/hab
2,2 c€/MHz/hab
On peut donc dire que la recherche
spectraux dans les zones denses, il
135 M€ (190 MHz)
de nouvelles bandes de fréquences pour
DANEMARK
135,0 M€
existe dans les bandes au-dessus
13 c€/MHz/hab
répondre à l’explosion de la demande de
de 3,4 GHz du spectre peu utilisé,
2,6 M€ (2x65 MHz)
données sur les réseaux mobiles a déjà
PAYS-BAS
2,6 M€
désigné au niveau européen pour
0,08 c€/MHz/hab
activement commencé en Europe, qui
les réseaux d’accès large bande
11.700 M€ (2x20 MHz)
constitue le niveau pertinent pour aboutir
INDE
11 700,0 M€
fixes et mobiles (3,4-3,8 GHz) et
25 c€/MHz/hab
à l’harmonisation nécessaire des condi-
dont une partie (2x45 MHz) a déjà
ANNÉES PRÉCÉDENTES
tions techniques d’utilisation des bandes
fait l’objet d’autorisations pour les
FINLANDE
3,8 M€ (190 MHz)
et des caractéristiques des équipements.
3,8 M€
réseaux d’accès fixes et nomades.
(2009)
0,3 c€/MHz/hab
La Conférence Mondiale des Radiocom -
Il sera intéressant d’analyser
SUÈDE
226 M€ (190 MHz)
munications de 2016 pourrait aussi être
226,0 M€
les résultats des enchères prévues
(2008)
13 c€/MHz/hab
saisie de la question, moins de 10 ans
dans quelques mois en France sur
NORVÈGE
25 M€ (190 MHz)
après celle de 2007, qui a attribué le divi-
29,0 M€
(2007)
3 c€/MHz/hab
les bandes 800 MHz et 2,6 GHz
dende numérique au plan mondial.
Q
en termes de perception par les
NB : Les droits et obligations attachés aux autorisations (durée, obligations de
www.anfr.fr
couvertures, etc.) peuvent varier d’un pays à un autre.
acteurs du marché de la rareté du
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R45

Dossier
Création artistique
La culture est-elle en train de radicalement changer ? Quel est l'impact des nouvelles technologies sur
Le « Cloud Art Computing », vers une Re
par Nils Aziosmanoff, président du CUBE, centre de création numérique d’Issy-les-Moulineaux
de ce phénomène et ont, depuis renforcée par la dimension immersive
ouvrent de nouveaux horizons dans de
plusieurs décennies, expérimenté de
de l’image et du son générés en temps
nombreux domaines sociétaux, et par-
nombreux types de dispositifs d’inter-
réel. L’auteur de cette installation, la
ticulièrement dans le champ artistique,
action entre le public et l’œuvre, basés
chorégraphe Catherine Langlade, a ainsi
culturel et éducatif.
sur de nouvelles formes de langages
créé un dispositif adapté aux flux des
intégrant le rôle du spectateur dans le
visiteurs ainsi qu’à la temporalité de
Un formidable marché
processus de création. L’œuvre aupa-
chaque expérience.
La prochaine révolution à venir est
ravant « objet unique et fermé » est
Le développement de ces nouvelles
probablement celle de la transforma-
devenue générative, évolutive, partici-
formes de création à une échelle plus
tion du modèle économique de la créa-
La création artis-
pative et multi-supports, se produisant
importante est aujourd’hui possible,
tion artistique, déjà fortement remis en
tique vit une
en flux en fonction des réactions du
d’une part parce que les artistes ont
question ces dernières années. La
r é v o l u t i o n
public. Grâce à l’intelligence artificielle
investi depuis une trentaine d’années
dématérialisation complète de l’œuvre,
majeure sous les effets conjugués de la
et aux technologies de captation et
le champ des nouveaux langages ou plus exactement de ce qui en fait sa
course à l’innovation technologique et
d’analyse en temps réel d’événements
Grâce à l’intelligence artificielle et aux
de l’appropriation de masse des
(images, sons, données), l’œuvre se
usages numériques. Cette révolution
voit dotée de capacités de voir, enten-
technologies de captation et d’analyse en
tient à la fois à la transformation des
dre, sentir, analyser et interagir avec
temps réel d’événements (images, sons,
modes de conception, de production,
son environ nement. Elle devient ainsi
données), l’œuvre se voit dotée de capacités
de diffusion et de consommation
un partenaire relationnel qui réagit aux
de voir, entendre, sentir, analyser et
culturelle, mais également aux
actions des spectateurs, produisant
interagir avec son environnement.
nouveaux modèles économiques tirés
une expérience sensible et émotion-
par le rôle dominant d’Internet dans
nelle personnalisée.
interactifs et, d’autre part, parce que
valeur source (le code informatique),
l’accès aux contenus. C’est donc toute
les technologies permettent de rendre
liée à l’arrivée de moyens de diffusion
la chaîne de valeur qui se transforme
Des œuvres
accessibles ces créations à un public de
et d’interaction de plus en plus stan-
autour d’une recomposition des inter-
« comportementales »
masse. L’interopérabilité des systèmes
dards et performants tels que les nou-
relations entre les champs de la créa-
Le CUBE, premier centre de création
d’information, la généralisation du très
velles consoles de jeu vidéo Natal à
tion et de l’innovation, la sphère
numérique ouvert en 2001 à Issy-les-
haut débit, les développements du
interface gestuelle, devraient ouvrir la
sociale et l’économie.
Moulineaux, a produit et diffusé de
Web 2.0 et du Web 3D, du Cloud
voie à un formidable marché pour les
nombreuses œuvres « comportemen-
Computing, des technologies de réa-
contenus créatifs. La sphère culturelle
Une démarche participative
tales » rassemblées sous le vocable lité augmentée, de la mobilité et des
et éducative, les dispositifs numériques
Les artistes du numérique sont
générique de « Living Art (1)». Un art environnements intelligents, sont dans les lieux de vie urbains, les sup-
pour la plupart des digital native, nés il
numérique « à vivre » qui se définit
autant de puissants vecteurs de trans-
ports mobiles ou les nouvelles généra-
y a 30 ans avec le jeu vidéo, et formés
comme une expérience en flux, sans
formation de nos modes de vie. Ils tions de home cinema dans les foyers
dés le plus jeune âge à l’usage de l’in-
début ni fin, et dont le discours se
teractivité. Avec plus de 500 festivals
constitue entre le comportement de
d’art numérique en France, cette créa-
l’œuvre, programmé par l’auteur, et
Nils
tion constitue une formidable force
l’engagement du spectateur dans la
Aziosmanoff
d’innovation malgré le peu d’intérêt
relation. Le CUBE expose ainsi en ce
devant
l’œuvre com-
que lui prête une institution encore
moment à l’Exposition Universelle
portementale
bloquée sur les modèles du XXe siècle.
Shanghai 2010 deux œuvres compor-
“Corps
Les jeunes publics passent aujourd’hui
tementales sur écrans géants, dont l’un
complices”
plus de temps sur Internet et le télé-
est disposé sur la façade avant du
phone mobile que dans un musée ou
Pavillon d’Arménie. Sur cet écran, des
devant la télévision. D’une consom-
méduses virtuelles (2) vous invitent à
mation passive, ces nouveaux publics
jouer avec elles dans un espace tridi-
souhaitent s’inscrire dans une dé-
men sionnel. Grâce à la force d’évoca-
marche active et participative grâce à
tion sensible et intuitive du dispositif, les
l’interactivité et à la dynamique sociale
spectateurs se retrouvent rapidement à
des réseaux.
danser avec le ban de méduses.
Les artistes se sont emparés très tôt
L’expérience émotionnelle collective est
46R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
les œuvres et la création artistique ? Réponse d’un pionnier de la création numérique et d’une plasticienne.
naissance numérique ?
sont autant de récepteurs possibles
temps d’usage. Il n’y a donc plus en se propageant auprès du public, pare-t-elle pas l’ère florissante d’une
pour ces nouveaux contenus. Le d’acquisition de l’œuvre, celle-ci restant
devrait radicalement bouleverser notre
véritable Renaissance numérique ?
Q
modèle économique ne sera plus celui
stockée dans les serveurs distants du
perception du monde. Parce qu’elle
www.lesiteducube.com
de l’achat, fut-il en ligne, mais devrait
Cloud Computing.
peut ré humaniser nos espaces collec-
(1) Living Art de F. Aziosmanoff.
épouser celui du mode Saas (Software
Après les années pionnières où les
tifs, ré enchanter nos lieux de vie, créer
Editions CNRS 2010.
as a service) permettant de ne pas artistes ont réinventé le statut de l’œu-
de nouvelles perspectives relationnelles
(2) Œuvre comportementale « Corps
télécharger l’œuvre mais de la consom-
vre et du spectateur, voici venu le temps
et révéler de nouvelles dimensions du
complices » de Catherine Langlade.
mer à distance avec un paiement au
d’une création arrivée à maturité et qui,
monde, la création artistique ne pré-
Production Le CUBE – 2009.
Interview d’Isabelle Grosse, plasticienne
plasticité de l’image en mouvement.
Internet et la nouvelle
L’interactivité permet une lecture
personnelle qui rend acteur de
plasticité de l’image ou les
l'œuvre elle-même. Tout ceci
présuppose un énorme travail
nouveaux crayons de couleur…
en amont sur les modes
T Comment utilisez-vous
l’internet. J’ai obtenu ainsi une série
c'est un espace
d'interaction et d'interactivité et
internet dans votre travail
de paysages, de grandes
affectif inédit qui
la façon de les faire oublier, pour
d’artiste ?
photographies, qui parlent de
pose des questions
ne retenir que la sensation. Ce
Tout d’abord, internet a été une
l'agencement de l'espace. Ce travail
sur ce qu’est une
film sera présenté en mai 2011
source d’inspiration avant même que
a duré plusieurs années.
maison, un
à Beaubourg pendant toute la
je ne travaille avec le media lui-même.
seuil, etc. Ce
durée du Web flash festival.
C’est en 1999, en cherchant des
T L’interactivité, c’est
travail m’a
Les personnes qui en ont vu
représentations minimales du paysage important pour vous ?
passionnée et j’ai eu envie de
les premières images expliquent qu’ils
urbain, que j’ai commencé à m’y
Certains artistes utilisent plutôt le
raconter cette histoire de
ont vraiment l'impression de rentrer à
intéresser. Quand on se promène
réseau dans sa composante sociale.
franchissement de frontières, mais
l'intérieur des conversations, d'être
dans une ville, les plans éloignés et les
Personnellement, je l'utilise comme
aussi, de nouveau, de collusion
présent et ce, grâce à la lecture
plans proches rentrent en collusion, la
une palette pour un peintre et ce sont
d’espaces.
interactive qui permet de passer d’un
hiérarchie et la perspective classique
surtout les possibilités d’interactivité
personnage à l’autre. L’intérêt, c'est
disparaissent, tout semble surgir sur
qui m’intéressent, ce sont un peu mes T Concrètement, qu’avez-vous
d'observer ce qui se passe dans ces
le même plan. Quand on fait une
crayons de couleur… Actuellement,
imaginé ?
moments de recréation d'une bulle
recherche sur internet, c’est pareil :
j’exploite les possibilités de navigation
J'ai conçu un dispositif très simple au
affective, d'un espace qui n'est pas
les plans proches et lointains
interactive sur internet pour mettre
plan formel : un film à la lecture
seulement un espace de
s'échangent de manière continue :
en forme tout un travail sur l’intime.
interactive sur le net qui permette de
communication, mais un espace de
on n'a plus un espace gradué comme
Ce nouveau projet, intitulé UBI-
visualiser différents protagonistes
vie. C'est très beau parce qu’on est
dans l'espace perspective de la
Screen (1),est issu des recherches de la
d’une conversation sans en
sur de l'infra mince, des petites
Renaissance ou bien au contraire un
sociologue Dana Diminescu qui s’est
interrompre le fil. Concrètement, il
choses, souvent d’une portée
espace symbolique comme au
intéressée à la manière dont les
s’agit d’une captation multi-caméras
générale. La question de la distance
Moyen-Age, mais nous sommes en
migrants communiquent à distance
qui s’opère de la manière suivante :
revient de manière récurrente chez les
présence d’une spacialité « gauche »,
en utilisant des outils de visiophonie
au moyen d’une caméra vidéo, je
protagonistes, détournée ou implicite,
entre le plan et la tridimensionnalité.
tels que sur skype ou MSN.
filme un interlocuteur chez lui.
on rêve de retrouvailles… C'est un
A partir de ce constat, je me suis
Rendez-vous compte : grâce à ces
Simultanément, sont enregistrées les
travail qui parle de comment s'aimer
attachée à bâtir une représentation
outils, des gens discutent, s’aiment,
images des webcams des deux
et être à distance.
Q
de la ville qui rende compte de cet
mangent et regardent ensemble la
interlocuteurs. Les vidéos exprimant
www.isabellegrosse.com
espace où tout surgit au même plan.
télévision, alors que des milliers de
différents points de vue sur la
Version pilote d’UBI-Screen disponible en
C’est ainsi que j’ai conçu un système,
kilomètres les séparent
conversation sont restituées au sein
ligne : http://www.kouma.fr/~ubiscreen
le surlignage, où les volumes sont
physiquement ! C’est comme si vous
d’une interface qui permet de
(1) UBI-Screen bénéficie du soutien du Centre
détourés comme s’ils étaient inscrits
aviez une porte ouverte en
voyager d’une vidéo à l’autre.
National du Cinéma et est réalisé en
dans une fenêtre qui rappelle celle de
permanence. Pour les sociologues,
L’ensemble produit une nouvelle
partenariat avec Regart.net
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R47

