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L'industrie dans l'économie (1981-2006) : une réalité pour notre avenir ?

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L’industrie dans L’économie ( 1981 - 2006 ) :
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une réaLité pour notre avenir ?
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étude comparée de l'industrie en France et
dans les grandes puissances industrielles depuis 25 ans
8
Que représente l’industrie en France aujourd’hui ? Peut-on vraiment parler
d’une marginalisation de son poids économique au profit des activités de
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services, alimentant un phénomène de désindustrialisation du territoire ? En
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quoi la situation industriel e française se distingue-t-el e de cel e des autres
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Toutes ces interrogations sont au cœur du débat public actuel sur les
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contribuer à l’analyse économique de ces questions sur deux aspects :
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Étude comparée de l'industrie en France et
- mettre en évidence les principales évolutions structurel es intervenues dans

l’industrie au cours des vingt-cinq dernières années.
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dans les grandes puissances industrielles depuis 25 ans
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Cette mise en perspective fait ainsi ressortir deux grands thèmes que toute
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- une vision élargie des facteurs de compétitivité industriel e intégrant,
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Gilles Le Blanc
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de services externalisés et les qualifications de la main d’œuvre ;
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- une réflexion sur les spécialisations souhaitables de notre industrie, à
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partir de l’analyse des demandes domestique et mondiale, des avantages
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existants mais aussi de la sensibilité des secteurs aux différents
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facteurs d’environnement dont les effets ont été mis en évidence sur
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la période 2002-2006 (coût de la main-d’œuvre, parité euro/dol ar,
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Janvier 2009
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Les Notes de l’Institut
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Institut de l’entreprise
Cercle de l'industrie
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29, rue de Lisbonne - 75008 Paris
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ISSN 1764-9706
15 e
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L'industrie dans L'économie
(1981-2006) :
UNE RéALITé POUR NOTRE AVENIR ?
étude comparée de l’industrie en France et
dans les grandes puissances industrielles
depuis 25 ans
Gilles Le Blanc
Janvier 2009

Le Cercle de l’Industrie est un lieu de dialogue et d’échanges destiné aux
grandes entreprises industrielles. Il rassemble une vingtaine de présidents de
grandes entreprises françaises intervenant dans tous les secteurs industriels ainsi
que des hommes politiques.
• La promotion de l’image et des intérêts de l’industrie
Le Cercle de l’Industrie se distingue par sa spécificité industrielle, son
engagement pour la construction européenne et son bipartisme politique.
à cet égard, le Cercle de l’Industrie a pour vocation de participer à la réflexion
sur la définition et l’articulation d’une nouvelle politique industrielle et d’une
amélioration de la gouvernance économique en Europe. Il s’implique dans les
propositions et débats des institutions européennes en la matière.
L’importance désormais reconnue, tant au niveau français qu’européen, de
repenser une nouvelle politique industrielle montre que les actions du Cercle de
l’Industrie ont pu contribuer à faire évoluer le discours politique et les initiatives
des pouvoirs publics en faveur de l’industrie.
Le Cercle de l’Industrie se mobilise sur des sujets horizontaux, en exerçant
une vigilance particulière sur les questions de concurrence, de commerce inter-
national, de recherche, d’innovation et d’infrastructures de transport terrestre,
d’environnement et d’énergie.
• les rencontres de haut niveau
Régulièrement, le Cercle de l’Industrie organise pour ses membres un dialogue
autour d’une personnalité, responsable politique ou syndical français ou européen
(chefs d’état ou de gouvernement membres de l’Union européenne, Président de
la Commission, Commissaires européens).

• les forums étudiants
Le Cercle de l’Industrie invite régulièrement une centaine d’étudiants des
grandes écoles d’ingénieurs et de commerce à échanger avec un dirigeant d’un
grand groupe industriel français sous forme d’un petit-déjeuner débat. L’objectif
de ces rencontres est de rapprocher entreprises et étudiants : les étudiants
peuvent ainsi découvrir le quotidien, les stratégies et les enjeux économiques des
entreprises industrielles françaises et mieux se situer sur le marché de travail de
demain.
• l’institut des hautes études de l’entreprise (ihee)
En partenariat avec l’Institut de l’entreprise, le Cercle de l’Industrie participe
à la conception du séminaire « Compétitivité et innovation dans l’industrie »
de l’IHEE. Le Cercle de l’Industrie est membre fondateur de l’IHEE, programme
destiné à celles et ceux qui sont ou seront demain à des positions de haute
responsabilité et qui vise à les sensibiliser au fonctionnement de l’entreprise
dans un contexte d’échanges mondiaux intenses.
• la publication d’informations européennes
Un suivi rigoureux de l’information est la clé pour appréhender les évolutions
européennes, agir et convaincre au bon moment. Le Cercle de l’Industrie diffuse
chaque mois à ses membres un bulletin d’actualités européennes qui met en
perspective les développements relatifs au marché intérieur et au contrôle de la
concurrence au commerce international, aux transports, à l’environnement.

L’Institut de l’entreprise est une association créée en 1975 par une trentaine
de grands groupes. Ses promoteurs étaient animés par le désir de disposer d’un
organe de réflexion, indépendant de tout mandat syndical ou politique, qui
leur permette d’affiner leur approche des questions économiques, sociales et
sociétales.
à la fois différent des organisations professionnelles et en contact permanent
avec elles, l’Institut se distingue par sa capacité à échapper aux pressions de la
conjoncture immédiate. Dans sa démarche de mise en perspective des positions
de tous les acteurs de la vie économique et sociale, français et étrangers, il est à
la fois un lieu d’élaboration d’une pensée managériale moderne et un centre de
réflexion sur les sujets de société.
Aujourd’hui, l’Institut de l’entreprise, qui compte plus de 120 adhérents, a une
triple vocation :
• un pôle de réflexion
Les commissions d’étude de l’Institut réunissent, dirigeants d’entreprise et
experts, favorisant ainsi le partage des expériences et la confrontation des
opinions. Leurs réflexions aboutissent à l’élaboration d’analyses et de rapports
largement diffusés.
Ces travaux présentent quatre caractéristiques principales : ils s’inscrivent
dans une vision prospective, ils intègrent la dimension internationale, ils privilé-
gient les expériences concrètes, et ils sont le fruit de débats contradictoires.

• un lieu de rencontre
Les différentes manifestations organisées par l’Institut de l’entreprise per-
mettent de stimuler les échanges et d’enrichir les réflexions de leurs participants.
Dirigeants d’entreprise, personnalités politiques, experts issus de l’entreprise ou
du monde universitaire sont invités à s’exprimer à l’occasion de déjeuners
informels, de colloques et de séminaires internationaux.
• un pôle de formation
Depuis quelques années, l’Institut de l’entreprise s’est engagé dans des actions
qui ont pour but de confronter certains publics au monde de l’entreprise, dans
l’objectif de leur en donner une représentation plus concrète.
Trois publics sont actuellement concernés par ces programmes : les futurs
responsables des grands secteurs d’activité de la vie politique, économique et
sociale avec l’IHEE, les professeurs de Sciences économiques et Sociales des
lycées et les élèves journalistes.
Pour en savoir plus, rendez-vous sur notre site : www.institut-entreprise.fr

Remerciements de l’auteur
L’auteur remercie le Cercle de l’Industrie et l’Institut de l’entreprise pour
leur soutien dans la réalisation de cette étude ainsi que l’OCDE et en particulier
Colin Webb pour leur coopération dans l’accès aux données statistiques indus-
trielles par pays. Le document final doit beaucoup aux commentaires, conseils
et relectures de Jean-Damien Pô, Jacques Leflon, Henri Garnier, Eudoxe Denis et
Virginie Carvalho.
© Cercle de l’Industrie / Institut de l’entreprise, 2009
Tous droits de reproduction, de traduction, d’adaptation et d’exécution
réservés pour tous les pays
Directeur de la publication :
Christophe Beaux, délégué général du Cercle de l’Industrie
Jean-Damien Pô, délégué général de l’Institut de l’entreprise
Photographie de couverture : © Avancis

Sommaire
Résumé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
évaluation du poids de l’industrie dans
l’économie française selon cinq indicateurs . . . . . . . 15

Synthèse des grandes évolutions structurelles
de l’industrie française entre 1978 et 2006 . . . . . . . . 19

1. Une productivité du travail très élevée sur un cœur productif concentré. . . . . . 19
2. Le phénomène d'externalisation et l'imbrication croissante industrie/services . . 21
3. La recomposition de l’emploi industriel (métiers, intérim, qualifications) . . . . . 24
4. Le rôle décisif des investissements immatériels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
5. L'absence de véritable spécialisation sectorielle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
Position internationale relative
de l’industrie française . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
La dégradation des performances industrielles
de la France depuis 2002 :
décrochage ou difficulté temporaire . . . . . . . . . . . . . 35


Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
L’auteur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44


