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LE MONDE
EN 2025
LA MONTÉE EN PUISSANCE DE L’ASIE
ET LA TRANSITION SOCIO-ÉCOLOGIQUE
La recherche européenne vous intéresse?
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COMMISSION EUROPÉENNE
La montée en puissance de l’Asie
et la transition socio-écologique
Direction générale de la recherche
2009
Sciences socio-économiques et humaines
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Une fiche bibliographique figure à la fin de l’ouvrage.
Luxembourg: Office des publications officielles des Communautés européennes, 2009
ISBN 978-92-79-12486-0
ISSN 1018-5593
DOI 10.2777/25936
© Photos: Commission européenne, iStockphoto, Shutterstock, Van Parijs
© Communautés européennes, 2009
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Table des matières
Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
LES TENDANCES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Le siècle de l’Asie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Dénuement et mobilité des hommes et des femmes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Rareté croissante des ressources naturelles,
vulnérabilité de la planète . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
LES TENSIONS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Tensions entre le mode actuel de production,
de consommation et la disponibilité des ressources . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Tensions entre un mouvement général et concomitant
d’interdépendance économique croissante
et de différenciation du monde. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Tensions entre proximité spatiale dans le contexte
d’une urbanisation accélérée et distance culturelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
LES GRANDES TRANSITIONS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
Stabiliser le monde, reconnaître les nouveaux acteurs-clés. . . . . . . . . . . . . 21
Profiter des défis écologique et démo graphique
pour inventer un nouveau modèle de développement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
Remerciements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
Bibliographie indicative . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
«Quand les contextes d’action s’étendent
dans l’espace au point d’affecter des hommes
à l’autre bout du monde, et dans le temps au point
de conditionner le futur d’hommes proches
et lointains, il est clair alors que la plupart de
nos concepts et de nos pratiques doivent être
profondément révisés.»
Daniel Innerarity, 2008
«Prediction is very difficult, especially
about the future»
Niels Bohr (1885-1962)
L E M O N D E E N 2 0 2 5
7
Préface
La prospective fait l’objet d’une longue tradi-
Les avantages et les inconvénients, les
tion à la Commission européenne. Aujourd’hui,
bénéfices et les coûts de différentes options
plusieurs Directions Générales disposent de
politiques, économiques, sociales et techno-
compétences ou d’études qui leur permettent
logiques ainsi que leurs impacts économiques,
de mieux appréhender les défis de l’avenir. Le
sociaux et environnementaux peuvent ainsi
7ème Programme Cadre de Recherche de
être estimés.
l’Union européenne intègre les activités de
prospective notamment dans le domaine des
«Le monde en 2025» a été l’occasion de mettre
Sciences Socio-économiques et Humaines
en évidence les grandes tendances à venir:
(SSH).
transformations géopolitiques en termes de
population, de développement économique,
Une bonne gouvernance européenne repose
de commerce international ou de pauvreté.
aussi sur des exercices de prospective: analyse
Les tensions ont ensuite été élucidées, qu’il
des tendances sociétales dans le monde et
s’agisse des ressources naturelles (alimen-
dans l’Union, établissement de scénarios de
tation, énergie, eau, minerais), des migra-
référence ou alternatifs, identification des rup-
tions ou de l’urbanisation. Enfin des pistes de
tures potentielles («wild cards») sont autant
transitions ont été tracées: vers un nouveau
d’éléments qui permettent aux décideurs
modèle de production et de consommation,
d’éclairer leur choix sous une lumière nouvelle.
vers un nouvel aménagement du territoire,
vers un nouvel équilibre entre genres et entre
Qu’elle soit réflexive ou opérationnelle, quali-
générations. En résumé, le sous-titre de
tative ou quantitative, participative ou fondée
cette publication – «La montée en puissance
sur les avis des experts, la prospective trouve
de l’Asie et la transition socio-écologique» –
sa place au niveau européen. La stratégie
est explicite et source d’inspiration de la
«Mieux légiférer» fait appel, par exemple,
future stratégie de l’Union européenne.
à des analyses d’impact qui requièrent une
démarche prospective ou à la prise en compte
Ce rapport a bénéficié des discussions du
des résultats de la recherche et d’une exper-
groupe d’experts mis en place par la Com-
tise plurielle dans la prise de décision.
mission européenne en 2008, s’est servi de
l’état de l’art en prospective et a inclus la plu-
Grâce à une méthodologie performante (indi-
part des réflexions des différents services de
cateurs, modélisation, Delphi, feuille de route
la Commission. Que les spécialistes et les
technologique, scénarios, ateliers participatifs),
collègues qui ont stimulé ou participé à cet
aussi bien les grands enjeux socio-politiques –
effort d’anticipation en soient ici remerciés.
globalisation, migrations et emploi par exemple
– que les problèmes techno-économiques
précis (objectifs de réduction des gaz à effet
de serre, conséquences du vieillissement,
choix technologiques) peuvent être évalués.
Jean-Michel BAER
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L E M O N D E E N 2 0 2 5
9
La récente évolution du contexte mondial et
la plus forte proportion de personnes de plus
les engagements européens forts pour une
de 65 ans au monde (30 % de la population).
mondialisation maîtrisée plaident en faveur
En 2030 un peu plus de deux personnes
d’une analyse prospective des tendances qui
seront en âge de travailler par personne âgée
structurent l’environnement international,
contre quatre en 2008. L’incidence budgétaire
des tensions qui vont le structurer dans les
du vieillissement (besoin accru de transferts
prochaines décennies et des transitions que
et services publics liés à l’âge) devrait être
l’Europe pourrait contribuer à impulser.
substantielle et augmenter de plus de 5 points
de pourcentage du PIB d’ici à 2060 dans la
zone euro, notamment en raison des dépenses
liées aux retraites, aux soins de santé et aux
LES TENDANCES
soins de longue durée 2.
Les villes des pays en développement repré-
senteront 95 % de l’expansion urbaine au
Le siècle de l’Asie
cours des vingt prochaines années et abrite-
ront près de 4 milliards d’habitants en 2025.
Le nombre des habitants de bidonvilles au
En 2025, près des deux tiers de la
niveau mondial va doubler pour atteindre d’ici
population mondiale vit en Asie
2025 plus d’1.5 milliard 3.
D’après l’ONU, d’ici 2025 la population mon-
diale va augmenter de 20 % pour atteindre
L’Asie, de plus en plus inégalitaire,
8 milliards d’habitants (6,5 aujourd’hui), 97 %
devient le premier producteur
de cette croissance se produisant dans les
et exportateur du monde
pays en développement (Asie, Afrique).