Dossier
La révolution numérique vue par Iliad-Free
« Il y a dix ans, le monde était fini, Microsoft dominait tout le monde. Mais l'acteur dominant
d'un jour n’est plus le même le lendemain : mondialisation et dématérialisation ont revisité
l’économie ».
Interview de Xavier Niel, fondateur d’Iliad-Free
toucher toutes les couches de la
population. Il a plusieurs moyens de
Les opérateurs
le faire : soit en segmentant les
offres pour extraire le maximum
d'argent aux consommateurs, soit
resteront
en estimant que, globalement, il y a
un prix « juste », un prix de marché
incontournables
dans lequel il inclut tout, et il rend
cette offre unique disponible pour
T Quelles sont les tendances
comme Linux, progressent
tout le monde. Le plus important,
de fond qui vont marquer
flux vidéo, qui condamne les
doucement, mais sûrement...
finalement, c’est d’être capable
les prochaines années ?
opérateurs à l’envoi d’un flux
L'acteur dominant d'un jour n’est
d'amener le progrès à tout un
Sur le fixe, c’est assez simple : on
partagé par la totalité des
plus le même le lendemain.
chacun, et de partager cette valeur
raisonne dans une croissance sans
consommateurs, reste un problème
Mondialisation et dématérialisation
en trois, entre ceux qui la créent –
fin des débits. Du coup, on voit
majeur.
ont revisité l’économie. Les
les salariés de l'entreprise –, les
arriver de nouveaux acteurs qui
positions dominantes qui existaient
consommateurs et l'investissement.
fabriquent des boitiers : le nouveau
T Quels seront les
pays par pays deviennent
décodeur d'Apple, qui sort en fin
nouveaux usages dans
mondiales !
T Voyez-vous des ruptures
d'année, la GoogleTV d’Android
le mobile ?
dans les modèles
qui arrive prochainement, et les
L’idéal, c’est d'avoir des
T Comment le marché
économiques ?
téléviseurs connectés. D’ici 15 à 20
applications qui marchent partout
mobile évolue-t-il ?
Globalement, sur le mobile, on
ans, ces équipements auront fait
et le meilleur endroit pour ça, c'est
On tend vers une forfaitisation et
constate un basculement vers les
disparaître le concept de box du
internet qui rend le produit
une simplification des offres. On le
vendeurs de terminaux. Aucun
marché français et il est
accessible de partout, sur tout
disait déjà il y a quelques années et
opérateur n’est capable d’inventer
vraisemblable que la télévision
réseau et sur tout support. Les
on paraissait ridicules. Il faudra
un équipement aussi attractif pour
devienne un bien de
modèles propriétaires d’aujourd’hui
toutefois résoudre un problème :
le grand public qu'un terminal
consommation quasi « jetable ».
auront besoin de converger et la
sur le marché français, on a offert la
Apple ou Androïd. Ils n’ont ni
Parallèlement, il est tout aussi
convergence naturelle, c'est le
data - chère à produire - et on a
l’expérience, ni la masse critique, ni
évident qu’on continuera à
web ! Ce besoin de convergence
vendu cher la voix - gratuite à
le marché.
s’abonner à un opérateur pour
de format est l'intérêt de tous, pour
produire -, ce qui est
Sur le fixe comme sur le mobile,
accéder aux services et contenus
éviter des problèmes de position
catastrophique. Un beau matin, les
la révolution viendra de ceux qui
fournis par ces boîtiers.
dominante et des condamnations.
opérateurs mobiles devront revenir
seront capables d'inventer des
Le problème de la numérisation de
en arrière. C'est d’ailleurs ce qu'ils
terminaux disruptifs comme
T Et sur le mobile ?
l'usage, c’est qu’elle crée des
font un peu partout dans le monde
l'iPhone, et de les vendre
C'est plus compliqué que sur le fixe
marques mondiales fortes. Je crois
en créant une référence de marché
directement sans passer par
car on a une capacité finie - le
que nous n’éviterons pas la
avec des forfaits, globalement
l’opérateur, tout en se faisant
spectre - qui ne dépend pas des
domination de trois ou quatre
illimités, entre 100$ et 100€. Mais
rémunérer pour reprendre une
acteurs et qui ne correspond pas
produits uniques mondialement
dépenser l’équivalent d’un mois de
petite marge sur la vente de
non plus à l'usage que souhaitent
très forts. Nous n’avons pas de
SMIC chaque année pour de la data
l’abonnement. Les opérateurs
en faire les consommateurs.
moteurs de recherche nationaux
et du téléphone illimité, ça reste un
deviennent des vendeurs de
Actuellement, il n’y a pas encore
forts comme Google, ni de eBay
prix pas très grand public !
tuyaux, ce qui n’est pas très
de bonnes raisons de voir les trafics
national fort non plus, et quand ils
Dans tout ça, qu’est-ce qui est
attirant, mais, après tout, c’est leur
mobiles exploser, mais ça viendra
existent, ces services sont revendus
bénéfique pour le consommateur ?
métier. Ils resteront protégés des
avec des applications encore
très cher aux premiers qui
Prenez un produit comme l'iPhone :
incursions dans leur business par les
inconnues aujourd'hui. Cela dit,
deviennent des acteurs mondiaux
il est révolutionnaire en lui-même,
investissements capitalistiques, très
l’usage data en mobilité ne sera
colossaux très riches. Mais c'est le
mais il ne l'est pas par son prix, ni
lourds, qu’ils doivent faire. Les
jamais aussi fort qu’en fixe – les
devenir économique ! Il y a dix ans,
par son mode de distribution.
opérateurs ont une autre vraie
terminaux ont des écrans plus
le monde était fini et Microsoft
L'iPhone ne touchera que 5 à 10 %
chance : ils sont présents dans tous
petits qui ne nécessitent pas la
dominait tout le monde.
de la population mondiale, car ce
les foyers. Bref, ils resteront
même résolution. Mais l’absence
Aujourd'hui, Apple et Google se
n'est pas un produit grand public.
incontournables.
Q
de solution pour broadcaster les
portent plutôt bien, et d'autres,
Or, un opérateur a besoin de
www.iliad.fr
48R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
La révolution numérique vue par SFR
« Les nouveaux usages numériques révolutionnent nos façons de communiquer, de consommer, de
nous divertir... jusqu’à notre identité. Ces tendances sont en train de bouleverser l’écosystème de la
communication et les modèles économiques traditionnels ».
Concilier foisonnement d’innovations
et enjeux industriels
par Jérémie Manigne, directeur général innovation, services et contenus de SFR
La numérisation universelle des présence sur le web soulève des périence, ni les infrastructures
contenus et des données, le
questions autour de la confidentia-
nécessaires, ni l’écosystème d’édi-
développement de la connec-
lité des données échangées, de la
teurs de services ne seraient en
tivité mobile et du haut-débit et
sécurité, de « l’identité numérique »
place. Loin d’être achevée, la vague
l’omniprésence de l’internet qui en
de chacun et plus largement de d’investissements va se poursuivre
découle sont en train de révolu-
la « confiance numérique ». Sur
et sera d’autant plus importante
tionner nos modes de vie.
toutes ces questions, l’opérateur, de
compte tenu de l’explosion de la
Le foisonnement d’innovations,
par la relation étroite qu’il entretient
vidéo sur internet. Sans réseau 3G,
dans les services, les applications ou
avec ses clients, doit jouer un rôle
pas d’iPhone, sans réseau haut
les terminaux, développent de
de premier plan en se positionnant
débit fixe, pas de YouTube. SFR
de donner accès à tous
nouveaux usages qui transforment
comme « tiers de confiance ».
dépense ainsi 1,5 milliard d’euros
ses services (TV, VoD,
profondément notre manière de
Ces tendances sont en train de
chaque année pour étendre la
Wifi, gestion de son
communiquer : nous sommes
bouleverser l’écosystème de la
couverture et développer les capa-
compte, etc.) simplement et dans
joignables partout, tout le temps,
communication au sens large et
cités de ses réseaux.
des conditions de qualité optimales.
via un nombre croissant d’outils de
celui des médias en le rendant plus
Ensuite, le lien unique que les
communication (notamment les
ouvert. Elles remettent en cause les
opérateurs entretiennent avec leurs
Concilier des logiques
réseaux sociaux) et de terminaux
modèles économiques traditionnels,
clients via leurs réseaux de distribu-
souvent contradictoires
connectés.
le tout dans un environnement
tion et leur service client notam-
Pour que toutes ces innovations
réglementaire mouvant et parfois
ment, permet aux innovations de se
continuent à se développer et se
Une révolution
incertain.
diffuser et d’être accessibles au plus
démocratiser, l’ensemble des
des modes
grand nombre. Sans offres attrac-
acteurs de l’écosystème doit
de consommation
Les opérateurs sont
tives et bien relayées, pas de déve-
travailler ensemble à réinventer un
Ces nouveaux usages révolution-
les moteurs de l’évolution
loppement des webphones, et sans
environnement concurrentiel dyna-
nent également notre manière de
numérique
service client, pas d’adhésion aux
mique, permettant à l’innovation
consommer : nous pouvons choisir,
Les opérateurs télécoms, tels
nouveaux usages. SFR investit ainsi
d’être envisagée sur le long terme. Il
acheter partout, tout le temps,
SFR, sont non seulement acteurs
chaque année pour améliorer l’effi-
faudra pour cela concilier des
commander sur le web un produit
mais aussi moteurs de ces évolu-
cacité de sa distribution et celle de
logiques souvent contradictoires
et le récupérer en boutique, etc. La
tions.
son service client. Par ailleurs, cette
comme le foisonnement d’innova-
multiplication des offres permet
Tout d’abord, seuls des investisse-
proximité et cette connaissance du
tions à court terme et les enjeux
d’accéder à des contenus de diver-
ments massifs dans les réseaux fixes
client confèrent à l’opérateur un
industriels sur des cycles longs
tissement provenant du monde
et mobiles rendent possibles le déve-
rôle d’organisateur et de référent
(l’émergence de la data mobile s’est
entier, dont ceux oubliés ou
loppement de nouveaux services et
très utile dans un univers de plus en
étalée sur 10 ans, le développement
devenus inaccessibles. La structure
usages innovants, ainsi que leur
plus éclaté, en particulier dans
de la fibre chez les particuliers
du web permet aussi l’émergence
utilisation par les clients dans des
l’offre de contenus.
prendra autant de temps), mais
d’acteurs nouveaux et donc conditions de prix et de qualité
Enfin, les opérateurs télécoms
aussi des cadres réglementaires et
de contenus nouveaux, souvent
satisfaisantes. L’idée selon laquelle
participent directement à l’innova-
fiscaux adaptés à une consomma-
locaux. La consommation de
l’émergence de l’internet mobile,
tion dans les services et plus large-
tion locale et le développement
contenus audiovisuels tend à se
est la conséquence de la commer-
ment dans l’expérience utilisateur.
d’une offre de contenus globale
« délinéariser », avec le développe-
cialisation récente de quelques
SFR développe ainsi une nouvelle
pour parvenir à un positionnement
ment de la catch’up TV et de la
modèles de terminaux très sophisti-
génération d’outils de « communi-
équitable des différents acteurs
vidéo à la demande. Ces nouvelles
qués, est souvent répandue. Cette
cation enrichie », agrégeant services
dans la chaîne de valeur.
façons de consommer répondent à
vision est réductrice. Les opérateurs
de mail, de « joignabilité » (répon-
Ce travail est immense et les
deux besoins forts : l’interactivité et
investissent depuis 10 ans dans la
deur, routage et contrôle d’appel
instances de régulation et de média-
la personnalisation.
construction des réseaux mobiles
etc.) ou encore de la voix haute défi-
tion comme l’ARCEP joueront un
Par ailleurs, le développement
3G et dans les services data. S’ils ne
nition. De la même façon, SFR déve-
rôle majeur dans sa réussite.
Q
des usages numériques et de notre
l’avaient pas fait, ni la courbe d’ex-
loppe ses propres applications, afin
www.sfr.fr
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R49