Résumé
Synthèse actualisée 2008 du poids de l'industrie en France, ses grandes
évolutions depuis 25 ans et par rapport aux autres puissances industrielles
Contrairement à ce qu'on entend parfois affirmer de façon hâtive,
l'industrie n'a pas disparu dans notre pays. Son poids relatif dans
l'économie reste significatif. Et l'incontestable recul sur 25 ans de sa part dans
la valeur ajoutée et l'emploi résulte de deux dynamiques propres à l'industrie :
d'une part, une intense compétition en prix réduisant relativement la valeur
de sa production par rapport à la sphère des services, et d'autre part,
l'accumulation continue du capital, qui se substitue de façon accrue au travail.
Si l'on mesure l'activité de l'industrie en volume, on note que son poids
relatif s'est stabilisé au cours des dix dernières années, ce qui signifie que la
production en volume a crû au même rythme que l'ensemble de l'économie.
L’industrie conserve en outre un rôle prépondérant – bien supérieur à son poids
dans l’emploi et le PIB – en matière de R & D, d'échanges commerciaux, et dans
une moindre mesure d'investissement. Mais pour apprécier véritablement
son évolution et ses perspectives, il faut prendre la mesure de la profonde
transformation de l’industrie au cours des décennies écoulées. C'est dans
l'analyse approfondie de ces nouvelles caractéristiques, plus que dans
l'observation de variables conjoncturelles marquées par une forte cyclicité,
qu'il faut rechercher ses facteurs structurels de fragilité ou de croissance.
Ce rapport examine en ce sens les évolutions les plus marquantes des
deux décennies écoulées : intensification forte du travail et hausse continue
de la productivité, développement de l'externalisation et imbrication accrue
entre industrie et services, recomposition de l'emploi industriel avec à la fois
élévation des qualifications et redistribution à travers les secteurs des services
aux entreprises, poids croissant des investissements immatériels dans
l'investissement industriel et les actifs des entreprises, absence persistante
de spécialisation sectoriel e par rapport aux autres puissances industriel es
au moment précis où les pays les plus spécialisés (Allemagne, Italie, Japon)
intensifiaient leurs spécialisations dans leurs productions de prédilection.
9

L’industrie dans L’économie ( 1981 - 2006 ) : une réaLité pour notre avenir ?
Mais la menace de désindustrialisation reste néanmoins bien présente,
comme le montrent les difficultés croissantes de nombreux secteurs et entreprises
depuis 2002. Si une part de cette dégradation des performances industrielles
peut être imputée à un effet cyclique, l'analyse met en évidence plusieurs
facteurs de fond, que toute réflexion sur les perspectives industrielles du pays
doit considérer. En premier lieu, les très forts gains de productivité du travail
réalisés dans l'industrie au cours de la dernière décennie ont pour conséquence
paradoxale que l'intensification du travail et les restructurations traditionnelles
ne pourront constituer à l'avenir des réponses efficaces pour défendre
durablement la compétitivité industrielle dans un environnement globalisé.
Ce mode d'ajustement portant principalement sur le facteur travail trouve
aujourd'hui ses limites. Tout choc (qu'il soit lié à l'environnement concurrentiel,
l'évolution des taux de change ou les conditions de financement des entreprises)
peut ainsi menacer la viabilité des productions actuel es et précipiter des
disparitions d'activités. Ainsi, face à un choc de prix provoqué par l'offre de pays
émergents sur un secteur, les marges de manœuvre classiques en termes de
productivité et d'ajustement de la main-d'œuvre sont désormais très limitées
alors qu’une montée en gamme des produits par l'innovation, les marques ou les
services associés exige du temps et des investissements nouveaux.
Ensuite, la concurrence sur les marchés industriels portant de plus en plus
sur des éléments hors prix, les investissements immatériels – dans la R & D et
la mise en marché des produits – deviennent une source décisive d'avantages
comparatifs (produits innovants, marques). De même, une offre efficace, de
qualité et pérenne de services (externalisés) aux entreprises constitue désormais
un facteur de compétitivité essentiel pour l'industrie.
Enfin, au sein des grandes puissances industrielles historiques, la France se
distingue par deux caractéristiques structurelles historiques de son appareil
industriel : l'absence de réelle spécialisation sectorielle et le poids important des
biens intermédiaires. Justifiés par des raisons historiques dans une économie
peu ouverte, ces deux traits particuliers de notre industrie s'avèrent de moins en
moins adaptés à un environnement globalisé marqué par la division des tâches
et l'augmentation continue des échanges.
Ces enseignements mettent en évidence deux thèmes que toute réflexion
de politique industrielle (nationale mais aussi européenne) devra considérer
en priorité :
10

Résumé
- Une vision élargie des facteurs de compétitivité industrielle intégrant,
au-delà des coûts salariaux et de la fiscalité, les aspects immatériels
(innovation, publicité, marques, design…), l'offre de services externalisés,
les qualifications de la main-d'œuvre ;
- Les spécialisations souhaitables de notre industrie, à partir de l'analyse des
demandes domestique et mondiale, des avantages existants (commerciaux,
technologiques, industriels) mais aussi de la sensibilité des secteurs aux
différents facteurs d'environnement dont les effets ont été mis en évidence
sur la période 2002-2006 : coût de la main-d'œuvre, parité euro/dollar,
intensité énergétique…
11


L’industrie dans l’économie ( 1981 - 2006 ) :
une réalité pour notre avenir ?
étude comparée de l’industrie en France et
dans les grandes puissances industrielles depuis 25 ans
Synthèse actualisée 2008 du poids de l'industrie
en France, ses grandes évolutions depuis 25 ans et
par rapport aux autres puissances industrielles
par Gilles Le Blanc

Introduction
Que représente l’industrie en France aujourd’hui ? Peut-on vraiment parler
d’une marginalisation de son poids économique au profit des activités
de services, alimentant un phénomène de désindustrialisation du territoire ?
En quoi la situation industrielle française se distingue-t-elle de celle des autres
puissances économiques ? Quelles ont été ses évolutions marquantes au cours
des vingt-cinq dernières années ?
Toutes ces interrogations sont au cœur du débat public actuel sur les
délocalisations, la spécialisation internationale de l’économie française, les initia-
tives de politiques industrielles souhaitables. Cette note, qui actualise un rapport
paru en 2005 1, entend contribuer à l’analyse économique de ces questions sur
deux aspects :
- d’une part, donner à voir précisément ce qu’est aujourd’hui l’industrie
en France en termes économiques, au moyen d’indicateurs quantitatifs et
d’une comparaison avec les autres « puissances industrielles » historiques ;
- d’autre part, mettre en évidence les principales évolutions structurelles
intervenues dans l’industrie au cours des 25 dernières années.
Après avoir mesuré à l'aide de cinq grands indicateurs le poids relatif de
l'industrie dans l'économie française et son évolution entre 1981 et 2006 (§ 1),
on examinera les principales évolutions structurelles intervenues sur cette
période (§ 2). La situation française sera ensuite comparée à celle des autres
grandes puissances industrielles (§ 3), avant un éclairage particulier sur la pé-
riode 2003-2006, marquant selon certains un décrochage de notre industrie (§ 4).
La conclusion présente plusieurs implications de cette analyse pour les politiques
publiques nationale et européenne (§ 5).
1. Gilles Le Blanc, L’industrie dans l’économie française (1978-2003) : une étude comparée,
Notes de benchmarking international, Cercle de l’Industrie-Institut de l’entreprise, Paris,
2005.
14

1 évaluation du poids de l’industrie
dans l’économie française selon
cinq indicateurs
La définition retenue ici du périmètre industriel rassemble le secteur agroali-
mentaire, les activités manufacturières et l'énergie 2. Le tableau suivant décrit la
composition actuelle de l'industrie française autour de quelques chiffres clés, en
précisant l'évolution du poids relatif de chaque branche dans la valeur ajoutée et
l'emploi entre 1981 et 2006.
Tableau 1. Variables clés de l'industrie française par branche en 2006
Valeur
% total
% total
Solde
Branche
Emplois**
Exports* FBCF*+
ajoutée*
(1981)
(1981)
extérieur*
Industrie
233,9
3 44,4
3,4
36,4
-43,1
Ind. agricoles
12,3
15,
2,
550,4
32,9
4,1
,2
et alimentaires
(11,4)
(10,8)
Ind. des
16
15,9
biens de
3,3
552,9
5,
1,
-,9
(16,6)
(20,6)
consommation
Ind.
6,1
13,2
5,6
51
3,5
5,5
automobile
(5,1)
212,3
(6,1)
Ind. des biens
20,2
20,9
4,3
26,
96,2
,
,4
d’équipement
(20,3)
(20,2)
Ind. des biens
32,9
35,

1 242,4
120
11,3
-,4
intermédiaires
(31,1)
(37,2)
13
5,5
énergie
30,4
19,6
19,4

-45,
(15,6)
(5,1)
* Milliards d'euros courants ** Milliers d'équivalents temps plein + FBCF - Formation Brute de Capital Fixe :
fournit une estimation comptable de l'investissement productif corporel agrégé
Données : Comptes annuels INSEE.
2. C'est-à-dire les sections EB, EC, ED, EE, EF et EG de la Nomenclature économique de Synthèse de
l'INSEE, ou de façon équivalente, les divisions C, D et E de la nomenclature internationale NACE.
15

L’industrie dans L’économie ( 1981 - 2006 ) : une réaLité pour notre avenir ?
Le rôle central et continu depuis 25 ans des biens intermédiaires (verre,
ciment, plastiques, bois-papier, textile, chimie, composants électriques et élec-
troniques, métallurgie) dans la structure industrielle française est ici mis en évi-
dence : environ un tiers de la valeur ajoutée, des emplois, des exportations et des
investissements. Sur la période, on observe une grande stabilité du poids relatif
de chaque branche dans la valeur ajoutée et l'emploi industriels. Les évolutions
notables sont l'accroissement du poids relatif de l'agroalimentaire (en valeur
ajoutée mais surtout en emplois : + 5 points), le recul des biens de consomma-
tion dans l’emploi industriel (- 4,7 points) et de l'énergie dans la valeur ajoutée
(- 2,6 points).
Le tableau suivant compare le poids global de l'industrie dans l'économie
française entre 1981 et 2006 autour de cinq grandes variables : la valeur ajou-
tée, l'emploi, l'investissement, les dépenses de R & D et les échanges extérieurs
(importations, exportations).
Tableau 2. évolution du poids de l'industrie
dans l'économie française
Part de l’industrie
1981
2006
dans la valeur ajoutée (prix courants)
23,5 %
14,5 %
dans la valeur ajoutée (en volume)
19,6 %
1,3 %
dans le total des emplois*
23,4 %
14 %
dans l’investissement (FBCF des
33, %
19 %
ENF**)
dans l’investissement (hors énergie)
23,5 %
15 %
dans la R & D des entreprises
92,4 %
,1 %
dans les exportations
4 %
,1 %
dans les importations
0,1 %
2, %
* Emploi intérieur total en « équivalent temps plein »
** Formation brute de capital fixe des entreprises non financières
Source : INSEE Comptes nationaux annuels (base 2000).
16

