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Veille et nouveaux outils d'information

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Bibliothèque numérique de l’enssib
Veille et nouveaux outils d’information
NOËL, Elisabeth
Conservateur des bibliothèques / Service FORMIST
NOËL,  Elisabeth.  Veille  et  nouveaux  outils  d’information. In  DINET,  Jérôme  (coord.),  Usages,
usagers et compétences informationnelles au XXIème siècle. Paris, Hermès, septembre 2008.
Disponible sur : <http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/notice-1688>
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Chapitre X
Veille et nouveaux outils d’information
X.1. Connaitre la veille ?
« Se mettre en veille » ! Le terme de veille évoque, dans le langage courant, cette
expression, qui montre l’ambigüité de sens de ce mot, renvoyant peut-être plus
fréquemment à l’action d’interrompre l’activité d’une machine, de s’arrêter, de se
mettre en attente qu’à celle de surveiller. Et pourtant, la veille dont il est question
ici renvoie bien à la surveillance permanente plus qu’à l’arrêt d’activité, même si
dans les deux acceptions du terme, la veille implique une discrétion certaine, un
défaut d’activité réellement visible. Ainsi, la notion de durée et celle de discrétion
sont communes aux deux sens.
Se mettre en veille, faire de la veille, veiller, surveiller. Il n’est pas difficile, de
ce point, de s’aventurer vers la vigilance, vers la surveillance, voire vers
l’espionnage. Effectivement, cette notion de veille se retrouve proche de notions que
l’on voit se développer comme l’intelligence économique et même la guerre
économique, et croise parfois, selon les contextes et surtout les objectifs, la notion
d’espionnage. Mais veiller n’est pas espionner, veiller utilise des moyens légaux,
des informations disponibles, qu’il s’agit surtout de repérer, et de croiser pour leur
donner un sens.
X.1.1. D’où vient la veille ?
La notion de veille elle-même, dans le sens de surveillance qui est le nôtre ici,
est une notion finalement assez récente qui s’est développée en France
particulièrement depuis la fin des années 1980. Il est alors question de veille

2 Usages, usagers et compétences informationnelles au

XXIème siècle
technologique, lorsqu’est mis en place un « Comité d'orientation stratégique de
l'information scientifique et technique de la veille technologique » auprès du
Ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur. Des déclinaisons du terme
apparaissent peu à peu, pour préciser ou élargir l’objet de la veille : « veille
stratégique », « veille commerciale », « veille juridique », « veille presse », jusqu’à
la « veille informationnelle ».
La notion d’intelligence économique apparait avec la sortie, en 1994, du Rapport
« Intelligence économique et compétitivité des entreprises » du Commissariat
Général du Plan, dit Rapport Martre [MAR 94], qui en donne cette définition :
« L’intelligence économique peut être définie comme l'ensemble des actions
coordonnées de recherche, de traitement et de distribution, en vue de son
exploitation, de l'information utile aux acteurs économiques. Ces diverses actions
sont menées légalement avec toutes les garanties de protection nécessaires à la
préservation du patrimoine de l'entreprise, dans les meilleures conditions de délais
et de coûts. »
Les spécialistes différencient aujourd’hui trois grandes familles de veille :
– La veille technologique (veille industrielle, veille scientifique) correspond à une
surveillance des développements techniques ou scientifiques, des performances de
produits, des résultats de recherche, des applications innovantes, ...
– La veille économique (veille commerciale, veille concurrentielle ou veille
marché) consiste en la surveillance des acteurs de marché, leurs comportements
socioculturels, les stratégies commerciales, les évolutions de marché,...
– La veille réglementaire (veille normative, veille brevets, veille juridique) : se
base sur la surveillance des textes de lois, des normes nationales ou internationales,
des accords commerciaux, des dépôts de brevets, des nouveaux labels de produits, ...
X.1.2. Et où va-la veille ?
Un aperçu des formations universitaires offertes laisse transparaître le sens
donné aujourd’hui au sens de veille. Sans aller jusqu’à une analyse fine des
maquettes et des contenus de formations, un regard sur les libellés des formations
permet de constater que le terme de veille est maintenant associé à, voire remplacé
par celui d’intelligence économique. Sur 96 formations répondant à la simple
requête « veille » dans l’annuaire des formations (tous niveaux) du site l’étudiant1,
il apparait que ce terme est devenu rare, remplacé par l’occurrence devenue plus
fréquente d’intelligence économique.

1 L’étudiant. Annuaire des formations.
http://www.letudiant.fr/etudes/annuaire-enseignement-superieur/formation.html

Veille et nouveaux outils d’information 3
Expressions Nombre
d’occurrences
Veille
1
Veille stratégique
4
Veille technologique
2
Veille d’entreprise
2
Intelligence
34
économique
Figure X.1 Occurrences dans l’annuaire des formations de l’Etudiants
Cette analyse recoupe celle qui peut être effectuée sur des titres parus
récemment. La notion d’intelligence économique se substitue maintenant
majoritairement à celle de veille dans les titres des ouvrages publiés et dans les
articles.
X.1.3. Mais de quoi parlons-nous ?
La veille est définie, selon l’AFNOR [AFN 01] comme une « activité continue
en grande partie itérative visant à une surveillance active de l’environnement
technologique, commercial, etc., pour en anticiper les évolutions », avec une
évolution du sens vers une intégration dans la notion émergente d’intelligence
économique, dont elle est un élément. Et ce, surtout dans le contexte de l’entreprise
et du commerce, pour lesquels la veille est beaucoup plus développée que dans les
institutions de recherche du service public.
« Veille - intelligence économique » donc, mais aussi « Veille - recherche
d’information ». Autre association de terme qui relève de notre propos, car la veille
est souvent confondue avec la recherche d’information. Nombres d’ouvrages
concernant la veille sont en fait des précis, des manuels présentant la méthode de
recherche d’information, sans aller au-delà. Au mieux, ces ouvrages présentent
clairement les quatre étapes essentielles de veille mais la plupart insiste sur la
deuxième de ces étapes, voire ne parle que de cette étape, la recherche
d’information. Ces ouvrages ont contribué au flou conceptuel qui entoure ce terme
de veille.
La veille correspond cependant à un cycle en quatre étapes : le ciblage, la
recherche, l’analyse et la diffusion. Un processus complet, une boucle perpétuelle,
car la veille est aussi une action qui s’inscrit dans la durée. Le veilleur ne fait pas de