En 2025, la production mondiale aura presque
En 2025, 61 % de la population mondiale se
doublé (par rapport à 2005). La triade USA-UE-
trouvera en Asie 1. La population de l’Inde
Japon ne domine plus le monde, même si les
s’approchera de la population de la Chine (qui
États-Unis conservent leur leadership. Une
aura commencé à diminuer). Vu son taux de
répartition plus équilibrée se dessine. Les pays
fertilité élevé, l’Asie du Sud verra sa popula-
émergents et en développement qui représen-
tion largement augmenter alors que la crois-
taient 20 % de la richesse mondiale en 2005 en
sance démographique sera modérée en Asie
représenteront 34 % à l’horizon 2025.
du Sud-est et faible en Asie de l’Est.
En 2025, la population de l’Union européenne
ne représentera plus que 6,5 % de la popu-
lation mondiale. Aucun des pays de l’Union
1
Beets, 2008, CE, 2008a; UN, 2007, et Decreux et alii, 2008
pris isolément ne comptera parmi les 10 pays
2
CE,
2009a
du monde les plus peuplés. L’Union comptera
3
NU,
2007
| |
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | |
10
Le centre de gravité de la production mondiale
L’Asie rattrape (et dépasse?)
se déplace vers l’Asie 4. L’ensemble Chine-
les États-Unis et l’Europe dans
Inde-Corée pèse autant que l’Union euro-
le domaine de la recherche
péenne. Si on y ajoute le Japon, la Thaïlande,
Taiwan et l’Indonésie, la part de l’Asie attein-
La recherche se développera en dehors des
drait en 2025 quelque 30 % du PIB mondial et
pays traditionnellement leaders. Si les ten-
devancerait celle de l’UE estimée à un peu
dances récentes se poursuivent, en 2025, les
plus de 20 %.
États-Unis et l’Europe auront perdu leur
suprématie scientifique et technologique au
Avant 2025, la Chine pourrait devenir la
profit de l’Asie (la Chine et l’Inde auront rat-
deuxième puissance économique mondiale
trapé ou même dépassé la Triade) même si
et l’Inde la 6ème puissance économique du
elles figureront encore parmi les principales
monde devant l’Italie et juste derrière la
puissances mondiales en matière de R&D 5.
France.
Cependant, leur poids relatif en termes d’in-
vestissement en R&D pourrait fortement
En 2030, la «classe moyenne mondiale»
chuter au profit, en particulier, de l’Asie émer-
(revenu estimé: entre 4 000 et 17 000 dollars
gente. La Chine et l’Inde pourraient ainsi
par an) pourrait représenter 1 milliard de
représenter environ 20 % de la R&D mon-
personnes dont 90 % habitant dans les pays
diale, soit plus du double qu’actuellement.
en développement. Les inégalités devraient
augmenter en Chine et dans les autres pays
Dans beaucoup de domaines cruciaux pour le
asiatiques en développement. La croissance
bien-être futur de l’Europe, tels que les tech-
de la classe moyenne aura aussi des implica-
nologies permettant d’économiser l’énergie,
tions politiques et sociales.
la recherche sur le développement durable et
le changement climatique, la recherche sur
En 2025, le volume des échanges commer-
la santé et la propagation des maladies, la
ciaux pourra doubler par rapport à 2005 avec
sécurité alimentaire, les sciences sociales et
une place croissante faite aux exportations
humaines, c’est l’accès global à la connais-
des pays du Sud (plus de 30 % contre 20 % en
sance, le développement des normes mon-
2005). Les positions de l’Asie et de l’Union
diales communes et la diffusion mondiale
européenne s’inversent. L’UE n’est plus le
rapide des nouvelles technologies qui est
premier exportateur mondial. Les exporta-
en jeu. L’accès à la connaissance dans les
tions de l’UE (39 % du volume mondial en
réseaux mondiaux implique aussi d’être
2005) représenteraient 32 % alors que la part
attractif pour les chercheurs et les investis-
de l’Asie passerait de 29 % à 35 %. Dans une
sements des autres.
société toujours plus dominée par la connais-
sance, une question demeure sur la croissance
des investissements intangibles (comme le
capital humain ou l’utilisation des TIC) et sur
la part de ces investissements entre l’UE, les
4
Decreux et alii, 2008
États-Unis et l’Asie.
5
Soete,
2008
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | |
L E M O N D E E N 2 0 2 5
11
En fonction des politiques d’immigration et
L’Europe, avec la richesse des diverses expé-
des politiques des pays émergents, on peut
riences de débat et de gouvernance participa-
imaginer que l’on passe de la «fuite des cer-
tive, est bien armée pour les gérer et associer
veaux» (vers les États-Unis et les pays anglo-
la société civile à la recherche. L’absence
saxons) que l’on connaît aujourd’hui à une
d’un cadre international de dialogue sur ces
circulation plus équilibrée des jeunes cher-
aspects risque de mener à des comporte-
cheurs entre régions du monde. À cet égard,
ments de «passager clandestin» (ex. «paradis
on estime que 645 000 étudiants chinois et
éthiques») et à des conflits.
300 000 étudiants indiens étudieront à l’étran-
ger en 2025, ce qui est un signe de la montée
en puissance de ces pays dans l’espace mon-
dial de la connaissance 6. Le nombre d’étu-
diants et de chercheurs de l’UE allant en Asie
Dénuement et
devraient augmenter.
mobilité des hommes
L’Asie est en tête pour la localisation de la
recherche des firmes privées.
et des femmes
L’UE et, en particulier certaines régions, réus-
sit le mieux dans les domaines scientifiques
Les migrations internationales
«traditionnels» comme la chimie, l’astronomie,
s’amplifient et, sans un afflux
la pharmacologie, la physique et les sciences
d’immigrés important, la population
de l’ingénieur. Mais l’UE est en retard par
européenne commence à diminuer
rapport aux USA dans les domaines nouveaux
à partir de 2012
et émergents (notamment les technologies
de l’information et les biotechnologies) bien
Si les tendances actuelles se prolongent il
que de fortes différences régionales existent
y aura, en 2025, près de 250 millions de
en Europe 7.
migrants dans le monde dont 65 % seront
établis dans les pays développés 8. La concen-
De nombreuses avancées scientifiques et
tration de la pauvreté, surtout dans les méga-
technologiques (sciences cognitives, nano-
cités (cf. bidonvilles), sera une source majeure
technologies, biologie de synthèse, technolo-
d’instabilité sociale.
gies de surveillance, biométrie, etc.) vont
donner lieu à des controverses dans la société.