évaluation du poids de l’industrie dans l’économie française selon cinq indicateurs
Ces chiffres bruts appellent trois commentaires.
Tout d'abord, la baisse du poids relatif de l'industrie dans la valeur ajoutée
(- 9 points en 25 ans), l’emploi (- 9,4 points) ou encore l’investissement
(- 14,8 points) est réelle et significative. Cependant ces évolutions relatives ne
doivent pas masquer la dynamique de croissance absolue de l'industrie sur cette
période et donc le maintien d'un poids significatif dans l'économie. En effet,
l'activité industrielle a connu une croissance annuelle de 3,1 % en moyenne
(contre 5,2 % dans l'économie entière), faisant plus que doubler en valeur 3.
La réduction du poids industriel en valeur tient en réalité à un effet prix. Si on
considère la valeur ajoutée industrielle en volume, c'est-à-dire calculée avec
les prix de l'année précédente, on observe sur la période un recul beaucoup plus
mesuré (- 2,3 points) de la part relative de l’industrie, avec un minimum atteint
en 1993 (16,9 %), puis un redressement et une stabilisation autour de 17,6 %
au cours des dix dernières années. Cela signifie que le recul de l'industrie dans la
valeur ajoutée en valeur est presque totalement imputable à l'évolution défavorable
des prix des biens industriels par rapport à ceux des services. C’est en France que
les prix relatifs des produits industriels ont baissé le plus fortement en Europe :
-25 % entre 1995 et 2006 (alors qu'ils baissaient très peu en Allemagne en dépit
d'une progression de la productivité du travail presque équivalente à celle de la
France sur la période). Les consommateurs finaux (qu’ils soient particuliers ou
entreprises) vont bénéficier directement de ces baisses. Mais, avec cet effet prix,
la croissance réelle de la production et de la consommation de biens industriels
se trouve masquée, alors qu’elle a finalement suivi le rythme de l'économie dans
son ensemble sur la période. On peut aussi souligner que les exportations indus-
trielles ont été multipliées par 4,6 sur 25 ans à prix courants, soit un rythme annuel
moyen de 6,3 % !
Le second point à souligner est qu'en matière de R & D, d'échanges commerciaux et
dans une moindre mesure d’investissement, l’industrie conserve une place décisive
dans l'économie française, bien supérieure à son poids dans la valeur ajoutée et
l'emploi.
Enfin, il faut mentionner les limites de ces données qui tiennent au brouillage
des découpages et classification statistiques qui servent à les recueillir et les
3. Précisons qu'il s'agit ici de croissance en valeur, à distinguer des données macroéconomiques de
croissance annuelle qui sont mesurées en volume.
1

L’industrie dans L’économie (1981 - 2006) : une réaLité pour notre avenir ?
agréger : le processus d'externalisation vers des sociétés de services marchands aux
entreprises, l’investissement croissant et désormais majoritaire dans l'immatériel.
Ces deux points seront développés et illustrés dans la prochaine section mettant
en évidence la transformation structurelle du périmètre et de la composition de
l'industrie ces vingt-cinq dernières années.
1

2 Synthèse des grandes évolutions
structurelles de l’industrie française
entre 1978 et 2006
Au-delà des évolutions quantitatives présentées précédemment, il faut
souligner la très profonde transformation structurelle de l'industrie
intervenue ces vingt-cinq dernières années, qui a profondément modifié son
organisation, son périmètre, ses caractéristiques économiques de fonctionnement.
On insistera ici sur cinq éléments décisifs.
1. Une productivité du travail très élevée
sur un cœur productif concentré
Si l’on croise la stabilité de la valeur ajoutée industrielle en volume dans
l'économie (donc la croissance continue de la production de biens industriels) avec
la baisse des emplois (passés en vingt-cinq ans de 5,5 millions à 3,5), on mesure la
forte intensification du travail qui en a résulté. L'appareil industriel français s'est
concentré au gré des restructurations successives en un cœur productif très dense,
mobilisant les personnels les plus performants. Pour preuve, la dynamique continue
sur la période des gains de productivité. La productivité horaire du travail dans
l'industrie (hors énergie) a crû en France de 4,6 % par an dans la première moitié
des années 1990, de 5 % dans la seconde et de 3,6 % entre 2000 et 2005. Ces
taux sont les plus élevés au sein du groupe des puissances industrielles historiques
(états-Unis, Japon, Allemagne, Italie, Royaume-Uni), à l'exception des états-Unis
entre 1995 et 2005. Au final, la productivité du travail en France a augmenté
dans l’industrie de plus de 80 % contre un peu moins de 60 % en Allemagne, au
Japon et au Royaume-Uni entre 1990 et 2005. Le tableau 3 illustre les dynami-
ques nationales relatives de la productivité du travail dans les secteurs industriels
au cours de la dernière décennie. Il faut aussi souligner que ces gains de produc-
tivité dans l'industrie ont progressé à un rythme beaucoup plus rapide que dans
l'ensemble de l'économie. Entre 1995 et 2006, la productivité du travail dans
l'industrie comparée à celle de l'économie s'est accrue en France de 27 %
19

L’industrie dans L’économie ( 1981 - 2006 ) : une réaLité pour notre avenir ?
(16 % en moyenne dans l'Union européenne, 25 % en Allemagne). Ici réside la
cause principale de la baisse des prix relatifs des biens industriels mentionnée en
section I, et du recul correspondant de la part de la valeur ajoutée industrielle
à prix courant dans la valeur ajoutée totale.
Tableau 3. évolution de la productivité horaire du travail
dans l’industrie (1996-2006)
(base 100 par
1996
2001
2006
pays en 2000)
France
1,3
103,1
124,3
Allemagne
5,9
102,3
124
Italie
95,
100,5
100,
Japon
9,
9
12,5
Espagne
96,4
102,6
113,1
Royaume-Uni
,9
102,5
123,6
états-Unis
1,6
100,4
125,
Zone euro
,1
101,3
115,3
Source : Eurostat, Dataset : Unit Labour Costs-Annual Indicators.
Le dispositif industriel français affiche donc une grande efficacité produc-
tive, en même temps qu'une fragilité certaine car le mode d'ajustement passé
portant principalement sur le facteur travail trouve aujourd'hui ses limites. Tout
choc concurrentiel peut ainsi menacer la viabilité des productions actuelles et
précipiter des disparitions d'activités. En effet, face à un choc de prix provoqué
par l'offre de pays émergents sur un secteur, les marges de manœuvre en termes
de productivité et d'ajustement de la main-dœuvre sont désormais très limitées et
une montée en gamme des produits par l'innovation, les marques ou les services
associés exige du temps et des investissements nouveaux. Si la demande intérieure
se tourne massivement et rapidement vers ces biens importés, alors les entreprises
ne disposeront pas des délais nécessaires pour s'adapter et leur activité dans ce
domaine sera menacée à très court terme (conduisant à des rachats par des
concurrents étrangers plus solides ou une disparition par faillite ou délocalisation).
Le textile, l’habillement-cuir ou encore l’ameublement sont trois exemples de
secteurs frappés sévèrement au cours des années 2000-2006 par la concurrence
des pays émergents sur le marché domestique et ayant subi pour ces raisons
20

Synthèse des grandes évolutions structurelles de l’industrie française entre 19 et 2006
un ajustement très rapide et brutal 4. Faute de possibilités d'adaptation à cette
compétition intensifiée en prix, les fermetures de sites, délocalisations ou failli-
tes ont fortement accéléré la baisse des effectifs : -7 % par an dans les deux
premiers cas et -4,2 % dans le troisième.
2. Le phénomène d'externalisation et
l'imbrication croissante industrie/services
La réduction massive des emplois (- 33 % entre 1981 et 2006 soit – 1,7 mil-
lion d’emplois) est d’abord la conséquence directe de la dynamique des gains de
productivité dans l’industrie et du mouvement de substitution capital/travail qui
la sous-tend. Cependant, un autre phénomène complique l’analyse et rend déli-
cate l’évaluation rigoureuse du poids réel de l’industrie dans l’emploi. Il s’agit du
processus d’externalisation au sein des entreprises qui se généralise et s’accélère
au cours des années 1990. Or cette évolution a pour conséquence un transfert
d’une part de la valeur ajoutée et des emplois du périmètre industriel vers la sphère
des services. En effet, au plan statistique, l’activité correspondante était comp-
tée auparavant dans les données industrielles (même si elle était secondaire par
rapport au cœur d’activité de l’entreprise), et elle se trouve désormais classée et
comptabilisée dans l’activité de sociétés de services spécialisées.
Il est donc intéressant de compléter la mesure stricto sensu du périmètre
industriel par une évaluation des services industriels « externalisés ». Il faut pour
cela examiner les statistiques de la branche dite « des services marchands aux
entreprises » (qui représentent à eux seuls 70 % de la production totale des
services marchands). Cette branche regroupe trois grands types de services aux
entreprises : les télécommunications, les activités de conseil et assistance (services
informatiques, conseil en stratégie et organisation, comptabilité, audit, juridique,
communication, publicité et études de marché…) et les services dits opérationnels
(c’est-à-dire l’intérim, le gardiennage, le nettoyage, la location de matériels…).
4. Le secteur du meuble illustre ces évolutions qui peuvent être très rapides. Sous l'effet du rôle
croissant de la Chine qui progresse aux dépens des fournisseurs européens traditionnels (Italie,
Allemagne), le taux d'importation a augmenté de dix points entre 2002 et 2006. Ne pouvant résister
à cette sévère concurrence en prix, l'industrie domestique du meuble a perdu un quart de ses
effectifs sur cette période.
21

L’industrie dans L’économie (1981 - 2006) : une réaLité pour notre avenir ?
Le tableau 4 détaille les grandes caractéristiques de ces différents segments
d’activité.
Tableau 4. Les services marchands aux entreprises en 2006 5
Salariés
VA
Invest. + % VA
%
%
ETP
milliards milliards totale emplois Invest. +
milliers


Télécommunications et
146,5
2,1
5,1
13,
4,6
21,4
courrier
Location sans opérateur*
0,9
11,3
10,6
5,5
3
45
Activités informatiques**
363,4
2,6
1,3
14
12,1
5,3
Administration d’entreprises
215,
13,6
2,5
6,
6,
10,3
Services professionnels***
32,6
33,3
0,
16,3
14,2
2,
Architecture, ingénierie,
305
22,
1,1
11,2
10,9
4,
contrôle
Publicité et études de marché
12,3
9,1
0,3
4,5
4,3
1,4
Sélection et fourniture de
61,3
22,1
0,03
10,9
19,2
0,3
personnel (travail temporaire)
Sécurité, nettoyage et
59,6
24,
1,2
12,1
20,1
5
services divers
* Location d'automobiles, de véhicules de transport, de machines, d'équipements (matériel agricole,
équipements de chantier, engins lourds).