Dossier
La révolution numérique vue par Bouygues Télécom
« Jadis, un individu effectuait toute sa carrière dans le cadre d'un modèle stable, par exemple
celui de l'automobile. Aujourd'hui, la pérennité d'un modèle est de l'ordre de quatre ans,
ce qui impose une remise en cause constante ».
Révolution numérique :
un défi pour les Etats
par Emmanuel Forest, vice-président, directeur général délégué de Bouygues Télécom
C’est vrai pour les modèles de
fiscal pour garantir aux Etats les
citoyens, lorsque des internautes « se
société : Facebook n’existait pas il y
recettes dont ils ont plus que jamais
retrouvent sur Facebook », ou que
a cinq ans ; Youtube n’avait pas été
besoin, requière des solutions
leurs smartphones synchronisent
prévu, ni sur le fixe, encore moins
jusqu’ici inconnues, de nature supra-
leurs données avec des serveurs
sur le mobile ; Wikipedia a été fondé
nationale.
distants. Dans le village mondial
il y a moins de dix ans.
Le droit de propriété voit son
d’aujourd’hui, comme cela fut
C’est vrai pour la législation et la
concept fortement évoluer grâce à
toujours le cas dans le village tradi-
réglementation : en 1996, le mot
l’émergence du web collaboratif. Les
tionnel de jadis, les allées et venues
internet n’est pas prononcé dans la
auteurs de Wikipedia, non rému-
peuvent être désormais connues des
Au
loi de réglementation des télécom-
nérés, acceptent la réutilisation
autorités habilitées.
lance-
munications ; en janvier 1997, le
gratuite par des tiers de leur propre
La question se pose donc pour
m e n t
premier avis de l’ART concerne les
travail, dès lors que ces tiers préser-
l’Etat de déterminer les limites dans
de Bouygues Télécom, une agence
services autres que le service télé-
vent eux-mêmes cette faculté de
lesquelles cette traçabilité de l’indi-
avait proposé un film publicitaire ayant
phonique.
réutilisation. Consultable librement
vidu est légitime, la législation
pour cadre le marché aux puces :
On ne peut prévoir le visage des
par des millions de personnes et
actuelle n’ayant pas été conçue dans
devant des combinés téléphoniques à
communications électroniques dans
alimenté par des milliers de rédac-
la perspective d’une connectivité
touches des années 90, un enfant
10 ans. L'explosion des besoins en
teurs, Wikipedia réalise peut-être
permanente du citoyen. Faute de
perplexe interrogeait sa mère qui lui
capacité de transmission sur les
dans l’économie du savoir une
quoi se réaliserait la prophétie de
répondait : « ça, c'était le téléphone
réseaux 3G est juste le signe que le
prophétie fameuse de 1875 :
Michel Foucault : « notre société n’est
avant Bouygues Télécom ». Cette
web va devenir un réseau immatériel
« Quand, avec le développement
pas celle du spectacle, mais de la
publicité n'a pas vu le jour et le temps
de terminaux et objets intercon-
multiple des individus, les forces
surveillance » (Surveiller et punir).
a passé depuis, avec son cortège d'in-
nectés par des technologies radio,
productives se seront accrues elles
Dans un texte visionnaire du Gai
novations. La révolution numérique a
boucles locales d'un immense
aussi et que toutes les sources de la
Savoir (n° 354), Friedrich Nietzsche
accompli son œuvre, grâce à ses
réseau de fibres optiques.
richesse collective jailliront avec abon-
attribue la conscience au besoin
acteurs privés : réseaux, plate-formes
dance, alors seulement… la société
qu’ont les hommes de « communi-
de services, agrégateurs, éditeurs de
Territorialité
pourra écrire sur ses drapeaux : « De
quer, de se comprendre réciproque-
contenus, fabricants de terminaux.
et propriété remises en cause
chacun selon ses capacités, à chacun
ment d'une façon rapide et subite »,
En revanche, les problèmes posés
selon ses besoins ! » (Marx et Engels,
tout simplement pour survivre dans
Extrême volatilité
par la révolution numérique sont dès
Critique des programmes de Gotha
un monde hostile. « La conscience
des modèles
aujourd’hui une évidence. La révolu-
et d’Erfurt).
n'est en somme qu'un réseau de
La première conséquence de la
tion numérique remet en cause la
La révolution numérique fonde
communications – « ein Verbin-
révolution numérique est l’extrême
territorialité : chaque internaute,
l’économie de la connaissance et de
dungsnetz » – d'homme à homme
volatilité des modèles. Jadis, un indi-
citoyen d’un pays donné, passe régu-
la culture sur des bases nouvelles. Il
(…), l’homme solitaire et bête de
vidu effectuait toute sa carrière dans
lièrement commande, depuis un
convient donc d’imaginer le modèle
proie aurait pu s'en passer ». La réfé-
le cadre d’un modèle stable, par
ordinateur situé dans un autre pays,
économique que les auteurs et les
rence à « ein Verbindungsnetz » – un
exemple celui de l’automobile.
d’une prestation qui sera délivrée
compositeurs auraient sans doute
réseau de mise en liaison – se réalise
Aujourd’hui, la pérennité d’un
dans un troisième pays, ou d’une
élaborée si, par magie, on était passé
avec internet et la révolution numé-
modèle est de l’ordre de quatre ans,
prestation totalement immatérielle,
en une nuit du music-hall éclairé par
rique au-delà de toute imagination.
ce qui impose une remise en cause
utilisable n’importe où, phénomène
les lampes à gaz à la civilisation du
Les Etats doivent désormais
constante.
accentué par le cloud computing. La
mp3 et de la fibre optique.
prendre en compte cette nouvelle
C’est vrai pour les modèles
notion de territorialité, condition de
dimension de la conscience collec-
économiques. L’émergence de l’in-
l’Etat et de toute législation, est
Nouvelle dimension
tive, dans le respect des droits de l’in-
ternet mobile, après de longues
remise en cause. La mise en œuvre
de la conscience collective
dividu, ce qui impose une synthèse
hésitations, l’illustre particulièrement
du droit civil pour sécuriser les droits
Enfin, la révolution numérique
nouvelle entre le collectif et le parti-
bien : le wap, puis l’i-mode, puis l’i-
individuels, du droit pénal pour lutter
porte en elle les germes d’une géné-
culier.
Q
Phone, et enfin Android.
contre la cybercriminalité ou du droit
ralisation de la traçabilité des
www.bouyguestelecom.fr
50R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
La révolution numérique vue par France Télécom - Orange
« Nous sommes à l’aube de la “ deuxième vie des réseaux “ : un univers marqué par l’abondance des capa-
cités, la pertinence des services et par le rôle central des utilisateurs comme “ nœuds actifs “ des réseaux ».
Un nouveau paradigme
par Didier Lombard, président de France Télécom - Orange
Les faits sont connus. Ce que nous Changement de logique
Relever les défis
avons dit dès 2005, et dont
Trois mutations accompagnent
Pour que la France et l’Europe tirent
Orange a pris très tôt la mesure,
cette « nouvelle vie des réseaux ».
parti des promesses de « la deuxième vie
s’est réalisé et se poursuit à un rythme
Il s’agit tout d’abord d’un change-
des réseaux », il convient qu’elles répon-
accéléré : trois ruptures majeures
ment d’échelle géographique. Le
dent aux défis qui sont devant nous.
Ainsi, nous devons
(numérisation, IP généralisé, accroisse-
« village mondial » dont McLuhan
Comme l’ont bien compris les grands
établir les règles garantis-
ment des capacités réseaux et de la
pressentait l’émergence en 1962 se
pays hors d’Europe, il convient de libérer
sant la rémunération de la
connectivité) entraînent des boulever-
construit sous nos yeux, avec 1,7
les initiatives en matière d’investisse-
création (culturelle, intellectuelle) et de
sements radicaux dans les technologies
milliard d’internautes et 4 milliards
ments et d’exploitation des réseaux à très
l’innovation (industrielle). Dans l’éco-
de l’information et de la communica-
d’utilisateurs de mobiles. Les pays
haut débit. L’avenir des services est condi-
nomie numérique, rien n’est jamais vrai-
tion et, au-delà, dans l’ensemble de
émergents en font désormais partie,
tionné par ces investissements et ceux
ment gratuit. Les internautes finissent
l’économie. Cela se traduit par l’omni-
comme la Chine, n°1 mondial en
dans les infrastructures associées (fermes
toujours par payer, même si c’est indi-
présence des réseaux, le foisonnement
nombre d’internautes et qui croît de
de serveurs). L’Europe, qui prend chaque
rectement par le coût de la publicité
des services et par l’extension des
sept millions de nouveaux abonnés au
jour du retard dans ces domaines, doit
réintégré dans les produits. La question
domaines d’application des télécom-
mobile par mois. La perspective est
créer les conditions pour avancer !
centrale est alors de s’assurer d’un
munications à l’ensemble de la vie
celle d’un espace d’échange plané-
L’Europe doit aussi veiller à prendre
retour vers les auteurs des contenus et
sociale et économique : contenus,
taire, avec des acteurs de taille
toute sa place dans la réinvention des
de l’innovation, avec certes une juste
santé, habitat, commerce, réseaux
mondiale, dans lequel, ne l’oublions
services rendus possibles par les
rémunération des intermédiaires. De ce
sociaux…
pas, il nous reste encore à accueillir au
nouveaux réseaux à très haut débit, tels
point de vue, face au risque systémique
Dans le même temps, un nouvel
moins 3 milliards de personnes.
que la téléprésence, la télévision HD et
de la gratuité, les opérateurs de réseaux
écosystème s’est constitué, caractérisé
En second lieu, c’est également un
3D, l’accès aux contenus par des
sont totalement solidaires des auteurs
par l’interdépendance et l’interpéné-
changement de logique d’usage.
moteurs de recherche multimédia, les
de contenus.
tration de quatre grands métiers :
C’est l’utilisateur qui détient les clés
téléservices dans la santé et l’assistance
équipements, réseaux, services d’in-
des services : avec la convergence des
aux personnes.
Gagner ensemble
termédiation, contenus. La dynamique
réseaux, il est en permanence et en
Si le « vieux continent » veut tirer son
Nous sommes à l’aube de la
de cet ensemble repose, à l’échelle
tous lieux au cœur des réseaux. Il n’est
épingle du jeu dans l’innovation de
« deuxième vie des réseaux » : un
mondiale, sur l’innovation et l’investis-
plus passif, mais c’est lui le « maître »,
service, il est nécessaire d’amplifier nos
univers marqué par l’abondance des
sement. La concurrence entre les
devenant d’ailleurs lui-même produc-
efforts de R&D dans les grands métiers
capacités, la pertinence des services et
grands acteurs se joue désormais à
teur de services : réseaux sociaux,
des TIC (équipements de réseaux,
par le rôle central des utilisateurs
travers des mouvements de concentra-
recommandation, création/échange
conception de services) et nous devons
comme « nœuds actifs » des réseaux.
tion horizontale et d’intégration verti-
de contenus, interactivité généra-
renforcer la formation de nos experts.
Les futures infrastructures à très haut
cale, chacun visant à se rapprocher du
lisée…
Dans le concert de la mondialisation,
débit et les services associés vont révolu-
client final et à capter les nouvelles
C’est enfin un véritable change-
c’est cette partition qu’il faut jouer pour
tionner les usages et étendre le champ
sources de revenus, notamment publi-
ment de logique industrielle. Ce n’est
compter économiquement – mais aussi
des télécommunications qui, rappelons-
citaires issus de l’audience.
plus seulement une affaire de « télé-
culturellement – dans les futures géné-
le, soutiennent la croissance de nos
Mais au-delà de ces bouleverse-
coms ». L’avenir repose certes sur l’in-
rations de services.
économies et participent à la préserva-
ments et des progrès continus dans les
novation et l’investissement dans les
Concernant la question du partage de
tion de notre environnement.
télécoms, nous sommes face à une
réseaux, mais également et surtout
la valeur, il faut comprendre, et
Nous avons su par le passé trouver
mutation fondamentale : l’arrivée des
dans l’invention des services impli-
convaincre certains acteurs du web pros-
les équilibres nécessaires au déploiement
réseaux très haut débit – fixes et
quant une collaboration entre tous les
pérant sur le réseau internet, que « rien
des précédentes générations de réseaux
mobiles – qui multiplient par 10, voire
secteurs économiques (industries
n’est gratuit ». Avec l’arrivée de la fibre
(fixes et mobiles). Il nous incombe
100 les capacités d’échange. Cette
culturelles, commerce, États et collec-
pour l’accès, l’équation économique est
aujourd’hui d’inventer le modèle de
« deuxième vie des réseaux » marque
tivités locales, etc.) et dans la réinven-
totalement nouvelle puisqu’il s’agit de
régulation et de partage de la valeur
un véritable changement d’échelle qui,
tion de l’équipement des utilisateurs :
construire un réseau de toute pièce. Il
permettant de rémunérer les nouveaux
conjugué à la numérisation potentielle
terminaux, réseaux domestiques...
faut donc trouver un juste retour pour les
réseaux et les contenus, un nouvel équi-
de tous les contenus et services, va
avec un subtil équilibre entre richesse
investisseurs et établir une participation
libre sans lequel la dynamique de l’éco-
profondément transformer nos modes
des interfaces et simplicité d’usage.
de tous les acteurs de la chaîne de valeur
système risque de se briser. C’est la
de vie. Ainsi, les enjeux qui se profilent
C’est la conjonction de ces trois
qui tirent des revenus grâce aux
condition sine qua non pour permettre
ne touchent pas seulement « les télé-
mutations qui est à l’origine du
nouveaux réseaux à la rémunération des
au plus grand nombre d’entrer dans ce
coms ». Ils concernent l’ensemble de
nouveau paradigme de la « deuxième
opérateurs et des auteurs de contenus
que j’appelle « le village numérique
l’économie et de la vie sociale, sur tous
vie des réseaux » et des changements
sans lesquels de nombreux services
mondial ».
Q
les continents.
de modèles d’affaire.
n’existeraient pas.
www.orange.fr
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R51

Dossier
La révolution numérique vue par Numéricâble
« La télévision comme débouché du “ User Generated Content ” est certainement une tendance
lourde pour les années à venir (...). Ces évolutions sont extrêmement demandeuses de débit.
Une raison de plus pour aller plus vite dans le déploiement de la fibre optique...».
« l’esprit 2.0 » ou
la bonne fortune de la télécommande…
par Pierre Danon, président directeur général de Numéricâble Completel
la demande (VàD) sur leur téléviseur
nombreux permettent le partage de
combat économique de l’industrie du
en 2009, contre 6,8 % sur internet
contenus via la télévision via l’accès à
divertissement, disposer d’un marché
(respectivement 8,7 % et 5,8 % en
tous types de plateformes. La télévi-
intérieur fort sur ces nouvelles
2008). On le voit, l’écart entre la
sion comme débouché du « User
tendances et le plus tôt possible est
consommation sur ordinateur et sur
Generated Content », c’est certaine-
indispensable. Une raison de plus
téléviseur se creuse tant le confort de
ment une tendance lourde pour les
pour aller plus vite dans le déploie-
vision est supérieur en télévision (1).
années à venir.
ment de la fibre optique…
Certes, la vidéo à la demande
représente déjà une forme d’interac-
Plus de débits
La convergence,
Le moins
tivité. Mais par interactivité au sens
Certes, ces évolutions sont extrê-
une véritable attente
que l’on
strict, j’entends celle qui se traduit
mement demandeuses de débit, a
Les tendances de consommation
puisse dire est que le câble
par une action (notamment via ces
fortiori avec la montée en puissance
confirment tous les jours cette vision
français a connu une histoire mouve-
fameux « widgets ») pendant le
de la HD, et bientôt de la 3D. L’ADSL
du marché. La consultation « Vos
mentée depuis sa naissance. La
déroulement même d’un pro-
est aujourd’hui clairement en butée
Ecrans 2020 » que nous avons lancée
période de consolidation – 2005-
gramme : le faire partager à un tiers
technologique. Le satellite offre un
récemment aussi. Visité par plus de
2007 – a été riche en défis, qui sont
dont je sais qu’il est devant son télé-
débit suffisant, mais uniquement
25.000 internautes en un mois, ce
devenus autant d’opportunités.
viseur, le « marquer » comme favori
descendant. Seule la fibre optique est
site participatif recense les idées des
Aujourd’hui, ce qui était une néces-
s’il est récurrent, ou encore, beau-
à même de satisfaire cette demande,
internautes pour les « écrans du
sité impérative pour Numéri câble est
coup plus frappant, parier sur l’évé-
mais il faut les équipements qui vont
futur » sur six sujets : la télévision
en train de devenir le cœur des
nement sportif en cours, comme
avec, aux points névralgiques des
(notamment HD/3D), la mobilité, le
pratiques de consommation et des
Numéricâble le proposera avec
réseaux et chez le consommateur. De
gaming, le très haut débit, la conver-
attentes de la société : personnalisa-
Betclic, de manière absolument
ce point de vue, les interfaces et les
gence et la « maison numérique ».
tion, interactivité et partage… ce que
inédite. On le voit ici, logique 2.0,
« set top box », ces décodeurs de
De manière très intéressante, le
l’on pourrait appeler « l’esprit 2.0 ».
télévision et e-commerce se rappro-
dernière génération, ont un rôle
sujet qui concentre le plus grand
C’est la tendance de fond de la
chent pour inventer de nouvelles
considérable à jouer dans l’adoption
nombre de propositions est… la
consommation de médias (tous
formes de consommation dont nous
des nouveaux services. Cela implique
télévision ! Et quelle proposition
confondus) depuis quelques années,
ne sommes qu’au commencement.
d’organiser les programmes de
recueille, pour l’heure, le plus de
qui n’est pas appelée à s’interrompre.
Demain, qui sait, des programmes
manière renouvelée, de créer des
suffrages ? Celle d’une télécom-
Avec, pour manifestation la plus
de fiction interactifs, à la frontière du
portails thématiques, bref, de rendre
mande universelle dotée d’un écran
visible, le progrès des contenus déli-
jeu vidéo et de la fiction tradition-
la télévision aussi modulable et aisée
tactile… Comment manifester plus
néarisés.
nelle, apparaîtront peut-être. La télé-
à parcourir (littéralement à feuilleter)
clairement que la convergence est
réalité pourra elle aussi en être
que le Net. A cet égard, l’émergence
aujourd’hui une véritable attente,
Personnalisation,
bouleversée, les journaux télévisés
des télévisions connectées constituera
qu’elle se concentre autour de la
interactivité, partage
eux-mêmes pourraient sonder en
certainement un challenge considé-
télévision (dont la télécommande est
A fin 2009, l’ensemble des
direct l’opinion des téléspecta-
rable pour les opérateurs d’IP-TV et
un prolongement naturel), et qu’elle
chaînes nationales proposaient un
teurs… Tout est possible !
pour le câble.
inclut une dimension très forte de
service de rattrapage, et NPA Conseil
L’avantage de la télévision sur
Il est essentiel que la France ne
personna lisation/interactivité ? Après
estime que 59% de la totalité des
l’ordinateur est certainement la
perde pas de temps sur ces sujets car
tout, sans inclure l’élément de
contenus de la télévision généraliste
possibilité qu’elle offre de partager
les enjeux industriels et économiques
« socialisation » certes, la télécom-
sont visionnables par cette voie. Les
ses contenus avec un grand nombre
sont considérables. Ce sont les modes
mande ne porte-t-elle pas en germe
statistiques montrent que ces
d’utilisateurs, idéalement le cercle
de consommation futurs de la
les deux autres piliers de « l’esprit
pratiques s’intensifient. Je n’en
familial ou amical. Une version
fameuse culture « mainstream », qui
2.0 » que sont la personnalisation et
retiendrai qu’une : en moyenne,
rétrécie des réseaux sociaux du web
se dessinent aujourd’hui. L’imbrication
l’interactivité ?
Q
12,1 % des internautes Français ont
2.0 certes, mais au cœur des aspira-
des industries des medias et des tech-
www.numericable.fr
payé pour visionner des films ou des
tions de la société contemporaine.
nologies des diffuseurs est appelée à
programmes de télévision en vidéo à
En outre, des services de plus en plus
être de plus en plus forte. Dans le
(1) chiffres issus du bilan du CNC 2009.
52R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
La révolution numérique vue par La Poste
« Les marques, leur réputation et la confiance qu’elles inspirent sont un atout d’autant plus
crucial que notre société avancera dans la dématérialisation des échanges et des services ».
La Poste dans l’ère numérique
par Jean-Paul Bailly, président directeur général de La Poste
L’avènement du numérique opportunités, en particulier dans marché des applications numé-
bouleverse les secteurs tradi-
les secteurs du colis et de l’express.
riques pour les particuliers.
tionnels comme le secteur
L’explosion du e-commerce génère
Certes, ces nouveaux services
postal, car nos concitoyens diversi-
une demande croissante, en parti-
ne peuvent à eux seuls compenser
fient rapidement leurs modes de
culier sur ces activités, où la
la baisse de nos activités tradition-
communication. Ainsi la substitu-
qualité et la fiabilité sont porteuses
nelles. Mais ils permettent à La
tion électronique devrait-elle avoir
de valeur. La Poste accompagne
Poste d’acquérir une expérience et
pour conséquence, selon le
sans cesse cette demande en
un savoir-faire, dont elle va ensuite
consensus Européen, une baisse
faisant évoluer son offre, par un
tirer parti pour faire évoluer son
de 30% des volumes de courrier à
accès facilité à l’affranchissement,
modèle économique.
l’horizon 2015.
par le développement de solutions
Cette baisse des flux s’accom-
de suivi et une plus grande
Notre société aura besoin
précisément grâce à la confiance
pagne d’une évolution du rapport
souplesse dans le mode de distri-
de tiers de confiance
qu’elle inspire, par ses valeurs
au guichet, en particulier pour la
bution.
Dans l’univers numérique, la
historiques de proximité et
clientèle grand public. Les clients
Au-delà de l’évolution de ses
duplication d’information à coût
d’accessibilité, par les missions de
font évoluer leur mode d’achat,
métiers traditionnels, La Poste
marginal nul bouleverse radicale-
service public qui lui sont confiées,
sollicitant tous les canaux mis à
développe de nouveaux services
ment notre référentiel de valeur.
par ses engagements en matière
leur disposition. Un client devient
depuis la fin des années 90 pour
Nous sommes désormais comblés
de développement responsable, et
composite, il s’informe souvent
s’adapter au numérique. Ce sont
d’offres et d’informations, mais
par son savoir faire en tant qu’in-
sur internet, effectue éventuelle-
d’abord le lancement d’activités
nous n’en connaissons pas la fiabi-
termédiaire des échanges, garant
ment son achat de timbres ou son
internet gratuites pour le grand
lité. Comment s’assurer du sérieux
du secret des correspondances.
affranchissement colis sur le web,
public comme le webmail
d’un service après vente, ou de la
Un premier mouvement vient
et suit, lorsque cela est possible,
laposte.net, ou encore la transpo-
qualité d’une information donnée
illustrer ce positionnement : La
son expédition en ligne ou par
sition sur internet des services
sur des sites scientifiques ? Qui est
Poste souhaite devenir le fournis-
SMS. Et au bureau de Poste, les
postaux physiques (lettre recom-
réellement de l’autre côté de la
seur d’une identité numérique
automates peuvent être préférés
mandée en ligne, boutique du
toile ? Et combien sommes-nous
certifiée grand public. A ce titre, La
au guichet pour une plus grande
timbre, réexpédition du courrier
prêts à payer pour le savoir ? La
Poste participe au projet gouverne-
rapidité d’exécution et une
en ligne, affranchissement des
société internet s’organise en
mental de labellisation IDéNum,
moindre file d’attente.
envois en ligne,…). Pour la clien-
communautés, lorsque cela est
l’identité numérique multiservices.
tèle des entreprises, La Poste
possible, ou crée des forums, afin
Il s’agit de proposer au marché une
Des défis, mais
propose plus récemment des
de construire une « réputation
couche de vérification, et donc de
aussi des opportunités
offres hybrides (papier et numé-
statistique » aux offres proposées.
certification, des attributs de l’iden-
Pour La Poste, le défi est
rique), ainsi que des services à
C’est une manière de dissiper les
tité. La Poste jouerait ainsi un
grand : il faut faire évoluer non
haute valeur ajoutée pour le traite-
incertitudes, qui nuisent au déve-
double rôle de tiers certificateur et
seulement son appareil de produc-
ment des documents entrants ou
loppement des échanges.
de facilitateur des échanges en
tion (centres de tri, transport,
sortants via ses filiales rassemblées
Par ailleurs, les problématiques
garantissant une phase de vérifica-
distribution), pour le redimen-
au sein de Doc@Post.
de protection de la vie privée et de
tion de l’identité préalable aux
sionner aux nouvelles échelles de
Enfin, La Poste s’est engagée
préservation de données confiden-
transactions en ligne.
flux acheminés, mais aussi adapter
dans la dématérialisation et la
tielles prennent de plus en plus
L’univers du numérique cherche
son accès à l’offre en développant
sécurisation des échanges sur
d’importance. Dans un tel environ-
son modèle économique. Gratuité
des solutions multicanales, ce qui
internet avec des filiales comme
nement, les marques, leur réputa-
ne signifie pas toujours qualité.
signifie aussi un aggiornamento
Seres (leader européen) et
tion et la confiance qu’elles
Notre nouvelle société aura besoin
de l’offre au guichet, qui sera de
Certinomis (1ère autorité de certi-
inspirent sont un atout d’autant
de tiers de confiance, qui facilite-
plus en plus tournée vers du
fication française). A ce titre, le
plus crucial que notre société
ront les échanges et créeront de la
conseil approfondi ou des opéra-
projet Digipost, solution de plate-
avancera dans la dématérialisation
valeur. La Poste, par ses savoir-faire
tions plus complexes qu’aupara-
forme d’échange de courrier
des échanges et des services.
et parce qu’elle bénéficie de la
vant.
dématérialisé couplée à un coffre
La Poste, entreprise publique,
confiance des français, saura jouer
L’ère du numérique, ce sont des
fort électronique, va renforcer le
peut et doit devenir un acteur
ce rôle.
Q
défis pour La Poste, mais aussi des
positionnement de La Poste sur le
majeur de la société numérique,
www.laposte.fr
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R53

