Biotechnologies et Développement Durable
Inventaire, état des lieux
Proposition d'un cadre méthodologique
pour la décision et l'action
Emmanuel Delannoy
Thèse professionnel e de Mastère Spécialisé MIQE
Texte sous licence Creative Commons Developing Nations 2.0 : http://creativecommons.org/licenses/devnations/2.0/
Emmanuel Delannoy
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SOMMAIRE
Remerciements...............................................................................................................5
Digression préliminaire ....................................................................................................7
Objet et limites de cette étude .........................................................................................9
Résumé .........................................................................................................................10
Abstract .........................................................................................................................11
Première partie : Repérages..........................................................................................13
1
Quelques définitions pour bien poser le cadre ............................................................... 13
1.1 Biotechnologies............................................................................................................................ 13
1.2 Développement Durable .............................................................................................................. 15
2
Un nouveau continent..................................................................................................... 18
2.1 Un nouveau continent de la connaissance.................................................................................. 18
2.2 Un nouveau continent pour l'éthique ........................................................................................... 19
2.3 Une nouvel e nature de risques ?................................................................................................ 20
3
Aspects économiques, sociaux et environnementaux des biotechnologies................. 22
3.1 Aspects économiques.................................................................................................................. 22
3.2 Aspect Social / Sociétal ............................................................................................................... 28
3.3 Aspect Environnemental.............................................................................................................. 35
Deuxième partie : Approche méthodologique................................................................37
1
Planifier........................................................................................................................... 39
1.1 Inventorier.................................................................................................................................... 39
1.2 Evaluer......................................................................................................................................... 41
1.3 Identifier des dilemmes................................................................................................................ 46
2
Agir ................................................................................................................................. 48
2.1 Formaliser une politique .............................................................................................................. 48
2.2 Fixer les objectifs et définir les indicateurs .................................................................................. 48
2.3 Elaborer et mettre en oeuvre le plan d'action.............................................................................. 49
2.4 Organiser la concertation............................................................................................................. 50
2.5 Communiquer en toute transparence .......................................................................................... 51
3
Contrôler......................................................................................................................... 52
4
Améliorer ........................................................................................................................ 54
4.1 Revue périodique......................................................................................................................... 54
4.2 Ajuster le plan d'action................................................................................................................. 54
Conclusion.............................................................................................................................. 55
Annexes.........................................................................................................................57
Annexe 1 : Quelques définitions des biotechnologies....................................................................... 59
Annexe 2 : Glossaire ......................................................................................................................... 61
Annexe 3 : Repères chronologiques ................................................................................................. 65
Annexe 4 : Bibliographie.................................................................................................................... 69
Annexe 5 : Quelques référentiels utiles............................................................................................. 73
Emmanuel Delannoy
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Remerciements
Cette thèse professionnel e de Mastère Spécialisé à été préparée paral èlement à une mission
effectuée au CIRAD-EMVT, de mai à octobre 2004, consistant à mettre en œuvre un Système de
Management Environnemental, en vue d’obtenir la certification ISO 14001.
Ma première pensée va donc tout naturel ement aux femmes (d’abord aux femmes !) et aux hommes
du CIRAD. J’ai été sincèrement touché pendant ces six mois par leur accueil, leur disponibilité, leur
compétence, leurs sourires, et par la façon dont ils ont su communiquer leur passion et leur
engagement au service du développement durable des agricultures des pays tropicaux. On ne devient
pas « ciradien » par hasard, par opportunisme ou par facilité.
En choisissant de réaliser ma mission professionnel e au CIRAD, je savais ce que je cherchais. A
aucun moment je n’ai été déçu. Ces six mois passés dans les locaux du CIRAD à Montpel ier, et toutes
les rencontres qui y ont été possibles, je ne les oublierai pas de sitôt.
Sans pouvoir les citer tous, je mentionnerai en particulier : François, qui m’a tout au long de ses six
mois fait confiance pour la mission qui m’a été attribuée, et à qui je dois tant aujourd’hui ; Dominique,
qui a si bien toléré mon intrusion bruyante et encombrante dans son espace de travail ; Vincent, sans
qui rien de tout cela n’aurait été possible, et à qui revient la véritable paternité de cette mission comme
de cette étude ; Mathieu, qui par sa compétence et sa disponibilité fut un phare dans la nuit, et un ami
dans la tempête. Et tous les autres : Gérard, Pascale, Nicolas, Martine, Emmanuel, André, Catherine,
Sophie, Patricia, Djeneba, Martin-Eric, Woobit, Géraldine, JB, Nadège, Yane, David, Denise, Jean-
François, Isabel e, Alexandre, Lucia, Emmanuel, Colette, Genevieve, Jean-François, Hélèna, … Avec
tous, et avec tant d’autres encore, j’ai partagé des moments précieux. Ils restent chacune et chacun
dans mes souvenirs les plus agréables.
Un grand merci aussi à Patrick Zimbardo, qui a été pendant la réalisation de ce travail un mentor et un
conseil er efficace, et qui a su canaliser mes enthousiasmes autant que mes doutes.
A toute l’équipe pédagogique et aux intervenants des Mastères Spécialisés ESIM, pour leurs éclairages
et leurs enseignements si divers, si interpénétrés et si complémentaires, et qui m’ont tant apporté.
A tous mes amis de la promotion 2004 du Mastère, (quel bon cru !), et aux anciens, pour tous les bons
moments partagés, les encouragements dans les moments difficiles, et pour l’ambiance propice au
travail qu’ils ont su créer et entretenir.
A Suzanne et Gérard, qui nous ont si généreusement prété leur logis pendant tout l’été, permettant à la
tribu Delannoy de se regrouper, dans des conditions agréables et propices à la réflexion.
A mes parents, qui m’ont soutenu sans réserve dans ce pari osé.
A mes amis qui ont bien voulu donner de leur temps pour me relire et me corriger.
A Abel, Raphaël, et Gabriel, mes grands garçons, qui ont dû avoir l’impression que leur papa préférait
passer son temps derrière son ordinateur portable plutôt qu’avec eux, mais à qui j’ai pensé à chaque
instant.
Une dédicace spéciale à Noé, le sourire de l’année, né le 1ier juin 2004, à qui je dois tant d’émotions.
Et enfin, surtout, à Agnès. Les mots me manquent pour décrire sa patience, sa confiance, son aide
attentive pendant tous ces mois. C’est el e qui a eu le travail le plus difficile, que le mérite lui en
revienne.
Emmanuel Delannoy
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Digression préliminaire
Décidément, les choses ne sont pas si simples.
Pour de nombreux chercheurs, la complexité serait même la « nouvel e frontière » de notre siècle.
Presque 30 ans après le macroscope, la vision de Joël de Rosnay est plus que jamais pertinente :
Après l’infiniment petit et l’infiniment loin, la science concentre désormais ses efforts sur l’infiniment
complexe. El e pourrait même un jour rencontrer un « mur » de la complexité, une limite encore
théorique et lointaine aux capacités de compréhension du cerveau humain. Ironiquement, la
compréhension complète du fonctionnement de ce même cerveau humain pourrait peut-être à jamais
nous échapper.
Au-delà, c’est peut être la « logique » du vivant qui risque de nous échapper pendant longtemps
encore, et de condamner toute approche « réductionniste » en nous interdisant à jamais une bonne
prévision des phénomènes du vivant, et donc la maîtrise absolue des technologies dérivées.
Car le vivant a cette propriété remarquable d’ajouter à un ordre en apparence parfait ce qu’il faut de
« désordre » et de spontanéité. Le tout y est toujours plus que la somme des parties (propriété qu’on
appel e « émergence »). C’est même cette particularité qui a permis le succès de la vie sur terre, son
formidable foisonnement, son adaptation par d’infinies variations à toutes les « niches » que pouvait
proposer notre planète, et sa capacité de les reconquérir obstinément après les cinq extinctions
majeures qui ont jalonné l’histoire du vivant.
L’épisode « conscient » de cette histoire invraisemblable a commencé il y a plus ou moins 100.000 ans,
faisant de nous, l’homo « sapiens », le spectateur émerveil é du monde, et le seul être, jusqu’à preuve
du contraire, à se poser la question de sa place dans l’univers, de son destin, et donc de ses
responsabilités. Qu’on n’y voit là qu’un formidable et improbable enchaînement de hasards, une
nécessité de l’évolution, ou un « projet » ne change rien au merveil eux de l’histoire.
Non, décidément rien n’est simple. L’art de gouverner, de prendre des décisions, ce qu’on appel e la
« gouvernance » depuis quelques années, est aussi devenu bien complexe, à quelque niveau que ce
soit : Etat, col ectivité ou entreprise.
Un siècle et demi après la révolution industriel e, soixante ans après la révolution de l’atome, vingt ans
après cel e du silicium, de l’information et d’internet, notre capacité d’action, et notre vitesse de réaction
ont atteint un niveau sans précédent. Pour le meil eur et pour le pire, nous vivons dans une société
technologique.
Les bio-(et nano)-technologies augmentent encore (et dans quel es proportions !), notre capacité à
intervenir sur notre environnement, à le modeler à nos besoins, à prendre en mains notre destin et celui
de notre descendance. Dans les mêmes proportions, c’est notre capacité de nuisance qui augmente.
Le risque prend désormais une dimension globale, et potentiel ement irréversible.
20 ans après l’avènement du World Wide Web, l’information circule plus vite que jamais. En
démocratie, la société civile s’est, et c’est heureux, emparée de ce nouvel instrument pour augmenter
son levier d’action et sa capacité de mobilisation.
Pour toutes ces raisons, la prise de décision politique prend une dimension inédite, obligeant à prendre
en compte les attentes et les demandes, exprimées ou non, de toutes les « parties intéressées », et
obligeant à anticiper les conséquences à long terme de toute décision en termes de bénéfices, de
coûts, de risques et de responsabilité.
Une nouvel e terminologie émerge, témoignant de cette complexité croissante : globalisation,
gouvernance, principe de précaution, parties prenantes, risque majeur, développement durable.
Développement durable : L’expression est récente, même si el e a déjà beaucoup servi, à plus ou
moins bon escient. La mise en œuvre du concept nécessite la prise en compte des aspects
économiques, sociaux, et environnementaux de toute activité.
C’est dans ce contexte de complexité croissante et généralisée que ce texte propose, dans les pages
qui suivent, de faire le point sur les liens et les tensions entre les biotechnologies et le concept de
développement durable, et suggère une gril e d’analyse des questions, délicates et contrastées que ce
rapprochement soulève.
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Objet et limites de cette étude
Objectifs et contenu
Cette thèse professionnel e de Mastère Spécialisé se propose de :
1. Inventorier et "cartographier" les "interfaces" entre les biotechnologies et les trois "piliers" du
développement durable :
- Economiques,
- Sociaux,
- Environnementaux.
2. Proposer un cadre méthodologique pour :
- La réflexion stratégique pour une biotechnologie "socialement responsable",
- La prise en compte des aspirations et des craintes du public,
- La prise en compte des enjeux environnementaux, et le souci d'une gestion durable de
la biodiversité,
- La prise en compte des besoins spécifiques des pays du sud,
3. Aider à définir et mettre en oeuvre des "bonnes pratiques" en phase avec les objectifs ci-
dessus,
4. Formaliser la surveil ance et l'amélioration continue des ces pratiques pour tenir compte d'un
contexte en permanente évolution.
L'approche proposée ne constitue pas nécessairement un "tout" indivisible, et pourra être adaptée à
chaque contexte particulier, par exemple pour une organisation souhaitant s'auto évaluer et définir des
axes de progrès, ou pour une approche orientée projet. El e ne se substitue pas aux référentiels tels
que le SD 21000, l’ISO 9004 ou l’ISO 14001, mais propose un complément compte tenu des
spécificités des enjeux.
Ce document s'adresse en priorité aux acteurs des biotechnologies : organismes de recherche
publique, fondations privées, organismes de régulation ou entreprises concevant, réalisant ou
commercialisant des produits, procédés ou services. Toute autre "partie prenante" du secteur des
biotechnologies, tel es qu'associations, ONG, organismes de formation ou toute personne intéressée
pourra éventuel ement y puiser des éléments de réflexion ou des pistes d'action.
Limites de l'étude
Compte tenu de son format, et pour rester le plus générique possible, ce texte n'a pas pour objectif de
proposer une étude approfondie de chacun des thèmes abordés.
Le lecteur souhaitant approfondir certains sujets pourra se reporter à la bibliographie thématique et à la
"webographie" proposée en annexe.
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Résumé
La prise en compte des enjeux du développement durable dans la stratégie et le management des
entreprises est un phénomène encore récent, voire émergent. Pourtant, à en juger par le succès
d’initiatives mondiales comme le Global Compact ou le GRI1, par le nombre d’entreprises qui décident de
mettre en place un système de management environnemental, ou encore par la multiplication des textes
de références et guides de travail sur le sujet, le phénomène ressemble a une tendance de fond.
Le secteur public n’est pas en reste, avec la formalisation d’une Stratégie Nationale de Développement
Durable, ou encore de nombreux projets d’Agenda 21 locaux au niveau des communes, des
départements ou des régions.
Les enjeux du développement durable recouvrent de nombreux aspects, sur le plan économique, social /
sociétal, et environnemental. Chaque secteur économique a ses propres contraintes, ses impacts
spécifiques, et subit une pression plus ou moins importante de la part des autorités ou du public. Dans ce
contexte, les approches managériales génériques trouvent vite leurs limites. Des organismes tels que le
GRI1 ou le WBCSD diffusent des compléments sectoriels pour leurs guides de référence, comme il en
existe déjà par exemple pour la banque, l’industrie extractive ou papetière.
Le rapprochement entre développement durable et biotechnologies pose beaucoup de questions. D’une
part, il n’existe pas encore de guides sectoriels dans le domaine du développement durable pour ce
secteur ; d’autre part l’association fréquente (et naturel e) dans l’esprit du public entre biotechnologies et
OGM introduit une difficulté majeure. Certes, l’argument consistant à justifier les OGM par leur capacité à
nourrir les populations du sud, ou à résoudre des problèmes environnementaux a bien été employé, mais
il s’agissait plutôt d’un paravent que d’un véritable exercice de transparence. A regarder la situation en
2004, la gouvernance des biotechnologies semble encore mal partie.
Pourtant, quand on les analyse, les zones d’interface entre biotechnologies et développement durable
sont nombreuses, entre espoirs et tensions.
- Coté espoir : Des possibilités thérapeutiques nouvel es, l’amélioration de la sécurité et de la
disponibilité alimentaire pour tous, la limitation de certaines pol utions agricoles, de nouvel es
ressources énergétiques (biocarburants), les possibilités nouvel es de la chimie froide (bioplastiques).
- Coté tension : Des impacts et des risques nouveaux, sur la santé et sur l’environnement, en
particulier sur la biodiversité, des risques sociaux inédits, ou l’aggravation de la fracture nord / sud.
Il en ressort clairement que les chercheurs et les industriels des biotechnologies ont un rôle déterminant
à jouer dans la recherche d’un développement durable.
Les biotechnologies font l’objet d’un encadrement réglementaire strict, et de nombreuses activités sont
fortement normalisées. Très naturel ement, les organismes du secteur sont plutôt en pointe pour ce qui
concerne le management de la Qualité, jusque dans les organismes de recherche publics où l’effort est
manifeste et les résultats déjà tangibles.
Cette forte pénétration des outils et des méthodes de la Qualité chez les acteurs des biotechnologies leur
donne aujourd’hui un atout pour la mise en œuvre des pratiques du développement durable. Le périmètre
change, l’orientation client est à interpréter dans un sens plus large, en incluant toutes les parties
prenantes, mais l’essentiel est là : la maîtrise des processus, l’organisation, la maîtrise des moyens, la
capacité à s’engager et la dynamique de l’amélioration continue.
L’approche PDCA (Plan, Do, Check, Act), en combinaison avec d’autres outils (créativité, résolution de
problèmes, ...) offre un cadre pertinent pour gérer la complexité, analyser les attentes croisées des
clients, des actionnaires, des organismes de régulation et du public. Sa mise en œuvre permet d’initier et
de suivre un plan d’action, soit dans une dynamique d’amélioration graduel e, soit dans une approche
projet pour atteindre un niveau de performance planifié à moyen / long terme.
1 La signification des sigles et abréviations utilisés dans le texte est donnée en annexe 3.
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Abstract
Injecting the issue of sustainable development into corporate strategy and management policy is stil an
emerging idea, but one headed quickly for the mainstream, as reflected, for example, in the Global
Compact and the Global Reporting Initiative (GRI), the increasing number of companies applying for ISO
14001 certification, and the flurry of publications of guidelines and standards on this topic.
The same trend is also prominent within the French public sector, with France’s SNDD (National Strategy
on Sustainable Development), and the multitude of local Agenda 21 projects, whether they are at a town,
department or regional level.
Sustainable development covers many economic, social and environmental issues. Each economic
sector has its own constraints, specific impacts, and is subject to varying degrees of pressure from both
authorities and the general public. In terms of management, generic approaches soon prove themselves
limited. International organizations, like GRI or WBCSD have issued sectorial supplements, for example
for the banking, cement/gypsum, and paper industries.
Sustainable development stil raises many difficult issues when it comes to biotechnologies. There are stil
no relevant sectorial supplements, and, there is a common (and natural) association in the public’s mind
between biotechnology and GMOs, which remains a major stumbling block in Europe. The argument that
GMOs wil help feed the burgeoning populations in the south, or that they wil solve
environmental problems, has been amply used, but with an overtone of salesmanship more than as part
of a truly transparent communication process. As things stand in 2004, a good, wel balanced
governance of the biotechnology sector stil seems a distant goal.
Yet there is much common ground between biotechnology and sustainable development, both negative
and positive. There are opportunities for novel human therapies, improvements to the food
supply, reduction of agricultural chemical pol utants, renewable fuels, low-VOC plasticizers and
renewable solvents. Beyond this are threats to health and the environment stil on the horizon, particularly
with regards to biodiversity, an aggravation of the north/south divide, and the unimagined consequences
these might entail.
Both researchers and corporations in the biotech field have an obvious and crucial role to play in the
pursuit of sustainable development.
Biotechnology companies are subject to a strict regulatory framework and many activities are highly
standardized. Consequently, the sector is general y at the cutting edge when it comes to quality
management, as is the case in public research institutes where there is a distinct effort and the results are
tangible.
The widespread use of quality management tools and methods gives this sector a solid platform for
implementing good practices in sustainable management. Objectives may vary, and the notion of “client
oriented” management may have to be rethought so as to include al the stakeholders. Nonetheless, the
foundations are already there: process control, organization, resources management, and the ability to
commit to a dynamic of continual improvement.
The PDCA cycle (Plan, Do, Check, Act), along with other creativity and problem solving tools, provides an
appropriate framework for managing complexity as wel as analyzing cross-expectations from customers,
shareholders, the authorities and the general public. When applied, a plan of action can be
determined, implemented and monitored, either within a logical framework of gradual/progressive
improvement, or by establishing mid- and long-term goals and defining a roadmap to achieve them.
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Première partie : Repérages
1 Quelques définitions2 pour bien poser le cadre
1.1 Biotechnologies
En cherchant bien, il est facile de trouver plus d'une dizaine de définitions du mot "biotechnologies",
sans qu'aucune ne fasse consensus ni ne domine nettement (voir annexe 1).
La définition proposée par l’ONU dans le texte de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB)
est une des plus simples et des plus génériques : « toute application technologique qui utilise des
systèmes biologiques, des organismes vivants, ou des dérivés de ceux-ci, pour réaliser ou modifier
des produits ou des procédés à usage spécifique ». Cette définition est d’ail eurs reprise
pratiquement tel e qu’el e par l’OCDE.
Le terme de biotechnologies est souvent associé au génie génétique*, à la transgénèse*, à la
biologie intra cel ulaire, voire au clonage*.
Cependant, les techniques « traditionnel es » de croisement et sélection, de même que toutes les
techniques de fermentation utilisant des bactéries et des levures, peuvent être considérées comme
appartenant au secteur des biotechnologies. L’efficacité des ces techniques traditionnel es est
d’ail eurs souvent améliorée aujourd’hui par des techniques de pointe comme par exemple le
séquençage*.
Certains auteurs parlent parfois de biotechnologies « vertes » (applications agricoles et agro-
alimentaires), « rouges » (applications médicales) et « blanches » (applications industriel es).
Certaines définitions incluent les sociétés de support, tel es que conseil, marketing ou édition de
logiciels spécialisés. D’autres enfin mettent l’accent sur l’aspect « haute technologie » pour fixer les
limites.
La vraie difficulté est donc de déterminer avec précision les limites et d’ébaucher une cartographie
du secteur des biotechnologies, la notion semblant relativement subjective.
A ce titre, la définition donnée par l’ONU est relativement permissive, puisqu’el e introduit la notion
de « systèmes biologiques, organismes vivants, ou des dérivés de ceux- ci ». L’utilisation de
produits dérivés, comme par exemple des enzymes, dans un procédé ou plus aucun organisme
vivant ne serait présent appartiendrait donc selon cette définition au secteur des biotechnologies.
Dans tous les cas, la production de ces mêmes enzymes, à l’aide de bactéries ou de levures par
exemple, s’y rattache bel et bien.
Le secteur comprend de même les activités de recherche et développement utilisant des procédés
biotechnologiques pour produire de la connaissance scientifique ou technologique, la notion de
produit étant ouverte aux procédés, et par extension, à tout ce qui permet l’accroissement de la
connaissance.
Une piste pour tenter d’y voir plus clair est de travail er sur les mots clés et les invariants.
L’appartenance ou non au secteur des biotechnologies est déterminée par :
1/ L’utilisation d’organismes vivant dans le cadre d’une application technologique, agricole,
agro-alimentaire, industriel e ou appartenant au secteur de la santé.
2 En complément des définitions ci- après pour le termes "biotechnologies" et l'expression "développement durable", le lecteur
trouvera en annexe 2 un glossaire. Les termes définis dans le glossaire sont signalés par un astérisque (*) lorsqu'ils
apparaissent pour la première fois dans le texte.
Des repères chronologiques sont par ail eurs proposés en annexe 3. Le choix des évènements y figurant est purement
subjectif et ne prétend aucunement être exhaustif.
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2/ L’utilisation de technologies intracellulaire, tel es que la génomique* (séquençage), l’ADN
recombinant (transgénèse), le transfert de noyau (clonage), et la protéomique* pour analyser et
éventuel ement modifier les propriétés d’un organisme vivant, à des fins de recherche et
développement, thérapeutiques, industriel es ou agronomiques.
Cette approche, bien que permettant d’y voir plus clair, ne permet pas de déterminer des frontières
fixes et définitives entre les activités relevant du domaine des biotechnologies et les autres. Il y a
en fait un véritable continuum entre les activités agricoles ou médicales traditionnel es et leurs
dérivées contemporaines utilisant les biotechnologies.