** Conseil en systèmes informatiques, édition de logiciels, traitement de données, banques de données,
entretien et réparation de matériel informatique.






*** Activités de conseil, juridiques et comptables.
+ données 2005.
Source : INSEE, Enquête annuelle d'entreprises dans les services 2006 (enquête exhaustive
pour les entreprises de plus de 30 salariés, par sondage pour les petites unités).


En 2006, les services aux entreprises emploient au total 4 millions de personnes
(équivalents temps plein) et réalisent 266 milliards d'euros de valeur ajoutée. Ce
secteur a connu une croissance très rapide ces vingt dernières années (tableau 4),
créant en moyenne 95 000 emplois par an avec deux périodes très intenses
1986-1991 (+ 115 000) et 2001-2006 (+ 195 000). Il représente aussi l’essentiel
5. Dans ce tableau ne figurent pas deux secteurs des services marchands : auxiliaires d'assurance et
assainissement, voirie et déchets, car ils ne sont pas directement liés à l'activité des entreprises.
22

Synthèse des grandes évolutions structurelles de l’industrie française entre 19 et 2006
(90 %) des échanges extérieurs de services de la France grâce, en premier lieu,
aux services d’ingénierie et études techniques.
L’extension du processus d’externalisation s’observe aussi dans l'évolution de
la structure des activités industrielles et le poids croissant des consommations
intermédiaires dans la chaîne de valeur. La part de la valeur ajoutée dans la
production industrielle en valeur 6 est en effet restée relativement stable pendant
les vingt premières années étudiées : 30,4 % en moyenne dans les années 1980
et 30,8 % au cours de la décennie suivante. Mais après un point haut à 32,3 %
en 1994, elle décroît à partir de 1999. Après une pause en 2002 et 2003, la baisse
reprend : entre 2004 et 2006 le taux de valeur ajoutée baisse de deux points et
demi pour s'établir à 25,2 %.
La croissance combinée des services marchands aux entreprises dans l’emploi
et la valeur ajoutée sur les 25 dernières années est mise en évidence par le
tableau 5.
Tableau 5. évolution du poids des services aux entreprises
en %
1981
1990
2000
2006
du total
Industrie
19,6
1,
1,
1,3
VA en
volume
Services aux entreprises
12,3
14
15,
16,
Industrie
23,4
19,9
16,3
14
Emploi
Services aux entreprises
,
11,6
15,3
16,3
Source : INSEE, Comptes annuels.
Une part significative de ces évolutions opposées de l’industrie et des services
marchands tient au phénomène d’externalisation généralisée. Il demeure cependant
difficile d’estimer rigoureusement et de façon incontestable la fraction des services
marchands aux entreprises directement liée à l’industrie. On ne peut que se livrer
à des estimations et des évaluations indirectes. Par exemple, l’étude du tableau
entrées/sorties (TES) de l’économie française en 2006 indique que 40 % de la valeur
6. Ratio entre la valeur ajoutée et la production à prix courants des branches industrielles.
23

L’industrie dans L’économie (1981 - 2006) : une réaLité pour notre avenir ?
ajoutée des services aux entreprises est consommé comme biens intermédiaires
par les branches industrielles. Par ailleurs, on notera que les services marchands
aux entreprises partagent désormais une des caractéristiques constitutives de l’in-
dustrie classique : l’importance des investissements, 23 milliards d'euros au total
en 2006, soit un montant presque équivalent à celui des investissements corporels
de l’industrie manufacturière. Rapporté à la valeur ajoutée, le taux d’investissement
dans les services aux entreprises s’élève ainsi à 14,8 %, un niveau comparable à celui
de l’industrie (16 %).
3. La recomposition de l’emploi industriel
(métiers, intérim, qualifications)
La décroissance continue de l'emploi industriel mesurée plus haut se poursuit
dans la période récente : entre décembre 2000 et décembre 2006, le total des
emplois industriels baisse au rythme annuel de 1,9 %. On observe cependant un
infléchissement en 2006 (-1 %) et 2007 (-0,7 %), mais ces éléments sont encore
trop récents pour dessiner véritablement un changement de tendance. Car l’emploi
est aussi affecté par le processus d’externalisation, en particulier par le rôle de
l'intérim. Et ce dernier est au sein de l'industrie très volatile (-6 % en 2005 puis
+6,4 % en 2006, et +3,9 % en 2007) car sensible à la conjoncture. Il détermine
finalement l'évolution réelle de l'emploi salarié industriel total (tableau 6).
Tableau 6. Emploi en fin d'année (en milliers)
Emploi
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
Industrie
4 164
4 153
4 064
3 94
3 0
3 3
3 21
3 69
Intérim
32
266
29
265
25
26
25
292
Total
4 491
4 419
4 436
4 213
4 155
4 041
4 006
3 9
Taux
,3
6,4
6,3
6,3
6,9
6,6
,1
,3
d’intérim*
Source : CPCI, 2004, 2006, 2007 ; * part de l'intérim dans l'emploi industriel total en %.
La disparition d'une frontière claire entre industrie et services mise en évidence
dans le découpage sectoriel des secteurs d'activité se retrouve dans les emplois
associés. En reprenant la notion de « métiers » élaborée par la Dares et l'Anpe
24

Synthèse des grandes évolutions structurelles de l’industrie française entre 19 et 2006
pour analyser l'emploi et le chômage, on peut regrouper dans les métiers dits
industriels tous les métiers en rapport direct avec la conception et la réalisation
d'un produit industriel. On observe alors qu’emploi d’un secteur industriel et
total des métiers industriels ne se confondent pas et connaissent des évolutions
distinctes. Une première évaluation quantitative de ce phénomène important a
été présentée par la Dares en 2005 dans une étude de l'écart entre emplois indus-
triels et emplois dans l’industrie. Elle montre qu’en 2002, 38 % des emplois au sein
des établissements industriels concernent des métiers non industriels (transport,
logistique, métiers commerciaux, de gestion et d'administration, informaticiens).
Et que réciproquement, 29 % des métiers industriels sont exercés dans des
secteurs non industriels (ingénieurs études et recherche, maintenance).
La transformation des emplois industriels s'accompagne d'une montée
continue des qualifications. Les ouvriers non qualifiés ne représentent plus
aujourd'hui que 16 % des effectifs de l'industrie manufacturière. à rebours de
l'image historique des OS de l'industrie, ils sont désormais plus nombreux dans
les services aux entreprises (nettoyage, gardiennage, logistique…). Les principa-
les catégories des emplois industriels sont désormais les ouvriers qualifiés (37 %)
et les cadres administratifs, techniques et commerciaux (23 %) 7.
Enfin, l’examen de la dimension emploi souligne le rôle persistant au sein de
l'industrie française des PME (au sens de moins de 250 salariés) qui représentent
40 % de l’emploi (et 30 % de la valeur ajoutée). La visibilité plus marquée et les
dynamiques de croissance des grands groupes tendent souvent à occulter cette
dimension et à biaiser la perception des évolutions de l'industrie en France.
4. Le rôle décisif des investissements immatériels
L'investissement immatériel ou incorporel représente désormais une dimension
décisive pour la compétitivité et la valorisation des industries. Depuis 1991, les
dépenses d'investissement immatériel situées en amont et en aval du processus
de production dépassent dans l'industrie française 8 celles d'investissement corpo-
rel (renouvellement ou modernisation des équipements, extension de capacités,
7. Source : INSEE, DADS 2006.
8. Les données suivantes correspondent aux industries agroalimentaire et manufacturière donc hors
branche énergie.
25