Dossier
(suite de la page 3)
•••
Ubiquité et sérendipité
Il est souvent affirmé que les réseaux électroniques abolissent
Quelques fondamentaux
les distances qui, dans l’espace physique, contraignent la circula-
de la révolution numérique
tion des personnes et des biens. C’est là une analyse rapide, car ne
distinguant pas distance topographique et distance information-
par Nicolas Curien, membre de l’Autorité
nelle. Au sein d’un « espace » socio-économique, qu’il soit réel ou
virtuel, les agents sont séparés par deux distances : une distance
Cette vision d’un marché assisté d’un méta-marché informa-
topographique, qui signale l’écartement des lieux de présence et
tionnel est celle de l’économiste Hayeck, pour qui, en contraste
qui est effectivement nulle dans l’espace virtuel, où l’instantanéité
avec la vision épurée des néoclassiques, le marché n’est pas un
des mises en relation équivaut à une parfaite ubiquité ; et une
mécanisme déterministe et a-informationnel, par lequel des
distance informationnelle, mesure inverse de la connaissance préa-
producteurs sachant par avance ce qu’ils doivent fournir vendent
lable que deux agents ont mutuellement l’un de l’autre, avant de
de manière anonyme à des acheteurs sachant par avance ce qu’ils
s’engager dans une transaction. La distance informationnelle est
désirent consommer, mais plutôt un processus aléatoire et auto-
parfois plus grande sur la toile que dans le monde physique, ce qui
organisé, par lequel acheteurs et vendeurs, ignorant initialement
freine l’essor du commerce électronique. Une des fonctions clés
les caractéristiques des biens qu’ils échangeront en définitive, co-
d’internet est de fournir des bases de données et des outils de
inventent et co-adaptent ces caractéristiques, au gré d’interac-
recherche, une « infostructure » propre à réduire les distances infor-
tions ciblées et informatives.
mationnelles entre les agents et accroître leur faculté d’entrée en
Dans l’économie numérique – dont le périmètre n’est pas
relation comme la sécurité de leurs transactions, que celles-ci aient
cantonné aux seuls biens numérisables, mais s’étend à tous les
lieu dans le monde en ligne ou physique.
biens requérant une infomédiation – les producteurs et les
L’infostructure d’internet peut être sollicitée à plusieurs niveaux.
consommateurs participent au même « algorithme » social : les
Les requêtes les plus élémentaires réclament simplement un appa-
consommateurs s’émulent en « consommacteurs » en agissant
riement de nomenclatures, afin de localiser un agent pour lequel on
comme testeurs, voire comme coproducteurs, tandis que les
ne dispose que d’une information partielle, par exemple le nom
producteurs définissent leurs produits et les différencient à la
mais pas l’adresse, ou inversement : les annuaires électroniques
carte, en analysant avec finesse les requêtes de la demande,
répondent à ce type de questions. Des requêtes plus complexes
révélées sur le méta-marché. Se dessine là une forme évoluée de
exigent l’identification d’un agent a priori inconnu, seul étant prédé-
marketing décentralisé, prolongement naturel des techniques de
fini le besoin auquel il devra répondre, une fois trouvé : les réseaux
CRM (Customer Relationship Management) et garant d’une meil-
sociaux et les communautés sont le moyen privilégié de satisfaire
leure adéquation dynamique entre les aspirations d’une consom-
cette demande. Enfin, dans des requêtes « du troisième type », rien
mation « hédonique » et les contraintes d’une production
n’est déterminé à l’avance, sinon le désir de surfer sur internet, de
«rationnelle ».
s’y adonner à une sorte de « flânerie » en ligne, au fil de laquelle des
échanges auront lieu ou non, seront marchands ou non, au gré
Communautés et intimité instrumentale
d’une errance aléatoire de site en site, guidée par les liens hyper-
Les communautés en ligne, creusets de l’infomédiation, sont le
texte en guise de poteaux indicateurs.
siège d’un mode de relations adapté à cette fonction : « l’intimité
La flânerie en ligne, dont le potentiel est très supérieur à celui
instrumentale ». Dressant une typologie matricielle des rapports
d’une promenade en ville en raison de l’absence de distance topo-
interindividuels où se croisent la dimension de durée –permanence
graphique, constitue l’un des phénomènes les plus originaux de l’in-
ou éphémérité – et celle de profondeur – anonymat ou personnali-
ternet, connu sous le nom de « sérendipité », en référence à un
sation – les communautés en ligne ressortent de l’éphémère
conte persan relatant les aventures des seigneurs de Sérendipe qui,
personnalisé. Si le permanent anonyme correspond, par exemple,
au cours de leurs pérégrinations, font de nombreuses rencontres
au contrat de travail, le permanent personnalisé à la vie familiale, ou
aussi imprévues que providentielles. La sérendipité est le complé-
l’éphémère anonyme au marché parfait des néoclassiques, l’éphé-
ment naturel de l’infomédiation : alors que le second instrument est
mère personnalisé traduit, quant à lui, cette relation spécifique de
utile à mieux acheter et utiliser les biens d’expérience, le premier
l’infomédiation, où un certain degré d’intimité est certes nécessaire
assiste la consommation des biens « d’attention », ceux dont le
pour conforter la pertinence des conseils prodigués – j’écoute avec
futur acheteur n’a pas même idée de l’existence, avant que son
confiance qui me ressemble suffisamment – mais où la permanence
attention ne soit attirée au hasard d’itinérances sur le web.
du lien n’est pas de mise, puisqu’il s’agit d’interactions dont l’objectif
premier est instrumental, et non pas social.
Réseaux et culture
Dans un organisme vivant, l’information joue deux rôles : en tant
que flux, elle connecte des organes distants, afin d’activer des algo-
L’intimité instrumentale
rithmes biologiques ; et, en tant que stock, elle code la structure de
l’organisme et permet ainsi sa reproduction, ainsi que son adaptation
ANONYME
PERSONNALISÉ
dynamique à l’écosystème environnant, par mutation-sélection. De
Communauté
même, au sein d’un système socio-économique, les technologies
EPHÉMÈRE
Marché
en ligne
numériques exercent deux fonctions : d’une part, elles enrichissent et
prolongent les algorithmes régissant les relations et les échanges
PERMANENT
Entreprise
Famille
entre les agents du système, ainsi que nous l’avons illustré ; et, d’autre
part, en ce qu’elles contribuent à la formation des goûts,
•••
54R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