Pour tenter d’y voir plus clair, on peut classer les activités se revendiquant des biotechnologies sur
deux axes : En abscisse : un axe al ant du vivant à l’inerte ; en ordonnée, un axe "d’intensité
technologique" croissante, exprimant le degré de nouveauté et de complexité des technologies
mises en oeuvre. Le graphique suivant il ustre cette approche :
Start-up biotechs
Industrie Agro / Enviro
Vivant
Production laitière
Production de
vaccins « recombinant »
Brasserie
Transgénèse
Fromage
Production par
Clonage
Bactéries en réacteur
Dépol ution
Par bactéries
Production de vaccins
« traditionnel e »
Produits
Biocapteurs
Dérivés
Du vivant
Puces à ADN
Utilisation d’enzymes
Dans un process de production
Services d’accompagnement
Logiciels, …
Inerte
Bioinformatique
Faible
Forte
Intensité Technologique
En fonction des critères considérés, et des secteurs d’activités, il est possible de regrouper les
activités biotechnologiques par grandes famil es.
Au-delà, et autour des entreprises et organismes appartenant stricto sensu au secteur des
biotechnologies, gravitent de nombreuses activités de conseil, de services, d’édition de logiciels ou
de fabrication de matériels spécialisés (équipements durables ou consommables). Ces activités
seraient éventuel ement plus des « parties prenantes » que des acteurs directs des
biotechnologies, dans le sens ou leur activité est entièrement ou partiel ement tournée vers ce
secteur. Selon la réflexion ou l’analyse considérée, on peut donc décider ou non d’inclure ces
sociétés dans le secteur des biotechnologies, ce qui aura un effet significatif sur les chiffres
économiques et les statistiques. Tout dépend donc de l’objectif et du champ de l’étude.
Cependant, dans certains cas, l’imbrication est tel ement étroite que la distinction est impossible à
opérer. Certaines sociétés du secteur des biotechnologies développent pour leurs besoins propres
certains procédés ou logiciels indispensables à leurs travaux, avant de décider de les mettre sur le
marché. La distinction du chiffre d’affaires entre ce qui est du « vivant » et du logiciel par exemple
est parfois impossible à obtenir.
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C’est donc une frontière un peu floue qui sépare le secteur des biotechnologies d’autres secteurs
comme l’ingénierie ou le conseil. Ce qui explique les écarts souvent significatifs dans les chiffres
(effectifs, chiffres d’affaires) d’une étude à une autre.
1.2 Développement Durable
Le concept d’un développement durable
L'expression "Développement Durable" a fait florès. El e est utilisée autant en terme d'approche
stratégique qu’en termes de pratiques. Il est difficile de dire s’il s’agit d’une doctrine, d’un « cahier
des charges » ou d’un état d’esprit. Toutefois, au delà du vocable, le concept reste plus que jamais
d'actualité. La recherche d'un mode de développement durable, "nouvel e frontière" de notre
époque, est une condition indispensable à la poursuite de l'aventure humaine.
Une définition couramment acceptée de l'expression "développement durable" a été donnée pour
la première fois dans le rapport "Our Common Future", remis par la commission dirigée par Mme
Gro Harlem Brundtland à l'ONU : Un mode de développement permettant de "satisfaire les besoins
de la génération actuel e sans priver les générations futures de la possibilité de satisfaire leurs
propres besoins". Le même rapport précise un peu plus loin qu'un développement durable doit
"favoriser un état d'harmonie entre les êtres humains".
Cette approche privilégie une gestion "prudente" ou raisonnée des ressources naturel es, dont les
ressources biologiques, en préservant le "capital naturel" pour les générations futures. Il s'agit
d'une vision anthropocentrée plutôt que d’un objectif de protection de la nature pour el e même,
l'objectif étant d'assurer la pérennité de l'humanité dans des conditions d'épanouissement
satisfaisantes.
Une petite querel e sémantique oppose ceux qui souhaiteraient traduire l'expression originale
"sustainable development" par "développement soutenable". Toute traduction étant imparfaite, on
peut considérer les deux expressions comme étant quasi- équivalentes.
Concernant plus particulièrement les ressources biologiques, la Convention sur la Diversité
Biologique (CDB), ouverte à la signature lors du sommet de Rio en 1992, donne la précision
suivante : "est durable (sustainable) l'utilisation des éléments constitutifs de la diversité biologique
d'une manière et à un rythme qui n'entraînent pas leur appauvrissement à long terme, et
sauvegardent ainsi leur potentiel pour satisfaire les besoins et les aspirations des générations
présentes et futures".
Le concept d'un développement durable fait référence non seulement à la gestion pérenne des
ressources naturel es, et à leur préservation pour les générations futures, mais aussi à la
dimension économique (productions de biens et de services, production de la richesse nécessaire
à l'épanouissement des personnes), et à la dimension sociale (solidarité, équité, prise en compte
de la diversité culturel e), selon la représentation suivante, désormais classique :
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Le concept de développement durable, ses pratiques et leur mise en oeuvre seront précisés, après
le rapport Brundtland, dans les textes fondateurs que sont la déclaration de Rio et l'Agenda 21.
La mise en oeuvre du développement durable dans le management d’entreprise repose sur le
concept de « Responsabilité Sociale des Entreprises » impliquant certaines pratiques de
gouvernance* et de prise en compte des attentes des « parties intéressées* » au-delà des seuls
clients et actionnaires.
La mise en oeuvre d'Agenda 21 locaux par les col ectivités locales, ou l’application concrète du
concept dans la stratégie d'entreprise et le management peuvent s'appuyer sur des guides de
travail (SD 21000, ISO 9004) et des référentiels normatifs (ISO 14001, …) dont il sera question
plus loin. (Voir aussi en Annexe 5)
La disponibilité d'indicateurs pertinents, tant pour les décisions stratégiques que pour les décisions
opérationnel es, est indispensable pour traduire les intentions en actes et évaluer la progression. A
ce titre, le PIB* ne semble plus être un indicateur pertinent, puisqu'il ne permet de mesurer qu'une
création globale de richesse, exprimée en flux monétaires, sans indication d'ordre qualitatif sur
l'origine et l'emploi de cette richesse créée. Il est de ce fait insuffisamment corrélé au bien être
humain et à la performance environnementale. Des outils plus pertinents sont aujourd'hui
disponibles, notamment l'IDH* et l'empreinte écologique*. Enfin, le GRI (Global Reporting Initiative)
ou le WBCSD (World Business Council for Sustainable Development) proposent une liste
d'indicateurs pertinents, quelques soient le domaine et le niveau d'application considérés.
Biotechnologies et développement durable : défis, enjeux et tensions
Pour le seul secteur des biotechnologies, les enjeux en regard du développement durable sont
considérables :
Dans les cinquante prochaines années (il faudrait en fait voir beaucoup plus loin, mais les
prévisions donnent un "pic" démographique pour 2050), les besoins de l'humanité prennent une
dimension inédite. Il faudra alors ;
Dans le domaine agricole3 :
- Couvrir les besoins alimentaires de 3 mil iards d'habitants supplémentaires, alors qu'aujourd'hui
800 mil ions de personnes sont sous-alimentées, et qu'un mil iard et demi n'ont pas accès à
l'eau potable,
- Couvrir les besoins de l'humanité en énergie, alors que les réserves d'énergie fossiles
arriveront probablement à leur terme avant cette échéance, et que la limitation de leur
utilisation est de toute façon indispensable pour tenter de contenir l'effet de serre. La plupart
des scénarios prévoient une contribution significative de la biomasse pour produire les
carburants du futur, et cette production sera nécessairement consommatrice de surface
agricole, au détriment de la production alimentaire,
- Maîtriser les problèmes de transport des bien alimentaires, de salubrité et de sécurité
alimentaire,
- Assurer la pérennité des services écologiques*, et notamment préserver la biodiversité, pour ce
qu'el e est, mais aussi en tant que réservoir de variabilité génétique, ressource indispensable
face à l'inconnu,
- Lutter contre l'érosion, la désertification, la salinisation des sols, et/ou nous y adapter,
- Lutter contre l'effet de serre, séquestrer le carbone, et adapter nos pratiques, notamment
agricoles, à l'inévitable bouleversement du climat et à l’aggravation des disparités locales
(notamment la modification du cycle de l'eau et de la répartition des eaux de surfaces),
Dans le domaine de la santé :
- Réduire les inégalités d'accès au soins, non seulement entre le nord et le sud, mais aussi de
plus en plus au sein même des pays du nord. Les difficultés financières des systèmes
d'assurance maladie, pour les pays qui en disposent, rendent l’atteinte de cet objectif plus
difficile, sauf à mieux maîtriser la production de médicaments et de vaccins, ainsi que leur
transport et leur mode d’administration.
3 « Nature, société et développement durable : la contribution du CIRAD » - 2002
Emmanuel Delannoy
Thèse professionnel e de Mastère Spécialisé MIQE
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- Produire les vaccins et les traitements pour lutter contre les pandémies tel es que le SIDA ou le
paludisme, et les mettre à disposition à un coût acceptable pour les populations concernées est
une condition indispensable au développement des pays du sud. En effet, au-delà des drames
qu’el e implique, la surmortalité causée par ces pandémies est un véritable obstacle à leur
développement économique et à l’accroissement des compétences de leurs populations. Les
maladies infectieuses, notamment tropicales, sont aujourd'hui encore la principale cause de
mortalité au monde. Or, ces dix dernières années, sur 1300 nouvel es molécules mises sur le
marché, 3 sont destinées à soigner les maladies tropicales4.
- Les bouleversements climatiques et écologiques en cours favorisent l'apparition et la diffusion
de maladies émergentes. La mise en contact d'agents pathogènes avec de nouveaux vecteurs
et de nouvel es cibles est rendue possible par la mondialisation et la rapidité des moyens de
transports intercontinentaux, comme l'il ustrent les crises du SRAS ou de la peste Aviaire. Le
réchauffement climatique peut localement créer des conditions favorables à la présence
d'insectes vecteurs, comme cela s'est déjà produit dans le sud de l'Italie ou en Camargue avec
le virus de la fièvre du Nil, ou en Corse avec la fièvre catarrhale ovine, maladies autrefois
présentes seulement sur le continent africain.
Dans ces deux domaines, agriculture et santé,
les interactions entre les biotechnologies et le
Les principes de Rio (Résumé)
développement durable sont nombreuses,
La deuxième Conférence des Nations Unies sur
entre promesses et craintes. Les bénéfices
l’environnement et le développement de Rio en 1992 a
potentiels pour la productivité agricole, la
consacré ce nouveau concept qui réunit l’écologie,
santé humaine, la mise à disposition de
l’économie et le social et adopté des grands principes
nouvel es techniques de lutte contre les
notamment :
pol utions peuvent répondre à des enjeux
- le principe de prévention et de précaution
particulièrement cruciaux du développement
Il vaut mieux prévenir que guérir et ne pas attendre
durable. A contrario, des risques sont à
l’irréparable pour agir
évaluer,
notamment
sur
d’éventuel es
- le principe de responsabilité
nouvel es pathologies dues aux OGM, ou sur
Qui dégrade, doit réparer
leurs impacts possibles sur la biodiversité.
- le principe de participation
S’ajoutent à ces nouveaux risques des enjeux
Tous concernés, tous décideurs, tous acteurs
inédits, sociaux et économiques. Par exemple
- le principe de solidarité dans l’espace
l’émergence d'une "fracture biotechnologique",
entre le Nord et le Sud, liée au coût de la
Il faut contribuer à réduire les distorsions de nos sociétés
recherche et des technologies nécessaires,
à plusieurs vitesses et éviter que les pays du Nord se
développent au détriment de ceux du Sud
mais aussi entre les catégories sociales les
plus et les moins favorisées du nord, due là au
- le principe de solidarité dans le temps
coût des nouveaux traitements.
Les besoins des générations actuel es doivent être
satisfaits sans compromettre ceux des générations
Le dernier rapport du comité de bioéthique du
futures
président américain5 laisse même entrevoir le
- le principe de globalité, de transversalité et
risque d'un nouvel "apartheid génétique",
d’interdépendance
l'explosion des solidarités nationales (pourquoi
Il convient de planifier à partir d’objectifs partagés et
les génétiquement favorisés accepteraient-il
traduire ces objectifs en une stratégie d’actions
de payer pour les autres ?) voire à terme une
contractualisée
dérive génétique et sociale entre les humains
- le principe de subsidiarité
"améliorés" et les autres. Pour absurde qu'il
Les problèmes doivent être traités au plus près de
paraisse au premier abord, ce risque n'est
l’endroit où ils se posent
hélas pas improbable. Il est même hautement
- le principe de réversibilité
probable à l'échéance des cinquante
prochaines années et sa prévention passe par
Chaque décision ou réalisation doit pouvoir être
un projet politique et social à l'échel e
repensée et modifiée
mondiale.
4 « Biotechnologies & Sustainable Development, Voices of the south and north » - 2002
5 « Beyond Therapy » - The President's Council on Bioethics - 2004
Emmanuel Delannoy
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2 Un nouveau continent
2.1 Un nouveau continent de la connaissance
Les progrès spectaculaires des sciences du vivant et de leurs applications ne doivent pas faire
oublier qu'il s'agit d'un domaine très jeune et encore émergent. (Voir chronologie en annexe 3)
Bien qu'il y ait souvent confusion dans l'esprit du public entre science (la connaissance et la
compréhension d’un phénomène) et technologie (les applications dérivées), il y a parfois loin de la
connaissance à la maîtrise. La maturation d'une technologie aussi radicalement innovante que les
biotechnologies peut prendre du temps, souvent bien plus de temps que ne sont habituel ement
capable d'attendre les bail eurs de fonds de l'innovation, subventionneurs publics, investisseurs
privés et sociétés de capital risque.
Chronologiquement, la mise sur le marché des premières applications commerciales des
biotechnologies de nouvel e génération succédait de peu à la vague de la micro-informatique et
coïncidait à peu près à la "bul e" de l'internet et du commerce électronique. Nombreux sont ceux
qui ont vu dans l'émergence des biotechnologies commerciales la relève des technologies de
l'information, qui avaient tiré la croissance économique des pays de l'OCDE pendant plus de 10
ans. Il est vrai aussi que les progrès des biotechnologies n'auraient pas été possibles sans ceux de
l'informatique.
Mais cette concomitance est sans doute pour quelque chose dans la précipitation avec laquel e les
effets d'annonce se sont succédés, et avec laquel e la première génération d'OGM a été mise sur
le marché. Les investisseurs ont gardé des années 1980 l'habitude de retours sur investissements
garantis et rapides, et ont en toute logique appliqué le même niveau d'exigence aux "start up" des
biotechnologies (Les actionnaires des grands groupes exerçant peu ou prou la même pression). A
titre d'il ustration, le projet mondial de séquençage du génome humain, pour remarquable et
symbolique qu'il soit, s'est déroulé dans un climat de précipitation et de concurrence exacerbée
entre les différentes parties engagées dans le projet qui laisse rêveur. Certes, le projet a été
achevé plus rapidement que les prévisions ne le laissaient attendre, mais ce fut au prix d’une assez
grande confusion et d’annonces parfois précipitées.
La course au brevet, amorcée en 1980 avec la décision dite "Chakrabarty" de la cour suprême des
Etats Unis, n'a pas contribué à créer un climat de sérénité et de col aboration. Le dépôt de brevet
tend même à devenir de plus en plus une attitude défensive constituant à créer des barrages ou
des freins pour retarder ses concurrents, quitte à compter sur les procédures judiciaires pour
gagner du temps.
Le niveau d'incertitude et la difficulté pour mettre au point une technologie sûre, fiable et maîtrisée
a peut être été partiel ement sous évaluée. La recherche fondamentale et appliquée dans ce
domaine a besoin de plus de temps, et d'investissements importants planifiés sur plusieurs années.
Pour continuer le paral èle avec les technologies de l’information, les enjeux sociaux et les impacts
environnementaux potentiels sont d'un autre ordre. C'est une chose que de mettre sur le marché
un logiciel "boggé", que l'utilisateur supportera plus ou moins en fonction du service que lui rend ce
logiciel, c'en est une autre que de mettre sur le marché des produits ou des services
biotechnologiques. L'industrie du logiciel avait pris pour habitude d'utiliser ses clients comme
testeurs et le marché comme banc d'essai "grandeur nature" (El e s'est heureusement bien
améliorée sur ce point). L'impact potentiel des biotechnologies sur l'environnement, la santé
humaine, ou l'évolution de la société ne permet pas ce genre de pratiques et fait d’ail eurs l’objet
d’un encadrement réglementaire tout à fait différent.
Une autre différence fondamentale porte sur la complexité des phénomènes en jeu. Les systèmes
informatiques sont certes compliqués, mais leur fonctionnement est dans une large mesure
prévisible et reproductible. Le vivant implique des phénomènes d'interactions extrêmement
complexes, à quelque échel e que ce soit : protéine, gène, noyau, cel ule, individu, population,
écosystème. C'est d'ail eurs la prise en compte de ces interactions qui est à l'origine des
biotechnologies dites "intégratives" ou de quatrième génération.
Emmanuel Delannoy
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De nombreux phénomènes régulateurs, amplificateurs ou inhibiteurs sont encore mal compris,
sans même parler d'une caractéristique fondamentale du vivant qui est d'introduire de la variabilité
et des mutations aléatoires.
Au delà des seules biotechnologies, un champ encore plus vaste d'applications (et d'incertitudes)
sera rendu possible dans un avenir relativement proche par la convergence des technologies de
l'information, des sciences cognitives, des nanotechnologies et des biotechnologies. Cette
convergence induira une rupture qualitative et quantitative considérable de notre puissance
d'action. Face aux enjeux, il importe que nous soyons prêts, mais surtout que nous prenions le
temps d'évaluer ces technologies intégrées (Dites aussi "méta technologies"), leur intérêt, leurs
risques, les enjeux sociaux et éthiques, et éventuel ement que nous soyons prêts à y renoncer, au
moins temporairement. (Voir chapitre "Innovation, science et société").
2.2 Un nouveau continent pour l'éthique
"L'homme est devenu trop puissant pour se permettre de jouer avec le mal. L'excès de sa force le
condamne à la vertu"
Jean Rostand
La progression considérable des sciences du vivant, et la disponibilité de technologies permettant
d'agir au niveau moléculaire sur les organismes, d'en modifier les propriétés, d'intervenir sur le
cours de l'évolution et même de transgresser les barrières interspécifiques apporte son lot de
questionnements nouveaux.
Cette avancée des sciences et des technologies brouil e en même temps la frontière entre le vivant
et l'inanimé. Une vision réductionniste extrême peut même conduire à nier toute spécificité au
vivant, considéré alors comme étant simplement un état particulier d’organisation de la matière.
Quel caractère "sacré" faut il conserver au vivant ? En quoi notre éthique devrait- el e faire la
différence entre la chimie ou la physique et la biologie ?
Le brouil age des repères concerne aussi l'homme. Le décryptage du génome humain,
l'amélioration de la compréhension du fonctionnement du cerveau et du rôle des
neurotransmetteurs ouvrent des perspectives thérapeutiques inédites. El es ouvrent aussi des
nouveaux champs de responsabilité et d'éthique. Les risques de dérives néo-eugénistes ou
d'érosion de la solidarité sont réels (Voir chapitre suivant).
Notre capacité d'agir (et donc, de nuire) prend une dimension universel e (les gènes n'ont pas de
frontière) et irréversible. Nos interventions sur le vivant, sur les écosystèmes et sur la société nous
engagent et engagent les générations à venir. Nous devons nous interroger sur le droit que nous
avons de les "embarquer" dans nos projets. Pour autant, il nous appartient de répondre aux défis
du développement durable (voir page 16), et l'immobilisme nous est plus que jamais interdit.
Or, les débats éthiques suscités par l'avancée des sciences du vivant ont du mal à trouver une
dimension universel e, et sont souvent écartelés entre des approches difficilement conciliables :
- Une approche dite "utilitariste", dominante dans la pensée anglo-saxonne, reposant sur
une analyse en termes de coûts et de bénéfices : Qui en bénéficie, qui en subit les
conséquences ?
- L'approche du marché : Si quelqu'un est prêt à payer ce que quelqu’un d'autre est prêt à
produire, pourquoi intervenir ?
- Une tradition philosophique européenne qui trouve ses racines dans l'antiquité, à laquel e
a notamment contribué Emmanuel Kant ou plus récemment Hans Jonas, (voir encadré)
- L'approche "morale" inspirée par les religions, instituant des droits, des devoirs et des
interdits variables selon la religion considérée et l'interprétation qui en est faite.
L'aspect inédit du débat nous oblige à rechercher, au delà de ces quatre approches traditionnel es,
des "fondamentaux" éthiques susceptibles d'être acceptés par l'humanité dans son ensemble,
présente et future.
Emmanuel Delannoy
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Dans la diversité culturel e du monde moderne, résultat d'une histoire plusieurs fois mil énaire,
peut-être faut il al er chercher ces fondamentaux non dans le raisonnement mais plutôt du coté de
nos émotions et de nos instincts, dans ce qu'ils ont de meil eur : Emerveil ement devant ce qui est
beau, respect de l'autre, humilité, solidarité et sens de la responsabilité. Il est vraisemblable que
ces principes constituent un patrimoine commun de l'humanité, peut-être acquis il y a très
longtemps, bien avant qu'el e n'accède à l'écriture, et peut être même avant qu'el e n'accède au
langage articulé. Ces principes élémentaires, naïfs en apparence, sont pourtant à l'origine d’un état
d'esprit qui a permis toutes les constructions philosophiques, morales, et même légales élaborées
depuis l'antiquité. Cet état d’esprit est aussi celui qui conduit aujourd’hui à la recherche d’un
développement durable, fondé sur l’équité, la solidarité et la responsabilité.
Nous sommes arrivés à un tournant de l'histoire de l'humanité, à un moment ou notre puissance
atteint un niveau sans précédent, et de ce fait à un moment ou nos obligations et nos
responsabilités, envers ceux de notre espèce comme de l'ensemble de l'écosystème sont plus
élevées qu'el es ne l'ont jamais été. Nous aurions probablement tort d'oublier, par orgueil, ce que
nous sommes vraiment et ce que nos émotions les plus simples peuvent encore nous apprendre6.
Les trois maximes d'Emmanuel Kant :
- « Agis toujours de tel e sorte que ta conduite puisse être érigée
en loi universel e. »
- « Agis toujours comme si tu étais tout à la fois législateur et sujet
de la république des volontés. »
- « Agis toujours de tel e sorte que tu traites l'humanité, aussi bien
en ta personne qu'en cel e d'autrui, comme une fin et jamais
comme un simple moyen. »
Hans Jonas, dans le « Principe de responsabilité », apporte à ces
trois maximes le complément suivant :
- « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles
avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur
terre et de façon que les effets de ton action ne soient pas
destructeurs pour la possibilité future d'une tel e vie. »
2.3 Une nouvelle nature de risques ?
Toute nouvel e technologie apporte avec el e ses nouveaux risques. En général, l'amélioration de la
connaissance et la maturation de la technologie permettent progressivement de mieux maîtriser et
de mieux prévenir ces nouveaux risques.
Cependant, toutes les technologies n'ont pas les mêmes impacts et ne peuvent être considérées
comme égales sur le plan de l’analyse des risques.
L'automobile, l’avion ou le train ont apporté leurs risques nouveaux, mais ces risques sont
généralement localisés (encore qu'il convienne d'ajouter leur impact à l'effet de serre) et ne
concernent en règle générale que les passagers desdits véhicules ou les personnes se trouvant
sur leur trajet.