4 Usages, usagers et compétences informationnelles au

XXIème siècle
la veille une fois, pour un article ou une communication, pour un projet, pour un
exposé, mais il mène une veille sur un certain temps, qui se définit en fonction de
ses objectifs, sur quelques mois au minimum.
X.1.4 Le cycle de la veille
Les 4 étapes de la veille traditionnellement définies sont :
– le ciblage, qui correspond à une définition précise du sujet de la veille : après
avoir défini le domaine et les axes de recherche sur lesquels la veille doit être
menée (aspects financiers, juridiques, techniques…), il s’agit de choisir les mots-
clés pertinents qui en permettront la surveillance, mais aussi les sources à observer
(surveillance des brevets déposés par telles autres sociétés, analyse des noms de
domaines achetés, des mouvements financiers, des publications scientifiques portant
sur tels sujets), tout cela en fonction des objectifs précis associés à la veille. Les
sources utilisées sont réputées être libres d’accès la plupart du temps (90 % de
l’information utile serait disponible de manière directe) ; néanmoins, elles peuvent
être gratuites ou payantes ;
– la recherche
: c’est la démarche plus traditionnelle de recherche
d’information, démarche qui doit être répétitive, menée selon une fréquence qui sera
définie en fonction des besoins d’information, des outils utilisés et de la nature des
informations. La recherche se fera selon les méthodes traditionnelles de recherche
d’information ;
– l’analyse : la recherche d’information permet d’extraire une masse de données.
Mais encore faut-il trouver du sens à ces données. Les méthodes d’analyse de
l’information permettent, par des techniques bibliométriques en particulier, de faire
parler les ressources repérées ;
– la diffusion : les informations trouvées doivent être recoupées, analysées et
structurées puis ensuite être diffusées vers les personnes qu’elles sont susceptibles
d’intéresser.
Les deux premières étapes, le ciblage et la recherche, sont généralement bien
représentées, tant dans les ouvrages sur la veille que dans la mise en œuvre concrète
du processus de veille dans les établissements. Cependant, l’analyse et la diffusion
sont souvent mal orchestrées, et d’ailleurs mal décrites dans les publications.
X.1.5. Qui fait de la veille ?
Normalement, et surtout en la prenant dans le sens de veille stratégique, de veille
technologique ou d’intelligence économique, la veille est essentiellement mise en
place dans des entreprises, des organismes de recherche privés. Elle semble peu

Veille et nouveaux outils d’information 5
présente dans les institutions publiques, même si des cellules de veille peuvent y être
repérées. Il semble que dans ces entreprises privées, le cycle soit plus complet que
dans les institutions publiques, car plus stratégiques sûrement.
Cependant, si on assimile la veille essentiellement à la recherche d’information,
il est évident qu’elle s’inscrit alors réellement dans la démarche informationnelle qui
se doit d’être constante chez les chercheurs, les étudiants, les enseignants. Elle
déborde alors de ses acteurs traditionnels. Il est donc intéressant de voir comment
elle est mise en œuvre, avec quels outils spécifiques et si l’apparition de ce qui est
communément appelé le « web 2.0 » modifie son application quant aux outils et aux
acteurs.
X.2. Évolution actuelle des outils
Au-delà de la définition même de la notion de veille, intéressons-nous
maintenant aux manières de la mener. La veille est en effet une procédure qui
utilise des outils variés, dédiés ou non à ces fonctions.
X.2.1 Outils et logiciels traditionnels pour la veille
Il existe tout une gamme d’outils qui permettent de mener une veille, outils la
plupart du temps dédiés à l’une des quatre étapes que nous avons vues
précédemment, même si certains outils peuvent couvrir plusieurs étapes voire
l’ensemble du cycle.
X.2.1.1. Le ciblage
C’est ainsi que nous allons trouver des outils de « sourcing », permettant de
mieux définir le ciblage. Ce ne sont pas eux qui permettront de définir les axes
stratégiques à surveiller, ou les mots clés importants, ce travail reste à opérer,
néanmoins ils aident une fois ces choix faits, à trouver les meilleures sources
d’information. Font généralement partie de cette catégorie les :
cartes heuristiques ou cartes conceptuelles (mind mapping), qui permettent
de noter des relations, d’associer des concepts. Très opératoires en phase amont, lors
de la définition d’un sujet de recherche, elles permettent une phase de brain
storming.
Des logiciels comme Freemind (logiciel libre et gratuit,
http://freemind.sourceforge.net/wiki/index.php/Main_Page) et Mindmanager
(logiciel propriétaire et payant, http://www.mindjet.com/fr/) en sont de parfaits
exemples ;


6 Usages, usagers et compétences informationnelles au

XXIème siècle
outils de gestion de signets, qui permettent ainsi de conserver des listes de
sites à interroger. AcqUrl (logiciel gratuit, http://www.acqurl.com/) permet ainsi
d’organiser très précisément des signets

Figure X.2. Copie d’écran du logiciel AcqURL
(source AcqURL, http://www.acqurl.com/acqscr.php )
X.2.1.2. La recherche
La collecte de l’information concerne des sources de types variés :
– des sources électroniques, disponibles gratuitement ou non : pages web,
forums, revues en ligne, bases bibliographiques électroniques,…
– les médias traditionnels, principalement la presse et surtout la presse
spécialisée, que ce soit sous forme papier ou électronique,
– les sources humaines, qu’il ne faut pas négliger, c’est-à-dire toute les données
qui peuvent être collectées lors de rencontres avec des collègues, d’entretiens avec
des spécialistes ou des experts, à l’occasion de salons, de colloques ou d’échanges
informels.