L’industrie dans L’économie (1981 - 2006) : une réaLité pour notre avenir ?
bâtiments, sécurité, environnement…). Destinées à préparer la croissance de l'en-
treprise (conception d'un nouveau produit, construction d'une marque, dévelop-
pement des compétences des salariés, acquisition de logiciels), elles représentent
42,8 milliards d'euros en 2006, soit 1,8 fois le niveau d’investissement corporel
traditionnel (24 milliards d'euros). Ces investissements immatériels se concentrent
dans deux domaines principaux : la R & D et la publicité (19,7 et 19,5 milliards
d'euros respectivement). Désormais, l'investissement industriel se divise donc
à part quasi égale entre les trois grandes étapes du processus productif :
la conception-développement (R & D), la production et la mise en marché
(publicité, marketing, design).
5. L'absence de véritable spécialisation sectorielle
Malgré les ventes d'Airbus et des exportations soutenues dans l'agroalimentaire,
le déficit commercial de la France continue de se creuser : 5 mil iards d'euros en 2004,
puis 23 en 2005, 29 en 2006, 39 en 2007 ! La part de marché de notre industrie
dans les exportations mondiales de marchandises est passée de 6,5 % en 1990 à
4,5 % quinze ans plus tard. Elle ne réussit donc pas à tirer profit de la croissance
vigoureuse du commerce mondial qui progresse au rythme de 5 à 6 % ces dernières
années. Parmi les facteurs structurels mis en avant pour expliquer ces mauvaises
performances, la spécialisation industrielle de la France est régulièrement avancée.
Jugée trop faible dans les secteurs de haute technologie, peu présente dans les
marchés géographiques à forte croissance, et trop importante dans les activités
traditionnelles les plus exposées à la concurrence globalisée et aux menaces de
délocalisation, elle serait désormais totalement inadaptée à la demande mondiale.
La notion de spécialisation aujourd'hui au cœur des débats sur le diagnostic de
la compétitivité défaillante de l'industrie française et des réponses souhaitables
mérite d'être précisée rigoureusement. La spécialisation mesure le poids relatif d'un
secteur particulier dans une économie autour d'une dimension caractéristique :
exportations, emplois, valeur ajoutée… L'essentiel de la littérature économique sur
ce thème privilégie la première variable à partir de données portant des échan-
ges commerciaux entre pays. Cela s'explique à la fois par des raisons pratiques
(disponibilité, homogénéité et mise à jour des informations, rôle majeur de la
globalisation, mettant l'accent sur les exportations/importations du pays) ainsi
que l'orientation théorique de la théorie des avantages comparatifs (de Ricardo
à Samuelson) qui éclaire les dynamiques commerciales des pays à partir de
26

Synthèse des grandes évolutions structurelles de l’industrie française entre 19 et 2006
leurs spécialisations sectorielles. Cependant, une approche plus intuitive de ces
questions désignerait l'emploi ou la valeur ajoutée comme d'autres mesures
pertinentes de la spécialisation industrielle d'un pays. Les résultats présentés dans
cette section actualisent une étude publiée en 2007 9 qui explorait la structure
et la dynamique de la spécialisation productive, c'est-à-dire le poids relatif dans
l'économie des différents secteurs composant l'industrie.
Seconde remarque, la spécialisation est toujours une mesure relative dont
il faut préciser le périmètre et les éléments de comparaison. Ici, l'échantillon de
référence regroupe sept « puissances industrielles » : Allemagne, Espagne, états-
Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni. L’industrie (secteurs manufacturiers,
agroalimentaires et énergie) est décomposée au niveau 2 de la classification
internationale CITI en 29 segments d'activité 10. Cette représentation met certes
en parallèle des secteurs de poids économique très différent mais a l'intérêt de
composer une vue complète de la variété des productions industrielles. La spécia-
lisation d'un pays dans un secteur particulier est alors mesurée par le ratio entre
la part dans le PIB national de la valeur ajoutée de ce secteur, rapportée à la part
moyenne du même secteur dans le PIB des sept pays de l'étude.
Le degré de spécialisation de l'industrie d'un pays peut alors être apprécié
au moyen d'un indice agrégé qui pondère le poids de chaque secteur dans la
valeur ajoutée industrielle par son degré de spécialisation. En simplifiant, ce
résultat rend compte de la déformation apportée à la valeur ajoutée industrielle
par l'existence de spécialisation(s) dans certains secteurs (indice supérieur à 1)
ou bien son absence. Le tableau suivant retrace l'évolution de cet indice dans les
pays de l'échantillon sur la période 1995-2005.
9. Gilles Le Blanc, La France souffre-t-elle d'une mauvaise spécialisation industrielle ?, Les Notes de
l’Institut, Institut de l'entreprise et Cercle de l'Industrie, mars 200. Cette étude examinait la période
1992-2002.
10. Les données utilisées dans ce travail sont issues de la base de données STAN d'analyse
structurelle de l'OCDE.
2

L’industrie dans L’économie (1981 - 2006) : une réaLité pour notre avenir ?
Tableau 7. Indices de spécialisation productive
des sept pays (1995-2005)
Indice de
spécialisation
Pays
Variation
2005
1995
Japon
1,5
1,31
+20 %
Italie
1,65
1,44
+15 %
Allemagne
1,66
1,30
+2 %
Royaume-Uni
1,12
1,41
-21 %
Espagne
1,1
1,13
+5 %
France
0,91
0,93
-2 %
états-Unis
0,9
0,94
+3 %
Source : OCDE Structural Analysis (STAN) databases.
Cette analyse des spécialisations productives nationales met en évidence
plusieurs résultats. Premier point : parler aujourd'hui de la « mauvaise » spéciali-
sation de la France est inexact et simplificateur. Il serait plus juste de parler d'une
« absence » de spécialisation industrielle en France plus que d'une « mauvaise »
spécialisation. L'indice de spécialisation proche de 1 signifie en effet que l'industrie
française couvre tous les segments d'activité dans des proportions comparables
à la moyenne des pays considérés, sans réelle sur- (ou sous-) représentation de
quelques secteurs particuliers. Son profil est en ce sens généraliste, comme les
états-Unis ou l'Espagne et s'oppose à celui des pays véritablement spécialisés :
Japon, Allemagne, Italie. Ces derniers présentent un indice agrégé bien supérieur
à 1, en raison des spécialisations très marquées dans quelques secteurs industriels.
Le Royaume-Uni se trouve dans une situation intermédiaire, très volatile, car son
indice agrégé de spécialisation est principalement déterminé par ce qui se passe
dans un secteur (extraction de ressources énergétiques). On notera enfin que les
pays spécialisés accentuent de façon significative l'intensité de leurs spécialisa-
tions au cours de la décennie étudiée, tandis que la situation évolue très peu au
sein des pays généralistes.
L’examen des données détaillées par secteur permet de discuter la comparaison
récurrente entre les situations française et allemande. Un argument fréquemment
avancé est que la France serait positionnée dans des secteurs peu porteurs, à l’opposé
2

Synthèse des grandes évolutions structurelles de l’industrie française entre 19 et 2006
de son voisin qui bénéficierait de spécialisations dans les « bons » segments. Le
tableau ci-dessous présente les cinq secteurs qui contribuent le plus à la spécia-
lisation globale de l’industrie de chaque pays et l’évolution observée entre 1995
et 2005.
Tableau 8. Classement des secteurs selon leur contribution
à la spécialisation productive 11
CSP
Rang
CSP
Rang
Allemagne

France

2005
1995
1995
2005
1995 1995
Machines et
0,31 +29 %
1
Agroalimentaire
0,15 +15 %
1
matériels mécaniques
Automobile
0,31 +3 %
2
Ouvrages
0,12 +10 %
2
en métaux
équipements
0,16 +30 %
3
électricité,
0,09 +15 %
3
électriques
gaz et eau
Machines et
Ouvrages
0,13 +25 %
4
matériels
0,06
+ %
4
en métaux
mécaniques
Articles
Chimie
0,11
+1 %
5
en caoutchouc
0,05
+1 %
hors pharmacie
6
et plastique
Deux des cinq secteurs contribuant le plus à la spécialisation industrielle
sont communs aux deux pays. En élargissant le classement aux dix premiers, on
retrouve huit secteurs identiques. Ce qui diffère est donc moins le positionnement
sectoriel – largement partagé – que l’intensité de la spécialisation. On note en effet
que les secteurs de plus forte spécialisation ont un impact beaucoup plus faible en
France qu’en Allemagne. De plus, la contribution de ces secteurs-clés augmente
rapidement sur la période, alors qu’elle progresse beaucoup plus modérément en
France. Cela signifie que l’Allemagne approfondit une spécialisation productive
déjà forte sans modifier sa structure. Le classement des spécialisations productives
allemandes en 2005 est identique à ce qu’il était dix ans plus tôt, avant la réelle
montée en puissance dans le commerce mondial des pays dits « émergents ». Les
spectaculaires performances allemandes à l’exportation tiennent à l’approfon-
11. La contribution d'un secteur à la spécialisation productive est le produit de son indice de
spécialisation et de son poids relatif dans la valeur ajoutée industrielle.
29

L’industrie dans L’économie (1981 - 2006) : une réaLité pour notre avenir ?
dissement de spécialisations déjà dominantes dans l’appareil productif, dans des
secteurs qui ont bénéficié de la demande fortement croissante des pays
émergents.
Les différences de performances industrielles entre les deux pays sont donc
davantage à rechercher dans l’organisation de chaque secteur (taille moyenne
des entreprises, réseaux de sous-traitance, externalisation) et les caractéristiques
de leurs offres de produits (différenciation, qualité, destination géographique des
exportations) que dans des « mauvais » choix ou des lacunes sectorielles.
30

Position internationale relative
3 de l’industrie française
évaluer la position de l'industrie française au plan international et
comparativement à celles des autres « puissances industrielles » historiques
conduit tout d'abord à souligner son degré élevé d'ouverture. Celui peut s'apprécier
de trois façons différentes.
Début 2006, une entreprise industrielle sur six de plus de vingt salariés est
sous contrôle étranger. Globalement, ces filiales de groupes étrangers emploient
un million de personnes (36 % des effectifs contre 25 % dix ans plus tôt),
réalisent 40 % de la valeur ajoutée et 45 % des exportations totales de l'industrie
en France. L'AFII (Agence Française des Investissements Internationaux) estime
ainsi que le secteur manufacturier représente 63 % des 40 000 emplois créés ou
maintenus en 2006 par des investissements étrangers en France (principalement
dans l'automobile, les équipements mécaniques, les constructions aéronauti-
ques, navales et ferroviaires, la métallurgie). L'investissement d'origine étrangère
se concentre dans les activités industrielles : la moitié des salariés des groupes
étrangers travaillent dans l'industrie, alors que celle-ci représente moins de 15 %
des emplois totaux. L'industrie française se caractérise ainsi par une forte péné-
tration des capitaux étrangers puisque, au sein de l'Union européenne, la part
moyenne des entreprises sous contrôle étranger dans la valeur ajoutée et
l'emploi industriels s'élève respectivement à 28 % et 21 %.
Ce mouvement d'internationalisation des entreprises industrielles situées sur le
territoire est récent et s'est amplifié sur la période considérée. En effet, les filiales
étrangères représentaient en 1981 19 % des emplois, 22 % de la valeur ajoutée
et 24 % des exportations. On observe donc un quasi-doublement de leur poids
relatif en 25 ans. Cette croissance du capital d'origine étrangère dans l'industrie
résulte des flux d'investissements directs nouveaux sur la période, soit par ra-
chat d'entreprises existantes, soit par extension et croissance propre des filiales
contrôlées. Le mouvement s'est accéléré à partir de la seconde moitié des années
1990 pendant les dix dernières années de la période étudiée, avec la multiplication
31