Dans le cas de technologies comme le nucléaire ou les biotechnologies, il convient d'évaluer aussi
les risques majeurs*, dont les effets, graves et éventuel ement irréversibles sont alors globaux et
non locaux.
Dans le cas des biotechnologies, l'identification et l'évaluation des risques est encore en cours, et
suit le rythme de la progression de la connaissance. Un travail important reste toutefois à mener, et
la complexité des phénomènes en jeu fait que ce processus prendra encore de longues années.
6 Cette réflexion doit beaucoup à un essai de Colin Tudge, paru dans un dossier de la Commission Européenne sur le Clonage :
« Regards Ethiques ».
Emmanuel Delannoy
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Quels sont les risques spécifiques associés aux biotechnologies ?
Dans le domaine des OGM agricoles :
- Le risque de transfert de gènes, vertical (même espèce ou même famil e), ou horizontal (par
exemple d'une plante vers une bactérie) conduisant à voir des caractères non désirés se répandre
dans l'écosystème (Résistance aux antibiotiques, aux pesticides, aux herbicides, etc.),
- Le risque qu'une variété transgénique gagne un avantage compétitif trop important et devienne
ainsi une espèce invasive, ce qui aurait un impact négatif sur la biodiversité,
- L'effet potentiel du nouveau caractère sur d'autres espèces que cel es ciblées (ex : résistance au
ravageur, mais impact sur les butineurs),
- Le risque d'al ergie ou de rejet par le bétail, la faune sauvage pouvant accidentel ement ingérer la
plante, ou l'homme,
- L’impact environnemental indirect lié aux nouvel es pratiques induites par l'utilisation d’une variété
transgénique (effet sur la consommation d'eau, la modification de la rotation des sols, l’apport de
nouveaux intrants, ...),
- Le risque d'une perte de biodiversité agricole avec la domination de quelques variétés seulement,
ce qui augmenterait la fragilité de l'agriculture face à des variations importantes du climat,
l’émergence de nouveaux ravageurs, ou l’évolution des paramètres physico-chimiques des sols.
(Voir pour plus de détails le chapitre : « Aspects environnementaux »)
Dans le domaine médical :
- Le risque d’apparition de malformations, ou de nouvel es pathologies liées à la mise en pratiques
de la thérapie génique ou du clonage thérapeutique. Ce risque est difficile à évaluer du fait que sa
concrétisation peut ne pas être immédiate mais éventuel ement différée d’une ou plusieurs
générations,
- Le risque d’une modification des comportements sociaux, notamment parentaux avec la
possibilité de sélectionner les caractéristiques génétiques de sa descendance (bébé « à la carte »),
- Le risque d’une déresponsabilisation et d'un isolement social avec la croyance que tout problème
peut être réglé par la thérapie chimique ou génique,
- Le risque de créer une nouvel e forme d’exclusion, et de destruction du tissu social avec
l'apparition d'une classe favorisée ayant accès aux soins biotechnologiques,
- Le risque d'un véritable "apartheid" génétique, avec la mise en oeuvre de tests génétiques
préalable à l'embauche, à l'acquisition de biens immobiliers ou à la signature de contrats
d'assurances, créant une classe d’exclus, dotés des « mauvais » gènes.
Ces quelques exemples, loin de constituer un inventaire exhaustif des nouveaux risques pouvant
être associés aux biotechnologies, il ustrent leur nature particulière, par le fait qu’ils sont à la fois
des risques diffus (leur concrétisation peut être discrète, lente et graduel e) et majeurs (en terme
d’étendue et d’irréversibilité). On est loin du risque industriel « classique », de type Seveso, AZF ou
Tchernobyl. Une contamination génétique de l’écosystème ou une désintégration lente du tissu
social ne fera ni bruit ni morts violentes immédiates.
La forte mobilisation du public, européen en particulier, sur le risque biotechnologique (les
américains se sentiraient éventuel ement plus concernés par un risque « bioterroriste »), peut
éventuel ement être reliée à la faible détectabilité de ces risques, et sans doute aussi au sentiment
qu’aucun bénéfice fort n’est aujourd’hui perceptible, créant le sentiment « qu’on peut très bien s’en
passer ».
Emmanuel Delannoy
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3 Aspects économiques, sociaux et environnementaux des
biotechnologies
3.1 Aspects économiques
Que ce soit en chiffre d'affaires, en capitalisation boursière, en potentiel de croissance ou en
nombre d'emplois directs et indirects, les biotechnologies représentent aujourd'hui un enjeu
économique majeur.
La première application commerciale du transfert de gènes (la production d’insuline humaine à
l’aide de bactéries modifiées - en 1978), a été remarquée par les observateurs financiers et a
assuré le succès des introductions en bourse des premières "start up" en biotechnologies. La toute
première, Genentech, introduite au NASDAQ en 1982, a battu tous les records.
Selon le périmètre des études de marché sur les biotechs (Voir chapitre "Définitions"), les chiffres
peuvent sensiblement varier. Toutes les études s'accordent pour constater la très forte croissance
du secteur, depuis son décol age au début des années 90. Le marché mondial aurait même plus
que triplé entre 1990 et 2001, pour atteindre 60 mil iards de dol ars7.
En France, le secteur des biotechnologies représente un chiffre d’affaires de 4 mil iards d'Euros7, et
quelques 125.000 emplois8 répartis dans plus de 600 entreprises. Mais là encore, les données sont
très variables selon les sources et les périmètres considérés.
Financer l'innovation
Au delà de son poids économique et de sa contribution à la croissance et à l'emploi, le secteur des
biotechnologies doit faire face au défi du financement de l'innovation. Dans ce secteur, la mise au
point d'un nouveau procédé ou d'un nouveau produit peut être extrêmement coûteuse.
La nécessité d'un retour sur investissement pour les entreprises innovantes est au coeur du débat
sur les brevets. Mais l'inflation du nombre de demandes de brevets sur du matériel ou des
procédés relatifs aux biotechnologies contribue aussi à renchérir et compliquer le processus
d'innovation, que ce soit d'ail eurs pour les chercheurs du secteur privé comme pour ceux du
secteur public.
L'innovation est pourtant indispensable, face aux défis du développement durable, face aux
souffrances humaines causées par la maladie ou la faim. Les biotechnologies peuvent contribuer à
ouvrir de nouvel es voies.
La question du soutien à l'innovation est donc double, tirail ée entre deux objectifs à priori
contradictoires :
- Comment inciter les investisseurs à apporter leur concours, et les entrepreneurs à prendre
des risques ?
- Comment favoriser la diffusion des innovations et de la connaissance, et les rendre
accessibles à tous, y compris, et peut être surtout, dans les pays du sud qui en ont le plus
besoin ?
L'innovation est souvent le fait de petites structures, de "start up", dont le financement est délicat,
surtout les premières années. A l'inverse, l'accès au marché de masse est plus facile pour les
grandes structures. Des rencontres s'organisent entre ces acteurs du marché. Des filières se
créent, des transferts de compétences sont institués. Le secteur s'organise de plus en plus en
"clusters*", qui permettent de faciliter l'accès aux capitaux, aux compétences, à l'information
scientifique et technologique et aux marchés.
Cette organisation du marché en clusters est souvent favorisée, voire incitée, par des acteurs
institutionnels, locaux ou régionaux, qui voient là une opportunité de dynamiser l'économie de leur
territoire.
7 Data Monitor
8 Etude « Les entreprises de biotechnologies en France » - 2001 - Ministère de l'éducation et de la recherche.
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Au delà, des projets transnationaux sont fédérés et financés au niveau européen, à l'aide
d'instrument comme le PCRD (Programme Cadre de la Recherche et du Développement).
Cette contribution des acteurs institutionnels, locaux, nationaux ou internationaux, permet aussi de
définir une politique de recherche et développement, en fixant des priorités et en encourageant
certains axes d'innovation. Il représente aussi le modèle d'un nouveau partenariat public / privé,
permettant une régulation douce des à-coup du marché, et atténuant leur effet sur des
programmes de recherche qui nécessitent un effort soutenu sur de longues périodes.
Dans ce contexte, un engagement plus fort du secteur public dans l'effort de financement de
l'innovation devrait aider à rapprocher des objectifs en apparence antagonistes, tels que la prise de
risque nécessaire à l'innovation, l'application du principe de précaution, la diffusion des savoirs et
technologies, et le retour sur investissement pour les innovateurs.
Les enjeux de la propriété intellectuelle
Propriété intellectuelle et innovation dans les Biotechnologies
Le brevet a été conçu comme un instrument permettant de répondre au double objectif évoqué plus
haut :
- Inciter à l'innovation en garantissant à l'inventeur une période d'exclusivité pour
l'exploitation de son invention, et faciliter ainsi un éventuel retour sur investissement;
- Contribuer à l'augmentation du savoir commun, par l'obligation de publication liée à
l'attribution d'un brevet.
Cette approche permet donc, en principe, de favoriser pour aujourd'hui la création de nouveaux
produits et procédés, tout en consolidant le socle des connaissances communes pour les
innovations futures.
Pour mémoire, les trois critères retenus en principe pour l'attribution d'un brevet sont :
- La nouveauté,
- L'activité inventive,
- L'application technique.
Dans le cas du vivant, l'interprétation de ces critères est souvent assez souple. Il est en effet
difficile de parler de nouveauté et d'activité inventive stricto sensu, pour des caractères génétiques
ou des protéines existant à l'état naturel. De même, l'application technique n'est pas toujours aisée
à démontrer, quand el e est connue.
Les limites de la protection par les brevets
Le système des brevets montre quelques limites dans des domaines où l'innovation se fait souvent
de manière "buissonnante", à partir de nouveaux concepts, procédés ou protocoles de "bas
niveau".
Pour faire le paral èle avec les technologies de l'information, il peut s'agir par exemple du multi
fenêtrage, de la souris, de formats de fichiers ou de protocoles de gestion des "files d'attente".
Dans le domaine des biotechnologies, les composants de base sont par exemple des séquences
d'ADN, des procédés de "marquage", d'extraction ou de synthèse. L'interdépendance des
inventions en biotechnologies atteint un niveau particulièrement inédit, tant des domaines
technologies complémentaires se trouvent imbriqués.
L'exemple couramment cité est celui du "riz doré", première plante transgénique d'intérêt
"humanitaire" puisqu'el e est destinée à contribuer à la lutte contre les carences en vitamine A dans
les pays en développement. L'étude des droits de propriété intel ectuel e nécessaires à la
production de cette nouvel e variété montre qu'il aurait fal u négocier des licences avec une
douzaine de détenteurs de droits pour plus de 70 brevets, couvrant 5 champs technologiques
complémentaires.
Cet empilement de droits rend le développement de nouveaux produits coûteux et complexe. Le
détenteur d'un brevet ne peut souvent pas concéder de licences sans que les autres détenteurs de
droits, sur les inventions amont, col atérales ou aval, ne le fassent de leur coté. Les négociations
Emmanuel Delannoy
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peuvent donc être dans certains cas longues et difficiles, voire dans de nombreux cas rester sans
issue.
Il arrive donc que des innovations de grand intérêt restent bloquées au stade du laboratoire, parfois
pour des raisons liées à la stratégie marketing de l'entreprise à l'origine de l'innovation, mais parfois
aussi du fait de blocages dus aux brevets.
L'exemption de recherche
L'Europe pratique généralement une "exemption de recherche", permettant aux chercheurs du
secteur public d'utiliser les techniques et procédés sans payer les licences, tant qu'aucune
application commerciale n'est développée. Mais cette pratique est sans fondement dans le droit
international, et n'est pas reconnue par les tribunaux américains. La pérennité de cette exemption
de recherche n'est donc pas garantie.
De la "tragédie des communs" à la tragédie des non communs ?
Garrett Hardin, un biologiste, a publié en 1968 "La tragédie des communs", en postulant que toute
ressource à caractère public est vouée à disparaître par surexploitation. Cet argument est
aujourd'hui retourné par certains auteurs (Hel er & Einsenger 1998), qui considèrent qu'une trop
forte fragmentation des droits de propriété, et qu'un système de protection trop rigide peuvent
conduire à la sous exploitation d'une ressource rare (ici la connaissance et les technologies de
base nécessaire au développement de nouvel es applications biotechnologiques). Le risque d'un
blocage de la recherche à cause du trop grand nombre de brevets est aujourd'hui pris au sérieux
par de nombreux acteurs et observateurs du marché. Des déclarations publiées notamment par la
Royal Society et par la fondation Rockefel er en 2003 vont dans ce sens.
Dans le secteur des biotechnologies agricole, cet effet est encore plus sensible, du fait de la très
forte concentration du secteur. (Dans le secteur des semences, les 7 premiers groupes mondiaux
contrôlent près de 40% du marché. Dans l'industrie agrochimique, les 6 premiers contrôlent 84%
du marché). Les pratiques anticoncurrentiel es, utilisant le brevet comme une arme pour bloquer
des concurrents, jointes à des actions en justice offensive, sont fréquentes. Du fait des portefeuil es
de brevets qu'ils détiennent, et de leur puissance financière, ces grands groupes sont en mesure
de contrôler toute la recherche publique, au niveau mondial.
Industrie des semences
Industrie agrochimique
(CA 2002 en millions $)
(CA 2002, en millions $)
CA
% Semences
CA
% Agrochimie
Semences
/ CA Total
Agrochimie
/ CA Total
DUPOND/PIONEER
2000
8,9%
SYNGENTA
5260
84,9%
MONSANTO
1585
33,9%
BAYER Crop Sc.
5000
16,9%
SYNGENTA
937
15,1%
BASF
3454
10,7%
LIMAGRAIN
826
81,1%
MONSANTO
3088
66,1%
SEMINIS
455
95,4%
DOW Agrosc.
2417
8,8%
KWS
424
100,00%
DUPOND/PIONEER
1793
5,0%
ADVANTA
420
100,00%
Total
6647
Total
21012
Estimation CA
18000
Estimation CA
25000
Monde
Monde
Part des 7 premiers
36,93%
Part des 6 premiers
84%
Source : Rapport du groupe de travail animé par Alain Weil : « Vers une mutualisation de la propriété intel ectuel e publique en
biotechnologies à vocation agronomique »
Emmanuel Delannoy
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Face à ce constat, des initiatives émergent.
Certains chercheurs (K. Ravi Srinivas - 2002, Janet Hope - 2003, Cukier - 2003) plaident pour une
mise en oeuvre des principes de propriété intel ectuel e inspirée de ce qui se pratique pour le
logiciel libre, avec les notions de Licence Publique, de code source ouvert et de Copyleft
(littéralement "gauche d'auteur"). Ces principes pourraient notamment être applicables dans des
domaines où la ressource principale est constituée d'information, ne nécessitant pas d'équipement
coûteux. Ce qui pourrait être la cas de séquences d'ADN ou d'autres structures moléculaires, de
protocoles ou de procédés.
La fondation Rockefel er a soutenu aux Etats Unis une initiative appelée PIPRA (Public-Sector
Intel ectual Property Ressource for Agriculture), à laquel e se sont jointes plus de dix universités
publiques américaines et quelques fondations privées. Cette initiative prévoit la mise en place
d'une gestion mutualisée des droits de propriété intel ectuel e, afin de favoriser la diffusion des
savoirs et l'innovation.
En France, le CIRAD, l'IRD, l'INRA, l'IFREMER et le CNRS ont publié en juin 2004 un rapport
faisant les mêmes constats, et proposant une solution proche du système PIPRA, en mutualisant
les droits de propriété intel ectuel e, sur la base des systèmes actuels (brevets, COV, ...), au niveau
européen.
Toutes ces initiatives ont en commun la volonté de réintroduire la notion d'intérêt général dans le
développement des biotechnologies, en les mettant au service des populations les plus démunies,
et de permettre la création d'un socle commun de connaissances pour les innovations futures.
Des brevets sur le vivant
Dans le même temps, un débat important porte sur la brevetabilité du vivant et des produits issus
de processus biologiques. Dans ce domaine, la législation et les conventions internationales
semblent avoir tenté de suivre l'évolution rapide des sciences, des technologies et des pratiques
commerciales (voir notamment la chronologie en annexe sur ce point).
Mais la façon dont les pratiques ont influencé les textes réglementaires semble démontrer que le
souci principal des législateurs et des négociateurs était de ne pas entraver le développement d'un
secteur économique prometteur et de faciliter les échanges commerciaux, sans forcément prendre
toute la mesure des enjeux éthiques, sociaux ou environnementaux.
Il en résulte aujourd'hui une certaine confusion entre vivant et inerte, entre invention et découverte,
entre procédé industriel et processus naturel. Cette "banalisation" du vivant et des ressources
génétiques en font des marchandises comme les autres. Il semble d'ail eurs que les états
souhaitent exercer dans ce domaine un moindre contrôle que, par exemple, sur l'énergie ou les
transports, et ce malgré des déclarations spectaculaires comme cel es faites sur l'interdiction du
clonage humain.
Mais la "matière première", indispensable aux progrès des biotechnologies, doit sa richesse à la
biodiversité naturel e. Quel est son statut aux termes du droit international ?
A qui appartient la biodiversité ?
Garrett Hardin, dans "la tragédie des communs", ne voyait que deux solutions possibles pour éviter
la destruction à laquel e tout bien commun est selon lui vouée :
- Une solution "communiste" ou autoritaire : la ressource est gérée par une autorité supérieure,
chargée d'al ouer à chaque utilisateur des quotas fixés de manière à garantir la pérennité de
la ressource ;
- Une solution "libérale" : l'attribution de titres de propriété sur des parcel es de la ressource
permet d'arriver au même résultat, chaque détenteur de titre étant soucieux de la pérennité
de son patrimoine.
Directement ou non, il semble que la pensée d'Hardin ait influencé les conventions et textes
régissant la biodiversité (ainsi probablement que les conventions sur les fonds marins, les
émissions de carbone, etc.).
Emmanuel Delannoy
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Un consensus tacite semblait prévaloir jusqu'aux années 80, sur le fait que la diversité biologique
pouvait être considérée comme un "patrimoine commun". L'utilisation des ressources issues de la
biodiversité naturel e était alors libre, sans contraintes ni de frontières, ni de titres de propriété.
(La précision - biodiversité "naturel e" - n'est pas fortuite. Les variétés agricoles, issues de
pratiques de croisement / sélection, font l'objet de protections plus ou moins fortes depuis très
longtemps).
A partir des années 80, la prise de conscience par les pays en développement de la fragilité de
leurs ressources naturel es, la volonté de prendre leur part dans l'exploitation de ces ressources, et
l'impression d'être les victimes d'un "biopiratage" de la part de grandes compagnies
agroalimentaires ou pharmaceutiques du nord, a conduit à une évolution de cette conception.
La biodiversité naturel e9 changera de statut lors de la négociation à Nairobi, en 1992 de la
Convention sur la Diversité Biologique (CDB), qui sera proposée à la signature des états lors du
sommet de Rio, la même année.
De "patrimoine commun de l'humanité", la biodiversité devient dans ce texte une "préoccupation
commune à l'humanité". La grande nouveauté est l'attribution aux états de la souveraineté sur leurs
ressources naturel es, y compris génétiques. Le texte n'instaure pas de titre de propriété du même
niveau que les brevets pour le vivant, mais incite les parties contractantes à "coopérer sans
préjudice des législations nationales et du droit international".
Dans le même temps, la brevetabilité du vivant est devenue possible, et même courante,
notamment suite au jugement de la cour suprême dit "Chakrabarty vs Diamond" (voir annexe 3) et
à la négociation à l'OMC des ADPIC (Accords sur les Droits de Propriété Intel ectuel e relatifs au
Commerce).
Dans ce contexte, la diversité génétique est devenue une matière première négociable, que les
états détenteurs sont libres de concéder à des opérateurs privés ou de négocier sur le marché
mondial. L'apparition d'accords de "bioprospection" entre des états du Sud et des compagnies
multinationales en est une il ustration.
Création de richesse, pour qui, pour quoi ?
Si l'économie est l'un des trois piliers du développement durable, c'est que quelque soit le modèle
économique, la création de richesses est le moteur qui permet d'agir sur le plan social comme sur
le plan environnemental.
Mais, examinée dans la perspective d'un développement durable, c'est de création de richesse
nette qu'il faudrait parler, en intégrant dans l'évaluation les externalités* (les coûts supportés par la
col ectivité ou l'environnement) et le coût des services écologiques* impactés.
Une activité économique rentable en première analyse, pourrait très bien se révéler destructrice de
valeur nette s'il el e a un impact négatif sur la biodiversité ou sur les grands cycles écologiques. De
même, si cette activité a pour effet de dégrader la cohésion sociale, el e risque de créer des
tensions qui pourront avoir un jour un effet dévastateur.
Un développement économique qui se révèlerait en analyse poussée destructeur de valeur sur le
plan social ou environnemental reposerait donc sur une hypothèque, et reviendrait à "vivre au
dessus de ses moyens".
La question est donc de savoir quel es activités économiques sont susceptibles de créer de la
valeur nette, et à quel es conditions.
Dans le cas des biotechnologies, les outils ne sont pas eux même en cause, c'est donc la façon
dont ils sont mis en oeuvre qui est à analyser.
Les potentialités sont intéressantes. Face aux enjeux démographiques, le besoin de nourrir les
populations nécessitera vraisemblablement d'adapter les moyens de production. La perspective
9 Le texte parle aussi des savoirs traditionnels locaux, en particulier la connaissance des applications potentiel es des variétés
végétales et animales.
Emmanuel Delannoy
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d'agir plus efficacement contre les pandémies, causes de drames innombrables et destructrices du
tissu social, est porteuse d'espoir.
Ces objectifs pourraient être atteint en contribuant à créer des emplois et des rentrées fiscales tout
en développant des échanges commerciaux.
Mais la concentration oligopoliste du secteur des biotechnologies, en particulier dans le secteur
agricole, suscite plusieurs inquiétudes :
1. Le sentiment des populations des démocraties du nord que le secteur des biotechnologies
progresse pour lui même, et qu'au lieu de contribuer au bien de l'humanité, ses progrès ne
font que renforcer la position dominante des quelques entreprises qui contrôlent le marché.
Le poids économique de ces groupes multinationaux, l'influence de leurs actions de
lobbying et leur puissance de feu en termes de budget de R&D font qu'el es échappent
pratiquement au contrôle des législations nationales ;
2. Cette concentration de moyens économiques, la pratique systématique de protections
juridiques fortes de la propriété intel ectuel e rendent le "ticket" d'entrée dans le secteur
particulièrement élevé. Ce qui fait des biotechnologies un nouvel instrument de la
domination du sud par le nord. Alors même que les populations du sud sont cel es qui ont
le plus besoin d'avancées dans les domaines agronomiques et de la santé.
Des alternatives sont pourtant possibles, pour autant qu'el es puissent éclore.
La concentration oligopolistique du secteur du logiciel n'a pas empêché le succès du logiciel libre.
L'émergence et le succès du logiciel libre n’ont pas non plus détruit le secteur du logiciel
commercial, ce qui prouve que les deux approches pouvaient coexister. A l'exception de Microsoft,
la plupart des grands du secteur (IBM, SUN, Oracle, Novel ) ont intégré le logiciel libre dans leur
activité, parfois en y trouvant une occasion de renouer avec le profit et la croissance.