Veille et nouveaux outils d’information 7
Il est clair que les ressources électroniques gagneront à être interrogées de
manière automatisée. Les outils utilisés à ces fins effectuent une surveillance selon
les critères définis par l’utilisateur : requête pour l’interrogation, source à consulter,
périodicité d’interrogation. Certains de ces outils peuvent aller jusqu’à des
interrogations très évoluées de sources parfois complexes et proposent des
fonctionnalités qui peuvent être appréciables comme le dédoublonnage ou
l’extraction automatique de notions importantes.
On a l’habitude de faire entrer dans cette catégorie d’outils :
– les agents de surveillance : ils examinent un ensemble de ressources en ligne
(sites Internet, forums, listes de diffusion) d’après une liste fixe et signalent les
modifications sur ces ressources (comparaison du contenu des pages entre deux laps
de temps) ; les outils se distinguent par les possibilités de paramétrage : finesse dans
le choix de la périodicité, l’analyse de certaines balises sur les pages… Website
watcher (logiciel gratuit en version d’essai, http://www.aignes.com/ ) en est un
représentant type ;
– les agents de recherche : ils lancent régulièrement des requêtes, qui peuvent
être plus ou moins évoluées (par exemple, ils peuvent aller jusqu’à interroger par
des interrogations complexes des bases accessibles après identification sur mot de
passe), et ils traitent les résultats (dédoublonnage, ordonnancement des résultats).
Copernic Agent est un des agents de recherche les plus répandus (logiciel gratuit en
version basic, http://www.copernic.com/fr/). Il faut ici mentionner la possibilité de
créer des alertes avec Google ;
– les aspirateurs de sites : ils recopient les pages d’un site sur l’espace de
stockage désiré, en entrant plus ou moins en profondeur à l’intérieur du site, et
peuvent en analyser les modifications. Wisigot (logiciel gratuit en version light,
http://www.wysigot.com/fr/) fait partie de cette famille.


8 Usages, usagers et compétences informationnelles au

XXIème siècle

Figure X.3. Copie d’écran d’une page Yahoo capturée par le logiciel Wysigot,
(source Wysigot, http://www.wysigot.com/fr/screenshots.html)
X.2.1.3. L’analyse
La récolte effectuée, le veilleur se trouve confronté à une masse énorme
d’information. Comment en extraire les données essentielles ?
Certains outils peuvent aider à cette tâche :
– les outils de classification et de catégorisation permettent de générer
automatiquement des plans de classement ou des dossiers thématiques, en déduisant
à partir des occurrences des mots les thèmes principaux et en organisant les
informations à l’intérieur de ces dossiers. La technologie proposée par Vivisimo
(http://vivisimo.com/) est très représentative de ce fonctionnement. On parle aussi
de clustérisation ;

Veille et nouveaux outils d’information 9

Dossiers thématiques
générés automatiquement
en fonction des résultats
de la requête

Figure X.4. Exemple avec la recherche « Avian flu » (source Vivisimo
http://demos.vivisimo.com/search?&query=Avian+Flu&v:project=vvls-demo)
– les outils de résumés automatiques : ces outils définissent automatiquement,
en fonction de leur position en général, les éléments essentiels d’un texte et les
extraient, pour les présenter sous une forme plus ou moins condensée. Copernic
Summarizer permet de tester cette fonctionnalité dans sa version d’essai
(http://www.copernic.com/fr/products/summarizer/index.html). Les traducteurs
automatiques peuvent être signalés, mais ces deux catégories d’outils produisent des
résultats très bruts ;


10 Usages, usagers et compétences informationnelles au
XXIème siècle

Figure X.5. Le rapport Attali, résumé en 250 mots avec Copernic Summarizer.
– il existe aussi des outils d’extraction de connaissances, d’analyse de contenu,
comme Wordmapper (http://www.grimmersoft.com/Wordmapper-s-56.html) censés
permettre d’extraire l’information essentielle dans une masse d’information non
structurée. Les techniques de text mining (ou fouille de textes) qui sont alors
utilisées facilitent, sur la base d’une analyse sémantique, le traitement des textes et
extraient, à partir de données hétérogènes et non structurées, de l’information en y
apportant du sens.
Au-delà de ces outils d’analyse, il restera essentiel de qualifier les informations
retrouvées, c’est-à-dire les évaluer : vérifier leur véracité, évaluer leur intérêt et leur
qualité (l’information est-elle complète, suffisante ?), ce qui peut difficilement se
faire de manière automatique. L’humain reste essentiel.
X.2.1.4. La diffusion
Pour la diffusion des résultats de la veille, les outils traditionnels de
communication sont valables. Messagerie électronique, newsletters sont les plus
faciles à utiliser. Les moyens électroniques sont sans contexte très faciles
d’utilisation, d’autant que de nombreux documents sont directement produits sous
cette forme. L’intranet trouve ici aussi une place essentielle.
On voit cependant apparaître des stratégies plus développées pour cette
diffusion, via des blogs ou des outils collaboratifs, sur lesquels nous reviendrons.