L’industrie dans L’économie (1981 - 2006) : une réaLité pour notre avenir ?
des fusions-acquisitions transnationales et la généralisation de mécanismes finan-
ciers de rachat type LBO.
L'ouverture s'apprécie ensuite à travers les flux d'investissements inscrits dans la
balance des paiements du pays. D’une part, 92 milliards d'euros d’investissements
directs d’opérateurs français à l’étranger, dont les trois-quarts correspondent à
des investissements en capital social (hors immobilier) ou bien des prêts et de la
trésorerie octroyés aux filiales étrangères. Les investissements directs étrangers
en France s’élèvent pour leur part à 65 milliards d'euros, correspondant prin-
cipalement à des prêts (55 % du total), des bénéfices réinvestis (18 %) et des
investissements en capital social hors immobilier (14 %).
On relèvera enfin l'ouverture croissante de la consommation sur le marché
intérieur au commerce international et aux produits importés. Stable depuis 1981
autour de 80 %, la part de la demande intérieure en biens et services servie par
la production domestique nette des exportations baisse régulièrement pour
atteindre 74 % en 2006. Les importations représentent désormais un quart de la
demande intérieure mais surtout 40 % de sa croissance.
Comment l'industrie française se situe-t-elle par rapport aux autres pays
voisins ou comparables ? Le tableau suivant compare le poids de l'industrie
en termes d'emplois et de valeur ajoutée entre les six puissances industrielles his-
toriques. C’est en France, au Royaume-Uni et aux états-Unis que ces ratios sont
les plus faibles. En Italie, Allemagne et Japon, l'industrie représente toujours de
20 à 25 % de la valeur ajoutée et des emplois. Cette hiérarchie n'est cependant
pas récente : elle est stable de 1981 à 2006. Seul le Royaume-Uni, qui faisait
partie du groupe le plus industrialisé connaît une évolution particulière au sein
de l'échantillon. La part de la valeur ajoutée industrielle britannique est en effet
divisée par deux en 25 ans, ce qui l'amène dans la fourchette basse aux côtés de la
France et des états-Unis, deux pays qui étaient déjà dans cette position en 1981.
Si on considère maintenant le couple (valeur ajoutée, emplois), on peut alors
distinguer deux groupes de pays. Dans le premier (France, Italie), le poids relatif
de l'industrie dans l'emploi et la valeur ajoutée du pays sont identiques, tandis
qu'au sein des autres pays, la part relative de la valeur ajoutée de l'industrie dans
l'économie est de cinq à six points plus élevée que dans les emplois (Allemagne,
Royaume-Uni, Japon). On ne peut pas relier directement ce résultat à des critères
de taille, de productivité du travail, ou encore de degré de spécialisation secto-
rielle. Un pays généraliste comme les états-Unis présente un différentiel signifi-
32

Position internationale relative de l’industrie française
catif (presque 4 points), et à l'inverse l'Italie fortement spécialisée ne présente pas
cette caractéristique. Comme il s'agit de valeurs relatives au sein de l'économie, il
faut en réalité y lire des différences de productivités relatives du travail et de niveau
relatif de qualité et prix des biens/services offerts entre la sphère industrielle et
celle des services 12.
Tableau 9. Comparaison internationale du poids de l’industrie
Part de l’industrie
France Allemagne
UK
Italie
Japon
USA
UE27
2006
Dans la valeur
14,5 %
25,4 %**
1,4 %** 20,5 %
24 %
16,9 % 20,3 %
ajoutée
Dans le total
des emplois*
13,6 %
20 %
10,9 %
20,9 % 1,1 % 13,1 % 1,5 %
évolution des
-11,3 %
-10, %
-2,3 % -0,1 % -1,3 % -6,4 %
effectifs industriels





-,2 %
1995-2006 (en points
-3,5
-3,4
-5,
-2,
-3,2
-1,
du % des emplois)
évolution du poids de
l’industrie dans la VA
-4,1
0,5
-,1
-4
-2,1
-3
-3,4
(en points du %)
* Comme tous les pays ne fournissent pas des données d'emplois en « équivalents temps plein »,
on mesure ici les emplois totaux (d'où l'écart entre le résultat de la France en 2006, 13,6 %, et le
chiffre présenté dans la section 1 de 14 % qui est mesuré en équivalents temps plein pour donner une
évaluation économique plus réaliste du poids des emplois).
** données 2005.
Source : National Accounts of OECD Countries, Vol. IIa, Detailed Tables, 2008, Eurostat..

Pour compléter cette analyse internationale, on peut évaluer ce que repré-
sente l'activité industrielle à l'échelle de l'Europe. En 2006, l'industrie de l'Union
européenne représente 1 930 milliards d'euros de valeur ajoutée et 37,5 millions
d'emplois. Soit un poids relatif dans l'économie s'élevant respectivement à 20,3 %
de la valeur ajoutée et 17,5 % des emplois totaux. Contrastant avec ce poids
économique en réduction même s'il reste significatif 13, l'industrie continue de jouer
12. Opposées ici en raison des découpages statistiques en dépit des réserves explicitées plus haut.
13. En particulier dans les pays nouveaux adhérents, où les effectifs industriels constituent encore
33

L’industrie dans L’économie (1981 - 2006) : une réaLité pour notre avenir ?
un rôle prépondérant en matière d'innovation et de recherche-développement.
En 2004, l’industrie concentre 83 % de l’effort de R & D des entreprises (qui
atteignent au total dans l’Union 123,6 milliards d'euros) et 71 % du total des
chercheurs en entreprise (soit 433 000 chercheurs dans les secteurs industriels).
L’industrie européenne demeure très concentrée ; cinq pays regroupent les
deux tiers des effectifs industriels : l'Allemagne (7,8 millions), l’Italie (5 millions),
la France et le Royaume-Uni (3,5 millions) et l’Espagne (3,4 millions). Ces cinq pays
représentent également 73 % de la valeur ajoutée de l'industrie manufacturière
dans l'Union européenne.
Comme cela a été souligné dans le cas de la France, l'activité industrielle conti-
nue de se développer et la production en volume d'augmenter régulièrement. La
production manufacturière de l'Union européenne (hors industries extractives
et production d'électricité et de gaz) a ainsi crû de 26 % entre 1996 et 2006.
La progression annuelle a été de 1,6 % entre 2000 et 2007 avec un effet cyclique
à souligner : une croissance quasi nulle jusqu'en 2004 avec une reprise à 2,4 %,
réduite à 1,1 % l’année suivante, puis le retour à des taux de croissance plus élevés
de 3,9 % en 2006 et 3,3 % en 2007. Rappelons cependant à titre de comparaison
que, sur la même période entre 2000 et 2007, la Turquie, la Corée du Sud, le Brésil,
l'Inde ont enregistré des croissances annuelles moyennes de leur production in-
dustrielle de 5 à 7 %, et que ce taux atteignait 13 % en Chine. On notera aussi au
niveau sectoriel que seulement deux activités parmi les 14 segments composant
l’industrie ont reculé en Europe : les productions textiles et les industries du cuir et
de la chaussure. à l'opposé, les équipements électriques, les matériels de transport
et la chimie ont progressé de plus de 45 % au cours de la décennie passée.
Si on considère maintenant la variable emploi, les effectifs industriels ont
baissé entre 1995 et 2006 dans les 25 états membres de l'Union européenne
de 0,7 % par an en moyenne, contre une croissance de 1 % pour l'ensemble de
l'économie. En France et en Allemagne, la tendance a été similaire, quoique un peu
plus marquée (-1 % par an en moyenne). Seuls trois pays présentent en Europe
des évolutions s'écartant de la moyenne : le Royaume-Uni, où les effectifs in-
dustriels connaissent une forte baisse de 28 %, l'Italie, où ils se maintiennent, et
l'Espagne, seul pays où ils progressent au total de 25 % (surtout de 1995 à 2000).
de 30 à 35 % des emplois totaux.
34