La nouvel e économie de l'intel igence et du savoir a prouvé sa pertinence dans le secteur de
l'informatique. El e a démontré qu'el e était capable de renforcer l'innovation, tout en la rapprochant
des préoccupations de l'ensemble des acteurs.
De même, une "moralisation" des biotechnologies est possible, par une meil eure prise en compte
des besoins des "utilisateurs", et par une pratique col aborative entre toutes les parties intéressées,
notamment les gouvernements des pays du sud et les centres de recherche publique.
Une tel e approche est encore possible, et il est même tout à fait vraisemblable que les géants du
secteur y voient une occasion, à condition qu'il sachent observer et comprendre, de pérenniser leur
action en travail ant avec, et non contre, les populations (qui sont aussi leurs clients finaux).
Emmanuel Delannoy
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3.2 Aspect Social / Sociétal
Vers une "fracture biotechnologique" ?
Du nord au sud
Le "ticket d'entrée" pour les pays n'ayant pas encore développé leur secteur des biotechnologies
sera élevé :
- Parce qu'il s'agit d'une technique de pointe, et que des investissements coûteux en locaux et
en matériels sont indispensables.
- Parce les personnes compétentes sont rares et chères, ou que leur formation est longue et
coûteuse.
- Parce que les pays du nord, et principalement de grandes compagnies privées, ont pris une
avance considérable, et qu'il sera difficile de revenir à leur niveau.
- Mais aussi parce des systèmes de protection stricts de la propriété intel ectuel e ont été mis
en place, protégeant les positions acquises.
Cette situation crée aujourd'hui une véritable "fracture biotechnologique" entre le nord et le sud.
Une pression commerciale très forte s'exerce aujourd'hui sur les agriculteurs des pays du sud pour
qu'ils adoptent les semences et les intrants agricoles de quelques grandes compagnies
agrochimiques qui contrôlent le marché mondial.
Le risque est alors double :
" Les fermiers du Sahel tireraient un énorme avantage
d'un sorgho résistant au mildiou. La moitié de la
- D'une part, cette pression pousse à
récolte du Sorgho, qui est un produit de base, est
l'abandon des variétés traditionnel es,
généralement détruite par le mildiou, et les fongicides
pourtant adaptées aux climats et aux
sont trop onéreux et posent eux même des problèmes.
sols locaux, et à leur remplacement par
Toutefois, il semble que le seul moyen de produire un
quelques variétés, ce qui appauvrit la
sorgho résistant au mildiou soit la transgénèse, car le
biodiversité agricole,
pool génétique du sorgho et des céréales avec
lesquel es il peut être croisé ne contient aucun gène
- D'autre part, la monoculture qui en
approprié. Dans ce cas, les risques, réels, peuvent
résultera rendra les exploitations
être envisagés parce qu'un sorgho résistant au mildiou
agricoles
plus
vulnérables
aux
permettrait de sauver de nombreuses vies. Par
soubresauts des marchés, à l'évolution
comparaison, le colza résistant aux herbicides (le
des climats, à l'apparition de nouveau
glyphosate), présente des risques aussi important,
ravageurs ou à cel e de résistances.
voire plus important avec le risque d'évasion d'un gène
de résistance au glyphosate, mais n'offre en face
Sauf à réformer le système de la protection
comme bénéfice qu'une réduction minime de son prix
intel ectuel e sur le vivant et les technologies
de revient, déjà fort bas".
dérivées, et à renforcer l'effort de coopération
Col in Tudge
et l'aide au développement, le sud risque bien
de se retrouver dans une situation de
Qui travail e à améliorer le sorgho aujourd'hui ?
dépendance encore accrue vis à vis du nord.
Ce risque d'une dépendance accrue du sud se traduit aussi dans le domaine de la santé, comme
l'a il ustré le procès de Johannesbourg (sur les médicaments contre le SIDA). Les grands groupes
pharmaceutiques ont préféré retirer leur plainte et ont finalement accepté le principe des "licences
obligatoires", sous la pression de l'opinion publique et des ONG, mais il s'agissait là de
médicaments déjà disponibles, largement diffusés et rentabilisés sur les marchés du nord.
La mise au point d'un nouveau médicament est estimée, sur l'ensemble du processus, à un ordre
de grandeur de 800 Mil ions de $. (G.J Persley and I. Sergeldin - 2002). Les besoins des pays en
développement pour des nouveaux médicaments permettant de soigner les maladies tropicales
sont énormes. Mais le marché n'est pas solvable et ne correspond pas aux critères des grandes
entreprises pharmaceutiques, ce qui fait que les maladies et parasitoses tropicales ont aujourd'hui
un statut de maladies "orphelines".
Emmanuel Delannoy
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Et du nord au nord ?
Dans le nord aussi, le risque d'une "fracture sociale" d'origine biotechnologique est plausible. Le
coût des nouveaux traitements est élevé. Leur remboursement par les systèmes d'assurance,
public ou privé ne sera peut être pas systématiquement garanti (C’est déjà le cas aux Etats-Unis).
La possibilité offerte aujourd'hui de moyens de dépistage des maladies génétiques, ou d'une
prédisposition génétique à certaines maladies pose dès aujourd’hui, ou posera dans un avenir
proche un problème éthique grave. Des compagnies d'assurance pourraient être tentées de
proposer des tarifs plus attractifs à leurs clients bénéficiant des "bons" gènes. Voire d'exclure ceux
qui possèderaient les "mauvais". De tels tests pourraient être exigés préalablement à l'embauche,
voire pour l'accession à un crédit immobilier.
Ces risques peuvent être prévenus par un cadre légal interdisant la pratique des tests génétiques à
des fins autres que médicales, et offrant des garanties accrues de la confidentialité des données
médicales. Mais pour combien de temps, et est-ce que tous les pays adopteront des législations
équivalentes ?
Dans une économie mondialisée, il suffirait qu'une seule compagnie d'assurance vie "off shore"
propose des contrats particulièrement attractifs, conditionnés à un test génétique préalable, pour
qu'une brèche s'ouvre.
Au delà, et sans doute pour une échéance plus lointaine, certains groupes seront tentés
d'améliorer l'espèce humaine10, par une sorte de "super eugénisme" moderne, à l'aide des
métatechnologies*. Ces groupes, appelés les transhumains, affichent déjà aujourd'hui ouvertement
leurs objectifs, et n'ont aucun problème pour trouver des financements. Si ce projet devait un jour
se concrétiser, c'est à une véritable scission de l'espèce humaine que l'on assisterait. Pour irréel et
absurde que semble être ce projet, il n'en est pas improbable à moyen terme. Quel es seront les
conséquences de la mise en oeuvre d'un tel projet ? Une simple interdiction suffira t’el e ?
Innovation, science et société
L'actualité le démontre bien, les biotechnologies font débat. La transgénèse, qui n'en est qu'un des
aspects, suscite même un très fort sentiment de rejet de la part d'une majorité de la population des
pays de l'Europe de l'ouest.
Les relations entre la science et la société ont souvent été tumultueuses, évoluant de la confiance
dans le fait que la science règlerait "comme par magie" tous les problèmes de la société, à la
méfiance, surtout ces dernières décennies.
L'impression qui se dégage de la situation actuel e est qu'un fossé semble se creuser entre la
communauté scientifique "Ces chercheurs dont on ne sait pas trop ce qu'ils font dans leur tour
d'ivoire", et le grand public "Qui de toute façon n'y comprend rien".
Une interrogation revient souvent, révélatrice dans sa formulation : "La science est el e encore au
service de la société ?" (Anne Briand Bouthiaux - 2001)
Le dialogue semble être, de part et d'autre, le fait d'une minorité. Certains scientifiques, lucides sur
la situation particulière de la science au début du 21ième siècle, et sur son rôle dans la recherche
d'un développement durable, se font vulgarisateurs. Certains élus et simples citoyens ont compris
qu'une compréhension des enjeux et des débats scientifiques était aujourd'hui indispensable au
bon fonctionnement de la démocratie.
On ne peut que regretter qu'une émission scientifique hebdomadaire de bon niveau, comme
Archimède sur ARTE, ait disparu des écrans fin 2003, sans être vraiment remplacée. L'intérêt du
public pour les questions scientifiques d'aujourd'hui, et leur accès à l'information dans ce domaine
est un préalable indispensable à un dialogue constructif entre la science et le grand public.
Pourtant, la situation peut encore évoluer favorablement. Les évènements du début 2004 (Sauvons
la recherche !) ont prouvé que la communauté scientifique française pouvait bénéficier d'un soutien
large de la part de l'opinion publique. Le rôle de la science pour préparer l'économie et les emplois
de demain, pour répondre aux défis du développement durable, et plus généralement pour
10 Voir le rapport « Beyond Therapy », du Président's council for bioethics et l'article de « La Recherche » d'août 2004 « Vers les
humains améliorés ? ».
Emmanuel Delannoy
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préparer le monde dans lequel vivront nos enfants semble avoir été bien compris. La question de
savoir qui décidera de l'orientation de la recherche et de ses applications, du marché ou de la
démocratie, reste ouverte.
De la RSE à la RSS ?
La "Responsabilité Sociale des Entreprise" (traduction imparfaite de "Corporate Social
Responsibility") se veut la transposition des principes de Rio et du développement durable dans la
vie de l'entreprise. Cette notion repose sur plusieurs éléments fondamentaux :
- Les "parties intéressées" ou "parties prenantes" (Stakeholders, littéralement porteurs
d'intérêt). L'entreprise les identifie et dialogue avec el es dans un partenariat "gagnant /
gagnant". Outre ses actionnaires et ses clients, les parties intéressées sont par exemple l'état
et les col ectivités locales, les salariés et leurs représentations syndicales, les associations de
riverains, de protection de la nature, ...
- La reconnaissance du rôle de l'entreprise au sein de la société et de sa responsabilité (traduit
dans le domaine environnemental, par exemple, par le principe "pol ueur / payeur").
- L'intégration des 3 piliers du développement durable : La performance économique, l'équité
sociale, et la protection de l'environnement.
La science, ou plutôt la communauté scientifique, a de tous temps joué un rôle actif au sein de la
société. En développant et en diffusant les savoirs, bien sûr. En changeant les repères et les
perspectives, comme l'ont fait spectaculairement Galilée, Darwin, ou Freud (La terre n'est pas au
centre de l'univers, l'homme n'est qu'une espèce animale issue de l'évolution, et de plus il ne
maîtrise même pas son propre cerveau !). Certains ont fait sauter des verrous sociologiques,
comme Thomas Henry Huxley qui fit entrer les femmes à l'université. D'autres ont tiré des
sonnettes d'alarme. Einstein, Bohr et d'autres physiciens ont informé le président Roosevelt du
risque que les Nazis mettent au point les premiers l'arme nucléaire. Aujourd'hui, de nombreux
scientifiques de haut niveau, comme Hubert Reeves, Martin Rees, Jacques Testard et d'autres
mettent en garde l'humanité contre les risques technologiques.
La RSS (Responsabilité Sociale de la Science) existe déjà. Il reste à la décrire et à la nommer (un
vrai travail de taxonomiste !).
El e repose sur les mêmes fondations que la RSE : Le reconnaissance des parties prenantes et le
dialogue, la reconnaissance d'un rôle actif de la science au sein de la société et une contribution au
développement économique, à l'équité sociale et à la protection de l'environnement.
L'acceptation du concept de RSS conduit à une exigence d'exemplarité de la part de la recherche,
en particulier de la recherche publique. Exigence aussi de cohérence entre les missions de la
recherche publique, au service du bien être de l'humanité d'aujourd’hui et de demain, et la façon
dont son activité est menée, dans la transparence et le respect de l'environnement.
Quel "mandat social" pour la recherche ?
La RSS pose la question du "mandat social" de la recherche. Derrière ce terme de "mandat" se
trouve la question de savoir qui, de la science ou de la société, entraîne qui ?
Il semble que, depuis que l'homme découvre, invente et met au point des outils, c'est plutôt
l'humanité qui s'adapte au progrès technologique, et l'intègre au fil du temps comme faisant partie
de son environnement.
Il est possible de concevoir d'inverser le paradigme et de décider que c'est à la recherche et
l'innovation technologique de répondre aux besoins de la société, plutôt que d'attendre que cette
dernière absorbe systématiquement et passivement ce qu'on lui propose.
Cette approche paraît aujourd'hui utopique, mais un simple changement de regard, une évaluation
de la recherche et des nouvel es technologies à l'aune des besoins de l'humanité permettrait
d'avancer vers une sorte de "consentement éclairé", par analogie avec la pratique en milieu
médical.
Le patient (la société), demande au médecin (la science) de lui expliquer l'objectif, les enjeux, mais
aussi les risques associés à l'intervention qu'il va subir (les OGM, au hasard). Le patient prend
alors la décision d'accepter ou de refuser l'intervention (y compris les risques) en connaissance de
causes.
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Cette inversion permettrait aussi de définir les objectifs de la recherche. Le cas des OGM dit "de
première génération" est éclairant. Bien qu'ils aient été présentés comme étant capables de
résoudre des problèmes d'environnement, de disponibilité ou de sécurité alimentaire, ils n'ont pas
été créés dans ce but, mais seulement pour renforcer la position sur le marché des grandes
entreprises du secteur agrochimique. Il est difficile dans ces conditions de faire accepter par le
public une technologie dont il risque de subir les inconvénients, sans qu'il en perçoive de bénéfices
potentiels.
La notion de mandat soulève la question controversée du contrôle démocratique de la recherche
scientifique et de ses applications. El e implique qu'un dialogue s'instaure entre la société civile, ou
des représentants légitimes de cel e ci, et la communauté scientifique. El e pose la question de la
formation, de l'information et de la transparence vis à vis du grand public, à priori non compétent
sur les thèmes scientifiques les plus complexes. El e implique bien évidemment que la société
civile s'implique, s'intéresse et cherche à comprendre en questionnant la communauté scientifique.
Cette pratique émerge peu à peu, mais reste marginale. Les débats issus des mouvements
sociaux de la recherche en 2004 peuvent relancer le processus.
En conclusion sur ce thème, et pour paraphraser Churchil , on pourrait considérer que la
démocratie est le pire moyen de contrôler la recherche scientifique, à l'exclusion de tous les
autres...
Le contrôle de la recherche par l'autorité publique (mais pas toujours, hélas, par
la voie démocratique), se pratique depuis longtemps, par l'intermédiaire de la
commande publique et de l'al ocation des ressources financières, notamment
en matière de défense, d'énergie ou de prestige national. Les exemples
abondent de politiques dites "Schumpetériennes", du Concorde à la Guerre des
Etoiles, en passant par le programme nucléaire français. Le changement de
paradigme évoqué plus haut n'impliquerait donc qu'un renforcement de l'intérêt
de l'état pour d'autres domaines de la recherche, notamment dans le secteur de
la gestion de l'eau, de la biodiversité, de la santé et de l'agronomie, en
particulier dans une perspective d'équilibrage du développement nord / sud.
Une plus grande implication du secteur public dans ces domaines négligés par
le secteur privé, faute de perspectives de rentabilité à court terme, permettrait
des avancées significatives et contribuerait fortement à l'enrichissement des
savoirs et à leur diffusion dans l'intérêt général.
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Principe de responsabilité
"Le respect de la dignité de le personne devrait se concevoir aussi en termes de respect de la
dignité des générations futures : nous sommes responsables des conditions de vie que nous
créerons pour ces êtres humains qui n'existent pas encore"
Axel Kahn11
Asilomar
La conférence d'Asilomar, en 1975, a établi un précédent intéressant.
A l'initiative de Paul Berg, de l'université de Stanford, les principaux chercheurs en biologie
moléculaire, au niveau mondial, se retrouvaient pour plusieurs jours de débats sur les enjeux et les
risques associés à la nouvel e technologie de l'ADN recombinant.
Ils publient à l'issue de la conférence un appel, la "déclaration d'Asilomar", invitant la communauté
scientifique à évaluer les risques, mettre en oeuvre des mesures de précaution, et proposent un
moratoire de deux ans sur certaines expérimentations.
James Watson, codécouvreur de la double hélice de l'ADN, faisait partie des signataires. Même s'il
a considéré par la suite que cette "pause" dans le développement de la technologie était exagérée,
le fait que la communauté scientifique se soit posée la question, en ait débattu se soit auto régulée
reste remarquable.
D'autres appels, par la suite, ont relancé le débat sur un ralentissement de la recherche, ou sur
l'application d'un "principe de prudence". L'appel de Bil Joy "Why the future does'nt need us"12,
publié dans Wired en 2002, portant sur les risques à long terme liés aux technologies de
l'information, a provoqué un véritable choc, d'autant qu'il était lancé par une personnalité reconnue
du secteur, inventeur du langage Java et co-fondateur de Sun Microsystems.
Plus récemment, Robert Freitas, (Institute for Molecular Manufacturing) a lancé un appel pour un
moratoire limitant à des simulations sur ordinateur les expérimentations sur les structures
nanotechnologiques autoréplicantes. (Ces structures pourraient éventuel ement conduire à un
scénario dit "Grey Goo", popularisé par Michel Chrichton dans son roman "Prey", et conduisant à
l'assimilation totale du carbone - ou d'une autre ressource).
Ces quelques exemples il ustrent un des aspects du concept de "Responsabilité Sociale de la
Science".
Mais cette implication des scientifiques dans la vie de la société, dans la prise en compte des
risques que leurs activités font porter à la col ectivité ne doit pas systématiquement être aussi
spectaculaire. El e ne devrait pas non plus prendre systématiquement la forme d'un appel à un
moratoire ou à un ralentissement de la recherche. On pourrait même considérer comme un signe
de maturité que cette implication se concrétise de manière plus diffuse à travers une réflexion
permanente et un dialogue apaisé avec la société.
Cependant, ces exemples il ustrent bien la position développée par Hans Jonas dans "Le principe
de responsabilité". Dans cet ouvrage publié en 1979, Jonas tente d'explorer ce que pourrait être
une éthique de la société technologique, en prenant en compte les générations futures et l'impact
potentiel à long terme des innovations technologiques.
Le sommet de Rio permettra quelque temps après de populariser le concept de "principe de
précaution", liant à un contexte d'incertitude et à des risques potentiel ement graves et irréversibles
l'application de mesures préalables d'investigation et de précaution pour encadrer et limiter le
risque.
Cette approche impose aussi de ne pas compter sur les éventuels progrès à venir de la science
pour corriger les inconvénients des innovations d'aujourd'hui. Ce qui implique une évaluation
rationnel e du progrès technologique sur la base des connaissances actuel es, y compris en tenant
11 Société et Révolution Biologique (p.47)
12 « Pourquoi le futur n’a pas besoin de nous »
Emmanuel Delannoy
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compte de leur incomplétude. Cette reconnaissance explicite des "zones d'ombre" permettra à la
fois d'orienter la recherche, mais aussi d'appliquer de manière rationnel e, proportionnel e et
efficace le principe de précaution. Comme le fait remarquer Guy Pail otin, chercheur à l'INRA "Il n'y
aura pas toujours de nouvel es molécules pour répondre aux problèmes nés de l'usage des
précédentes."
Sécurité, insécurité et sensibilité au risque
Les adversaires du principe de précaution l'accusent de sacrifier toute possibilité de progrès sur
l'autel de la sécurité. Il est vrai que nous vivons à une époque ou la rapidité de la circulation de
l'information, le pouvoir des images et le goût des médias pour le coté "spectaculaire" de
l'information contribuent à une prise de conscience particulièrement aigue du risque, et à son rejet
catégorique par une grande majorité du public.
Mais la sécurité n'en reste pas moins un besoin fondamental, un ingrédient indispensable à
l'épanouissement de la personne humaine, sans même qu'il soit besoin de renvoyer à Maslow et à
sa pyramide. Il semblerait en effet peu conforme à l'éthique et à la dignité de la personne humaine
que de faire vivre des populations entières dans une insécurité permanente.
Mais la sécurité n'est jamais que relative. El e est essentiel ement une question d'appréciation
subjective, variable selon les cultures, les époques, et le niveau de développement de la société.
En science, en technologie, comme dans tout autre domaine, le risque zéro n'existe pas. C'est
même le prix à payer pour notre liberté et pour le progrès de l'humanité.
Il est donc important de préciser la nature et le niveau du risque, (Mineur, grave, majeur), sa
probabilité d'occurrence, la façon dont il est perçu, et le bénéfice éventuel associé au risque.
Certains risques suscitent un rejet fort, passionnel, alors que d'autres sont plus ou moins consentis.
Dans ce domaine, une évaluation doit être menée au cas par cas.
Principe de précaution
La loi dite « Barnier » de 1995, reprend pour l'essentiel les termes de la déclaration de Rio :
« l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment,
ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque
de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable. »
La vigueur du débat qui a accompagné la rédaction de la "Charte de l'environnement", laquel e doit
donner au principe de précaution un caractère constitutionnel, a montré qu'il était mal accepté par
une partie de la communauté scientifique. Cette méfiance vis à vis du principe de précaution tient
en partie à la peur d'un blocage de la recherche, mais aussi beaucoup aux difficultés pratiques
liées à sa mise en oeuvre. Une lecture simpliste du principe de précaution conduit à le considérer
comme un "tout ou rien" où face à l'inconnu, l'inaction serait la seule option.
La loi parle pourtant de "mesures effectives et proportionnées". Philippe Kourilsky parle lui d'une
façon de « compenser l'incertitude par une rigueur d'autant plus grande du côté des procédures ».
C'est tout un ensemble de mesures d'accompagnement, de surveil ance, d'investigations et de
recherches complémentaires qui sont à mener. La biologie, qui de par son extraordinaire
complexité est le domaine de l’incertitude et de l'imprédictibilité, se prête particulièrement à
l'application du principe de précaution. Lequel, curieusement, est limité par la loi aux risques
environnementaux, et exclut théoriquement les risques sur la santé humaine. Mais les précédents
du sang contaminé, de l'amiante ou de la "vache fol e" devraient inciter les pouvoirs publics à la
vigilance sur ce point, ce que semble démontrer par exemple la création de l'AFSSA (Agence
Française de Sécurité Sanitaire et Alimentaire).
L'application du principe de précaution devrait donc, au lieu de bloquer la recherche, plutôt
contribuer à en renforcer le rôle, ne serait ce que pour réduire l'incertitude sur laquel e il repose.
Un nouveau champ d'expertise s'ouvre pour l'analyse des risques, leur évaluation, l'étude de leurs
aspects "sociologiques", et sur les mesures de précaution et de surveil ance à mettre en oeuvre.
Emmanuel Delannoy
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LES DIX COMMANDEMENTS DE LA PRÉCAUTION
1) Tout risque doit être défini, évalué et gradué.
2) L'analyse des risques doit comparer les différents scénarios d'action et d'inaction.
3) Toute analyse de risque doit comporter une analyse économique qui doit déboucher sur
une étude coût/bénéfice (au sens large) préalable à la prise de décision.
4) Les structures d'évaluation des risques doivent être indépendantes mais coordonnées.
5) Sortir de l'incertitude impose une obligation de recherche.
6) Les décisions doivent, autant qu'il est possible, être révisables et les solutions adoptées
réversibles et proportionnées.
7) Les circuits de décision et les dispositifs sécuritaires doivent être non seulement
appropriés mais cohérents et efficaces.