La révolution numérique
Nouveaux usages, nouveaux modèles, nouvelles régulations ?
Les services postaux
boostés par le e-commerce
par Frédéric Pons, directeur général d’Adrexo
Le e-commerce connaît une crois- très tôt, l’interlocuteur privilégié des Des solutions
du colis, nous
sance exponentielle depuis plus
e-commerçants qui ont trouvé dans
pour les e-commerçants
sommes en effet le
de 5 ans. Le nombre d’acheteurs en
son offre une réponse aux attentes
La deuxième attente est pure-
grand spécialiste de la distribution de
ligne, de transactions et de sites web
de leurs clients.
ment économique. Nous avons en
prospectus en boîtes aux lettres, que
marchands a fortement progressé.
La première attente était liée au
effet constaté, grâce à l’une de nos
nous appelons Imprimé Publicitaire
On reconnaît désormais au e-
confort du client et basée sur l’idée
études, qu’une grande majorité des
ou IP, un outil incomparable de géné-
commerce un rôle de soutien à la
que, quand on commande un article
clients du e-commerce interrompent
ration de trafic en magasin. C’est la
consommation, un rôle de moteur
sur Internet, ce n’est pas pour perdre
leur session sans aller jusqu’à l’achat
raison pour laquelle, et en dépit des
du développement et de création
2 heures en allant le chercher au
final, rebutés par des tarifs de
nouvelles technologies et des
d’emplois. Des éléments qui ont pu
bureau de Poste ! C’est ainsi
livraison souvent disproportionnés
moyens de communication hyper-
être démontrés aussi bien au niveau
qu’Adrexo propose une offre
par rapport à la nature et au prix du
sophistiqués en vogue, les boîtes aux
macro que micro économique. C’est
« 100% à domicile ». En effet, et en
panier commandé. Le frein principal
lettres restent le média favori des
ainsi qu’Adrexo, premier opérateur
cas d’absence du destinataire du
au e-commerce est donc, selon
grandes surfaces. Chez Adrexo, nous
postal privé en France avec plus de
colis au moment de la livraison, le
Adrexo, plus une question de coût
avons fait le constat que l’IP était
23 000 salariés, a construit une
livreur appelle le client pour convenir
de la livraison que de confiance ou
également un formidable accéléra-
partie de son modèle économique
d’un rendez-vous de livraison ou du
de moyens de paiements sur
teur de trafic utile sur le web, c’est-à-
sur cette croissance et les nouveaux
dépôt du colis chez un voisin ou dans
internet, traditionnellement mis en
dire de clients qui achètent en
besoins qu’elle génère.
l’un des multiples points relais Kiala,
avant par les acteurs du secteur et les
magasins virtuels après avoir lu un
partenaire d’Adrexo. C’est ainsi que,
politiques. Nous nous attachons
imprimé publicitaire. C’est ainsi que
35 millions
en livrant des produits commandés
donc à trouver des solutions inno-
nous avons récemment lancé l’offre
de colis livrés par an
sur internet, Adrexo contribue indi-
vantes pour faire baisser ces coûts
Optiweb, entièrement dédiée aux e-
Adrexo, spécialiste du produit
rectement, avec 35 millions de colis
pour le client final.
commerçants. Ainsi, la boîte aux
livré à domicile et de la distribution
livrés par an, à la génération de trafic
La troisième attente nous est
lettres n'a jamais été aussi proche de
d’imprimés publicitaires en boîtes
dans de nombreux commerces de
venue beaucoup plus tard et paraît
l'ordinateur !
Q
aux lettres a naturellement été, et
proximité.
saugrenue… Et pourtant ! En dehors
www.adrexo.fr
des représentations et des savoirs, elles façonnent la trame
n’est-ce pas très exactement la démarche de l’amateur de jeux vidéos
•••
qui assure la permanence du tissu social et engendre son renouveau.
en ligne, lorsqu’il achète un avatar « dormant » sur un site de ventes
Chez les économistes néoclassiques – pré-numériques, en quelque
aux enchères, puis le réanime en rehaussant sa réputation, par un
sorte ! – les goûts et les représentations ne constituent pas un
style de jeu personnalisé ? La révolution numérique, c’est aussi la nais-
construit, mais un donné exogène, inexpliqué par la modélisation : une
sance d’une culture du réemploi, de la variation thématique !
chaîne causale linéaire mène ainsi des représentations des agents, en
entrée, à leurs comportements, en sortie. Or, pour théoriser l’éco-
nomie numérique, il convient plutôt de la comprendre comme une
Contrairement au coupe-papier sartrien, dont les usages, même
économie circulaire de la « connaissance », dans laquelle les repré-
insolites, peuvent être aisément conçus, l’internet forme un « objet
sentations individuelles et collectives sont endogènes, influencées et
total », que la philosophie ne saurait appréhender via l’inventaire de
transformées par les comportements mêmes qu’elles commandent, à
ses usages, parce qu’il résiste à une telle réduction, purement
travers un processus de germination culturelle.
instrumentale. Si, dans le cas du coupe-papier, l’existence de l’objet
Au-delà de la numérisation des formes préexistantes, l’émergence
n’est que la fidèle traduction de son essence, dans le cas d’internet,
de formes culturelles radicalement nouvelles et spécifiques de la
l’existence excède au contraire l’essence, « l’abuse » même, pour
fréquentation des technologies numériques, constitue une hypothèse
ainsi dire : l’originalité des technologies numériques réside en effet
crédible. Ainsi, la représentation familière, qui lie le beau et l’art au rare
dans le caractère foncièrement imprévisible, non programmable et
et à l’authentique, est singulièrement bousculée lorsque l’original d’une
auto-organisé de leurs usages, de l’infomédiation à la sérendipité,
œuvre numérique ne peut plus être distingué de ses copies, qui l’éga-
du web social à l’intimité instrumentale, du savoir à la culture en
lent en qualité, voire le dépassent. Gageons que la passion d’un collec-
ligne. Dès lors, regarder l’internet comme un objet déterministe,
tionneur d’objets d’art, qui se manifestait jusqu’alors par la recherche
prévisible et formaté, descriptible à travers le catalogue de ses
d’un objet physique original, meuble ou toile de maître, dénotant le
emplois, ce serait manquer la cible car, bien au-delà d’un outil à
style de l’artiste qui l’a créé en un autre lieu et à une autre époque, se
notre service, ce qu’il est aussi trivialement, l’internet est avant tout
déplacera progressivement vers l’auto-confection de variantes person-
le berceau de nos pratiques et de nos échanges ; portant notre
nalisées d’objets numériques, autant d’images sur mesure signant hic
parole et notre écriture, il est notre rapport au sens, miroir numé-
et nunc le style propre du collectionneur, devenu lui-même créateur :
rique dont le reflet donne à voir notre manière d’Etre !
Q
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R55

Paquet télécom
Adopté le 25 novembre 2009, le nouveau cadre réglementaire européen entend répondre aux évolutions du
la convergence des pratiques de régulation entre les Etats membres, il définit également de façon beaucoup plus
Révision du Paquet télécom
La régulation du secteur des communications électroniques est un Les dispositions nouvelles prévoient également le recours éventuel à la
processus dynamique adapté aux évolutions de marché et aux besoins
séparation fonctionnelle, c’est-à-dire la séparation, au sein de l’opérateur
des citoyens. Si l’activité des autorités de régulation se doit de refléter
historique, de la vente des produits de gros et de l’exploitation commer-
cette dynamique, cela est également le cas des cadres législatifs qui déter-
ciale de détail, qu’elle soit imposée par les ARN, ou proposée par les
minent les conditions de cette régulation. Les révisions du cadre
opérateurs eux-mêmes. Cette solution ne devra cependant être envisagée
communautaire sont ainsi l’occasion à la fois d’adapter la
qu’une fois démontrée l’inefficacité des autres remèdes.
législation aux évolutions du secteur et de faire
Plus généralement, les dispositions nouvelles précisent et adaptent les
progresser les mécanismes permettant d’appro-
objectifs guidant l’action des ARN. La prise en compte du risque d’inves-
fondir le marché unique des communications
tissement et de la variété des conditions de concurrence selon la situation
électroniques.
géographique, ou l’accès à tous les contenus, sont ainsi mentionnés.
Les textes adoptés en 2002 ont
abouti à une réelle montée en puis-
Une gestion du spectre rationnalisée et mieux coordonnée
sance de la concurrence adossée à
Le Paquet télécom introduit des modifications significatives dans l’ap-
des dispositifs de régulation à l’effi-
proche européenne de la gestion du spectre. Il permet tout d’abord une
cacité généralement reconnue et
plus grande flexibilité en réaffirmant le principe de neutralité technologique
qui conservent encore aujourd’hui
et de services, permettant de mobiliser, sauf exceptions, les bandes de
toute leur pertinence. Le modèle de
fréquences libérées pour de nouveaux usages, notamment dans le cadre
régulation défini par les textes de
du dividende numérique. Il renforce par ailleurs la possibilité d’accès aux
novembre 2009 s’inscrit dans la
ressources spectrales en favorisant le développement d’un marché secon-
continuité du cadre de 2002, en ce
daire des fréquences.
qu’il fait des autorités de régulation
L’amélioration de la gestion du spectre se traduit également par une
l’instrument d’un rapprochement
meilleure coordination européenne et internationale, qui passera principa-
progressif du droit sectoriel et du droit
lement par la définition, par la Commission européenne, d’un programme
commun de la concurrence.
pluriannuel en matière de spectre radioélectrique (Radio Spectrum Policy
Si le cadre adopté le 25 novembre 2009 (1)
Programme). Ce programme devra notamment permettre une planification
marque une nouvelle étape importante, il se veut
stratégique du spectre, tout en équilibrant, à l’échelle de l’Union, ses
plus une évolution qu’une révolution, offrant de nouveaux
usages publics et privés. En matière de numérotation, la multiplication des
moyens aux régulateurs tout en garantissant mieux leur indépen-
numéros « européens », à l’image des séries 112 et 116, illustre aussi
dance et leur coopération, créant de nouveaux instruments pour les
cette volonté de convergence.
marchés naissants, et donnant de nouvelles garanties aux consomma-
teurs. C’est ainsi à une modernisation tant institutionnelle que matérielle
Une meilleure protection des consommateurs,
que parvient ce nouveau cadre.
une sécurité des réseaux accrue
Dans ces nouvelles dispositions communautaires, le développement de
Des évolutions matérielles
la concurrence dans le secteur des communications électroniques va de
pour une régulation mieux adaptée
pair avec l’amélioration des garanties apportées aux utilisateurs. Ces
Le nouveau cadre s’attache à la fois à parfaire les dispositifs de régu-
garanties concernent principalement la liberté de choix du consommateur,
lation existants, couvrir plus clairement de nouveaux domaines, reflétant
le délai de portabilité des numéros étant, par exemple, ramené à un jour,
notamment l’évolution technologique du secteur, et permettre aux utili-
ainsi que la transparence des offres et des engagements contractuels.
sateurs de mieux profiter de la diversité des services qui leurs sont
Ces garanties concernent également la protection des données
offerts.
personnelles, par exemple vis-à-vis du « spam » et des « cookies ». Le
Les directives de 2009 prennent acte de l’amélioration des conditions
texte apporte aussi des garanties relatives à d’éventuelles limitations dans
de la concurrence et des nouveaux enjeux du secteur portés par les
l’accès des utilisateurs au réseau. De telles dispositions viennent décliner
nouveaux réseaux. Elles introduisent de nouvelles formes de régulation
l’objectif général d’accès des utilisateurs aux réseaux, contenus et appli-
symétrique, afin de favoriser le développement des réseaux de nouvelle
cations, énoncé par les textes.
génération (New Generation Access – NGA), en définissant des règles du
Parallèlement, le nouveau cadre renforce les exigences en termes de
jeu applicables à l’ensemble des opérateurs, notamment via le pouvoir,
qualité de service, notamment pour les utilisateurs handicapés, et d’accès
pour les autorités de régulation nationales (ARN), d’imposer le partage
aux services d’urgence. Tous les opérateurs fournissant un service de voix,
des infrastructures passives à l’ensemble des opérateurs.
quelle que soit la technologie, doivent garantir cet accès, par le traitement
Par ailleurs, le cadre conforte et renforce les remèdes asymétriques
rapide et efficace des appels aux numéros d’urgence nationaux et euro-
existants. Il précise ainsi l’obligation d’accès aux infrastructures
péen (112) et la fourniture des informations de localisation de l’appelant.
passives, notamment de génie civil (fourreaux), de l’opérateur exerçant
Par ailleurs, le renforcement des garanties nécessaires à la confiance
une influence significative, qui peut être imposée par l’ARN dans le cadre
des utilisateurs s’accompagne de dispositions visant à améliorer la sécu-
des analyses de marché.
rité et l’intégrité des réseaux, les ARN compétentes devant œuvrer en
56R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

Paquet télécom
marché des communications électroniques et renforcer les droits des consommateurs européens. Afin de favoriser
précise un modèle commun d’autorités de régulation nationales et de mise en œuvre de la régulation. Décryptage.
: inventaire des nouveautés
Vote, le 25
novembre
2009,
du paquet
télécom
Les députés européens
quittent l’hémicycle après
le vote du paquet télécom.
péenne du marché des communications électroniques a été écarté tant
par le Parlement européen que par le Conseil, au profit d’un Organe des
régulateurs européens des communications électroniques (ORECE) dirigé
étroite collaboration avec l’ENISA (European Network and Information
par les ARN. Cette institution a vocation à permettre l’approfondissement
Security Agency) et la Commission européenne, cette dernière disposant
du dialogue entre les régulateurs nationaux et entre ces régulateurs et les
désormais du droit de prendre les mesures d’harmonisation nécessaires.
institutions européennes, ainsi qu’à leur fournir, autant que de besoin, son
assistance. Ses principales décisions seront prises à la majorité des deux
Un renforcement des autorités de régulation nationales
tiers. Elle devra également donner son avis sur l’ensemble des projets de
Les mesures adoptées, dans le nouveau cadre, pour améliorer les
textes envisagés par la Commission.
instruments de la régulation, s’accompagnent d’une adaptation institu-
La création de l’ORECE participe en outre d’une révision plus générale
tionnelle et procédurale. Cette adaptation doit permettre une meilleure
de la procédure d’examen des analyses de marchés conduites par les
convergence des régulations nationales, par le rapprochement formel des
ARN (procédure dite « Article 7 »), visant à renforcer le contrôle commu-
ARN et l’approfondissement de leur coopération, et accélérer en retour
nautaire sur les décisions nationales. Son avis est notamment requis en
l’harmonisation du marché intérieur des communications électroniques.
cas de projet de veto de la Commission européenne sur la définition d’un
Afin de favoriser la convergence des pratiques de régulation entre les
marché ou la désignation d’un opérateur puissant envisagé par une ARN.
Etats membres, la directive cadre définit de façon beaucoup plus précise
Réciproquement, la Commission voit également son pouvoir croître
un modèle commun d’ARN et de mise en œuvre de la régulation.
puisqu’elle pourra émettre, après avis de l’ORECE, des recommandations
Ce modèle commun se fonde principalement sur la garantie de l’indé-
individuelles aux ARN sur les remèdes projetés. Elle voit, par ailleurs, son
pendance et de l’efficacité des autorités : indépendance fonctionnelle, par
pouvoir d’harmonisation étendu via des décisions générales sur la régula-
la définition de conditions strictes de révocation du président ou des
tion découlant des analyses de marché. Ces mesures doivent contribuer
membres du collège de l’ARN et encadrement des voies de recours afin
à un rapprochement des méthodes d’analyse et des remèdes choisis
de limiter les manœuvres dilatoires ; indépendance financière, les ARN
dans chaque Etat membre, et présenter une meilleure prévisibilité, notam-
devant disposer des ressources financières et humaines nécessaires à
ment pour les opérateurs.
l’accomplissement de leurs tâches et à leur participation aux activités de
Ces différentes innovations et améliorations induites par la nouvelle
l’Organe des régulateurs européens des communications électroniques
législation communautaire sont appelées à être retranscrites dans l’enca-
(ORECE) ; efficacité opérationnelle enfin, les ARN se voyant dotées de
drement législatif et réglementaire du secteur en France, à l’issue de la
moyens renforcés d’accès à l’information de marché servant un pouvoir
phase de transposition qui devra intervenir avant le 25 mai 2011. Elles se
de sanction élargi. Ce socle commun de pouvoirs s’accompagne en outre
répercutent dès à présent dans l’activité quotidienne et les orientations
du rappel d’une exigence constante d’impartialité, de transparence et de
suivies par l’ARCEP, ne serait-ce que par la mise en œuvre de l’ORECE. Q
diligence de la part des autorités nationales.
(1) Ce cadre se compose de deux directives et d’un règlement. La directive
2009/140/CE du Parlement européen et du Conseil dite directive « Mieux réguler »
Un approfondissement de la coordination
amende les directives 2002/21/CE dite « Cadre », 2002/19/CE dite « Accès » et
et du contrôle des régulations nationales
2002/20/CE dite « Autorisation ». La directive 2009/136/CE dite directive « Droits
Si le besoin de renforcer la coopération des autorités de régulation
des citoyens », modifiant les directives 2002/22/CE dite « Service universel »,
2002/58/CE dite « Vie privée et communications électroniques » ainsi que le règle-
nationales est reconnu par tous, la forme que devait prendre le succes-
ment (CE) n°2006/2004 relatif à la coopération entre les autorités nationales char-
seur du Groupe des régulateurs européens (GRE) a donné lieu à d’intenses
gées de veiller à l’application de la législation en matière de protections des
débats. Le projet initial présenté par la Commission européenne devait
consommateurs. Ces textes ont fait l’objet d’une publication au JOUE du 18
conduire à la création d’une véritable agence. Ce projet d’Autorité euro-
décembre 2009.
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R57