L’éducation (primaire, secondaire, universi-
taire et doctorat) devrait aussi prendre en
considération ces nouvelles réalités.
6
University World News, 24 November 2007
7
CE,
2008b
8
Gnesotto, Grevi, 2006
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | |
12
Les migrants sont mus essentiellement par
Un tiers de la population mondiale
des raisons économiques ou par l’instabilité
est sous-alimenté; par ailleurs,
politique (réfugiés, demandeurs d’asile). On
l’obésité s’accroît dans les pays
estime à 64 millions (soit 9 % de la popula-
développés
tion) le nombre d’immigrés vivant en Europe.
En Amérique du Nord et en Océanie les pour-
Près du tiers de la population de la planète
centages sont plus élevés.
a un régime alimentaire qui souffre de déficits
qualitatifs divers (déficits en protéines, etc.) 9.
À l’avenir les immigrés se déplaceront sans
Il y a des facteurs de changement à long
doute aussi pour des raisons d’ordre écolo-
terme qui affectent le coût des aliments au
gique, liées par exemple à des catastrophes
niveau mondial (demande élevée, conditions
naturelles dues au changement climatique
climatiques, consommation de carburants,
(150 millions de «réfugiés climatiques» en
spéculation financière, stocks diminués, aug-
2050 d’après le GIEC).
mentation des prix du pétrole et des fer-
tilisants) et qui pourraient impliquer son
Sans un afflux d’immigrés important, la popu-
augmentation à l’avenir.
lation européenne commencerait à diminuer
à partir de 2012. Avec les estimations d’immi-
D’un autre côté, plus du tiers de la population
gration nette du dernier scénario EUROPOP-
des USA est aujourd’hui obèse. Si les ten-
2008, le début du déclin est repoussé à 2035.
dances des dernières années connaissent
La baisse de la population active se fait déjà
une croissance linéaire et s’il n’y a aucune
sentir dans beaucoup de régions d’Europe.
intervention, on estime que la prévalence de
l’obésité dans l’UE-27 atteindra 20 % en 2020.
Ainsi de 30 millions en 1985 dans le monde,
le nombre de malades du diabète (essentiel-
lement «diabète gras») est passé aujourd’hui
à 246 millions. Il devrait affecter plus de 350
millions de personnes en 2030 si rien n’est
fait pour modifier la tendance.
Dans les pays émergents (cf. Chine, Mexique,
etc.) de plus en plus de personnes souffriront
de maladies «développées». La malnutrition
et l’obésité coexisteront dans plusieurs pays
émergents en mettant sous pression les sys-
tèmes de santé.
9
OECD-FAO, 2008 et OMS, 2007 et 2008
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L E M O N D E E N 2 0 2 5
13
La santé progresse dans
La concentration urbaine qui s’annonce dans
le monde mais de nouveaux
de nombreux pays en développement pourrait
risques apparaissent
amplifier les risques de dégradation sanitaire
et de propagation des maladies. Des problé-
Dans l’ensemble, les populations sont en
matiques de sécurité nouvelles – comme les
meilleure santé, plus prospères et vivent plus
pandémies – émergeront.
longtemps qu’il y a 30 ans mais de graves
inégalités existent en matière d’accès aux
Depuis les années 1970, on découvre de nou-
soins de santé entre les pays et à l’intérieur
velles maladies émergentes au rythme sans
des pays 10.
précédent d’au moins une par année. Il existe
désormais près de 40 maladies qui étaient
Les maladies infectieuses domineront toujours
encore inconnues il y a une génération. Par
dans les pays en développement. Au fur et
ailleurs, l’OMS a confirmé plus de 1 100 évé-
à mesure que les économies de ces pays se
nements sanitaires de nature épidémique qui
développeront, les maladies non communi-
se sont produits dans le monde au cours des
cables deviendront plus importantes. Cela sera
cinq années écoulées.
dû en grande partie à l’adoption des modes de
vie «occidentaux» et de leurs facteurs de
Si les efforts de prévention et d’efficacité res-
risque – le tabagisme, le régime à haute teneur
tent à leur niveau actuel, le rapport du National
en graisses, l’obésité et le manque d’exercice.
Intelligence Council cité plus haut prévoit que
Dans les pays développés, les maladies non
le nombre de malades atteints du SIDA passera
communicables resteront dominantes.
de 33 millions aujourd’hui à 50 millions en 2025.
Dans ce scénario, 25 à 30 millions de personnes
La mobilité, l’interdépendance et l’intercon-
auront besoin de traitements rétroviraux pour
nexion extrêmes du monde d’aujourd’hui
vivre cette année-là.
créent une multitude de conditions favorables
à la propagation rapide des maladies infec-
tieuses et des menaces radionucléaires ou
toxicologiques.
10
OMS, 2007 et 2008
| | | | | | | | | | |
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14
Rareté croissante des
Dans l’hypothèse d’une raréfaction accélé-
rée du pétrole et du gaz, avec des prix beau-
ressources naturelles,
coup plus élevés, il y aura un recours accru
à d’autres énergies présentant des risques
vulnérabilité de la planète
ou «ayant peu d’intérêt» pour le climat: les
schistes bitumineux, le charbon liquéfié, les
biocarburants de première génération, le bois
La nouvelle géopolitique de l’énergie
de feu issu de la déforestation, …
est marquée par un équilibre relatif
de l’importance stratégique du
La sécurité d’approvisionnement énergétique
Proche-Orient, de la Russie et du
sera de plus en plus mise en question en
Caucase
Europe. L’UE sera plus dépendante de l’exté-
rieur qu’en 2005 (à politique constante).
En 2025 la demande mondiale d’énergie aura,
En 2030, l’Union importera près de 70 % de
d’après l’Agence Internationale de l’Énergie,
ses besoins énergétiques.
augmenté de 50 % par rapport à 2005 et
atteindra 15 milliards de tonnes équivalent
Afin d’encourager les énergies vertes (cf.
pétrole.
objectif européen d’atteindre 20 % de renou-
velables en 2020) tout en ne mettant pas trop
La production de pétrole aura commencé
de pression sur les consommateurs, il fau-
à stagner (pic), le charbon est promis à deve-
drait que le prix du pétrole (et donc du gaz)
nir la première ressource énergétique d’ici
se situe à un niveau suffisant soit environ
2050. Mais en 2025 le pétrole sera encore
70-80 dollars d’aujourd’hui par baril. Mais,
largement en tête.
sauf mécanisme spécifique de régulation, la
stabilisation à un tel niveau d’équilibre est
Dans le scénario tendanciel de l’Agence
improbable.