8) Les circuits de décisions et les dispositifs sécuritaires doivent être fiables.
9) Les évaluations, les décisions et leur suivi, ainsi que les dispositifs qui y contribuent,
doivent être transparents, ce qui impose l'étiquetage et la traçabilité.
10) Le public doit être informé au mieux et son degré de participation ajusté par le pouvoir
politique.
(Source : Du bon usage du principe de précaution, P.Kourilsky, Ed. Odile Jacob, 2000)
Emmanuel Delannoy
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3.3 Aspect Environnemental
Biotechnologies et Biodiversité
Parler des aspects environnementaux des biotechnologies, c'est d'abord parler des Organismes
Génétiquement Modifiés. Par nature, un organisme à vocation agricole est destiné à être cultivé, et
donc à interagir, en tant qu'organisme vivant, avec l'écosystème dans lequel il est placé.
L'introduction de caractères génétiques étrangers dans un organisme peut éventuel ement avoir un
effet, direct ou indirect, sur ses interactions avec le milieu, notamment dans les cas suivants :
- Flux de gènes (ou flux vertical) : Un organisme peut transmettre à d'autres organismes de la
même espèce, ou d'espèces voisines, ses caractères nouvel ement acquis par l'intermédiaire
de la reproduction sexuée. Les plantes génétiquement modifiées peuvent transmettre leurs
caractères par pol inisation (anémophile - par l'intermédiaire du vent, ou entomophile, par
l'intermédiaire d'insectes butineurs). Dans le cas des arbres génétiques, notamment les pins,
la pol inisation se fait par l'intermédiaire du vent, et le pol en peut parcourir des distances de
plus de 60 km. Autre exemple récent, un gazon pour terrains de golf, résistant à l'herbicide
Round up®, est capable de transmettre sa résistance à de nombreuses espèces de
graminées jusqu'à 30 Km de distance. Les premiers poissons transgéniques, des saumons,
attendent pour cette année leur agrément par la FDA. Une inconnue subsiste sur la capacité
qu'auraient des individus échappés d'une ferme aquacole de se reproduire dans le milieu
naturel.
- Transfert de gènes (ou transfert horizontal) : Par des mécanismes assez complexes, le plus
souvent par l'intermédiaire d'une bactérie ou d'un virus jouant le rôle de vecteur, il arrive
qu'un organisme transmette un gène à d'autres organismes appartenant à d'autres espèces,
éventuel ement très éloignées. Ce transfert peut s'opérer par exemple d'une plante à un autre
végétal, d'une plante à une bactérie, voire d'une plante à un animal (insecte par exemple).
Dans certains cas, un caractère non désiré peut être transmis, dont les inconvénients
peuvent être significatifs, comme une résistance aux antibiotiques, à un herbicide ou à un
pesticide.
- Impacts sur la chaîne alimentaire ou sur la biologie des sols : Des effets indirects,
susceptibles de n'être détectables qu'après une longue période, peuvent se manifester, soit
sur la microfaune des sols (bactéries, virus, vers, insectes, ...), soit sur les herbivores, puis
remonter la chaîne alimentaire.
- La modification des pratiques agricoles liées aux nouvel es caractéristiques des variétés
OGM peut éventuel ement avoir des effets induits sur l'écosystème : consommation d'eau
accrue, épuisement précoce des sols, ...
Ces différents effets sont souvent difficiles à évaluer. Le risque peut souvent sembler infime en
première analyse, mais se révéler significatif quand une variété transgénique est cultivée pendant
plusieurs années consécutives sur de grandes surfaces (plusieurs mil ions d'hectares).
Tous ces effets se concentrent in fine sur la biodiversité : par modification des caractéristiques des
écosystèmes, par introduction de concurrents nouveaux, par l'abandon de variétés agricoles
traditionnel es, par modification de la chaîne trophique, etc.
Indépendamment des OGM, une très forte pression pèse actuel ement sur la biodiversité, liée à la
fluidité des transports mondiaux, via la propagation de ce qu'on appel e les adventices : espèces
animales ou végétales s’introduisant dans un écosystème d’où el es sont étrangères, et qui y
prolifèrent parce qu’el es y trouvent les conditions favorables à leur développement, souvent en
l’absence de leurs prédateurs naturels. Les exemples abondent : Ambroisie, Caulerpes, Moule
zébrée, Grenouil e américaine, Ecrevisse rouge, etc.
L'introduction dans un écosystème de variétés agricoles obtenues par croisement et sélection
classique, peut éventuel ement aboutir à une variété végétale qui, disposant d’un avantage
compétitif sur ses concurrentes naturel es, se propage à leur détriment. Cependant, l’efficacité de
la technique du transfert de gène rend plus plausible le risque de création d’une « super
adventice », dont la propagation risquerait d’échapper à notre contrôle.
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La biodiversité est peut être notre bien le plus précieux. El e est pour l'humanité un patrimoine
commun, un réservoir de variabilité qui nous permettra peut être, un jour, de faire face à l'inconnu.
Ce réservoir se trouve être aussi le réceptacle final de tous les nouveaux caractères que nous
introduisons dans l'écosystème mondial, indépendamment du procédé employé. La plus grande
vigilance s'impose, pour que nous puissions transmettre aux générations futures ce patrimoine
dans le meil eur état possible.
« Ce qui compte dans la sauvegarde des condors, ce n'est pas tant que nous avons besoin des
condors, mais que nous avons besoin des qualités humaines nécessaires pour les sauver. Car ce
sont précisément cel es-là même qu'il nous faut pour nous sauver nous- mêmes ».
Mac Mil an
Autres aspects environnementaux
Comme toute activité humaine, la recherche et l'industrie des biotechnologies ont des impacts
variés sur l'environnement. Qu'il s'agisse par exemple de l'impact sur l'effet de serre, lié à la
consommation d'énergies fossiles ou aux rejets de pol uants atmosphériques ; ou encore de la
pol ution, quotidienne ou accidentel e, des eaux de surface ou des eaux souterraines.
Dans ce domaine, une analyse doit être menée au cas par cas, par exemple en procédant par
recensement et évaluation des aspects (les interactions entre les activités et l'environnement) et
des impacts environnementaux (les effets de ces interactions). Cette démarche est notamment
prescrite dans le référentiel ISO 14001.
Au delà des aspects liés à toute activité industriel e ou administrative, les spécificités de l'industrie
des biotechnologies sont peut être à rechercher dans les domaines suivants :
- Effets sur la santé et l'environnement des produits chimiques (solvants, réactifs, intercalants, etc.)
utilisés dans le processus normal de recherche ou de production,
- Effets des nouvel es molécules synthétisées ou produites par des OGM, et n'existant pas à l'état
naturel. Ces effets doivent être notamment analysés dans un cycle de vie complet : Production (et
sous-produits associés), distribution, utilisation, élimination, dégradation dans l'environnement,
effets indirects des nouvel es associations avec d'autres composés chimiques.
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Deuxième partie : Approche méthodologique
Le tour d'horizon des zones "d'interfaces" entre biotechnologies et développement durable, proposé en
première partie de ce texte, il ustre la complexité et les nombreux aspects du sujet.
La mise en oeuvre des principes du développement durable dans un organisme de recherche ou dans
une entreprise du secteur des biotechnologies semble être un exercice délicat. Certains aspects
"passionnels" du débat (OGM, bioéthique, ...) rendent difficile l'application des bonnes pratiques de
gouvernance et la concertation des parties prenantes. La tentation peut être grande de contourner cette
phase de dialogue par des actions de communication à sens unique ou de lobbying, en attendant que
le public ait acquis la "maturité" qu'on lui reproche de ne pas encore avoir (Pour certains, un public
"mature" serait alors simplement un public favorable). Le climat de concurrence internationale
exacerbée, pour la conquête des marchés et pour attirer les investisseurs, ne contribue pas non plus à
faciliter les choses.
Dans ce contexte, cette partie de l'étude propose une approche méthodologique visant à "normaliser"
et "objectiviser" le processus de réflexion et la mise en oeuvre des actions, à travers :
- La réflexion stratégique,
- La définition et la mise en oeuvre de "bonnes pratiques", dans les domaines économiques,
sociaux, et environnementaux,
- Une démarche d'autoévaluation et d'amélioration continue.
Ce concept d'amélioration continue est familier aux qualiticiens. La roue de Deming est pour eux un
véritable "mantra". Son cycle récursif à 4 temps : PDCA (Plan, Do, Check, Act), que par malice et en
clin d'oeil à ma région adoptive je traduirai par PACA (Planifier, Agir, Contrôler, Améliorer), servira de
trame à la suite de l'étude.
- Inventorier les interfaces, les acteurs
(parties intéressées), les enjeux, les
ressources, les impacts, les dilemmes,
- Evaluer les bénéfices et les risques,
- Ecouter les parties prenantes,
- Formaliser la politique, fixer les objectifs
et choisir les indicateurs de suivi,
- Ecouter, communiquer,
- Appliquer le principe de précaution,
- Mettre en oeuvre les actions,
- Surveiler, Contrôler,
- Mesurer les résultats,
- Evaluer,
- Améliorer,
- Ajuster,
- Corriger.
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Cette approche « technique » présente l’avantage d'aborder la mise en oeuvre des principes du
développement durable à travers des pratiques de management concrètes.
Le cadre est fixé par quelques textes de référence : Les concepts et les principes fondamentaux du
développement durable sont décrits dans la déclaration de Rio ou l'Agenda 21, et d'autres documents
apportent une contribution plus proche du terrain. Soit parce qu'ils ont été conçus explicitement dans ce
but, comme le SD 21000, soit parce que leur approche pragmatique peut servir de guide dans l'action,
comme l'ISO 9001 ou l'ISO 14001.
Les quelques exemples donnés en annexe 5 ne constituent pas une approche exhaustive, mais ont été
choisi en fonction de leur notoriété et de leur pertinence dans le cadre de l'étude.
- Pourquoi parler de normes dans une étude où il est essentiel ement question de développement
durable ?
- En quoi des exigences relatives à la mise en oeuvre d'un système de management de la qualité
peuvent el es apporter une réponse pertinente dans ce cadre ?
La révision 2000 de la norme ISO 9001, entre autres, apporte plusieurs éléments de réponse :
El e repose sur l'approche processus et el e est clairement orientée client. La bonne identification des
processus, et leur optimisation, peut aider un organisme à mettre en oeuvre des bonnes pratiques, non
seulement pour maîtriser la qualité du produit ou des services, mais aussi pour mieux maîtriser son
efficacité énergétique ou ses impacts sur l'environnement et la société. De même, une acceptation plus
large de la notion de client, incluant les autres parties prenantes, rend pertinent ce système de
management pour la mise en oeuvre de bonnes pratiques de RSE.
La bonne connaissance par l’organisme de ses « clients » au sens large, de ses processus et des ses
capacités, lui confère une capacité à s’engager indispensable dans la vision stratégique qu’implique la
prise en compte des défis du développement durable.
Cette approche est reprise par le guide SD 21000, publié par l’AFNOR, qui valide l’intérêt d’une
démarche de type « Qualité » pour la mise en œuvre du développement durable par les entreprises.
Les 8 principes du management de la qualité
1/ L'écoute du client (et des parties intéressées),
2/ L'engagement de la direction (Leadership)
3/ L'implication de tout le personnel
4/ L'approche processus
5/ L'approche système.
6/ L'amélioration continue.
7/ La prise de décision fondée sur des éléments factuels
8/ Des relations mutuel ement bénéfiques avec les fournisseurs
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1 Planifier
Ce premier temps du cycle d'amélioration continue doit être l'occasion d'analyser la situation, et d'en
déterminer les enjeux clés. C'est à ce stade aussi qu'il convient d'exprimer les dilemmes, même si leur
résolution n'est pas toujours possible dans l'immédiat.
C'est aussi le plus tôt possible que doit être défini la structure de responsabilité du projet. La direction
doit désigner un responsable, et lui confier l'autorité et la délégation nécessaire au succès de la
démarche. Le responsable désigné doit de son coté demander les moyens, humains, financiers et
matériels dont il aura besoin, et proposer un calendrier d'avancement et de reporting.
1.1 Inventorier
Au moment de commencer dans sa démarche, l'organisme se trouve au départ dans une situation
analogue à cel e d'un explorateur ou d'un géographe dans un territoire inconnu, avec deux choix
possibles :
1. Choisir une direction au hasard et se mettre en marche, en espérant que le hasard ou l'intuition
le mettra sur la bonne voie,
2. Chercher un point de vue dégagé qui lui permettra de relever un certain nombre de point de
repères fixes, qui le guideront plus tard dans sa progression.
Ce relevé des points de repère passe donc par une démarche d'inventaire et de cartographie des
"points fixes", sans négliger les relations et les échanges entre chaque point.
Concrètement, il s'agit d'inventorier :
- les acteurs clés, les autres parties prenantes et les experts, dont l'avis pourra être pris avant
toute décision,
- les enjeux, notamment sur les plans économiques, environnementaux, sociaux, culturels et
éthiques.
1.1.1 Inventorier les acteurs en présence :
a) Les acteurs clés
La première démarche est de fixer un périmètre de référence, et ultérieurement de déterminer qui
sont les acteurs "internes" et les acteurs "externes".
Pour triviale qu'ait l'air cette première question, il est important de déterminer si on agit au niveau
d'un site, d'une division, d'une entité juridique ou d'un groupe. Doit-on inclure les filiales, même si
on ne détient qu’une part de leur capital ? Certaines activités peuvent être sous-traitées. Doit-on les
inclure dans le périmètre ? Dans le cas d'une administration, agit-on au niveau d'une subdivision
locale ou de l'entité nationale ? Faut-il inclure la tutel e dans le périmètre ?
La bonne définition d'un périmètre de référence permettra de mesurer au mieux "l'empreinte" de
l'organisme, y compris si nécessaire en incluant dans l'analyse des soutraitants ou des filiales.
Cette première question traitée, on pourra inventorier les acteurs clés par rapport à la
problématique posée.
Ces acteurs clés peuvent être, selon les cas :
- Les clients,
- Les actionnaires,
- La tutel e (cas des administrations ou des entreprises publiques),
- L'état, ou d’autres col ectivités (les biotechnologies font l’objet de nombreux textes
réglementaires),
- Des partenaires privilégiés, notamment dans le cadre d'activités menées en col aboration
(recherche, développement, etc.),
- Des acteurs internes (experts, services de support, personnels, etc.),
- Les concurrents.
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b) Les autres « parties intéressées »
Les parties intéressées, sont toutes les personnes morales ou physiques avec lesquel es
l'organisme échange, interagit, ou sur lesquel es ses activités sont susceptibles d'avoir un impact,
positif ou négatif.
La liste peut donc être longue. Dans le domaine des biotechnologies, on peut citer :
- La recherche publique et privée, y compris dans des disciplines variées : sciences de la vie,
écologie, sciences humaines, ...
- L'industrie et les bail eurs de fonds, publics ou privés,
- Les citoyens et les consommateurs,
- Les leaders d'opinion politiques, le monde associatif, les ONG,
- Les états et col ectivités (réglementation, moyens de contrôle, etc.),
- Les organisations internationales,
- Des partenaires étrangers, notamment dans les pays du sud (à différents niveau : public,
associatif et politique).
c) Les experts
La prise de décision en situation complexe peut s'appuyer sur des consultations d'experts, tant
internes qu'externes (les experts externes peuvent être rattachés à un acteur clé ou à une partie
prenante identifiée).
Un inventaire des experts susceptibles d'être consultés à un moment ou à un autre du processus
de décision devrait être réalisé dès la première phase de la démarche, quitte à ce que la liste soit
complétée ou modifiée ultérieurement.
L'identification préalable des experts permettra le cas échéant de contractualiser une convention
d'expertise, comprenant les engagements de confidentialité nécessaires, ainsi que les déclarations
relatives aux intérêts particuliers susceptibles d'influencer les conclusions des experts (relation de
subordination, contrat commercial avec un autre acteur, lien financier direct ou indirect, etc.).
Dans un souci d’équité, mais aussi pour garantir l’indépendance et l’objectivité des experts, cette
convention devra aussi prévoir en amont les modalités de dédommagement et de rémunération
des experts, s'il y a lieu, ainsi que les modalités pratiques de la mission (accès à l'information,
délais, etc.).
1.1.2 Inventorier les enjeux
Sur la base d'une approche analogue à cel e proposée en première partie de cette étude, mais de
manière plus spécifique, toute réflexion devra être précédée d'un inventaire des enjeux
économiques, environnementaux et sociaux des activités de l'organisme.
Pour être exhaustif, cet inventaire devra reposer sur :
- des séances de travail en groupe, reposant sur des techniques de créativité de type
"brainstorming",
- Une veil e documentaire,
- des auditions, en interne mais aussi en externe (acteurs clés, parties prenantes),
- l'audition d'experts.
a) Enjeux économiques
Au titre des aspects économiques devront être notamment inventoriés, sur la base d'une approche
de type "business plan" élargie :
- Les besoins en financement,
- La création de valeur nette,
- La contribution au développement économique local et global (création d'emploi, impact
fiscal, flux monétaires, etc...),
- Les différents modèles économiques envisageables (produit ou service, etc.),
- Les aspects liés à la propriété intel ectuel e.
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b) Enjeux sociaux, culturels, éthiques
Dans cette rubrique devront notamment être recensés :
- Les aspects réglementaires, locaux, nationaux et internationaux,
- Les interactions avec la culture des populations concernées (riveraines, ou consommatrices
du produit ou du service final),
- Les tabous et interdits d'ordre religieux ou culturel,
- Les aspects éthiques : éthique médicale, expérimentation animale, consentement des
populations concernées, responsabilité vis à vis des générations futures, etc.
c) Enjeux environnementaux
Une démarche de recensement des aspects et impacts environnementaux, comparable à cel e
proposée dans la norme ISO 14001, devra être engagée le plus rigoureusement et le plus
exhaustivement possible. Cette démarche devrait notamment inclure :
- L'analyse des impacts environnementaux par domaine impacté :
- Air,
- Eau,
- Sols et sous sol,
- Effet sur la biodiversité,
- Consommation de ressources naturel es,
- Production et traitement des déchets, ...
- La prise en compte du contexte :
- Fonctionnement normal,
- Fonctionnement en mode dégradé, (dysfonctionnement d’un équipement, absence d’une
compétence clé, etc.)
- Evénement exceptionnel ou accidentel,
- L'analyse des effets du produit ou du service, tout au long de son cycle de vie :
- Lors des phases de conception et de production,
- Lors de son utilisation,
- Lors de son élimination.
1.2 Evaluer
Cette phase d'inventaire effectuée, les "points fixes" relevés, il nous reste maintenant à les reporter
sur une carte, tracer des "routes" entre eux, évaluer leur importance relative.
Concrètement, il s'agit de mettre en évidence les attentes des parties intéressées, de tenter
d'identifier les axes et les tendances qui se dégagent, et de mettre en évidence les dilemmes.
L'évaluation des enjeux éthiques peut en partie reposer sur les attentes et les craintes exprimées
par les parties prenantes, mais cette approche ne suffira pas. Dans la plupart des cas, les parties
prenantes n'ont qu'une vision partiel e de ces enjeux. Une réflexion interne, la consultation
d'experts et la constitution d'un groupe de travail qui utilisera des outils de "cotation" des différents
aspects éthiques doit permettre d'avancer dans la démarche.
L'évaluation des impacts et des risques peut se baser sur des outils relativement génériques, tels
que ceux utilisés dans les systèmes de management environnementaux, ou dans les démarches
d'écoconception.
1.2.1 Evaluer les positionnement des acteurs
La phase initiale de recensement des "parties intéressées", doit permettre de relever leurs attentes,
leurs exigences, ou leurs craintes.
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Afin de faciliter l'analyse des positions des parties prenantes, il pourra être éclairant de les
"cartographier" selon leur attitude face à l'organisation ou au projet objet de l'étude.
Un axe permettra de visualiser leur « opposition » ou leur « adhésion » au projet ou à l'activité de
l'organisme, l'autre axe mettra en évidence leur niveau d'engagement, de "passif" à "acteur
engagé"
Adhère
Moteurs
Opportunistes
Tiraillés
Indécis
Activistes
Sceptiques
S’oppose
Est passif
S’engage
Au delà d'un simple positionnement par rapport aux activité ou au projet de l'organisme, il sera utile
de cartographier plus qualitativement les motivations de cette adhésion ou de ce rejet, par exemple
avec des diagrammes de type "radar", dont les axes devront être adaptés en fonction des éléments
exprimés par les parties intéressées lors des auditions.
Exemple :
Préoccupation d'une partie prenante
Rentabilité économique
6
Critères éthiques ou
4
Développement local
"moraux"
2
0
Sensibilité au risque
Aspects sociaux
Bénéfices sur la santé
Aspects environnementaux
La représentation sous forme d’aires permettra de comparer les préoccupations de chaque acteur,
par simple superposition, et de mettre en évidence les synergies ou les oppositions.
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1.2.2 Les aspects éthiques
L'audition des parties prenantes permettra éventuel ement de relever des freins ou des motivations
d'ordre éthique. Les positions exprimées devront être analysées lors de cette phase. Toutefois, il
convient que l'organisation procède par el e même à une évaluation, lors d'une séance de travail,
des aspects éthiques soulevés par son activité13.
Cette analyse devrait notamment prendre en compte les aspects suivants :
1. Confiance : Une relation de confiance, soutenue par le dialogue et une transparence avérée,
existe-t’el e entre toutes les parties concernées, y compris cel es exprimant un avis opposé
sur les bénéfices, les impacts et les risques des biotechnologies ?
2. Justice et sincérité : Qui est exposé au risques nouveaux, qui bénéficie le plus de la
nouvel e application (y.c. en termes financiers), qui contrôle et régule, le fonctionnement
d'ensemble est il loyal ?
3. Responsabilité : L'introducteur d'une nouvel e application ou technologie est-il conscient de
sa responsabilité pour les impacts14 sur l'environnement et la santé humaine ? Y compris
indirectement ? Les impacts à long terme (générations futures) ont ils été envisagés ?
Accepte t’il cette responsabilité et prend t’il les mesures nécessaires à son exercice
(Précaution, assurance, provisionnement ?)
4. Satisfaction des besoins : La nouvel e application apporte t'el e un bénéfice en terme de
réduction de la pauvreté, meil eur accès à la santé, à une alimentation suffisante et
équilibrée, à une eau de meil eure qualité ?
5. Respect de la diversité des cultures et des convictions religieuses : en quoi l'innovation est-
el e susceptible de heurter, localement ou universel ement, des principes moraux d'origine
religieuse ou culturel e ?
Il est utile, là aussi, de noter (par exemple de 1 à 5) chacun des critères et de les reporter sur un
diagramme (une incertitude devant conduire à une mauvaise note). Pour al er plus loin,
l'organisation pourra confronter le résultat de cet exercice d'analyse interne (comment l'organisme
se voit), avec celui d'une enquête menée auprès de parties prenantes (comment l'organisme est
vu).
Confiance
6
4
Respect des cultures
2
Justice
0
Satisfaction des besoins
Responsabilité
Organisme
Partie prenante
13 De nombreux organismes ont déjà créé des comités d’ethique. Ce type d’analyse peut leur être confiée ou être effectuée avec
leur appui (groupe de travail mixte comité d’éthique – équipe de projet, par exemple).