Paquet télécom
Zoom sur les principales avancées du nouveau cadre avec Catherine Trautmann, député européen,
et sur la création du BEREC, avec John Doherty, son président en exercice.
Interview de Catherine Trautmann, député européen
“Européaniser” la régulation
T Quelles sont les
électroniques, celui des contenus, et
remèdes par les ARN, avec une
numérique européen. Le sommet sur
principales
celui des services en ligne : neutralité
procédure faisant plus de place à la
le spectre qui s'est tenu fin mars,
avancées
du net (reflétée dans les objectifs du
Commission et à l'ORECE, le nouvel
permettant un débat ouvert et trans-
permises par le
cadre, qui invite les ARN à préserver
organe collégial des régulateurs
versal entre institutions européennes,
nouveau cadre ?
la capacité des utilisateurs finaux à
européens. La philosophie qui sous-
Etats-membres, industriels et
Les avancées sont
diffuser, ainsi qu’à recevoir les
tend la création de cette instance a
usagers, a permis de constater que
de différents
contenus, applications et services de
d'ailleurs été de lui donner un rôle
ces questions avaient déjà mûri par
ordres : certaines s'adressent aux
leur choix) ou encore garantie des
déterminant dans la chaîne décision-
rapport à l'automne dernier.
Autorités de régulation nationales
droits fondamentaux des utilisateurs
nelle, poussant ainsi les ARN à
(ARN) en leur conférant davantage
finaux avec les débats sur le célèbre
davantage prendre leurs responsabi-
T Ce nouveau cadre est-il adapté
d'outils. D'autres s’adressent plus
amendement 138 ayant, in fine,
lités entre pairs et, in fine, à faire
à l'arrivée de nouvelles
directement aux acteurs industriels,
débouché sur une protection extrê-
converger leurs approches.
technologies ?
avec l'assurance d'une sécurité juri-
mement stricte de ces droits...
Là où il a été difficile, voire impos-
L'un des principes de base du cadre
dique accrue visant à leur permettre
sible, de faire avancer l'harmonisa-
européen est la neutralité technolo-
de développer leurs modèles d'inves-
T Le nouveau cadre améliore-t-il
tion, sur la gestion du spectre en
gique, c'est-à-dire que les règles qu'il
tissement, en particulier dans la fibre.
l'harmonisation européenne ?
particulier, le texte a néanmoins posé
décline doivent pouvoir s'appliquer à
Enfin, le nouveau Paquet télécom
Le constat récurrent est qu'il n'y a
des jalons : en invitant la
tout type de technologie. C'est un
prévoit des améliorations pour les
pas vraiment de marché unique des
Commission à proposer un instru-
gage de stabilité, dans un secteur qui
consommateurs : changement
communications électroniques, mais
ment législatif "stratégique" - le
évolue très vite, comme on le sait. A
d'opérateur avec portabilité du
plutôt encore 27 marchés nationaux.
RSPP ou programme pluriannuel sur
mon sens, la question de l'impact
numéro en un jour, contrats plus
S'il semble peu réaliste de prétendre
le spectre radioélectrique - plutôt
technologique se posera peut-être en
clairs et détaillés, numéro d'appel
édifier ce marché unique du jour au
que de continuer à traiter la question
matière de définition des marchés
d'urgence...
lendemain, un certain nombre
seulement par petits morceaux et/ou
pertinents, si la technologie mobile
Cette révision du cadre a également
d'améliorations tendent à davantage
par comitologie, le Parlement a
"rattrape" le fixe en matière de
été percutée par le débat qui émerge
"européaniser" la régulation, par
replacé cette question au cœur des
débits et de stabilité, ce que certains
entre le monde des communications
exemple en matière de définition des
priorités politiques de l'agenda
prédisent avec l'arrivée du LTE.
Q
Interview de John Doherty, président du BEREC*
Le BEREC, au cœur du nouveau cadre
T Pourquoi le
Conseil reconnaissent que les régula-
Le BEREC joue aussi un rôle central
évalue ces doutes et décide si la notifi-
BEREC a-t-il été
teurs nationaux jouent un rôle essen-
dans l’évaluation des remèdes
cation doit être modifiée ou retirée. Si
créé ?
tiel pour une régulation efficace. Le
proposés par les ARN. La Commission
nécessaire, des propositions spéci-
La création du
BEREC jouera un rôle important pour
continue à donner son véto aux défi-
fiques sont faites. Lorsque le BEREC
BEREC est un jalon
développer et diffuser l'état de l'art
nitions et aux révisions de marchés,
partage les doutes sérieux de la
important dans
réglementaire et assister les ARN dans
mais ce véto n’a pas été étendu aux
Commission, il coopère étroitement
l’évolution de la
l'application cohérente de ce cadre.
remèdes, comme proposé initiale-
avec l'ARN pour identifier la mesure la
réglementation des communications
ment. Le Conseil et le Parlement ont
plus appropriée. Lorsque le BEREC
électroniques dans l’Union euro-
T Comment jouez-vous votre rôle
en effet reconnu que les régulateurs
n’est pas d’accord avec la
péenne. Depuis deux décennies, les
de conseil auprès de la
nationaux étaient les mieux placés
Commission, ou si l’ARN décide de
régulateurs européens ont accumulé
Commission Européenne ?
pour choisir leurs remèdes eu égard à
maintenir ou de modifier le projet de
une énorme quantité de connais-
Contrairement au GRE, le BEREC est
leurs conditions de marché nationales.
mesure, la Commission peut lever ses
sances et d’expériences qu’ils ont
formellement reconnu par les institu-
Toutefois, une nouvelle procédure a
réserves ou bien recommander la
partagées à travers le Groupe des
tions de l’Union européenne – le
été conçue pour apporter plus de
modification ou le retrait, en tenant le
régulateurs indépendants (GRI), puis
Conseil, la Commission et le
cohérence : la Commission sera
plus grand compte de l’avis du BEREC.
via le Groupe des régulateurs euro-
Parlement – et se trouve au cœur du
obligée d’examiner les remèdes noti-
La Commission doit, surtout lorsque le
péens (GRE). La création du BEREC est
cadre. Ses avis – dont la Commission
fiés dans un délai d’un mois. Si elle a
BEREC ne partage pas ses doutes,
une évolution naturelle du GRE. En
et les ARN devront tenir le plus grand
des doutes sérieux, une pause de trois
fournir une justification argumentée. Q
donnant, à travers le BEREC, un rôle
compte - auront un statut plus impor-
mois intervient pendant laquelle, les
*en français ORECE (Organe des régulateurs euro-
formel aux ARN, le Parlement et le
tant que ceux du GRE.
six premières semaines, le BEREC
péens des communications électroniques).
58R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

Vie de l’ARCEP
Q Michel Combot est nommé directeur général adjoint de l’ARCEP
Ingénieur en chef des mines, diplômé de
En septembre 2007, il rejoint le cabinet de Christian Estrosi,
l'Ecole polytechnique et de Télécom
secrétaire d'État en charge de l'outre-mer, en tant que conseiller
ParisTech, Michel Combot commence
technique "numérique et audiovisuel" puis intègre, en avril 2008, le
sa carrière à l'Autorité de régulation
cabinet d'Eric Besson, secrétaire d'Etat chargé du développement
des télécommunications comme chef
de l'économie numérique, comme conseiller technique. Il conserve
de projet. Il rejoint, en 2001, le service
ce poste auprès de Nathalie Kosciusko-Morizet, avant d'être
économique de l'ambassade de
nommé directeur-adjoint de son cabinet. Pour la troisième fois dans
France aux Etats-Unis, avant de
sa carrière, il a rejoint l’Autorité le 1er juin dernier, en remplacement
devenir expert régional TIC, à San
de Benoit Loutrel, appelé à de nouvelles fonctions au Commissariat
Francisco, pour le compte de la direction générale du trésor. Il
général à l'investissement, au poste de directeur général adjoint,
réintègre l'ARCEP en novembre 2006 comme responsable de l'unité
chargé de la direction des services fixe et mobile et des relations
« Fréquences ».
avec les consommateurs.
Q Assia Bahri. Diplômée de
en 2006 comme consultant
il pilote plusieurs études
Télécom Sud Paris, Assia Bahri dé-
chez Vertone et rejoint Beija-
marketing pour le compte
bute en 2007 comme ingénieur
flore Strategy & Business en
d’opérateurs télécoms, en NOMINA
de planification pour la Société
2008. Il est alors responsable
particulier dans le domaine du
Européenne des Satellites (SES) à
de la coordination fournisseurs
haut débit. Il réalise également
Luxembourg. Après avoir parti-
pour le compte de Neuf Tele-
une étude pour le lancement
cipé à la conférence mondiale des radiocom-
com et réalise une étude sur le marché du ma-
d’un MVNO au Moyen Orient.
munications de 2007, elle travaille sur
chine to machine. Il a intégré le 15 mars dernier
Arrivé début janvier, Thomas Hoarau a intégré
l'implémentation d'outils stratégiques recen-
l’unité « Marché des services de capacités et de
l’unité « Infrastructures haut et très haut débit »
sant les ressources spectrales et orbitales des
la téléphonie fixe » dans laquelle il est chargé
dans laquelle il est chargé du dégroupage.
filiales de SES. Elle a rejoint le 14 avril dernier
du marché Entreprises.
l’unité « Réglementation et gestion du spec-
Q Thibaud Furette.
tre » pour assurer le suivi des groupes de travail
Q Liliane Dedryver. Di-
Diplômé de Télécom Paris, Thi-
de la conférence européenne des postes et té-
plômée du master droit public
baud Furette débute sa car-
lécommunications (CEPT).
des affaires en 2008 et du
rière en 2005 au sein du
master droit des communica-
cabinet de conseil et stratégie
Q Aurélie Barré. Diplômée de
tions électroniques et des acti-
Analysys Mason où il accom-
Télécom Paris, Aurélie Barré com-
vités spatiales en 2009, Liliane
pagne les opérateurs dans leur stra- TIONS
mence sa carrière comme consul-
Dedryver acquiert sa première expérience au-
tégie financière et d’investissement. Il travaille
tante chez Analysys Mason à
près du département de droit public des af-
parallèlement sur de nombreux sujets régle-
Londres en 2006. Elle est en
faires de France Télécom, puis du service
mentaires. Il a rejoint l’Autorité le 1er janvier
charge d’études de marché et
juridique de SES Astra au Luxembourg. Arrivée
dernier, au sein de l’unité « Marché des ser-
de conseil en fusion-acquisition pour le compte
le 19 mai dernier, elle a intégré l’unité « Nou-
vices de capacité et de la téléphonie fixe »,
d’opérateurs de télécommunications, dans le
velles régulations, nouveaux réseaux, collectivi-
pour prendre en charge l’interconnexion fixe,
fixe et dans le mobile. Elle réalise également
tés et Europe » à la direction des affaires
principalement dans ses aspects tarifaires.
des études sur le marché du satellite et sur la
juridiques de l’Autorité.
publicité en ligne. Depuis le 1er mars, elle a re-
Q Guillaume Mellier.
joint l’unité « Mutualisation de la fibre et mar-
Q Christian Guénod.
Ancien élève de Polytech-
ché aval haut et très haut débit » où elle
Ancien élève de l’Institut
nique, Guillaume Mellier est
s’occupe des questions économiques.
d’Etudes Politiques de Paris et
ingénieur du Corps des Ponts
du Collège d’Europe de Bruges,
et Chaussées. Il commence sa
Q Audrey Briand. Diplômée
Christian Guénod est docteur
carrière en 2003 chez L’Oréal
de l’Institut d’Etudes Politiques
en droit depuis 2009. Sa thèse,
à la direction du développement et de la stra-
de Toulouse en 2006 et du mas-
«Théorie juridique et économique du régula-
tégie pour piloter des projets internet. En
ter management des entreprises
teur sectoriel », obtient le prix de thèse 2010
2005, il intègre le Centre d’Etude Technique
de l’IAE, Audrey Briand débute en
de la revue Concurrences. Enseignant à
de l’Equipement de l’Ouest où il participe à la
2007 à la mission économique de
Sciences Po Paris depuis 2007, il travaille éga-
création puis dirige l’équipe nationale du
Madrid puis de Barcelone comme attachée lement pendant deux ans comme responsable
ministère de l’écologie, de l’énergie, du déve-
sectorielle pour les télécommunications et la
du développement européen pour Europa
loppement durable et de l’aménagement du
société de l’information. Elle suit les relations
Santé Consulting, un cabinet de stratégie en
territoire dédiée aux enjeux de desserte
bilatérales franco-espagnoles et appuie les santé publique. Il a rejoint l’unité « Affaires eu-
numérique des territoires. Il participe à la
entreprises du secteur dans leur stratégie à ropéennes » de l’ARCEP le 1er avril dernier.
définition et au pilotage du volet « réseaux »
l’export. Elle a rejoint la mission communica-
du plan France Numérique 2012, en particu-
tion de l’ARCEP le 1er janvier.
Q Thomas Hoarau. Ingénieur diplômé de lier la définition des schémas directeurs terri-
Supelec spécialité Télécom et d’un master en
toriaux d’aménagement numérique et du
Q Vincent Crouillère. Diplômé de économie et gestion de l’information et des plan d’action très haut débit. Depuis janvier, il
l’EDHEC de Lille en 2008, Vincent Crouillère est
réseaux, Thomas Hoarau intègre Capgemini est chef de l’unité « Marché des services de
titulaire d’un master en management. Il débute
en 2007 comme consultant. Pendant trois ans,
capacité et de la téléphonie fixe » à l’ARCEP.
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R59