Internationale de l’Énergie, il est prévu que
d’ici 2030 la consommation de charbon,
La nouvelle géopolitique de l’énergie (dimi-
notamment pour les centrales électriques en
nu tion du poids relatif du pétrole au profit
Chine et Inde, augmente de plus de 50 %.
des autres énergies et énergies renouve-
Dans ce scénario tendanciel, la part des
lables) pour rait donner un poids supérieur
énergies carbonées devrait rester très large-
à la Russie (gaz), la Chine (charbon), le
ment majoritaire en 2030: les combustibles
Kazakhstan tandis que pourrait s’amorcer
fossiles (pétrole, charbon et gaz) représente-
le déclin relatif de l’importance stratégique
ront 80 % du mix énergétique tandis que le
du Proche-Orient (sauf peut-être l’Iran qui
nucléaire (fission) et les sources d’énergie
pourrait devenir la puissance gazière) 12.
renouvelables (hydro, éolien, solaire, etc.)
représenteront 10 % chacun 11.
11
AIE,
2008
12
Theys,
2008
| | | | | | | |
L E M O N D E E N 2 0 2 5
15
Plus de 50 % des réserves de
Trois milliards de personnes
minerais importants sont localisées
manqueront d’eau en 2025
dans des pays très pauvres
L’accès à l’eau salubre manque aujourd’hui
Pour certains métaux de haute technicité, l’UE
à 1,1 milliard d’habitants. L’eau disponible
est très dépendante des importations et l’ac-
par personne vivant sur terre est passée en
cès à ces matières premières devient de plus
moyenne de 12 900 m³ en 1970 à moins de
en plus difficile. Plus de 50 % des réserves de
7 000 m³ en 2000. En 2025 on estime que 3 mil-
minerais importants sont localisées dans les
liards de personnes manqueront d’eau 14.
pays ayant un revenu par tête de 10 dollars ou
moins par jour 13. De nombreux pays riches en
Plutôt que des guerres de l’eau (cf. Israël/
ressources appliquent des mesures protec-
Palestine), on peut s’attendre à des politiques
tionnistes qui arrêtent ou ralentissent l’expor-
visant la préservation de la qualité et le finan-
tation de matières premières vers l’Europe
cement de l’accès à l’eau potable.
afin d’aider leurs industries en aval.
Aujourd’hui 2,6 milliards d’individus – dont des
La moitié de la croissance de la consomma-
millions dans les bidonvilles – ne disposent
tion de ces produits de 2002 à 2005 est due
pas de système de sanitaires.
à la Chine qui a accru ses investissements
dans les industries minières des pays africains
(cf. différence dans la politique étrangère
chinoise et européenne, l’UE mettant l’accent
sur les droits de l’homme et la démocratie).
Le recyclage des matières premières devient
une activité industrielle importante.
13
CE,
2008c
14
UNEP, GRID-Arendal, 2008
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16
Pour être efficace dans ses efforts
En 2025, si l’Europe n’est pas suivie par les
visant à ralentir le changement
autres ensembles continentaux, l’impact de
climatique, il est nécessaire que
ses efforts pour ralentir le changement cli-
l’exemple de l’Europe soit suivi par
matique restera marginal sur les émissions
les autres ensembles continentaux
mondiales de CO2.
Les progrès réalisés au cours des vingt der-
Dans tous les cas, les stratégies d’adaptation
nières années dans la lutte contre le change-
au changement climatique ne sont plus des
ment climatique sont restés en deçà de ce
options. Elles s’avèrent nécessaires.
qu’une «transition réussie» supposerait à
priori. Les mesures faites par les scientifiques
depuis l’an 2000 ont ainsi montré que les
émissions mondiales de dioxyde de carbone
croissent désormais plus vite que ne l’envi-
sage le scénario le plus pessimiste du GIEC,
ce qui rend déjà très improbable une limitation
du réchauffement à moins de deux degrés d’ici
un siècle 15. L’objectif européen de ne pas
dépasser la température moyenne de 2° (par
rapport à l’ère préindustrielle) semble diffici-
lement atteignable.
Les stratégies des grandes puissances et des
pays émergents sont diverses en ce qui
concerne l’après-Kyoto. À l’heure actuelle,
seule l’Europe est prête à prendre des enga-
gements chiffrés contraignants, même de
manière unilatérale (20 % de réduction des
émissions d’ici 2020 par rapport à 1990 et
30 % en cas d’accord mondial) et propose des
objectifs de long terme ambitieux (une réduc-
tion globale de 50 % des émissions en 2050 et
de 60 à 80 % pour les pays les plus développés).
15
IPCC, 2007; et Theys, 2008
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L E M O N D E E N 2 0 2 5
17
LES TENSIONS
agricoles, des problèmes d’irrigation et du
changement climatique, faisant tendanciel-
lement augmenter les prix des aliments à des
Tensions entre le mode actuel
niveaux trop élevés pour les plus pauvres.
de production, de consommation
D’après l’OCDE et la FAO, les prix agricoles
et la disponibilité des ressources
resteront, en moyenne, plus élevés à moyen
terme que pendant la décennie écoulée.
Les tendances précitées peuvent interagir et
donner lieu à des tensions importantes.