14 Il peut être nécessaire de distinguer les risques (connus et indentifiables) des incertitudes (qui nécessitent un
approfondissement).
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1.2.3 Les impacts, les risques
L'analyse des impacts et des risques liés aux biotechnologies fait l'objet d'un encadrement
réglementaire rigoureux, et de nombreuses commissions ou organismes spécialisés (AFSSA,
AFSSE, CGB) donnent un avis consultatif, préalablement à toute mise sur le marché d'un nouveau
produit issu des biotechnologies.
Malheureusement, plusieurs parties intéressées dénoncent le manque d'homogénéité des
procédures d'évaluation, voire de rigueur dans certains cas. Les programmes d'évaluation
scientifique des nouveaux produits (toxicité, facteur de dispersion, etc.) sont souvent laissés à
l'appréciation des entreprises qui les proposent, et ne sont que rarement remis en cause par les
autorités chargées de délivrer les autorisations.
Ce climat n'est pas propice à l'établissement de rapports de confiance. Dans ce contexte, une
organisation qui souhaiterait montrer l'exemple devrait al er au delà des exigences réglementaires,
et procéder à une analyse rigoureuse des impacts sociaux, environnementaux et sanitaires de ses
produits ou projets, ainsi que des risques associés.
Evaluation et expérimentation
En ce qui concerne les impacts environnementaux ou sanitaires, les éléments identifiés en phase
d'inventaire doivent faire l'objet d'une évaluation sur la base de critères objectifs et quantifiables.
Cette évaluation doit être faite sur la base d'expérimentations et d'essais, dans des conditions
compatibles avec le niveau d'incertitude. Une première phase d'investigation en milieu confiné
devra éventuel ement être suivie d'essais dans des conditions de plus en plus proches des
conditions réel es.
Cette dernière phase d'expérimentation faisant l'objet d'un débat particulièrement animé, il convient
de procéder à une évaluation exhaustive des risques, dès la phase de projet. L'utilisation de
méthodes de type AMDEC, doit permettre d'arriver à une cotation des niveaux de risques associés
au projet. Cette approche devra être rendue aussi objective que possible en croisant les avis et en
faisant participer au groupe de travail des personnes aux compétences complémentaires.
L’AMDEC
L’AMDEC* repose sur une cotation des risques sur trois critères que sont la Gravité (ou sévérité),
la Fréquence (ou occurrence) et la Détectabilité. Une note globale est alors attribuée en faisant le
facteur GxFxD.
Un travail préalable de définition des échel es pour G, F et D doit être élaboré, soit sur la base de
méthodes génériques, soit sur la base de retour d'expérience et en tenant compte des spécificités
des risques considérés.
L'organisation peut ensuite, sur la base de ses propres critères, définir un premier filtre en isolant
les risques qu'el e juge inacceptables selon ses critères.
En considérant l'exemple des OGM destinés à un usage agricole, les risques doivent être
particulièrement étudiés dans les domaines suivants :
- Transfert de gènes, vertical (même espèce ou même famil e), ou horizontal (par exemple d'une
plante vers une bactérie) - analyser la fréquence et l'impact de ses transferts sur l'environnement,
- Analyser le risque qu'une variété transgénique gagne un avantage compétitif trop important et
devienne ainsi une espèce invasive,
- Effet potentiel du nouveau caractère sur d'autres espèces que cel es ciblées (ex : résistance au
ravageur, mais impact sur les butineurs) ; Rattacher aussi à ce risque le risque d'al ergie ou de rejet
par le bétail, la faune sauvage pouvant accidentel ement ingérer la plante, ou l'homme,
- Impact environnemental indirect lié aux nouvel es pratiques induites par l'utilisation de la variété
transgénique (consommation d'eau, modification de la rotation des sols, nouveaux intrants, ...).
Les limites de cette approche
Une méthode de cotation des risques basée uniquement sur l’AMDEC ne permet qu'une
appréciation "mathématique" sur la base de critères relativement objectifs que sont la gravité, la
fréquence et la détectabilité. Au delà, il faudrait étudier la façon dont le risque est perçu par ceux
Emmanuel Delannoy
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qui sont susceptibles de le supporter. Les critères du grand public peuvent ne pas être ceux des
experts.
Ce que les anglo-saxons appel ent "outrage factor", ou facteur d'indignation, est alors un indicateur
pertinent. La proximité et le caractère concret (représentable, visible) du risque sont les deux
facteurs clés influant sur le niveau de facteur d'indignation. Un risque considéré comme lointain, et
facilement représentable ne suscitera pas une émotion importante. Un risque proche, mais
invisible, ou difficilement décelable sera par contre jugé intolérable (C'est le cas par exemple pour
les radiations ou les épidémies).
A ce titre, les risques associés aux biotechnologies sont cotés haut sur l'échel e du facteur
d'indignation :
1. Ils concernent souvent des organismes que nous sommes destinés à ingérer, directement ou
indirectement, d'où un facteur de proximité très fort.
2. A contrario, le caractère transgénique ne se voit pas, ou pas toujours (à ce titre, les mesures
d'étiquetage apportent une réponse partiel e, mais pertinente), et la diffusion accidentel e de
caractères transgéniques dans l'environnement n'est pas non plus aisément détectable.
En plus de la proximité et de la visibilité, d'autres facteurs influencent la perception du risque. Un
risque naturel sera éventuel ement accepté comme une fatalité, alors qu'un risque dû à une
intervention humaine suscitera l'indignation, et on cherchera alors à désigner des coupables ou au
moins des responsables.
Le risque sera de même diversement accepté s'il est maîtrisé, ou subi. L'exemple classique est que
le risque d'être victime d'un accident de la route est plus important, et pourtant moins perçu, que
celui d'être victime d'un accident d'avion.
Enfin, le risque lié à une technologie familière, suscite moins de crainte que le risque lié à la
nouveauté.
Il peut donc être utile, en complément d'une analyse AMDEC, de procéder à une étude
sociologique, par exemple par sondage, ou à l'aide de groupes de volontaires, éventuel ement
constitués parmi le personnel de l'organisme.
Une gril e de cotation permettant de calculer un "facteur d'indignation", tenant compte de la
Proximité, la Visibilité, la Maîtrise et la Nouveauté (PxVxMxN).
Le rapprochement des notes obtenues par les deux approches, (GxFxD) et (PxVxMxN), pourra
permettre de confirmer les résultats obtenus en première analyse, ou au contraire de mettre en
évidence un écart significatif entre le risque "objectif" et le risque perçu.
Cette analyse doit permettre "d'objectiviser" les risques associés à une innovation, un produit, un
service ou un projet. Une liste d'impacts et de risques significatifs pourra en être déduite.
Cependant, il importe de prendre en compte aussi les aspects moins rationnels, afin de prendre les
mesures d'accompagnement pertinentes et de mieux cerner quel es actions sont susceptibles de
réduire les impacts sociaux et environnementaux.
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1.3 Identifier des dilemmes
"C'est dans la reconnaissance des tensions, et non dans leur négation, que résident les bases de
leur résolution."
Axel Kahn
Les deux exercices précédents, inventaire et évaluation, doivent permettre, par des outils de
représentation et de cartographie, et par un travail d'analyse sincère des positions des différents
acteurs et des enjeux, d'identifier et de mettre en évidence les dilemmes.
Ces dilemmes peuvent provenir d'écarts entre les objectifs du projet, ou la stratégie de l'organisme,
et les moyens nécessaires pour y parvenir. Ils peuvent aussi être le fait de contradictions entre les
bénéfices attendus d'un projet, produit ou service, et ses impacts sociaux, économiques ou
environnementaux.
Ils sont aussi souvent le fait de confrontation de points de vues entre l'organisme et certaines de
ses parties prenantes, dont les objectifs ou les convictions peuvent différer radicalement de ceux
de l'organisme.
1.3.1 Exprimer les tensions
Pour décourageant que soit au premier abord le constat de ces dilemmes, il est important de ne
pas en rester là.
Il convient de les exprimer de la manière la plus complète possible, en en détail ant les différents
aspects.
Dans le cas d'une contradiction entre les bénéfices attendus et les "effets secondaires"
indésirables, aussi sévères soient-ils, seul un approfondissement de chaque pôle permettra in fine
soit de "trancher" entre l'un des deux pôles, soit de rechercher un compromis par la définition de
mesures d'accompagnement. Cette approche est cel e du principe de précaution : ne pas ignorer
les risques, mais au contraire les cerner et les évaluer le plus précisément possible afin de prendre
les mesures de précaution nécessaire.
Dans le cas d'opposition de point de vue, sur la base de critères éthiques, politiques, religieux ou
philosophiques, il est important dans tous les cas de :
- Préciser et expliquer ses propres motivations,
- Chercher à comprendre précisément la position de la partie prenante opposée, y compris les
motivations sous-jacentes, exprimées ou non.
Cet exercice de transparence et d'écoute est un préalable indispensable à la concertation, à la
recherche d'un compromis ou au moins au maintien du dialogue.
Le "SWOT" (Strengh, Weaknesses, Opportunities, Threats)15 est un outil tout trouvé pour
approfondir et représenter les dilemmes. En un même tableau, il permet de formaliser les Forces et
Faiblesses (Internes) et les Opportunités et Menaces (Externes). Ce rapprochement permet
d'identifier les axes à renforcer, et les risques ou points faibles à maîtriser. Il est important de bien
préciser le niveau d'analyse, afin d'éviter toute confusion entre les facteurs d'ordre interne et ceux
d'ordre d'externe.
15 Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces
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Analyse « SWOT »
Interne
Externe
Action :
(A l'intérieur de l'organisme ou du
(Dans l'environnement de
projet)
l'organisme ou du projet)
Forces
Opportunités
Axes à renforcer,
Bénéfices attendus
Attentes des parties
Synergies à rechercher
Savoir faire
prenantes
Al iances, ...
Besoins à satisfaire
Faiblesses
Menaces
Mesures de prévention ou
de précaution,
Risques internes
Risques externes
Renforcement des savoirs,
"Zones d'ombres" dans la
Craintes de parties prenantes ...
connaissance
1.3.2 Solutions
Les dilemmes posés, reste l'exercice le plus difficile : Rechercher les solutions.
Il s'agit là d'un véritable travail de créativité qui doit être mené dans le cadre de groupes de travail,
si possible regroupant des profils d'horizons et de compétences hétérogènes. Ces groupes de
travail pourront utiliser les outils classiques de la créativité, brainstorming, mind map, concept map,
jeux de rôles, etc.
En première approche, il importe de ne pas se limiter, et de ne pas éliminer d'idées à priori, même
si el es peuvent sembler farfelues. Le travail de créativité doit reposer sur une dynamique auto
entretenue, qu'aucun préjugé ne doit venir freiner. Les groupes de travail devront être animés par
une personne n'intervenant pas directement dans les décisions, et dont le rôle doit être de
dynamiser le groupe, noter et formaliser la production du groupe, et adapter les méthodes de
travail (Brainstorming structuré, non structuré, ...), à la composition du groupe et à son
comportement.
Cette première phase de créativité débridée doit pouvoir déboucher sur une deuxième phase plus
formalisée, où le groupe de travail devra produire plusieurs scénarios, al ant du statu quo à une
position maximale, et incluant plusieurs niveaux de compromis, de mesures d'accompagnement,
d'amélioration.
Si possible, les scénarios pourront être « testés » auprès de représentants volontaires des
différentes parties concernées (ou d’experts indépendants), après avoir été soumis à la direction.
1.3.3 Sortir du cadre
Cette phase de réflexion peut éventuel ement, et c'est même souhaitable, amener le groupe de
travail à sortir du cadre pré-établi et à envisager des solutions radicalement innovantes, en
opposition avec les schémas de pensée qui avaient conduit à amorcer le processus de réflexion.
Ce qui pourrait être interprété comme un écart par rapport au mandat du groupe peut au contraire
en faire une force de proposition intéressante, en remontant à un niveau plus élevé. Dans ce cas,
cette production est à intégrer à la restitution que fera le groupe, en association avec les autres
scénarios plus "classiques" issus de la réflexion.
A titre d'exemple, ces propositions peuvent conduire à de nouvel es al iances, un changement de
modèle économique, choisir une orientation de type service plutôt que produit, etc.
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2 Agir
L'état des lieux initial, fait en phase de planification (et qui doit faire l'objet d'une mise à jour
régulière), peut servir de socle pour passer à l'action en toute connaissance de causes.
Les données concrètes recueil ies sont constituées de :
- L'analyse des jeux d'acteurs, des al iances, des oppositions ou des concurrences,
- Le recueil des "exigences" (de la société, de l'environnement, et des réalités économiques),
- L'inventaire et l'évaluation des enjeux, des impacts, des risques,
- La mise en évidence des tensions et des dilemmes.
Ces éléments d'entrée peuvent maintenant servir à :
- Concevoir, formaliser et diffuser une politique16 tenant compte des éléments ci-dessus et
servant de cadre à l'action,
- Fixer les objectifs et les indicateurs de suivi de la performance,
- Définir et mettre en oeuvre un plan d'action, (reposant sur des "bonnes pratiques"
économiques, sociales et environnementales), pour l'atteinte de ces objectifs,
- Mettre en oeuvre les actions de communication, internes et externes, sur les actions
engagées, dans un esprit de transparence et de sincérité.
2.1 Formaliser une politique
La rédaction d'une politique est une exigence de la plupart des référentiels de systèmes de
management. Selon le référentiel, il s'agit d'une politique Qualité, Environnement, Sécurité ou
encore de Développement Durable (ISO 9001, ISO 14001, OHSAS 18001, SD 21000).
Cette exigence formel e ne doit pas cacher le véritable enjeu : S'obliger à réfléchir et à formaliser
un texte court détail ant les motivations, les enjeux et les objectifs principaux de l'organisme. Ce
texte étant destiné à être public, il importe que l'organisme, et sa direction, s'y reconnaisse et
assume la vision qu'il donnera ainsi à ses parties intéressées.
Cette politique doit aussi être cohérente avec l'activité de l'organisme et ses impacts sociaux,
économiques et environnementaux. El e servira de cadre à la définition du plan d'action et des
moyens, au suivi des résultats et à l'amélioration continue des performances.
2.2 Fixer les objectifs et définir les indicateurs
L'un des principes fondamentaux du management (Qu'il s'agisse de qualité, d'environnement, de
sécurité ou de développement durable) postule que la prise de décision repose sur des éléments
factuels, mesurables ou à minima "évaluables".
Dans ce cadre, le choix des objectifs et des indicateurs de mesure des progrès accomplis dans leur
atteinte est une étape importante.
Les objectifs devront tenir compte des éléments réunis en phase de recueil des exigences, ainsi
que du cadre fixé par la vision stratégique de l'entreprise et par la politique définie. Le choix des
indicateurs devra être fait en fonction des objectifs définis, afin de pouvoir leur associer une "cible"
(objectif quantifié, mesurable et assorti d'un échéancier).
Des indicateurs "génériques" sont disponibles auprès du Global Reporting Initiative (GRI), ou du
World Business Council for Sustainable Development (WBCSD). Pour certains aspects spécifiques
des biotechnologies, d'autres indicateurs restent à établir, au cas par cas, en fonction des
connaissances scientifiques, des attentes des parties intéressées et des impacts sociaux et
environnementaux (par exemple : taux de fécondation croisées pour des plantes OGM,
pathogénicité, al ergénicité, indicateurs de sensibilité "sociale" ou "outrage factor" pour certains
risques, etc.)
16 La plupart des référentiels de management positionnent la politique dès la phase de planification. El e constitue effectivement
une charnière entre la phase de recueil des "exigences", sur lesquel es el e doit reposer (éléments factuels), et la phase d'action, à
laquel e el e donne un cadre. Dans cette étude, il a été considéré que la formalisation et la publication d'une politique constituait
déjà un acte "engageant", et un premier pas dans la réalisation d'un plan d'action. Il en est de même du choix des objectifs et des
indicateurs.
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2.3 Elaborer et mettre en oeuvre le plan d'action
Il n'existe pas de plan d'action générique et "prêt à l'emploi", il faudra donc le construire en fonction
des spécificités de l'organisme, des enjeux identifiés, des attentes des parties intéressées, et des
impacts et risques sociaux et environnementaux identifiés.
Le plan d'action devra être cohérent avec la politique et les objectifs de l'organisme, afin d'être
"lisible" pour les parties intéressées.
Etant donné les enjeux considérés, ce plan d'action sera vraisemblablement pluriannuel, en
fonction des améliorations visées à moyen / long terme. Sa mise en oeuvre pourra toutefois faire
l'objet d'une progressivité et d'un suivi d'avancement basé sur des périodes courtes, de l'ordre de
l'année, du semestre ou du trimestre.
Deux approches sont possibles pour élaborer ce plan d'action :
- Une approche graduel e, reposant sur un constat de la situation actuel e, et visant à améliorer
progressivement (sur un pas de temps annuel, ou à déterminer) les impacts sociaux et
environnementaux, et la prise en compte des attentes des parties intéressées, en fonction
des capacités techniques, humaines et financières de l'organisme, et tenant compte
d'éléments d'ordre conjoncturel;
- Une approche de type "retroplanning", reposant sur une vision à long terme de l'organisme,
où les performances sociales / sociétales, économiques et environnementales sont définies
dans un objectif à 10 ans ou plus. Le plan d'action est alors élaboré en fonction des objectifs
fixés à terme. Cette deuxième approche est à priori plus ambitieuse, et cette ambition,
communiquée, peut être un facteur de mobilisation interne et peut aider à "contractualiser"
les relations avec les parties intéressées. El e ne doit pas interdire le réalisme économique,
et la trajectoire pourra être corrigée en fonction des situations conjoncturel es.
Quels éléments intégrer à ce plan d'action ?
1. La mise en place d'une activité de veil e systématique, en continuation du travail initié en phase
de planification, sur :
- Les parties intéressées, notamment de nouveaux acteurs qui pourraient être impactés par les
activités de l'organisme ou impacter sur el e : Associations, ONG, partenaires économiques ou
scientifiques, organismes de régulation nationaux ou internationaux,
- L'état des connaissances scientifiques sur les domaines concernés par les activités de
l'organisme, ou des domaines voisins. L'évolution de ces connaissances peuvent influer sur :
La maîtrise des technologies utilisées, l'identification de nouveaux risques ou au contraire la
réduction du risque par une meil eure connaissance des mécanismes en jeu, les impacts
environnementaux ou sanitaires des activités ou des produits, les bonnes pratiques
disponibles,
2. La réduction des impacts sociaux et environnementaux négatifs des activités de l'organisme :
- Dans une vision globale des activités (administratives, scientifiques, industriel es, logistiques), y
compris les activités sous traitées,
- A travers une démarche de type socio / ecoconception, prenant en compte l'intégralité du cycle
de vie du produit, du procédé ou du service.
La réduction des impacts sociaux et environnementaux négatifs ne peut être conçue qu'en
fonction de chaque situation particulière. Le tour d'horizon en première partie de cette étude
donne une idée des thèmes d'action possibles. Voir aussi l'encadré pour quelques exemples.
3. La réduction des risques, par la mise en place de mesures de prévention, l'application du
principe de précaution dans les cas pertinents, et la préparation de mesures de réaction aux
situations de crises,
4. La formalisation et la réalisation d'actions visant à accroître le niveau de transparence et de
coopération avec toutes les parties intéressées (voir chapitre suivant).
Enfin, la crédibilité du plan d'action repose sur la mise à disposition des moyens nécessaires, sur le
plan des hommes (compétences, disponibilité), de l'organisation (délégations, structure de
responsabilité), des outils et des moyens techniques (traitement, confinement, surveil ance,
mesure, ...) et bien sûr sur le plan financier.
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Quelques questions à se poser pour l'amélioration
des impacts sociaux et environnementaux :
- En quoi le produit, le procédé ou le service permet-il de répondre à des besoins
dans les domaines sanitaires ou environnementaux ?
- Quels sont les problèmes éthiques soulevés par le produit ? Comment puis-je
contribuer à les résoudre ?
- En quoi les règles de propriété intel ectuel es associées au produit contribuent-
el es à réduire (ou à augmenter) les inégalités, notamment sur le plan Nord/Sud ?
- Quel e contribution aux savoirs ou aux moyens d'action l'organisme peut il
apporter dans le cadre de projet multipartites, ou de col aboration avec des ONG,
des fondations ou tout autre organisme au service de l'intérêt général ?
- Dans quel cadre et avec quels partenaires pouvons nous contribuer à la
formation de scientifiques de haut niveau dans les pays du sud ?
- Quel es actions pouvons nous engager pour préserver la biodiversité ? Avec
quels partenaires ?
- Comment réduire l’impact environnemental de nos activités, sur les aspects liés à
la pol ution ou à la consommation de ressources ?
- Comment réduire l’impact environnemental du produit ou du service sur
l’ensemble de son cyle de vie ? (de la conception à la destruction)
2.4 Organiser la concertation
La concertation avec les parties prenantes, initiée lors de la phase de recueil des exigences, doit
être organisée et animée dans la durée.
El e peut prendre la forme de rencontres périodiques, par exemple de "tables rondes" avec les
parties intéressées, ou de rencontres en "face à face" avec chaque interlocuteur.
L'organisme peut aussi ouvrir une partie de son site internet à un "forum" de discussion, permettant
un dialogue en temps réel avec les citoyens en prenant la mesure de la façon dont les activités de
l'organisme sont perçues, "à chaud" par l'opinion.
En complément, un système de communication de type "intranet" peut être mis en place avec des
interlocuteurs préalablement identifiés auprès des principales parties intéressées. Ce système peut
être une simple "mailing list", un forum avec accès réservé, ou une plateforme col aborative.
Quel que soit le canal de communication choisi, il est important que, en analogie avec ce que
prévoit la norme ISO 14001 pour les aspects environnementaux, des procédures soient établies
pour écouter les parties prenantes, prendre en compte les demandes ou les plaintes, et étudier la
ou les réponses à apporter.
L'organisme devrait pour ce faire désigner un ou plusieurs responsables pour cette écoute active,
éventuel ement en fonctions de thèmes particuliers (environnement, commerce équitable, cohésion
sociale, ...), ou en affectant chaque responsable à une partie intéressée identifiée (ONG, élus, ...).
De même, l'organisme devrait s'efforcer d'identifier chez chaque partie intéressée un ou plusieurs
interlocuteurs privilégiés.
Toutefois, Cette "écoute active", même permanente et formalisée, serait un exercice vain si el e ne
débouchait pas sur une forme de "gouvernance", en contribuant à un processus de décision qui
tienne compte de la diversité des points de vue et des intérêts en jeu.
Emmanuel Delannoy
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C'est dans ce cadre qu'une recherche des dénominateurs communs et des voies de compromis
possibles entre les différentes positions exprimées devra être tentée, afin d'essayer d'appuyer les
décisions stratégiques sur un consensus le plus large possible, prenant en compte l'intérêt général
des générations actuel es et futures.
Cette approche comporte bien sûr ses limites : Dans certaines situations, des positions "absolues"
de type tabou religieux, conceptions philosophiques ou interdits culturels peuvent bloquer toute
recherche de compromis. Mais leur identification permettra au moins une prise de décision en
connaissance de cause, voire d'assortir la décision de mesures locales ou particulières
d'accompagnement et d'ajustement.