Veille et nouveaux outils d’information 11
X.2.2. Des outils spécifiques à la veille sont-ils nécessaires ?
Nous avons ici détaillé quelques outils, parmi ceux disponibles, utilisables pour
chaque étape de la veille, et qui ne sont pas toujours dédiés à cette fin. Il faut
cependant remarquer qu’il existe quelques outils spécifiquement développés pour
cela, et même certains qui sont capables de couvrir l’ensemble du processus de
veille. Des progiciels de veille payants, comme Digimind (http://www.digimind.fr/)
permettent de couvrir une ou plusieurs de ces étapes, en fonction des besoins de
chaque établissement.
Une étude sur les pratiques actuelles de veille en entreprises [SCH 07] montre
que même dans le cadre d’une veille stratégique, et alors que des moyens humains et
financiers existent, peu d’outils spécifiquement dédiés à cet usage sont finalement
utilisés : les entreprises bricolent plutôt avec des outils très classiques, comme les
moteurs généralistes et les métamoteurs pour la recherche, le courrier électronique
pour la diffusion. Malgré ces pratiques et une performance faible constatée, 76 %
des responsables de veille s’estiment satisfaits des résultats de leur cellule de
veille2.
On peut alors supposer que de tels dispositifs de veille peuvent :
– être adoptés en dehors du contexte de l’entreprise, par exem e dans cel
pl
ui de
l’université, par les chercheurs ou, pourquoi pas, par les étudiants ;
– être améliorés par l’utilisation de nouveaux outils comme ceux du web 2.0.
Nous allons donc maintenant envisager ce que l’évolution des outils
informatiques peut apporter à la veille, et comment la veille peut être e
m née de
manière plus généralisée par les enseignants, des chercheurs, des étudiants.
X.2.3. De nouveaux outils avec le web 2.0
Internet était déjà inclus dans la pratique des veilleurs, aussi bien pour la
recherche de sources que pour les outils qu’il rend disponibles. Or Internet vient de
connaitre une évolution, celle du web 2.0, censé placer l’utilisateur au centre des
interactions. Nous allons donc voir quelle
nnalités issues de ce term
s fonctio
e à la
mode peuvent être utiles dans le cadre de la veille.
Tim O’Reilly [ORE 05] qui a
é
cré
ce terme en aout 2004, a donné les
caractéristiques suivantes3 du web 2.0 :
1- le web en tant que plate-forme ;

2 A noter cependant que les auteurs du rapport précisent que « la question [est] par nature
assez biaisée lorsqu’elle est directement posée au responsable d’une cellule de veille ».
3 Traduction française, http://www.eutech-ssii.com/ressources/view/1


12 Usages, usagers et compétences informationnelles au
XXIème siècle
2- tirer parti de l'intelligence collective ;
3- la puissance est dans les données ;
4- la fin des cycles de release4 ;
5- des modèles de programma i
t on légers ;
6- le logiciel se libère du PC ;
7- enrichir les interfaces utilisateur.
Au-delà du phénomène de mode, du terme dont le marketing s’est emparé, il faut
essentiellement retenir que le web 2.0 (appelé ainsi en référence à la numérotation
des logiciels) est un web qui propose une plate-forme accessible de partout pour des
services informatiques plus interactifs, offerts librement à des usagers qui
constituent des réseaux et fournissent les données. Le partage de ces données, la
personnalisation des services en sont les maitres mots, donnant souvent l’impression
que l’utilisateur est au centre des préoccupations. Le web « 1.0 », lui, proposait des
sites statiques utilisés pour publier, diffuser ou chercher des informations, sites que
l’on pouvait juste consulter.
Techniquement, ce nouveau web s’appuie sur des «
web services
» qui
simplifient la communication et l’échange de données entre des applications et des
systèmes hétérogènes. Ce qui permet d’améliorer les interfaces des utilisateurs, et
autorise ainsi une appropriation beaucoup plus facile du web, créant de nouveaux
usages dans l squel
e
s le partage d’information et les réseaux sociaux sont
prépondérants.
Concrètement e
, l s applications web 2.0 les plus significatives sont les suivantes
X.2.3.1. Les blogs
Ces sites web sont constitués de billets (post) classés de manière
antéchronologique. La publication y est généralement facilitée par des logiciels qui
en simplifient l’administration, comme Wordpress (http://www.wordpress-
fr.net/telechargements) ou Dotclear. (http://www.dotclear.net/). Ils peuvent être
aussi ouverts très facilement sur des sites de blogs (Wordpress toujours,
http://www.wordpress-fr.net/, Blogspirit, http://www.blogspirit.com/fr/…).
L’organisation antéchronologique permet d’avoir toujours l’information la plus
récente directement consultable. Pour retrouver d’une autre manière les billets,
ceux-ci peuvent se voir définis par des mots-clés, nommés tags, librement attribués
par l’auteur du billet, ou rentrés dans des catégories qu’il aura prédéfinies et qui
permettront de classifier les billets.

4 Release, qui en anglais signifie « libération », est un terme utilisé pour parler des versions
des logiciels, qui se suivent.

Veille et nouveaux outils d’information 13
Les lecteurs du blog peuvent proposer des commentaires pour chaque billet, ce
qui permet d’entretenir une certaine interactivité entre auteurs et internautes.
L’auteur propose aussi un blogroll, c’est-à-dire une liste de blogs, ou de sites vers
lesquels le blogueur établit des liens.
X.2.3.2. Les fils RSS :
L’explosion des blogs a généralisé les fils RSS, fichiers au format XML générés
automatiquement à une adresse fixe (celle du « fil RSS ») qui sont mis à jour à
chaque création d’un nouveau billet. Les blogs ne sont pas les seuls à proposer des
fils RSS, certains logiciels comme Spip, logiciel de gestion de contenu, les
proposent aussi de manière native. Mais l’explosion du nombre de blogs a vu
s’accroitre les fils RSS, et par-là les outils pour les exploiter et leur usage.
Les fils RSS peuvent être utilisés de plusieurs manières :
– pour suivre des actualités, en s’abonnant à ces fils via des outils de plus en plus
élaborés ;
– en intégrant ces fils RSS dans des pages web, ce qui constitue la syndication.
X.2.3.3. Les outils collaboratifs
Les outils collaboratifs se sont eux-aussi développés, le web comme plate-
forme facilitant le partage d’information et le travail à plusieurs. Pratiquement tous
les types d’applications informatiques trouvent en effet maintenant leur déclinaison
en ligne : se sont ainsi développées de véritables suites logicielles en ligne :
Zoho (http://www.zoho.com/) propose en ligne de nombreuses applications de
bureautique traditionnelle (traitement de texte, tableur,…) mais aussi d’autres
applications comme la messagerie, la gestion de projet…
ThinkfreeOffice (http://www.thinkfree.com/), suite bureautique en ligne,
comprenant l'équivalent de Word, PowerPoint, et Excel.
Google, pour les utilisateurs qui ont un compte Gmail,(service de messagerie
de Google) offre aussi de nombreuses possibilités
: googledocs
(http://docs.google.com/) pour la bureautique en ligne, agenda…
Des outils d'analyse et de visualisation de l'information se développent aussi en
ligne : ManyEyes (http://services.alphaworks.ibm.com/manyeyes/app), Touchgraph
(http://www.touchgraph.com/). Ces outils traduisent des données de type varié sous
forme visuelle.