4 La dégradation des performances
industrielles de la France depuis 2002 :
décrochage ou difficulté temporaire
Depuis 2002, un débat s'est ouvert en France sur un possible décrochage
industriel du pays vis-à-vis de ses principaux concurrents dans le monde.
La dégradation rapide de la balance commerciale depuis cette date, avec un
déficit creusé à 41 mil iards d'euros en 2007, est le principal indice avancé d’une
grave perte de compétitivité des entreprises industriel es françaises, incapables
de tirer parti de la croissance mondiale et de la dynamique consommation des
pays émergents. Selon certains, la combinaison de plusieurs facteurs structurels
(fiscalité, organisation du marché du travail, spécialisation sectoriel e et géographique
historique, faible nombre d'entreprises de tail e moyenne, investissement insuffisant)
explique un handicap de compétitivité fondamental de notre industrie, que la
compétition internationale aiguisée par la globalisation met en évidence, entraînant
un recul continu sur les marchés mondiaux (la part de marché de la France dans
les exportations mondiales passe de 6 à 4,2 % ces dix dernières années). Dans cette
analyse, il s'agit d'un processus largement irréversible (sauf à engager rapidement
et en même temps un ensemble de réformes pour améliorer les différents facteurs
bloquants recensés plus haut), qui conduira à terme à une marginalisation de l'industrie
en France. Cette vision pessimiste, largement partagée et alimentée par l'actualité
médiatique des restructurations/délocalisations, doit à notre sens être tempérée par la
prise en compte d'éléments de cyclicité, qui sont eux largement réversibles.
Trois facteurs méritent en effet d'être intégrés dans l'analyse des performances
industrielles comparées des pays entre 2002 et 2006 :
1. L'évolution relative des coûts salariaux de la main-d’œuvre. La France est
sur ce point dans une situation défavorable vis-à-vis de l'Allemagne, dont les
coûts unitaires du travail ont été réduits de 10 % entre 2002 et 2006 tandis
qu’ils restaient stables en France. Cet écart, résultant de l’effet combiné des
politiques salariales et de l'évolution des dépenses publiques, a plus que
comblé le léger avantage que conservait la France vis-à-vis de l'Allemagne
en terme de productivité horaire du travail (3,6 % de croissance annuelle
moyenne dans l'industrie manufacturière entre 2000 et 2005 contre 3,2 %
35

L’industrie dans L’économie (1981 - 2006) : une réaLité pour notre avenir ?
en Allemagne). Les gains de compétitivité associés à ces baisses de coûts
combinés à la faiblesse de la demande intérieure allemande ont poussé les
entreprises allemandes à rechercher activement des débouchés à l'exportation.
Cet avantage coût a aiguisé la compétition avec les concurrents européens
sur ces marchés et favorisé la croissance rapide des exportations industrielles
allemandes, stimulant la production industrielle du pays à partir de 2004 14.
Tableau 10. évolution des coûts unitaires du travail *
dans l'industrie en France et en Allemagne
Base 100 en 2000
2002
2003
2004
2005
2006
Allemagne
101,5
100,6
96,5
94,5
92
France
100,
99,0
99,3
9,
9
* Les coûts unitaires de la main-d’œuvre mesurent le coût moyen de la main-d’œuvre par unité produite
(ratio entre les coûts totaux de la main-d’œuvre et la production en volume).
Source : OCDE.
2. Les différences nationales de sensibilité aux variables externes de
l'environnement économique, en particulier le coût de l'énergie et les taux
de change. Comme l'illustre le tableau 11, le cours du baril de pétrole et la
parité euro/dollar ont augmenté de façon continue entre 2002 et 2006 mais
sont surtout marqués par une très forte volatilité, qui constitue un facteur
d'incertitude considérable pour les entreprises. Chaque industrie nationale
sera exposée de façon différente à ces risques selon le profil de ses spéciali-
sations sectorielles et géographiques (exportations). Ainsi, les principaux sec-
teurs d'exportation de la France (agroalimentaire, aéronautique, matériels de
transport) subissent avec particulièrement de force la parité défavorable euro/
dollar. On notera également que les cinq secteurs industriels les plus intensifs
en énergie (classés selon la quantité d'énergie consommée pour produire une
unité de valeur ajoutée) 15, donc les plus touchés par la hausse brutale des
14. La production manufacturière al emande, qui se trouvait en 2003 à son niveau de 2000, va ensuite
croître de 3,1 % en 2004, 3, % l'année suivante et 6, % en 2006.
15. Ces cinq secteurs se distinguent nettement au sein de l’industrie (hors énergie) avec une intensité
énergétique supérieure à 200 tep (tonnes équivalent pétrole) par mil ion € de valeur ajoutée, alors que
dans tous les autres secteurs ce ratio est inférieur à 100.
36

La dégradation des performances industrielles de la France depuis 2002 :
décrochage ou difficulté temporaire
prix de l'énergie, sont les produits minéraux (verre, céramique, ciment, plâtre…),
la chimie, les industries du bois et du papier, la métal urgie et l’agroalimentaire.
Tous ces secteurs figurent parmi les principales spécialisations industriel es de
la France, dont le profil est marqué par le poids des biens intermédiaires 16 et de
l’agroalimentaire.
Tableau 11. évolution et volatilité du cours du pétrole et
de la parité euro/dollar
Année
Pétrole* Dollar
Variation
évolution
Volatilité
Volatilité
annuelle
annuelle
2002
45,9 %
35,9 %
15,3 %
15, %
2003
-4,4 %
2,0 %
15, %
14, %
2004
26,5 %
49,4 %
6,3 %
11,4 %
2005
2, %
35,6 %
-9,6 %
10, %
2006
-0, %
20,6 %
9,2 %
10,1 %
* cours du brent daté (spot).
• Variation annuelle : variation entre les moyennes mensuelles de janvier et de décembre.

• Volatilité : écart entre les valeurs mensuel es maximum et minimum sur l'année rapporté à la moyenne annuel e.
Source : UIFP, ministère de l'économie.
3. La répartition de l'activité industrielle entre marché domestique
et débouchés à l'exportation. La France se caractérise par le poids
important de la demande intérieure dans sa production industrielle. Or si
la consommation reste relativement dynamique sur la période considé-
rée, l'élasticité de la demande aux importations (renforcée par l'évolution
défavorable des salaires et du pouvoir d’achat) pousse à une substitution
croissante des productions domestiques par des biens fabriqués à l'étran-
ger à des coûts inférieurs. La forte élasticité de la consommation fran-
çaise peut être précisément mesurée sur la période 2000-2007. En effet,
alors que demande intérieure de biens industriels atteint un niveau de
16. Le poids des industries des biens intermédiaires est une caractéristique particulière de la France
(partagée avec l'Italie). Cette branche (hors activités extractives) représente en effet 35 % de la valeur
ajoutée industriel e en 2005 contre 30 % en Al emagne, 2 % aux états-Unis et 22 % au Japon.
3

L’industrie dans L’économie (1981 - 2006) : une réaLité pour notre avenir ?
113,7 fin 2007 par rapport à une base 100 en 2000, la production intérieure
progresse de seulement 7,5 % tandis que les importations augmentent de
42,4 % (données en volume).
Il faut maintenant remarquer que ces trois différents facteurs (coûts salariaux,
cours de l'euro et du pétrole, part domestique de la production industrielle) ne sont
pas des constantes structurelles de l'organisation industrielle du pays. Ils résultent
largement d'éléments d'environnement exogènes (dollar, pétrole) ainsi que des
politiques économiques nationales et européenne (salaires, pouvoir d'achat, taux
d'intérêt). Et s'ils ont incontestablement pénalisé l'industrie en France entre 2002
et 2006 (particulièrement en comparaison avec l'Allemagne), ces conditions peu-
vent néanmoins évoluer de façon relativement rapide en fonction de la conjoncture
nationale, européenne, mondiale. Il n'y a pas donc de mécanisme irréversible ou de
handicap structurel majeur poussant au recul continu de la production industrielle
française. Sans réfuter l'existence et le rôle des facteurs structurels handicapant la
compétitivité de l'offre industrielle, on peut ainsi défendre l'hypothèse d'un effet
de cycle dans l'évolution des résultats industriels depuis 2002.
L’observation empirique de plusieurs variables clés de l’industrie (taux d'utilisation
des capacités de production, investissements, variation annuel e des effectifs) vient
appuyer cette thèse. El es présentent en effet un profil d'évolution similaire : après
un pic en 1999-2000, une baisse marquée de 2001 à 2004, el es enregistrent depuis
2005 une hausse significative. Néanmoins, seule l'observation des années suivantes
permettra de vérifier cette possible stabilisation de l'activité industriel e en France.
Tableau 12. Cyclicité 2002-2006 d'indicateurs clés
de l'activité industrielle en France
Valeur
Indicateur
Point haut
Point bas
fin 2006
Variation annuelle des
+1,5 % (Q4 2000)
-3,5 % (Q2 2004)
-1, %
effectifs dans l’industrie (en %)
Taux d’utilisation des
% (Q3 2000)
2 % (Q3 2005)
4,5 %
capacités de production (%)*
Investissement (milliards €)
40,2
34, (2004)
3,9
* secteur manufacturier.
Source : Tableau de bord mensuel GFI, juin 2008, COE-Rexecode.
3

Conclusion
Ce tableau de l'activité industrielle en France au cours des 25 dernières
années démontre plusieurs résultats importants.
Tout d'abord, l'industrie demeure une composante essentielle de l'économie,
même si son poids relatif en termes de valeur ajoutée et d'emploi est en recul.
Pour l'apprécier, il faut bien prendre en compte la profonde transformation qui
a été la sienne sur la période et élargir la perspective au-delà du périmètre
manufacturier traditionnel et des stricts découpages sectoriels statistiques. Sous
l'effet combiné du phénomène d'externalisation, de l'investissement immatériel
croissant, de l'évolution des métiers et des qualifications, la structure, la composi-
tion, les frontières de l'industrie française ont profondément changé. Ces évolutions
n'ont pas modifié le rôle clé que joue l'industrie dans notre économie en matière
de R & D, d'échanges commerciaux et, dans une moindre mesure, d’investissement,
rôle bien supérieur à son poids désormais réduit dans la valeur ajoutée et les
emplois.
L'industrie existe donc toujours, continue de croître, de se développer, d’inves-
tir, d’innover, d’exporter. . Mais la menace de désindustrialisation reste néanmoins
bien présente, comme le montrent les difficultés croissantes de nombre secteurs
et entreprises depuis 2002. Si une part de cette dégradation des performances
industrielles peut être imputée à un effet cyclique, l'analyse met en évidence plu-
sieurs facteurs de fond, que toute réflexion sur les perspectives industrielles du
pays doit considérer. En premier lieu, les très forts gains de productivité du travail
réalisés dans l'industrie au cours de la dernière décennie ont pour conséquence
paradoxale que l'intensification du travail et les restructurations traditionnelles
ne pourront constituer à l'avenir des réponses efficaces pour défendre durable-
ment la compétitivité industrielle dans un environnement globalisé. Ensuite, la
concurrence sur les marchés industriels portant de plus en plus sur des éléments
hors prix, les investissements immatériels – dans la R & D et la mise en marché
des produits – deviennent une source décisive d'avantages comparatifs (produits
39