2.5 Communiquer en toute transparence
Des initiatives internationales, comme le "Global Compact" ou le G.R.I. (Global Reporting Initiative),
proposent un cadre normalisé pour un reporting de développement durable, assorti de procédures
et d'indicateurs standardisés sur les aspects sociaux, environnementaux et économiques. L'un des
principaux avantages de ces approches est d'offrir une base de comparaison aux différentes
parties intéressées. Des compléments sectoriels sont déjà proposés, par le GRI et par le WBCSD,
apportant aux entreprises une aide au choix d'indicateurs pertinents en fonction de leur secteur
d'activité. Il n'existe pas à ce jour de compléments sectoriels concernant les biotechnologies, mais
ils devraient être rédigés dans un avenir proche (le WBCSD propose déjà un complément "Santé").
En France, la loi "NRE" (Nouvel es Régulations Economiques - 2002), impose un reporting sur les
indicateurs de développement durable à toute entreprise cotée en bourse.
Mais au delà du contexte (reporting réglementaire ou déclaration volontaire), et du cadre choisi,
c'est dans l'effort de sincérité et de transparence accompli que cet exercice prend son sens.
La démarche d'écoute des parties prenantes, et la concertation avec el es, n'est significative que si
en contrepartie l'organisme communique sincèrement, et exhaustivement, sur ses activités, leurs
impacts économiques, sociaux et environnementaux, et sur les résultats de ses actions dans la
perspective d'un développement durable.
Pour ce qui concerne plus particulièrement la présentation des activités aux parties prenantes
(programmes de recherches, développement de nouvel es activités, orientations stratégiques),
l'exercice n'est pas simple, et il faudra souvent arbitrer entre les contraintes liées à la compétition
internationale, la concurrence, et donc une nécessaire confidentialité sur certaines données, et
l'intérêt que peut présenter pour l'organisme un "feed back" des parties intéressées le plus en
amont possible. Ce retour de leur part peut constituer en effet un indicateur intéressant pour
l'organisme, et l'aider à orienter sa politique d'innovation en fonction de l'accueil, favorable ou
défavorable qui sera réservé à ces projets.
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3 Contrôler
Sur la base des indicateurs retenus (voir page 48), on procédera à un contrôle permanent de la
pertinence et de l'efficacité des mesures prises pour l'atteinte des objectifs fixés. (La pertinence des
indicateurs choisis devra par ail eurs être el e aussi périodiquement réévaluée).
Ce contrôle pourra être réalisé sur la base :
1. D'éléments factuels et mesurables, dans les domaines économiques (création de richesse,
valeur actualisée, endettement, etc.), sociaux (nombre d'heures de formation, recrutement,
niveau de rémunération, accès des femmes aux postes de responsabilité, équivalence des
salaires homme / femme, etc.), ou environnementaux (consommation de ressources, rejets, etc.)
Tous ces indicateurs devront être col ectés rigoureusement, et les appareils de mesure ayant
servi à leur col ecte devront être régulièrement contrôlés et étalonnés. Pour les indicateurs dont
la col ecte ne fait pas appel à des instruments de mesure, mais plutôt à des traitements de
données comptables, économiques ou sociales, la col ecte et le traitement des données
devraient être auditables, et vérifiés périodiquement par un organisme indépendant.
2. D'éléments "évaluables", tels que risques, satisfaction des clients et des parties prenantes, etc.
Ces éléments seront évalués périodiquement, par exemple à l'aide de groupe de travail de type
"AMDEC" pour les risques (voir page 44), et à l'aide d'enquêtes auprès des clients et des autres
parties prenantes.
Le contrôle et la surveillance dans l'application du principe de précaution
Loin d'être un système "binaire", comme le décrivent ses détracteurs (en cas d'incertitude, on
renonce), l'application du principe de précaution (Voir page 33) à l'innovation implique :
- des mesures de surveil ance et de vigilance particulières (suivi épidémiologique, surveil ance
des impacts environnementaux à long terme, ...), réévaluées périodiquement en fonction des
progrès dans la connaissance et dans l'identification des risques,
- des mesures d'accompagnement, liées à une traçabilité rigoureuse, la mise en place de
mesures de sécurité ou de confinement adaptées, une formation et une information des
personnes concernées, ...
Les données liées à l'application du principe de précaution (surveil ance sanitaire ou
environnementale, ...) devraient faire l'objet d'un contrôle vigilant et être clairement mis en évidence
dans les tableaux de bord des activités de surveil ance.
L’examen de la conformité réglementaire
L'encadrement réglementaire des biotechnologies est particulièrement complexe et fait intervenir de
nombreux niveaux :
- Lois et décrets nationaux,
- Arrêtés locaux,
- Directives européennes et accords internationaux,
Par ail eurs, de nombreux acteurs peuvent émettre des avis, dont la plupart acquièrent force de loi
après avalisation par les autorités, des recommandations sur des bonnes pratiques ou a des fins
d'harmonisation internationales. Parmi ces acteurs, on relève :
- Des agences nationales, comme la CGG (Commission du Génie Génétique), CGB (Commission du
Génie Biomoléculaire), l’AFSSA, l’AFSSE, l’AFSSAPS,
- Des organismes internationaux, comme l'OCDE (règlements dans le domaine de la sécurité
biologique, de la traçabilité, de la conservation des col ections biologiques, etc.),
- Des agences spécialisées du système ONU (OMS, PNUE, PNUD, ONUDI)
En complément des activités de veil e dans ce domaine, l'organisme devra contrôler régulièrement sa
conformité à ce dispositif réglementaire.
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L’application des décisions
De même, l'organisme devra procéder périodiquement à la bonne application des décisions prises
par la direction pour l'atteinte des objectifs de développement durable. Cette surveil ance de
l'application des décisions peut être en el e même un sujet difficile, que ce soit en interne si les
activités sont fortement diversifiées, réparties sur plusieurs filiales ou dans plusieurs pays, ou en
externe si certaines activités sont confiées à des partenaires.
Non conformités, écarts ou insuffisances
Toutes ces actions de surveil ance, de contrôle et de mesure pourront éventuel ement mettre en
évidence des insuffisances ou des inadéquations du plan d'action, des écarts ou des non conformités
par rapport à un référentiel auquel l'entreprise aura choisi de se conformer.
Chacun de ses écarts devra être enregistré, tracé et les causes analysées, ce qui permettra de
prendre éventuel ement17 des mesures d'amélioration ou de correction adaptées.
17 La mise en œuvre de mesures de prévention, de correction ou de ratrapage (curatives), ne doit pas intervenir systématiquement,
et faire l’objet d’une analyse préalable. Certains écarts pourront en effet être jugé après analyse non significatifs, ou exceptionnels,
et il est important que l’organisme se concentre sur l’essentiel.
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4 Améliorer
C'est bien sûr l'ensemble de la roue "PACA" qui procède d'une dynamique d'amélioration continue.
Cette dernière phase, représente toutefois une étape clé du dispositif.
El e est l'occasion notamment de revoir la planification, les moyens et les plans d'actions en tenant
compte des éléments col ectés par le dispositif de surveil ance et de mesure.
4.1 Revue périodique
Périodiquement, la direction passe en revue les différentes actions engagées en vue d'atteindre les
objectifs fixés, et évalue leur pertinence et leur efficacité.
Cette "revue de direction" est prévue par tous les référentiels de management concernant la
qualité, l'environnement, la sécurité ou le développement durable (SD 21000). Les données
d'entrée, sur lesquel es repose cette évaluation, sont notamment :
- Les résultats des mesures de surveil ance, sous la forme de tableaux de bord d'indicateurs
précis et factuels (Tableaux de bord reposant par exemple sur les recommandations du GRI),
- Les résultats des concertations et des discussions avec les parties intéressées, notamment
les plaintes, demandes ou remarques formulées,
- La synthèse des actions de veil e, notamment sur les plans scientifiques et réglementaires,
- Les "écarts", non conformités ou insuffisances du système relevés lors des actions de
surveil ance,
- L'avis des différents organes internes éventuel ement concernés (conseil scientifique, comité
d'éthique, etc.),
Sur la base de ces éléments, l'organisme évalue son action selon les principes fondamentaux du
développement durable :
- l'application du principe de prévention et de précaution,
- le respect du principe de responsabilité,
- le respect du principe de participation (concertation avec les parties intéressées)
- le principe de solidarité dans l’espace (Contribution à un développement équitable)
- le principe de solidarité dans le temps (Respect des besoins des générations futures)
- le principe de globalité, de transversalité et d’interdépendance (Etude systématique de
l'ensemble des interactions et des impacts (économiques, sociaux et environnementaux) de
l'organisme)
- le principe de subsidiarité (Implication de l'ensemble du personnel de l'organisme)
- le principe de réversibilité.
4.2 Ajuster le plan d'action
Cette Revue de direction doit être l'occasion de reconsidérer la politique et les objectifs fixés, de les
ajuster si nécessaire.
Le plan d'action pourra aussi être ajusté, pour tenir compte des conditions économiques, de
l'évolution de la réglementation, des progrès des connaissances scientifiques ou des attentes des
parties prenantes.
Quelque soient les ajustements décidés sur le plan d'action, les moyens affectés à sa réalisation
(Organisation, compétences, moyens matériels et techniques, moyens financiers) devront être
revus et adaptés.
Les écarts constatés, enregistrés et dont les causes ont été analysées au préalables, doivent être
intégrés comme éléments d'entrée du dispositifs d'amélioration continue, et être considérés comme
des occasions pour l'organisme d'améliorer l'efficacité de son plan d'action.
Emmanuel Delannoy
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Conclusion
"Les progrès en biologie […] ont conduit à une nouvel e coopération entre philosophes et représentants
des sciences de la vie, en vue de clarifier les questions soulevées par les nouveaux procédés. Ici il
n'est plus possible […] de répondre par un simple oui ou un simple non ; on voit au contraire s'ouvrir un
champ de transitions fluides d'évaluations subtiles et de décisions problématiques"
Hans Jonas18
Les acteurs des biotechnologies semblent bien placés pour appréhender le management du
développement durable. Ils sont rompus à l’interdisciplinarité, et la complexité de systèmes dynamiques
aux interactions multiples est leur domaine de prédilection. Les difficultés de financement de la
recherche, l’encadrement réglementaire strict de leurs activités et la forte pression normative qui pèse
sur les plupart des activités du secteur leur ont donné une remarquable capacité à travail er sous la
contrainte.
La planification à long terme, la surveil ance en continu et les corrections de trajectoire que suppose le
management du développement durable ne devraient pas leur poser de difficultés particulières.
Le seul point qui nécessiterait un réel effort d’amélioration, serait la gouvernance, et ses corol aires :
Transparence, concertation et communication à double sens. Le management du développement
durable impose une capacité à prendre des décisions dans le cadre de processus complexes, en
intégrant la prise en compte d’avis multiples, souvent contradictoires, et parfois inconciliables. Le
soutien des parties prenantes n’est jamais acquis, mais la meil eure façon d’envisager une amélioration
des relations avec le public, les ONG, les élus ou les associations est des les considérer comme des
partenaires et d’ouvrir la voie au dialogue.
Le management environnemental, le management de la sécurité, l’écoconception ou le management
intégré QSE permettent la prise en compte des attentes des riverains, du personnel ou des clients.
Dans de nombreux domaines d’activité, ces pratiques ont pu conférer une meil eure visibilité et un
climat plus serein aux entreprises qui les ont mises en œuvre, ce qui leur donne un atout dans la durée.
L’engagement des entreprises en direction d’un développement durable représente un niveau
d’intégration supérieur, dans une vision à long terme intégrant la contribution des entreprises (et des
organismes publics) aux enjeux de la société.
La plupart des pratiques managériales décrites ici sont déjà appliquées dans de nombreux
établissements, même si el es ne sont pas systématiquement formalisées. La plupart des compétences
existent déjà, mais el es ne sont pas forcément identifiées :
- Management par projet, management des compétences,
- Veil e (économique, sociologique, réglementaire, scientifique et technique, ou sur les parties
intéressées),
- Concertation, communication, négociation,
- Management de la qualité, de la sécurité et de l’environnement,
- Savoirs faire techniques et scientifiques pour la mise en œuvre des plans d’actions et la
surveil ance.
Les instances existent aussi : comité de direction, comité de pilotage, comité d’éthique, CHSCT, réseau
qualité, etc. Le management du développement durable ne devrait pas nécessairement impliquer la
création de nouveaux organes, comme le suggérerait une approche adaptative (créer un nouvel organe
pour une nouvel e fonction). C’est plutôt une « exaptation* », selon l’expression de Stephen Jay Gould,
qu’il faudrait réussir : mobiliser les compétences, les pratiques et les organes existants pour une
nouvel e fonction et dans un nouvel objectif.
18 « Pour une éthique du futur » - Rivage poche
Emmanuel Delannoy
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Le succès réside alors dans l’intégration (des compétences et des pratiques) et dans une vision large
englobant dans la même dynamique l’ensemble des fonctions de l’organisme, qu’on pourrait
représenter métaphoriquement comme une cel ule vivante, selon le schéma ci-après :
Le management intégré du développement durable :
Vision stratégique
Engagement de la direction
Performance économique
Capacité à innover
Ecoute active des parties intéressées
Transparence et sincérité
Implication de tous les acteurs
internes et externes
Amélioration continue
Respects des principes de :
- Responsabilité, prévention, précaution
réversibilité,
- Solidarité dans l’espace et le temps
Cette intégration doit permettre de donner à l’organisme une sensibilité, une réactivité et une agilité bien
supérieure, autant d’atouts indispensables dans un environnement en pleine mutation.
Certains aspects des biotechnologies suscitent des débats animés et des positions tranchées. Il n’est
bien évidemment pas dans le cadre de cette étude de se prononcer sur ce point. Peut être que, comme
le suggère la citation de Hans Jonas en exergue de cette conclusion, la question ne devrait pas être vue
en noir ou blanc, mais dans une infinité de nuances de couleurs.
Le dialogue entre les partenaires ne pourrait il pas alors y retrouver sa place ?
Emmanuel Delannoy
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Annexes
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Annexe 1 : Quelques définitions des biotechnologies
Définitions génériques :
1/ « Les Biotechnologies sont un ensemble de nouvel es techniques qui utilisent des organismes ou
leurs composants cel ulaires, subcel ulaires, ou moléculaires pour :
Produire des molécules
Modifier des plantes, des animaux ou des microorganismes pour l'expression de caractères désirés »
2/ « Ensemble des méthodes basées sur les données et les techniques mettant en oeuvre des
organismes vivants ou certains de leurs constituants. El es sont employées en recherche, et pour la
production industriel e de substances d'intérêt destinées à la pharmacie, la chimie ou l'industrie agro-
alimentaire. Les biotechnologies font souvent appel au génie génétique. »
Sources Internet :
Grand dictionnaire terminologique de la province du Québec :
« Biotechnique » : « Technique qui utilise des organismes vivants ou certains de leurs composants à
des fins pratiques, techniques ou industriel es.
Note(s) : Il ne faut pas confondre les termes biotechnique et biotechnologie; le premier désignant la
technique, et le second l'application des principes techniques. »
Wikipedia (US) :
« Biotechnology is technology based on biology, especial y when used in agriculture, food science,
and medicine. Of the many different definitions available the one formulated by the UN "Convention
on Biological Diversity" is the most al - encompassing:
Biotechnology is any technological application that uses biological systems, living organisms, or
derivatives thereof, to make or modify products or processes for specific use.
One section of biotechnology is the directed use of organisms by humans for production (beer, milk-
products, skin). Natural y present bacteria are also involved in the mining industry in bioleaching.
Other uses of biotechnology involve recycling, treatment of waste, cleaning up sites contaminated by
industrial activities (bioremediation) or production of biowaragents.
There are also applications of biotechnology that do not use living organisms. An example are DNA
chipsused in genetics, or radioactive tracers used in medicine.
Although biotechnology is publicly associated with cloning and genetic engineering, the goal of
biotechnology is to advance the tools of medicine and solve problems related to the production of
biological y derived products, not the whimsical manipulation of life.
Today, biotechnology, or modern biotechnology, is often associated to the use of genetical y altered
microorganisms such as E. coli or yeast for producing substances like insulin or antibiotics. It can also
refer to transgenic animals or transgenic plants, such as Bt corn. Genetical y altered Mammalian
cel s, such as Chinese Hamster ovarian cel s, are also widely used to manufacture
pharmaceuticals. »
Wikipedia (France) :
« Le terme de biotechnologie désigne l'ensemble des technologies dérivées de la biologie et
permettant en particulier d'intervenir sur le patrimoine génétique des espèces, pour le décrypter ou le
modifier (création d'organismes génétiquement modifiés - OGM).
Emmanuel Delannoy
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Ces technologies ont pour but la création de nouveaux produits basés sur : Le décryptage du
génome proprement dit. C'est une des voies suivies par la biométrie.
La modification génétique d'organismes déjà considérés comme utiles à l'homme, comme les
céréales, afin de leur donner des caractéristiques qu'el es n'ont pas encore. Par exemple la
résistance à un nuisible.
La modification génétique d'autres organismes, afin de les rendre utiles à l'homme. Par exemple, la
création d'araignées capables de tisser des fils utilisables comme textile.
La modification génétique de l'Homme, dans un but thérapeutique. »
Définitions médicales :
MeSH Scope Note :
« Domaine de connaissances lié à l'utilisation des organismes, des cel ules ou des constituants
cel ulaires afin de développer des produits qui sont techniquement, scientifiquement et médicalement
utiles. L'altération des fonctions biologiques au niveau moléculaire (c.-à-d., génétique) est une
orientation prioritaire; les méthodes de laboratoire employées incluent des technologies de
transfection et de clonage, de séquençage et des algorithmes d'analyse de structure, des bases de
données informatiques, l'analyse des gènes et la prévision de fonction de structures protéiques. »
VIDAL :
« Science des techniques appliquées au domaine biologique, grâce à laquel e des protéines
(hormones) ou des vaccins sont fabriqués par des cultures de bactéries ou de levures, puis purifiés.
El e est amenée à remplacer les anciennes techniques d’extraction qui faisaient appel à des produits
d'origine animale ou humaine. »
Organismes internationaux :
ONU (Convention sur la biodiversité) :
« Toute application technologique qui utilise des systèmes biologiques, des organismes vivants, ou
des dérivés de ceux-ci, pour réaliser ou modifier des produits ou des procédés à usage spécifique. »
OCDE :
« Utilisation de techniques impliquant du matériel vivant servant à modifier des organismes vivants
existants ou des parties de ceux-ci, ou à transformer du matériel, d’origine vivante ou non, par
l’utilisation de procédés impliquant des organismes vivants, et ayant pour objectif de produire de
nouvel es connaissances (scientifiques) ou de développer de nouveaux produits ou procédés. »
Cabinets de consulting :
Deloitte et Touche :
« Toutes applications technologiques issues des sciences de la vie qui utilisent des systèmes
biologiques ou leurs composants cel ulaires, qu’ils soient recombinés ou non, pour produire des
matériaux ou des services. »
Ernst & Young :
« Une entreprise de biotechnologies est une entreprise qui a pour objectif de produire et de
commercialiser des produits ou des services utilisant les sciences de la vie, utilisant des outils de
haute technologie, réalisant des recherches réel ement novatrices ».
Emmanuel Delannoy
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Annexe 2 : Glossaire
Biodiversité : Variabilité caractérisant les peuplements d'espèces dans un milieu donné.
(Néologisme équivalent à l'expression "diversité biologique").
Clonage : Moyen naturel ou artificiel de reproduction cel ulaire asexuée à partir d'un individu originel
unique, aboutissant à la formation de clones. La technique utilisée pour les mammifères consiste à
tranférer le noyau d’une cel ule somatique dans un ovule.
Cluster : Regroupement d’entreprises cherchant à mettre en œuvre des synergies d’intérêt
économique (Grappe d’entreprises en québecois).
Diversité biologique : Variabilité des organismes vivants de toute origine, y compris, entre autres,
les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques
dont ils font partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que cel e
des écosystèmes. (ONU - Convention sur la Diversité Biologique)
Empreinte Ecologique : Indicateur proposé par le WWF (World Wildlife Fund) pour évaluer (en
hectare / habitant), la surface terrestre productive nécessaire pour répondre durablement à notre
consommation et à l’élimination de nos déchets, en prenant en compte le renouvel ement des
ressources naturel es pour les besoins des générations futures.
Exaptation : Pour la distinguer de « l’adaptation », qui s’applique à des caractères acquis lors de la
sélection naturel e pour leur rôle actuel, Stephen Jay Gould a introduit le néologisme « exaptation »,
pour parler de caractères acquis originel ement pour un autre rôle que celui pour lequel ils sont
aujourd’hui employés.
Externalité : Effets économiques externes, positifs ou négatifs. Terme généralement employé pour
désigner les coûts d’une activité supportés par la col ectivité.
Génie Génétique : Désigne l'ensemble des procédés au moyen desquels il est possible de modifier
le patrimoine génétique d'un être vivant en vue de renforcer certaines de ses caractéristiques. Par
"procédé" on entend les techniques de croisement et de sélection traditionnel e, ainsi que la
transgénèse.
Génomique : Discipline scientifique qui a pour objet d'inventorier l'ensemble des gènes d'un
organisme vivant et d'en étudier les fonctions. Née à la fin des années 80, la génomique a connu un
développement rapide, dû en particulier aux progrès de la génétique moléculaire et de la bio-
informatique. Au départ, les recherches en génomique visaient à décrire l'organisation du génome, à
dresser l'inventaire des gènes et à en faire le séquençage. Après cette première phase, connue sous
le nom de génomique structurale, les travaux sont maintenant davantage axés sur l'étude de la
fonction des gènes et de leurs interactions : c'est la génomique fonctionnel e.
Gouvernance : Processus de décision col ectif n’imposant pas systématiquement une situation
d’autorité. Dans un système complexe et incertain, pour lequel les différents enjeux sont liés, aucun
des acteurs ne dispose de toute l’information et de toute l’autorité pour mener à bien une stratégie
d’ensemble inscrite dans le long terme. Cette stratégie ne peut donc émerger que d’une coopération
entre les institutions et les différentes parties intéressées, dans laquel e chacune exerce pleinement
ses responsabilités et ses compétences. (SD 21000)
Metatechnologies : Néologisme parfois employé pour désigner la convergence des sciences de
l'information, des biotechnologies et des nanotechnologies.
Parties prenantes : Aussi appelées « parties intéressées ». L’expression d’origine anglaise
« stakeholder », se traduit littéralement par « porteur d’enjeu ». El e désigne toutes les personnes,
physiques ou morales, sur lesquel es l’action de l’organisme est susceptible d’avoir un impact, ou qui
sont susceptibles d’impacter l’activité de l’organisme.
Protéomique : Discipline issue de la génomique, regroupant les activités de recherche destinées à
rassembler l'information complète sur l'expression des protéines des organismes dont le génome a
été identifié.