14 Usages, usagers et compétences informationnelles au
XXIème siècle

Figure X.6. L’expression « web 2.0 » sur Touchgraph.
Les fonctionnalités de ces applications permettent de partager les documents
réalisés et aussi de travailler à plusieurs, en même temps, sur ces documents. Ce
principe est celui des wikis, emblématiques du web 2.0.
X.2.3.4. Les wikis
Le wiki est en fait un simple site web pour lequel les fichiers ne sont pas
protégés en écriture. Ainsi, chacun peut accéder à chaque fichier et y apporter
librement des modifications. Les interfaces d’utilisation des wikis se sont
grandement améliorées, et permettent maintenant une prise en main plus facile.
Créée en 2001, Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/) en est l’exemple le plus
connu ; cependant qui dit wiki ne dit pas encyclopédie Ces outils facilitent
grandement l’écriture collaborative et sont très efficaces dans le cadre de projets en
groupe.
X.2.3.5. Le partage de données
Le partage de données est aussi un élément essentiel du web 2.0. Les diaporamas
peuvent être mis en ligne sur des sites comme Slideshare
(http://www.slideshare.net/), les photos sont présentées sur Flickr

Veille et nouveaux outils d’information 15
(http://www.flickr.com/), les vidéos sur Youtube (http://fr.youtube.com) ou
Dailymotion (http://www.dailymotion.com/fr). L’information devient citoyenne
avec Agoravox (http://www.agoravox.fr/).
Les signets sont maintenant directement en ligne, avec des applications comme
Del.icio.us (http://del.icio.us/), Furl (http://www.furl.net/) ou même Connotea
(http://www.connotea.org/) pour des liens vers des références à des articles
scientifiques.

Figure X.7. Del.icio.us (http://del.icio.us/) : sauvegarde de l’article de Tim O’Reylly
Sont visibles les notes d’utilisateurs sur cet article, les tags associés et les comptes
d’utilisateurs qui ont enregistré ce lien.
Del.icio.us permet ainsi d’enregistrer facilement toutes les adresses de liens que
l’utilisateur veut conserver, et d’y associer des tags, mots-clés personnels. Mieux, il
permet aussi de voir quel autre internaute à enregistré le même lien, les mots-clés
qui y ont été associés, et ensuite de naviguer parmi les liens publics d’autres
utilisateurs. Des fils RSS sont aussi associés à Deli.icio.us, et permettent de
s’abonner aux signets enregistrés par un internaute ou en relation avec un ou
plusieurs tags.


16 Usages, usagers et compétences informationnelles au
XXIème siècle
Sur le registre du partage encore sont apparus des sites avec lesquels il est
possible d’indexer sa bibliothèque particulière, comme Babelio
(http://www.babelio.com/) ou LibraryThings (http://www.librarything.com/). Près
de 25 millions d’ouvrages y sont d’ores et déjà signalés, et on y retrouve de
nombreuses fonctionnalités de web 2.0 présentes sur d’autres sites de partage.

Figure X.8. Les fleurs du mal de Baudelaire, décrites dans LibraryThings
(http://www.librarything.com/).
Sont accessibles les tags associés, les collections où il se trouve,…
On trouve ici les recommandations de listes d’ouvrages possédés par des
internautes qui ont ce livre, d’autres ouvrages écrits par le même auteur, des liens
vers des pages web en liens avec le document concerné. Des sites commerciaux
comme Amazon ont fait leur force de ce système de recommandations, rappelant les
dernières pages consultées par l’internaute et suggérant à l’achat des ouvrages
similaires (« Les clients ayant acheté cet article ont également acheté » ou « Les
clients ayant consulté cet article ont également regardé
») ainsi que des
commentaires et des critiques des lecteurs.
Les tags et nuages de mots-clés sont presque systématiques dans les
applications de partage du web. Il s’agit là d’une indexation par l’utilisateur, donc
proche d’une indexation libre, naturelle, sûrement plus proche des besoins des

Veille et nouveaux outils d’information 17
utilisateurs mais pas contrôlée, elle n’est donc pas à l’abri de fautes d’orthographe et
de subjectivité.
X.2.3.6. Les agrégateurs
Enfin, le RSS est presque systématisé sur toutes ces applications et permet de
disposer de manière personnalisée des informations les plus récentes dans des
agrégateurs de fils RSS, qui permettent d’organiser et de gérer les abonnements à
ces fils, et de les consulter de manière simple. Ces applications peuvent être
consultables en ligne comme Bloglines (http://www.bloglines.com/), intégrées au
navigateur Internet par exemple avec les signets ou marque-pages ou à la
messagerie, via des plugins, petits programmes installés dans le logiciel, ou sur des
portails personnalisés.
X.2.3.7. La personnalisation
Ainsi apparait une des dernières grandes spécificités : la personnalisation. En
effet, des applications de plus en plus nombreuses permettent à chaque utilisateur
inscrit de paramétrer assez finement SA page d’accueil, et de choisir les modules
intégrés et leur position dans la page.
C’est le cas d’IGoogle (http://www.google.fr/ig?hl=fr) et surtout de Netvibes
(http://www.netvibes.com/), qui autorise ainsi l’intégration de modules de
messagerie Yahoo !, Google et autres, qu’il suffit de paramétrer avec son compte
personnel, pour rassembler ses comptes en un seul endroit. De très nombreux autres
modules sont disponibles, et permettent de rassembler les données de toutes les
applications vues précédemment en un seul endroit.