Actualités
Terminaison
Montée en débit
d'appel fixe
Après avoir consulté le secteur et recueilli
La Commission européenne
l’avis de l’Autorité de la concurrence,
a publié, le 7 mai 2009, une
l’ARCEP a publié des orientations relatives à
B R È V E S Recommandation sur le trai- la mise en œuvre de solutions de montée en
tement réglementaire des
débit via l’accès à la sous-boucle locale. Là
tarifs de terminaison d’ap-
où le déploiement du FttH n’est pas prévu à
Terminaison d'appel SMS
pels fixe et mobile dans
3 à 5 ans, l’Autorité estime que les solutions
Dans le cadre du 2e cycle d'analyse des marchés, l'ARCEP a mis
l’Union européenne. Elle
d’accès à la sous-boucle permettent
en consultation, jusqu'au 16 juillet, un projet de décision
stipule notamment que les
d’apporter une montée en débit et peuvent
portant sur la terminaison d'appel SMS. L'Autorité envisage de
Autorités de régulation
donc être mises en œuvre rapidement,
poursuivre la régulation en métropole, dont les effets ont été
nationales (ARN) doivent
notamment par les collectivités territoriales.
bénéfiques pour les consommateurs, et de l'étendre aux
dorénavant orienter les tarifs
Là où le déploiement du FttH est prévu à
départements d'outre-mer. Les tarifs (de gros) qu’elle propose
de terminaison d’appel
3 à 5 ans, l’Autorité recommande en
d'appliquer aux opérateurs métropolitains pour la TA SMS en
fixe vers les seuls coûts
revanche aux acteurs publics et privés de ne
métropole sont de 2 cts € par SMS pour Orange et SFR, et de
incrémentaux sensibles au
pas déployer de solutions intermédiaires de
2,17 cts € pour Bouygues Télécom pour la période du 1er
trafic d'un opérateur géné-
montée en débit et de concentrer leurs
octobre 2010 au 30 juin 2011 ; de 1,5 ct € par SMS pour les
rique dit efficace, c'est-à-
efforts et leurs moyens sur le déploiement
trois opérateurs (avec suppression de l'asymétrie de Bouygues
dire faisantappel aux choix
de réseaux FttH. Q
Télécom) du 1er juillet 2011 au 30 juin 2012 ; et de 1ct € par
technologiques les plus effi-
SMS pour tous les opérateurs à partir du 1er juillet 2012. Q
caces (et doté notam-
ment d'un réseau de
nouvelle génération IP/
LE
Déploiement de la fibre optique
NGN). L’ARCEP mettra en
Au 31 mars 2010, 860 000 logements
œuvre cette recommanda-
CHIFFRE
étaient raccordés à la fibre optique
tion au cours du 3e cycle
jusqu'à l'abonné. De nouveaux
d’analyse des marchés de la
déploiements ont été annoncés par les
terminaison d’appel fixe
Avec 15,4 milliards de minutes
opérateurs qui pourraient permettre de
(2011-2013). Ceci implique
(soit 54% de l'ensemble des
doubler, d'ici mi-2011, le nombre de
au préalable de construire et
logements raccordés, en le portant à 1,6
communications depuis les réseaux
calibrer un modèle des coûts
million. Les principaux opérateurs ont en
technico-économiques de la
fixes) au 4ème trimestre 2009,
effet lancé un appel en vue du déploiement mutualisé dans les
terminaison d’appel fixe
le volume de communications
zones très denses pour raccorder à la fibre optique, d'ici un an,
produisant des coûts incré-
passées depuis les box est
jusqu'à 800 000 logements supplémentaires, ce dont se félicite
mentaux, basé sur un
l’Autorité. Le cycle d'investissement a donc bien démarré et
désormais supérieur au volume
modèle d’opérateur géné-
concerne, à ce stade, 84 communes sur les 148 identifiées dans
de la téléphonie fixe classique
rique efficace et purement
les zones très denses. Q
NGN. Ce travail préparatoire
(RTC). Pour les communications
est actuellement mené par
internationales, la proportion de
l’Autorité en concertation
Fréquences résiduelles 3G
minutes IP grimpe à 74%. Les offres
avec les acteurs. Une consul-
Le 18 mai 2010, l'Autorité a retenu les meilleures candidatures à
illimitées de voix sur IP incluses dans
tation publique sur la
l'attribution des fréquences résiduelles de la 3G encore disponibles
structure du modèle tech-
les forfaits de type " multiplay " des
dans la bande 2,1 GHz : celle de SFR pour le bloc de 5 MHz duplex
nico-économique de coûts
opérateurs sont à la source de cette
et celle de Orange France pour le bloc de 4,8 MHz duplex. La
envisagée a été mise
procédure a permis d’obtenir un engagement d’amélioration des
expansion rapide du trafic IP.
en consultation publique
conditions d’accueil des MVNO et près de 600 M€ de recettes pour
jusqu'au 30 juillet. Q
l’Etat. L'Autorité a délivré le 8 juin leur autorisation d'utilisation de
fréquences à ces deux opérateurs. Elles reprennent notamment
l'engagement d'accueil des MVNO souscrit par SFR et Orange
Comité des consommateurs
France dans leur dossier de candidature, qui s'appliquera à
« L'action en faveur des
l’intégralité du réseau mobile fonctionnant dans les différentes
consommateurs est une priorité
bandes de fréquences (900 MHz, 1800 MHz et 2,1 GHz) dont ils
renforcée et clairement assumée
sont chacun titulaire. Q
par l’ARCEP » a rappelé Jean-
Ludovic Silicani, président de
l’Autorité, lors du dernier comité
Aménagement numérique
des consommateurs plénier qui
En application de la loi n° 2009-1572 du 17 décembre 2009
s’est réuni le 19 mai. Pour
(dite Pintat) relative à la lutte contre la fracture numérique,
renforcer cette action, l’Autorité a
l’ARCEP publie désormais la liste des personnes publiques
d’ailleurs procédé fin 2009 à une
(départements, régions) l'ayant informée de la réalisation d'un
réorganisation de ses services en intégrant la mission chargée des relations
schéma directeur territorial d'aménagement numérique. Une
avec les consommateurs à la nouvelle direction des services fixe et mobile
première liste de 17 collectivités d’ores et déjà engagées dans
et des relations avec les consommateurs. Parmi les chantiers, d’ici
une réalisation a été publiée. Cette liste sera mise à jour
l’automne, l’Autorité va élaborer un projet de lignes directrices visant
régulièrement. Cette publication vise notament à “favoriser la
notamment à renforcer la transparence au bénéfice du consommateur. En
cohérence des initiatives publiques et leur bonne articulation
2009, les consommateurs de communications électroniques ont sollicité
avec l’investissement privé”. Q
l’Autorité 6 300 fois. Q
60R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

Actualités
Itinérance data en Europe
Couverture GSM
A compter du 1er mars 2010, les opérateurs mobiles européens ont l'obligation, en
Les cartes de couverture publiées par les trois
application du règlement européen sur l'itinérance, de proposer à leurs clients de
opérateurs mobiles sont à 96% cohérentes avec
plafonner leur facture d'internet mobile à l'étranger dans l'Union européenne, afin d'éviter
les mesures faites sur le terrain, a constaté l’ARCEP
que celle-ci ne devienne excessive. Les utilisateurs ont jusqu’au 1er juillet 2010 pour opter
à l’issue de son audit annuel 2009 de la fiabilité
pour l'un des plafonds proposés par leur opérateur. Le plafond par défaut correspond à
des cartes de couverture GSM. Mais si cette
un montant inférieur ou égal à 50 euros de consommation data en itinérance par mois de
fiabilité est bonne au niveau national, elle doit en
facturation, les opérateurs restant libres de proposer d'autres plafonds (financiers ou en
revanche être améliorée sur certains cantons :
volume). Les opérateurs devront envoyer à l'utilisateur un message d'avertissement quand
l’Autorité a donc rappelé aux opérateurs la
80 % du montant fixé est atteint et couper la connexion une fois la limite atteinte. Si
nécessité de corriger les cartes publiées, et a prévu
aucune limite n’est fixée, un plafond par défaut (50 euros) sera activé. Q
que de nouvelles mesures soient réalisées en
2010, dans 249 nouveaux cantons. Q
Comité de prospective
« Le progrès n’est pas fait que de technologie ». La 3ème
Pascal
Couverture 3G
réunion du comité de prospective, qui s’est déroulée à
Picq
Sous l'égide de l'ARCEP, et en application de la loi
l’ARCEP le 17 juin, a reçu le paléoanthropologue et
de modernisation de l'économie (LME), Orange
chercheur au Collège de France Pascal Picq, venu échanger
France, SFR et Bouygues Télécom ont conclu, le 11
sur une approche anthropologique et écologique des
février 2010, un accord cadre de partage
technologies « qui aide à savoir pourquoi un usage se
d'installations de réseau mobile 3G. La mise en
développe ou pas ». Qu’elle soit lamarckienne ou darwinienne,
œuvre de ce partage permettra de faciliter et
« la vraie difficulté réside dans la captation de l’innovation par l’environnement » a aussi
d'accélérer l'extension de la couverture 3G dans
insisté le chercheur pour qui « seuls les systèmes ouverts permettent de continuer à
environ 3600 communes, correspondant à celles
évoluer ». Le comité a également reçu Joël Hamelin, du Centre d’analyse stratégique,
déjà couvertes dans le cadre du programme
pour une présentation du rapport de la commission Bravo sur l’économie numérique. Q
" zones blanches 2G ", et à 300 communes
supplémentaires. Ainsi, avec ce déploiement dont
Services à valeur ajoutée
l'achèvement est prévu fin 2013, la couverture 3G
Après consultation publique du secteur et avis de la Commission consultative des
atteindra un niveau analogue à celui de la 2G. Les
communications électroniques (CCCE), l'Autorité a adopté, le 3 juin 2010, une décision
trois opérateurs mobiles se sont en outre engagés
permettant la création du numéro 3008. Ce numéro permettra aux consommateurs, à
à discuter les modalités permettant d'inclure Free
partir du 1er juillet 2010, d'accéder gratuitement à un serveur vocal donnant le prix exact de
Mobile dans cet accord. Q
la communication qui leur est facturée lorsqu'ils appellent un numéro de services à valeur
ajoutée (SVA) commençant par 08 ou un numéro court à 4 chiffres commençant par 3. Ce
dispositif complète le message d'information gratuite en début appel pour les appels vers
Envoi de petits objets postaux :
les numéros SVA dont le tarif est supérieur à 0,15 euro par minute ou par appel depuis un
La Poste interpellée
poste fixe, lequel sera étendu à tous les appels SVA surtaxés à partir du 1er janvier 2011. Q
Au vu des tarifs du service universel relatifs au colis
et de l’interdiction d’envoyer des marchandises au
tarif lettre figurant dans les conditions générales
Téléphonie mobile et handicap
de vente de La Poste, l’ARCEP avait estimé, en
Opérateurs, pouvoirs publics et associations de personnes handicapées ont dressé, le 26
février 2008 (avis n° 2008-0002), que les
mai, le bilan annuel de la charte, signée pour la première fois entre eux en 2005, pour
consommateurs ne bénéficiaient pas d’une offre
favoriser l'accessibilité. En 2009, les opérateurs ont proposé de nouvelles gammes de
abordable pour l’envoi de petits objets postaux.
produits (soit 8 à 15 terminaux pour chaque opérateur) et de services plus riches en
Elle avait donc approuvé la création, à cette fin,
fonctionnalités. Ils ont aussi rendu accessibles, certains jours de la semaine, deux centres
par La Poste, de l’offre Mini-Max, service
clients aux personnes sourdes ou ayant des troubles d'élocution et un centre clients par
prioritaire d'envois de petites marchandises
internet en mode dialogue en temps réel par texte et en langue des signes. Q
jusqu'à un kilo et deux centimètres d'épaisseur.
Mais une étude réalisée par l’INC et cofinancée
par l’ARCEP en avril 2010 a révélé la trop faible
L’ARCEP dans les Pyrénées
disponibilité de cette offre, qui relève pourtant du
Jean-Ludovic Silicani, accompagné de Joëlle Toledano et de Denis
service universel postal, et l’information
Rapone, se sont rendus le 25 juin à Pau, puis à Tarbes.
insuffisante, voire inexacte, du consommateur sur
A Pau, ils ont été accueillis par Martine Lignières-Cassou, présidente
ce produit. L’Autorité a donc demandé à La Poste
de la communauté d’agglomération Pau-Pyrénées et maire de la
de lui proposer les mesures qu’elle compte
ville, qui leur a présenté le projet « Pau Broadband Country », le
prendre afin que les consommateurs bénéficient
premier réseau de fibre optique de bout en bout créé en France, en
effectivement d’une offre à un prix abordable et
2002, par André Labarrère. Il compte aujourd’hui 50.000 prises
d’une information claire et complète, sur l’envoi
raccordables et 9.000 abonnés, pour un investissement de
de petits objets. Q
14,8 millions d’€ (dont 7,7 millions de fonds FEDER).
A Tarbes, Josette Durrieu, présidente du conseil général des
Hautes-Pyrénées, leur a présenté le projet « Hautes
Service universel
Pyrénées Numérique » destiné à mettre en place un réseau
Les évaluations définitives du coût du service
de collecte pour offrir 2 Mbit/s à 100% des foyers du
universel et les contributions des opérateurs pour
département, et fibrer les zones d’activité économique en
l'année 2008 ont été publiées par l’Autorité. Le
desservant directement les 3.500 entreprises locales. C’est
coût net correspondant aux obligations du service
la société Axione qui a été choisie après appel d’offres
universel au titre de 2008 se monte à 22,7 millions
(procédure du partenariat public privé), avec un montage financier sur une durée de
d'euros, somme sur laquelle France Télécom sera
22 ans. 60 millions d’€ seront investis, dont 29 millions dés aujourd’hui. Q
compensé à hauteur de 14,8 millions. Q
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R61

Postal
La loi du 9 février 2010 relative à La Poste et aux activités postales a modifié la régulation
postale et donné à l’ARCEP un nouveau rôle dans le traitement des réclamations. Analyse.
Le consommateur
et la nouvelle loi postale
Le fait qu’à compter du 31 mars 2010, l’établissement public La «clientèle captive ». Ces sujets seront à l’ordre du jour des travaux que
Poste soit devenu une société anonyme n’enlève rien, ni à ses obli-
l’ARCEP et La Poste débuteront pour fixer l’encadrement qui s’appli-
gations de service public, ni aux droits des consommateurs de
quera à partir de 2012.
services postaux, parfaitement indépendants du statut de l’entreprise.
Par ailleurs, l’ARCEP demeurera informée des projets de tarifs de
La Poste et pourra lui demander de les reconsidérer s’ils s’écartent
Tarifs de service universel
manifestement des principes tarifaires du service universel que sont la
La loi n°2010-123 du 9 février 2010 relative à l’entreprise publique
péréquation géographique, le caractère abordable pour tous les
La Poste et aux activités postales, qui transpose en droit français la troi-
usagers et l’orientation vers les coûts.
sième directive postale de 2008, prévoit d’abord la
fin du monopole (secteur réservé) de La Poste sur
Qualité de service et traitement des réclamations
les envois de moins de 50 g au 1er janvier 2011.
La loi précise aussi que la qualité des prestations du service universel
Avec la fin du monopole postal disparaissent aussi
doit être mesurée et publiée dès lors que le ministre a fixé des objectifs
les procédures d’autorisation préalable des tarifs
à La Poste. Cette disposition permettra de poursuivre les progrès déjà
postaux – en particulier le prix du timbre – en
accomplis en matière d’information des consommateurs sur la qualité
vigueur depuis 1990.
grâce au Tableau de bord du service universel publié par La Poste.
Cette modification ne signifie pas pour autant
Par ailleurs, la loi charge désormais l’ARCEP du traitement des
que les tarifs postaux deviennent totalement libres.
réclamations qui, aux termes du nouvel article L5-7-1 « n’ont pu être
A compter du 1er janvier 2011, l’ARCEP conserve la possibilité d’encadrer
satisfaites dans le cadre des procédures mise en place par les opéra-
les tarifs, dits de service universel, présentant une nature de service
teurs postaux ». Cela ne fait pas de l’ARCEP un service après-vente des
public. L’ARCEP peut en effet fixer un price cap sur ces tarifs, ce qui
opérateurs, mais lui donne la capacité d’agir pour inciter à un traite-
donne une certaine latitude à La Poste pour réaménager sa tarification
ment efficace et équitable des consommateurs. L’Autorité va
en augmentant certains produits plus que d’autres, mais plafonne l’aug-
consulter, tant les consommateurs que les opérateurs, sur l’organisa-
mentation moyenne de la tarification sur une durée de 3 ans.
tion à mettre en place ; elle essaiera de s’insérer dans le cadre exis-
En fonction du degré de concurrence existant sur le marché, ce price
tant qui contient déjà d’excellentes garanties, notamment l’existence
cap peut soit en rester à une contrainte globale en moyenne, soit décliner
du médiateur de La Poste qui traite près de 3000 dossiers par an.
celle-ci pour des familles de produits déterminés. Cette dernière tech-
Enfin, la nouvelle loi postale comporte une dernière disposition qui
nique est notamment utilisée aux Etats-Unis où chaque grande famille de
intéresse les consommateurs : celle qui précise que La Poste est
prestation reçoit un plafond différent. En Europe, certains régulateurs
tenue de maintenir au moins 17 000 points de contact et qui charge
n’encadrent pas du tout les tarifs des prestations aux grands clients – le
l’ARCEP d’évaluer chaque année le coût net de cette mission, afin de
courrier industriel – et concentrent la contrainte sur les produits de la
fixer la compensation due à La Poste.
Q
2009 : le recours au médiateur de La Poste va
Chaque année, la loi oblige le 11968 demandes de médiations, Colis et courrier :
importante des sources de litiges
médiateur du groupe La
postales et bancaires. Avec 3675 cas,
litiges en hausse
est liée à des problèmes de distri-
Poste à transmettre « un
le nombre de demandes recevables
Le recours au médiateur est
bution (39 %) et de perte (27 %).
bilan statistique et qualitatif de son
relatives aux services postaux est en
croissant. Il concerne plus particu-
Suivent les contrats de réexpédition
activité au prési-
augmentation de 21 % par rapport
lièrement le colis, flux qui génère
(20 %), les retards (5 %) et les
dent de La Poste, au
à 2008 (2). 3 675 concernent les ser-
proportionnellement beaucoup
détériorations (4 %).
ministre chargé des
vices postaux (3). Les demandes de
plus de réclamations que le
Pour les colis, les pertes (39 %)
postes et à l'Auto-
médiation ont augmenté de 41 %
courrier. En 2009, les colis repré-
et les détériorations (35 %) repré-
rité de régulation
pour les prestations "courrier" et de
sentent 71 % des recours, en aug-
sentent la majorité des litiges, loin
des commun ications
11 % pour les prestations "colis".
mentation de 15 % par rapport
devant les retards (11 %), les
électroniques et des
Sur l’ensemble des demandes rece-
à 2008. Les demandes de média-
problèmes de distribution (8 %) et
postes », assorti de recommanda-
vables de médiation relatives aux
tion pour des litiges concernant
les opérations de contre-rembour-
tions. Son rapport annuel 2009 vient
services postaux, 2 012 cas ont été
le courrier représentent 23 % des
sement (7 %).
d’être publié (1).
considérés comme éligibles (4), soit
recours, en augmentation de
Le délai moyen de traitement
Au cours de l’année 2009, le
une augmentation de 18 % par
25 % par rapport à 2008.
des demandes de médiation s’éta-
médiateur du groupe La Poste a reçu
rapport à 2008.
Pour le courrier, la part la plus
blit à 55 jours pour le courrier et à
62R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