Emmanuel Delannoy
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Ressources biologiques : les ressources génétiques, les organismes ou éléments de ceux-ci, les
populations, ou tout autre élément biotique des écosystèmes ayant une utilisation ou une valeur
effective ou potentiel e pour l'humanité. (ONU - Convention sur la Diversité Biologique)
Risque : 'Probabilité qu'un effet spécifique se produise dans une période donnée ou dans des
circonstances déterminées. En conséquence, un risque se caractérise selon deux composantes : la
probabilité d'occurrence d'un événement donné, la gravité des effets ou conséquences de
l'événement supposé pouvoir se produire. (Directive européenne Seveso 2)
Risque Majeur : Relatif à un accident dont les caractéristiques sont une gravité très élevée (nombre
de victimes important, dégâts environnementaux irréversibles) mais dont la probabilité d'occurrence
est faible. A contrario un risque mineur est un risque, à probabilité d'occurrence faible ou plus élevée,
mais dont la gravité reste limitée, et dont les effets sont réversibles et peuvent être contrôlés.
Séquençage : Détermination de l'ordre linéaire des composants d'une macromolécule. Par exemple :
acides aminés d'une protéine, nucléotides d'un acide nucléique, etc.
Services écologiques : "Services" résultants des activités de l'écosystème dont bénéficient les
activités humaines. Ces services incluent le maintien de la qualité de l'atmosphère et la régulation du
climat, le contrôle de la qualité de l'eau et du cycle hydrologique, et la formation et le maintien de la
fertilité des sols. (Institut Français de la Biodiversité)
Transhumains : Mouvement proposant d'améliorer les caractéristiques de l'espèce humaine par
l'utilisation des métatechnologies. Ce mouvement influant et disposant de moyens financiers
importants, est essentiel ement basé aux Etats Unis, et rassemble des scientifiques et lobbyistes.
Transgénèse : Désigne le processus de transfert dans le patrimoine génétique d'un organisme
vivant d'un gène qui lui est étranger (le transgène). Il est ainsi possible de transmettre à une plante
ou à un autre organisme le caractère recherché (résistance à un insecte ou à une maladie, ...), en
introduisant dans son patrimoine génétique un transgène exprimant ce caractère.
Emmanuel Delannoy
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Principales abréviations et acronymes utilisés
ADPIC : Aspects des Droits de Propriété Intel ectuel e qui touchent au Commerce (TRIPS en anglais)
AFNOR : Agence Française de Normalisation
AFSSA : Agence Française de Sécurité Sanitaire Alimentaire
AFSSE : Agence Française de Sécurité Sanitaire Environnementale
AMDEC : Analyse des Modes de Défail ance, de leurs Effets et de leur Criticité
COV : Certificat d'Obtention Végétale.
IDH : Indice de Développement Humain - Indicateur mit au point par le PNUD (Programme des
Nation Unies pour le Développement) qui intègre dans son calcul le PIB par personne, mais aussi
des éléments plus qualitatifs tels que l’espérance de vie, le taux de scolarisation, le taux
d’alphabétisation ou le pouvoir d’achat réel de la population.
OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economique
OEB : Office Européen des Brevets
OGM : Organisme Génétiquement Modifié
OMC : Organisation Mondiale du Commerce
OMS : Organisation Mondiale de la Santé
ONUDI : Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel
PCRD : Programme Cadre de la Recherche et du Développement
PIB : Produit Intérieur Brut - Valeur cumulée de tous les biens et services produits à l’intérieur des
limites géographiques d’un pays ou d’un territoire au cours d’une période donnée.
PED : Pays en Développement
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
PNUE : Programme des Nations Unies pour l’Environnement
QSE : Qualité Sécurité Environnement
RSE : Responsabilité Sociale des Entreprises
SMI : Système de Management Intégré
UPOV : Union pour la Protection des Obtentions Végétales
En anglais :
CSR : Corporate Social Responsibility
ISO : International Standard Organization
GMO : Genetical y Modified Organism
GRI : Global Reporting Initiative
LMO : Living Modified Organism
SWOT : Strengh Weaknesses Oppotunities Threats (Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces)
TRIPS : Trade Related aspects of Intel ectual Property rightS (ADPIC en français)
USPTO : United States Patents and Trade Office
WBCSD : World Business Council for Sustainable Development
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Emmanuel Delannoy
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Annexe 3 : Repères chronologiques
Cette chronologie pourrait commencer très tôt, en considérant que les premières sélections animales et
végétales au néolithique préparaient déjà le génie génétique. Colin Tudge, dans un essai bril ant
(Néandertaliens, bandits et fermiers), situe même l'invention de l'agriculture et l'intervention de l'homme
dans le processus de sélection bien plus tôt, au milieu du paléolithique. Cependant, dans le cadre de ce
document, il m'a semblé plus intéressant de mettre en perspectives certains évènements d'ordre
scientifique et technologiques, et d'autres d'ordre politique, social ou économique. La date de départ
retenue, symboliquement, étant la découverte de la structure et de la fonction de la double hélice d'ADN.
Année Sciences et technologies
Politique, économie et société
1953
Démonstration par James Watson et Francis
Crick de la structure et de la fonction de la
double hélice d'ADN
1961
Signature de la convention de Paris instituant
l'Union pour la Protection des Obtentions
Végétales
1963
Signature de la convention de Strasbourg
autorisant la brevetabilité des procédés
microbiologiques
1965
Découverte des enzymes de restriction
1968
Garrett Hardin publie "La tragédie des
communs", postulant que toute ressource
publique est voué à la disparition par
surexploitation
1973
Mise au point des techniques de
manipulation du génome à l'aide des
enzymes restrictase et ligase
Premiers
organismes
génétiquement
modifiés à des fins de recherche
(expérimentations sur des bactéries E. Coli)
1975
Conférence d'Asilomar. Dans la déclaration
finale, la communauté scientifique concernée
par la recherche sur l'ADN et le transfert de
gènes appelait à la mise en oeuvre de
mesures de sécurité ainsi qu'à un moratoire
de deux ans sur certaines expérimentations
1976
Milton Friedman reçoit le Prix Nobel
d'Economie.
Symboliquement,
cet
évènement marque le déclin des politiques
keynésiennes et le triomphe des politiques
économiques "libérales"
1978
Naissance de Louise Brown, premier "bébé
éprouvette"
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1980
Première application commerciale basée sur "Bay Dole Act" : décision encourageant les
des organismes génétiquement modifiés : la universités publiques américaines à déposer
production d’insuline humaine par des des brevets. Cette décision a un double
bactéries. (Procédé commercialisé par la objectif : trouver des sources de revenus
société Genentech)
complémentaires pour
les
universités
publiques, dans une phase de réduction des
dépenses de l'état, et favoriser l'innovation et
l'essaimage
Décision dite "Chakrabarty vs Diamond" de la
cour suprême des Etats Unis, autorisant
l'USPTO à délivrer à General Electric le
premier brevet sur un organisme vivant (Une
bactérie modifiée, sensée dégrader les
hydrocarbures). Cette décision ouvre la voie
à la brevetabilité du vivant.
Première introduction au NASDAQ d’une
société de Biotechnologie, Genentech, qui
battra tous les records de surenchère
jusqu’alors
1982
Premier animal transgénique, une souris
"géante"
1983
La PCR (Polymérase Chain Réaction), Création en France du comité national
nouvel e technique d’amplification génique, d'éthique
permet de simplifier la manipulation et le
séquençage de l’ADN
Premières plantes transgéniques : Tabac et
Pétunia résistant à un antibiotique, Tournesol
intégrant un gène de haricot
1985
Première plante transgénique résistant à un
insecte : Un Tabac intégrant un gène de la
bactérie Bacil us Thuringiensis (Bt)
1986
Première protéine produite par une plante Création en France de la Commission du
transgénique (Hormone de croissance Génie Biomoléculaire (CGB), rattachée au
humaine)
ministère de l'agriculture. La CGB contrôle le
Premiers essais en plein champ de plantes respect de la réglementation et délivre les
transgénique (Tabac résistant à un autorisations d'essai et de commercialisation
antibiotique)
des OGM
1987
Publication du rapport Brundtland "Our
common future"
1990
La Commission Européenne demande
l'application du principe de précaution sur les
OGM
1991
Révision du traité de l'UPOV permettant
explicitement aux pays membres d'autoriser
les agriculteurs à réutiliser les semences
épargnées.
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1992
Sommet de Rio sur l'environnement et le
développement (ou sommet de la terre).
Publication de la déclaration de Rio (27
principes), et de l'agenda 21.
Finalisation à Nairobi du texte de la
Convention sur la Diversité Biologique (CDB),
proposé à la signature lors du sommet de
Rio. Ce texte instaure notamment la
souveraineté des états sur leurs ressources
génétiques.
1994
Première commercialisation aux Etats-Unis
d’un végétal transgénique, une tomate à
longue durée de conservation, par la société
Calgène
1995
La FDA autorise aux Etats Unis la Greenpeace
lance
une
campagne
commercialisation d'un Soja résistant au internationale contre l'utilisation des OGM
Glyphosate et d'un Maïs résistant à la Pyrale dans l'alimentation et leur diffusion dans
l'environnement
1996
Naissance de la brebis Dol y, premier
mammifère cloné par transfert nucléaire
1997
La Commission Européenne autorise la Première réglementation européenne sur les
commercialisation d'un Maïs Bt pour OGM (Règlement n°258 - 97)
l'alimentation du bétail.
1998
La France autorise, en suivant l'avis de la Directive européenne (98/44/CE) sur la
commission
européenne,
le
Maïs brevetabilité des gènes, des plantes ou des
transgénique Bt
animaux transgéniques
Essor de la contestation anti OGM. La
confédération paysanne, Greenpeace et
d'autres associations saisissent le conseil
d'Etat pour faire annuler l'autorisation du
premier Maïs Bt.
1999
Dans le cadre d'une action de protestation,
des militants anti-OGM, parmi lesquels José
Bové et René Riesel, de la Confédération
Paysanne, détruisent des plans de riz
transgénique dans une serre du CIRAD, à
Montpel ier
2000
Adoption à Montréal du protocole "de
Carthagène" sur la prévention des risques
biotechnologiques" et les mouvements
transfrontaliers d'organismes génétiquement
modifiés. Ce texte sera applicable s'il est
ratifié par plus de 50 pays
Adoption par la France de règles spécifiques
d'étiquetage des aliments contenant plus de
1% d'OGM
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2002
Première thérapie génique réussie, par Sommet de Johannesbourg
transfert de moel e osseuse génétiquement
modifiée pour corriger un déficit immunitaire Publication dans Wired de "Pourquoi le futur
chez des "enfants bul es"
n'a pas besoin de nous" - Par Bil Joy,
fondateur de Sun Microsystems et inventeur
de Java
Clonaid, société fondée par la secte Raël,
annonce la naissance du premier bébé
humain cloné. Cette information est toutefois
jugée fantaisiste par la quasi totalité de la
communauté scientifique.
2003
« Achèvement » du projet HuGO - Human Palau est le 50ième pays à ratifier le
GenOme Project - lancé en 1998 pour le protocole de Carthagène, rendant ainsi son
séquençage du génome humain
application possible
2004
Rapport du comité d'éthique du président des
Etats- Unis "Beyond Therapy" mettant en
avant l'impact social des techniques de
diagnostic et de thérapie génique
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Annexe 4 : Bibliographie
Développement Durable :
Agenda 21 : Voir en particulier les chapitres 6 (Santé) ; 14 (Agriculture) ; 16 (Biotechnologies) ; 15
(Biodiversité) ; 31 et 35 (Science)
CIRAD (Col ectif) : « Nature, société et développement durable - La contribution du CIRAD »
IRD (Col ectif) : « Développement durable : Doctrine, pratiques, évaluation »
Karen Delchet : « Qu'est-ce que le développement durable ? »
Anne-Marie Ducroux : « Les nouveaux utopistes du développement durable »
Michel GRIFFON : « Développement Durable : Ensemble ? »
Jamie P. Mac Donald : “Strategic planning for sustainability using the ISO 14001 Standard”
SD 21000 - Développement durable et responsabilité sociale des entreprises (AFNOR)
Lignes Directrice pour le reporting Développement Durable (GRI - Global Reporting Initiative) -
www.globalreporting.org
World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) - www.wbcsd.ch
Ministère de l’écologie et du développement durable : www.ecologie.gouv.fr
Données économiques sur les Biotechnologies :
Biotechnologies Industry Organisation : "Biotechs Guide 2004-2005"
France Biotechs - "Panorama 2003 des biotechnologies en France"
Stéphane Lhuil ery : "Les entreprise de biotechnologie en France en 2001" (Note Recherche 03-01)
Biotechnologies et société :
Bernard Chevassus-au-Louis « L'appropriation du vivant : de la Biologie au débat social » (Dans
« Université de tous les savoirs : La nature et les risques »)
Alain CLAES :
Rapports devant la commission nationale d'évaluation de la recherche:
- « La brevetabilité du vivant »
- « Conséquences économiques, sociales et éthiques de la propriété du vivant »
Jean-Marc Pastor (Rapport au Sénat) : « Quel e politique des biotechnologies pour la France ?
Mission d'information sur les enjeux économiques et environnementaux des organismes
génétiquement modifiés »
Christian Rioux : « Pour en finir avec la perfection » (L'actualité - Août 2004)
The President's Council on Bioethics : "Beyond Therapy"
Biotechnologies et développement durable :
Mark Everhard (The Natural Step) : "Genetic Modification & Sustainability”
“Biotechnologies & Sustainable Development, Voices of the south and north” - 2002 (Col ectif)
Emmanuel Delannoy
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Biotechnologies “libres” :
K. Ravi Srinivas : “The Case for Biolinuxes and other pro- common innovations"
(Traduction sur le site www.noolithic.com : "La cause des Biolinuxes"
Janet Hope : "Open source Biotechnologies" : http://rsss.anu.edu.au/~janeth/home.html
Kenneth Neil Cukier : "Open source Biotech" : http://cukier.com/writings/opensourcebiotech.html
www.opensourcebio.org
http://www.intentionalbiology.org
OGM :
AFSSA : "OGM et alimentation : Peut-on identifier et évaluer des bénéfices pour la santé humaine ?"
Gil es-Eric Seralini : « Génétiquement Incorrect »
Gil es-Eric Seralini : « OGM : Le vrai débat »
Dossier OGM - Site internet du CIRAD : www.cirad.fr/fr/dossier/ogm/index.html
Infogm / Veil e citoyene sur les OGM : http://www.infogm.org
OGM : http://www.ogm.org
Génoplante : http://www.genoplante.org
La page personnel e d'Arpad Pusztai : http://www.freenetpages.co.uk/hp/a.pusztai/
Ethique et responsabilité :
Dominique Bourg : « Le nouvel age de l'écologie »
Marie-Françoise CLAMENS : « L'éthique dans une organisation - Proposition d'analyse pour la
qualité sociale et environnementale en entreprise » - Thèse de Mastère MIQE 2003
Anne DERAIN : « RSE & KM » - Thèse de Mastère ICMC 2003
Hans JONAS : « Le principe de responsabilité » / « Pour une éthique du futur »
Axel KAHN : « Société et Révolution Biologique - Pour une éthique de la responsabilité. »
Colin Tudge : « Qui a le droit de cloner qui ? »
(Dans « Clonage : Regard éthique » - Editions du Conseil de l'Europe)
Risque :
Christian Brodhag : « Prévention et Précaution » : www.brodhag.org
Claude Fischler : « Alimentation contemporaine et perception du risque »
(Dans « Université de tous les savoirs : La nature et les risques »)
Bil Joy : "Why the Future Doesn't need us"
Martin REES : « Notre dernier siècle ? »
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Sites internet :
Le site institutionnel du CIRAD : www.cirad.fr
CNRS : Ethique et réglementation : http://www.cnrs.fr/SDV/Dept/ethique.html
Qualité en recherche : http://www.recherche.gouv.fr/qualite/
Site interministériel sur les OGM : http://www.ogm.gouv.fr/
Biotechnologies France : http://biotech.education.fr
Le site « Biotechnologies » de la Commission européenne :
http://europa.eu.int/comm/biotechnology/introduction_fr.html
OCDE : Biotechnologies :
http://www.oecd.org/topic/0,2686,en_2649_37437_1_1_1_1_37437,00.html
The European Association for Bioindustries : http://www.europabio.org
Biotechnology regulatory atlas : http://plus.i-bio.gov.uk/ibioatlas/contents.html
UNEP / Biosafety : http://www.unep.ch/biosafety/
Convention on Biological Diversity : www.biodiv.org
Protocole de Carthagène : www.biodiv.org/biosafety/
Gene Watch : http://www.gene-watch.org/
Info-veil e-Biotechs : http://www.info-veil e-biotech.com
La revue en ligne "Vivant" : www.vivantinfo.com
Genetic Resources for Agriculture International Network : www.grain.org
Science et vous : http://sv.qc.ca/steph/science_et_vous/
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Annexe 5 : Quelques référentiels utiles
La norme ISO 9001 :
La norme ISO 9001, (sous titrée : Systèmes de management de la qualité - Exigences) est
certainement la norme la plus répandue et la plus appliquée dans le monde de l'entreprise, que se soit
dans les activités de production comme dans les activités de services.
La révision 2000 de la norme apporte plusieurs nouveautés.
- L'approche processus
- L’orientation client
Au delà de l'accent mis sur la maîtrise des processus et l'orientation client, la norme ISO 9001 repose
sur :
- L'engagement et la responsabilité de la direction, donnant une dimension stratégique à la mise
en oeuvre d'un système de management de la qualité,
- Le management des ressources, notamment humaines, mais aussi les infrastructures, les
équipements et les services de support, traduisant de manière concrète l'engagement de la
direction,
- La réalisation du produit, dans une approche globale intégrant la conception, les achats, la
soutraitance, et les services d'accompagnement,
- Les actions de mesure, d'analyse et d'amélioration, permettant la mise en place d'un véritable
système de surveil ance et de maîtrise des processus.
L'ISO 9001 peut être utilisée comme guide de travail interne, ou à des fins de certification par un
organisme externe.
La norme ISO 9001 inspire directement d'autres systèmes de management, comme l'ISO 9004,
l'OHSAS 18001 (Sécurité au travail) et l'ISO 14001.
La norme ISO 9004 :
La norme ISO 9004, (Sous titrée : Systèmes de management de la qualité - lignes directrices pour
l'amélioration de la performance), apporte un certain nombre de compléments en vue d'une
performance globale de l'entreprise.
Contrairement à la norme ISO 9001, qui donne des "exigences" pour la mise en oeuvre de systèmes
qualité, l'ISO 9004 parle de recommandations. Sa mise en oeuvre ne peut donner lieu à aucune
certification.
L'ISO 9004 introduit clairement la notion de "parties intéressées", encourage l'entreprise à la mise en
oeuvre de pratiques destinées à permettre une performance durable, et s'intéresse à la motivation et à
l'adhésion du personnel au programme de management. El e repose sur la notion d'amélioration
continue (cycle PDCA).
La norme ISO 9004 incite clairement l'entreprise à identifier ses parties intéressées (internes et
externes), à écouter et recueil ir leurs attentes, et à mettre en place une dynamique d'amélioration
continue pour répondre à ces attentes. La norme introduit aussi la notion de sécurité des produits, de
responsabilité et d'impact environnemental, y compris sur l'utilisation efficiente des ressources
naturel es.
D'autres référentiels proposent une approche voisine de l'ISO 9004, parmi lesquels on peut retenir le
référentiel EFQM (European Foundation for Quality Management), ou le référentiel Malcolm Baldridge
(Américain).
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La norme ISO 14001 :
La norme ISO 14001 (Système de Management Environnemental), donne des exigences pour la mise
en oeuvre par un organisme d'une démarche de prise en compte et de maîtrise de ses impacts
environnementaux. (Mais sans fixer d'exigences particulières sur un niveau de performance
environnementale minimum).
L'ISO 14001 repose sur la notion d'amélioration continue (PDCA).
Le point de départ de la démarche est le recueil des exigences :
- Les "exigences" du milieu, analysées à travers l'étude des aspects* et des impacts*
environnementaux,
- Les exigences réglementaires applicables,
- Les attentes des parties intéressées.
La norme insiste sur le nécessaire engagement de la direction "à son plus haut niveau", qui doit se
traduire par la définition d'une politique environnementale, la délégation de responsabilités et de
moyens, et la mise en oeuvre d'un programme de management environnemental, et sa participation
active à une revue de direction périodique.
Une activité de surveil ance et de mesurage doit permettre de valider la pertinence, l'application et
l'efficacité du système de management environnemental.
La norme ISO 14001 peut être utilisée par un organisme en interne, pour la mise en place du SME ou
d'un système de Management Intégré QSE (Qualité - Sécurité - Environnement), ou dans l'objectif
d'une certification par un organisme externe.
En complément des exigences de la norme ISO 14001, il existe une norme ISO 14004 qui donne des
lignes directrices pour la mise en oeuvre efficace d'un SME adapté au contexte de l'entreprise, et pour
le choix d'indicateurs de suivi de la performance environnementale.
La norme OHSAS 18001
Ce n'est pas une norme ISO, mais une norme BS (British Standard). El e donne des lignes directrices
pour la mise en oeuvre d'un système de management de la santé et de la sécurité au travail. Sa
formulation et son plan étant très proches de l'ISO 14001, la mise en oeuvre d'une démarche intégrée
sécurité/ environnement peut être un choix pertinent.
Référentiels spécifiques au secteur des biotechnologies :
Plusieurs référentiels sectoriels spécifiques s'appliquent au secteur des biotechnologies, par exemple
les référentiels ISO 17025 (Analyses et essais), BPL (Bonnes Pratiques de Laboratoire), GMP (Good
Manufacturing Practices), ISO 22000 (Hygiène et sécurité alimentaire - issue du référentiel HACCP).
Ces documents fixent des exigences particulières relatives à la traçabilité, à la reproductibilité des
résultats, à la métrologie, à l'hygiène et à la sécurité.
Indépendamment des référentiels normatifs ci-dessus, le « Protocole de Carthagène sur la
prévention des risques biotechnologiques », donne des recommandations sur des aspects liés à la
gouvernance, la responsabilité, la transparence et l'information du public. L'annexe III décrit dans les
grandes lignes une approche sur l'analyse des risques liés aux biotechnologies, notamment en terme
d'objectifs, de méthode, et de couverture.
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Le guide SD 21000 :
Le document AFNOR X 30-021, ou SD 21000 est un guide de travail AFNOR pour la prise en compte
des enjeux du développement durable dans la stratégie et le management de l'entreprise.
Il repose sur la notion de Responsabilité Sociale des Entreprises, sur l'identification et le dialogue avec
les parties intéressées, la transparence et l'identification des enjeux et des risques.
L'engagement de la direction et la notion d'amélioration continue font partie intégrante de la démarche
proposée par le guide.
Le SD 21000 démontre la pertinence d’une approche de type « Système de Management Intégré »
pour la prise en compte du développement durable dans le management d’entreprise, à condition que
la dimension stratégique de l’engagement soit validé et soutenu par la direction au plus haut niveau.
Au niveau mondial, d'autres guides de travail existent, comme le SA 8000 (USA), SIGMA AA 1000
(UK), SI 10000 (Israël). Un groupe de travail a été constitué au sein de l'ISO pour élaborer un
référentiel standard au niveau mondial. Le document final prendra la forme d'un guide de
recommandations, et sera sans doute assez proche de la philosophie d'un document comme le SD
21000.
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+ 33 (0) 683 556 625
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