18 Usages, usagers et compétences informationnelles au
XXIème siècle

Figure X.9. Netvibes (http://www.netvibes.com/),
page personnalisable avec ses modules à gauche
Ceci est un panorama bref et qui ne se veut pas exhaustif de certains outils
emblématiques de ce web 2.0. Mais il ne s’agit pas de céder à la mode, car ces outils
peuvent très bien servir notre propos, dans une démarche de veille d’information.
Même, ils facilitent la veille, qu’elle soit personnelle ou menée dans le cadre d’une
entreprise. En effet, ces applications ont comme caractéristiques d’être très réactives
et très rapidement mises à jour, d’être facilement consultables car disponibles à tous
(en général les profils sont public par défaut), la recherche y est facilitée par les tags
et la diffusion simplifiée par les fils RSS.
X.2.4. Une veille 2.0 ?
Voici une masse d’outils. Mais quoi en faire ? sont-ils vraiment utiles ? à qui ?
permettez-moi une réponse : oui, ils favorisent réellement la veille, dans toutes ses
étapes.
X.2.4.1. Le ciblage
Les outils de ciblage signalés plus haut peuvent maintenant être utilisés sur des
plates-formes en ligne, et spécifiquement avec des outils collaboratifs. Ainsi, il

Veille et nouveaux outils d’information 19
existe des outils de mindmapping en ligne, permettant de créer des cartes
heuristiques à plusieurs, comme sur Mindomo (http://www.mindomo.com/).
La multiplication d’outils de partage et la folksonomie (la classification
subjective mise en place avec les tags) permet de repérer, à la fois des concepts
émergents, mais aussi des ressources, des sites, des articles qui auraient pu échapper
à la démarche de recherche d’information traditionnelle. Le web facilite en effet la
sérendipité, c’est-à-dire le fait de trouver par hasard quelque chose d'intéressant, en
cherchant autre chose. Le ciblage trouve avec ces outils un nouveau développement.
C’est surtout la mise à disposition de ses données par l’ensemble d’une communauté
qui va changer la manière de repérer les sources et de les choisir. Les outils de
cartographie de l’information participent aussi de cette démarche.
La définition des axes de veille reste cependant à opérer de manière stratégique
par les utilisateurs.
X.2.4.1. La recherche
Les fils RSS deviennent une source indiscutable pour la collecte de
l’information récente. Des sites web de plus en plus nombreux, au-delà des blogs,
mettent des fils à disposition. Ainsi, une recherche dans une base de données
bibliographiques peut faire l’objet d’une alerte et être diffusée par ce système, qui
vient alors remplacer la classique diffusion sélective d’information (DSI).

Figure X.10. Liste des fils RSS proposés par l’éditeur Nature


20 Usages, usagers et compétences informationnelles au
XXIème siècle
Certains éditeurs diffusent ainsi la liste de leurs nouvelles publications. Ces fils
RSS permettent aussi de consulter les tables des matières des revues, comme
Nature, qui propose un fil pour la plupart de ses publications

(http://www.nature.com/webfeeds/index.html) ou EDP Sciences
(http://www.edpsciences.org/index.cfm?id_langue=1&niv1=rss).
Le sénat propose aussi des fils RSS (http://www.senat.fr/rss/index.html) pour
suivre l’actualité de ses publications, des projets de lois, des communiqués de
presse, tout comme le site de la documentation française
(http://www.ladocumentationfrancaise.fr/nous-connaitre/aide-rss.shtml).

Figure X.11 Liste des fils RSS proposés sur le site du Sénat
Les actualités des agences de presses comme l’AFP
(http://www.afp.com/english/rss/) ou Reuters (http://www.reuters.com/tools/rss),
mais aussi les nouveautés pour tout autres types de contenu (météo, bourses,
documentation) peuvent être suivies de cette manière. De même, des moteurs de
recherche et des annuaires spécifiques au RSS se sont constitués, comme le
« College and University Feed Directory » (http://directory.edufeeds.com/).
Ainsi, le fil RSS est loin d’être un simple gadget mais se révèle indispensable
dans le cadre d’une veille.

Veille et nouveaux outils d’information 21
Si les agrégateurs permettent de mieux gérer cette masse d’informations, on aura
pris soin de ne s’abonner qu’aux fils RSS les plus originaux, c’est-à-dire ceux qui
diffusent de l’information primaire : long billet d’analyse rédigé par des bloggeurs
spécialistes de sujets qui nous concernent, fils des éditeurs et producteurs… En
effet, de plus en plus de billets de blogs ne se font que l’écho de ce qu’ont relaté les
plus influents. Autant s’efforcer d’aller directement à la source et éviter la pollution
informationnelle.
X.2.4.3. L’analyse
Si la collecte est facilitée, l'analyse de ces nouvelles sources d'information reste
problématique, car l’étape du traitement reste malgré tout complexe. Par contre,
c’est l’intelligence collective, la culture de la collaboration induite par le web 2.0
qui va permettre de répartir l’analyse à travers les experts et leurs points de vue, à
travers les commentaires, les échanges entre blogs, les analyses s’affinent, se
confrontent, s’argumentent, se développent. Ce sont donc les aspects collaboratifs et
les réseaux sociaux qui peuvent ici aider à enrichir l’information.
Par contre, l’étape de validation de l’information reste primordiale ici, car le web
2.0 est un vecteur essentiel d’opinion, plus que d’information. Il s’agit de vérifier
l’exactitude des informations diffusées, de remonter à la source de celles-ci,
d’évaluer l’autorité scientifique et intellectuelle des auteurs.
X.2.4.4. La diffusion
Enfin, ces outils sources d’informations favorisent aussi grandement la diffusion,
bien sûr. Il est devenu très facile de publier ses réflexions. Les blogs, par leur
simplicité, deviennent des vecteurs essentiels de la diffusion d’opinion.
En fait, les outils du web 2.0 ont aussi facilité le développement de portails de
veille, des établissements proposant en effet de plus en plus une offre vers leur
public, en particulier avec les univers Netvibes. Ainsi la documentation française a
créé son propre univers, c’est-à-dire un portail personnalisé dans lequel ont été
regroupées et structurées des informations à partir de modules Netvibes. Ces choix
peuvent être ajoutés à la page d’un internaute, ou cet univers peut être utilisé comme
portail de démarrage et personnalisé. Ce portail génère lui-même des flux RSS.