Postal
Les envois recommandés de tous les opérateurs autorisés ont-ils une valeur juridique égale ?
Il serait bon que la loi le précise. Explications…
Envois recommandés et concurrence
Qui n’a pas utilisé d’envoi recommandé ? Le développement de la effectué par un opérateur autorisé peut valoir « lettre
concurrence dans le secteur du courrier concerne toutes les
recommandée » au sens des textes juridiques,
prestations et de nombreux opérateurs alternatifs se sont inté-
c’est-à-dire avoir les mêmes effets juridiques que la
ressés à ce produit phare que constituent les envois recommandés. Un
lettre recommandée de La Poste. A ce jour, il
marché existe : selon l’observatoire des activités postales de l’ARCEP,
n’existe pas de jurisprudence postérieure à la loi de
le marché des lettres et colis remis contre signature a représenté en
régulation postale du 20 mai 2005.
2008 un volume de 276 millions d'objets et un chiffre d’affaires de
1458 millions d’euros, soit environ 1 % des flux et 10 % du chiffre d’af-
Quelle valeur juridique ?
faires du secteur postal.
On peut toutefois avancer l’idée que les textes cités
précédemment définissant et qualifiant les envois recommandés de
Qu’est-ce qu’un envoi recommandé ?
façon générique constituent un premier élément tendant à accorder la
Depuis le 1er janvier 2006, les envois recommandés ne sont donc
même valeur à tous les envois recommandés respectant les textes, quel
pas inclus dans le secteur réservé à La Poste. Cette prestation peut
que soit l’opérateur qui assure cette prestation.
donc être assurée par tout opérateur autorisé. Par ailleurs, l’expression
Le Conseil d’Etat a d’ailleurs consacré, depuis longtemps, dans le
« lettre recommandée » appartient à la langue française. Elle n’est pas
cadre de contentieux liés à l’urbanisme et alors que les dispositions du
déposée, et ne peut l’être, auprès de l’Institut national de la propriété
code prévoyaient une notification « par lettre recommandée avec
industrielle (INPI).
accusé de réception », la valeur juridique des modes de notifications
La directive européenne 97/67/CE définit les caractéristiques de
« présentant une garantie équivalente », notamment l’envoi par
ce service. L’ARCEP, dans son avis n° 2007-0377 du 26 avril 2007,
Chronopost qui permet d’attester de la date de dépôt et de remise (1) .
« souligne que le service de recommandation comprend une preuve de
A ce jour, les juridictions judiciaires semblent en revanche moins
dépôt, une preuve de distribution, une indemnisation en cas de perte,
enclines à accepter des modes de preuves autres que l’envoi par lettre
spoliation ou détérioration ainsi qu’un avis de réception optionnel. »
recommandée avec accusé de réception lorsque cette dernière est
L’arrêté du 7 février 2007 du ministre délégué à l’industrie fixe les
prévue par les textes. Sur cette question, on ne peut que rejoindre
modalités relatives au dépôt et à la distribution des « envois postaux
l’Autorité de la concurrence qui, dans son avis 09-A-52 du 29 octobre
faisant l’objet de formalités attestant de leur dépôt et de leur distribu-
2009 concernant le projet de loi relatif à l’entreprise publique La Poste
tion ». Il prévoit notamment les mentions devant figurer sur la preuve
et aux activités postales, avait relevé : « […] il serait souhaitable, afin
de dépôt (date, identité et adresse de l’expéditeur et du destinataire,
de favoriser le développement de la concurrence sur les envois recom-
etc.) et, le cas échéant, sur la preuve de distribution (date, signature,
mandés, que la loi précise la valeur juridique égale des recommandés
justificatif d’identité, etc.).
de tous les opérateurs autorisés. »
Q
De nombreux textes et procédures juridiques prévoient des formalités
exigeant un envoi « par lettre recommandée avec avis de réception ». La
(1) CE, 28 avril 2000, Epoux Gilloire, n°198565 et CE, Avis, 6 mai 1996,
question qui se pose alors est de savoir si un envoi recommandé
M. Andersen, n°178473.
croissant
50 jours pour le colis. Le médiateur
une augmentation de 19 % par
(1) Le rapport est disponible à l’adresse sui-
concernent des recours auprès du mé-
indique que tous ses avis ont été
rapport au montant global 2008.
vante : www.laposte.fr/mediateurdu-
diateur sans dépôt préalable de récla-
groupe/rapports/rapport2009.pdf
mation au service client de La Poste et
suivis par La Poste. La proportion
En ce qui concerne le colis, les
(2) Les demandes non recevables ont
les procédures dites "en recours
d’avis favorables au plaignant a été
indemnisations ont concerné 937
représenté 41 % des sollicitations.
interne", utilisées par le médiateur pour
de 31 %, partiellement favorables,
recours, soit 65 % des recours
Quand elles ne correspondent pas à
un réexamen par les services de La
de 26 %, et défavorables, de 43 %.
éligibles. Le montant global repré-
une réclamation, elles sont redirigées
Poste, notamment pour les affaires sim-
sente 182 334 €, en augmentation
vers les services compétents.
ples et répétitives comme les retards de
100 à 200 €
de 18,5 % par rapport à 2008, la
(3) Demandes hors La Banque postale.
livraison ou les litiges liés aux conditions
d’indemnisation moyenne
(4)
moyenne des indemnisations Les 1 663 demandes non éligibles
locales de fonctionnement des services.
43 % des recours éligibles en
restant inférieure à 200 €.
Mode d’emploi I I I
matière de courrier (soit 243
En 2009, seuls 6 % des requé-
Le Médiateur du groupe La Poste ne se substitue pas au service auprès duquel les
recours) ont donné lieu à une in-
rants "colis", et 7 % des requérants
clients doivent préalablement et obligatoirement s’adresser pour déposer et faire
demnisation. Les montants attri-
"courrier" ont contesté l’avis rendu
valoir leur réclamation : bureau de poste, centre financier ou autre interlocuteur
bués sont peu élevés : près de 80
par le médiateur. La contestation
postal habituel. Avant d’engager une action en médiation, le consommateur doit
% sont inférieurs à 100 €, pour un
d'avis n'a que peu augmenté par
en effet avoir épuisé toutes les voies de recours auprès du service avec lequel existe
montant global de 34 395 €, soit
rapport à 2008.
Q
le litige. Pour en savoir plus : www.laposte.fr/mediateurdugroupe/
LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010
R63

Vie de l’ARCEP
Entouré des membres de l'ARCEP, Jean-Ludovic Silicani, président, a présenté,
le 9 juin 2010, le rapport public d'activité 2009 de l'Autorité. Morceaux choisis.
L’Autorité présente
son 13ème rapport d’activité
Le marché résiste bien à la crise
La 4G mobile nécessite quelques travaux complémentaires
« La régulation sectorielle, qu’elle soit symétrique ou asymétrique, est le
« L’Autorité prépare activement depuis plusieurs mois l’attribution des
meilleur antidote aux excès d’un marché sans règles et aux crises
fréquences prévues pour la quatrième génération de téléphonie mobile (4G). A
cycliques (…). On relèvera d’ailleurs que, dans le contexte de crise écono-
ce stade des travaux, il me semble important de vous faire part des informations
mique que nous connaissons, le secteur des communications électroniques a
suivantes (…).La consultation publique et les auditions ont souligné la maturité
obtenu, en 2009, des résultats satisfaisants.
encore limitée, sur les plans techniques et industriels,
En effet, les revenus de l’ensemble du marché
des projets dans la bande 800 MHz, dont le déploie-
(41 milliards d’€) sont restés stables par rapport à
ment s’étendra sur de nombreuses années.
2008 et les marges d’EBITDA des opérateurs se
En deuxième lieu, l’attribution des fréquences à
maintiennent globalement à un niveau (au-delà de
800 MHz présente une complexité particulière, qui
30%) très supérieur à la moyenne des autres
découle d’une pluralité d’enjeux de politique publique.
secteurs de l’économie ».
Ainsi, la prise en compte prioritaire des impératifs
d’aménagement du territoire dans l’attribution de ces
La fibre optique est lancée
fréquences, telle que prévue par la loi relative à la lutte
« L’adoption du cadre réglementaire a donné le
contre le fracture numérique, implique de faire une large
véritable coup d’envoi des investissements, en four-
place à une mutualisation des réseaux mobiles, tout en
nissant aux acteurs la
tenant compte des objectifs, plus traditionnels, de
visibilité qu’ils atten-
concurrence et de valorisation du spectre ».
daient. Dans le cadre
ainsi posé, les opéra-
Création d’un groupe des régulateurs
teurs déployant des
postaux européens
Jean-Ludovic Silicani,
réseaux FttH ont publié,
président de l'ARCEP
« Depuis 2008, le secteur postal ressent de façon amplifiée les
en février 2010, leurs
effets de la conjoncture. Les volumes de correspondance baissent
offres relatives aux moda-
d’environ 5% par an, dont 7% pour la publicité. Dans cette conjonc-
lités d’accès à leurs réseaux dans les zones très denses.
ture défavorable, et compte tenu d’un marché encore monopolis-
Puis, ces dernières semaines, voire ces derniers jours, ils
tique, les concurrents de La Poste exercent une pression
ont lancés les premiers appels au co-investissement,
extrêmement limitée. L’ARCEP intervient à son niveau pour limiter
portant, au total, sur plus de 80 communes de ces zones,
les obstacles à l’entrée sur le marché. Mais il n’en demeure pas
et permettant de raccorder, au cours de l’année qui vient,
moins qu’à la veille de son ouverture complète, prévue au 1er janvier
800 000 foyers qui s’ajouteront aux 800 000 déjà raccordés (…). Désormais,
2011, le marché français est l’un de ceux qui, en Europe, ont le moins déve-
on peut sans conteste affirmer que le cycle d’investissement dans la fibre
loppé de dynamique concurrentielle (…).
optique a démarré en France ».
Nous allons resserrer les liens de travail avec les autres régulateurs euro-
« La cohérence géographique des déploiements apparaît également
péens ; le commissaire Michel Barnier vient en effet de faire part de sa déci-
comme une priorité. Elle ne peut être obtenue que par une étroite coordination
sion de créer un groupe des régulateurs postaux européens sur le modèle de
entre opérateurs et collectivités territoriales (…). Mais l’ARCEP a parfaitement
celui qui fonctionne dans les communications électroniques ; nous soutenons
conscience que l’extension de la couverture des réseaux FttH s’étalera sur de
bien sûr cette initiative ».
nombreuses années. Par conséquent, là où la fibre optique n’arrivera pas, en
tout cas rapidement, il faut des solutions alternatives, par exemple ce qu’il est
Les consommateurs, une priorité renforcée en 2010
convenu d’appeler la montée en débit. Il existe en effet des possibilités pour
« L’action en faveur des consommateurs constitue, en 2010, une priorité
mieux utiliser le potentiel de la boucle locale de cuivre existante ».
renforcée et clairement assumée par l’ARCEP car force est de constater que
la situation reste insatisfaisante à bien des égards. Le législateur a d’ailleurs
La 4e licence 3G dynamise le marché
placé des attentes en l’ARCEP en prévoyant qu’elle établisse un rapport sur les
« L’année 2009 a été marquée par un premier temps fort : celui de l’attri-
effets qu’ont pu avoir certaines des dispositions de la loi pour le développe-
bution par l’Autorité à Free Mobile de la quatrième licence de téléphonie de troi-
ment de la concurrence au service des consommateurs, dite loi Chatel. Dans
sième génération (3G), achevant la construction d’un marché mobile à quatre
le rapport qu’elle doit bientôt remettre au Parlement, l’ARCEP analysera les
opérateurs de réseau, comme dans l’ensemble des principaux pays euro-
éventuels freins à la fluidité du marché, en particulier dans la téléphonie mobile.
péens. Cette nouvelle structure de marché devrait permettre une plus grande
L’ARCEP proposera au Parlement des pistes pour améliorer les dispositions de
dynamique concurrentielle, faisant bénéficier les consommateurs d’offres
la loi. Par ailleurs, l’Autorité rendra publiques, à l’automne 2010, des recom-
claires et innovantes à des tarifs compétitifs, notamment à travers une amélio-
mandations plus larges, visant à l’amélioration des relations entre les opéra-
ration des conditions d’accès des opérateurs virtuels (MVNO) »
teurs et les consommateurs ».
Q
Le rapport public d'activité 2009 est disponible sur le site de l'Autorité, en français et en anglais. www.arcep.fr
64R LES CAHIERS DE L’ARCEP G AVRIL - MAI - JUIN 2010

Cahier N2 2010 ARCEP
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Informations
Date : 08/09/2010
Langue : Français
Pages : 64
Consultations : 646
Commentaires : 0
Note :  
Résumé

Editeur : ARCEP


Description : Cette revue trimestrielle présente les dernières tendances du secteur des télécommunications. ARCEP - Cahier N°2 - Avril/Mai/Juin 2010


Tags : Télécoms, revue, chiffres clés

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