Les pays importateurs de produits alimen-
taires ayant des contraintes en termes d’eau
Le mode de production actuel est-il à même
et de terre mais riches en capital, comme les
de répondre aux besoins d’une population de
pays du Golfe, ainsi que les pays ayant d’im-
8 milliards de personnes compte tenu de la
portantes populations et des préoccupations
limitation des ressources disponibles et de
de sécurité alimentaire, comme la Chine, la
ses effets négatifs sur l’environnement? Les
Corée du Sud ou l’Inde, achètent ou louent
préférences des consommateurs (côté de la
des terres agricoles à l’étranger. Des acqui-
demande) auront-elles un impact primordial?
sitions de terre à grande échelle peuvent être
La technologie se développera-t-elle assez
perçues comme une opportunité afin d’ac-
vite? Les mécanismes de prix et de taxation
croître les investissements en agriculture
modifieront-ils substantiellement les com-
pour les pays en développement manquant
portements? Si, à partir de demain, tous les
du capital nécessaire. Mais les relations de
citoyens du monde se comportaient comme
pouvoir inégales dans les négociations d’acqui-
la population des USA avec son modèle de
sitions de terrains risquent de mettre à risque
consommation alimentaire/en eau/en énergie
la vie des pauvres 16.
par habitant de loin la plus élevée, ces mar-
chandises deviendraient rares et ceci pourrait
Les déterminants de l’offre de produits agri-
provoquer une crise mondiale grave et une
coles (les gains de productivité, pour l’essentiel)
croissance explosive de leurs coûts relatifs.
pourront-ils réduire les tensions nées d’un
accroissement de la demande (alimentation
Ces tensions se manifesteront sur l’alimen-
humaine et animale et production de biocarbu-
tation, l’accès à l’eau, les matières premières,
rants)? Cette dernière pourrait – si la deuxième
l’énergie:
génération des biocarburants est opérationnelle
en 2025 – ne plus concurrencer directement
Alimentation: la sous-alimentation touche
l’alimentation humaine et animale. Sinon la
aujourd’hui 2 milliards de personnes. Avec la
tension entre alimentation et énergie d’origine
croissance prévue de la population mondiale,
agricole sera exacerbée. Aujourd’hui, la pro-
on peut craindre qu’en 2025, ce nombre ait
duction de biocombustibles exige l’utilisation
augmenté (cf. Afrique et Asie du Sud) d’autant
de 4,5 % des céréales mondiales et 7,6 % des
plus que la demande alimentaire des pays
émergents augmente, que l’offre risque de se
réduire du fait de la réduction des surfaces
16
IFPRI,
2009
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18
graines oléagineuses. Ces quantités peuvent
Matières premières: les marchés des matières
être encore plus élevées pour les marchés
premières suivent un modèle cyclique basé sur
spécifiques: 30 % des céréales américaines
l’offre et la demande. Dès le début du siècle
sont transformés en éthanol. 40 % des graines
actuel, une forte augmentation de la demande,
oléagineuses européennes sont destinés à la
essentiellement entraînée par une forte crois-
production de biodiesel.
sance des économies émergentes, a eu pour
effet un triplement des prix des métaux entre
Eau: les besoins en eau de la population
2002 et 2008. Notamment la Chine a repré-
mondiale vont augmenter fortement avec
senté plus de 50 % de la croissance de la
l’accroissement de la population mondiale et
consommation mondiale de métaux industriels
l’élévation du niveau de vie dans les pays
entre 2002 et 2005. Tandis que les effets
émergents créant des tensions fortes avec
actuels de la crise financière mènent à un
les quantités disponibles qui risquent de
ralentissement à court terme de la croissance
s’amoindrir en raison du réchauffement cli-
de la demande globale de matières premières,
matique. Certes les usines de dessalement,
on s’attend à ce que les niveaux de croissance
d’abord localisées au Moyen Orient (produi-
des pays émergents à l’avenir maintiennent
sant aujourd’hui la moitié de l’eau dessalée
une forte pression sur la demande de matières
du monde), prolifèrent en Méditerranée, Asie,
premières alors que les dépenses d’explora-
Australie et Californie. Cependant la techno-
tion, même si elles ont récemment augmenté,
logie actuelle utilise beaucoup d’énergie de
ne semblent pas être à même de suivre les
combustion, et ainsi contribue aux émissions
rythmes d’accroissement de la demande.
de CO2. Une technologie de dessalement de
l’eau de mer à partir d’énergies renouvelables
Énergie: la tension entre demande en forte
parviendra-t-elle à se développer à grande
croissance et offre contrainte par les limites
échelle pour réduire ces tensions?
des ressources disponibles (pétrole, gaz) ou
polluantes (charbon) devrait provoquer une
L’environnement maritime doit aussi être
hausse constante des prix de l’énergie que
mentionné. Les mers seront considérées
pourraient contenir le recours accru à des
comme des nouveaux territoires. L’Arctique
énergies renouvelables et les économies
par exemple ou les problématiques relatives
d’énergie. Cependant, vers 2025, la question
aux eaux profondes sont des nouveaux défis
énergétique devrait rester une source de ten-
(cf. énergie off-shore ou découvertes phar-
sion majeure (économique et géopolitique) en
maceutiques). Les changements climatiques
raison de l’arrivée au pic pétrolier et des
auront aussi des impacts sur la démographie
besoins énergétiques d’un monde de 8 mil-
côtière et la dé/relocalisation de populations
liards d’individus.
dans plusieurs parties du monde.
Bref, les tensions se feront sentir tant entre la
production et la consommation qu’entre la
production/consommation et les ressources
naturelles.
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L E M O N D E E N 2 0 2 5
19
Tensions entre un mouvement
• Des revendications d’ordre culturel ou
général et concomitant d’inter-
territoriales au sein des pôles mondiaux
dépendance économique croissante
de croissance ou à leur périphérie, si la
et de différenciation du monde
cohésion politique, économique et sociale
de ces pôles n’est pas assurée ou étendue;
L’interdépendance économique croissante
entre les principaux pôles du monde et entre
• La non-inclusion dans le fonctionnement
ces pôles et leurs périphéries (que traduit
mondial «inter-pôles» des pays en marge.
l’augmentation des échanges et des flux
Cinquante-six pays comptent pour moins
commerciaux notamment dans le domaine de
de 0,01 % des échanges mondiaux. Un tiers
l’énergie et des produits agricoles) s’accom-
de la population mondiale vit en deçà du
pagne de tensions liées à:
seuil de pauvreté; si rien n’est fait pour
inverser cette tendance d’ici 20 ans, 38 %
• Des conceptions différentes d’approches
de la population africaine risque d’être en
politiques sur la gouvernance mondiale
état d’extrême indigence. Autrement dit,
y compris les droits de l’homme et la
même si la pauvreté régresse considéra-
place des pays émergents (cf. «G20»),
blement à l’échelle globale, le différentiel
la nécessité de gérer les biens mondiaux,
de richesse entre les riches et les pauvres
de s’engager sur des projets d’intérêt
progresse, au sein des nations comme
commun, de favoriser la démocratie
entre les nations.
et de faire reculer le totalitarisme et
le populisme;
Tensions entre proximité spatiale
• Des conceptions différentes d’approches
dans le contexte d’une urbanisation
économiques. Après une période où le
accélérée et distance culturelle
capitalisme mondial semblait s’unifier
autour d’un modèle marqué par le capita-
La croissance rapide des villes et de la concen-
lisme financier, on pourrait assister dans
tration urbaine accompagnée d’une connec-
les prochaines décennies à la coexistence
tivité plus forte au niveau local et même
et la concurrence entre plusieurs types de
international (cf. technologies de l’information
capitalisme, une partie des pays émergents
et de la communication), va susciter à la fois
ainsi que les pays pétroliers promouvant un
des défis très complexes (notamment éco-
capitalisme d’État. C’est ce qu’envisage le
logiques et sociaux) et des opportunités (éco-
dernier rapport du National Intelligence
nomiques et culturelles par exemple).