22 Usages, usagers et compétences informationnelles au
XXIème siècle

Figure X.12 Univers Netvibes de la documentation française
(http://www1.netvibes.com/ladoc)
X.2.4.5. Un cas de veille illustré
Concrètement, tous ces outils facilitent la veille, en un cercle vertueux ou
« cercle vicieux », selon l’expression de Manue, bibliothécaire blogueuse auteur de
Figoblog (http://www.figoblog.org/), qui résume très bien comment sa démarche de
veille s’alimente et se structure à travers les outils [MAN 05]. Les fils RSS
s’ajoutent dans l’agrégateur, et submergent l’abonné sous une foule d’informations,
qu’il faut trier, analyser. Ces informations sont stockées via l’agrégateur, les
informations trouvées ailleurs sur le web sont enregistrées et commentées sur
del.icio.us, et intégrées dans l’agrégateur par le fil RSS de cette application.
« Mon agrégateur devient le cœur de la veille, il permet de la centraliser et de
l’organiser dans une seule interface, ce qui représente un gain de temps
inestimable ».
« Organiser ma veille, me forcer à écrire des synthèses de ce que je lisais et à
organiser cette masse d’informations collectée était mon but premier. »
« Ainsi mon blog est devenu un compagnon de travail essentiel, le souvenir de
toutes les informations accumulées, correctement ordonnées et commentées, vers
lesquelles je peux me retourner à tout moment et où que je sois… »

Veille et nouveaux outils d’information 23
Ce témoignage se suffit à lui-même. Les outils ont évolués, se sont améliorés
depuis 2005 pour plus de puissance et de facilité.
X.3. Une veille pour tous et par tous ?
X.3.1. Des risques à ne pas négliger
Les avantages du web 2.0 paraissent indiscutables. Il rend plus disponible une
information plus riche, en y ajoutant une dimension collective. Mais chaque
innovation présente ses avantages et ses inconvénients. Voici quelques écueils à
éviter.
X.3.1.1. L’illusion numérique
Les outils du web 2.0 ne résolvent pas tous les problèmes. Ainsi, même si une
masse importante d’information se diffuse sur les réseaux, tout n’est pas en ligne,
sans parler ici du web invisible, c’est-à-dire ce qui est disponible en ligne mais qui
n’est pas visible par les moteurs de recherche (par exemple, les bases de données
commerciales).
Les ressources traditionnelles de la veille que sont les revues papier, les contacts
humains restent essentielles.
X.3.1.2. La mésinformation
Le web 2.0, en facilitant la publication, permet de multiplier les moyens
d’information à notre disposition, mais la surabondance crée la redondance. Peu
d’auteurs proposent une idée nouvelle, la plupart reprennent ce qu’ils ont vu ou lu
ailleurs, parfois en le déformant.
Il est donc nécessaire d’être attentif à l’évaluation de l’information et savoir
gérer cette masse, au risque de l’infobesité.
X.3.1.3. Les droits d’auteurs
La réutilisation, par la syndication de fils RSS ou par le partage de nombreux
documents sur les sites de partage pose de manière encore plus forte les questions de
droits d’auteurs. Des licences comme les « creative commons5 » permettent de
donner quelques réponses, en précisant à l’avance les usages de son œuvre que
l’auteur autorise, mais elles ne résolvent pas tout.

5 http://fr.creativecommons.org/


24 Usages, usagers et compétences informationnelles au
XXIème siècle
Il faut être conscient qu’il est possible de restreindre l’accès aux documents mis
en ligne uniquement aux personnes désirées et invitées. Sinon, par défaut elles
risquent d’être rendues disponibles à toute la communauté web, et des photos
déposées sur Flickr peuvent être vues par tous et réutilisées.
X.3.1.4. L’utilisation des données personnelles
Les applications du web 2.0 demandent quasiment systématiquement d’être
inscrit puis identifié pour accéder aux services proposés. Il faut donc diffuser des
informations personnelles (mail, nom, compétences, intérêts). Ensuite, il faut
généralement se créer un profil, reflet de ses centres d’intérêt et de ses goûts. Or,
tout le monde ne souhaite pas que ses collègues connaissent son parcours scolaire,
ses préférences sexuelles, les lectures qu’il fait ou les amis qu’il fréquente.
Par ailleurs, les applications échangent des données entre elles, et ces données
personnelles peuvent constituer un moyen de cibler de manière précise et efficace
des publicités commerciales. D’où la nécessité d’être attentif à la gestion de son
identité numérique.
X.3.1.5. Evolution et pérennité des services
Le web 2.0 est un énorme bouillon d’expérimentation, dans lequel se créé
chaque jour de nouveaux outils, de nouveaux services, qui restent ensuite en
constante évolution, généralisant l’état « béta »6. Il est bien difficile de suivre leur
évolution, l’application pouvant se révéler très décevante à son apparition mais
finalement beaucoup plus riche voire indispensable quelques mois plus tard.
Par ailleurs, les applications qui réussissent sont l’objet de nombreuses
tractations financières entre les géants de l’informatique (Google, Yahoo ! et
Microsoft essentiellement). Les informations entrées deviennent alors la propriété de
ces mastodontes. Les données peuvent aussi ne plus être accessibles, si le service
ferme ou disparait.
Il est donc indispensable de rester vigilant. L’utilisation du web nécessite
certaines compétences qui ne sont pas toujours répandues.

6 Théoriquement la version « béta » est la pré-version d’un logiciel, pas commercialisée car
pas stable. Mais Google par exemple maintient ses services dans cet état : ainsi Google
Scholar (http://scholar.google.fr/) est proposé en version béta depuis son origine, c’est-à-dire
depuis novembre 2004.