L’industrie dans L’économie (1981 - 2006) : une réaLité pour notre avenir ?
innovants, marques). De même, une offre efficace, de qualité et pérenne de
services (externalisés) aux entreprises constitue désormais un facteur de compéti-
tivité essentiel pour l'industrie. Enfin, au sein des grandes puissances industrielles
historiques, la France se distingue par deux caractéristiques structurelles his-
toriques de son appareil industriel : l'absence de réelle spécialisation sectorielle
et le poids important des biens intermédiaires. Justifiés par des raisons historiques
dans une économie peu ouverte, ces deux traits particuliers de notre industrie
s'avèrent de moins en moins adaptés à un environnement globalisé marqué par la
division des tâches et l'augmentation continue des échanges.
Ces enseignements mettent en évidence deux thèmes que toute réflexion de
politique industrielle (nationale mais aussi européenne) devra étudier en priorité :
- Une vision élargie des facteurs de compétitivité industrielle intégrant,
au-delà des coûts salariaux et de la fiscalité, les aspects immatériels
(innovation, publicité, marques, design…), l'offre de services externalisés,
les qualifications de la main-d'œuvre ;
- Les spécialisations souhaitables de notre industrie, à partir de l'analyse des
demandes domestique et mondiale, des avantages existants (commerciaux,
technologiques, industriels) mais aussi de la sensibilité des secteurs étudiés
aux différents facteurs d'environnement dont les effets ont été mis en
évidence sur la période 2002-2006 : coût de la main-d'œuvre, parité euro/
dollar, intensité énergétique…
Enfin, impossible de conclure cette étude sur le poids de l'industrie en France
sans évoquer le contexte de crise financière et économique généralisée. Sans
remettre en cause les analyses structurelles développées dans le travail, il est
néanmoins clair qu'elle affectera au cours des prochains mois les perspectives
de l'industrie. Si les contraintes examinées dans la dernière partie (inflation des
matières premières et du pétrole, parité élevée de l'euro face au dollar) vont
vraisemblablement se réduire, le ralentissement de l'économie et le risque de
récession auront un impact négatif rapide sur les entreprises industrielles. Et ce
par deux canaux principaux : la baisse des débouchés de production d'une part,
et la contraction des marges de manœuvre financières, d’autre part.
La crise ayant une dimension mondiale, touchant également pays développés
et émergents, on ne peut en effet espérer qu'une demande extérieure soutenue
40

Conclusion
viendra relayer des débouchés domestiques ou européens stagnants voire en
retrait. La baisse des carnets de commandes, des perspectives d'activité assom-
bries et plus globalement une montée des incertitudes pèseront directement sur
l'offre industrielle. à cela s'ajoutent les difficultés du marché interbancaire et un
délai de retour à la normale forcément long après le choc financier de septembre-
octobre 2008. La restriction de l'offre de crédit aux entreprises (moins nombreux
et plus coûteux) aura un impact d'autant plus fort que celles-ci ont développé
depuis 2004 une dépendance accrue au financement externe en particulier du
crédit bancaire, que leurs profits se réduisent et que les niveaux d'endettement
sont historiquement élevés. Dans l'industrie, la diminution attendue des investis-
sements va intervenir en pleine phase de sortie de cycle, après quatre années de
croissance dynamique (plus de 5 % annuel en volume entre 2004 et 2007). On a
vu que l'adaptation à la compétition globalisée avait été obtenue par une
contraction de la main-d'œuvre et une réduction des marges (dans l'automobile
et les biens de consommation, celles-ci sont désormais à leur niveau le plus bas
depuis la crise du second choc pétrolier). L'indispensable effort de rattrapage va
donc subir un coup d'arrêt forcé au moment précis où la recherche d'avantages
comparatifs hors-prix (par l'innovation, la marque, les compétences, donc un
effort d'investissement) s'impose comme la voie obligée pour défendre des
capacités industrielles et ouvrir de nouvelles opportunités de croissance.
Dans cette perspective, deux des caractéristiques mises en évidence de l'in-
dustrie française (productivité du travail élevée laissant peu de place à un ajus-
tement conjoncturel par la variable main-d'œuvre et faible spécialisation sec-
torielle) risquent de handicaper sa capacité de rebond à court et moyen terme.
Mais ce diagnostic peut aussi inciter, dans un contexte d'urgence, à des initiatives
politiques adaptées pour atténuer les effets économiques et sociaux des difficultés
industrielles attendues et favoriser la nécessaire adaptation structurelle de notre
tissu productif. Car ce que souligne aussi notre rétrospective historique sur 25 ans,
c'est la capacité d'adaptation et de transformation profonde de l'industrie en ré-
ponse à des défis variés : choc pétrolier, globalisation, innovation technologique,
parités de change défavorables… La crise financière et économique exige à son tour
la mise en œuvre de nouvelles stratégies (car les méthodes d'ajustement passées
ont perdu leur efficacité) et l'invention d'un nouveau modèle de croissance indus-
trielle. Le défi pour les pouvoirs publics nationaux et européen est d'en saisir le
mieux possible les contours pour proposer des réponses utiles et efficaces.
41

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43

L’auteur
Gilles Le Blanc est professeur d’économie, Mines ParisTech. Ancien élève de
l’école Polytechnique, il est titulaire d’un doctorat en économie industrielle
de l’école des Mines de Paris et a été chercheur visiteur à la London School
of Economics (1999-2001). Ses activités d’enseignement, de recherche et de
conseil portent principalement sur l’analyse des dynamiques concurentielles
et réglementaires, avec des applications dans les domaines des technologies
de l’information, des politiques industrielles et de la concurrence, et des sec-
teurs publics (défense, énergie, médias). Il enseigne l’économie industrielle,
de l’innovation et des politiques de concurrence à l’école des Mines, l’Ensta
et l’Université Paris-II, et travaille régulièrement pour différents ministères,
la Commission européenne, ainsi que des entreprises des secteurs télécoms,
aérospatial et TI.
Impression d’après documents fournis : bialec, (Nancy France) - Dépôt légal n° xxxxxx.


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16/12/08 15:58:33

50628sr
L’industrie dans L’économie ( 1981 - 2006 ) :
a
M vier 2009
une réaLité pour notre avenir ?
Jan
étude comparée de l'industrie en France et
dans les grandes puissances industrielles depuis 25 ans
8
Que représente l’industrie en France aujourd’hui ? Peut-on vraiment parler
d’une marginalisation de son poids économique au profit des activités de
?
services, alimentant un phénomène de désindustrialisation du territoire ? En
IR
quoi la situation industriel e française se distingue-t-el e de cel e des autres
NE
puissances économiques ? Quel es ont été ses évolutions marquantes au cours
V
des vingt-cinq dernières années ?
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Toutes ces interrogations sont au cœur du débat public actuel sur les
RT
délocalisations, la spécialisation internationale de l’économie française et
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les initiatives de politiques industriel es souhaitables. Cette étude entend
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contribuer à l’analyse économique de ces questions sur deux aspects :
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981-2006 ) : :
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- donner à voir précisément ce qu’est aujourd’hui l’industrie en France en
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termes économiques, au moyen d’indicateurs quantitatifs et d’une comparaison
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avec les autres « puissances industriel es » historiques ;
ITL
Étude comparée de l'industrie en France et
- mettre en évidence les principales évolutions structurel es intervenues dans

l’industrie au cours des vingt-cinq dernières années.
R
dans les grandes puissances industrielles depuis 25 ans
E
Cette mise en perspective fait ainsi ressortir deux grands thèmes que toute
N
réflexion de politique industriel e devra considérer en priorité :
) : U6
- une vision élargie des facteurs de compétitivité industriel e intégrant,
00
Gilles Le Blanc
au-delà des coûts salariaux et de la fiscalité, les aspects immatériels, l’of re
-2
de services externalisés et les qualifications de la main d’œuvre ;
18
- une réflexion sur les spécialisations souhaitables de notre industrie, à
9
partir de l’analyse des demandes domestique et mondiale, des avantages
(1
existants mais aussi de la sensibilité des secteurs aux différents
IEM
facteurs d’environnement dont les effets ont été mis en évidence sur
O
la période 2002-2006 (coût de la main-d’œuvre, parité euro/dol ar,
N
Janvier 2009
O
intensité énergétique).
C’É
Les Notes de l’Institut
LSNA D
Institut de l’entreprise
Cercle de l'industrie
IE
29, rue de Lisbonne - 75008 Paris
5, rue Tronchet - 75008 Paris
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Fax : +33 (0)1 42 66 00 20
U
www.institut-entreprise.fr
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www.debateco.fr
ISSN 1764-9706
15 e
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couv_industrie_2008.indd 1
16/12/08 15:58:32

L'industrie dans l'économie (1981-2006) : une réalité pour notre avenir ?
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Informations
Date : 30/12/2010
Langue : Français
Pages : 47
Consultations : 261
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Résumé

Auteur : Gilles Le Blanc


Editeur : L'institut de l'entreprise


Description : Que représente l'industrie en France aujourd'hui ? Peut-on vraiment parler d'une marginalisation de son poids économique au profit des activités de services, alimentant un phénomène de désindustrialisation du territoire ? En quoi la situation industrielle française se distingue-t-elle de celle des autres puissances économiques ? Quelles ont été ses évolutions marquantes au cours des vingt-cinq dernières années ? http://www.institut-entreprise.fr/index.php?id=1091

Catégorie : Etudes de marché > Divers > Divers

Tags : Industrie, économie, avenir

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