Council (NIC) aux États-Unis («Global
Trends 2025»). À titre d’illustration de cette
tendance: que le nombre de fonds souve-
rains est passé de trois en 2005 à plus de
17
Röller et Veron, 2008 montrent qu’une part croissante
quarante aujourd’hui, et les sommes qu’ils
des investissements dans l’Union européenne, y compris
mobilisent de 700 millions à 3 000 milliards
mais pas seulement des fonds souverains, proviendront
de pays dont les régimes politiques sont loin des idéaux
de dollars sur la même période 17;
des Européens.
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20
Des tensions vont se manifester entre cosmo-
• Une guerre majeure (pendant les années
politisme et intégration difficile des étrangers:
de forte turbulence 2010-2020);
un nombre croissant d’habitants vont s’habi-
tuer à traiter avec la complexité culturelle et la
• Une catastrophe technologique qui
mobilité. De nouveaux centres cosmopolites
pourrait influencer les choix de priorités
vont émerger. L’anglais va rester la langue
des États (ex. accident nucléaire de type
dominante pour les services et le commerce
Tchernobyl bloquant l’option nucléaire
mondiaux. La promotion du multilinguisme et
pour de nombreuses années);
la domination de deux ou trois langues «inter-
nationales» coexisteront probablement d’une
• Une pandémie aux effets dévastateurs;
façon différente d’un pays à l’autre.
• L’effondrement d’un ensemble urbain
De nombreuses études démontrent l’impact
majeur dans un pays en développement;
positif des migrations internationales sur les
pays émetteurs et sur les pays de destination.
• Le blocage (ou la division) de l’Union
Néanmoins, il est un thème qui alimente
européenne suite aux difficultés à faire
régulièrement le débat public – celui des
émerger de nouveaux dispositifs de
ajustements sociaux que doivent consentir
gouvernance économique et de décision
les sociétés qui accueillent les immigrants
politique;
d’une autre origine ethnique, dont les valeurs
peuvent être très différentes des leurs 18.
• Une percée en termes de production
Or une réussite de l’intégration des immigrés
d’énergie renouvelable;
en Europe pourrait signifier une augmenta-
tion de la population active et amoindrir les
• Une nouvelle vague d’innovations techno-
difficultés sociales.
logiques et un nouveau cycle de croissance
rapide tiré par les pays émergents;
Au rappel de ces tensions observables on
pourrait ajouter des exemples de ruptures et
• Une accélération soudaine voire brutale
autres turbulences imprévisibles («wild
des impacts (non linéaires) du changement
cards») qui pourraient façonner les deux pro-
climatique;
chaines décennies:
• Des progrès dans la mise en place d’une
• Une persistance de la crise financière
gouvernance mondiale, dus à l’ampleur
et économique au-delà de 2010;
des problèmes à traiter et à la pression
des opinions publiques.
18
BIT,
2004
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L E M O N D E E N 2 0 2 5
21
LES GRANDES
La nouvelle situation géopolitique qui se des-
sine avec la montée en puissance des pays
TRANSITIONS
émergents aura vraisemblablement pour
contrepartie une nouvelle organisation des
relations internationales. L’UE vise à prendre
le leadership à travers l’exemple. Une gou-
Stabiliser le monde,
vernance commune au niveau mondial est en
train d’émerger (transition de l’État nation
reconnaître les
vers de nouvelles entités juridico-politiques)
mais on ne sait pas quelle sera son évolution.
nouveaux acteurs-clés
L’unification relative des règles du jeu écono-
mique au niveau mondial aura peut-être pour
effet une démocratisation des régimes (auto-
La transition vers un monde
ritaires) de capitalisme d’État mais rien ne dit
multipolaire et une gouvernance
que cette évolution se fera sans à-coups.
mondiale
De 1945 à 1990, le monde était bipolaire
La transition politico-culturelle
(USA-URSS). De 1990 à 2008, les USA ont
vers un nouvel universalisme
constitué le pôle de puissance au niveau
mondial. De 2008 à 2025 il est probable que
L’hétérogénéité des cultures et des régimes
le monde devienne véritablement multipo-
politiques au niveau mondial au moment où
laire (un «oligopole» rassemblant les pays du
l’Europe pèse moins du point de vue écono-
G8, du G20, etc., traduisant le nouvel équilibre
mique et politique va nécessiter de revisiter
et la perte du leadership américain). Même si
les concepts sur lesquels s’appuyaient
les États-Unis restent la première puissance
jusqu’à aujourd’hui les relations internatio-
militaire, le rattrapage scientifique et techno-
nales. L’émotionnel collectif est devenu une
logique de certains États, les nouvelles tac-
variable importante des relations internatio-
tiques de guerre irrégulière et l’importance
nales: aux États-Unis après le 11 septembre
croissante des cyber-attaques vont affaiblir
(la religion de la démocratie de l’Administra-
leur liberté d’action (cf. rapport du NIC).
tion Bush), dans la rue du Moyen Orient (la
«démonisation» de «l’Occident») 19. La diversité
de l’UE peut être un atout dans les relations
internationales entre des sociétés toujours
plus basées sur la connaissance.