Veille et nouveaux outils d’information 25
X.3.2. Quelles compétences pour la veille 2.0 ?
On a vu qu’avec ces outils, le processus de veille est en fait redistribué parmi
tous les acteurs de l’information. Ainsi, la veille peut sembler ne plus être l’apanage
de professionnels et être accessible à tout-un-chacun. La veille reste cependant un
métier, en tout cas elle nécessite des compétences précises.
Cependant, en dehors de la mise en place d’une veille purement stratégique, telle
qu’elle a été abordée au début de cet article, les différentes étapes de la veille
peuvent facilement et de manière profitable être mise en place par les chercheurs, les
enseignants, les étudiants. Ils le font d’ailleurs naturellement, mais comme ils
pratiquent naturellement la recherche d’information : mal, croyant que Google suffit
[UCL 08].
Des compétences informationnelles spécifiques autour de la veille doivent donc
être développées. Il est facile d’adapter celles déjà bien décrites dans le référentiel
de l’ACRL [CRE 05] ou dans les « éléments pour une formation » proposés par le
réseau FORMIST en 2006 [FOR 06]. En effet, comme on l’a déjà vu, la veille est
essentiellement un processus de recherche d’information sans cesse renouvelé, à
travers des étapes fixes. Les compétences autour du choix des outils, du choix de la
stratégie de recherche, de l’évaluation des sources, de la communication et de la
diffusion ne sont donc pas originales. Il devient surtout essentiel de savoir repérer et
s’approprier de nouveaux outils.
Ainsi, la formation à la recherche d’information doit pouvoir intégrer les outils
du web 2.0, la recherche dans les blogs, l’utilisation des fils RSS pour la veille, la
gestion de l’identité numérique et des traces laissées, sans substituer ces concepts
aux apports plus traditionnels sur la recherche dans les bases de données et par les
moteurs de recherche.
X.4. En guise de conclusion
La compétence de veille doit maintenant être développée auprès de tous les
acteurs du monde scientifique et des étudiants auxquels elle est et sera
indispensable, aussi bien dans le cadre de leurs activités scientifiques, de leurs
études que dans leur vie professionnelle,. Les URFIST (Unités régionales de
Formation à l’Information Scientifique et Technique)7 et les SCD (Services
Communs de la Documentation) œuvrent déjà en ce sens, à travers les formations

7 Les URFIST ont pour mission de « former le personnel des bibliothèques ainsi que le public
universitaire (étudiants de 3e cycle et enseignants) à l’information scientifique et technique,
et plus généralement les sensibiliser aux nouvelles technologies de l’information. ». Voir leur
blog collaboratif : http://www.urfist.info/


26 Usages, usagers et compétences informationnelles au
XXIème siècle
qu’ils dispensent. Les URFIST proposent des formations pointues dans le domaine
de l’information scientifique et technique, sous forme de stages, et accueillent
volontiers les étudiants de master et doctorat. La veille et l’évolution des outils de
recherche d’information font partie de leur catalogue. Ces organismes cependant ne
peuvent couvrir l’ensemble des besoins, n’étant que sept en France. Cependant, ils
proposent en ligne des ressources pédagogiques de qualité.
Les Services Communs de la Documentation, quant à eux, ont mis en place de
très nombreuses formations à l’information. La thématique de la veille y est
généralement abordée à partir du niveau Maitrise (M1). Cependant, ces formations
restent elles-aussi trop peu nombreuses, trop courtes pour pouvoir couvrir de
manière détaillée ces notions.
Malgré tous les efforts des professionnels de l’information, étudiants et
chercheurs restent donc trop souvent dans l’ignorance des possibilités des outils de
la veille, La difficulté ici est surtout, pour eux, d’identifier un manque dans leurs
propres compétences, d’énoncer un besoin non exprimé.

Bibliographie
[AFN 01] AFNOR. Norme expérimentale XP X 50-053 « Prestations de veille et prestations
de mise en place d’un système de veille ».in HERMEL LAURENT, Maîtriser et pratiquer la
veille stratégique. Paris, Afnor, 2001.
[CRE 05] CREPUQ (trad.). Norme sur les compétences informationnelles dans
l’enseignement supérieur de l’Association of College & Research Libraries (ACRL), 2005.
http://www.crepuq.qc.ca/IMG/pdf/normeacrl-web-03-05-v4.pdf
[FOR 06] FORMIST. Maîtrise de l’information des étudiants avancés (master et doctorat) :
Eléments pour une formation, juin 2006.

Veille et nouveaux outils d’information 27
http://formist.enssib.fr/documents/Maitrise_de_l%E2%80%99information_des_-n-6593-r-38-
t-typdoc.html#
[JAK 90] JAKOBIAK FRANÇOIS. Pratique de la veille technologique. Les Éditions
d’Organisation, 1990.
[JAK 04] JAKOBIAK FRANÇOIS. Intelligence économique : la comprendre, l’implanter,
l’utiliser. Les Éditions d’Organisation, 2004.
[JDE 05] JDEY
AREF.
Cartographie des outils de veille. 2005.
www.ext.upmc.fr/urfist/rss/Cartographie_des_outils_de_veille.pdf
[MAN 05] MANUE,
Bibliothécaire et blogueuse... Biblioacid, octobre 2005.
http://www.nicolasmorin.com/BiblioAcid_revue/BAv2n3.pdf
[MAR 94] MARTRE HENRI, CLERC PHILIPPE, HARBULOT CHRISTIAN. Intelligence
économique et stratégie des entreprises. La Documentation française, 1994.
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/074000410/0000.pdf
[ORE 05] O'REILLY
TIM,
What is Web 2.0.
http://www.oreillynet.com/pub/a/oreilly/tim/news/2005/09/30/what-is-web-20.html.
[SCH 07] SCHEFFER OLIVIER, VIN ALICE. Baromètre 2007 des pratiques de veille des
grandes entreprises françaises. Paris, Digimind, 2007.
[ROL 07] ROLAND MICHEL, RSS et syndication. Support powerpoint du 23 février 2007 sur
slideshare. http://www.slideshare.net/jdeyaref/rss-nouvelle-technologie-de-veille?src=embed
[UCL 08] UNIVERSITY COLLEGE LONDON. Information behaviour of the researcher of the
future, 11 janv 2008. http://www.bl.uk/news/pdf/googlegen.pdf


Veille et nouveaux outils d'information
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Informations
Date : 29/12/2010
Langue : Français
Pages : 28
Consultations : 533
Commentaires : 0
Note :  
Résumé

Auteur : NOËL, Elisabeth


Description : Veille et nouveaux outils d'information. Creative Commons http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/


Tags : Veille, TIC

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