19
Gnesotto,
2008
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| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | |
22
L’Europe peut faire la preuve qu’elle est rela-
Profiter des défis
tivement indépendante de tout autre ensemble
au niveau mondial et qu’elle se bat pour l’in-
écologique et démo-
dépendance des autres et leur coopération
pour le bien commun. Pour cela elle peut s’ap-
graphique pour inventer
puyer sur le fait qu’elle promeut une logique
de «construction» tirée par l’avenir souhaité
un nouveau modèle
en commun («communauté de destin») avec
ouverture sur le monde. Des récents travaux
de développement
philosophiques 20 ainsi que des expériences
concrètes dans des sociétés démocratiques 21
fournissent des éléments pour le développe-
La transition vers un nouveau
ment d’un nouvel universalisme.
modèle «socio-écologique»
Les exigences en matière d’environnement et
La transition vers la «grande Europe»
la dépendance vis-à-vis des matières pre-
intégrée et «l’Europe-monde»
mières vont tirer l’Union vers une nouvelle
façon de produire, de consommer, d’habiter,
La multipolarité du monde à venir pourrait
de se déplacer, etc. Elle devra renforcer ses
avoir pour effet une transition vers une nou-
efforts pour devenir le leader incontesté au
velle «cohésion élargie et diversifiée» impli-
niveau mondial de cette transition «socio-
quant l’Union européenne et son voisinage à
écologique» d’autant plus que le marché
l’Est et au Sud. Cela pourrait même impliquer
mondial des produits et services liés à l’envi-
des transferts accrus sur le modèle de la
ronnement devrait doubler pour passer de
politique de cohésion. Mais la question des
1 370 milliards de dollars par an actuelle-
frontières de l’Europe, le mouvement d’inclu-
ment à 2 740 milliards de dollars vers 2020.
sion (de certains) et d’exclusion (des autres)
qui la concrétise éveille des suspicions de
En 2025, on pourrait atteindre ou s’approcher
la part de ceux qui se sentent menacés par
du pic pétrolier. Ceci appelle une transition
l’alliance UE-USA.
organisée vers l’après-pétrole. La transition
énergétique demande aussi bien un effort
Au-delà de son voisinage immédiat, on estime
technologique que socio-économique. Sur le
que la zone euro entretient des relations d’in-
plan technologique, il faut mentionner les
tensité diverse avec 80 pays, des Balkans de
sources d’énergie renouvelable, la captation
l’Ouest, de l’ex-URSS, de la Méditerranée et de
et le stockage du CO2, le nucléaire ainsi
l’Afrique Sub-saharienne, pays dont elle
que l’hydrogène et les piles à combustibles.
dépend pour son approvisionnement éner-
gétique et ses matières premières 22.
20
Jullien,
2008
21
Bouchard et Taylor, 2008
22
Mazzafero et alii, 2002
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L E M O N D E E N 2 0 2 5
23
Sur le plan des incitations économiques, la
La transition urbaine et
taxation, le système d’échange des permis à
les nouvelles «territorialités»
polluer et l’internalisation des coûts externes
sont à mentionner.
En 1975, les populations urbaines des pays du
Nord et du Sud étaient à peu près équivalentes
Mais ce sont les changements dans les com-
(700 millions pour les premières, 820 pour les
portements sociaux qui contribueront, s’ils
secondes). Trente ans plus tard le rapport est
sont stimulés par des politiques adéquates,
de 1 à 3: la croissance des villes du Nord n’a
à diminuer drastiquement la consommation
été que de 30 % en trois décennies au lieu de
en énergie, ce qui reste l’objectif majeur. Les
400 % pour celles du Sud. En 2050, ce rapport
consommateurs isoleront leurs logements,
sera de 1 à 5: près de 80 % de la population
ils remplaceront leur voiture par une autre
urbaine mondiale sera alors dans les pays du
plus petite, ils marcheront, prendront des
Sud. Et surtout en Asie où seront localisées:
transports en commun. Ils seront moins
11 des 20 premières mégapoles du monde
mobiles. Les entreprises réorganiseront leur
(plus de 10 millions d’habitants); 17 des 30
logistique, innoveront en termes de produits
villes de 5 à 10 millions d’habitants et 184 des
et de processus, relocaliseront certaines acti-
364 villes entre 1 et 5 millions.
vités, elles placeront leurs entrepôts près des
gares, abandonneront les matières plas-
À partir des travaux de l’OCDE et de l’AIE on
tiques pour le bois, rendront des produits
peut estimer au niveau mondial à 200 000
plus facilement réparables ou les recycleront
milliards de dollars d’ici 2030 la somme des
davantage. Les États aménageront le terri-
investissements à consacrer aux infrastruc-
toire en prenant en considération le coût
tures et au logement – dont environ 25 000
croissant du transport. Ils favoriseront les
milliards pour l’énergie, 45 000 pour l’eau, les
énergies renouvelables, les technologies
déchets, les infrastructures de transport et
fossiles «propres» et l’énergie nucléaire.
de télécommunication et environ 120-130 000
pour la construction, le logement et la
Il est nécessaire, pour financer ces transfor-
construction de bâtiments industriels et
mations (transition socio-écologique et tran-
commerciaux. Il s’agit, pour les Européens,
sition urbaine ci-après), de passer de l’actuel
d’opportunités majeures pour collaborer
système financier à un système privilégiant
avec leurs partenaires pour le développe-
le long terme et assis à la fois sur des res-
ment durable 23.
sources financières publiques et privées.
23
Theys,
2008
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | |
24
La transition démographique
Si l’UE veut être capable de promouvoir les
et la «vieillesse active»
six transitions mentionnées plus haut, une
transition supplémentaire sera nécessaire
En 2025, on entre dans la période de stabili-
dans le processus décisionnel européen: vers
sation de la croissance de la population mon-
une meilleure coordination et consistance
diale et son déclin est prévu à partir de 2050.
entre les politiques nationales et celles euro-
Le vieillissement attendu de la population
péennes ainsi qu’entre différents domaines
européenne implique de nouveaux modes de
politiques.
vie et des arbitrages intergénérationnels qui
auront nécessairement une dimension inter-
Les cinquante premières années de l’intégra-
nationale.
tion européenne ont été celle de la réunifica-
tion d’un continent profondément affecté par
La conception et l’âge de la retraite seront
deux guerres mondiales et la guerre froide.
modifiés en fonction de l’allongement de la
La mondialisation actuelle et ses incertitudes
durée de vie et des besoins de financement.
futures appellent une contribution essentielle
De nouveaux marchés (sur lesquels l’Europe
de l’Europe.
peut bien se positionner grâce à ses points
forts en pharmacie, en équipements médi-
Sur le «que faire?» elle contribue en lançant
caux et en produits culturels) et de nouveaux
le débat sur le développement durable et l’im-
services sociaux se développeront pour
portance de la cohésion sociale dans la mon-
répondre aux besoins et aux problèmes des
dialisation (un nouvel agenda socio-politique?).
personnes âgées.
Sur le «comment faire?» elle constitue un
laboratoire unique de la mondialisation dont
Comme l’a souligné le Rapport européen
d’autres régions du monde s’inspirent déjà.
2009 sur le vieillissement, une augmentation
de la productivité sera nécessaire, même en
Les défis de l’avenir appellent une consolida-
période de crise, pour faire face aux tensions
tion et une affirmation du projet européen et
dont les finances publiques feront l’objet.
son insertion dynamique dans le monde.
L’Union européenne et ses États membres
seront confrontés dans les prochaines décen-
nies à des défis majeurs: aujourd’hui crise
financière, économique et sociale dont on
ignore la durée et les implications à moyen
terme, demain la nouvelle donne industrielle
et commerciale, les pressions sur l’approvi-
sionnement et la sécurité énergétiques, les
changements climatiques, les révolutions
technologiques, le vieillissement accéléré de
la population, les migrations internationales…
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L E M O N D E E N 2 0 2 5
25
Remerciements
Cette publication sur le monde en 2025 a été préparée par la Direction
«Science, Économie et Société» de la DG Recherche sous l’autorité de
son directeur, Jean-Michel Baer et avec les contributions de Paraskevas
Caracostas, Pierre Valette, Domenico Rossetti di Valdalbero et Elie
Faroult. Cette publication a été préparée en coopération avec le Bureau
des Conseillers Politiques (BEPA) dirigé par Vitor Gaspar et avec les
contributions de Vasco Cal.
Cette publication a bénéficié des résultats des travaux du groupe d’ex-
perts «Le monde en 2025» mis en place par la DG Recherche en 2008 et
composé de Marc Abeles, Gijs Beets, João Caraça, Lionel Fontagné,
Thierry Gaudin, Nicole Gnessoto, Josephine Green, Giovanni Grevi, Irina
Kuklina, Geoff Mulgan, Richard Portes, Mu Rongping, Luc Soete, Uno
Svedin, Jacques Theys et Loukas Tsoukalis 24.
En plus des auteurs et des experts, plusieurs collègues de la DG Recherche
doivent être remerciés pour leurs commentaires constructifs lors de dif-
férentes réunions préparatoires et, en particulier, Anneli Pauli et Maarit
Viljanen, Clara De La Torre et Brendan Hawdon, Étienne Magnien et Jim
Dratwa, Voula Mega, Sieglinde Gruber et Callum Searle, Timothy Hall et
Hans-Joerg Lutzeyer, Manuel Hallen, Michel Poireau, Manuela Soares, Angel
Perez Sainz, Raffaele Liberali et Aires Soares, Jean-Claude Burgelman et
Pia Laurila, Gilles Laroche et Theodius Lennon.
Nous sommes aussi reconnaissants envers les collègues des différents
services de la Commission qui ont contribué à compléter et améliorer
cette publication: John Bensted-Smith et Notis Lebessis (DG AGRI), Heike
Schneider (DEV), Marta Touykova, Vito Borrelli et Angelos Agalianos
(EAC), Matthias Mors et Natalie Lubenets (ECFIN), Bartek Lessaer et
Miranda Mcintosh (EMPL), Maria Kristen Gylfadottir (ENTR), Peter Bosch
et Christian D’Cunha (JLS), Dorota Pyszna-Nigge (MARE), Hanne Hanson,
Anja Lubenau, Natalia Martins da Fonte et Alar John Rudolf Olljum (RELEX),
Gabriella Fesus et Agnes Kelemen (REGIO) et Marion Knoben (TREN).
Cette note exploite aussi différentes sources (voir bibliographie) dont l’im-
portant travail sur Le monde en 2025 piloté par Nicole Gnesotto et Giovanni
Grevi à l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne.
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | |
24
CE,
2009b
26
Bibliographie indicative
Commission européenne, 2008, Initiative
«Matières premières» – Répondre à nos
besoins fondamentaux pour assurer la
Agence Internationale de l’Énergie, 2008,
croissance et créer des emplois en Europe.
World Energy Outlook, Paris
Communication de la Commission
Michel AGLIETTA, 2008, La crise, Pourquoi
Commission européenne, 2009a, Rapport
en est-on arrivé là? Comment en sortir?,
2009 sur le vieillissement, Gérer l’incidence
Éditions Michalon
d’une population vieillissante dans l’UE,
Communication de la Commission
Samir AMIN, 2008, Au-delà de la mondiali-
sation libérale: un monde meilleur ou pire?,
Commission européenne, 2009b, The World
23 p. (*)
in 2025 – Contributions from an expert
group, Bruxelles
Banque Mondiale, 2008, Word Development
Report 2009, Reshaping Economic Geography
Yvan DECREUX (CEPII), Christophe GOUEL
(INRA – CEPII), Hugo VALIN (CEPII), The
Gijs BEETS, The world in 2025: Demographic
World in 2025, Economic projections with
issues, September 2008, 18 p. (*)
the MIRAGE model, Intermediary report for
the European Commission – Directorate
Gérard BOUCHARD, Charles TAYLOR, 2008,
General for Research, 5 September 2008
Building the future – A time for Reconciliation,
Commission on Accomodation Practices
ESPON, project 3.2, Spatial Scenarios and
Related to Cultural Differences, Gouvernement
Orientations in relation to the ESDP and
du Québec
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(*) contributions des membres du groupe d’experts
«Le monde en 2025».
Commission européenne
EUR 23921 FR – Le monde en 2025 – La montée en puissance de l’Asie et la transition socio-écologique
Luxembourg: Office des publications officielles des Communautés européennes
2009 — 28 p. — 17,6 x 25 cm
ISBN 978-92-79-12486-0
ISSN 1018-5593
DOI 10.2777/25936
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La récente évolution du contexte mondial et les engagements européens forts pour une
KI-NA-23921-FR-
mondialisation maîtrisée plaident en faveur d’une analyse prospective. «Le monde en
2025» met tout d’abord en évidence les grandes tendances à venir: les transformations
géopolitiques en termes de population, de développement économique, de commerce
international et de pauvreté. Deuxièmement, il identifie les tensions probables: ressources
C
naturelles (produits alimentaires, énergie, eau et minéraux), migrations ou urbanisation.
Enfin, il définit les voies de transitions possibles: vers un nouveau modèle de production
et de consommation, vers une nouvelle dynamique rurale-urbaine, vers un nouvel équilibre
entre genres et entre générations. «La montée en puissance de l’Asie et la transition
socio-écologique» est un sous-titre explicite susceptible d’inspirer la future stratégie de
l’Union européenne.
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